4e partie : Les Rapports de l'Humanisme et de la Vie Collective

IV. Les Relations Internationales

1. Les rapports entre les Nations à l'époque de la Société Industrielle

L'incursion rapide effectuée dans les différents domaines de la vie quotidienne doit se compléter par l'examen des rapports que notre pays est dans l'obligation d'entretenir avec les autres communautés humaines qui cohabitent sur notre Terre, puisque ceux-ci ne laissent de marquer profondément son existence et par là le déroulement de la vie communautaire. A l'époque de la Société Industrielle, la vie de tous les hommes dépend déjà, et c'est une simple évidence de le constater, de la qualité pacifique des rapports d'Etat à Etat, en raison de la survivance de diverses formes de nationalismes outranciers qui ne peuvent manquer de mettre en danger l'existence même du genre humain depuis la mise au point des armes de destruction massive, conséquence malencontreuse d'un progrès technique mal utilisé, d'une part, et de l'amour affectif et logique de l'Indépendance propre à chaque communauté humaine, d'autre part, lié par ailleurs aux"Volontés de Puissance et de Domination"propres à tous les humains.

Cet examen débutera par l'étude des diverses fonctions du langage qui amènera à poser le problème du Sentiment National en complément de ce qui a été déjà dit dans la première partie de cet essai à propos de l'Indépendance des Nations à l'époque de la Société Industrielle.

Ensuite, on évoquera les différentes formes du nationalisme avec le nationalisme religieux, puis le racisme et l'antisémitisme qui termineront l'examen de ces questions qui se rapportent au nationalisme fondé sur ces faits. La suite sera consacrée aux liens qui existent de nos jours entre la Société Industrielle et l'hégémonie, et on décrira les nationalismes à forme politico-économique ou idéologique qui en sont la conséquence directe. Après ces exposés, et pour prouver l'inanité des résultats pratiques de la domination, particulièrement entre Etats évolués, on montrera les conséquences des nationalismes agressifs en rappelant simplement les expériences récentes de l'Europe, qui sont largement convaincantes dans ce domaine.

Après avoir indiqué quels sont les devoirs essentiels de l'Europe et de notre pays dans le développement de la civilisation technique, on évoquera la situation des différentes familles de pays défavorisés et on précisera le rôle des pays modernes pour les aider à sortir d'un état ancestral de misère, étant entendu cependant que l'aide fournie devra amener, de la part des pays défavorisés, des efforts importants de leurs peuples pour qu'ils puissent eux-mêmes, grâce à un effort sérieux et à un travail soutenu, contribuer dans une proportion suffisante à l'effort des pays modernes pour remédier à leur situation.

Les responsabilités politiques spéciales de notre pays seront alors rappelées, en raison des contacts qu'il a eus avec un grand nombre de ces pays, au cours des cent dernières années, particulièrement avec certaines régions d'Afrique et avec lesquelles il conserve encore certains liens affectifs qu'il convient cependant de ne pas laisser par trop se distendre, malgré les circonstances de la décolonisation.

Après ces quelques réflexions, c'est la question des relations entre les Etats de l'Europe évolués et modernes qui sera abordée, compte tenu des nouvelles conditions de la Défense Nationale. On précisera alors le sens qu'il convient de donner aujourd'hui à la notion de Patrie, en addition de ce qui a été dit dans la première partie de ce livre, à propos de l'Indépendance des Nations à notre époque et dans l'optique d'un humanisme adapté à la Société Industrielle.

Puis l'urgente nécessité d'une association ardente et amicale des vieux peuples de l'Europe, sera prouvée, puisqu'elle est dictée par les faits, à ce propos les diverses formes possibles d'association seront exposées et on posera ensuite la question :

Qu'est l'Europe ? Que peut-elle être ?

Après avoir rappelé les essais infructueux des pays européens pour parvenir à cette situation, l'auteur exposera les obstacles actuels à l'Union des pays continentaux et surtout l'évolution de nos relations avec nos voisins du Nord ou du Sud qui influencent nécessairement cette association future. Après avoir examiné rapidement les rapports avec nos voisins du Sud, Espagne et Italie, dans l'optique d'une certaine vision du monde méditerranéen, on rappellera les différents problèmes qui ont marqué les rapports souvent difficiles de notre pays, d'une part avec l'Angleterre, notre voisine du Nord, et d'autre part, avec l'Allemagne notre voisine de l'Est.

C'est ainsi que les difficultés qui ont marqué ces relations seront particulièrement développées dans les cas de l'Allemagne et de l'Angleterre et on montrera qu'il est nécessaire maintenant que chacun oublie les fautes du passé et les erreurs de nos aïeux, car l'association effective et affective de tous les pays de l'Europe ne peut que s'imposer aujourd'hui, en raison du simple examen de la démographie de nos pays, comparée par exemple à celle des pays Arabes, qui sont les voisins immédiats de toute l'Europe, de l'Atlantique au Bosphore, car le réveil du nationalisme et l'intégrisme musulman risquent de marquer dangereusement ces relations.

Il faudra également qu'une association affective et effective soit établie entre l'Europe et le continent Américain, en raison du voisinage des cultures qui fait des habitants de ces contrées les lointains enfants émancipés de notre Europe, qu'elle soit anglo-saxonne, hispanique, lusitanienne ou française.

On évoquera ensuite quelques conséquences de la Seconde Guerre mondiale et les récents bouleversements dans ce que l'on appelait, hier encore, l'Europe de l'Est.

La suite sera consacrée à une analyse rapide des rapports que notre continent doit entretenir d'une part, avec les pays pauvres de notre Terre, puis avec les pays arabes en raison de leur production considérable du précieux pétrole, de leur natalité explosive et de leur religion conquérante : l'Islam avec un Intégrisme qui souvent va de pair avec lui.

Après ces brefs rappels, les exigences d'une défense éventuelle de l'Europe seront rappelées, compte tenu des données internationales existantes et de la nécessité qu'il y a pour nous, habitants de l'Europe, de conserver une certaine forme de vie et de liberté. Ainsi l'association des divers pays qui la constituent pourra servir d'idéal et de but aux aspirations de la jeunesse et des adultes, car ce continent est probablement le seul qui soit capable de transfigurer le monde par la pensée humaniste qu'il va puiser au tréfonds de son histoire.

Le traité tout récent qui vient d'être signé à Maastrich en Hollande à ce sujet, est alors une très grande satisfaction pour tous les continentaux, malgré l'absence de l'Angleterre qui en reste toujours à sa politique traditionnelle.

Le rôle de l'Architecte coordinateur, dans la formation de cette Europe, chère à beaucoup et nécessaire, terminera ce chapitre très important pour les relations humaines.

2. L'hégémonie et ses causes essentielles

Les relations d'Etat à Etat ont été fondées d'abord sur la force, puis sur l'équilibre des puissances (1). La raison du plus fort était toujours la meilleure, et le plus fort cherchait souvent à imposer sa volonté, parfois son idiome, et par lui, sa façon de penser et fréquemment même sa religion. Comme les contraintes correspondantes s'exerçaient dans un espace géographique clos, puisque les communications étaient difficiles à ces époques lointaines, le plus faible ne pouvait appeler personne à son secours ni opposer de résistance. Le plus souvent, il se transformait au contact du plus puissant en adoptant, bon gré mal gré, ses moeurs, ses usages et jusqu'à sa langue et, avec elle, la manière de penser du conquérant.

(1) C'était déjà, par exemple, le cas de Rome ou de Sparte avant notre ère, puis celui de l'équilibre des Etats de l'Europe occidentale, France, Angleterre, Espagne, Portugal, Autriche, dès le sixième siècle.

Jusqu'en 1789, tous ces divers pays ont recouru à ces méthodes, puis notre grande Révolution introduisit comme élément créateur de la conscience nationale, non seulement de notre peuple mais aussi des autres, le ferment de Liberté dont l'un des aspects essentiels est la Dignité c'est à dire l'Indépendance (1).

(1) Depuis notre grande Révolution de 1789 qui a permis à la notion de Patrie de s'affirmer, les puissances dominantes sont toujours détestées, aussi convient-il que les superpuissances actuelles ne manifestent pas, vis-à-vis des pays évolués de l'Europe, des sentiments de supériorité qui datent d'un autre âge.

Au cours du siècle suivant, l'évolution de la pensée politique s'est poursuivie sur notre continent sous une forme libérale par le vote de constitutions souvent imposées aux souverains et la Révolution de 1848 ajoutait, sur notre drapeau, aux deux termes de Liberté et d'Egalité de 1789 (1) celui de Fraternité qui concrétisait l'idéalisme préconisé par l'humanitarisme du dix-huitième siècle, et, dans une certaine mesure, une idée préformée dans le christianisme déjà presque bimillénaire, celle de la charité, de la justice, de l'amour du prochain.

(1) Voir aussi Première Partie : Principes et Perspectives pour la Société Moderne.

On aurait pu espérer que les profondes modifications ainsi opérées dans la première moitié du dix-neuvième siècle, dans les consciences et dans la pensée occidentale, exerceraient une influence favorable sur les relations entre les hommes.

Hélas il n'en fut rien ! Les Etats nationaux, qui alors s'organisaient, continuaient malheureusement de s'inspirer des Volontés de Puissance et de Domination du passé qui formaient obstacle aux relations d'Etat à Etat, c'est-à-dire à l'application des trois grands principes de Liberté, d'Egalité et de Fraternité qui venaient d'être formulés, et qui relevaient d'ailleurs tout simplement de l'humanisme.

Chronologiquement, le nationalisme a revêtu diverses formes ; jadis, il fut religieux ou racial, puis linguistique et mercantile et enfin idéologique, cette dernière forme étant tout aussi pernicieuse pour les libertés individuelles. Elle était alors impérialiste en étant accompagnée d'une volonté de domination mondiale, comme le faisait encore récemment l'ex-U.R.S.S.avant sa débâcle économique, conséquence de la suppression du profit pour rémunérer l'activité de l'homme, et maintenant politique, pour avoir supprimé la Liberté et appliqué la dictature du prolétariat.

De toute façon, ces diverses formes de nationalisme s'appuyaient sur un facteur commun qui est la langue, qui permettait, dans ce temps, à ces diverses formes de se manifester soit pour vendre des produits, soit pour imposer des idées.

C'est ce qui amène à examiner d'abord l'influence du langage dans ce domaine, avant de traiter de certaines autres manifestations du nationalisme que celles-ci soient religieuses, racistes, politico-économiques ou idéologiques.

3. Le langage et l'hégémonie

a) Les fonctions du langage

On peut reconnaître au langage deux fonctions essentielles :

- civilisation et culture

- circulation et communication verbales, qui est actuellement la plus importante, avec le développement des communications.

