L'incursion rapide effectuée dans les différents domaines de la vie quotidienne doit se compléter par l'examen des rapports que notre pays est dans l'obligation d'entretenir avec les autres communautés humaines qui cohabitent sur notre Terre, puisque ceux-ci ne laissent de marquer profondément son existence et par là le déroulement de la vie communautaire. A l'époque de la Société Industrielle, la vie de tous les hommes dépend déjà, et c'est une simple évidence de le constater, de la qualité pacifique des rapports d'Etat à Etat, en raison de la survivance de diverses formes de nationalismes outranciers qui ne peuvent manquer de mettre en danger l'existence même du genre humain depuis la mise au point des armes de destruction massive, conséquence malencontreuse d'un progrès technique mal utilisé, d'une part, et de l'amour affectif et logique de l'Indépendance propre à chaque communauté humaine, d'autre part, lié par ailleurs aux"Volontés de Puissance et de Domination"propres à tous les humains.
Cet examen débutera par l'étude des diverses fonctions du langage qui amènera à poser le problème du Sentiment National en complément de ce qui a été déjà dit dans la première partie de cet essai à propos de l'Indépendance des Nations à l'époque de la Société Industrielle.
Ensuite, on évoquera les différentes formes du nationalisme avec le nationalisme religieux, puis le racisme et l'antisémitisme qui termineront l'examen de ces questions qui se rapportent au nationalisme fondé sur ces faits. La suite sera consacrée aux liens qui existent de nos jours entre la Société Industrielle et l'hégémonie, et on décrira les nationalismes à forme politico-économique ou idéologique qui en sont la conséquence directe. Après ces exposés, et pour prouver l'inanité des résultats pratiques de la domination, particulièrement entre Etats évolués, on montrera les conséquences des nationalismes agressifs en rappelant simplement les expériences récentes de l'Europe, qui sont largement convaincantes dans ce domaine.
Après avoir indiqué quels sont les devoirs essentiels de l'Europe et de notre pays dans le développement de la civilisation technique, on évoquera la situation des différentes familles de pays défavorisés et on précisera le rôle des pays modernes pour les aider à sortir d'un état ancestral de misère, étant entendu cependant que l'aide fournie devra amener, de la part des pays défavorisés, des efforts importants de leurs peuples pour qu'ils puissent eux-mêmes, grâce à un effort sérieux et à un travail soutenu, contribuer dans une proportion suffisante à l'effort des pays modernes pour remédier à leur situation.
Les responsabilités politiques spéciales de notre pays seront alors rappelées, en raison des contacts qu'il a eus avec un grand nombre de ces pays, au cours des cent dernières années, particulièrement avec certaines régions d'Afrique et avec lesquelles il conserve encore certains liens affectifs qu'il convient cependant de ne pas laisser par trop se distendre, malgré les circonstances de la décolonisation.
Après ces quelques réflexions, c'est la question des relations entre les Etats de l'Europe évolués et modernes qui sera abordée, compte tenu des nouvelles conditions de la Défense Nationale. On précisera alors le sens qu'il convient de donner aujourd'hui à la notion de Patrie, en addition de ce qui a été dit dans la première partie de ce livre, à propos de l'Indépendance des Nations à notre époque et dans l'optique d'un humanisme adapté à la Société Industrielle.
Puis l'urgente nécessité d'une association ardente et amicale des vieux peuples de l'Europe, sera prouvée, puisqu'elle est dictée par les faits, à ce propos les diverses formes possibles d'association seront exposées et on posera ensuite la question :
Qu'est l'Europe ? Que peut-elle être ?
Après avoir rappelé les essais infructueux des pays européens pour parvenir à cette situation, l'auteur exposera les obstacles actuels à l'Union des pays continentaux et surtout l'évolution de nos relations avec nos voisins du Nord ou du Sud qui influencent nécessairement cette association future. Après avoir examiné rapidement les rapports avec nos voisins du Sud, Espagne et Italie, dans l'optique d'une certaine vision du monde méditerranéen, on rappellera les différents problèmes qui ont marqué les rapports souvent difficiles de notre pays, d'une part avec l'Angleterre, notre voisine du Nord, et d'autre part, avec l'Allemagne notre voisine de l'Est.
C'est ainsi que les difficultés qui ont marqué ces relations seront particulièrement développées dans les cas de l'Allemagne et de l'Angleterre et on montrera qu'il est nécessaire maintenant que chacun oublie les fautes du passé et les erreurs de nos aïeux, car l'association effective et affective de tous les pays de l'Europe ne peut que s'imposer aujourd'hui, en raison du simple examen de la démographie de nos pays, comparée par exemple à celle des pays Arabes, qui sont les voisins immédiats de toute l'Europe, de l'Atlantique au Bosphore, car le réveil du nationalisme et l'intégrisme musulman risquent de marquer dangereusement ces relations.
Il faudra également qu'une association affective et effective soit établie entre l'Europe et le continent Américain, en raison du voisinage des cultures qui fait des habitants de ces contrées les lointains enfants émancipés de notre Europe, qu'elle soit anglo-saxonne, hispanique, lusitanienne ou française.
On évoquera ensuite quelques conséquences de la Seconde Guerre mondiale et les récents bouleversements dans ce que l'on appelait, hier encore, l'Europe de l'Est.
La suite sera consacrée à une analyse rapide des rapports que notre continent doit entretenir d'une part, avec les pays pauvres de notre Terre, puis avec les pays arabes en raison de leur production considérable du précieux pétrole, de leur natalité explosive et de leur religion conquérante : l'Islam avec un Intégrisme qui souvent va de pair avec lui.
Après ces brefs rappels, les exigences d'une défense éventuelle de l'Europe seront rappelées, compte tenu des données internationales existantes et de la nécessité qu'il y a pour nous, habitants de l'Europe, de conserver une certaine forme de vie et de liberté. Ainsi l'association des divers pays qui la constituent pourra servir d'idéal et de but aux aspirations de la jeunesse et des adultes, car ce continent est probablement le seul qui soit capable de transfigurer le monde par la pensée humaniste qu'il va puiser au tréfonds de son histoire.
Le traité tout récent qui vient d'être signé à Maastrich en Hollande à ce sujet, est alors une très grande satisfaction pour tous les continentaux, malgré l'absence de l'Angleterre qui en reste toujours à sa politique traditionnelle.
Le rôle de l'Architecte coordinateur, dans la formation de cette Europe, chère à beaucoup et nécessaire, terminera ce chapitre très important pour les relations humaines.
Les relations d'Etat à Etat ont été fondées d'abord sur la force, puis sur l'équilibre des puissances (1). La raison du plus fort était toujours la meilleure, et le plus fort cherchait souvent à imposer sa volonté, parfois son idiome, et par lui, sa façon de penser et fréquemment même sa religion. Comme les contraintes correspondantes s'exerçaient dans un espace géographique clos, puisque les communications étaient difficiles à ces époques lointaines, le plus faible ne pouvait appeler personne à son secours ni opposer de résistance. Le plus souvent, il se transformait au contact du plus puissant en adoptant, bon gré mal gré, ses moeurs, ses usages et jusqu'à sa langue et, avec elle, la manière de penser du conquérant.
(1) C'était déjà, par exemple, le cas de Rome ou de Sparte avant notre ère, puis celui de l'équilibre des Etats de l'Europe occidentale, France, Angleterre, Espagne, Portugal, Autriche, dès le sixième siècle.
Jusqu'en 1789, tous ces divers pays ont recouru à ces méthodes, puis notre grande Révolution introduisit comme élément créateur de la conscience nationale, non seulement de notre peuple mais aussi des autres, le ferment de Liberté dont l'un des aspects essentiels est la Dignité c'est à dire l'Indépendance (1).
(1) Depuis notre grande Révolution de 1789 qui a permis à la notion de Patrie de s'affirmer, les puissances dominantes sont toujours détestées, aussi convient-il que les superpuissances actuelles ne manifestent pas, vis-à-vis des pays évolués de l'Europe, des sentiments de supériorité qui datent d'un autre âge.
Au cours du siècle suivant, l'évolution de la pensée politique s'est poursuivie sur notre continent sous une forme libérale par le vote de constitutions souvent imposées aux souverains et la Révolution de 1848 ajoutait, sur notre drapeau, aux deux termes de Liberté et d'Egalité de 1789 (1) celui de Fraternité qui concrétisait l'idéalisme préconisé par l'humanitarisme du dix-huitième siècle, et, dans une certaine mesure, une idée préformée dans le christianisme déjà presque bimillénaire, celle de la charité, de la justice, de l'amour du prochain.
(1) Voir aussi Première Partie : Principes et Perspectives pour la Société Moderne.
On aurait pu espérer que les profondes modifications ainsi opérées dans la première moitié du dix-neuvième siècle, dans les consciences et dans la pensée occidentale, exerceraient une influence favorable sur les relations entre les hommes.
Hélas il n'en fut rien ! Les Etats nationaux, qui alors s'organisaient, continuaient malheureusement de s'inspirer des Volontés de Puissance et de Domination du passé qui formaient obstacle aux relations d'Etat à Etat, c'est-à-dire à l'application des trois grands principes de Liberté, d'Egalité et de Fraternité qui venaient d'être formulés, et qui relevaient d'ailleurs tout simplement de l'humanisme.
Chronologiquement, le nationalisme a revêtu diverses formes ; jadis, il fut religieux ou racial, puis linguistique et mercantile et enfin idéologique, cette dernière forme étant tout aussi pernicieuse pour les libertés individuelles. Elle était alors impérialiste en étant accompagnée d'une volonté de domination mondiale, comme le faisait encore récemment l'ex-U.R.S.S.avant sa débâcle économique, conséquence de la suppression du profit pour rémunérer l'activité de l'homme, et maintenant politique, pour avoir supprimé la Liberté et appliqué la dictature du prolétariat.
De toute façon, ces diverses formes de nationalisme s'appuyaient sur un facteur commun qui est la langue, qui permettait, dans ce temps, à ces diverses formes de se manifester soit pour vendre des produits, soit pour imposer des idées.
C'est ce qui amène à examiner d'abord l'influence du langage dans ce domaine, avant de traiter de certaines autres manifestations du nationalisme que celles-ci soient religieuses, racistes, politico-économiques ou idéologiques.
On peut reconnaître au langage deux fonctions essentielles :
- civilisation et culture
- circulation et communication verbales, qui est actuellement la plus importante, avec le développement des communications.
Elles recèlent une âme et une manière particulière de penser, une histoire, en un mot une forme de culture fort longue et difficile à acquérir, car son apprentissage n'implique pas seulement la transposition du vocabulaire, mais encore l'acquisition d'une forme de pensée très spécifique, qui caractérise la façon particulière d'apprécier les nuances de la langue choisie. La connaissance d'une langue commune de culture faciliterait donc aux élites du monde entier et particulièrement à celles de l'Europe les échanges d'idées et de connaissances ; autrefois ce rôle de civilisation et de culture fut joué par le latin.
Au Moyen Age, il était, à la fois la langue de l'université et celle de l'Eglise catholique romaine qui l'avait adopté jusqu'à nos jours sous une forme plus simplifiée comme langue officielle de liturgie et il fut utilisé aussi à cette époque comme langue diplomatique (1) car la foi catholique constituait le lien unificateur d'une Europe qui se hissait peu à peu à la connaissance. Mais aujourd'hui rien ne sert de regretter, comme au temps des romantiques, la belle unité européenne du Moyen Age, rompue par l'émiettement d'une croyance qui aboutit au grand schisme de l'Occident et à la proclamation de diverses hérésies en Allemagne, en Suisse, en Angleterre et en Bohème : Wiclef traduisit la Bible en anglais au XIVème siècle, Martin Luther deux siècles plus tard le fit en allemand.
(1) Surtout pour l'Allemagne, mais moins pour l'Angleterre et la France qui avaient une conscience nationale déjà formée.
Unique source de foi pour les protestants, la Bible fut ainsi portée à la connaissance des populations dans leur langue maternelle et l'invention de l'imprimerie contribua à la propagation rapide de la traduction allemande. C'était l'époque de la Réforme et la Bible, de livre sacré, devint en un certain sens le support d'un nationalisme religieux qui marquait la rupture avec l'ancienne universalité de la religion catholique en Europe.
Ainsi, les mouvements de la Réforme, dès ce moment, contribuaient à jeter les premiers fondements des Etats nationaux (1) et portaient probablement, sans s'en douter, un coup sévère à l'union de l'Europe, déjà manquée une première fois par les successeurs de Charlemagne et sa division fut, dans la suite, encore accentuée par des guerres de religion particulièrement atroces qui ensanglantèrent, à cette époque, toutes les populations d'Europe.
(1) C'est par une ordonnance de François 1er, dite de Villers-Cotterêts que le français est substitué au latin en 1539, dans les actes officiels et de justice. En 1648, les traités de Westphalie sont encore rédigés en latin.
Cependant, le latin restait la langue de communication et de culture entre les diverses élites nationales de l'Europe jusqu'au XVIème siècle. Ainsi le même professeur pouvait-il enseigner aussi bien à Salamanque qu'à Paris, à Bologne, à Oxford ou à Heidelberg. Quelque amers que puissent être les regrets éprouvés quant au recul du latin et finalement à son abandon, on peut cependant observer qu'il n'appartenait en propre à aucun des peuples du continent, qui pratiquaient chacun un idiome national. Bien commun de tous, il ne pouvait servir de support à un impérialisme quelconque et il représente encore un lien actuel entre des peuples diversifiés qui ont puisé, au cours des temps, à cette source commune une grande partie de leur culture. Aujourd'hui, malgré les difficultés qu'il recèle, il se maintient encore dans de rares domaines comme les sciences naturelles, mais par son vocabulaire il ne paraît plus être adapté à la Société Industrielle en raison de l'évolution d'une société qui n'est plus, ni la société romaine, ni la société médiévale. Créé pour d'autres époques, il facilite encore la connaissance et l'acquisition des langues européennes, surtout romanes, qui toutes ont subi son influence ou en dérivent même, mais son vocabulaire n'est plus adapté à celui des sciences et des techniques actuelles et il est devenu une langue morte.
Si l'on voulait donc remettre son usage en vigueur et à l'honneur, il conviendrait déjà de le simplifier pour l'adapter à cette forme de civilisation, mais encore conviendrait-il que tous les Etats de ce continent veuillent bien l'accepter malgré les efforts que cela demanderait à leurs élites, et en conséquence il est inutile de réfléchir à cette solution.
En Angleterre, jusqu'au XIVème siècle, c'est le français qui prédomine dans les classes cultivées (1), par suite de la victoire de Guillaume le Conquérant, avec la conquête de l'Angleterre. Après, il est submergé par l'anglais moderne où l'apport du français n'est pas négligeable.
(1) C'est vers 1360 que l'usage de l'anglais, langue du peuple, supplante celui du français, langue de la noblesse normande.
Aux XVIIème et XVIIIème siècles, le français est la langue des cours et des rois d'Europe. Sans conteste langue diplomatique, elle avait la faveur (notre pays à ce moment était le plus puissant des Etats de l'Europe, on l'apprenait même en Russie), mais elle dût cependant céder la place aux langues populaires, fondements moteurs des mouvements d'unité nationale. (Tolstoï parlait couramment le français. De nombreuses phrases en français figurent dans "Guerre et Paix".)
Malheureusement dès les années 1750, commence dans notre pays une grave crise de natalité sous l'influence des nouvelles idées qui, par la suite, amenèrent la Révolution de 1789. Comme on l'a déjà signalé dans le chapitre consacré à l'examen des Problèmes de Population, dès cette époque, le mariage, la sexualité, la procréation, font partie du débat public, on commence dés ce moment, même dans les villages, à tromper la nature !
Dés la fin de la période napoléonienne, le déclin de notre population se confirme alors que la population de nos voisins anglais, germaniques ou italiens explose et se déverse en Amérique du Nord, en Australie ou en Nouvelle-Zélande en fondant de nouvelles nations blanches, si bien que la prédominance de notre langue peu à peu s'étiole au bénéfice de l'anglais. C'est alors, sans conteste possible, l'évolution des masses qui est la responsable directe du déclin démographique de notre pays depuis cette époque et par là, de l'usage international de notre langue. Tout au long du XVIIIème siècle, le français reste encore cependant la langue diplomatique par excellence, en raison de sa précision (1).
(1) C'est même en français que fut rédigé, comble de l'infortune, le traité de Francfort en 1870, qui consacrait notre défaite devant la Prusse.
Mais, dès la fin du XIXème siècle, l'usage de l'anglais, langue aux formes grammaticales apparemment plus simples, se développe avec la croissance rapide de la Société Industrielle en Angleterre et l'expansionnisme économique et mercantile dont elle est un des supports principaux dans tous les pays du monde, notamment aux Etats-Unis d'Amérique qui parlent sa langue, ancienne possession coloniale de l'Angleterre (1).
(1) L'Angleterre, contrairement à notre pays, n'hésitait pas à faciliter l'expatriation de ses élites.
Ce territoire, peu habité mais particulièrement riche et étendu, accueille les éléments les plus actifs de l'émigration européenne en provenance soit d'Angleterre, soit d'Allemagne, soit d'Italie mais très peu de France, et qui se fondent, en adoptant la façon de sentir propre à l'usage de l'anglais, dans une nouvelle nation qui se veut être, elle-même, avant d'atteindre, progressivement, les sentiments d'hégémonie, caractéristiques de la puissance.
Au XXème siècle, dès la fin de la Première Guerre mondiale, l'usage du français, même comme langue diplomatique, périclite ; il se voit contesté, particulièrement par les pays anglo-saxons, qui profitent des terribles épreuves subies par notre peuple pour la défense commune de leurs nations comprises pour favoriser l'usage de leur langue, l'anglais.
Après la Seconde Guerre mondiale, nouvelle épreuve pour notre langue qui subit des assauts répétés non seulement à l'ouest, mais également à l'est de l'Europe. La prépondérance de l'anglais après ce conflit s'accentue, car il s'appuie cette fois sur les Etats-Unis qui sont, à ce moment, le seul pays économiquement sain du globe, qui contribue par son aide financière au relèvement de notre Europe.
La suprématie matérielle des Etats-Unis, s'affirmant dans tous les domaines, scientifique, technique, industriel, économique, technologique et commercial, favorise l'usage de l'anglo-américain, qu'il s'agisse par exemple des nécessités pratiques de la navigation aérienne, de celles des échanges d'idées scientifiques ; la langue anglaise, même américanisée, renforce de mois en mois sa prépondérance.
La publicité, la mode des termes anglais, le snobisme des classes dirigeantes qui favorise l'anglicisation des langues européennes, le tout joint aux luttes du capitalisme et du collectivisme entraînent la dépendance linguistique de l'Europe vis-à-vis de l'anglo-américain.
On peut même observer que notre langue a, même maintenant, des difficultés avec l'islamisme intégriste car elle a aussi vocation de laïcité, donc de tolérance et c'est peut être la raison profonde des mesures actuelles prises à Alger contre notre langue qui dérange les actuels dirigeants, nouveaux nantis de l'indépendance. Ceux ci en effet ne tiennent pas du tout à voir un jour leur récent pouvoir controversé par une population qui, en étant toujours instruite en français, pourrait accéder à la démocratie et contester un pouvoir populiste et religieux arriéré.
Et notre pays ne sait plus très bien, vu sa puissance économique relativement réduite, comment faire pour retrouver la suprématie perdue de sa langue devant l'ampleur de la progression de l'anglo-américain dont les adeptes n'hésitent pas à employer tous les moyens possibles pour éliminer le français, par exemple en finançant les programmes de l'enseignement en anglais dans certains des pays du Moyen-Orient où traditionnellement le français était d'un usage courant.
Comme l'anglais cependant n'est pas parlé en Europe à part l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande, et malgré un usage accentué dans le domaine des relations économiques, il ne peut être retenu comme langue commune des pays de notre Europe. En effet, l'étude d'une seule langue par les peuples évolués de cette Europe amènerait ultérieurement et inévitablement l'effacement technique, économique et culturel des autres Nations, dont l'individualité est fondamentalement indispensable à l'épanouissement de leurs habitants et c'est ce qui amène à rechercher une autre solution.
Si la connaissance d'une, voire de deux ou trois langues étrangères, librement et durement acquises, double ou triple la valeur de l'homme, la contrainte de l'emploi d'une langue étrangère, qui risquerait de s'apparenter seulement à une langue de subsistance, le rabaisserait au rang d'esclave ou de colonisé.
Ce sont ces observations qui incitent à réfléchir sur le rôle et l'importance de la langue à notre époque où la vie des peuples dépend de l'intensité et de la rapidité des échanges scientifiques, techniques, économiques ou culturels.
Mais on doit reconnaître que les diverses langues se dressent, à l'époque de la Société Industrielle, comme des barrières d'autant plus infranchissables qu'elles sont considérées actuellement comme l'émanation profonde de la personnalité d'un peuple, à un degré d'autant plus important que celui-ci possède une glorieuse et longue histoire.
Les méthodes de domination par une langue quelconque, qu'elles visent à imposer une idéologie politique ou à accroître une prépondérance économique, ou les deux à la fois, doivent être rejetées avec force par tous les Etats de notre chère Europe, puisqu'elles s'opposent à une philosophie fondée sur la tolérance et le respect de l'homme.
Compte tenu de ces observations, on souhaitera en conséquence, que les élites des pays de l'Europe occidentale apprennent, en plus de leur langue maternelle, deux langues étrangères pour éviter tout nationalisme linguistique (1). Ainsi, aucune de ces langues européennes ne pourrait s'imposer à l'autre, elles cimenteraient seulement l'esprit européen à la création duquel elles auront toutes collaboré. C'est alors par l'intermédiaire de ces élites bi ou trilingues que l'Europe pourra être créée et que les différents peuples pourront mieux comprendre leurs problèmes réciproques dans un laps de temps peut-être plus rapproché qu'on ne pourrait le croire.
(1) Les citoyens de ce pays, conscients de la valeur de leur langue, regrettent amèrement la prolifération de termes anglo-saxons et la publicité excessive qui s'y rattache
Pour que ce souhait ne soit pas inutile, il faudra que chacun des pays concernés en Europe et en particulier l'Angleterre, fasse apprendre au moins deux des langues de ses voisins européens à la grande majorité de ses enfants, au lieu de faire apprendre sa langue par les enfants des autres, comme en général les Etats anglo-saxons ont déjà trop tendance à le faire, en raison de la puissance économique des Etats-Unis d'Amérique. Il conviendrait donc aussi que ces derniers fassent un effort important dans ce domaine qui peut leur donner beaucoup d'ouverture dans le contact des autres pays de l'Europe, dont ils sont par ailleurs les descendants directs.
