L'ouvrage de Jean Odiot, partant de bases scientifiques et techniques, est d'une grande portée morale et sociale. L'auteur n'a pas la prétention d'imposer des solutions aux problèmes que pose la socièté actuelle, mais simplement de livrer des suggestions auxquelles chaque lecteur peut apporter sa contribution et éventuellement son approbation. On est frappé de la modestie de l'auteur, en même temps que de sa compétence dans les domaines les plus variés. On peut dire que tous les domaines de sociologie liés à la civilisation industrielle sont examinés dans ce livre. Si de nombreuses solutions sont proposées par l'auteur, les unes sont de nature matérielle et se rapportent à l'organisation concrète de la socièté, d'autres se situent sur le plan moral et demandent aux hommes de notre temps de réformer leur comportement vis-à-vis de leurs compatriotes et de la socièté en général. On remarquera que l'auteur a cherché à réhabiliter le terme même de morale, qui tend aujourd'hui à être remplacé par celui d'éthique, dont la définition est beaucoup plus lâche. L'auteur propose de substituer à l'ancienne devise de notre démocratie " Liberté, Egalité, Fraternité", une nouvelle formule "Dignité, Equité, Urbanité et Efficacité". Qu'il me soit permis de remarquer que celle-ci n'efface pas celle-là. Loin de se substituer à elle, elle y ajoute quelques précisions. On peut dire que tous les problèmes d'économie, de techniques industrielles et de finances sont envisagés dans ce vaste travail. Chaque partie forme un tout distinct des autres, mais non point indépendant. Il est réconfortant de voir un homme d'expérience s'attacher à proposer des solutions aux problèmes si difficiles que cherchent à résoudre les penseurs et les gouvernants. On remarquera qu'à côté de solutions concrètes des problèmes techniques, l'auteur a recours à des idéaux de haute qualité, que les tenants du matérialisme, en vigueur actuellement, pourraient facilement taxer d'utopistes. On pourra leur répondre que dans les sociètés humaines, l'utopie a souvent précédé l'action. Il est bon que des écrivains et des penseurs prennent leurs distances vis-à-vis des problèmes terre à terre auxquels nous sommes affrontés. L'idéalisme mêlé à des conceptions réalistes rappelle à nos contemporains qu'il y a autre chose dans la vie que le profit et les jouissances matérielles.
Pour donner une idée de la précision et de la varièté des problèmes et des idées développées dans cet ouvrage, je ferai référence aux grands chapitres qui y sont traités. Dans une première partie, l'auteur envisage les principes et les perspectives qu'il propose pour la socièté moderne. Dans une seconde partie, il envisage les rapports de l'humanisme et du citoyen ; dans une troisième partie, les rapports de l'humanisme et de la vie économique. Enfin, dans une quatrième partie, les rapports de l'humanisme et de la vie collective. Chacune de ces parties est subdivisée en chapitres où sont étudiés divers problèmes généraux ou spécifiques. Par exemple, dans la troisième partie, l'auteur envisage, sous couvert de chapitres distincts, le syndicalisme, les problèmes industriels, les problèmes agricoles, le problème de la distribution des produits, les problèmes fiscaux, les problèmes financiers et monétaires, les loisirs et en particulier ceux des troisième et quatrième âges.
Je voudrais insister sur le fait que l'auteur n'envisage pas seulement des solutions théoriques, mais que, tout au long des divers chapitres de son oeuvre - et ils sont nombreux -, il envisage la mise en oeuvre pratique de ces idées. Voici par exemple la conclusion d'un petit sous-chapitre de la troisième partie : " Si notre pays veut vraiment survivre dans un monde où la compétition économique est de plus en plus sévère, il se doit de renforcer encore la formation des spécialistes de l'action commerciale pour écouler et placer les produits de nos usines, résultats associés de l'intelligence et du savoir-faire, du savoir-vendre, de l'innovation et du travail. Mais là encore..., il suffit d'abord d'oser pour entreprendre et ne plus nous réfugier dans nos traditions de vie étriquée, à la petite semaine et endormie, en nous jetant dans une activité commerciale, coordonnée, réfléchie et organisée."
L'ouvrage de Monsieur Jean Odiot est riche de faits et de recommandations de cet ordre, il nous reste à souhaiter qu'il soit écouté et suivi. C'est pourquoi je souhaite à cet ouvrage tout le succès qu'il mérite.
Etienne Wolff
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