Langues de civilisation et de culture

Elles recèlent une âme et une manière particulière de penser, une histoire, en un mot une forme de culture fort longue et difficile à acquérir, car son apprentissage n'implique pas seulement la transposition du vocabulaire, mais encore l'acquisition d'une forme de pensée très spécifique, qui caractérise la façon particulière d'apprécier les nuances de la langue choisie. La connaissance d'une langue commune de culture faciliterait donc aux élites du monde entier et particulièrement à celles de l'Europe les échanges d'idées et de connaissances ; autrefois ce rôle de civilisation et de culture fut joué par le latin.

Le latin

Au Moyen Age, il était, à la fois la langue de l'université et celle de l'Eglise catholique romaine qui l'avait adopté jusqu'à nos jours sous une forme plus simplifiée comme langue officielle de liturgie et il fut utilisé aussi à cette époque comme langue diplomatique (1) car la foi catholique constituait le lien unificateur d'une Europe qui se hissait peu à peu à la connaissance. Mais aujourd'hui rien ne sert de regretter, comme au temps des romantiques, la belle unité européenne du Moyen Age, rompue par l'émiettement d'une croyance qui aboutit au grand schisme de l'Occident et à la proclamation de diverses hérésies en Allemagne, en Suisse, en Angleterre et en Bohème : Wiclef traduisit la Bible en anglais au XIVème siècle, Martin Luther deux siècles plus tard le fit en allemand.

(1) Surtout pour l'Allemagne, mais moins pour l'Angleterre et la France qui avaient une conscience nationale déjà formée.

Unique source de foi pour les protestants, la Bible fut ainsi portée à la connaissance des populations dans leur langue maternelle et l'invention de l'imprimerie contribua à la propagation rapide de la traduction allemande. C'était l'époque de la Réforme et la Bible, de livre sacré, devint en un certain sens le support d'un nationalisme religieux qui marquait la rupture avec l'ancienne universalité de la religion catholique en Europe.

Ainsi, les mouvements de la Réforme, dès ce moment, contribuaient à jeter les premiers fondements des Etats nationaux (1) et portaient probablement, sans s'en douter, un coup sévère à l'union de l'Europe, déjà manquée une première fois par les successeurs de Charlemagne et sa division fut, dans la suite, encore accentuée par des guerres de religion particulièrement atroces qui ensanglantèrent, à cette époque, toutes les populations d'Europe.

(1) C'est par une ordonnance de François 1er, dite de Villers-Cotterêts que le français est substitué au latin en 1539, dans les actes officiels et de justice. En 1648, les traités de Westphalie sont encore rédigés en latin.

Cependant, le latin restait la langue de communication et de culture entre les diverses élites nationales de l'Europe jusqu'au XVIème siècle. Ainsi le même professeur pouvait-il enseigner aussi bien à Salamanque qu'à Paris, à Bologne, à Oxford ou à Heidelberg. Quelque amers que puissent être les regrets éprouvés quant au recul du latin et finalement à son abandon, on peut cependant observer qu'il n'appartenait en propre à aucun des peuples du continent, qui pratiquaient chacun un idiome national. Bien commun de tous, il ne pouvait servir de support à un impérialisme quelconque et il représente encore un lien actuel entre des peuples diversifiés qui ont puisé, au cours des temps, à cette source commune une grande partie de leur culture. Aujourd'hui, malgré les difficultés qu'il recèle, il se maintient encore dans de rares domaines comme les sciences naturelles, mais par son vocabulaire il ne paraît plus être adapté à la Société Industrielle en raison de l'évolution d'une société qui n'est plus, ni la société romaine, ni la société médiévale. Créé pour d'autres époques, il facilite encore la connaissance et l'acquisition des langues européennes, surtout romanes, qui toutes ont subi son influence ou en dérivent même, mais son vocabulaire n'est plus adapté à celui des sciences et des techniques actuelles et il est devenu une langue morte.

Si l'on voulait donc remettre son usage en vigueur et à l'honneur, il conviendrait déjà de le simplifier pour l'adapter à cette forme de civilisation, mais encore conviendrait-il que tous les Etats de ce continent veuillent bien l'accepter malgré les efforts que cela demanderait à leurs élites, et en conséquence il est inutile de réfléchir à cette solution.

Les langues modernes des différents pays d'Europe

En Angleterre, jusqu'au XIVème siècle, c'est le français qui prédomine dans les classes cultivées (1), par suite de la victoire de Guillaume le Conquérant, avec la conquête de l'Angleterre. Après, il est submergé par l'anglais moderne où l'apport du français n'est pas négligeable.

(1) C'est vers 1360 que l'usage de l'anglais, langue du peuple, supplante celui du français, langue de la noblesse normande.

Aux XVIIème et XVIIIème siècles, le français est la langue des cours et des rois d'Europe. Sans conteste langue diplomatique, elle avait la faveur (notre pays à ce moment était le plus puissant des Etats de l'Europe, on l'apprenait même en Russie), mais elle dût cependant céder la place aux langues populaires, fondements moteurs des mouvements d'unité nationale. (Tolstoï parlait couramment le français. De nombreuses phrases en français figurent dans "Guerre et Paix".)

Malheureusement dès les années 1750, commence dans notre pays une grave crise de natalité sous l'influence des nouvelles idées qui, par la suite, amenèrent la Révolution de 1789. Comme on l'a déjà signalé dans le chapitre consacré à l'examen des Problèmes de Population, dès cette époque, le mariage, la sexualité, la procréation, font partie du débat public, on commence dés ce moment, même dans les villages, à tromper la nature !

Dés la fin de la période napoléonienne, le déclin de notre population se confirme alors que la population de nos voisins anglais, germaniques ou italiens explose et se déverse en Amérique du Nord, en Australie ou en Nouvelle-Zélande en fondant de nouvelles nations blanches, si bien que la prédominance de notre langue peu à peu s'étiole au bénéfice de l'anglais. C'est alors, sans conteste possible, l'évolution des masses qui est la responsable directe du déclin démographique de notre pays depuis cette époque et par là, de l'usage international de notre langue. Tout au long du XVIIIème siècle, le français reste encore cependant la langue diplomatique par excellence, en raison de sa précision (1).

(1) C'est même en français que fut rédigé, comble de l'infortune, le traité de Francfort en 1870, qui consacrait notre défaite devant la Prusse.

Mais, dès la fin du XIXème siècle, l'usage de l'anglais, langue aux formes grammaticales apparemment plus simples, se développe avec la croissance rapide de la Société Industrielle en Angleterre et l'expansionnisme économique et mercantile dont elle est un des supports principaux dans tous les pays du monde, notamment aux Etats-Unis d'Amérique qui parlent sa langue, ancienne possession coloniale de l'Angleterre (1).

(1) L'Angleterre, contrairement à notre pays, n'hésitait pas à faciliter l'expatriation de ses élites.

Ce territoire, peu habité mais particulièrement riche et étendu, accueille les éléments les plus actifs de l'émigration européenne en provenance soit d'Angleterre, soit d'Allemagne, soit d'Italie mais très peu de France, et qui se fondent, en adoptant la façon de sentir propre à l'usage de l'anglais, dans une nouvelle nation qui se veut être, elle-même, avant d'atteindre, progressivement, les sentiments d'hégémonie, caractéristiques de la puissance.

Au XXème siècle, dès la fin de la Première Guerre mondiale, l'usage du français, même comme langue diplomatique, périclite ; il se voit contesté, particulièrement par les pays anglo-saxons, qui profitent des terribles épreuves subies par notre peuple pour la défense commune de leurs nations comprises pour favoriser l'usage de leur langue, l'anglais.

Après la Seconde Guerre mondiale, nouvelle épreuve pour notre langue qui subit des assauts répétés non seulement à l'ouest, mais également à l'est de l'Europe. La prépondérance de l'anglais après ce conflit s'accentue, car il s'appuie cette fois sur les Etats-Unis qui sont, à ce moment, le seul pays économiquement sain du globe, qui contribue par son aide financière au relèvement de notre Europe.

La suprématie matérielle des Etats-Unis, s'affirmant dans tous les domaines, scientifique, technique, industriel, économique, technologique et commercial, favorise l'usage de l'anglo-américain, qu'il s'agisse par exemple des nécessités pratiques de la navigation aérienne, de celles des échanges d'idées scientifiques ; la langue anglaise, même américanisée, renforce de mois en mois sa prépondérance.

La publicité, la mode des termes anglais, le snobisme des classes dirigeantes qui favorise l'anglicisation des langues européennes, le tout joint aux luttes du capitalisme et du collectivisme entraînent la dépendance linguistique de l'Europe vis-à-vis de l'anglo-américain.

On peut même observer que notre langue a, même maintenant, des difficultés avec l'islamisme intégriste car elle a aussi vocation de laïcité, donc de tolérance et c'est peut être la raison profonde des mesures actuelles prises à Alger contre notre langue qui dérange les actuels dirigeants, nouveaux nantis de l'indépendance. Ceux ci en effet ne tiennent pas du tout à voir un jour leur récent pouvoir controversé par une population qui, en étant toujours instruite en français, pourrait accéder à la démocratie et contester un pouvoir populiste et religieux arriéré.

Et notre pays ne sait plus très bien, vu sa puissance économique relativement réduite, comment faire pour retrouver la suprématie perdue de sa langue devant l'ampleur de la progression de l'anglo-américain dont les adeptes n'hésitent pas à employer tous les moyens possibles pour éliminer le français, par exemple en finançant les programmes de l'enseignement en anglais dans certains des pays du Moyen-Orient où traditionnellement le français était d'un usage courant.

Comme l'anglais cependant n'est pas parlé en Europe à part l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande, et malgré un usage accentué dans le domaine des relations économiques, il ne peut être retenu comme langue commune des pays de notre Europe. En effet, l'étude d'une seule langue par les peuples évolués de cette Europe amènerait ultérieurement et inévitablement l'effacement technique, économique et culturel des autres Nations, dont l'individualité est fondamentalement indispensable à l'épanouissement de leurs habitants et c'est ce qui amène à rechercher une autre solution.

Si la connaissance d'une, voire de deux ou trois langues étrangères, librement et durement acquises, double ou triple la valeur de l'homme, la contrainte de l'emploi d'une langue étrangère, qui risquerait de s'apparenter seulement à une langue de subsistance, le rabaisserait au rang d'esclave ou de colonisé.

Ce sont ces observations qui incitent à réfléchir sur le rôle et l'importance de la langue à notre époque où la vie des peuples dépend de l'intensité et de la rapidité des échanges scientifiques, techniques, économiques ou culturels.

Mais on doit reconnaître que les diverses langues se dressent, à l'époque de la Société Industrielle, comme des barrières d'autant plus infranchissables qu'elles sont considérées actuellement comme l'émanation profonde de la personnalité d'un peuple, à un degré d'autant plus important que celui-ci possède une glorieuse et longue histoire.