En raison du développement des moyens individuels et collectifs de transport, les besoins d'une langue de circulation et de communication verbales se font de plus en plus sentir, et l'apprentissage d'une langue commune aux Etats européens paraît être une nécessité et s'il nous est difficile, à nous autres Français, d'admettre le déclin de notre langue consécutif à notre affaiblissement démographique et économique qui remonte déjà à près de deux siècles et qui a été particulièrement accru par la Seconde Guerre mondiale, nous sommes bien obligés de constater, malheureusement, cette réalité des faits.
Un esprit idéaliste aurait pu proposer dans ce domaine que tous les Etats de l'Europe facilitent l'usage de l'espéranto qui est une langue neutre par excellence, facile à apprendre puisqu'elle possède une grammaire simplifiée et un vocabulaire qui tire ses racines des diverses langues en usage sur notre continent, malheureusement la puissance économique et politique des Etats-Unis d'Amérique a été telle, après la Seconde Guerre mondiale, qu'elle a imposé partout, tant du point de vue commercial que du point de vue du transport aérien, l'usage de l'anglo-américain, si bien qu'il paraît utopique de proposer une solution fondée sur l'espéranto.
A la fin du XVIIIème siècle et dans les premières années du XIXème siècle, lors des guerres révolutionnaires et napoléoniennes, notre pays qui avait commencé dès les années 1750 un processus de limitation volontaire des naissances, alors qu'il était à ce moment le pays le plus peuplé d'Europe avec environ 25 millions d'habitants, démarre son déclin démographique dû à l'évolution intellectuelle des masses, déclin qui a été fatal pour l'influence future de notre pays.
Plus tard, l'idéal révolutionnaire et Napoléon 1er imposent leur emprise sur d'autres peuples ne parlant pas la même langue, ce qui entraîne finalement, à l'achèvement de ces conflits, non seulement un sensible affaiblissement de notre Etat, mais encore l'éveil de la conscience nationale grâce aux nouvelles idées, dans des pays, qui ne constituaient pas encore des Etats nationaux, comme c'était le cas dans certains des pays germaniques de l'Europe centrale par exemple.
Une fois achevée notre hégémonie, d'autres se manifestent et il n'est besoin que de rappeler le cas de la Pologne, trois fois dépecée en cinquante ans, au XVIIIème siècle, par ses voisins germaniques et slaves, ou celui de l'Irlande maintenue dans un état de sujétion, voire de servage, par l'Angleterre dans les divers domaines religieux, social, politique, économique, pour se persuader que les "Volontés de Puissance et de Domination" ont été de tout temps, le moteur de l'action des Etats.
Ces recours à la force se sont perpétués jusqu'à nos jours en Europe et sur d'autres continents, et l'histoire, même récente, montre de nombreux exemples de méthodes similaires, même dans des Etats de vieille culture, à la périphérie desquels s'étaient établies des minorités nationales dont la conscience reposait sur des coutumes anciennes héritées d'une situation politique antérieure et surtout sur la survivance d'une langue maternelle qui leur avait permis de conserver leur âme par le langage, moule où se déverse la pensée profonde du peuple dans les formes d'expression intimement liées au génie national, c'est-à-dire au désir d'Indépendance et à la Dignité du peuple concerné.
Dans ce cas, la portion majoritaire de la population conquérante se gardait bien de favoriser le développement intellectuel du groupe minoritaire, pour éviter que les répercussions d'une politique de concession ne soient ultérieurement préjudiciables à ses propres intérêts. Elle imposait une langue ressentie comme étrangère par la partie minoritaire pour reléguer ses membres soit dans les labeurs pénibles de l'industrie, soit dans des emplois non moins fatigants de l'agriculture où les individus cultivaient la terre, bien avant de se cultiver eux-mêmes.
L'exemple le plus frappant d'une situation de ce genre, pour un Français, est celle du Québec, partie du Canada où la langue maternelle qui est la nôtre après l'abandon du pays par le roi Louis XV aux Anglais en 1763, s'est maintenue, parmi un petit peuple d'agriculteurs, sous des formes souvent divergentes, malgré de multiples difficultés dues à la séparation brutale de son berceau d'origine, séparation linguistique qui a duré plus de deux siècles et qui donne, à ceux qui se sont rendus dans ce pays, un profond malaise devant l'indifférence de leurs ancêtres, quand ils ont pu réfléchir sur place à cette situation coloniale entre pays européens.
Les groupes ethniques minoritaires canadiens-français n'étaient acceptés, voire tolérés, qu'à la condition de renoncer à leurs valeurs culturelles propres. Les postes supérieurs de responsabilité politique ou administrative et surtout économique ne leur étaient jamais confiés, sauf si, par exception, ils avaient pu bénéficier d'un enseignement adapté aux réalités du monde moderne et surtout s'ils avaient renoncé à leur dignité morale, en aliénant leur âme.
Dans d'autres contrées, les caractéristiques propres des autochtones ont même été bouleversées par l'apport d'éléments extérieurs permis par un statut politique de dépendance. Submergés par un afflux qui les privait de l'usage de leur langue maternelle, ils étaient complètement acculturés, ce qui est contraire à une philosophie humaniste, même si, dans le même temps, les conditions matérielles s'étaient améliorées.
Les Etats puissants justifiaient ces situations le plus souvent par des impératifs d'ordre stratégique dont l'hypocrisie camouflait leur soif de conquête et d'hégémonie.
On peut alors citer à l'appui certains exemples, bien qu'ils constituent chaque fois des cas particuliers. C'est par exemple le cas de Gibraltar occupé par surprise en 1704 par les Anglais ; le traité d'Utrecht, en 1713, leur en a reconnu la possession et, malgré les efforts des Espagnols, les Anglais l'ont gardé depuis, en raison de sa valeur stratégique, mais il n'est pas utopique d'affirmer que cette situation anachronique trouvera peut-être une solution dans le cadre de l'Europe, solution qui pourrait probablement convenir à nos voisins espagnols. Que dirions-nous en effet, nous autres Français, si l'Angleterre occupait encore Calais (1).
(1) L'Angleterre s'était emparée de Calais en 1347, au moment de la guerre de Cent Ans, et y resta près de deux cents ans après avoir expulsé (déjà) tous les habitants et les avoir remplacés par des Anglais. Calais ne fut reprise qu'en 1558 par François de Lorraine, duc de Guise.
Les continentaux ne sont pas non plus sans savoir l'état de sujétion dans lequel fut maintenue l'Irlande depuis le seizième siècle et ils savent aussi que cette île, du fait de sa proximité avec l'Ecosse, fut colonisée par une population différente, non seulement du point de vue de l'ethnie, mais aussi de celui de la religion. C'est cette colonisation impitoyable qui rend aujourd'hui la solution de ce problème particulièrement difficiles en raison surtout de la présence de l'Ulster qui fait partie intégrante actuellement du Royaume-Uni. S'il est extrêmement regrettable que l'Angleterre ait mené vis-à-vis de la population autochtone une politique de ségrégation raciale, religieuse et d'exploitation économique, il n'en est pas moins vrai, aujourd'hui, que cette politique aboutira fatalement à la suzeraineté complète des Irlandais sur l'ensemble de l'île et qu'il ne sert à rien de s'y opposer par la force ou par la ruse.
Si cette solution effraye nos voisins, il n'y a pas lieu de s'en étonner.
N'avons-nous pas été profondément troublés quand nous avons dû, nous aussi, il y a quelques décennies, rapatrier nos compatriotes minoritaires d'Algérie qui considéraient, eux aussi, ce pays comme leur Patrie, puisqu'ils s'y étaient installés il y a plus d'un siècle, et nous ne croyons pas qu'à l'époque l'Angleterre ait bien compris notre situation, situation qui ne manquera pas de s'appliquer un jour à l'Irlande. Dans l'état actuel, il semble que pour ce pays ce sera la même chose, car aujourd'hui, en raison de l'existence du sentiment national, partout, depuis la révolution de 1789 la politique d'assimilation est révolue.
C'est aussi le cas du Tyrol du Sud, du Val d'Aoste aux ethnies particulières, et même aussi celui de Jersey et des Iles anglo-normandes où les autochtones ont perdu pratiquement à part quelques agriculteurs, l'usage de leur langue maternelle, le français de Normandie ou jerriais (1) un peu différent du français de Paris en étant peu à peu submergé par une population de langue anglaise importée qui préférait vivre sous des cieux plus cléments que ceux de l'Angleterre. En profitant alors d'un curieux statut juridique particulier, cette population a assuré progressivement au cours du 18 ème et du 19 ème siècle, en raison de ses liaisons commerciales avec l'Angleterre (2), la suprématie de la langue anglaise dans ce pays à l'origine francophone.
(1) Le jerriais est un ancien dialecte voisin d'un patois normand , qui serait probablement assez proche du langage parlé par Guillaume le Conquérant et ses barons en 1066 lors de la prise de l'Angleterre. Le jerriais, qui n'était plus guère parlé avant la Seconde Guerre mondiale, a connu une certaine renaissance pendant l'occupation des îles anglo-normandes, par les nazis entre 1940 et 1945 comme moyen de communication pratique entre les insulaires à l'insu de ces occupants nazis.
(2) Jersey et les Iles Anglo-Normandes sont les seules parties de la Normandie à bénéficier d'un statut original. En effet, avant la conquête complète de l'Angleterre en l'an 1066 par Guillaume le Conquérant, elles appartenaient en propre au duc de Normandie. Celui-ci étant devenu roi d'Angleterre, les Iles Anglo-Normandes, après le rattachement de la Normandie par Philippe Auguste vers 1220 au royaume de France, demeurèrent la propriété personnelle du roi d'Angleterre et non pas de la couronne britannique. Cette curieuse situation était alors la conséquence des droits anciens de féodalité.
Mais comme toutes les collectivités humaines ont plus ou moins appliqué de semblables pratiques, il ne sert à rien cependant de rappeler des faits vieux de plusieurs siècles.On peut alors se borner à constater que ces procédés ont conduit néanmoins à dégager un aspect positif important : l'éveil ou le réveil d'une conscience nationale, fondement de la résistance des individus à l'oppression. Ces pratiques n'ont pas non plus empêché la lente évolution de l'humanité vers ce monde moderne où la vie de tous et de tous les jours dépend maintenant, que cela plaise ou non, des techniques au sens large du terme.
Cette curieuse situation était alors la conséquence des droits anciens de féodalité.
Et comme l'époque de l'assimilation politique par les langues dans les pays développés est révolue, pratiquement, depuis la Révolution française de 1789 qui a marqué les débuts de la conscience nationale concrétisée par l'usage commun d'une langue, il convient maintenant que chacun des Etats qui utilise tel ou tel idiome renonce dorénavant au nationalisme linguistique, et à imposer par des moyens détournés telle ou telle forme d'expression, cachant difficilement un impérialisme sous-jacent.
C'est ce qui amène à définir le Sentiment National.
Dans ses aspects sains et naturels, on peut le considérer comme le tremplin et la plate-forme à partir desquels se manifeste la Dignité du peuple concerné.
C'est donc un motif affectif intellectuel et spirituel nécessaire et même indispensable à toutes les collectivités particulières héritées de l'histoire. Mais, sorti de cette voie logique et normale, il dégénère, malheureusement trop souvent, en une forme nocive, le nationalisme, ou sous sa forme outrancière le chauvinisme, qui vise à imposer la loi de l'Etat le plus fort à l'Etat le plus faible, au nom de valeurs considérées par lui comme supérieures.
Ce chauvinisme ou nationalisme exclusif, exagéré, expansionniste, orgueilleux, est le plus souvent en même temps impérialiste. Mais heureusement il entraîne, par réaction, une forme de résistance d'abord passive, puis active, qui vise à s'opposer, même violemment, aux excès. Cette résistance est poussée au paroxysme et est empreinte cependant d'une noblesse authentique, malgré des excès fréquents et elle s'inscrit dans une attitude qui vise à respecter la Dignité.
C'est à cette dernière forme de résistance à l'oppression que correspondent les différents mouvements d'indépendance nationale de l'époque contemporaine, qui, à leur tour, ont dégénéré souvent en chauvinisme vis-à-vis de voisins plus faibles.
Cette variante, actuellement, ne se rencontre plus heureusement que rarement dans les pays évolués de l'Occident qui ont fait, au cours des siècles passés de leur longue histoire, la triste et sanglante expérience des guerres de religions. De celle-ci est né le bénéfique principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, si bien qu'aujourd'hui la paix religieuse règne presque partout en Occident (1), alors qu'il n'en est pas encore ainsi dans certains pays qui sont confrontés, en même temps, aux problèmes de l'identité nationale et de la cohabitation entre communautés religieuses différentes, comme c'est le cas actuellement au Liban entre chrétiens et musulmans.
(1) A part le cas de la malheureuse Irlande, dont les causes de conflit sont aussi d'ordre politique et économique.
Cependant, l'imbrication des pouvoirs temporel et religieux existe encore dans de nombreuses régions, et dans les pays arabes en particulier. En effet d'après les conceptions qui découlent du Coran, le pouvoir ne peut être séparé de la révélation divine, si bien que ceux qui l'exercent peuvent être aussi les chefs du pouvoir spirituel. Une conception de ce genre, selon laquelle l'exercice du pouvoir est sacré, conduit inévitablement aux rébellions armées, noyées dans le sang quand elles échouent, puisque celui qui l'exerce le fait au nom de la divinité. C'est le mythe de la Guerre Sainte qui n'a rien à voir aujourd'hui avec l'humanisme, mythe qui ne facilite pas, non plus, l'accès de ces pays à la Société industrielle et qui est probablement à l'origine du retard économique des populations arabes vivant dans ces contrées, malgré la richesse fréquente en pétrole de ces territoires, richesse qui était restée inexploitée jusqu'aux débuts de ce siècle par incompétence technique, conséquence de l'inadaptation des dirigeants de l'époque aux conditions techniques de la vie moderne.
Il serait donc utile maintenant que les jeunes élites de ces pays, formées dans nos Universités, comprennent l'évolution actuelle et qu'elles persuadent les ressortissants des pays particulièrement riches d'un pétrole sur lequel toutes les nations industrielles de l'Europe ont fondé, nécessairement pour ses facilités d'emploi, mais imprudemment l'essentiel de leurs activités économiques, de ne pas trop abuser de la situation, en raison du simple bon sens et des possibilités des techniques de remplacement.
A l'époque en effet de la Société Industrielle, l'économie mondiale est globale et l'exagération actuelle des prix de ce pétrole ne manquerait pas d'amener en Occident de tels désordres que les pays bien nantis dans ce domaine en sentiraient ultérieurement les effets, sans même parler de guerre comme par exemple celle du Golfe Persique.
Il est bien évident en effet que des progrès techniques importants dans le domaine de la recherche pétrolière ou dans le domaine de l'énergie nucléaire permettront à l'industrie de l'Europe occidentale d'être moins dépendante de ce précieux liquide, sans oublier la diversité des sources d'approvisionnement, en particulier en Amérique du Sud dont la culture des populations est voisine de celle de notre continent.
C'est aussi un type particulier de nationalisme outrancier qui est fondé sur les différences existant entre les différents types d'hommes et qui admet des races supérieures et d'autres inférieures. Dans ces conditions, le racisme apparaît et s'appuie alors, non seulement sur la couleur de la peau, mais aussi sur le degré d'acquisition des connaissances, surtout quand le nombre de ces hommes est important dans l'ensemble de la population.
Il ne sert à rien non plus d'épiloguer sur les différentes couleurs de la peau, qui sont des faits difficilement explicables scientifiquement, et l'on constate encore qu'il existe de grandes différences entre les niveaux des connaissances acquises par les populations.
A ce sujet, on peut remarquer que si, pour les chrétiens, Dieu a créé l'homme à l'origine des temps, il n'en a pas créé plusieurs variétés correspondant aux diverses races existantes. Avec le temps, les descendants de cet homme se sont adaptés aux différents climats qui prévalaient dans les contrées où ils habitaient et en particulier à l'action du soleil qui a eu certainement une grande influence à la fois sur la couleur de la peau et sur l'ardeur au travail dont tout découle.
Le retard économique de ces populations ne peut alors s'expliquer que par l'isolement et probablement par l'influence du climat qui, en agissant plus ou moins directement sur l'ardeur au travail, a conditionné peu à peu le milieu social, ainsi que le niveau des connaissances qui a fini avec le temps, par classer les hommes les uns par rapport aux autres, d'autant plus que les convictions religieuses des populations ne portaient pas toujours les hommes à tirer le meilleur parti d'eux-mêmes, au sens occidental de ce terme. La situation économique infériorisée dans les pays arabes est d'ailleurs bien là pour le prouver, en étant sûrement l'origine du sentiment généralisé de frustration ressenti par ces populations vis-à-vis de l'Occident. Les sociétés de l'Europe n'ont-elles pas mis, elles aussi, plusieurs centaines d'années à acquérir ces connaissances et surtout à les assimiler ? Le seul problème qui se pose pour certains de ces groupes humains retardés et il est de taille, est donc d'essayer de réduire cette anomalie le plus rapidement possible. Les lacunes constatées ne pourront alors être comblées que par un travail de longue haleine, réclamant l'apport de plusieurs générations, afin de donner à ces populations un cadre évolutif aussi complet que possible .
On peut remarquer d'ailleurs que grâce au progrès technique et aux puissants moyens matériels créés par la civilisation occidentale, le passage à un stade plus moderne sera considérablement facilité s'il s'effectue dans le cadre de la compréhension réciproque, non seulement entre les hommes mais aussi entre les Etats.
On doit cependant observer que certaines civilisations, différentes de celles de l'Occident comme les civilisations asiatiques, ont su assimiler en un temps très court, par l'entremise des spécialistes compétents de l'Occident, la civilisation technique, probablement parce que leur culture était ancienne et d'un niveau comparable à celui de la nôtre. Elles ont réussi à intégrer en quelque sorte la Science et les Techniques occidentales dans l'enveloppe culturelle de leur origine, en en formant une synthèse nouvelle. Le cas du Japon qui possède une homogénéité de population remarquable, facilitant l'action collective, devrait servir d'exemple à d'autres groupes humains qui n'ont pas encore atteint ce stade, mais qui ont aussi une vieille culture, comme les pays Arabes qui disposent aujourd'hui d'une richesse fabuleuse, découverte et mise en valeur par les pays de l'Occident et non pas par eux-mêmes (1). Mais pour en arriver à ce stade d'évolution, le Japon en 1867 s'est décidé à remplacer son régime féodal par un autre qui s'est ouvert à la Société Industrielle. Ce pays, bien moins doté par la nature en matières premières et en pétrole que les pays arabes est aujourd'hui à la pointe du progrès technique grâce à son courage et au travail de ses populations ce qui tendrait à prouver une certaine incompétence des populations arabes car le peuple japonais à l'époque s'est sorti tout seul de sa situation, sans la richesse fabuleuse du pétrole dont disposaient certains pays arabes.
(1) On peut ainsi formuler l'évidence d'une étrange situation en disant que "que l'on n'avait jamais vu un nombre aussi réduit d'hommes disposer d'un tel volume de richesses sans avoir jamais fourni le moindre travail en échange, puisque ce fabuleux pétrole est sorti des entrailles de la terre grâce aux techniques et aux matériels de l''Occident".
On peut alors objectivement constater que les pays asiatiques sont particulièrement courageux et travailleurs, alors que les populations arabes sont fatalistes et moins attirées par l'efficience du travail, qui, lui conditionne, aujourd'hui tout progrès matériel.
Dans un autre ordre d'idées, certains sociologues estiment que, quand les populations étrangères dépassent 10% du total, le phénomène de rejet apparaît (1) et celui-ci risque d'être plus dangereux encore s'il existe certains sentiments dûs à des blessures affectives récentes, comme ce fut le cas pour notre pays en Afrique du Nord, ou si le chômage venait à s'aggraver en étant une conséquence d'un prix trop élevé du pétrole ou d'un refus de livraison de ce précieux produit, si cette fourniture était liée à des conditions politiques inacceptables imposées par les pays fournisseurs. Mais on doit observer que, en raison de l'afflux récent de travailleurs étrangers de religion musulmane en Europe, les difficultés de cohabitation entre populations de diverses origines risquent d'amener, devant le nombre trop important de ces immigrés, certains phénomènes de rejet qui ne sont cependant pas uniquement racistes, puisque chaque peuple tient à conserver son identité de nation, c'est-à-dire sa culture, ce qui est parfaitement légitime et normal pour le citoyen évolué de l'Europe et qui pourrait se traduire aujourd'hui, à l'époque de la Société Industrielle, simplement par la formule déjà citée dans la première partie de ce livre : chacun chez soi.
(1) Il apparaît d'autant plus vite qu'un nombre de plus en plus important de ces immigrés refuse de s'intégrer et ne respecte pas les lois et coutumes en se rendant ainsi insupportables à la population d'accueil. C'est malheureusement ce qui se passe dans certaines communes de banlieues, quand par exemple la population immigrée est trop nombreuse et inemployée et se laisse aller à des violences inconsidérées, entraînant des dégâts importants dont la réparation est à la charge des citoyens contribuables
Toutefois, pour rester toujours fidèle à nos conceptions d'ordre pratique, notre Pays doit examiner objectivement le nouveau problème posé par l'arrivée dans notre pays, de tradition judéo-chrétienne, d'un nombre considérable d'immigrés de religion musulmane, en s'efforçant d'examiner cette question en dehors des habituelles séparations de droite ou de gauche, mais en se fondant seulement sur l'histoire qui, dans ce domaine, est toujours d'un précieux secours. Ainsi, celle-ci nous apprend que l'Islam s'est répandu en deux étapes entre les 8ème et 9ème siècles dans les pays alors chrétiens d'Afrique du Nord et de l'Empire Byzantin, qui s'étaient constitués entre les années 330 et 395 dans la partie orientale de l'Empire Romain devenu trop étendu pour être défendu et administré depuis Rome. L'Islam se serait d'abord infiltré pacifiquement peu après l'Hégire (622) dans ces territoires et en Afrique du Nord où les Berbères sont convertis probablement de force. On dit même que les chrétiens ouvraient leurs bras à une religion monothéiste voisine fondée, elle aussi, sur la Bible et les prophètes, d'autant plus que la pression fiscale de l'empire Byzantin était telle que les habitants étaient tout à fait favorables à un changement de suzeraineté, à une époque où l'idée de Nation ou d'Etat était encore inexistante. Dans une étape ultérieure, quand l'opinion publique était bien accoutumée, l'armée arrivait et installait le pouvoir islamique qui éliminait immédiatement les Eglises chrétiennes et utilisait la violence. C'est l'époque du djihad islamique, la Guerre Sainte contre les infidèles, que tout croyant doit mener pour que le monde entier entre dans la communauté islamique, si besoin, en employant la violence pour convertir. C'est alors en Europe la grande époque de l'Islam.