Les méthodes de domination par une langue quelconque, qu'elles visent à imposer une idéologie politique ou à accroître une prépondérance économique, ou les deux à la fois, doivent être rejetées avec force par tous les Etats de notre chère Europe, puisqu'elles s'opposent à une philosophie fondée sur la tolérance et le respect de l'homme.

Compte tenu de ces observations, on souhaitera en conséquence, que les élites des pays de l'Europe occidentale apprennent, en plus de leur langue maternelle, deux langues étrangères pour éviter tout nationalisme linguistique (1). Ainsi, aucune de ces langues européennes ne pourrait s'imposer à l'autre, elles cimenteraient seulement l'esprit européen à la création duquel elles auront toutes collaboré. C'est alors par l'intermédiaire de ces élites bi ou trilingues que l'Europe pourra être créée et que les différents peuples pourront mieux comprendre leurs problèmes réciproques dans un laps de temps peut-être plus rapproché qu'on ne pourrait le croire.

(1) Les citoyens de ce pays, conscients de la valeur de leur langue, regrettent amèrement la prolifération de termes anglo-saxons et la publicité excessive qui s'y rattache

Pour que ce souhait ne soit pas inutile, il faudra que chacun des pays concernés en Europe et en particulier l'Angleterre, fasse apprendre au moins deux des langues de ses voisins européens à la grande majorité de ses enfants, au lieu de faire apprendre sa langue par les enfants des autres, comme en général les Etats anglo-saxons ont déjà trop tendance à le faire, en raison de la puissance économique des Etats-Unis d'Amérique. Il conviendrait donc aussi que ces derniers fassent un effort important dans ce domaine qui peut leur donner beaucoup d'ouverture dans le contact des autres pays de l'Europe, dont ils sont par ailleurs les descendants directs.

Langues de circulation et de communication

En raison du développement des moyens individuels et collectifs de transport, les besoins d'une langue de circulation et de communication verbales se font de plus en plus sentir, et l'apprentissage d'une langue commune aux Etats européens paraît être une nécessité et s'il nous est difficile, à nous autres Français, d'admettre le déclin de notre langue consécutif à notre affaiblissement démographique et économique qui remonte déjà à près de deux siècles et qui a été particulièrement accru par la Seconde Guerre mondiale, nous sommes bien obligés de constater, malheureusement, cette réalité des faits.

Un esprit idéaliste aurait pu proposer dans ce domaine que tous les Etats de l'Europe facilitent l'usage de l'espéranto qui est une langue neutre par excellence, facile à apprendre puisqu'elle possède une grammaire simplifiée et un vocabulaire qui tire ses racines des diverses langues en usage sur notre continent, malheureusement la puissance économique et politique des Etats-Unis d'Amérique a été telle, après la Seconde Guerre mondiale, qu'elle a imposé partout, tant du point de vue commercial que du point de vue du transport aérien, l'usage de l'anglo-américain, si bien qu'il paraît utopique de proposer une solution fondée sur l'espéranto.

b) Quelques conséquences de l'hégémonie due au langage.

A la fin du XVIIIème siècle et dans les premières années du XIXème siècle, lors des guerres révolutionnaires et napoléoniennes, notre pays qui avait commencé dès les années 1750 un processus de limitation volontaire des naissances, alors qu'il était à ce moment le pays le plus peuplé d'Europe avec environ 25 millions d'habitants, démarre son déclin démographique dû à l'évolution intellectuelle des masses, déclin qui a été fatal pour l'influence future de notre pays.

Plus tard, l'idéal révolutionnaire et Napoléon 1er imposent leur emprise sur d'autres peuples ne parlant pas la même langue, ce qui entraîne finalement, à l'achèvement de ces conflits, non seulement un sensible affaiblissement de notre Etat, mais encore l'éveil de la conscience nationale grâce aux nouvelles idées, dans des pays, qui ne constituaient pas encore des Etats nationaux, comme c'était le cas dans certains des pays germaniques de l'Europe centrale par exemple.

Une fois achevée notre hégémonie, d'autres se manifestent et il n'est besoin que de rappeler le cas de la Pologne, trois fois dépecée en cinquante ans, au XVIIIème siècle, par ses voisins germaniques et slaves, ou celui de l'Irlande maintenue dans un état de sujétion, voire de servage, par l'Angleterre dans les divers domaines religieux, social, politique, économique, pour se persuader que les "Volontés de Puissance et de Domination" ont été de tout temps, le moteur de l'action des Etats.

Ces recours à la force se sont perpétués jusqu'à nos jours en Europe et sur d'autres continents, et l'histoire, même récente, montre de nombreux exemples de méthodes similaires, même dans des Etats de vieille culture, à la périphérie desquels s'étaient établies des minorités nationales dont la conscience reposait sur des coutumes anciennes héritées d'une situation politique antérieure et surtout sur la survivance d'une langue maternelle qui leur avait permis de conserver leur âme par le langage, moule où se déverse la pensée profonde du peuple dans les formes d'expression intimement liées au génie national, c'est-à-dire au désir d'Indépendance et à la Dignité du peuple concerné.

Dans ce cas, la portion majoritaire de la population conquérante se gardait bien de favoriser le développement intellectuel du groupe minoritaire, pour éviter que les répercussions d'une politique de concession ne soient ultérieurement préjudiciables à ses propres intérêts. Elle imposait une langue ressentie comme étrangère par la partie minoritaire pour reléguer ses membres soit dans les labeurs pénibles de l'industrie, soit dans des emplois non moins fatigants de l'agriculture où les individus cultivaient la terre, bien avant de se cultiver eux-mêmes.

L'exemple le plus frappant d'une situation de ce genre, pour un Français, est celle du Québec, partie du Canada où la langue maternelle qui est la nôtre après l'abandon du pays par le roi Louis XV aux Anglais en 1763, s'est maintenue, parmi un petit peuple d'agriculteurs, sous des formes souvent divergentes, malgré de multiples difficultés dues à la séparation brutale de son berceau d'origine, séparation linguistique qui a duré plus de deux siècles et qui donne, à ceux qui se sont rendus dans ce pays, un profond malaise devant l'indifférence de leurs ancêtres, quand ils ont pu réfléchir sur place à cette situation coloniale entre pays européens.

Les groupes ethniques minoritaires canadiens-français n'étaient acceptés, voire tolérés, qu'à la condition de renoncer à leurs valeurs culturelles propres. Les postes supérieurs de responsabilité politique ou administrative et surtout économique ne leur étaient jamais confiés, sauf si, par exception, ils avaient pu bénéficier d'un enseignement adapté aux réalités du monde moderne et surtout s'ils avaient renoncé à leur dignité morale, en aliénant leur âme.

Dans d'autres contrées, les caractéristiques propres des autochtones ont même été bouleversées par l'apport d'éléments extérieurs permis par un statut politique de dépendance. Submergés par un afflux qui les privait de l'usage de leur langue maternelle, ils étaient complètement acculturés, ce qui est contraire à une philosophie humaniste, même si, dans le même temps, les conditions matérielles s'étaient améliorées.

Les Etats puissants justifiaient ces situations le plus souvent par des impératifs d'ordre stratégique dont l'hypocrisie camouflait leur soif de conquête et d'hégémonie.

On peut alors citer à l'appui certains exemples, bien qu'ils constituent chaque fois des cas particuliers. C'est par exemple le cas de Gibraltar occupé par surprise en 1704 par les Anglais ; le traité d'Utrecht, en 1713, leur en a reconnu la possession et, malgré les efforts des Espagnols, les Anglais l'ont gardé depuis, en raison de sa valeur stratégique, mais il n'est pas utopique d'affirmer que cette situation anachronique trouvera peut-être une solution dans le cadre de l'Europe, solution qui pourrait probablement convenir à nos voisins espagnols. Que dirions-nous en effet, nous autres Français, si l'Angleterre occupait encore Calais (1).

(1) L'Angleterre s'était emparée de Calais en 1347, au moment de la guerre de Cent Ans, et y resta près de deux cents ans après avoir expulsé (déjà) tous les habitants et les avoir remplacés par des Anglais. Calais ne fut reprise qu'en 1558 par François de Lorraine, duc de Guise.

Les continentaux ne sont pas non plus sans savoir l'état de sujétion dans lequel fut maintenue l'Irlande depuis le seizième siècle et ils savent aussi que cette île, du fait de sa proximité avec l'Ecosse, fut colonisée par une population différente, non seulement du point de vue de l'ethnie, mais aussi de celui de la religion. C'est cette colonisation impitoyable qui rend aujourd'hui la solution de ce problème particulièrement difficiles en raison surtout de la présence de l'Ulster qui fait partie intégrante actuellement du Royaume-Uni. S'il est extrêmement regrettable que l'Angleterre ait mené vis-à-vis de la population autochtone une politique de ségrégation raciale, religieuse et d'exploitation économique, il n'en est pas moins vrai, aujourd'hui, que cette politique aboutira fatalement à la suzeraineté complète des Irlandais sur l'ensemble de l'île et qu'il ne sert à rien de s'y opposer par la force ou par la ruse.

Si cette solution effraye nos voisins, il n'y a pas lieu de s'en étonner.

N'avons-nous pas été profondément troublés quand nous avons dû, nous aussi, il y a quelques décennies, rapatrier nos compatriotes minoritaires d'Algérie qui considéraient, eux aussi, ce pays comme leur Patrie, puisqu'ils s'y étaient installés il y a plus d'un siècle, et nous ne croyons pas qu'à l'époque l'Angleterre ait bien compris notre situation, situation qui ne manquera pas de s'appliquer un jour à l'Irlande. Dans l'état actuel, il semble que pour ce pays ce sera la même chose, car aujourd'hui, en raison de l'existence du sentiment national, partout, depuis la révolution de 1789 la politique d'assimilation est révolue.

C'est aussi le cas du Tyrol du Sud, du Val d'Aoste aux ethnies particulières, et même aussi celui de Jersey et des Iles anglo-normandes où les autochtones ont perdu pratiquement à part quelques agriculteurs, l'usage de leur langue maternelle, le français de Normandie ou jerriais (1) un peu différent du français de Paris en étant peu à peu submergé par une population de langue anglaise importée qui préférait vivre sous des cieux plus cléments que ceux de l'Angleterre. En profitant alors d'un curieux statut juridique particulier, cette population a assuré progressivement au cours du 18 ème et du 19 ème siècle, en raison de ses liaisons commerciales avec l'Angleterre (2), la suprématie de la langue anglaise dans ce pays à l'origine francophone.

(1) Le jerriais est un ancien dialecte voisin d'un patois normand , qui serait probablement assez proche du langage parlé par Guillaume le Conquérant et ses barons en 1066 lors de la prise de l'Angleterre. Le jerriais, qui n'était plus guère parlé avant la Seconde Guerre mondiale, a connu une certaine renaissance pendant l'occupation des îles anglo-normandes, par les nazis entre 1940 et 1945 comme moyen de communication pratique entre les insulaires à l'insu de ces occupants nazis.

(2) Jersey et les Iles Anglo-Normandes sont les seules parties de la Normandie à bénéficier d'un statut original. En effet, avant la conquête complète de l'Angleterre en l'an 1066 par Guillaume le Conquérant, elles appartenaient en propre au duc de Normandie. Celui-ci étant devenu roi d'Angleterre, les Iles Anglo-Normandes, après le rattachement de la Normandie par Philippe Auguste vers 1220 au royaume de France, demeurèrent la propriété personnelle du roi d'Angleterre et non pas de la couronne britannique. Cette curieuse situation était alors la conséquence des droits anciens de féodalité.

Mais comme toutes les collectivités humaines ont plus ou moins appliqué de semblables pratiques, il ne sert à rien cependant de rappeler des faits vieux de plusieurs siècles.On peut alors se borner à constater que ces procédés ont conduit néanmoins à dégager un aspect positif important : l'éveil ou le réveil d'une conscience nationale, fondement de la résistance des individus à l'oppression. Ces pratiques n'ont pas non plus empêché la lente évolution de l'humanité vers ce monde moderne où la vie de tous et de tous les jours dépend maintenant, que cela plaise ou non, des techniques au sens large du terme.

Cette curieuse situation était alors la conséquence des droits anciens de féodalité.

Et comme l'époque de l'assimilation politique par les langues dans les pays développés est révolue, pratiquement, depuis la Révolution française de 1789 qui a marqué les débuts de la conscience nationale concrétisée par l'usage commun d'une langue, il convient maintenant que chacun des Etats qui utilise tel ou tel idiome renonce dorénavant au nationalisme linguistique, et à imposer par des moyens détournés telle ou telle forme d'expression, cachant difficilement un impérialisme sous-jacent.

C'est ce qui amène à définir le Sentiment National.

c) Le Sentiment National

Dans ses aspects sains et naturels, on peut le considérer comme le tremplin et la plate-forme à partir desquels se manifeste la Dignité du peuple concerné.

C'est donc un motif affectif intellectuel et spirituel nécessaire et même indispensable à toutes les collectivités particulières héritées de l'histoire. Mais, sorti de cette voie logique et normale, il dégénère, malheureusement trop souvent, en une forme nocive, le nationalisme, ou sous sa forme outrancière le chauvinisme, qui vise à imposer la loi de l'Etat le plus fort à l'Etat le plus faible, au nom de valeurs considérées par lui comme supérieures.

Ce chauvinisme ou nationalisme exclusif, exagéré, expansionniste, orgueilleux, est le plus souvent en même temps impérialiste. Mais heureusement il entraîne, par réaction, une forme de résistance d'abord passive, puis active, qui vise à s'opposer, même violemment, aux excès. Cette résistance est poussée au paroxysme et est empreinte cependant d'une noblesse authentique, malgré des excès fréquents et elle s'inscrit dans une attitude qui vise à respecter la Dignité.

C'est à cette dernière forme de résistance à l'oppression que correspondent les différents mouvements d'indépendance nationale de l'époque contemporaine, qui, à leur tour, ont dégénéré souvent en chauvinisme vis-à-vis de voisins plus faibles.

4. Les autres formes du nationalisme obtus et outrancier

a) Le nationalisme religieux

Cette variante, actuellement, ne se rencontre plus heureusement que rarement dans les pays évolués de l'Occident qui ont fait, au cours des siècles passés de leur longue histoire, la triste et sanglante expérience des guerres de religions. De celle-ci est né le bénéfique principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, si bien qu'aujourd'hui la paix religieuse règne presque partout en Occident (1), alors qu'il n'en est pas encore ainsi dans certains pays qui sont confrontés, en même temps, aux problèmes de l'identité nationale et de la cohabitation entre communautés religieuses différentes, comme c'est le cas actuellement au Liban entre chrétiens et musulmans.

(1) A part le cas de la malheureuse Irlande, dont les causes de conflit sont aussi d'ordre politique et économique.

Cependant, l'imbrication des pouvoirs temporel et religieux existe encore dans de nombreuses régions, et dans les pays arabes en particulier. En effet d'après les conceptions qui découlent du Coran, le pouvoir ne peut être séparé de la révélation divine, si bien que ceux qui l'exercent peuvent être aussi les chefs du pouvoir spirituel. Une conception de ce genre, selon laquelle l'exercice du pouvoir est sacré, conduit inévitablement aux rébellions armées, noyées dans le sang quand elles échouent, puisque celui qui l'exerce le fait au nom de la divinité. C'est le mythe de la Guerre Sainte qui n'a rien à voir aujourd'hui avec l'humanisme, mythe qui ne facilite pas, non plus, l'accès de ces pays à la Société industrielle et qui est probablement à l'origine du retard économique des populations arabes vivant dans ces contrées, malgré la richesse fréquente en pétrole de ces territoires, richesse qui était restée inexploitée jusqu'aux débuts de ce siècle par incompétence technique, conséquence de l'inadaptation des dirigeants de l'époque aux conditions techniques de la vie moderne.

Il serait donc utile maintenant que les jeunes élites de ces pays, formées dans nos Universités, comprennent l'évolution actuelle et qu'elles persuadent les ressortissants des pays particulièrement riches d'un pétrole sur lequel toutes les nations industrielles de l'Europe ont fondé, nécessairement pour ses facilités d'emploi, mais imprudemment l'essentiel de leurs activités économiques, de ne pas trop abuser de la situation, en raison du simple bon sens et des possibilités des techniques de remplacement.

A l'époque en effet de la Société Industrielle, l'économie mondiale est globale et l'exagération actuelle des prix de ce pétrole ne manquerait pas d'amener en Occident de tels désordres que les pays bien nantis dans ce domaine en sentiraient ultérieurement les effets, sans même parler de guerre comme par exemple celle du Golfe Persique.

Il est bien évident en effet que des progrès techniques importants dans le domaine de la recherche pétrolière ou dans le domaine de l'énergie nucléaire permettront à l'industrie de l'Europe occidentale d'être moins dépendante de ce précieux liquide, sans oublier la diversité des sources d'approvisionnement, en particulier en Amérique du Sud dont la culture des populations est voisine de celle de notre continent.

b) Le nationalisme obtus et le racisme

C'est aussi un type particulier de nationalisme outrancier qui est fondé sur les différences existant entre les différents types d'hommes et qui admet des races supérieures et d'autres inférieures. Dans ces conditions, le racisme apparaît et s'appuie alors, non seulement sur la couleur de la peau, mais aussi sur le degré d'acquisition des connaissances, surtout quand le nombre de ces hommes est important dans l'ensemble de la population.

Il ne sert à rien non plus d'épiloguer sur les différentes couleurs de la peau, qui sont des faits difficilement explicables scientifiquement, et l'on constate encore qu'il existe de grandes différences entre les niveaux des connaissances acquises par les populations.

A ce sujet, on peut remarquer que si, pour les chrétiens, Dieu a créé l'homme à l'origine des temps, il n'en a pas créé plusieurs variétés correspondant aux diverses races existantes. Avec le temps, les descendants de cet homme se sont adaptés aux différents climats qui prévalaient dans les contrées où ils habitaient et en particulier à l'action du soleil qui a eu certainement une grande influence à la fois sur la couleur de la peau et sur l'ardeur au travail dont tout découle.

c) Le problème des pays arabes

Le retard économique de ces populations ne peut alors s'expliquer que par l'isolement et probablement par l'influence du climat qui, en agissant plus ou moins directement sur l'ardeur au travail, a conditionné peu à peu le milieu social, ainsi que le niveau des connaissances qui a fini avec le temps, par classer les hommes les uns par rapport aux autres, d'autant plus que les convictions religieuses des populations ne portaient pas toujours les hommes à tirer le meilleur parti d'eux-mêmes, au sens occidental de ce terme. La situation économique infériorisée dans les pays arabes est d'ailleurs bien là pour le prouver, en étant sûrement l'origine du sentiment généralisé de frustration ressenti par ces populations vis-à-vis de l'Occident. Les sociétés de l'Europe n'ont-elles pas mis, elles aussi, plusieurs centaines d'années à acquérir ces connaissances et surtout à les assimiler ? Le seul problème qui se pose pour certains de ces groupes humains retardés et il est de taille, est donc d'essayer de réduire cette anomalie le plus rapidement possible. Les lacunes constatées ne pourront alors être comblées que par un travail de longue haleine, réclamant l'apport de plusieurs générations, afin de donner à ces populations un cadre évolutif aussi complet que possible .

On peut remarquer d'ailleurs que grâce au progrès technique et aux puissants moyens matériels créés par la civilisation occidentale, le passage à un stade plus moderne sera considérablement facilité s'il s'effectue dans le cadre de la compréhension réciproque, non seulement entre les hommes mais aussi entre les Etats.

On doit cependant observer que certaines civilisations, différentes de celles de l'Occident comme les civilisations asiatiques, ont su assimiler en un temps très court, par l'entremise des spécialistes compétents de l'Occident, la civilisation technique, probablement parce que leur culture était ancienne et d'un niveau comparable à celui de la nôtre. Elles ont réussi à intégrer en quelque sorte la Science et les Techniques occidentales dans l'enveloppe culturelle de leur origine, en en formant une synthèse nouvelle. Le cas du Japon qui possède une homogénéité de population remarquable, facilitant l'action collective, devrait servir d'exemple à d'autres groupes humains qui n'ont pas encore atteint ce stade, mais qui ont aussi une vieille culture, comme les pays Arabes qui disposent aujourd'hui d'une richesse fabuleuse, découverte et mise en valeur par les pays de l'Occident et non pas par eux-mêmes (1). Mais pour en arriver à ce stade d'évolution, le Japon en 1867 s'est décidé à remplacer son régime féodal par un autre qui s'est ouvert à la Société Industrielle. Ce pays, bien moins doté par la nature en matières premières et en pétrole que les pays arabes est aujourd'hui à la pointe du progrès technique grâce à son courage et au travail de ses populations ce qui tendrait à prouver une certaine incompétence des populations arabes car le peuple japonais à l'époque s'est sorti tout seul de sa situation, sans la richesse fabuleuse du pétrole dont disposaient certains pays arabes.

(1) On peut ainsi formuler l'évidence d'une étrange situation en disant que "que l'on n'avait jamais vu un nombre aussi réduit d'hommes disposer d'un tel volume de richesses sans avoir jamais fourni le moindre travail en échange, puisque ce fabuleux pétrole est sorti des entrailles de la terre grâce aux techniques et aux matériels de l''Occident".

On peut alors objectivement constater que les pays asiatiques sont particulièrement courageux et travailleurs, alors que les populations arabes sont fatalistes et moins attirées par l'efficience du travail, qui, lui conditionne, aujourd'hui tout progrès matériel.