Si Charles Martel arrête l'invasion des Arabes à Poitiers en 732, ceux ci avaient déjà conquis de vastes territoires en Espagne, et ce n'est qu'en 1248 que Ferdinand III de Castille les chassent de Séville dont la prise permit deux siècles plus tard la reconquête du royaume de Grenade par Isabelle la Catholique en 1492, qui est aussi l'année de la découverte de l'Amérique.
Il est certain qu'actuellement, en France et en Europe en général, nous commençons à assister au début d'un processus voisin avec l'invasion, pacifique cette fois, d'une population arabe, venue dans tous les pays de l'Occident chercher du travail et des moyens de subsistance.
S'ils sont venus après la période de reconstruction de tous les pays européens pour travailler, c'est pour la simple raison que les responsables de ces divers pays arabes n'avaient pas été capables, depuis trois quarts de siècle, d'y créer, malgré la richesse de leur sous-sol en pétrole, les équipements importants indispensables à l'activité des hommes d'aujourd'hui et c'est là que réside la vraie cause du retard économique de ces populations et non pas un colonialisme qui a bon dos.
La civilisation arabe et musulmane entre les quatorzième et vingtième siècles parait s'être endormie alors que celle de l'Occident se lançait, peu à peu, puis à corps perdu dans la nouvelle forme d'activité amenée par la Société Industrielle. Celleci allait alors remplacer la société agricole et commerçante, en usage dans tous les pays depuis l'origine des temps, et ce n'est pas le colonialisme européen des dix-neuvième et vingtième siècles qui est à l'origine de cet assoupissement, mais les responsables des pays arabes eux-mêmes, au plus haut niveau de ces divers pays.
S'il ne nous appartient pas de rechercher les causes de cet assoupissement, celui-ci pourrait s'expliquer, probablement, par la pratique d'une pensée plus contemplative qu'active car ses conséquences peuvent être appréciées, aujourd'hui, à leur juste valeur, dans de nombreux pays musulmans, malgré les richesses en matières premières et en pétrole découvertes et mises en valeur par autrui, c'est-à-dire par l'Occident et non pas par eux, ce qui explique largement un certain retard dans les conditions matérielles de l'existence dans ces derniers pays. Les seules préoccupations des gouvernements arabes de ces pays, à cette époque, étaient de dévier la colère des masses contre l'Occident en jouant à la fois sur la foi religieuse de l'Islam, sur son impérialisme et sur l'antagonisme viscéral des populations arabes vis-à-vis des Juifs. Ce sentiment avait été en plus exacerbé par la déclaration Balfour de 1917, en Angleterre, déclaration qui avait préconisé la création d'un foyer national pour les Juifs en Palestine, et par les décisions des Nations-Unies qui créaient le 20 /11/1947, l'Etat d'Israël sur un territoire qui appartenait aussi, historiquement à la communauté arabe.
Toute l'intelligence des dirigeants arabes de l'époque consistait alors à dévier le ressentiment national de leurs masses laborieuses contre l'Occident et Israël au lieu d'appeler leurs populations à un travail coordonné, facilité par le machinisme moderne. Un raisonnement de ce genre aurait permis, probablement, d'assoupir le racisme habituel inhérent, en général à toutes ces populations, vis-à-vis du Juif, alors que ces dernières populations dans leur nouvel Etat travaillaient d'arrache-pied pour amener l'Etat d'Israël à un niveau économique suffisant. Dans ces conditions et pour être objectif, la frustration dont se plaignent amèrement les populations arabes actuelles, parait être seulement la conséquence d'un mauvais raisonnement à la fois économique et politique de leurs dirigeants. Ceux-ci en effet se sont contentés, au cours des siècles précédents, de profiter des premiers bienfaits des techniques occidentales sans rien créer, alors que les masses laborieuses des pays occidentaux, grâce à la compétence de leurs élites, créaient, cette fois, la richesse intellectuelle et scientifique dont tous les peuples et elles-mêmes peuvent profiter aujourd'hui.
Pour justifier ce raisonnement, il suffit de se souvenir des dépenses extravagantes faites dans les années 1920 par certains émirs du pétrole, alors que leurs populations vivaient toujours dans un autre siècle (par exemple des voitures somptueuses, parait-il, avec des portières en or ! ).
Les populations arabes reprochent aussi au colonialisme de l'Europe leur état de misère, mais on peut remarquer cependant que la colonisation ne faisait que remplir un vide. Les peuples arabes ne doivent surtout pas oublier eux aussi, qu'entre le neuvième et le douzième siècle, ils ont colonisé, comme tous les peuples entreprenants le font, tous les pays de la rive sud de la Méditerranée et imposé l'Islam même à leurs voisins non arabes comme les Persans et les Turcs, sans même parler des Berbéres de l'Afrique du Nord, islamisés de force.
Ainsi en 1830 par exemple, au moment de la conquête de l'Algérie par notre pays, sa population n'était que de 3 millions d'habitants, alors qu'actuellement elle est voisine de 25 millions et que la France a laissé tout un ensemble d'équipements collectifs indispensables à l'époque moderne dans un pays où il n'y avait rien (routes, voies ferrées, villes modernes..etc., qui maintenant sont, parait-il insuffisamment entretenues). Mais elle a aussi laissé un ensemble de conceptions propres à l'usage du français, qui devrait permettre à ce pays, devenu libre, de participer au monde moderne, à condition cependant qu'il refuse de se laisser aller a un nationalisme islamique obtus, sectaire et arriéré, surtout quand il est entaché, comme actuellement, de racisme anti-européen. Ces populations ne peuvent donc qu'abandonner ce sentiment de frustration vis-à-vis de l'Occident, car un siècle et demi plus tard, le même Occident, grâce à sa technique et à sa largeur d'esprit, permettait non seulement à l'Algérie, mais également à d'autre pays musulmans d'Afrique du Nord de retrouver leur Dignité nationale, tout en disposant des premiers équipements collectifs indispensables et qu'il leur appartient maintenant d'entretenir et de développer alors qu'avant la colonisation française, la masse de la population, ne disposant d'aucun élément de ce genre, en était presque restée à l'âge de pierre.
Malheureusement l'intégrisme musulman, qui est le réveil de la conscience religieuse des populations d'Afrique du Nord ou d'autres lieux, fait craindre à toutes les populations de l'Europe, l'intervention de la religion musulmane dans les affaires propres de tous ces pays et c'est cette crainte qui justifie les réactions actuelles des populations de notre continent et accroît leur inquiétude.
De nos jours, le pétrole donne à ses possesseurs, une richesse fabuleuse, richesse sur laquelle tous les pays industrialisés de l'Occident ont fondé, en raison de ses facilités d'emploi, leur puissance économique. Cette richesse pétrolière est un don de Dieu, mais elle l'est pour tous, aussi bien pour les Arabes qui sont les propriétaires géographiques du sous-sol que pour tous les pays du monde et en particulier pour les Occidentaux qui, par leurs compétences techniques, ont permis leur exploitation, puisque ces richesses sans cette technicité étaient restées inexploitées, pendant le dernier siécle, c'est à dire inutiles et stériles. Ce sont ces dernières conceptions qui devraient d'ailleurs amener à un partage plus équitable des richesses pétrolières, par exemple entre les pays arabes bien dotés dans ces domaines et d'autres qui le sont moins, que les Etats occidentaux devraient essayer d'imposer aux mieux fournis, surtout après les événements récents et le conflit du Golfe Persique.
Certains utilisent aujourd'hui ces richesses, non seulement, pour sortir leurs pays d'une situation moyenâgeuse, mais aussi pour renforcer dans tous les pays chrétiens ou non d'Europe ou d'Asie (y compris la Russie soviétique et même la Chine) l'influence d'un Islam qui redeviendrait rapidement conquérant avec sa natalité explosive, s'il se rendait compte de l'aveuglement des pays de l'Occident chrétien avec leurs idées généreuses d'égalité alors que le pouvoir musulman, lui, ne considère que la force pour s'imposer (c'est le djihad appliqué à l'Etat musulman).
C'est d'ailleurs cette natalité explosive dans tous les pays musulmans, comme il sera dit plus loin, qui constitue actuellement le plus grand danger pour la civilisation de l'Occident. (1)
(1) 100 millions ou plus de musulmans fanatisés ou affamés dans le Maghreb ne peuvent que constituer dans l'état actuel des relations humaines qu'une menace potentielle très grave pour toute l'Europe méditerranéenne.
A propos de la conversion par la violence, on peut observer qu'il en a été de même en Europe au début de la chrétienté, d'abord avec les croisades, puis plus tard avec l'inquisition, et enfin en Amérique du Sud à l'époque des conquistadores espagnols. Mais ces exactions remontent à une époque où les libertés essentielles de l'homme, comme la tolérance qui engendrait l'Etat laïc, n'étaient encore que des voeux pieux.
On peut alors observer que ces derniers abus s'effectuaient, malgré tout, en opposition complète avec la Bible, les évangiles ou les commandements du Christ, alors que les musulmans, actuellement, veulent conquérir les peuples pour leur imposer l'Islam sous peine de mort, puisque le djihad ou Guerre Sainte est le premier devoir du croyant, d'après Mahomet, même si l'on tend maintenant à dire que le djihad est seulement un combat intérieur.Tous les citoyens des pays évolués et modernes savent aussi que le libre exercice des conceptions religieuses est un acquis et que la liberté de penser et de croire est, pour chacun, un des biens les plus précieux dont dispose chacun de nous. Ils sont alors très inquiets de la présence dans leurs différents pays de populations pratiquant une religion pour laquelle la Guerre Sainte est le devoir essentiel du croyant, mais aussi et surtout qui fait à la femme une situation incompatible avec notre mode de vie, fait du respect de la personne humaine. Ainsi, une grande majorité de nos libres compatriotes n'est pas sans observer, avec une grande inquiétude, la situation politique et religieuse qui sévit par exemple au Liban où les communautés religieuses chrétiennes et musulmanes qui cohabitaient pacifiquement depuis longtemps s'opposent maintenant violemment et s'entre-tuent même.
Les attentats terroristes aveugles contre des populations civiles dans les Etats occidentaux ou les détournements d'avions et les prises d'otages en sont encore une autre bonne preuve. Quant aux séquestrations d'occidentaux qui se rattachent, cette fois directement, au racisme anti-blanc, cette situation est encore compliquée, en plus, par la présence et l'action de l'Etat d'Israël qui, par ses initiatives, laisse aussi nos compatriotes, citoyens de ce pays libéral et humaniste, de plus en plus songeurs sur le sionisme.
Compte tenu de ces quelques observations, les pouvoirs politiques des différents Etats Européens doivent alors apporter l'attention la plus soutenue au problème de l'immigration de populations de religion musulmane en raison de la propension de cette religion à imposer sa foi au monde entier, ce que facilite aujourd'hui la richesse pétrolière de certains pays arabes et la facilité des communications.
Cette richesse pétrolière, don de Dieu, sert en effet au prosélytisme d'un Islam, largement encouragé par les Etats musulmans pétroliers qui, en disposant d'une masse énorme de moyens de paiement dans toutes les monnaies de l'Occident, avec le pouvoir corrupteur de l'argent qui lui est attaché, pourrait satisfaire la Volonté de Puissance et de Domination de l'Islam, en vue d'une future opposition de populations musulmanes, venues très récemment s'installer en Europe. On peut alors malheureusement observer que, en raison de l'explosion assez tardive du nationalisme arabe dans les nombreuses populations de religion musulmane immigrée d'Europe, d'Asie, du Moyen-Orient ou d'Afrique, une nouvelle source de conflit économique, à propos du pétrole, sur un fond d'intégrisme musulman, pourrait encore s'accentuer dans d'autres lieux que l'Irak, point crucial du conflit récent du Golfe Persique. On peut cependant espérer que les stratèges de l'Occident de Brest à Vladivostok et même de Washington à Vladivostok réfléchissent cette fois, alors qu'il en est encore temps, aux fournitures d'énergie, questions délicates et capitales pour toutes les nations blanches, responsables de notre civilisation occidentale.
On ne peut donc que conseiller à tous les représentants politiques des Etats européens, chargés d'assurer à long terme la survie de notre civilisation occidentale libérale et humaniste, d'être très prudents dans le domaine de l'immigration de ces populations. Si, par exemple, l'attribution du droit de vote aux travailleurs immigrés dans certaines élections locales pouvait être compatible avec la pensée politique, en général généreuse, en usage dans tout l'occident européen, il conviendrait, malgré tout, de prendre pour en rester toujours à des conceptions pratiques, certaines précautions, surtout quand il s'agit d'accorder la naturalisation c'est-à-dire la nationalité d'un des Etats européens. On pourrait alors suggérer de passer avec chaque immigré, dans chacun de nos Etats, un contrat juridique en bonne et due forme, contrat qui comporterait par exemple pour le nôtre :
- la renonciation écrite au djihad islamique,
- le renoncement à la polygamie, à la répudiation de la femme et au port du foulard à l'école,
- la reconnaissance écrite de la laïcité du pouvoir politique de notre Etat,
- la renonciation à la diffusion de l'Islam dans notre pays, et par voie de conséquence, la renonciation personnelle aux écoles coraniques, car celles-ci ne pourraient que constituer une grave menace pour la sécurité intérieure et ultérieure de notre Etat en raison du prosélytisme belliqueux de l'Intégrisme musulman, étant entendu également que des lieux de prière non ostentatoires seraient autorisés dans une juste mesure,
- l'accord écrit de respecter les lois de notre république laïque.
Si ces conditions ne pouvaient être acceptées par l'immigrant musulman, celui-ci serait reconduit à la frontière de son pays d'origine, car il n'y a pas de droits sans devoirs. Notre pays et les autres Etats européens doivent être persuadés de l'impérieuse nécessité de mesures de ce genre, car il y va de la survie de notre identité nationale et de celle de tous nos voisins européens face à l'afflux du nombre, et non pas de racisme, puisque chaque pays désire conserver ses propres caractéristiques.
En effet si l'immigré refuse son intégration en exigeant le droit à la différence, il ne peut prétendre toutefois aux mêmes droits que les nationaux. Le droit à la différence de tout étranger est indiscutable mais il ne peut être exercé complètement pour deux peuples distincts sur un même sol, sans qu'il n'en résulte ultérieurement de graves affrontements entre ces deux peuples. Sans racines ni souvenirs communs, les immigrés sont seulement des voyageurs sans bagages qui se trouvent, dans notre pays, simplement par nécessité économique. C'est probablement ce qui se passe dans ces banlieues déshumanisées où le chômage et l'analphabétisme n'expliquent pas complètement la violence de cette jeunesse désemparée qui n'a rien à faire de toute la journée et c'est à tous nos compatriotes de se persuader de la difficulté des tâches à accomplir. Il nous faut en effet aider cette jeunesse à s'assimiler, car cette immigration a été trop forte et trop rapide pour que l'ensemble de la cité puisse la recevoir, d'autant plus qu'interfèrent, maintenant l'intégrisme musulman, le nationalisme et, par là, le rejet de l'Occident. C'est pour ces dernières raisons que l'importance de la population non européenne doit être strictement limitée dans notre pays et qu'il soit mis un terme à cette immigration, car celle-ci, par trop nombreuse, refuse maintenant l'assimilation, puisque l'intégrisme islamique lui laisse entrevoir la submersion de l'Occident par le nombre.
Il conviendrait donc que tous nos partis politiques ne transigent pas sur ces impérieuses et évidentes nécessités et que toute démagogie électorale dans ce domaine soit écartée, sans oublier la mise en place aux frontières de notre pays et de toute l'Europe d'un strict contrôle pour réprimer l'immigration clandestine. En effet, l'Europe entière malgré ses idées généreuses et égalitaires en la matière, ne doit pas être considérée comme le refuge de millions de personnes sans ressources et qui seraient rapidement à la charge du citoyen contribuable, et non pas à celle des protagonistes d'une législation si désastreuse.
C'est ainsi qu'actuellement deux peuples cohabitent sur notre sol, le premier est le résultat de l'histoire de France et de mille ans et plus de brassage de populations venues surtout de l'Est de notre pays, le second se reconnaît dans la communauté des croyants de l'Islam et, malheureusement pour celle-ci, les compromis avec les infidèles ne durent qu'un temps. C'est cette dure réalité qui, en étant menaçante, doit surtout persuader l'ensemble de nos partis politiques d'être très prudents dans la recherche d'un soutien électoral de musulmans, qui pourraient peut-être s'intégrer dans nos Etats, à condition que la Tolérance soit enfin acceptée par l'Islam et que le nationalisme arabe, qui va de pair, soit dorénavant à l'image de celui des peuples blancs, c'est-à-dire tolérant et libéral.
Que la Guerre Sainte soit aussi abandonnée totalement, que le fanatisme religieux disparaisse définitivement et que la situation de la femme arabe soit modifiée du tout au tout et que, surtout, la natalité soit rapidement réduite, ce qui ne paraît pas être malheureusement le cas avant une très longue période, car elle est une menace grave à moyenne échéance pour la paix dans tout l'Occident !
L'afflux incontrôlé d'une population arabe est en effet le seul et peut être l'unique danger qui menace maintenant l'ensemble de tous les pays Européens. Ainsi, la surpopulation arabe dans certaines des banlieues de nos grandes villes déstabilise, non seulement l'enseignement de nos enfants, mais encore la vie courante dans ces grands ensembles et dans ces cité, avec des violences et des destructions insupportables. Il convient d'y remédier dans de brefs délais si les pouvoirs publics veulent éviter de plus graves désordres, à la fois par des mesures d'insertion et surtout par le respect absolu des lois de l'Etat.
La guerre du Golfe Persique donne enfin à tous les pays occidentaux l'exemple malsain de la cupidité dont ils ont tous fait preuve, vis-à-vis d'un pays arabe, l'Irak particulièrement riche en pétrole. Celui-ci a alors transformé cette richesse pétrolière exceptionnelle en armements offensifs de toute nature, contre cet Occident détesté et envié à la fois pour sa technicité et pour une modernité qui fascine, dans tous les pays arabes, les pauvres masses incultes, maintenues dans cet état de frustration depuis des centaines d'années d'ignorance et d'asservissement intellectuel ou religieux, du fait de la conduite des hauts dignitaires de ces Etats, qui les ont dirigés depuis des centaines d'années et dont l'Occident n'est nullement responsable
En fournissant à l'Irak des armes de plus en plus sophistiquées, comme celles qui concernent la guerre chimique ou bactériologique, que ce pays pourrait un jour fabriquer lui- même, dans des installations créées par ces mêmes et stupides fournisseurs, ou même l'arme nucléaire, ces pays ont mis en évidence les dangers d'une semblable politique. Il faudrait donc, après cette guerre du Golfe Persique que notre Occident se réveille et que les instances internationales décident enfin une interdiction absolue de ces différents commerces avec des contrôles sérieux, car il s'agit cette fois de la vie propre de notre civilisation occidentale et de l'existence de nos propres enfants. Aussi bon nombre d'Européens s'étonnent que cette affaire du Golfe n'ait pas été menée à son terme par les Etats-Unis, avec la destruction compléte d'un potentiel nucléaire, chimique ou bactériologique qui ne peut manquer d'être encore dangereux et d'autant plus dangereux que, depuis la déstabilisation de l'ex U.R.S.S., il n'est pas impossible que les spécialistes des questions nucléaires de ce pays puissent proposer leurs services à des Etats de ce genre, avec le pouvoir corrupteur de l'argent et la puissace qu'il apporte. Il faudrait tout aussi impérativement que les Entreprises de tous les pays modernes mettent un terme définitif à des fournitures de ce genre, ce qui ne sera pas sans poser non plus le délicat problème de l'apprentissage des connaissances ou des techniques spécialisées dans les domaines délicats de la science dans ses rapports avec les conflits entre les hommes.
Mais ce sera aussi le devoir de la génération actuelle en Occident de résoudre le problème des populations palestiniennes, problème qui lui aussi doit être résolu dans l'optique de cet essai par un fédéralisme associatif comme il sera dit plus loin à propos de l'Europe dans le cadre de deux Etats associés et qui devrait permettre aux populations juives et arabes de vivre ensemble, comme elles l'ont déjà fait pendant plus d'un millénaire en abandonnant, l'une et l'autre, des nationalismes religieux sectaires particulièrement pernicieux à notre époque. Et si c'est le devoir de l'Occident de rechercher une solution fédérale, susceptible de faire vivre les uns à coté des autres, Israéliens et Palestiniens, ce sera encore son rôle de trouver une solution au problème des Kurdes au nombre de vingt millions et qui sont répartis entre cinq Etats, comme il a été déjà signalé dans la première partie de cet essai, à propos de l'amour de la patrie, et qui sont encore scandaleusement asservis par l'Irak, autre pays arabe comme la guerre du Golfe Persique vient de le montrer.
C'est l'expérience de nos lointaines guerres de religion qui est là pour nous rappeler que nos pays sont également passés par cette période, et que la liberté de penser ou de croire en Dieu qui est le bien le plus précieux que nous ait apporté la pensée de l'Occident est encore malheureusement inconnue en terre Islamique, en étant de plus à l'origine d'un racisme anti-occidental qui apparaît, on ne peut plus clairement aujourd'hui .
Mais, en attendant ce moment lointain, les grandes lignes de la politique concernant l'immigration de ces populations dans notre pays doivent tenir compte seulement des réalités et non pas d'idées par trop généreuses, voire démagogiques, de partis politiques non conscients de leur devoir d'Etat, comme ils le sont généralement avec leur multiplicité et une déontologie inadaptée à l'époque et leur méconnaissance des problèmes démographiques. Il n'est peut-être pas exclu de penser que le monde musulman en arrivera plus tard à un raisonnement qui mettra en sommeil le djihad et son fanatisme, et où la dépendance de la femme arabe vis-à-vis de l'homme sera abandonnée, car cette conception est incompatible avec le monde moderne que les Nations arabes veulent embrasser, mais il est à craindre que ce moment ne soit pas encore arrivé. Espérons cependant que le temps nécessaire ne durera pas aussi longtemps qu'a duré chez nous l'intolérance religieuse.
Dans ces conditions, les pays de la rive Nord de la Méditerranée doivent alors apporter la plus grande attention à l'établissement de relations amicales avec ceux de la rive Sud, par exemple au moyen d'un Marché commun, comme il a été déjà suggéré plus haut dans le chapitre consacré aux Problèmes de Population. Ce dernier sera probablement assez difficile à mettre en place en raison de la disparité actuelle des économies, mais existe-t-il d'autres solutions pour éviter de probables convulsions ? Il conviendra déjà que les conditions restrictives relatives à la démographie soient respectées, ce qui impliquera pour toutes ces populations de renoncer à la fois, au nationalisme obtus, voire outrancier, et aux manifestations extérieures de l'Intégrisme Islamique étant entendu enfin que la femme arabe doit recevoir surtout une situation civile comparable à celle de nos compagnes européennes. L'instruction et l'éducaton de la femme arabe sera un élément déterminant dans la prise de conscience des masses féminines pour l'octroi d'un statut équitable pour la femme arabe, statut qui ne pourra être refusé éternellement par sa religion : l'Islam, car c'est d'elle dont dépend aujourd'hui l'évolution du monde arabe, vers le progrès social, donc économique.
Il faudra enfin que les Etats musulmans, qui manquent encore trop souvent de persévérance dans l'effort, abandonnent des conceptions économiques et sociales moyenâgeuses. Celles -ci sont en effet les conséquences de plus d'un millénaire d'une philosophie plus contemplative qu'active, et dont les résultats prouvent, s'il en était besoin, l'importance d'un travail soutenu et assidu dans l'essor matériel, comme l'a montré en son temps le Japon dans les cent cinquante dernières années.
Quant aux populations dites primitives, ce mot étant pris au sens occidental du terme, et qui le plus souvent ne peuvent se référer qu'à une connaissance incertaine de leur passé, il paraît assez difficile et peut-être utopique de vouloir les transformer d'un coup de baguette magique, c'est-à-dire en quelques dizaines d'années, en des populations d'un niveau de civilisation élevé, tel qu'il en est par exemple atteint dans les pays de vieille culture.
Il est donc de la première importance que les responsables de ces Etats, qui n'ont pas encore atteint un niveau étendu de compétences et de connaissances, soient intimement persuadés de l'immense effort que leur peuple et surtout leurs dirigeants devront accomplir dans les domaines du savoir humain pour les faire participer, enfin, au progrès et à ses bienfaits.
C'est pour des raisons voisines que les hauts responsables politiques des Etats musulmans devraient dorénavant recevoir leur pouvoir politique, non plus de chefs religieux traditionnels qui sont toujours sous la dépendance d'un Islam plus ou moins intégriste, mais d'un processus démocratique qui est mieux adapté à une Société Industrielle qui parait malheureusement, aux yeux de nombreux responsables musulmans, comme incompatible avec le Coran. Jusqu'à présent, en effet les structures de ce pouvoir politique étaient un mélange d'archaïsme et de structures religieuses et les lois régissant la société civile n'étaient pas, comme en Occident, le résultat d'une volonté profonde de la population mais celle du Coran.
Mais ce bouleversement exigera dans le même temps, de s'appuyer sur une population qui aura reçu une instruction suffisante, ce qui impliquerait aussi que la situation civile de la femme musulmane ne soit plus ce qu'elle était encore récemment, ce qui parait malheureusement un but assez lointain à atteindre devant l'égoïsme masculin et l'archaïsme de la pensée musulmane qui a tendance à considérer la femme comme un être inférieur.
Si les masses musulmanes veulent donc véritablement s'élever au niveau du monde modern, elles doivent accepter également la laïcisation de leurs structures, comme l'Occident l'avait fait à partir du dix-septième siècle, car c'est probablement l'influence de la religion qui est à l'origine d'un retard actuellement mal ressenti par cette population et dont l'Occident n'est nullement responsable. Ce sera cependant le rôle majeur des nations évoluées d'aider amicalement les populations moins avancées vers la forme actuelle de la civilisation, mais que de dangers à prévoir si cette civilisation est mal interprétée, mal comprise et mal assimilée ! Elle n'est pas faite seulement en effet d'un ensemble considérable de connaissances techniques, mais aussi du respect des droits de l'homme et de la femme, qui doit être désormais l'idéal de toutes les populations héritières, ou non, de vieilles cultures.
C'est de cette façon que le concept de race, ancré d'autant plus complètement au tréfonds de l'âme que l'individu n'a aucune instruction, ni ouverture sur autrui et sur le monde, pourra être effectivement combattu.
En dehors du problème racial fondé sur la différence de culture ou de couleur de peau, il existe encore une autre variété de racisme à forme politico-religieuse qui s'appelle l'antisémitisme.
C'est une forme très ancienne de l'intolérance et du racisme, puisqu'il remonte bien avant les premiers siècles de notre ère. De plus, il s'est manifesté en tous lieux et en tout temps et c'est ce qui amène à se référer à l'histoire. Les populations juives ou sémites (1) ,qui occupaient déjà depuis longtemps la terre de Canaan en Palestine, avaient essaimé, après la Diaspora (2), dans tout le bassin méditerranéen où elles se sont mêlées aux peuplades autochtones, en entraînant des conversions au judaïsme, et leur race d'origine, comme d'ailleurs toutes les races de la terre, a perdu, dès cette époque, sa pureté au sens biologique du terme (3).
(1) Les Arabes sont aussi des sémites.
(2) L'histoire nous apprend que la Diaspora ou dispersion du peuple juif, aurait été amorcée dès le neuvième siècle avant J.C. et se serait accentuée avec la destruction de Samarie par Surgon, roi d'Assyrie en 721 avant J.C. et de Jérusalem par Nabuchodonosor en 596-587 avant J.C. Elle s'est poursuivie jusqu'au premier siècle de notre ère, avec la destruction de Jérusalem et du temple par les Romains de Titus en 70, et surtout après la révolte des Juifs contre Rome en 132-135.
(3) Il y a même des Juifs de race noire (la population Falashas en Abyssinie), il est vrai peu nombreux. De l'avis des historiens de l'Eglise catholique, si la secte juive des pharisiens est à l'origine du procès contre le Christ, trahi par Judas Iscariote, juif comme lui, il ne faut pas oublier, cependant, que ce procès fut mené par l'autorité romaine qui était une autorité païenne. Il faut alors remarquer que, dans ces temps anciens, l'affirmation par un homme, qui comme sa mère et ses apôtres était juif, d'être le Messie devant les grands prêtres pharisiens, constituait un tel sacrilège que celui qui prononçait de telles paroles ne pouvait qu'être condamné à mort, par crucifixion, supplice réservé à cette époque aux esclaves dans l'Empire romain.
Avant cette dispersion, la notion juive se raccordait alors en même temps à la foi religieuse, à la notion d'ethnie et enfin à la notion moderne de l'idée nationale, mais, après la Diaspora, l'idée nationale disparaît et seule subsiste, à partir de ce moment, la tradition religieuse qui s'est maintenue grâce à l'usage de l'hébreu. Seul le monothéisme de la religion juive, qui sera plus tard à la base du christianisme, l'a distingué des populations environnantes enfermées dans leur polythéisme païen, et l'Empire romain leur aurait même accordé une certaine protection par une législation tolérante. L'expansion du christianisme finit par amener un changement d'attitude. Longtemps persécutées, les formes extérieures de la nouvelle religion finissent par s'imposer vers le quatrième siècle de notre ère, au sein de l'Empire romain.
C'est seulement à partir de cette période et surtout au Moyen Age, que le peuple juif fut rendu collectivement responsable de la mort de Jésus, apparemment du fait de préventions, de confusions ou d'erreurs historiques prenant source, probablement, dans les relations déplaisantes, voire rancunières qui existent entre des catégories d'hommes quand l'une prête de l'argent, avec intérêts, à l'autre. Avec la laïcisation des sociétés occidentales, commence l'assimilation des populations juives dans les sociétés de l'Occident mais, grâce à la survivance de l'hébreu, l'assimilation ne fut pas complète et la marque juive devint surtout religieuse, si bien que l'intégration dans les sociétés occidentales ne fut ni totale, ni véritablement acquise, du fait de l'usage de l'hébreu et de la religion. Ainsi, tout au long de cette période, les populations juives, qui s'adonnaient au commerce et aux tractations monétaires honnies par l'Eglise catholique, qui avait interdit dès cette époque le prêt avec intérêt, ont subi, dans tous les pays chrétiens, les persécutions de leur entourage. Au sujet du prêt à intérêt, on peut d'ailleurs signaler que la Bible, elle même, (Traduction de la Bible par André Chouraqui, datée du 15 mai 1990, page 378) dans le chapitre Deutéronome 23-19, dit en parlant du Juif :
- au verset 20 : " Tu ne pratiqueras pas l'usure envers ton frère, usure d'argent, usure de manger, usure à tout propos d'usure,"
et précise pour l'étranger :
- au verset 21 : " Pour l'étranger, tu pratiqueras l'usure, mais envers ton frère pas d'usure ,"
Les créanciers juifs, et par extension les juifs dans leur ensemble, ont été alors considérés par leurs débiteurs chrétiens comme responsables de leurs malheurs personnels et de ceux de leur communauté nationale.
Ce n'est que quelques siècles après ces événements que la Diaspora fut considérée par les chrétiens comme le châtiment divin de la crucifixion du Christ, dont les populations juives furent rendues responsables, dans leur ensemble, alors que cette opinion est manifestement une erreur historique puisque, si certains juifs ont assisté Jésus, comme coreligionnaires, jusqu'à sa mort, la masse du peuple juif, éloignée de Jérusalem par une dispersion déjà vieille de plusieurs siècles et par l'inexistence de communications faciles, ignorait tout de l'événement et ne pouvait donc être l'objet d'une accusation collective pour la mort du Christ (1).
(1) Ce n'est que très récemment que l'Eglise catholique a relevé les Juifs du crime de déicide Décret conciliaire de 1965.
Bien que le mythe de la responsabilité collective juive ne paraisse pas avoir été utilisé pour disculper, à l'époque, les autorités romaines de ce forfait et qu'il emprunte peu de choses à ce qu'on croit être la vérité historique, il a néanmoins fixé, dans les consciences des chrétiens, la physionomie de ce peuple sous les traits odieux d'Ahasvérus, le Juif errant, condamné à traîner sa malédiction de par le monde, à la quête de son salut et de Judas vendant son maître pour trente deniers. Ces légendes, qui reposaient sur un contexte historique prêtant à discussion, ont été pourtant à l'origine, dans les pays christianisés de l'Occident, successeurs de l'Empire romain, de l'antijudaïsme chrétien qui sévira pendant tout le Moyen Age, jusqu'à la Révolution française lorsque la Constituante, en 1791, abolit les mesures d'exception relatives aux Juifs et lorsque Napoléon organise leur culte en 1808.
L'émancipation des Juifs est imitée très tôt aux Etats-Unis d'Amérique, puis en Europe où les Juifs obtiendront progressivement le droit de citoyenneté (Italie 1859 - Angleterre 1866 - Allemagne 1870 - Russie 1917). Dans d'autres contrées, situées loin de la Méditerranée, comme la Chine et les Indes, le phénomène antisémite paraît peu marqué. Malheureusement, dans les pays musulmans il constitue un dérivatif à l'intolérance religieuse que l'Islam voue généralement aux infidèles, c'est-à-dire à ceux qui ne pratiquent pas cette religion (2).
(2) L'Islam est la religion monothéiste la plus récente. C'est seulement à partir du septième siècle après J.C. que Mahomet, né à la Mecque, la fit adopter par le monde arabe. C'est l'émigration de Mahomet à Médine en 622 après J.C., ou hégire, qui marque d'ailleurs l'origine du calendrier musulman.
Malgré les doutes qui planaient sur l'idée de culpabilité du peuple juif, le reproche s'est répandu cependant et demeure ancré dans l'esprit de beaucoup, dans les pays chrétiens, si bien qu'aujourd'hui encore, le phénomène anti-juif subsiste, même chez nous, à l'état latent. L'antisémitisme a surtout été très virulent dans les pays de l'Europe centrale et orientale où des populations juives importantes, confinées dans des ghettos infects subissaient des pogroms (3) qui visaient à leur extermination.
(3) Pogrom est un mot russe qui caractérisait un mouvement anti-juif accompagné de pillages et de massacres dans la Russie tsariste, jusqu'au début du 20ème siècle.
Il a atteint son point culminant en Allemagne avant et pendant la seconde conflagration générale lorsque les populations juives de ce pays et d'une grande partie de l'Europe occidentale et centrale ont été décimées à la suite des mesures prises à leur encontre, au nom du sang aryen qui coulerait dans les veines des descendants des germains.
L'énormité de la persécution devenue pendant la guerre, à partir de 1942, systématique et exterminatrice dans tous les pays d'Europe, donnait alors à tous les juifs le sentiment d'assister à une fin horrible et unique dans l'atrocité humaine. Ce n'est d'ailleurs qu'à la fin d'un conflit qui avait duré 4 ans que la coalition anti-nazie qui avait mobilisé une grande partie des richesses humaines et économiques de la planète, a pu mettre fin, dans le même temps, à un génocide indigne d'un peuple civilisé.
En s'appuyant alors sur l'expérience des siècles passés, de nombreux citoyens des pays de l'Europe se demandent pourquoi (ce qui en soi est remarquable) les adeptes de la religion juive sont le plus souvent restés volontairement en dehors du cadre des Etats nationaux, en refusant leur complète assimilation. C'est qu'ils disposaient d'une langue, l'hébreu, qui leur était propre et qui leur a permis de conserver, au milieu d'autres ethnies, leurs caractères et leur religion. (1)
(1) L'hébreu, langue malaisée, dotée d'une écriture difficile, n'était plus utilisée depuis longtemps. A l'époque du Christ, on parlait l'araméen en Palestine. L'hébreu, dans le nouvel Etat d'Israël, a été imposé aux nouveaux immigrés juifs venus du monde entier pour constituer le ciment du nouvel Etat. Le yiddish est une langue judéo- allemande de moins en moins utilisée.
Et ces mêmes citoyens concluent alors logiquement, mais trop sommairement cependant, que les populations de religion juive sont elles-mêmes à l'origine de leurs malheurs en voulant perpétuer un particularisme qui est toujours mal vu des éléments majoritaires d'autres croyances. Ces hommes avaient d'autant plus tendance à faire des Juifs les boucs émissaires de leurs déboires, qu'ils leur devaient quelquefois beaucoup d'argent, que les croyances de ces hommes étaient différentes des leurs, qu'ils étaient quelquefois sectaires, voire fanatiques, ce qui est le propre de tous les minoritaires (1).
(1) Il en est de même dans les pays à majorité catholique pour les protestants et vice-versa
Après une histoire tumultueuse, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Etat d'Israël a revu le jour, plus de deux mille ans après sa disparition, sur la terre de Palestine.
On peut d'ailleurs rappeler que cette terre de Palestine avait commencé à recevoir les juifs à la fin du dix-neuvième siècle sous l'égide du sionisme (1), doctrine qui préconisait dès cette époque l'établissement en Palestine d'un grand nombre de Juifs dans une communauté nationale autonome.
(1) Le sionisme fut fondé par Herzl,écrivain juif Hongrois en 1885.
A l'origine, cette réinstallation s'était effectuée pacifiquement, l'achat des terres nécessaires ayant été négocié librement. La fin des hostilités en Europe, en 1946, a vu la création de l'Etat d'Israël par la communauté internationale et, après des difficultés sans nombre, les populations du nouvel Etat ont subi le rejet d'Israël par son environnement arabo-musulman. Malheureusement, après une courte lutte avec ses voisins, de nombreuses populations arabes ont été expulsées du nouvel Etat juif et parquées dans des camps dits de réfugiés, ce qui est, du point de vue de la simple morale, aussi répréhensible que les sévices abominables infligés par les nazis aux populations juives de toute l'Europe (1). Mais on peut constater maintenant que le sionisme, en faisant aussi d'Israël le sol d'un Etat mondial qui en s'appuyant sur des communautés juives dispersées sur le globe, dispose de moyens financiers considérables, constitue en lui-même une menace pour l'existence ultérieure de l'Etat hébreu. Il résulte alors de cette situation, pour les citoyens juifs des autres nations, une sorte de double appartenance, la loyauté de citoyen du pays où ils habitent et la fidélité à l'Etat d'Israël, qui risquent de se superposer et de créer des situations délicates. Le sionisme, en effet, en voulant faire d'Israël un véritable Etat mondial, ne fait que repousser l'établissement d'une Paix véritable qui permettrait à Israël et aux pays arabes de coexister, comme ils l'ont fait jadis pendant deux millénaires.
(1) On peut d'abord observer à ce sujet que les populations palestiniennes, " parquées " depuis quatre décennies dans des camps de réfugiés et nourries depuis par la charité internationale, ont atteint un tel niveau de révolte qu'il n'est pas étonnant, étant incluses dans des Etats étrangers, qu'elles cherchent par tous les moyens à retrouver leur identité, c'est-à-dire leur Patrie. Les affrontements dans les territoires occupés par Israël , la guerre civile au Liban en sont des exemples, et même si ces affrontements sont compliqués en plus par des questions religieuses et idéologiques, il n'empêche que la communauté internationale et particulièrement les Etats puissants portent une responsabilité écrasante dans le maintien d'une situation explosive de ce genre, situation qui ne pourra être éliminée que si ces populations palestiniennes retrouvent, elles aussi, leur identité spécifique, ce qui ne pourra être obtenu qu'au moyen d'une organisation fédérale et pluraliste des populations de cette région.
Le problème de la survie de l'Etat d'Israël au milieu de populations arabes rendues hostiles par l'histoire, la propagande et la misère de populations maintenues dans des camps, pose de redoutables problèmes à la communauté humaine tout entière, surtout depuis que les Etats arabes, producteurs privilégiés du pétrole, ont porté le conflit sur ce terrain. Un honnête homme peut alors simplement remarquer, d'une part, que les Palestiniens arabes ne sont en rien responsables des sévices et des souffrances récentes endurées par le peuple juif et, d'autre part, que, tout comme Israël, ils ont droit à une Patrie attachée à un sol, alors qu'ils ont payé d'un territoire qui était en partie le leur, les forfaits exercés par d'autres. Il est aussi logique, puisque l'Etat d'Israël existe, qu'ils bénéficient de la sécurité et que ses voisins ne parlent pas, à tout moment, de sa liquidation physique, puisqu'une telle attitude éloigne toute solution raisonnable, fondée sur un fédéralisme pluraliste des peuples originaires de Palestine. En effet, seul ce système, comme on l'a vu dans la première partie de cet essai, permet de faire vivre, dans deux Etats voisins et associés, deux peuples différents, et la communauté internationale doit maintenant oeuvrer dans ce sens, dans de brefs délais, afin d'éliminer tout risque d'extension d'un conflit qui risque de s'étendre à tout le Moyen-Orient, en raison des haines ancestrales entre populations juives et musulmanes, le tout sur fond d'islamisme et de pétrole, comme l'ont montré les événements du Golfe Persique et journellement la guerre religieuse au Liban. Une telle formule devra aussi entraîner à la fois l'internationalisation des Lieux Saints des trois religions monothéistes, l'arrêt imposé de toutes les propagandes belliqueuses, si besoin par la force, et celui absolu des fournitures d'armes par tous les Etats modernes et leurs Entreprises, y compris le nôtre, qui, par des livraisons considérables, ont pris dans les conflits du Moyen-Orient des responsabilités écrasantes.
Ces mesures devraient permettre à cette région de retrouver le calme indispensable à la vie collective. Dans la situation actuelle, le rôle de l'Europe ne doit pas être de verser de l'huile sur le feu, mais au contraire, d'essayer de trouver un moyen permettant à la fois à l'Etat d'Israël de ne plus vivre dans la crainte et aux populations palestiniennes de disposer, elles aussi, d'une terre et d'un Etat. Pendant de nombreux siècles, les Arabes et les Juifs ont vécu les uns à côté des autres, pourquoi alors ne pas recommencer dans deux espaces géographiques distincts mais associés dans une fédération associative ?
Ne serait-ce pas là un moyen de résoudre une crise qui risque, chaque jour un peu plus, d'amener une guerre généralisée et le chaos dans le Monde entier ? Tant qu'Israël était plus menacé que menaçant, il apparaissait, en général, aux yeux de l'Occident comme une bonne démocratie, vis-à-vis d'un environnement arabe encore un peu en retrait sur la pensée occidentale, et l'Occident approuvait en général, du moins tacitement, ses initiatives de Défense. Mais, maintenant, le problème est renversé car avec l'armée remarquable qu'Israël s'est constituée (1), ce nouvel Etat, à son tour, se laisse prendre aux sirènes du nationalisme et d'un nouveau colonialisme dans les territoires qu'il avait occupés et l'image exemplaire de démocratie qu'il avait donnée risque d'être ruinée s'il n'est pas mis rapidement remède à cette situation.
(1) Tsahal.
Compte tenu de toutes les remarques faites, on peut aussi constater que la survie d'Israël pose à nos compatriotes qui pratiquent cette confession religieuse un certain nombre de problèmes d'ordre affectif qui peuvent alors se résumer dans le concept de la double appartenance. Peut-on être à la fois citoyen de ce pays, la France, et prendre en toutes circonstances la défense des intérêts et du point de vue d'un Etat étranger, en l'occurrence Israël ? Dans ces conditions, il semble nécessaire d'établir une distinction très nette entre le judaïsme qui est une confession religieuse, la judaïcité qui est une notion ethno-culturelle apolitique et le sionisme qui conduit à la double nationalité. Faute de cette distinction, le sionisme nourrit l'antisémitisme, et si l'on veut y remédier, on doit nettement séparer l'idée religieuse du sionisme et de la notion ethno-culturelle. On peut d'ailleurs remarquer que cette judaïcité, dans notre pays, présentait très souvent un bon exemple, souvent réussi, d'intégration de populations ethniques différentes, et qui pourrait peut être par exemple s'appliquer à d'autres, comme à certains ressortissants arabes cultivés de la seconde génération des travailleurs immigrés et pour lesquels l'islamisme serait tolérant, ce qui serait la première des condition, à une intégration et à une assimilation assez valable pour être réussie.
On peut aussi observer que le comportement des populations juives vis-à-vis des règles économiques en usage dans la société occidentale a été assez variable. Si le plus souvent, dans les pays occidentaux, les Juifs n'ont pas participé directement à la ruine des édifices monarchiques qui avaient souvent recours à leur appui financier, on les trouve, en revanche parmi les plus ardents soutiens des partis libéraux, voire révolutionnaires, tout en aidant la bourgeoisie à établir son règne sur les ruines de la défunte société monarchique.Si bien qu'il n'est pas étonnant qu'il leur soit souvent reproché des conceptions politiques propres aux minorités d'où la partialité, l'orgueil ou l'arrogance ne sont pas absents. Ils ont été aussi placés dans les extrêmes de la Société Industrielle, soit comme collaborateurs actifs du capital, soit comme ennemis jurés de ce même capital et il ne faudrait pas non plus qu'aujourd'hui ils apparaissent aux yeux de toute notre population comme le fer de lance d'opérations visant à promouvoir une sorte de société multi-raciale, qui n'est certainement pas du goût de la majorité des habitants de notre continent qui tiennent, par dessus tout, à conserver des caractéristiques qui découlent de leur passé et qui sont chères à beaucoup des citoyens de cette Europe en train de naître. Dans l'esprit de ce livre, le terme de "juif" n'implique que l'idée de membre d'une religion et, dans notre pays, pays de la tolérance politique et religieuse, il n'y a pas de raison de faire une différence entre des citoyens qui pratiquent les uns la foi chrétienne, d'autres encore la foi juive, la foi musulmane, d'autres, enfin, n'importe quelle religion. On peut alors remarquer qu'avec l'évolution de la pensée, conséquence du développement des connaissances, le monothéisme peut prendre des formes différentes adaptées aux moeurs et aux climats dans lesquels vivent les différents croyants et que, de plus, s'il n'y a qu'un Dieu pour les adeptes du monothéisme, il ne peut être, simple et banale constatation, que le même pour tous les hommes. C'est alors l'idée qu'ils en ont, qui diffère selon les religions (le Dieu trinitaire des chrétiens n'est-il pas le Yahvé des juifs et l'Allah des musulmans ?).