Dans un autre ordre d'idées, certains sociologues estiment que, quand les populations étrangères dépassent 10% du total, le phénomène de rejet apparaît (1) et celui-ci risque d'être plus dangereux encore s'il existe certains sentiments dûs à des blessures affectives récentes, comme ce fut le cas pour notre pays en Afrique du Nord, ou si le chômage venait à s'aggraver en étant une conséquence d'un prix trop élevé du pétrole ou d'un refus de livraison de ce précieux produit, si cette fourniture était liée à des conditions politiques inacceptables imposées par les pays fournisseurs. Mais on doit observer que, en raison de l'afflux récent de travailleurs étrangers de religion musulmane en Europe, les difficultés de cohabitation entre populations de diverses origines risquent d'amener, devant le nombre trop important de ces immigrés, certains phénomènes de rejet qui ne sont cependant pas uniquement racistes, puisque chaque peuple tient à conserver son identité de nation, c'est-à-dire sa culture, ce qui est parfaitement légitime et normal pour le citoyen évolué de l'Europe et qui pourrait se traduire aujourd'hui, à l'époque de la Société Industrielle, simplement par la formule déjà citée dans la première partie de ce livre : chacun chez soi.

(1) Il apparaît d'autant plus vite qu'un nombre de plus en plus important de ces immigrés refuse de s'intégrer et ne respecte pas les lois et coutumes en se rendant ainsi insupportables à la population d'accueil. C'est malheureusement ce qui se passe dans certaines communes de banlieues, quand par exemple la population immigrée est trop nombreuse et inemployée et se laisse aller à des violences inconsidérées, entraînant des dégâts importants dont la réparation est à la charge des citoyens contribuables

Toutefois, pour rester toujours fidèle à nos conceptions d'ordre pratique, notre Pays doit examiner objectivement le nouveau problème posé par l'arrivée dans notre pays, de tradition judéo-chrétienne, d'un nombre considérable d'immigrés de religion musulmane, en s'efforçant d'examiner cette question en dehors des habituelles séparations de droite ou de gauche, mais en se fondant seulement sur l'histoire qui, dans ce domaine, est toujours d'un précieux secours. Ainsi, celle-ci nous apprend que l'Islam s'est répandu en deux étapes entre les 8ème et 9ème siècles dans les pays alors chrétiens d'Afrique du Nord et de l'Empire Byzantin, qui s'étaient constitués entre les années 330 et 395 dans la partie orientale de l'Empire Romain devenu trop étendu pour être défendu et administré depuis Rome. L'Islam se serait d'abord infiltré pacifiquement peu après l'Hégire (622) dans ces territoires et en Afrique du Nord où les Berbères sont convertis probablement de force. On dit même que les chrétiens ouvraient leurs bras à une religion monothéiste voisine fondée, elle aussi, sur la Bible et les prophètes, d'autant plus que la pression fiscale de l'empire Byzantin était telle que les habitants étaient tout à fait favorables à un changement de suzeraineté, à une époque où l'idée de Nation ou d'Etat était encore inexistante. Dans une étape ultérieure, quand l'opinion publique était bien accoutumée, l'armée arrivait et installait le pouvoir islamique qui éliminait immédiatement les Eglises chrétiennes et utilisait la violence. C'est l'époque du djihad islamique, la Guerre Sainte contre les infidèles, que tout croyant doit mener pour que le monde entier entre dans la communauté islamique, si besoin, en employant la violence pour convertir. C'est alors en Europe la grande époque de l'Islam.

Si Charles Martel arrête l'invasion des Arabes à Poitiers en 732, ceux ci avaient déjà conquis de vastes territoires en Espagne, et ce n'est qu'en 1248 que Ferdinand III de Castille les chassent de Séville dont la prise permit deux siècles plus tard la reconquête du royaume de Grenade par Isabelle la Catholique en 1492, qui est aussi l'année de la découverte de l'Amérique.

Il est certain qu'actuellement, en France et en Europe en général, nous commençons à assister au début d'un processus voisin avec l'invasion, pacifique cette fois, d'une population arabe, venue dans tous les pays de l'Occident chercher du travail et des moyens de subsistance.

S'ils sont venus après la période de reconstruction de tous les pays européens pour travailler, c'est pour la simple raison que les responsables de ces divers pays arabes n'avaient pas été capables, depuis trois quarts de siècle, d'y créer, malgré la richesse de leur sous-sol en pétrole, les équipements importants indispensables à l'activité des hommes d'aujourd'hui et c'est là que réside la vraie cause du retard économique de ces populations et non pas un colonialisme qui a bon dos.

La civilisation arabe et musulmane entre les quatorzième et vingtième siècles parait s'être endormie alors que celle de l'Occident se lançait, peu à peu, puis à corps perdu dans la nouvelle forme d'activité amenée par la Société Industrielle. Celleci allait alors remplacer la société agricole et commerçante, en usage dans tous les pays depuis l'origine des temps, et ce n'est pas le colonialisme européen des dix-neuvième et vingtième siècles qui est à l'origine de cet assoupissement, mais les responsables des pays arabes eux-mêmes, au plus haut niveau de ces divers pays.

S'il ne nous appartient pas de rechercher les causes de cet assoupissement, celui-ci pourrait s'expliquer, probablement, par la pratique d'une pensée plus contemplative qu'active car ses conséquences peuvent être appréciées, aujourd'hui, à leur juste valeur, dans de nombreux pays musulmans, malgré les richesses en matières premières et en pétrole découvertes et mises en valeur par autrui, c'est-à-dire par l'Occident et non pas par eux, ce qui explique largement un certain retard dans les conditions matérielles de l'existence dans ces derniers pays. Les seules préoccupations des gouvernements arabes de ces pays, à cette époque, étaient de dévier la colère des masses contre l'Occident en jouant à la fois sur la foi religieuse de l'Islam, sur son impérialisme et sur l'antagonisme viscéral des populations arabes vis-à-vis des Juifs. Ce sentiment avait été en plus exacerbé par la déclaration Balfour de 1917, en Angleterre, déclaration qui avait préconisé la création d'un foyer national pour les Juifs en Palestine, et par les décisions des Nations-Unies qui créaient le 20 /11/1947, l'Etat d'Israël sur un territoire qui appartenait aussi, historiquement à la communauté arabe.

Toute l'intelligence des dirigeants arabes de l'époque consistait alors à dévier le ressentiment national de leurs masses laborieuses contre l'Occident et Israël au lieu d'appeler leurs populations à un travail coordonné, facilité par le machinisme moderne. Un raisonnement de ce genre aurait permis, probablement, d'assoupir le racisme habituel inhérent, en général à toutes ces populations, vis-à-vis du Juif, alors que ces dernières populations dans leur nouvel Etat travaillaient d'arrache-pied pour amener l'Etat d'Israël à un niveau économique suffisant. Dans ces conditions et pour être objectif, la frustration dont se plaignent amèrement les populations arabes actuelles, parait être seulement la conséquence d'un mauvais raisonnement à la fois économique et politique de leurs dirigeants. Ceux-ci en effet se sont contentés, au cours des siècles précédents, de profiter des premiers bienfaits des techniques occidentales sans rien créer, alors que les masses laborieuses des pays occidentaux, grâce à la compétence de leurs élites, créaient, cette fois, la richesse intellectuelle et scientifique dont tous les peuples et elles-mêmes peuvent profiter aujourd'hui.

Pour justifier ce raisonnement, il suffit de se souvenir des dépenses extravagantes faites dans les années 1920 par certains émirs du pétrole, alors que leurs populations vivaient toujours dans un autre siècle (par exemple des voitures somptueuses, parait-il, avec des portières en or ! ).

Les populations arabes reprochent aussi au colonialisme de l'Europe leur état de misère, mais on peut remarquer cependant que la colonisation ne faisait que remplir un vide. Les peuples arabes ne doivent surtout pas oublier eux aussi, qu'entre le neuvième et le douzième siècle, ils ont colonisé, comme tous les peuples entreprenants le font, tous les pays de la rive sud de la Méditerranée et imposé l'Islam même à leurs voisins non arabes comme les Persans et les Turcs, sans même parler des Berbéres de l'Afrique du Nord, islamisés de force.

Ainsi en 1830 par exemple, au moment de la conquête de l'Algérie par notre pays, sa population n'était que de 3 millions d'habitants, alors qu'actuellement elle est voisine de 25 millions et que la France a laissé tout un ensemble d'équipements collectifs indispensables à l'époque moderne dans un pays où il n'y avait rien (routes, voies ferrées, villes modernes..etc., qui maintenant sont, parait-il insuffisamment entretenues). Mais elle a aussi laissé un ensemble de conceptions propres à l'usage du français, qui devrait permettre à ce pays, devenu libre, de participer au monde moderne, à condition cependant qu'il refuse de se laisser aller a un nationalisme islamique obtus, sectaire et arriéré, surtout quand il est entaché, comme actuellement, de racisme anti-européen. Ces populations ne peuvent donc qu'abandonner ce sentiment de frustration vis-à-vis de l'Occident, car un siècle et demi plus tard, le même Occident, grâce à sa technique et à sa largeur d'esprit, permettait non seulement à l'Algérie, mais également à d'autre pays musulmans d'Afrique du Nord de retrouver leur Dignité nationale, tout en disposant des premiers équipements collectifs indispensables et qu'il leur appartient maintenant d'entretenir et de développer alors qu'avant la colonisation française, la masse de la population, ne disposant d'aucun élément de ce genre, en était presque restée à l'âge de pierre.

Malheureusement l'intégrisme musulman, qui est le réveil de la conscience religieuse des populations d'Afrique du Nord ou d'autres lieux, fait craindre à toutes les populations de l'Europe, l'intervention de la religion musulmane dans les affaires propres de tous ces pays et c'est cette crainte qui justifie les réactions actuelles des populations de notre continent et accroît leur inquiétude.

De nos jours, le pétrole donne à ses possesseurs, une richesse fabuleuse, richesse sur laquelle tous les pays industrialisés de l'Occident ont fondé, en raison de ses facilités d'emploi, leur puissance économique. Cette richesse pétrolière est un don de Dieu, mais elle l'est pour tous, aussi bien pour les Arabes qui sont les propriétaires géographiques du sous-sol que pour tous les pays du monde et en particulier pour les Occidentaux qui, par leurs compétences techniques, ont permis leur exploitation, puisque ces richesses sans cette technicité étaient restées inexploitées, pendant le dernier siécle, c'est à dire inutiles et stériles. Ce sont ces dernières conceptions qui devraient d'ailleurs amener à un partage plus équitable des richesses pétrolières, par exemple entre les pays arabes bien dotés dans ces domaines et d'autres qui le sont moins, que les Etats occidentaux devraient essayer d'imposer aux mieux fournis, surtout après les événements récents et le conflit du Golfe Persique.