Il convient donc pour nos compatriotes de confession juive, que la sympathie qu'il est normal pour eux de manifester à l'égard de l'Etat d'Israël n'aille jamais au-delà de la bienséance et de l'honnêteté intellectuelle qu'ils doivent manifester, comme tous les autres citoyens, à l'égard de leur pays (1). Ils doivent donc se considérer, dans tous nos pays de l'Occident, comme des citoyens complets de ces Etats, comme doivent le faire normalement ceux qui sont catholiques, protestants ou libres penseurs.
(1) S'il n'en était pas ainsi, ces citoyens risqueraient de se voir rapidement conseiller par leurs compatriotes de rejoindre Israël, ce qui ne manquerait pas de causer de nouvelles difficultés à notre pays, ce qui est à proscrire formellement.
Que dirions-nous par exemple si notre gouvernement prenait ses directives dans la capitale de la chrétienté ou en d'autres lieux ?
Le problème affectif et personnel des citoyens juifs est alors du même genre que celui que rencontraient, il y a quelques années, certains citoyens avec la double allégeance des communistes des pays capitalistes à l'égard de Moscou et de l'U.R.S.S., patrie universelle pour les communistes de tous les pays, dont la disparition, aujourd'hui, doit laisser rêveurs devant l'inconscience économique et politique d'un régime dictatorial auquel ils croyaient dur comme fer.
On doit enfin observer que tout en mémorisant le respect du souvenir il n'est plus nécessaire, aujourd'hui, cinquante ans après les faits honteux qui se sont passés en Allemagne peu avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, de les rappeler encore et de poursuivre de vieux bourreaux séniles, pour le motif aussi respectable soit-il qu'il n'est pas possible d'oublier de telles horreurs. Dans l'esprit de ce livre, il vaut mieux regarder l'avenir que de rappeler à longueur de temps les horreurs du passé. En effet, si l'on veut envisager maintenant la paix des âmes et des raisons entre les enfants de Sem, fils de Noé d'après la Bible, c'est le seul moyen aujourd'hui d'arriver à une paix communément partagée par Arabes et Juifs, sinon il y aurait toujours des motifs pour recommencer des massacres en rappelant le passé.
Dès que l'homme a pu se déplacer, grâce à des moyens de transports mêmes rudimentaires, sa "Volonté de Puissance et de Domination "sur des terres inconnues, habitées ou désertes, s'est affirmée par la conquête. Ce sont les Grecs qui nous donnent l'exemple dans ce domaine et, dès le 7ème ou le 6ème siècle avant J.C., le peuple grec trop serré sur des terres arides se répand dans toutes les contrées qui bordent la Méditerranée et même au-delà. Comme le disait Platon, le monde barbare se couronnait d'un rivage grec. Bien plus tard, ce sont les découvertes des Portugais et des Espagnols en Amérique, en Océanie et en Afrique où l'attrait de l'or et des épices était suffisant, dès le treizième ou quatorzième siècle, pour engager dès cette époque des expéditions lointaines et incertaines à l'occasion desquelles ils laissaient un certain usage de leur langue.
Avec la naissance et le développement de la Société Industrielle, les Etats de l'Europe, non contents de se battre entre eux, partent cette fois à la recherche de matières premières, de main-d'oeuvre à bon marché, puisque l'esclavage n'était pas encore aboli, et de débouchés pour le placement de leurs produits.
C'est alors l'ère du colonialisme qui débute en Occident. Celui-ci, en s'appuyant sur la "Volonté de Puissance et de Domination" propre à l'homme, se développera sous plusieurs formes, dont la principale est politico-économique. Les pays européens déjà évolués qui savaient se déplacer et dont l'unité nationale était formée, comme l'Angleterre ou la France, et qui étaient, à ce moment, les seuls Etats puissants et organisés du monde, se lancent dès le dix-septième siècle dans les conquêtes au-delà des mers. Plus tard, tous les Etats industrialisés d'Europe et d'Amérique du Nord, à leur tour, sont tentés par l'aventure, et le colonialisme qui en découle revêt deux grandes formes :
- La première, la plus ancienne, fut pratiquée d'abord par le Portugal et l'Espagne, puis par la France et l'Angleterre à peu près en même temps. En s'appuyant sur le nationalisme, elle vise à la fois à la grandeur de ces nations, au mythe des empires, mais aussi à la satisfaction d'intérêts égoïstes et mercantiles beaucoup plus attrayants et lucratifs, tout en revêtant, quoi qu'on puisse en penser, un certain aspect idéaliste, dans le cas de notre pays par exemple, en apportant à ces peuples certaines valeurs civilisatrices considérées comme bienfaisantes par notre mode de vie (1).
(1) C'est dans cet ordre d'idées que se situe également le prosélytisme religieux. Ainsi, les missions catholiques ou protestantes étaient persuadées que le christianisme étant la religion la plus évoluée et la plus fondamentalement vraie, le mot évangéliser était, pour leurs missionnaires, synonyme de civilisation et de développement. Saint Thomas d'Aquin affirmait notamment qu'un minimum de bien-être était nécessaire aux hommes pour qu'ils puissent pratiquer la vertu et, dans ces conditions, le prosélytisme chrétien allait tout naturellement avec le colonialisme économique et politique des puissances européennes.
- La seconde forme, qui revêt surtout une forme économique ou mercantile, est de date beaucoup plus récente et d'essence plus matérialiste, voire subtile. Elle a été pratiquée par tous les Etats industrialisés, par tous les pays, même évolués : colonisation économique de l'Europe centrale par l'Allemagne, de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud par les Etats-Unis et les différents pays européens, colonisation mercantile des nations asiatiques exercée surtout par les Etats-Unis et l'Angleterre. Cette seconde manière s'est encore développée de nos jours et tous les Etats industrialisés, quelle que soit la philosophie qui sert de fondement à leur action, y ont recouru largement. En échange d'un appui, soi-disant désintéressé, les pays aidés se voient obligés de consentir des droits plus ou moins anormaux ; les puissants n'hésitent pas à intervenir dans leurs affaires intérieures, soit pour accroître ou consolider leurs privilèges, soit pour maintenir des régimes politiques qui leur sont favorables, soit pour empêcher les populations d'évoluer comme elles l'entendent, soit même aujourd'hui pour acheter leurs Entreprises par le truchement de leur monnaie. Cette colonisation économique rejoint alors, partiellement, dans ses effets, la colonisation politique mais de façon cachée, voire hypocrite.
A la décharge d'une colonisation qui s'appuyait sur l'exploitation pure et simple des richesses matérielles du pays colonisé, du fait de l'appât du gain, motif essentiel d'action pour l'homme, quel qu'il soit, il faut reconnaître, pour être objectif, qu'elle a apporté dans le même temps, à la fois un ensemble d'équipements collectifs qui étaient la plupart du temps inexistants (chemins de fer, routes, hôpitaux, etc.) et certains avantages comme la disparition de la famine, permise par une meilleure organisation de la distribution des denrées. De plus, son installation s'est accompagnée de l'assistance médicale, de la fin des guerres intestines et, par là, d'une meilleure garantie de la sécurité des populations, si bien qu'on peut se demander de quel côté penche, aujourd'hui, la balance quand on constate, par exemple actuellement, les luttes tribales qui ravagent une grande partie de l'Afrique Noire et les luttes religieuse dans le continent indien après le départ des Européens .
Sans doute, les esprits chagrins, sectaires ou racistes, pourront reprocher au colonialisme européen d'autres choses encore, comme l'introduction de l'alcoolisme en Amérique du Nord, qui a décimé une grande partie des autochtones, ou l'esclavage en Afrique Noire qui a débuté dès le Moyen Age avec les négriers arabes. (1)
(1) Si le continent africain a été le dernier à s'ouvrir à la curiosité intéressée de l'Europe, il avait cependant connu autrefois de grands empires (du Ghana, du Mali, du Sourhaï avec sa capitale Gao), jusqu'au seizième ou dix-septième siècle. Si l'Afrique est peut-être le monde le plus anciennement habité, il était aussi renfermé sur lui-même en raison de sa structure géographique massive, d'autant plus que la désertification du Sahara a contribué pour une large part à son isolement. C'est dès le Moyen Age que les navigateurs arabes s'intéressent les premiers au commerce des esclaves et la traite des Noirs se poursuit jusqu'au dix-huitième siècle par les négriers européens associés aux potentats locaux dont c'était la principale ressource. L'Afrique fut ainsi vidée de sa sève et ce continent massif aux communications difficiles n'a pu établir que tardivement des relations avec l'Europe et il a fallu que ce soit encore la pensée européenne qui proscrive l'esclavage (en 1848 définitivement en France).
D'ailleurs, sans la présence des nations industrielles qui ont su tirer partie de l'exploitation des richesses de ces pays, celles-ci seraient restées improductives, les habitants de ces contrées n'ayant pas fait encore, à ces époques, l'apprentissage des connaissances techniques qui leur auraient permis d'en tirer Profit. Leur action peut aisément s'inscrire dans la lente progression de l'homme vers une forme de civilisation qui le respecte et assure sa Dignité.
Mais il ne faut pas revenir sur le passé, cela ne sert à rien, aujourd'hui, puisqu'il s'agit, pour tous les peuples du monde, de vivre, et de vivre tous ensemble et amicalement en appliquant simplement les connaissances techniques et les moyens matériels nés du travail et de l'intelligence de l'homme. Ces connaissances peuvent en effet ou les détruire ou permettre à tous de se hisser progressivement au niveau du monde moderne. D'ailleurs, les Européens, eux aussi, pourraient se souvenir des horreurs des grandes invasions du cinquième siècle ou de celle des Mongols au douzième ... alors il vaut mieux que chacun oublie tous ces excès.
Mais on doit observer que l'apport le plus important du colonialisme européen aux pays qui n'avaient pas encore accédé au style de vie occidental a été, au-delà des connaissances techniques, la prise de conscience par ces populations de leur propre personnalité et de leur Dignité, si bien que la libération progressive de l'homme des chaînes du servage et de l'esclavage a pu s'effectuer grâce à la présence de l'homme blanc. Alors que, dans de nombreuses contrées, l'esclavage était monnaie courante jusqu'à une période très récente, il serait peut-être encore pratiqué par certains pays, tout au moins de façon officieuse et secrète.
Etant donné les résultats obtenus et compte tenu de l'expérience acquise par nos pays, il est alors inutile, voire dangereux, que ceux qui n'ont pas atteint encore un niveau suffisant de développement continuent de tenir pour seul responsable de leurs maux un colonialisme européen qui n'est venu que très tardivement remplir le plus souvent un vide et qui leur a apporté progressivement la conscience de leur état d'homme et d'un état de misère qui, lui, ne découlait pas du colonialisme, mais qui était seulement un état de fait dû à des circonstances géographiques, climatiques ou historiques.
Ce colonialisme a donc bien moins de responsabilités dans la situation actuelle, le plus souvent misérable, de ces pays que le climat, cause du manque d'ardeur de leurs populations, puisque, la plupart du temps, ces dernières étaient ignorantes et que leurs dirigeants préféraient profiter d'elles en exploitant leurs peuples, qu'ils maintenaient dans un état permanent de sujétion pour mieux jouir de leurs maigres ressources et d'un travail sans rendement ni Efficacité. (Cette interprétation semble aussi s'adapter particulièrement bien aux pays musulmans.)
Si la décolonisation est aujourd'hui pratiquement terminée dans tous les pays, grâce d'ailleurs à la pensée libérale de l'Occident et aussi à ses rivalités internes, on doit aussi remarquer que de nombreuses populations européennes ont également profondément souffert dans leur chair de leur expulsion d'une terre qui les avait vu naître, comme en Algérie par exemple. Ce pays était, pour elles aussi, leur Patrie, et elles n'avaient pas moins de droits, par exemple, que les populations arabes, également occupantes après avoir vaincu jadis les Berbères, ce qui tendrait à confirmer, une fois encore, que seule la force du nombre règle les rapports humains.On pourra alors regretter, à ce sujet, qu'une solution à base fédérale n'ait pu prévaloir à temps. Solution qui aurait permis à cette population européenne de se faire une place décente dans une Algérie nouvelle qui n'aurait pas manqué d'être différente de celle d'aujourd'hui.
On peut encore remarquer que la colonisation a posé et pose encore de difficiles problèmes nés de la mise en valeur des richesses inexploitées des pays colonisés. Ces derniers, actuellement, veulent les récupérer et, dans l'optique de cet essai, ce désir est tout à fait normal, chaque pays ayant le droit de disposer librement de ses richesses naturelles.Mais il n'empêche que, si ce souhait est légitime, les transferts de propriété correspondants doivent s'effectuer sans spolier ceux qui avaient créé les installations nécessaires, à un moment où les propriétaires de ces matières premières étaient bien incapables de les exploiter, n'ayant pas encore atteint le niveau technique suffisamment élevé qui leur aurait permis d'en tirer profit par eux-mêmes. On peut alors rappeler que dans le chapitre de cet essai consacré aux Problèmes Industriels, à propos de l'Energie, on a suggéré un mode honnête (1) de règlement des fournitures de pétrole, au moyen d'une nouvelle structure de l'Entreprise (2) qui, en associant les moyens matériels et le travail, devrait permettre d'assouplir dans un "Capitalisme à accession communautaire", le fonctionnement de la Société Industrielle.
(1) Voir "Problèmes industriels" à propos du pétrole
(2) Voir "Problèmes industriels" - Structures nouvelles pour l'Entreprise moderne.
Cette dernière formule pourrait aussi s'appliquer probablement aux Entreprises situées actuellement, dans des pays autrefois, politiquement dépendants.
On doit encore observer qu'au fur et à mesure du progrès des connaissances et de l'élévation du niveau intellectuel des populations qui ont pris connaissance de leurs droits, il en est résulté une nouvelle forme de nationalisme qui n'a pas tardé à revêtir, sous le masque de l'idéologie, un caractère impérialiste outrancier qui va être examiné maintenant.
La rapide croissance, en Europe, de la Société Industrielle, au dix-neuvième siècle, a entraîné par réaction, en raison de la répartition inéquitable du profit provenant de l'exploitation de l'homme par l'homme, la naissance de l'idéologie collectiviste d'après laquelle le travailleur oeuvrerait théoriquement au bénéfice de toute la collectivité.
Du fait de l'idéal de justice qu'elle disait renfermer, peu à peu cette dernière idéologie s'est développée et certaines nations en ont fait le pilier sur lequel est fondée l'action de leur Etat. La foi collectiviste s'implante progressivement, mais, à son tour, sert de support à de nouvelles formes d'hégémonie qui cachent difficilement l'impérialisme et la "Volonté de Puissance et de Domination" des pays qui l'appliquent et dont les responsables voulaient exporter, au-delà de leurs frontières, des conceptions qu'ils croyaient universelles.
Mais l'économie de ces pays s'est montrée aux yeux de tous, incapable de résoudre même les problèmes les plus concrets et les plus élémentaires de la simple subsistance, sans même parler de la suppression des libertés fondamentales de l'homme, telles qu'elles sont conçues dans l'Occident.
Aussi il n'y a rien d'étonnant que l'Efficacité de la Société économique correspondante, n'étant pas stimulée par l'attrait du profit personnel, n'ait pu supporter la comparaison avec un régime fondé sur ce profit, même si ce dernier était encore mal réparti. En effet une productivité médiocre ou tout au moins très faible, voisine de zéro, même multipliée par un nombre très important de participants à l'activité économique, donne encore un total encore peu différent de zéro à l'échelle des besoins d'une société nombreuse.C'est ce que traduit la formule déjà donnée : zéro multiplié par un grand nombre donne encore zéro.
L'expérience des pays de l'Europe de l'Est soumis pendant quarante ans à ce régime communiste est bien là pour justifier ce raisonnement, puisqu'elle a prouvé aux yeux des autres pays européens, grâce à la télévision, la misère et le sous-développement des pays de cette Europe de l'Est, dans tous les domaines de la vie courante. Mais ce ne sont pas les seuls reproches que l'on puisse faire au système économique communiste. En effet, dans tous ces derniers pays soumis à ce régime à la fin de la Seconde Guerre mondiale, on rencontre, maintenant, une population sans volonté et sans ardeur au travail. Celle-ci fut, en effet asservie pendant ces quarante ans par une bureaucratie tatillonne, aussi tatillonne que largement privilégiée par un système dictatorial tel que depuis bientôt un demi-siècle toute la population avait oublié que le mieux-être, pour chacun, est seulement et uniquement fonction de l'activité personnelle, et d'un travail rentable que permet seul le profit .
On constate aujourd'hui la même situation de pauvreté en Union Soviétique malgré un territoire immense et une richesse exceptionnelle en pétrole et en matières premières, après soixante-quinze ans de communisme et après l'ouverture de ses frontières. Cette situation désastreuse et inattendue qui pourrait se caractériser par la "fonctionnarisation de l'incompétence, de l'inefficacité et de la paresse" va poser de très grandes difficultés à nos voisins allemands ainsi qu'aux nouveaux dirigeants des pays de l'Europe de l'Est sans oubier le grave problème, pour l'ex-U.R.S.S., des nombreuses nationalités et des multiples ethnies, qui jusqu'à une époque toute récente, étaient maintenues dans un corset d'acier par la poigne du communisme.
Si cette dernière forme de dictature n'est plus acceptable aujourd'hui, il n'empêche qu'il est indispensable pour la paix du monde, que soit maintenue l'Union Soviétique sous une forme telle que les particularismes locaux ne puissent pas disposer, par exemple, des armements nucléaires de l'Etat soviétique et régler des haines ancestrales par recours à ces armes (1). Comme il y a deux siècles, au moment où la Révolution française exportait les concepts de Liberté et d'Egalité, l'U.R.S.S.est devenue elle aussi, il y a soixante-quinze ans, l'ardente propagandiste de l'idéologie communiste, pour se voir, plus tard, contester ce rôle par une Chine endormie jusqu'alors et réveillée d'un sommeil millénaire par le progrès technique et par un collectivisme qui paraît encore aux yeux des Occidentaux plus rigoureux et intransigeant.Comme les oppositions idéologiques de ces deux super-Etats s'appuient aussi sur tout un ensemble d'antagonismes qui se réfèrent soit à l'histoire, soit à la race, soit à la géographie, il n'est pas étonnant qu'ils pourraient facilement bifurquer, malgré le voisinage de leurs doctrines, vers des affrontements sanglants dont tous les hommes n'ont que faire.
(1) Dans ces nouvelles conditions l'ex-U.R.S.S. nouvelle formule aurait pu s'appeler, comme il sera suggéré plus loin à propos des rapports entre les slaves et les germains : l'Union des Républiques Souveraines et Solidaires, dans une confédération telle que la souveraineté des éléments constituants serait reconnue et garantie par l'Etat coordinateur qui est indispensable pour gérer cet immense pays, tant du point de vue de l'économie que de celui des armes nucléaires de l'ancienne union, point particulièrement délicat qui intéresse non seulement l'Occident mais aussi le monde entier.
Il ne faudrait pas, en effet, que ce schisme idéologique, en s'appuyant sur des rivalités traditionnelles, donne raison à ceux qui croient, souvent à juste titre, que jusqu'à présent, les idées s'effacent toujours devant la nation ou la race et que, au fond, ni l'individu, ni la société ne sont capables de s'élever au-dessus des sentiments primaires du nationalisme, voire du racisme.Il n'est d'ailleurs que de voir l'état de sujétion dans lequel de nombreux Etats de l'Europe centrale et orientale furent maintenus de force par la Russie soviétique, après la Seconde Guerre mondiale, pour se persuader des dangers des formes idéologiques du système communiste pour la Dignité des peuples.
L'idéologie collectiviste ou communiste entraînait aussi une telle forme religieuse que le zèle et le prosélytisme la conduisent tout naturellement à l'asservissement intellectuel et matériel de peuples indépendants évolués et bénéficiaires d'une culture étendue, comme c'est le cas des diverses ethnies de l'Europe de l'Est ou de l'Europe Centrale. Les bouleversements qui ont eu lieu dans ces régions laissent cependant penser que les hommes de notre époque deviennent plus raisonnables. En effet, en se libérant d'un régime politique et économique où l'horreur de la dictature mettait en valeur la monstruosité du communisme qui a miné, dans ce dernier siècle, la vie de millions d'hommes et corrompu et falsifié l'esprit des populations soumises à ce régime, ces pays de l'Europe de l'Est, tous ensemble, viennent de prouver au reste du monde la valeur de la démocratie et l'horreur du régime communiste, et que même l'ex-Union Soviétique refuse et repousse maintenant dans son ensemble, ce qui n'est pas sans poser un bouleversement total des relations entre les différents peuples de cette vieille Europe.
Il faudra également que ces derniers pays se penchent sur le problème de la délation qui y était rationnellement organisée sous la forme d'une tare de l'Etat communiste. Cette délation concernait à la fois l'Union Soviétique et les pays de l'Europe de l'Est, il conviendrait donc que les nouvelles structures en cours d'élaboration prennent des mesures suffisantes pour remédier à cette négation de la Dignité de l'homme .
La situation économique de l'Allemagne de l'Est en particulier doit alors laisser rêveurs nos voisins de l'Allemagne de l'Ouest devant une décrépitude, que personne n'avait ni prévue ni même imaginée, malgré une langue commune, ce qui tendrait aussi à montrer l'incompétence des services de renseignement, devant l'implacable dictature communiste(1).
Sans entrer dans la longue histoire de la Russie, on peut observer que, au dix-neuvième siècle, le balancier de l'histoire inverse les conquérants et c'est la poussée russe qui va s'affirmer vers l'Extrême-Orient. Quant à la géographie, les 8000 kilomètres de frontières matérialisent ces souvenirs, dont ceux des traités inégaux imposés à la Chine dans la sconde partie du dix-neuviéme siécle, et posent de sérieux motifs d'études stratégiques et d'inquiétudes à la gent militaire de ces deux géants. Pour la Chine, autre Etat continent, peuplé peut être de plus de onze cent cinquante millions d'habitants, il n'est que temps que, au-delà de ses volontés actuelles d'universalité idéologique, les pays industrialisés de l'Occident et surtout de l'Europe refusent de former, vis-à-vis d'elle, une association de privilégiés.
Le rôle majeur des pays développés de l'Occident est d'aider la Chine à franchir le cap difficile de la Société Industrielle, car l'agressivité de ce pays n'est pas fondée uniquement sur le prosélytisme de ses idéaux révolutionnaires ou sur le souvenir désagréable des conquêtes des nations européennes, mais encore sur un complexe collectif de peur entretenu le plus souvent de l'extérieur par des Etats puissants, qui se traduit par des réactions d'orgueil face à la menace, à l'humiliation ou à l'encerclement.
Une telle attitude ne pouvant conduire qu'à de violentes manifestations de nationalisme, la seule façon d'y remédier est encore de ne pas se mêler des querelles ou des méthodes d'autrui et de transposer dans les faits les conceptions d'une civilisation humaniste et libérale. Celle-ci doit viser d'abord à briser l'isolement dans lequel se confine cette grande nation qui traverse, simplement aujourd'hui, la phase difficile de la prise de conscience nationale tout en essayant d'embrasser la Société Industrielle qui implique, elle, en elle-même, le respect des grands principes de Dignité, d'Equité, d'Urbanité et d'Efficacité, fondements indispensables à cette forme de vie et d'activité moderne. On peut alors observer que la conduite belliqueuse qui caractérise souvent le comportement des Etats placés dans cette situation ne sera que passagère à l'échelle de la vie des Nations.
Pour se persuader d'ailleurs de cette vérité, il suffit de se remémorer le cas de notre pays il y a deux siècles et celui récent de la Russie, tel sera aussi demain celui de la Chine. Si les conceptions économiques actuelles de cet Etat ne peuvent s'appliquer aux peuples évolués de l'Europe, puisqu'elles font peu de cas de la personne humaine, en l'effaçant devant la collectivité, on est obligé de remarquer que, dans leur ensemble, les peuples et les nations de notre continent regardent aussi avec une certaine inquiétude la croissance de ces nouvelles hégémonies camouflées derrière des idéologies.
Cela est d'autant plus vrai que des oppositions violentes se manifestent quelquefois entre les deux Etats qui étaient hier encore récemment les propagandistes zélés d'une doctrine qui vient de faire faillite dans la patrie soviétique.
Si l'on voulait persuader les différentes nations du monde de renoncer dès aujourd'hui aux "Volontés de Puissance et de Domination" chères à l'homme, occidental ou non, il suffirait, seulement, de leur rappeler les nombreuses et fâcheuses expériences successives de notre continent. Celles-ci en effet permettront à l'humanité, dans son ensemble, de choisir entre la bonne et la mauvaise méthode, en vue d'établir un ensemble de relations pacifiques, compte tenu de l'exemple concret particulièrement démonstratif des "Volontés de Puissance et de Domination" des divers pays européens, dressés les uns contre les autres, au cours des derniers siécles. Après avoir rappelé les expériences de l'Europe, on précisera son rôle actuel, ses devoirs essentiels et le rôle particulier de notre pays.
La Révolution de 1789 ayant posé le principe universel du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, certains Etats de l'Europe qui n'avaient pas encore achevé leur unité nationale, comme le nôtre l'avait fait avec l'Etat Nation, voulurent la réaliser. Mais cet Etat Nation, fondé sur l'usage commun d'une langue, n'était déjà plus complètement adapté à l'époque et l'assimilation fondée sur le critère de l'usage commun d'une langue n'était plus suffisant. Ainsi, de nombreuses populations parlant des idiomes analogues vivaient sans problèmes particuliers dans des Etats différents, déjà depuis très longtemps. Certains de ces Etats, pour accroître leur puissance, voulurent rassembler sous leur direction l'ensemble des populations qui parlaient leur langue et qui avaient été englobées, du fait des circonstances historiques, dans le domaine géographique d'autres Etats.
C'est alors la formation de l'unité allemande qui a entraîné pour l'Europe entière les épreuves les plus dures; si celle de l'Italie n'a pas amené de convulsions particulières, c'est en raison peut-être de la géographie et du climat ou du caractère bon enfant et pacifique de ce peuple. En revanche, la formation d'un Etat unitaire et centralisé en Allemagne a entraîné des bouleversements tels qu'ils constituent les véritables motifs de l'effacement actuel de l'Europe.On sait que la Prusse, qui avait participé, comme la Russie et l'Autriche, aux trois partages successifs de la Pologne, avait englobé dans son espace des minorités linguistiques. A son tour, la Prusse s'appuie sur la présence de minorités de langue allemande sur le territoire d'autres Etats pour agrandir son domaine. A la suite de conflits, d'abord avec le petit Danemark, puis avec l'Autriche-Hongrie, puis avec la France, elle acquiert le Schleswig-Holstein et l'Alsace-Lorraine, achevant par "le fer et par le sang" provisoirement d'ailleurs, l'unité allemande, unité qu'elle scellait dans la Galerie des Glaces du palais de Versailles en 1871, par la proclamation du second Reich et de l'empereur allemand, qui était en même temps roi de Prusse.
L'Alsace-Lorraine, de langue germanique mais profondément imprégnée de culture française depuis la conquête de Louis XIV et marquée surtout par les idéaux répandus par la Révolution de 1789, devient Terre d'Empire (Reichsland), c'est-à-dire propriété commune de toute l'Allemagne (1).
(1) La séparation de l'Alsace-Lorraine de la France par l'Allemagne de Bismarck est certainement la plus grande erreur du 19ème siècle, car elle a entraîné et maintenu une opposition permanente entre nos deux pays durant cette période, alors que les intérêts fondamentaux de nos deux peuples étaient plutôt convergents, comme l'expérience le montre souvent aujourd'hui.
La politique d'oppression des minorités englobées dans le nouvel Empire allemand s'accentue contre les Danois et les Polonais, un très grand nombre d'Alsaciens-Lorrains protestataires abandonnent volontairement la terre qui les avait vu naître pour aller se réfugier en France ou dans ses possessions d'outre-mer, prouvant ainsi que l'usage d'une langue ne constituait plus, dès cette époque, un motif valable d'assimilation. A la fin du 19ème siècle, l'Allemagne grâce à une industrie entreprenante et à sa natalité explosive s'élève au rang de grande puissance, au sens impérialiste du terme. Du fait de son expansionnisme industriel et commercial, elle inquiète tous les pays de l'Europe, en particulier l'Angleterre et même les Etats-Unis d'Amérique, en raison des débouchés qu'il lui fallait rechercher pour les produits de son industrie. Cette volonté nationaliste d'expansion et d'hégémonie économique conduit à la Première Guerre mondiale et à la chute du second Reich. La paix de 1919 amène un nouveau découpage territorial en Europe, l'amenuisement territorial de l'Allemagne et de la Russie, le retour de l'Alsace-Lorraine à sa communauté originelle d'esprit, la renaissance de la Pologne, la naissance de la Tchécoslovaquie, de la Yougoslavie, de la Finlande, des Pays Baltes, Lituanie, Estonie, Lettonie, l'agrandissement de la Roumanie, la séparation de l'Autriche et de la Hongrie, etc. Elle est suivie surtout par la cristallisation de l'idéologie collectiviste dans l'immense Russie devenue, après la Révolution de 1917, l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques où le nouveau régime, en bouleversant des structures sociales archaïques, conduit peu à peu ce nouvel Etat, en partie européen, à la conscience impérialiste sur laquelle s'appuie la nouvelle idéologie.
Mais le nouveau découpage, s'il libère certaines ethnies de la domination allemande, austro-hongroise et même russe, intègre aussi des minorités de culture allemande dans le domaine de nouveaux Etats, en constituant ainsi le motif de nouvelles épreuves, puisque, à cette époque, l'homme dit civilisé n'avait pas encore redécouvert la solution des transferts massifs de populations minoritaires, par la force ou par la frayeur, comme cela se passait autrefois, au temps des grandes invasions par exemple (1).
(1) Ou même la déportation de milliers de Calaisiens vers 1350 par l'Angleterre, au moment de la guerre de cent ans ou celle de milliers de Canadiens français sur les côtes est des USA en 1775 toujours par l'Angleterre (c'est ce que les Québécois appellent le grand dérangement).
C'est la présence de ces populations allogènes qui amène en 1938 le troisième Reich, une fois sa force retrouvée grâce à l'aide américaine, à procéder successivement à l'annexion de l'Autriche, puis à la mutilation de la Tchécoslovaquie suivie de sa destruction par la création du protectorat de Bohème-Moravie et l'indépendance de la Slovaquie, puis du partage du reste de son territoire entre la Hongrie et la Pologne.
Bien mal acquis ne profite jamais dit le proverbe, la Pologne devait apprécier ce dicton à sa juste valeur quelques mois après. C'est d'abord l'affaire de Dantzig en 1939 et son fameux couloir qui constitue le dernier des prémices de la Seconde Guerre mondiale qui va déferler sur l'ensemble de l'Europe et du globe.
A partir de ce moment, les situations évoluent à un rythme si accéléré qu'une grande majorité des Européens, bien que l'ayant vécu, a aujourd'hui bien du mal à s'en remémorer les péripéties et que toute la jeunesse ignore totalement. L'annexion au troisième Reich du territoire lituanien de Mémel suit, puis c'est en 1939 l'invasion et le quatrième partage de la Pologne entre ses voisins puissants, alliés pour la circonstance, puis l'établissement d'un protectorat russe sur les Etats Baltes, et l'attaque par l'U.R.S.S. de la petite Finlande qui résiste héroïquement mais doit finalement capituler. L'envahissement du Danemark et de la Norvège par l'Allemagne précéde en 1940 celui de notre pays, de la Belgique et de la Hollande qui s'évanouissent dans un chaos sans nom. Meurtri, occupé, divisé en quatre ou cinq zones, perdant sa chère Alsace-Lorraine, notre pays assiste impuissant à une foule d'événements qui se succèdent à une cadence accélérée : c'est d'abord l'annexion des Etats Baltes et de la Bessarabie par l'U.R.S.S., puis l'essai d'invasion de la Grèce par l'Italie, avec l'intervention victorieuse de l'Allemagne en Grèce et en Yougoslavie.
Mais, dans tous les pays, peu à peu, la résistance à l'oppresseur s'organise et notre pays, comme tous ceux qui ont disparu provisoirement de la carte des Nations libres, accueille avec espérance et joie le 22 juin 1941, l'envahissement de l'U.R.S.S. par l'Allemagne permis par la résistance opiniâtre de l'Angleterre, qui encourage ceux qui n'avaient pas abandonné leur âme. Si l'invasion de la Russie soviétique par l'Allemagne permet de justifier a posteriori et pour des raisons qui relèvent des glacis de protection le quatrième partage de la Pologne, il n'empêche que le droit sacré des peuples à disposer d'eux-mêmes, qui constitue le fondement d'une société civilisée, ne s'est pas affirmé dans la conscience des responsables des Etats concernés.
Et pendant que se déroulent les opérations militaires, la technique des excès contre les peuples ou les individus se perfectionne ; rien n'y manque, même les choses les plus inconcevables qu'un homme, dit civilisé, puisse imaginer. La guerre s'étend à l'ensemble du globe, les Etats-Unis d'Amérique, contraints d'intervenir après l'attaque du Japon, mettent enfin leur immense potentiel économique au service de ceux qui luttent contre l'hégémonie nazie.Après cinq années d'une longue guerre où les cruautés les plus effroyables ont été commises contre la vie et la pensée des populations civiles, les frontières sont de nouveaux déplacées, le troisième Reich disparaît dans la tourmente et son territoire est amputé et morcelé. Cette fois l'homme ayant encore progressé, les populations de culture allemande sont expulsées du territoire des nouveaux Etats et remplacées par d'autres populations transplantées de force, elles aussi, notamment en Pologne et en Prusse-Orientale.
L'Etat polonais renaît de ses cendres, une cinquième fois, dans un autre domaine géographique (1), il en est de même pour la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Finlande, l'Autriche retrouve son indépendance, en revanche, les Etats Baltes, en tant que tels, disparaissent de la carte, et tout l'ensemble avec l'accord des grands vainqueurs, Etas-Unis d'Amérique et U.R.S.S.
(1) La Pologne fut partagée une première fois en 1772 entre l'Autriche, la Russie et la Prusse, une seconde fois en 1793, entre les mêmes Etats, puis une troisième fois en 1795, après un soulèvement. En 1807, Napoléon rend l'indépendance à une partie de la Pologne (le duché de Varsovie, détaché de la Prusse et placé sous la suzeraineté du roi de Saxe). A nouveau, les traités de Vienne en 1815 consacrent le quatrième démembrement de la Pologne et la partie attribuée à la Russie reçoit une certaine autonomie, qu'elle perd en 1831 à la suite d'un soulèvement cruellement réprimé. En 1863, nouvelle révolte en Pologne russe qui constitue un gouvernement général. Les traités de 1919 la ressuscitent, mais elle disparaît à nouveau en 1940 pour renaître en 1945 dans un autre domaine géographique à la suite de la défaite de l'Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
La Paix à peine revenue, c'est l'antagonisme de ces deux super-Etats qui va d'abord créer un climat de guerre froide où la Volonté de Puissance et de Domination de l'idéologie collectiviste va se préciser dans tout l'est de l'Europe.
L'Allemagne, d'abord divisée en quatre zones d'occupation, est coupée ensuite en deux parties, l'une collectiviste soumise à l'influence de l'U.R.S.S., l'autre capitaliste contrôlée par les Etats-Unis, l'Angleterre et la France, un rideau de fer se baisse entre ces deux territoires allemands et s'étend à l'Europe en la partageant suivant ces deux systèmes antagonistes. Au fur et à mesure que le temps s'écoule, l'idéologie collectiviste est imposée par la force, dans les territoires européens que la Russie contrôle, à toutes les populations à peine libérées de l'occupation allemande, bien que cette doctrine, à son origine, fit sienne le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, proclamé dès 1789 par la Révolution française. Il n'est d'ailleurs que de se souvenir d'un passé peu lointain où, sous des prétextes fallacieux, il était mis un terme brutal à la révolte d'une grande partie de la population hongroise, ou d'un passé plus récent, où ce fut le tour de la Tchécoslovaquie d'être remise dans le droit chemin d'une doctrine animée par la "Volonté de Puissance et de Domination". Quant aux Etats-Unis d'Amérique devenus, après la victoire, l'Etat le plus puissant du globe, ils ont d'abord désarmé trop rapidement leurs forces, puis ensuite fourni une aide économique substantielle à presque tous les pays de l'Europe occidentale dévastés par une guerre qui avait duré cinq ans. Mais, du fait des menaces qui planaient sur ces pays par suite des pressions de l'idéologie collectiviste propagée par la Russie soviétique, qui essayait de les inclure dans la zone d'influence qu'imprudemment les Occidentaux lui avaient consentie à la fin du conflit, les Etas-Unis furent amenés à prendre une part par trop prépondérante dans la défense d'une Europe à peine libérée de la tutelle allemande et qui ne tenait pas du tout à en changer.
Cette influence par trop marquée ne pouvait manquer d'amener, dès la disparition de la situation économique de misère des pays européens, d'abord des réticences de moins en moins voilées des vieilles Nations de ce continent, et en particulier de la nôtre, à se plier aux exigences des Etats-Unis, puis un refus, de plus en plus accentué, de suivre aveuglément la politique classique de direction mondiale généralement menée par les Etats devenus trop puissants. Cette opposition à une politique de ce genre trouve sa source, chez nous, à la fois dans notre histoire où la Révolution de 1789 a fixé l'idée de Nation et d'indépendance, et dans notre situation géographique qui nous confère une position stratégique telle que malgré une puissance humaine et économique limitée nous pouvons, sauf catastrophe nationale exceptionnelle comme ce fut le cas en 1940, rester maîtres de notre destin.
De l'ensemble des observations ci-dessus sur les différents nationalismes et sur l'expérience de l'Europe, il résulte qu'il faut arriver à une paix non discutée et c'est ce qui amène à évoquer, dans cette perspective, d'abord le rôle actuel de notre continent.
Promoteurs de la civilisation technique, tous les pays de l'Europe dans leur diversité de coutumes, de pensées, de langues, de religions, d'habitudes, doivent donc renoncer à exploiter, à des fins politiques ou philosophiques, le nationalisme outrancier et le racisme, puisqu'un mauvais usage de la technique appuyé sur ces sentiments peut avoir le pouvoir d'anéantir la race humaine. D'un autre côté, les Européens, particulièrement avertis par les expériences dangereuses du passé, peuvent, eux aussi, s'interroger aujourd'hui sur les résultats de toutes ces guerres qu'ils ont subies, souvent de par leur faute. Aucun des peuples de notre vieille Europe, créatrice de valeurs de civilisation, n'a réussi à dominer l'autre de façon durable.
Nous nous sommes jusqu'ici entre-déchirés, et pourquoi ?
Pour un méchant cours d'eau que la nature avait destiné à couler librement et poétiquement, pour un lambeau de terre qui ne demandait qu'à subsister comme il était, en un mot pour la suprématie, pour l'orgueil national, pour la gloire, pour le mythe de l'ennemi héréditaire, pour l'empire. Au cours de l'histoire, l'une après l'autre, chacune à son tour, nos Nations ont été les plus fortes, les plus riches, les plus entreprenantes, les plus subtiles, et, pour accroître leurs éphémères avantages, leurs responsables, nos responsables, n'ont reculé devant aucun moyen : alliances, mensonges, crimes, guerres, tout était bon, tout se justifiait par le sacré nom de la raison d'Etat et le sacro-saint égoïsme national. Les puissants faisaient battre Pierre contre Paul (1) et vice-versa, pour mieux les asservir et mieux les dominer ensuite.
(1) Ou trois fois François contre Fritz en moins d'un siècle.
On pourrait croire que, avec l'expérience du passé, la suprématie, l'impérialisme, le nationalisme outrancier, le chauvinisme, la domination par le fer, par l'argent, par la pensée, par la langue, appartiennent à l'histoire. Hélas ! il n'en est rien et, malgré la technique, la bénéfique ou diabolique technique qui a fait son entrée dans notre temps, les motifs d'opposition entre les Nations restent ce qu'ils étaient auparavant, si bien que cette technique risque d'entraîner, si l'on n'y prend pas garde, la destruction complète de notre Terre. Alors pour nous, Européens ou descendants de peuples mûris par les meurtrissures du passé, fils de ce continent de travail, d'intelligence, de culture, de civilisation qui, après l'avoir conçue et créée, avons poussé cette technique à un développement prodigieux tel qu'il imprègne chacun des gestes de notre vie courante, il est temps maintenant de tirer de ce qui précède la seule conclusion possible ... qui est la Paix dans une Dignité qui implique la liberté et l'indépendance de tous. Nous autres Européens, qui avons exporté enfin des connaissances de toutes sortes pour les donner aux autres, comment ne serions-nous pas capables de nous organiser avec un tel potentiel intellectuel qui nous appartient en propre ?
Après des siècles d'efforts, de travail obstiné, de développement des sciences, voici la technique presque parvenue au sommet de ses possibilités ; casser la terre en plusieurs morceaux ou la rendre invivable serait le risque de demain s'il n'était pas mis un terme à certaines de ses applications. Pour obvier donc à ce redoutable risque et permettre au monde de continuer à évoluer cette fois au seul bénéfice de tous ses habitants, il est indispensable que les diverses collectivités nationales formées par plus de mille ans de vie en commun et d'histoire abandonnent leurs attitudes égoïstes, leur vanité, leurs besoins de puissance. Il faut donc que définitivement elles renoncent aussi à imposer à leurs voisins, leurs méthodes, leurs langues ou leurs habitudes de vie, face à l'anéantissement qui les menace tous, puisque la glaciale, la terrible technique est là, à chaque instant, prête aussi à mettre d'accord tous les hommes, par leur suppression complète et définitive.
Et si l'expérience de toutes les Nations d'Europe retracée ci-dessus était utile pour rappeler aux pays modernes les conséquences malsaines des divers chauvinismes, il conviendrait encore que ces mêmes Nations, qui sont aussi industrialisées, n'utilisent pas à nouveau leur langage comme moyen détourné de leur "Volonté de Puissance et de Domination". La plupart des Nations de ce monde sont maintenant formées ou en voie de stabilisation et elles ne tiennent ni à changer d'habitudes, ni à adopter la langue du voisin. Abandonnons donc ce chauvinisme d'un autre âge ou cette volonté d'imposer à d'autres, par la violence, des idéologies ou des formes d'Etat qui ne leur conviennent pas ou qui leur répugnent puisque ces Etats sont, eux-mêmes, héritiers d'autres types de civilisation qui se sont développés suivant des formes particulières favorisées par l'absence de moyens de communication ou même tout simplement par des conditions géographiques et climatiques différentes dans lesquelles ils vivent. S'il n'en était pas ainsi, en effet, le résultat final ne pourrait être que des destructions sans précédent.
Afin d'éviter l'anéantissement du genre humain, il convient que les dirigeants des Etats et, en particulier, des Etats dont le mode de civilisation ou de vie se rapproche du nôtre et qui, de plus, sont nantis des attributs modernes de la puissance militaire, aient cette conscience claire que la joie d'appartenir à une communauté nationale formée par l'histoire n'empêche nullement celle d'appartenir également à une communauté plus grande, celle des hommes. Pour prévenir d'autres situations dangereuses, le devoir des responsables de nos sociétés techniquement et scientifiquement évoluées est aussi de ne pas soumettre des collectivités moins développées à des pressions d'ordre économique, formes modernes de la Puissance et de la Domination. Il est plus intéressant et efficace de se tourner vers les problèmes pratiques du développement de la communauté humaine tout entière, sans qu'il soit question de domination, de prédominance, de races ou de croyances ; il y aura de quoi donner un champ à d'autres activités créatrices, condition de l'épanouissement de toute l'humanité.
Ces quelques réflexions amènent à évoquer quels doivent être aujourd'hui les devoirs essentiels de l'Europe et de notre Pays.
Principaux artisans de la civilisation technique et matérialiste de l'époque et placés devant ses redoutables effets, nous avons maintenant, nous autres Européens, le devoir impérieux d'agir de telle sorte qu'en tout domaine, la personne retrouve sa Dignité dans son âme et dans son corps. Dès maintenant, avec l'Internationale des Techniques, nos connaissances sont déjà mises à la portée de quiconque, qui peut prévoir qu'un mauvais usage n'en sera pas fait ultérieurement ? Si l'éventualité d'un conflit nucléaire est encore assez limitée, parce que le nombre d'Etats intellectuellement et industriellement capables de construire l'arme atomique est réduit et qu'ils seraient, dans cette éventualité, condamnés probablement à disparaître, on ne peut s'empêcher de penser à ce qui se passerait si les possibilités de destruction massive par les armes chimiques ou bactériologiques étaient mises à la disposition d'Etats dont les hauts responsables resteraient toujours attachés aux conceptions de la race, du chauvinisme ou qui seraient tout simplement des hommes attardés, n'attribuant pas complètement à la personne humaine le même respect que nous autres, membres de la civilisation occidentale, avons coutume de lui accorder.