Certains utilisent aujourd'hui ces richesses, non seulement, pour sortir leurs pays d'une situation moyenâgeuse, mais aussi pour renforcer dans tous les pays chrétiens ou non d'Europe ou d'Asie (y compris la Russie soviétique et même la Chine) l'influence d'un Islam qui redeviendrait rapidement conquérant avec sa natalité explosive, s'il se rendait compte de l'aveuglement des pays de l'Occident chrétien avec leurs idées généreuses d'égalité alors que le pouvoir musulman, lui, ne considère que la force pour s'imposer (c'est le djihad appliqué à l'Etat musulman).

C'est d'ailleurs cette natalité explosive dans tous les pays musulmans, comme il sera dit plus loin, qui constitue actuellement le plus grand danger pour la civilisation de l'Occident. (1)

(1) 100 millions ou plus de musulmans fanatisés ou affamés dans le Maghreb ne peuvent que constituer dans l'état actuel des relations humaines qu'une menace potentielle très grave pour toute l'Europe méditerranéenne.

A propos de la conversion par la violence, on peut observer qu'il en a été de même en Europe au début de la chrétienté, d'abord avec les croisades, puis plus tard avec l'inquisition, et enfin en Amérique du Sud à l'époque des conquistadores espagnols. Mais ces exactions remontent à une époque où les libertés essentielles de l'homme, comme la tolérance qui engendrait l'Etat laïc, n'étaient encore que des voeux pieux.

On peut alors observer que ces derniers abus s'effectuaient, malgré tout, en opposition complète avec la Bible, les évangiles ou les commandements du Christ, alors que les musulmans, actuellement, veulent conquérir les peuples pour leur imposer l'Islam sous peine de mort, puisque le djihad ou Guerre Sainte est le premier devoir du croyant, d'après Mahomet, même si l'on tend maintenant à dire que le djihad est seulement un combat intérieur.Tous les citoyens des pays évolués et modernes savent aussi que le libre exercice des conceptions religieuses est un acquis et que la liberté de penser et de croire est, pour chacun, un des biens les plus précieux dont dispose chacun de nous. Ils sont alors très inquiets de la présence dans leurs différents pays de populations pratiquant une religion pour laquelle la Guerre Sainte est le devoir essentiel du croyant, mais aussi et surtout qui fait à la femme une situation incompatible avec notre mode de vie, fait du respect de la personne humaine. Ainsi, une grande majorité de nos libres compatriotes n'est pas sans observer, avec une grande inquiétude, la situation politique et religieuse qui sévit par exemple au Liban où les communautés religieuses chrétiennes et musulmanes qui cohabitaient pacifiquement depuis longtemps s'opposent maintenant violemment et s'entre-tuent même.

Les attentats terroristes aveugles contre des populations civiles dans les Etats occidentaux ou les détournements d'avions et les prises d'otages en sont encore une autre bonne preuve. Quant aux séquestrations d'occidentaux qui se rattachent, cette fois directement, au racisme anti-blanc, cette situation est encore compliquée, en plus, par la présence et l'action de l'Etat d'Israël qui, par ses initiatives, laisse aussi nos compatriotes, citoyens de ce pays libéral et humaniste, de plus en plus songeurs sur le sionisme.

Compte tenu de ces quelques observations, les pouvoirs politiques des différents Etats Européens doivent alors apporter l'attention la plus soutenue au problème de l'immigration de populations de religion musulmane en raison de la propension de cette religion à imposer sa foi au monde entier, ce que facilite aujourd'hui la richesse pétrolière de certains pays arabes et la facilité des communications.

Cette richesse pétrolière, don de Dieu, sert en effet au prosélytisme d'un Islam, largement encouragé par les Etats musulmans pétroliers qui, en disposant d'une masse énorme de moyens de paiement dans toutes les monnaies de l'Occident, avec le pouvoir corrupteur de l'argent qui lui est attaché, pourrait satisfaire la Volonté de Puissance et de Domination de l'Islam, en vue d'une future opposition de populations musulmanes, venues très récemment s'installer en Europe. On peut alors malheureusement observer que, en raison de l'explosion assez tardive du nationalisme arabe dans les nombreuses populations de religion musulmane immigrée d'Europe, d'Asie, du Moyen-Orient ou d'Afrique, une nouvelle source de conflit économique, à propos du pétrole, sur un fond d'intégrisme musulman, pourrait encore s'accentuer dans d'autres lieux que l'Irak, point crucial du conflit récent du Golfe Persique. On peut cependant espérer que les stratèges de l'Occident de Brest à Vladivostok et même de Washington à Vladivostok réfléchissent cette fois, alors qu'il en est encore temps, aux fournitures d'énergie, questions délicates et capitales pour toutes les nations blanches, responsables de notre civilisation occidentale.

On ne peut donc que conseiller à tous les représentants politiques des Etats européens, chargés d'assurer à long terme la survie de notre civilisation occidentale libérale et humaniste, d'être très prudents dans le domaine de l'immigration de ces populations. Si, par exemple, l'attribution du droit de vote aux travailleurs immigrés dans certaines élections locales pouvait être compatible avec la pensée politique, en général généreuse, en usage dans tout l'occident européen, il conviendrait, malgré tout, de prendre pour en rester toujours à des conceptions pratiques, certaines précautions, surtout quand il s'agit d'accorder la naturalisation c'est-à-dire la nationalité d'un des Etats européens. On pourrait alors suggérer de passer avec chaque immigré, dans chacun de nos Etats, un contrat juridique en bonne et due forme, contrat qui comporterait par exemple pour le nôtre :

- la renonciation écrite au djihad islamique,

- le renoncement à la polygamie, à la répudiation de la femme et au port du foulard à l'école,

- la reconnaissance écrite de la laïcité du pouvoir politique de notre Etat,

- la renonciation à la diffusion de l'Islam dans notre pays, et par voie de conséquence, la renonciation personnelle aux écoles coraniques, car celles-ci ne pourraient que constituer une grave menace pour la sécurité intérieure et ultérieure de notre Etat en raison du prosélytisme belliqueux de l'Intégrisme musulman, étant entendu également que des lieux de prière non ostentatoires seraient autorisés dans une juste mesure,

- l'accord écrit de respecter les lois de notre république laïque.

Si ces conditions ne pouvaient être acceptées par l'immigrant musulman, celui-ci serait reconduit à la frontière de son pays d'origine, car il n'y a pas de droits sans devoirs. Notre pays et les autres Etats européens doivent être persuadés de l'impérieuse nécessité de mesures de ce genre, car il y va de la survie de notre identité nationale et de celle de tous nos voisins européens face à l'afflux du nombre, et non pas de racisme, puisque chaque pays désire conserver ses propres caractéristiques.

En effet si l'immigré refuse son intégration en exigeant le droit à la différence, il ne peut prétendre toutefois aux mêmes droits que les nationaux. Le droit à la différence de tout étranger est indiscutable mais il ne peut être exercé complètement pour deux peuples distincts sur un même sol, sans qu'il n'en résulte ultérieurement de graves affrontements entre ces deux peuples. Sans racines ni souvenirs communs, les immigrés sont seulement des voyageurs sans bagages qui se trouvent, dans notre pays, simplement par nécessité économique. C'est probablement ce qui se passe dans ces banlieues déshumanisées où le chômage et l'analphabétisme n'expliquent pas complètement la violence de cette jeunesse désemparée qui n'a rien à faire de toute la journée et c'est à tous nos compatriotes de se persuader de la difficulté des tâches à accomplir. Il nous faut en effet aider cette jeunesse à s'assimiler, car cette immigration a été trop forte et trop rapide pour que l'ensemble de la cité puisse la recevoir, d'autant plus qu'interfèrent, maintenant l'intégrisme musulman, le nationalisme et, par là, le rejet de l'Occident. C'est pour ces dernières raisons que l'importance de la population non européenne doit être strictement limitée dans notre pays et qu'il soit mis un terme à cette immigration, car celle-ci, par trop nombreuse, refuse maintenant l'assimilation, puisque l'intégrisme islamique lui laisse entrevoir la submersion de l'Occident par le nombre.

Il conviendrait donc que tous nos partis politiques ne transigent pas sur ces impérieuses et évidentes nécessités et que toute démagogie électorale dans ce domaine soit écartée, sans oublier la mise en place aux frontières de notre pays et de toute l'Europe d'un strict contrôle pour réprimer l'immigration clandestine. En effet, l'Europe entière malgré ses idées généreuses et égalitaires en la matière, ne doit pas être considérée comme le refuge de millions de personnes sans ressources et qui seraient rapidement à la charge du citoyen contribuable, et non pas à celle des protagonistes d'une législation si désastreuse.

C'est ainsi qu'actuellement deux peuples cohabitent sur notre sol, le premier est le résultat de l'histoire de France et de mille ans et plus de brassage de populations venues surtout de l'Est de notre pays, le second se reconnaît dans la communauté des croyants de l'Islam et, malheureusement pour celle-ci, les compromis avec les infidèles ne durent qu'un temps. C'est cette dure réalité qui, en étant menaçante, doit surtout persuader l'ensemble de nos partis politiques d'être très prudents dans la recherche d'un soutien électoral de musulmans, qui pourraient peut-être s'intégrer dans nos Etats, à condition que la Tolérance soit enfin acceptée par l'Islam et que le nationalisme arabe, qui va de pair, soit dorénavant à l'image de celui des peuples blancs, c'est-à-dire tolérant et libéral.

Que la Guerre Sainte soit aussi abandonnée totalement, que le fanatisme religieux disparaisse définitivement et que la situation de la femme arabe soit modifiée du tout au tout et que, surtout, la natalité soit rapidement réduite, ce qui ne paraît pas être malheureusement le cas avant une très longue période, car elle est une menace grave à moyenne échéance pour la paix dans tout l'Occident !

L'afflux incontrôlé d'une population arabe est en effet le seul et peut être l'unique danger qui menace maintenant l'ensemble de tous les pays Européens. Ainsi, la surpopulation arabe dans certaines des banlieues de nos grandes villes déstabilise, non seulement l'enseignement de nos enfants, mais encore la vie courante dans ces grands ensembles et dans ces cité, avec des violences et des destructions insupportables. Il convient d'y remédier dans de brefs délais si les pouvoirs publics veulent éviter de plus graves désordres, à la fois par des mesures d'insertion et surtout par le respect absolu des lois de l'Etat.

La guerre du Golfe Persique donne enfin à tous les pays occidentaux l'exemple malsain de la cupidité dont ils ont tous fait preuve, vis-à-vis d'un pays arabe, l'Irak particulièrement riche en pétrole. Celui-ci a alors transformé cette richesse pétrolière exceptionnelle en armements offensifs de toute nature, contre cet Occident détesté et envié à la fois pour sa technicité et pour une modernité qui fascine, dans tous les pays arabes, les pauvres masses incultes, maintenues dans cet état de frustration depuis des centaines d'années d'ignorance et d'asservissement intellectuel ou religieux, du fait de la conduite des hauts dignitaires de ces Etats, qui les ont dirigés depuis des centaines d'années et dont l'Occident n'est nullement responsable

En fournissant à l'Irak des armes de plus en plus sophistiquées, comme celles qui concernent la guerre chimique ou bactériologique, que ce pays pourrait un jour fabriquer lui- même, dans des installations créées par ces mêmes et stupides fournisseurs, ou même l'arme nucléaire, ces pays ont mis en évidence les dangers d'une semblable politique. Il faudrait donc, après cette guerre du Golfe Persique que notre Occident se réveille et que les instances internationales décident enfin une interdiction absolue de ces différents commerces avec des contrôles sérieux, car il s'agit cette fois de la vie propre de notre civilisation occidentale et de l'existence de nos propres enfants. Aussi bon nombre d'Européens s'étonnent que cette affaire du Golfe n'ait pas été menée à son terme par les Etats-Unis, avec la destruction compléte d'un potentiel nucléaire, chimique ou bactériologique qui ne peut manquer d'être encore dangereux et d'autant plus dangereux que, depuis la déstabilisation de l'ex U.R.S.S., il n'est pas impossible que les spécialistes des questions nucléaires de ce pays puissent proposer leurs services à des Etats de ce genre, avec le pouvoir corrupteur de l'argent et la puissace qu'il apporte. Il faudrait tout aussi impérativement que les Entreprises de tous les pays modernes mettent un terme définitif à des fournitures de ce genre, ce qui ne sera pas sans poser non plus le délicat problème de l'apprentissage des connaissances ou des techniques spécialisées dans les domaines délicats de la science dans ses rapports avec les conflits entre les hommes.

Mais ce sera aussi le devoir de la génération actuelle en Occident de résoudre le problème des populations palestiniennes, problème qui lui aussi doit être résolu dans l'optique de cet essai par un fédéralisme associatif comme il sera dit plus loin à propos de l'Europe dans le cadre de deux Etats associés et qui devrait permettre aux populations juives et arabes de vivre ensemble, comme elles l'ont déjà fait pendant plus d'un millénaire en abandonnant, l'une et l'autre, des nationalismes religieux sectaires particulièrement pernicieux à notre époque. Et si c'est le devoir de l'Occident de rechercher une solution fédérale, susceptible de faire vivre les uns à coté des autres, Israéliens et Palestiniens, ce sera encore son rôle de trouver une solution au problème des Kurdes au nombre de vingt millions et qui sont répartis entre cinq Etats, comme il a été déjà signalé dans la première partie de cet essai, à propos de l'amour de la patrie, et qui sont encore scandaleusement asservis par l'Irak, autre pays arabe comme la guerre du Golfe Persique vient de le montrer.

C'est l'expérience de nos lointaines guerres de religion qui est là pour nous rappeler que nos pays sont également passés par cette période, et que la liberté de penser ou de croire en Dieu qui est le bien le plus précieux que nous ait apporté la pensée de l'Occident est encore malheureusement inconnue en terre Islamique, en étant de plus à l'origine d'un racisme anti-occidental qui apparaît, on ne peut plus clairement aujourd'hui .

Mais, en attendant ce moment lointain, les grandes lignes de la politique concernant l'immigration de ces populations dans notre pays doivent tenir compte seulement des réalités et non pas d'idées par trop généreuses, voire démagogiques, de partis politiques non conscients de leur devoir d'Etat, comme ils le sont généralement avec leur multiplicité et une déontologie inadaptée à l'époque et leur méconnaissance des problèmes démographiques. Il n'est peut-être pas exclu de penser que le monde musulman en arrivera plus tard à un raisonnement qui mettra en sommeil le djihad et son fanatisme, et où la dépendance de la femme arabe vis-à-vis de l'homme sera abandonnée, car cette conception est incompatible avec le monde moderne que les Nations arabes veulent embrasser, mais il est à craindre que ce moment ne soit pas encore arrivé. Espérons cependant que le temps nécessaire ne durera pas aussi longtemps qu'a duré chez nous l'intolérance religieuse.

Dans ces conditions, les pays de la rive Nord de la Méditerranée doivent alors apporter la plus grande attention à l'établissement de relations amicales avec ceux de la rive Sud, par exemple au moyen d'un Marché commun, comme il a été déjà suggéré plus haut dans le chapitre consacré aux Problèmes de Population. Ce dernier sera probablement assez difficile à mettre en place en raison de la disparité actuelle des économies, mais existe-t-il d'autres solutions pour éviter de probables convulsions ? Il conviendra déjà que les conditions restrictives relatives à la démographie soient respectées, ce qui impliquera pour toutes ces populations de renoncer à la fois, au nationalisme obtus, voire outrancier, et aux manifestations extérieures de l'Intégrisme Islamique étant entendu enfin que la femme arabe doit recevoir surtout une situation civile comparable à celle de nos compagnes européennes. L'instruction et l'éducaton de la femme arabe sera un élément déterminant dans la prise de conscience des masses féminines pour l'octroi d'un statut équitable pour la femme arabe, statut qui ne pourra être refusé éternellement par sa religion : l'Islam, car c'est d'elle dont dépend aujourd'hui l'évolution du monde arabe, vers le progrès social, donc économique.

Il faudra enfin que les Etats musulmans, qui manquent encore trop souvent de persévérance dans l'effort, abandonnent des conceptions économiques et sociales moyenâgeuses. Celles -ci sont en effet les conséquences de plus d'un millénaire d'une philosophie plus contemplative qu'active, et dont les résultats prouvent, s'il en était besoin, l'importance d'un travail soutenu et assidu dans l'essor matériel, comme l'a montré en son temps le Japon dans les cent cinquante dernières années.

Quant aux populations dites primitives, ce mot étant pris au sens occidental du terme, et qui le plus souvent ne peuvent se référer qu'à une connaissance incertaine de leur passé, il paraît assez difficile et peut-être utopique de vouloir les transformer d'un coup de baguette magique, c'est-à-dire en quelques dizaines d'années, en des populations d'un niveau de civilisation élevé, tel qu'il en est par exemple atteint dans les pays de vieille culture.

Il est donc de la première importance que les responsables de ces Etats, qui n'ont pas encore atteint un niveau étendu de compétences et de connaissances, soient intimement persuadés de l'immense effort que leur peuple et surtout leurs dirigeants devront accomplir dans les domaines du savoir humain pour les faire participer, enfin, au progrès et à ses bienfaits.

C'est pour des raisons voisines que les hauts responsables politiques des Etats musulmans devraient dorénavant recevoir leur pouvoir politique, non plus de chefs religieux traditionnels qui sont toujours sous la dépendance d'un Islam plus ou moins intégriste, mais d'un processus démocratique qui est mieux adapté à une Société Industrielle qui parait malheureusement, aux yeux de nombreux responsables musulmans, comme incompatible avec le Coran. Jusqu'à présent, en effet les structures de ce pouvoir politique étaient un mélange d'archaïsme et de structures religieuses et les lois régissant la société civile n'étaient pas, comme en Occident, le résultat d'une volonté profonde de la population mais celle du Coran.

Mais ce bouleversement exigera dans le même temps, de s'appuyer sur une population qui aura reçu une instruction suffisante, ce qui impliquerait aussi que la situation civile de la femme musulmane ne soit plus ce qu'elle était encore récemment, ce qui parait malheureusement un but assez lointain à atteindre devant l'égoïsme masculin et l'archaïsme de la pensée musulmane qui a tendance à considérer la femme comme un être inférieur.

Si les masses musulmanes veulent donc véritablement s'élever au niveau du monde modern, elles doivent accepter également la laïcisation de leurs structures, comme l'Occident l'avait fait à partir du dix-septième siècle, car c'est probablement l'influence de la religion qui est à l'origine d'un retard actuellement mal ressenti par cette population et dont l'Occident n'est nullement responsable. Ce sera cependant le rôle majeur des nations évoluées d'aider amicalement les populations moins avancées vers la forme actuelle de la civilisation, mais que de dangers à prévoir si cette civilisation est mal interprétée, mal comprise et mal assimilée ! Elle n'est pas faite seulement en effet d'un ensemble considérable de connaissances techniques, mais aussi du respect des droits de l'homme et de la femme, qui doit être désormais l'idéal de toutes les populations héritières, ou non, de vieilles cultures.

C'est de cette façon que le concept de race, ancré d'autant plus complètement au tréfonds de l'âme que l'individu n'a aucune instruction, ni ouverture sur autrui et sur le monde, pourra être effectivement combattu.

En dehors du problème racial fondé sur la différence de culture ou de couleur de peau, il existe encore une autre variété de racisme à forme politico-religieuse qui s'appelle l'antisémitisme.

d) L'antisémitisme

C'est une forme très ancienne de l'intolérance et du racisme, puisqu'il remonte bien avant les premiers siècles de notre ère. De plus, il s'est manifesté en tous lieux et en tout temps et c'est ce qui amène à se référer à l'histoire. Les populations juives ou sémites (1) ,qui occupaient déjà depuis longtemps la terre de Canaan en Palestine, avaient essaimé, après la Diaspora (2), dans tout le bassin méditerranéen où elles se sont mêlées aux peuplades autochtones, en entraînant des conversions au judaïsme, et leur race d'origine, comme d'ailleurs toutes les races de la terre, a perdu, dès cette époque, sa pureté au sens biologique du terme (3).

(1) Les Arabes sont aussi des sémites.

(2) L'histoire nous apprend que la Diaspora ou dispersion du peuple juif, aurait été amorcée dès le neuvième siècle avant J.C. et se serait accentuée avec la destruction de Samarie par Surgon, roi d'Assyrie en 721 avant J.C. et de Jérusalem par Nabuchodonosor en 596-587 avant J.C. Elle s'est poursuivie jusqu'au premier siècle de notre ère, avec la destruction de Jérusalem et du temple par les Romains de Titus en 70, et surtout après la révolte des Juifs contre Rome en 132-135.

(3) Il y a même des Juifs de race noire (la population Falashas en Abyssinie), il est vrai peu nombreux. De l'avis des historiens de l'Eglise catholique, si la secte juive des pharisiens est à l'origine du procès contre le Christ, trahi par Judas Iscariote, juif comme lui, il ne faut pas oublier, cependant, que ce procès fut mené par l'autorité romaine qui était une autorité païenne. Il faut alors remarquer que, dans ces temps anciens, l'affirmation par un homme, qui comme sa mère et ses apôtres était juif, d'être le Messie devant les grands prêtres pharisiens, constituait un tel sacrilège que celui qui prononçait de telles paroles ne pouvait qu'être condamné à mort, par crucifixion, supplice réservé à cette époque aux esclaves dans l'Empire romain.