Mais, du fait de l'expérience des années récentes, où nous avons vu des peuples, à peine libérés d'une tutelle européenne souvent superficielle, imposer une tyrannie implacable à des voisins plus faibles et moins évolués, nos Nations peuvent à juste titre se demander quelles seraient alors leurs réactions s'ils étaient en possession d'armes capables de raser le quart du globe ou d'en empoisonner une moitié ? Pour l'immense majorité des habitants de nos pays, la réponse à cette question ne fait aucun doute et, tant que ces idées arriérées de suprématie inspireront l'action d'hommes d'un niveau moins évolué, nous n'avons pas le droit d'encourir de tels risques.
Alors, au-dessus de nos mesquines querelles idéologiques dont l'immense majorité des citoyens n'a que faire, il faut que les dirigeants des Etats évolués, quel que soit leur régime politiques ou économiques, empêchent par-dessus tout la diffusion d'armes terrifiantes, oeuvre du cerveau malfaisant de l'homme, tout en s'interdisant d'utiliser les jeunes Etats comme des pantins dans les jeux déliés et complexes de la stratégie politico-économique de l'époque. La Terre des hommes est arrivée à un point d'évolution tel qu'il est indispensable que chacune des collectivités nationales qui la peuple prenne conscience de la réalité des faits et de l'imbrication de plus en plus complète sur le globe de toutes les données économiques, politiques, sociales ou philosophiques. C'est cependant cette imbrication qui rend difficiles les relations entre les divers Etats, d'autant plus qu'elles sont troublées actuellement par un nationalisme obtus et mesquin ou par la volonté d'imposer à d'autres certains modes de vie ou certaines organisations internes de tel ou tel Etat, qui ne sont pas exportables et qui pourraient, à ce moment, devenir un motif puissant d'unité européenne si ces doctrines étaient imposées de l'extérieur par la force et par la peur (1), comme c'était le cas il y a quelques années seulement avec l'idéologie communiste.
(1) La peur serait un élément important dans l'union intime des Etats de l'Europe occidentale. On souhaitera cependant que l'union nécessaire ne s'effectue pas sous l'emprise d'un tel danger puisque cela signifierait probablement des destructions sans précédent et la fin probable de notre Europe et peut être du Monde.
Si c'est sans doute la fonction des gouvernements responsables des différents peuples d'être réaliste, il est aussi nécessaire qu'ils admettent que chaque homme souhaite maintenant au plus profond de lui-même une vie paisible, puisque la puissance des armes de destruction a atteint des degrés de plus en plus redoutables et que, en conséquence, l'association pacifique de peuples différents de par leur forme de culture est la seule solution possible dans notre siècle.
Alors, voyons les choses comme elles sont et soyons persuadés qu'il nous revient, à nous autres Européens, de définir maintenant une forme de vie pouvant servir d'exemple à tous les habitants du globe. Si l'Europe n'a plus actuellement une puissance matérielle très importante du fait de ses divisions, elle est encore celle de l'esprit. Ses divisions ont fait d'elle, devant les Etats-Continents actuels, Etats-Unis d'Amérique et l'ex-Union des Républiques Socialistes Soviétiques, même encore aujourd'hui, Chine et Inde demain, un petit continent et, pour y remédier, il faut que les divers Etats qui le composent s'associent, tout en se référant tous aux simples principes humanistes rappelés ici. L'Europe, en résumé, n'a donc à être ni anti-américaine, ni anti-russe, ni encore moins anti-chinoise, ni même anti-arabe, car elle sait à quoi conduisent les animosités d'Etats puisque chacun de ses constituants en a fait largement l'expérience au cours des siècles passés. Si l'Europe a encore beaucoup de choses à apprendre de ses enfants émancipés des Etats-Unis, surtout dans le domaine de l'économie et de la technologie, elle en a aussi à apprendre de la vie politique où la concertation et la déconcentration de l'Etat amènent chez les habitants des Etats-Unis un sens civique beaucoup plus développé que chez nous.
Quant au collectivisme il ne peut convenir à sa personnalité et à une liberté individuelle que ses habitants ont durement conquise, comme celle de se réunir, d'aller et de venir où l'on veut (1), d'écrire, de se syndiquer, de s'exprimer.
(2) Les Libertés d'aller et de venir où l'on veut étaient plus grandes au dix-huitième siècle qu'au début du vingtième. Ainsi par exemple, un étudiant pouvait aussi bien faire ses études à la Sorbonne qu'à Oxford, à Bologne ou à Heidelberg et l'on pouvait aussi se rendre jusqu'en 1914 sans passeport de Paris à Londres, à Berlin ou à Moscou où les élites de l'époque parlaient toutes le latin.
En résumé, l'Europe n'a pas à se faire contre un système, mais pour un projet tel celui, qui découle de cet essai et qui pourrait servir d'appui à l'Architecte coordinateur dont il sera question plus loin à la fin de ce chapitre. En adoptant le système économique décrit ici, où est prévu un équilibre entre l'initiative privée et l'initiative publique, où le profit est équitablement réparti entre tous ceux qui participent à sa création et où l'indépendance nationale de chacun est conservée et respectée, l'Europe pourra toujours donner l'exemple au monde.
Sa richesse intellectuelle est celle créée par la variété de ses peuples, de leurs cultures, et chaque habitant de ce continent doit être persuadé que l'uniformité est la cause essentielle de la médiocrité ! Qu'y gagnerait-on en effet à une unification fondée par exemple sur l'adoption généralisée du mode de vie russe, américain ou chinois ? Probablement rien ou peu de chose en vérité.
En permettant en revanche à chaque collectivité, chacune dans son originalité propre de coutumes, de croyances ou d'habitudes, de vivre sur notre globe dans l'Urbanité, dans la Dignité au moyen d'une Equité considérée comme le résultat de l'Efficacité, la Société Industrielle, oeuvre en grande partie de l'Europe et de la pensée occidentale, aura bien rempli sa mission. C'est en raison de la culture humaniste de la grande majorité de sa population que seule aujourd'hui l'Europe est en mesure d'ordonner un développement qui, s'il s'appliquait sans mesure à une population mondiale doublée, poserait à lui seul des problèmes de subsistance tels qu'une nouvelle théorie de Malthus serait indispensable dans les pays à croissance démographique démesurée.
Chacun des peuples de l'Univers a son rôle à jouer dans la recherche d'un idéal humain partagé par tous. Celui de notre pays, sans tomber dans un impérialisme culturel, chargé d'un patrimoine intellectuel et moral à caractère particulièrement humain, est de contribuer à la propagation d'un mode de vie fondé sur tous les principes de l'humanisme respectueux, de par sa définition, de tous les hommes. Il revient donc à nos responsables politiques d'expliquer à ceux des autres Nations, avant qu'il ne soit trop tard, les possibilités diaboliques d'application des techniques guerrières. Chacun d'eux pourra alors expliquer au peuple qu'il gouverne que aujourd'hui, il s'agit seulement de vivre ensemble en prenant conscience de notre simple qualité d'hommes.
Dans ces conditions, deux grandes questions vont découler de cet examen :
- la première concerne la situation des pays encore défavorisés ;
- la seconde a trait à l'association des pays évolués de l'Europe, association qui paraît, de nos jours, indispensable à la vie même de ce continent en raison de l'affaiblissement relatif de chacun des pays qui la constituent et de la richesse limitée du continent en matières premières ou énergétiques indispensables à son activité économique.
Après ces examens rapides, deux autres grandes questions seront effleurées : d'abord l'aide aux pays qui ont besoin de s'élever au niveau de la civilisation technique, puis ensuite le problème général des relations entre les pays modernes, et celui de leur association pacifique sans oublier celui des contacts de l'Occident avec les pays Arabes en raison de leur position privilégiée, voire hégémonique de producteurs du précieux pétrole.
Les pays modernes ont aujourd'hui l'impérieux devoir d'accorder à ceux des pays qui ne sont pas encore parvenus au stade de la société technique moderne une aide bien adaptée aux besoins. Mais il faudra que les Etats susceptibles de l'assurer appliquent d'abord, sans arrière-pensée, les principes permanents de l'humanisme cités ici et qu'en particulier cette aide ne constitue pas, une fois de plus, une manifestation des "Volontés de Puissance et de Domination". Elle ne devra pas alors être considérée comme une mission charitable, mais seulement comme une des conditions de l'Equité des ressources à l'époque de la Société Industrielle. Elle sera la condition nécessaire qui permettra aux pays défavorisés de franchir plus rapidement le stade qui sépare la misère du développement ; elle doit donc être simplement le fortifiant de départ (1).
(1) Comme ce fut le cas de l'Europe après la Seconde Guerre mondiale quand elle reçut l'aide des Etats-Unis.
A ce prix, cette aide pourra être désintéressée et Efficace.
Au sujet de l'aide à fournir, on peut simplement constater que les nations industrielles se livrent actuellement une concurrence acharnée qui les amène à investir des sommes de plus en plus importantes dans la recherche scientifique et technique, en vue d'une production massive de biens de consommation les plus divers, pour soutenir l'expansion, et par là l'aisance matérielle de leurs populations, tout en s'assurant, dans le même temps, la suprématie économique. Dans ces conditions, chacune de ces Nations applique le vieil adage : "Charité bien ordonnée commence par soi-même" et observe ses voisins en accordant seulement aux pays qui en ont besoin la part qui ne risque pas de nuire à son économie, tout en s'efforçant d'amener les peuples aidés à une certaine forme de reconnaissance, permettant de flatter et de satisfaire l'orgueil ou l'ambition du prêteur.
Certaines contrées, en retard dans leur développement, ont des possibilités latentes très importantes tant en matières premières qu'en population. Certaines même les mettent rapidement en valeur grâce à l'action coordonnée, voire autoritaire, permise par leurs structures politiques et par l'assimilation rapide des techniques. Ces Nations pourront donc atteindre presque toutes seules un niveau de vie acceptable, dans un temps réduit, mais que de difficultés à prévoir par la suite, eu égard aux efforts et aux privations que s'imposent les citoyens de ces pays ! D'autant que, souvent, ils bénéficient d'une vieille culture peu perméable aux conceptions humanistes de la civilisation occidentale, comme par exemple les peuples asiatiques.
On peut alors classer les pays qui ne sont pas encore suffisamment développés en deux grandes familles :
- la première est détentrice de matières premières ou du précieux pétrole dont dépendent aujourd'hui l'industrie et la vie économique non seulement de l'Occident, mais aussi du monde entier ;
- la seconde ne possède rien, les pays qui la composent sont le plus souvent déshérités par la nature.
Dans ces conditions, se crée un clivage supplémentaire entre les pays qui ont besoin d'accéder à la civilisation technique et à la Société Industrielle. Il y a d'abord les pays qui ont des ressources naturelles importantes comme les pays du Moyen-Orient riches d'un pétrole sur lequel l'Occident industriel a fondé imprudemment sa croissance économique par nécessité technique, vu sa facilité d'emploi .
Il est ensuite des pays qui n'ont absolument rien à offrir en échange d'une aide extérieure, ni bases militaires, ni richesses matérielles permettant de satisfaire les "Volontés de Puissance et de Domination", qu'elles soient idéologiques, politiques ou économiques.
L'examen réaliste de cette situation peut montrer, s'il en était besoin, les difficultés que rencontrera l'évolution de ces derniers pays et la nécessité qu'il y aura d'instaurer parmi tous les hommes un nouvel état d'esprit nécessaire à une indispensable coopération qui ne pourra s'établir, et c'est une simple évidence de le constater, que dans le strict respect des souverainetés et des intérêts de chacun.
Cet état d'esprit devra être aussi débarrassé des rancoeurs du passé et l'ensemble de ces conditions implique d'appliquer seulement les principes et les idées sur lesquels est fondé cet essai.
On peut observer en toute objectivité que si la Société Industrielle est la fille de la civilisation occidentale et l'oeuvre commune de tous les peuples de l'Europe ou de leurs descendants, l'Européen est en quelque sorte le père de la civilisation technique. Mieux encore, c'est lui qui, en combattant l'ignorance et la superstition, a permis aujourd'hui à toutes les populations du globe d'accéder, dans un délai rapproché, aux idéaux d'Equité, de liberté, de tolérance, de Dignité qui ont permis à la science et à ses applications techniques de conférer à la Société Industrielle un certain caractère humain.
C'est pourquoi il est nécessaire que certains des pays qui ont besoin d'être aidés cessent de couvrir d'injures les pays occidentaux qui leur fournissent déjà une aide importante et il serait tentant de dire à certains, eh bien ! faites comme nous l'avons fait nous-mêmes et comme l'ont fait ceux qui nous ont précédés : travaillez !
En Europe, cinquante générations (1) et même d'avantage ont participé, peu à peu, à l'élaboration de notre culture et de nos connaissances scientifiques et techniques. Depuis des centaines d'années, nos pères, citoyens de tous les pays de l'Occident, ont accumulé, petit à petit, ces connaissances et c'est leur labeur qui a rendu notre vie matérielle plus facile.
(1) 100 générations = environ 3 000 ans en admettant 30 ans entre la naissance d'un homme et sa procréation
Mais ce serait faire injure à la solidarité humaine que de raisonner de cette manière et ce sera, en outre, la seule façon d'éviter des convulsions en comparaison desquelles nos guerres européennes paraîtraient bien innocentes. Il n'est pas étonnant que, avec une telle somme de courage, d'intelligence, de persévérance et même d'esprit d'aventure, l'Européen ait façonné le monde entier de sa marque indélébile. Qu'il s'agisse de déserts brûlants ou glacés, de plaines immenses ou de forêts impénétrables, il a prouvé qu'il était le plus robuste et le plus courageux des êtres vivants tout en ayant l'esprit marqué par l'humanisme. Il faut donc, et c'est seulement le bon sens qui parle, que les habitants des contrées encore infériorisées soient d'abord intimement persuadés que seul l'effort, l'effort librement accepté, élève l'homme, quelle que soit la couleur de sa peau, et que sans travail organisé il n'est pas possible d'atteindre rapidement un niveau de vie correct auquel pourtant la simple morale humaine lui permet de prétendre.
Il conviendra seulement que ces contrées disposent à tous les échelons de cadres compétents, capables d'utiliser les techniques avec profit. Les responsables de ces pays doivent donc former, avec l'aide des pays développés, dans leur pays respectif, l'armature humaine indispensable à l'application des moyens du siècle. C'est parce qu'il est aussi nécessaire que l'aide des pays évolués et industrialisés soit temporaire que cette proposition est faite. En effet, si cette aide revêtait un caractère permanent, elle ne pourrait que conduire à la domination technique et mettre en échec le principe fondamental de Dignité applicable, lui aussi, à tous les habitants du globe. L'aide consentie doit encore respecter les traditions, les coutumes, oeuvres de l'histoire, du climat ou de la géographie, pour honorer la personne. Elle ne devra donc pas comporter seulement des secours financiers, mais encore la transmission du savoir technique et être surtout considérée, aujourd'hui, par tous les pays industriels, du point de vue de la morale et de l'humanisme, comme un certain remboursement d'une dette collective qu'ils ont contractée en mettant en valeur des matières premières, propriété d'autrui, et en utilisant une main-d'oeuvre à bon marché, même si ces matières premières étaient inexploitées, si ces travailleurs n'étaient pas employés et si les équipements collectifs utiles comme les routes ou les chemins de fer étaient inexistants.
Ce sera donc le devoir de tous les pays modernes, quel que soit le continent sur lequel ils se trouvent, d'admettre que l'aide aux pays qui ont besoin de s'élever au niveau de vie de l'homme de ce siècle soit assurée par eux tous, en proportion de leurs ressources. Il nous faudra donc épauler suffisamment ces pays pour qu'ils forment chez eux cette somme du savoir pratique dont ils ont un si grand besoin, et il est alors particulièrement souhaitable que les professeurs, les ingénieurs, les administrateurs, en un mot tous les experts qui concourent à l'apprentissage des techniques soient persuadés, en se mettant à la portée de leurs interlocuteurs, que leur rôle consiste à rendre ces techniques assimilables et par là productrices.Mais ces experts devront, en plus, posséder, au plus haut niveau, la modestie intellectuelle et ne pas s'immiscer dans les affaires intérieures de ces Etats, qui sont du ressort propre de leurs habitants.
Ce sera là, la grandeur et la servitude de leurs fonctions.
On souhaitera seulement que les nouvelles et jeunes élites de ces pays qui auront appris sur les bancs de nos écoles les techniques et les méthodes de l'Occident, ne se contentent pas simplement de recueillir les fruits laissés par la colonisation et qu'elles modifient des structures et des habitudes millénaires pour accepter les dures contraintes de la Société Industrielle, en refusant de se complaire dans un racisme anti-blanc qui serait seulement une nouvelle preuve foncière d'incapacité ou de paresse. A partir d'un certain niveau de connaissances, la formation des élites des jeunes Etats ne pourra être assurée que par les pays modernes puisque, seuls, il possèdent actuellement les moyens matériels et les connaissances nécessaires à ces fonctions. Mais il faudra ensuite que ces élites, une fois formées, retournent dans leur pays d'origine, car elles sont d'abord au service du peuple qui les a vu naître et qui a payé, en principe, leurs études.
Une fois rentrées chez elles, elles ne devront pas hésiter à mettre effectivement la main à la pâte, en appliquant sur le tas les diverses techniques qu'elles auront apprises, suivant en cela l'exemple de leurs jeunes homologues des pays modernes qui, au début de leur carrière, se contentent d'apprendre leur métier. Il sera nécessaire aussi, et ce point est très important; qu'elles ne transportent pas, dans leurs pays d'origine, certains ferments de jalousie ou de haine, incompatibles aujourd'hui avec l'évolution du monde qui réclame avant tout la cordialité, c'est-à-dire l'Urbanité des relations humaines.L'examen réaliste de la situation des pays qui ont besoin d'atteindre un niveau plus élevé de bien-être montre, s'il en était besoin, les difficultés que rencontrera désormais la répartition de l'aide matérielle des Etats modernes. C'est alors en recourant encore à la formule de"Centralisation de la pensée et Décentralisation de l'action" qui a été indiquée comme la première des conditions nécessaires à la bonne organisation de la Société Industrielle (1), que les pays évolués et riches pourront procéder à une répartition équilibrée du volume de leur aide.
(1) Première partie - Conditions visant à la bonne organisation de la Société Industrielle.
La décentralisation de cette aide, pour des objectifs rentables en eux-mêmes, en sera le complément indispensable. Seule, la collaboration loyale des pays évolués permettra de satisfaire l'immensité des tâches à accomplir, à condition que le séjour des experts et spécialistes soit d'assez longue durée pour qu'ils aient la possibilité d'étudier les caractéristiques propres des différents peuples et de s'en imprégner. De cette façon, ils ne seront pas transformés en touristes pressés et affairés n'ayant qu'un but : voir beaucoup de pays ; mais cette solution implique cependant le risque de les voir se transformer en mandarins, fonctionnaires d'organismes internationaux gigantesques et dépourvus d'âme. En conséquence, les pays modernes doivent aider collectivement les nations pauvres qui en ont besoin, tout d'abord gracieusement pour les oeuvres sanitaires ou éducatrices, et puis en leur prêtant, sans intérêt, les sommes considérables nécessaires pour créer d'abord des moyens agricoles pour assurer leur subsistance et ensuite un début d'industrie de transformation pour permettre progressivement l'amélioration des niveaux de vie dans ces contrées.
Mais il faudra que les responsables de ces Etats en voie de développement soient conscients que l'évolution de leur pays respectif réclamera beaucoup d'efforts et de travail et exigera beaucoup de temps pour traverser cette période difficile d'adaptation à la Société Industrielle, période que les pays occidentaux ont mis plusieurs siècles à parcourir. Aussi, ils devront être persuadés que le seul moyen de réduire la durée du temps nécessaire est de faire appel au travail collectif, en conviant les peuples concernés aux saines joies de ce travail, au lieu de les exciter contre leurs voisins ou contre nos pays occidentaux dont les seuls défauts sont la couleur de la peau ou le courage et l'abnégation de nos ancêtres qui ont travaillé, pendant de nombreux siècles, pour créer des techniques bénéfiques, rendant la vie plus facile et que tous les peuples peuvent utiliser, aujourd'hui, à leur plus grand profit et, souvent, sans effort de leur part.
Une autre observation s'impose encore. Il faut que les élites de ces jeunes nations évitent de gaspiller des sommes considérables qui ne leur ont demandé aucun effort puisqu'elles ont été données par les pays déjà développés. La morale et le respect des citoyens contribuables de ces Nations exigent que les sommes considérables mises à leur disposition ne soient pas dilapidées, par exemple, dans un arsenal de voitures somptueuses, dans des oeuvres de prestige, dans l'entretien matériel de castes, ou gaspillées dans nos palaces que l'immense majorité de ces citoyens, contribuables et donateurs forcés, se contente de regarder.
Au sujet de l'aide qui doit être fournie par les nations industrielles, on pourrait suggérer, et comme cela a été déjà dit dans le chapitre consacré aux Problèmes Industriels, au sujet de l'approvisionnement en pétrole des pays développés, que les pays riches de ce produit et qui sont d'autre part souvent, fort peu peuplés, utilisent la plus grande partie de ces revenus extraordinaires dans le domaine de l'aide au développement non seulement de leurs pays, mais aussi de contrées infériorisées par la nature, au détriment de gaspillages personnels des dirigeants de ces Etats pétroliers grisés par une richesse obtenue sans efforts. Cette suggestion est d'autant plus d'époque que les pays producteurs de pétrole ont majoré dans une proportion trop importante en 1973 le prix de ce produit au risque de remettre en question toute l'économie industrielle de notre continent et du monde entier. Il sera nécessaire aussi que les pays industriels qui disposent de moyens matériels et financiers importants mettent sur pied des règles communes pour l'attribution des aides aux pays qui en ont le plus besoin et qu'ils mettent surtout en route tout un programme de recherche, permettant à l'Europe de s'affranchir, dans des délais rapprochés, de la sujétion de la fourniture du précieux pétrole. Ces aides en effet, les amènera nécessairement à contrôler l'intérêt des projets de développement retenus et à veiller ensuite à une utilisation rationnelle, régulière et non détournée de l'aide fournie à des fins personnelles. Il conviendra en particulier que ces prêts ne servent pas par exemple à mettre sur pied des armées de prestige aussi dispendieuses qu'inutiles (1) et qui ne pourraient servir qu'à dominer et asservir plus pauvre encore, et surtout que les dirigeants politiques plus évolués de ces pays ne profitent pas de leurs pouvoirs politiques pour détourner et mettre à l'abri dans des pays où est pratiqué le secret bancaire. Le citoyen de l'Europe souhaitera encore que les nouveaux responsables de tous les jeunes Etats prennent aussi conscience que c'est récemment en Europe qu'a pris naissance la pensée libérale et humaniste qui a permis à leur peuple de retrouver, très souvent sans convulsions violentes, quand elles ne sont pas orchestrées par l'idéologie politique ou le racisme, quand la population européenne n'était pas importante, les éléments indispensables à leur Dignité. Jusqu'à présent, le colonialisme a été pratiqué par tous les peuples entreprenants, riches ou pauvres vis-à-vis des moins riches ou des plus pauvres et on peut se rappeler, en Europe, le cas de la conquête romaine (2). Malgré les héros de ce temps, chez nous Vercingétorix, cinquante ans avant notre ère, Boudicca la reine des Icéniens en Angleterre un siècle après, ne sommes-nous pas encore fiers de nous dire, aux quatre coins du continent, les héritiers de ces Romains et d'admirer toujours les vestiges monumentaux de leur occupation ? Pourquoi n'en serait-il pas de même autre part, quand le temps aura fait son oeuvre ?...