Avant cette dispersion, la notion juive se raccordait alors en même temps à la foi religieuse, à la notion d'ethnie et enfin à la notion moderne de l'idée nationale, mais, après la Diaspora, l'idée nationale disparaît et seule subsiste, à partir de ce moment, la tradition religieuse qui s'est maintenue grâce à l'usage de l'hébreu. Seul le monothéisme de la religion juive, qui sera plus tard à la base du christianisme, l'a distingué des populations environnantes enfermées dans leur polythéisme païen, et l'Empire romain leur aurait même accordé une certaine protection par une législation tolérante. L'expansion du christianisme finit par amener un changement d'attitude. Longtemps persécutées, les formes extérieures de la nouvelle religion finissent par s'imposer vers le quatrième siècle de notre ère, au sein de l'Empire romain.

C'est seulement à partir de cette période et surtout au Moyen Age, que le peuple juif fut rendu collectivement responsable de la mort de Jésus, apparemment du fait de préventions, de confusions ou d'erreurs historiques prenant source, probablement, dans les relations déplaisantes, voire rancunières qui existent entre des catégories d'hommes quand l'une prête de l'argent, avec intérêts, à l'autre. Avec la laïcisation des sociétés occidentales, commence l'assimilation des populations juives dans les sociétés de l'Occident mais, grâce à la survivance de l'hébreu, l'assimilation ne fut pas complète et la marque juive devint surtout religieuse, si bien que l'intégration dans les sociétés occidentales ne fut ni totale, ni véritablement acquise, du fait de l'usage de l'hébreu et de la religion. Ainsi, tout au long de cette période, les populations juives, qui s'adonnaient au commerce et aux tractations monétaires honnies par l'Eglise catholique, qui avait interdit dès cette époque le prêt avec intérêt, ont subi, dans tous les pays chrétiens, les persécutions de leur entourage. Au sujet du prêt à intérêt, on peut d'ailleurs signaler que la Bible, elle même, (Traduction de la Bible par André Chouraqui, datée du 15 mai 1990, page 378) dans le chapitre Deutéronome 23-19, dit en parlant du Juif :

- au verset 20 : " Tu ne pratiqueras pas l'usure envers ton frère, usure d'argent, usure de manger, usure à tout propos d'usure,"

et précise pour l'étranger :

- au verset 21 : " Pour l'étranger, tu pratiqueras l'usure, mais envers ton frère pas d'usure ,"

Les créanciers juifs, et par extension les juifs dans leur ensemble, ont été alors considérés par leurs débiteurs chrétiens comme responsables de leurs malheurs personnels et de ceux de leur communauté nationale.

Ce n'est que quelques siècles après ces événements que la Diaspora fut considérée par les chrétiens comme le châtiment divin de la crucifixion du Christ, dont les populations juives furent rendues responsables, dans leur ensemble, alors que cette opinion est manifestement une erreur historique puisque, si certains juifs ont assisté Jésus, comme coreligionnaires, jusqu'à sa mort, la masse du peuple juif, éloignée de Jérusalem par une dispersion déjà vieille de plusieurs siècles et par l'inexistence de communications faciles, ignorait tout de l'événement et ne pouvait donc être l'objet d'une accusation collective pour la mort du Christ (1).

(1) Ce n'est que très récemment que l'Eglise catholique a relevé les Juifs du crime de déicide Décret conciliaire de 1965.

Bien que le mythe de la responsabilité collective juive ne paraisse pas avoir été utilisé pour disculper, à l'époque, les autorités romaines de ce forfait et qu'il emprunte peu de choses à ce qu'on croit être la vérité historique, il a néanmoins fixé, dans les consciences des chrétiens, la physionomie de ce peuple sous les traits odieux d'Ahasvérus, le Juif errant, condamné à traîner sa malédiction de par le monde, à la quête de son salut et de Judas vendant son maître pour trente deniers. Ces légendes, qui reposaient sur un contexte historique prêtant à discussion, ont été pourtant à l'origine, dans les pays christianisés de l'Occident, successeurs de l'Empire romain, de l'antijudaïsme chrétien qui sévira pendant tout le Moyen Age, jusqu'à la Révolution française lorsque la Constituante, en 1791, abolit les mesures d'exception relatives aux Juifs et lorsque Napoléon organise leur culte en 1808.

L'émancipation des Juifs est imitée très tôt aux Etats-Unis d'Amérique, puis en Europe où les Juifs obtiendront progressivement le droit de citoyenneté (Italie 1859 - Angleterre 1866 - Allemagne 1870 - Russie 1917). Dans d'autres contrées, situées loin de la Méditerranée, comme la Chine et les Indes, le phénomène antisémite paraît peu marqué. Malheureusement, dans les pays musulmans il constitue un dérivatif à l'intolérance religieuse que l'Islam voue généralement aux infidèles, c'est-à-dire à ceux qui ne pratiquent pas cette religion (2).

(2) L'Islam est la religion monothéiste la plus récente. C'est seulement à partir du septième siècle après J.C. que Mahomet, né à la Mecque, la fit adopter par le monde arabe. C'est l'émigration de Mahomet à Médine en 622 après J.C., ou hégire, qui marque d'ailleurs l'origine du calendrier musulman.

Malgré les doutes qui planaient sur l'idée de culpabilité du peuple juif, le reproche s'est répandu cependant et demeure ancré dans l'esprit de beaucoup, dans les pays chrétiens, si bien qu'aujourd'hui encore, le phénomène anti-juif subsiste, même chez nous, à l'état latent. L'antisémitisme a surtout été très virulent dans les pays de l'Europe centrale et orientale où des populations juives importantes, confinées dans des ghettos infects subissaient des pogroms (3) qui visaient à leur extermination.

(3) Pogrom est un mot russe qui caractérisait un mouvement anti-juif accompagné de pillages et de massacres dans la Russie tsariste, jusqu'au début du 20ème siècle.

Il a atteint son point culminant en Allemagne avant et pendant la seconde conflagration générale lorsque les populations juives de ce pays et d'une grande partie de l'Europe occidentale et centrale ont été décimées à la suite des mesures prises à leur encontre, au nom du sang aryen qui coulerait dans les veines des descendants des germains.

L'énormité de la persécution devenue pendant la guerre, à partir de 1942, systématique et exterminatrice dans tous les pays d'Europe, donnait alors à tous les juifs le sentiment d'assister à une fin horrible et unique dans l'atrocité humaine. Ce n'est d'ailleurs qu'à la fin d'un conflit qui avait duré 4 ans que la coalition anti-nazie qui avait mobilisé une grande partie des richesses humaines et économiques de la planète, a pu mettre fin, dans le même temps, à un génocide indigne d'un peuple civilisé.

En s'appuyant alors sur l'expérience des siècles passés, de nombreux citoyens des pays de l'Europe se demandent pourquoi (ce qui en soi est remarquable) les adeptes de la religion juive sont le plus souvent restés volontairement en dehors du cadre des Etats nationaux, en refusant leur complète assimilation. C'est qu'ils disposaient d'une langue, l'hébreu, qui leur était propre et qui leur a permis de conserver, au milieu d'autres ethnies, leurs caractères et leur religion. (1)

(1) L'hébreu, langue malaisée, dotée d'une écriture difficile, n'était plus utilisée depuis longtemps. A l'époque du Christ, on parlait l'araméen en Palestine. L'hébreu, dans le nouvel Etat d'Israël, a été imposé aux nouveaux immigrés juifs venus du monde entier pour constituer le ciment du nouvel Etat. Le yiddish est une langue judéo- allemande de moins en moins utilisée.

Et ces mêmes citoyens concluent alors logiquement, mais trop sommairement cependant, que les populations de religion juive sont elles-mêmes à l'origine de leurs malheurs en voulant perpétuer un particularisme qui est toujours mal vu des éléments majoritaires d'autres croyances. Ces hommes avaient d'autant plus tendance à faire des Juifs les boucs émissaires de leurs déboires, qu'ils leur devaient quelquefois beaucoup d'argent, que les croyances de ces hommes étaient différentes des leurs, qu'ils étaient quelquefois sectaires, voire fanatiques, ce qui est le propre de tous les minoritaires (1).

(1) Il en est de même dans les pays à majorité catholique pour les protestants et vice-versa

Après une histoire tumultueuse, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Etat d'Israël a revu le jour, plus de deux mille ans après sa disparition, sur la terre de Palestine.

On peut d'ailleurs rappeler que cette terre de Palestine avait commencé à recevoir les juifs à la fin du dix-neuvième siècle sous l'égide du sionisme (1), doctrine qui préconisait dès cette époque l'établissement en Palestine d'un grand nombre de Juifs dans une communauté nationale autonome.

(1) Le sionisme fut fondé par Herzl,écrivain juif Hongrois en 1885.

A l'origine, cette réinstallation s'était effectuée pacifiquement, l'achat des terres nécessaires ayant été négocié librement. La fin des hostilités en Europe, en 1946, a vu la création de l'Etat d'Israël par la communauté internationale et, après des difficultés sans nombre, les populations du nouvel Etat ont subi le rejet d'Israël par son environnement arabo-musulman. Malheureusement, après une courte lutte avec ses voisins, de nombreuses populations arabes ont été expulsées du nouvel Etat juif et parquées dans des camps dits de réfugiés, ce qui est, du point de vue de la simple morale, aussi répréhensible que les sévices abominables infligés par les nazis aux populations juives de toute l'Europe (1). Mais on peut constater maintenant que le sionisme, en faisant aussi d'Israël le sol d'un Etat mondial qui en s'appuyant sur des communautés juives dispersées sur le globe, dispose de moyens financiers considérables, constitue en lui-même une menace pour l'existence ultérieure de l'Etat hébreu. Il résulte alors de cette situation, pour les citoyens juifs des autres nations, une sorte de double appartenance, la loyauté de citoyen du pays où ils habitent et la fidélité à l'Etat d'Israël, qui risquent de se superposer et de créer des situations délicates. Le sionisme, en effet, en voulant faire d'Israël un véritable Etat mondial, ne fait que repousser l'établissement d'une Paix véritable qui permettrait à Israël et aux pays arabes de coexister, comme ils l'ont fait jadis pendant deux millénaires.

(1) On peut d'abord observer à ce sujet que les populations palestiniennes, " parquées " depuis quatre décennies dans des camps de réfugiés et nourries depuis par la charité internationale, ont atteint un tel niveau de révolte qu'il n'est pas étonnant, étant incluses dans des Etats étrangers, qu'elles cherchent par tous les moyens à retrouver leur identité, c'est-à-dire leur Patrie. Les affrontements dans les territoires occupés par Israël , la guerre civile au Liban en sont des exemples, et même si ces affrontements sont compliqués en plus par des questions religieuses et idéologiques, il n'empêche que la communauté internationale et particulièrement les Etats puissants portent une responsabilité écrasante dans le maintien d'une situation explosive de ce genre, situation qui ne pourra être éliminée que si ces populations palestiniennes retrouvent, elles aussi, leur identité spécifique, ce qui ne pourr