(1) Le problème des fournitures d'armes aux nouvelles nations par les pays industrialisés de l'Est ou de l'Ouest amène diverses observations qui découlent des "Volontés de Puissance et de Domination" de ces Etats, que celles-ci soient d'ordre idéologique ou économique. Ces fournitures vont non seulement contre la morale, mais surtout contre le simple bon sens, puisque ces nouveaux Etats ont bien d'autres dépenses plus urgentes à faire. Ce problème de la fourniture d'armes aux jeunes Nations est d'ailleurs du même genre que celui du désarmement général, c'est tout ou rien. En effet, si un seul pays fournit des armes, les autres pays sont conduits à le faire également pour que leur potentiel industriel n'en souffre pas.
(2) Il suffit de rappeler par exemple les grandes invasions de l'Europe au début de notre ère ou la conquête de l'Afrique du Nord et de l'Espagne par les Arabes à la fin du premier millénaire pour en être persuadé. A défaut d'un accord international sur ce point, comme sur la Paix d'ailleurs, il n'y a pas de solution.
Mais on peut rappeler que c'est seulement en Europe que la lutte contre l'esclavage et le servage s'est affirmée, dès la fin du 17ème siècle. L'esclavage a été pratiqué depuis l'origine des temps, sur tous les continents, et l'est peut-être encore par certains, pour toutes sortes de raisons dont la principale était autrefois l'absence de sources d'énergie utilisable autre que le travail humain, ou la nécessité d'employer la force pour effectuer un travail rebutant dans des conditions climatiques difficiles. Dans l'antiquité, l'esclavage répondait ainsi à une obligation et la société antique le jugeait nécessaire à la vie de cette société, si bien que le christianisme dans ses débuts, se contentait d'en atténuer les rigueurs et qu'il en était de même pour l'Islam plus tard. Les sources principales de l'esclavage étaient la guerre et la piraterie. A l'époque, c'est le monde musulman qui en devient l'utilisateur essentiel ; le califat de Cordoue recevait ses esclaves de Dalmatie ou d'Europe Centrale, Bagdad et l'Iran les recevaient d'Europe orientale et d'Asie centrale. Les Noirs d'Afrique étaient emmenés en Arabie, en Egypte et au Maghreb. En Méditerranée, les Sarrasins d'Afrique du Nord se pourvoyaient en esclaves chrétiens en écumant la mer. L'esclavage disparaît en Europe au 16ème siècle, mais la découverte de l'Amérique le fait renaître avec la traite des Noirs achetés ou razziés sur les côtes occidentales ou orientales de l'Afrique, et qui sont expédiés en Amérique pour fournir la main-d'oeuvre nécessaire aux plantations de canne à sucre ou de coton dans le nord-est du Brésil, dans les Antilles et dans le sud des Etats-Unis. Ainsi, l'Afrique fut vidée d'une partie importante de sa population, ce qui constitue le gros reproche que les générations actuelles adressent aux esclavagistes arabes ou européens. Les abus de l'esclavagisme provoquèrent en Europe une saine réaction abolitionniste.
Ce fut d'abord en France une vaine tentative d'abolition par la Convention en 1794, reportée en 1802 ; la traite fut interdite en 1807 par l'Angleterre et à nouveau en 1815 par la France. L'émancipation des esclaves est acquise en 1833 par l'Angleterre et en 1848 en France, à l'initiative de Victor Schelcher. La libération des esclaves se réalise aux Etats-Unis d'Amérique en 1865, après la guerre de Sécession. Enfin, le servage fut supprimé en Russie en 1861. Aujourd'hui, l'esclavage ou le servage sont interdits partout et il ne subsisterait plus que sous certaines formes, telle la traite des blanches qui constitue sans aucun doute un nouveau défi à la Société Occidentale, et que les Organisations internationales se doivent de poursuivre avec enquêtes et sanctions s'il y a lieu, pour extirper ce fléau de certains pays.
Ils ne relèvent ni de subtilités, ni de raffinements mathématiques accessibles seulement à des spécialistes car il s'agit d'abord, pour ces pays, de nourrir leur population en choisissant les meilleures méthodes pour parvenir à la satisfaction de ce besoin élémentaire.
- La première consiste pour les dirigeants de ces pays, à essayer d'éviter un accroissement exagéré de la population qui réduirait à néant les efforts des Etats développés pour l'amélioration de leurs conditions d'existence, sans parler, bien entendu, d'autres dangers qu'il est facile d'imaginer car l'espace vital est la loi inexorable de l'espèce humaine.
Cette grave proposition, qui a déjà été effleurée plus haut à la fois dans le chapitre "Problème de Population" et dans celui consacré aux Problèmes Agricoles, est uniquement inspirée par l'intérêt évident de ces collectivités, puisqu'il convient d'abord et surtout d'augmenter les productions nationales grâce à de judicieux investissements agricoles ou industriels, permis par l'aide des nations industrielles, et de les répartir équitablement, au lieu de réduire la part individuelle déjà trop faible par l'accroissement du nombre des bénéficiaires. La limitation rapide des naissances dans les pays défavorisés, au moyen des techniques de réduction volontaire de la fécondité féminine, peut apporter la réponse à cette question particulièrement délicate, mais elle doit être décidée par un organisme international pour éviter toute mauvaise interprétation de la part des populations intéressées.
- La deuxième et cruciale obligation réside dans le travail. Si les peuples européens ont pu sortir, en l'espace de deux siècles, d'un état latent de misère, même s'ils bénéficiaient d'un climat mieux adapté, c'est, il faut bien le reconnaître, grâce au travail acharné et au sacrifice de millions de travailleurs au début de la Société Industrielle, puis au travail collectif né de l'intelligence, et au réemploi systématique d'une partie des fruits du travail par l'épargne dans un machinisme de jour en jour plus perfectionné.
- La troisième qui relève de l'organisation est non moins impérieuse, car elle résulte du principe général de "Centralisation de la pensée et de Décentralisation de l'action" qui permet, pour la subsistance, de compter seulement sur ses propres forces et sur les productions agricoles locales. Avec ce mode d'organisation, chaque petite région géographique sera responsable de son approvisionnement et ne comptera que sur elle-même, le problème du pain quotidien devant être traité là où il se pose, d'abord dans le village (1).
(1) C'est la solution vers laquelle semble se diriger la Chine actuelle.
- La quatrième concerne l'attitude des minorités instruites, donc dominantes de ces pays, celles-ci doivent refuser encore le niveau de consommation des nations modernes pour leur pays, car la généralisation à l'ensemble du monde de ce niveau, avec le gaspillage qu'il entraîne, amènerait probablement, à bref délai, l'effondrement de tout le système actuel et probablement la guerre et la famine.
Après ces diverses mesures, il faudra encore que ces pays n'abusent pas d'une situation privilégiée de fournisseurs de matières premières ou du précieux pétrole, car un prix trop élevé du pétrole appellerait le chômage et l'inflation dans tous les pays modernes et en particulier dans ceux de l'Europe qui en sont dépourvus, ce qui ne manquerait pas d'amener des désordres économiques tels que la guerre pourrait apparaître comme un moindre mal. Il faudra donc que progressivement les jeunes Etats voient loin devant eux et orientent leurs activités économiques non pas dans une direction autarcique, mais dans celle d'échanges internationaux largement ouverts, en essayant de produire non pas uniquement pour subvenir à leurs besoins, mais pour créer des marchandises que les autres peuvent leur acheter.
Ils pourront alors disposer des ressources de financement nécessaires à l'acquisition des biens qu'ils ne peuvent se procurer économiquement par eux-mêmes. Mais il faut bien admettre que ces pays sont encore très loin de pouvoir proposer des produits vendables sur le marché international, mis à part cependant les pays asiatiques en raison de la qualité de leur main-d'oeuvre et surtout de l'aptitude de leurs élites à assimiler la civilisation technique. C'est parce que l'économie autarcique, pour un Etat jeune, est inapplicable et malsaine, que cette idée est formulée, car elle conduit le peuple concerné à un complexe de nationalisme obtus ou de chauvinisme, voire le plus souvent de racisme anti-blanc. Ces jeunes nations doivent donc, dès que possible, s'orienter vers une spécialisation poussée des biens à échanger pour que ceux-ci puissent trouver preneur, ce qui implique à la fois une certaine qualité, des prix concurrentiels et une organisation rationnelle de leur distribution. C'est donc dans la voie du développement des échanges que doivent s'engager ces jeunes nations, car celle-ci est une voie pacifique, la seule qui soit conforme à l'esprit d'un humanisme qui, de par nature, doit être universel.
Mais en attendant que ce souhait trouve sa réalisation pratique progressive, il faudra s'assurer que les nations industrielles payent les matières premières et le précieux pétrole à des prix raisonnables et qu'à leur tour les pays détenteurs de ces richesses n'abusent pas d'une situation de monopole. Ce qui implique une certaine conception morale des échanges, désir qui relèvera encore longtemps du voeu pieux.
Une remarque toute particulière doit être faite au sujet des pays de l'Amérique latine longtemps dominés économiquement par la puissante Nation nord-Américaine, de culture anglo-saxonne et dont le raisonnement politico-économique l'amenait à considérer, suivant les conceptions habituelles de supériorité des populations de langue anglaise, ces différents Etats comme une chasse gardée pour ses productions et un réservoir de matières premières.
Il est certain que ces conceptions sont aujourd'hui largement dépassées et il semble qu'une association plus intime, disons plus affective, de l'Amérique latine avec notre vieille Europe libérale et humaniste de culture analogue, surtout à notre époque avec l'accroissement fantastique des communications irait sûrement mieux dans la nature des choses. Ces quelques idées amènent encore tout naturellement à évoquer la situation de nos voisins du bassin de la Méditerranée dont l'accroissement rapide de la démographie va poser prochainement de graves problèmes de subsistance.
On pourra se rapporter à ce sujet, à ce qui a été déjà dit ci-dessus, dans le chapitre consacré aux Problèmes de Population au sujet de l'explosion démographique dans les pays arabes d'Afrique du Nord et, en particulier, à la solution d'un marché commun entre tous les pays riverains de la Méditerranée qui pourrait peut-être être une solution, à la condition expresse que la démographie dans les pays de la rive sud soit stabilisée d'urgence, que la femme arabe voie sa situation civile adaptée au monde moderne et que dans le même temps l'Islam arrête à la fois son racisme anti-blanc et son prosélytisme qui indispose fortement les populations chrétiennes de la rive nord, mais n'est-ce pas là encore, malheureusement, une vue de l'esprit ? Si tous les pays du globe qui ont besoin de l'aide des Nations développées arrivent à traduire en réalisations pratiques les idées générales exprimées ci-dessus, il en résultera, petit à petit, une vie plus facile, c'est-à-dire finalement une ère de paix et de cordialité et le recours à l'aumône, qui rabaisse tout peuple au rang d'un mendiant, pourra progressivement disparaître. De toute façon, l'aide actuelle devra cependant se poursuivre encore pendant de nombreuses années, mais si ce soutien demande de la générosité et réclame beaucoup de modestie et d'humilité de la part de celui qui donne ou prête, il exige aussi beaucoup de volonté, de courage et d'ardeur au travail, sans même parler d'une certaine forme de compréhension excluant l'envie pour celui qui reçoit.
En résumé, on peut affirmer que si l'ère du colonialisme au sens étroit du mot est révolue, en revanche celle du soutien librement accepté et consenti commence, à condition que les bénéficiaires soient conscients des efforts qu'il en résulte pour les contribuables des pays donateurs.
Dans le domaine de l'aide aux jeunes nations, sa mission est encore d'un caractère particulier en raison du contact qu'il a eu avec diverses collectivités humaines au cours des cent cinquante dernières années, que ce soit en Asie, en Afrique, en Amérique ou en Océanie. En effet, il leur a apporté l'usage d'une langue qui sait particulièrement bien traduire les principes fondamentaux d'une philosophie idéaliste et humaniste à la fois. C'est pour ces motifs qu'il paraît souhaitable que, au-delà d'un nationalisme exacerbé mais dépassé par le progrès technique, un regroupement s'opère. Mais il est nécessaire que celui-ci ne soit pas fondé sur la dépendance mais, par exemple, sur un usage commun de cette langue dont la précision permet une analyse correcte des faits et assure la propagation de l'idéal humaniste, en permettant ainsi aux hommes de ces contrées de se connaître et de se mieux comprendre.
Il conviendra aussi que les autres pays dont le français est, soit la langue maternelle, soit la langue officielle, soit même la langue de circulation, fassent, eux aussi, partie de cette libre association. Cette dernière, loin de viser à l'impérialisme linguistique - forme non moins pernicieuse de la Volonté de Puissance -, facilitera seulement l'expression particulière de la philosophie humaniste respectueuse de la pensée de tous les hommes, grâce à sa précision et à la facilité d'analyse qu'elle contient.
Notre langue permettra encore d'extérioriser et de traduire clairement les diverses conceptions d'un humanisme moderne et d'un art de vivre appliqué à la Société Industrielle, qui est fondé sur les quatre principes cités de Dignité, d'Equité, d'Efficacité et d'Urbanité.
Dans la première partie de cet essai, au sujet du terme Dignité, on a souhaité l'existence pluraliste des Nations dans le respect mutuel, dans la tolérance, dans la cordialité de leurs relations et dans l'équilibre de leurs désirs et intérêts légitimes, pluralisme qui permet d'éviter l'uniformité ou la standardisation, cancer d'une société à caractère uniquement technique. Tous les peuples de l'Europe et même du monde doivent donc rejeter avec force les solutions qui tendraient à recouvrir l'univers d'un nombre restreint de cultures car elles ramèneraient les peuples, les langues, les coutumes à des réserves folkloriques, conséquences inévitables de l'impérialisme linguistique, même s'il était bienfaiteur et d'essence pacifique. Les structures à établir pour notre continent devront être telles que chaque ethnie nationale puisse conserver sa personnalité propre, mais pour que les différents peuples de l'Europe soient persuadés que sa création est d'une nécessité absolue, il suffit d'un simple retour en arrière de quatre-vingts ans, court laps de temps dans la vie d'une Nation.
Jusqu'en 1914, les peuples de l'Europe représentaient la force vive de toute la population mondiale qui dépassait le milliard et demi d'habitants, ils apportaient à tous le progrès technique. Leur supériorité était telle que personne ne la contestait. Une première folie guerrière avec près de 10 millions de morts et 20 millions d'infirmes leur a fait entrevoir, dès son achèvement, leur déclin. Leurs régimes politiques se sont souvent effondrés, leurs monnaies ont été emportées par la tourmente alors que leurs descendants de la lointaine Amérique du Nord, accédaient progressivement à une suprématie qu'elle partagait alors dans certains domaines seulement avec l'ex-URSS, autre Etat en partie européen, immense lui aussi. C'était aussi la fin de leur supériorité et l'achèvement de cette période que quelques uns appellent encore la belle époque. Mais si celle-ci était souvent d'allure pacifique, elle n'était belle que pour une minorité, puisque la classe laborieuse créait, sans trop en profiter, les moyens matériels et le bien-être et que la paysannerie encore privée de moyens techniques était restée pratiquement confinée à des structures médiévales.
Une seconde folie causée par l'idéologie nazie, plus meurtrière encore, a réduit les Etats de l'Europe, vainqueurs ou vaincus, à l'inexistence politique, leurs populations ont été transplantées, morcelées, endoctrinées, ce conflit a coûté plus de quarante millions de morts et cinquante-cinq millions d'infirmes et leur rayonnement mondial s'est évanoui. De nouveaux empires sont nés et les remplacent. De nouveaux Etats insuffisamment peuplés et sans ressources, sans unité, ont vu le jour et la population mondiale dépasse, en 1988, cinq milliards d'hommes alors que celle de notre continent atteint à peine 750 millions. L'aide matérielle des Etats-Unis d'Amérique et un travail acharné ont redonné la vie et un semblant de force à l'Europe. Mais que de choses ont changé durant ce siècle ! La population du globe a doublé depuis 1900, celle de l'Europe, dans le même temps, en raison de la terrible tuerie et de l'hémorragie de vies humaines engendrée par ces deux guerres et par la diminution de la natalité consécutive à l'accroissement du niveau de vie, s'est accrue dans des proportions bien inférieures.
Cette rétrospective sera salutaire si elle fait comprendre enfin aux peuples européens l'absurdité des "Volontés de Puissance et de Domination" et la nécessité de mettre sur pied, alors qu'il en est encore temps, des formes pratiques d'association amicale. On peut alors observer qu'en raison de la stagnation relative de la puissance des Etats Européens considérés comme des individualités, il paraît aujourd'hui de la plus haute importance de regrouper rapidement les vieux peuples de ce continent qui bénéficient tous d'une culture voisine ou semblable. Ce regroupement dans une Europe des régions humainement et économiquement homogènes, qui est en bonne voie de réalisation, pourrait même aller en deçà de l'Oural et redonnerait à notre continent, dans un monde actuellement déboussolé et désaxé par le nationalisme et le racisme anti-blanc sous toutes leurs formes, un poids démographique, économique, intellectuel et politique suffisant qui lui permettrait de garantir sa Dignité. Si l'on dit souvent qu'un changement d'institutions s'effectue plus facilement sous l'emprise des nécessités ou sous la menace, on souhaitera que cette association ne s'effectue pas dans ces conditions, puisqu'il s'agirait du sort de l'humanité tout entière, car il est probable qu'elle précéderait directement un carnage généralisé à l'ensemble du globe.
On peut d'ailleurs observer que ces dernières associations, motivées surtout par des raisons économiques ou politiques, devront s'effectuer avec prudence, pour qu'elles ne soient pas non plus ressenties, par exemple par les jeunes Nations en voie de développement, à l'unité encore incertaine et par là très susceptibles dans le domaine de l'indépendance, comme un moyen de perpétuer la domination technique des pays évolués. Les fédérations d'Etats développés, indispensables à l'économie du fait de l'internationale des techniques ou de la défense de la Dignité de chacun, doivent donc, pour satisfaire aux tendances défendues dans cet essai, être déjà limitées, en principe, aux Etats d'un même continent. Dans le cas particulier de l'Europe qui intéresse chacun de nos compatriotes et de nos voisins, et qui en conséquence nous est cher, une association n'aura de chances d'aboutir dans nos pays, au sentiment national encore très prononcé, conséquence de siècles de vie en commun, d'habitudes, d'histoire et de tradition, que si chacune des Nations concernées peut conserver, pendant le temps nécessaire à l'adaptation des esprits, l'exercice de son libre arbitre pour des questions qu'elle croit encore d'importance vitale pour le maintien de ses caractéristiques et de certains de ses intérêts. En raison de l'expérience propre de notre pays, on pourrait croire que son exemple puisse servir de modèle à l'association des pays de ce continent, puisque nos anciennes provinces se sont fondues, peu à peu, dans le creuset d'un Etat-Nation qui a été cimenté fortement par notre Révolution de 1789. Ce raisonnement, qui paraît séduisant, est cependant inapplicable du fait de l'existence actuelle du sentiment national des peuples existants et le système élaboré par notre histoire ne peut être transposé, brutalement, à l'ensemble des Nations européennes pour aboutir à leur union politique. S'il fut possible chez nous à l'époque, c'est parce que nos provinces n'avaient pas la personnalité nettement accusée de la Nation moderne. En effet, à l'époque lointaine de la formation de l'unité nationale de notre Etat, la réunion des provinces autour du royaume de France s'est effectuée lentement et progressivement soit par rattachement politique, soit par des actions militaires, voire, plus récemment, par référendum comme ce fut le cas pour la Savoie et le comté de Nice en 1860 (1). En outre, le sentiment national au niveau des provinces étant inexistant ou tout au moins différent de celui d'aujourd'hui, il y avait probablement moins de différences entre nos anciennes provinces qu'il y en a actuellement entre des Nations aussi différenciées que le sont celles de ce continent. De plus, avec l'esprit centralisateur propre à tous nos régimes, elles subissaient une certaine attraction qui les incitait à entrer dans une collectivité française.
(1) Pour l'exactitude historique, certains territoires francophones (Tende et La Brigue) réservés aux rois d'Italie pour la chasse par le traité de 1860 ont rejoint l'hexagone en 1947 aprés référendum.
Mais cette union fut aussi probablement l'aboutissement d'une inclination naturelle d'ordre psychique qui les poussait l'une vers l'autre. C'est pour ces raisons qu'il n'est pas réaliste de vouloir fondre rapidement les Nations de ce continent dans un super-Etat comme des fleuves qui déversent leurs eaux dans une mer unique, car que deviendrait dans ce cas la liberté, c'est-à-dire la Dignité chère à chacun, qu'il s'agit de préserver en tant qu'élément de culture ? Ce raisonnement se justifie encore en considérant que si le parler de l'Ile-de-France a lentement prévalu en submergeant progressivement les autres dialectes en usage dans notre pays, on ne voit pas quelle langue nationale actuellement en usage pourrait remplacer l'autre et devenir le ciment de l'unité, puisque son adoption au niveau individuel conduirait probablement à de nouveaux conflits entre des Etats qu'elle devrait unir et que, de plus, chacune a ses mérites, à des titres différents d'ailleurs.
L'association des Etats modernes ne peut donc que s'effectuer sous une forme souple, laissant à chacun la défense des principaux intérêts qui lui sont propres, d'autant plus que l'effet de taille des Etats joue aussi un rôle considérable. En effet, en raison de la psyché nationale propre à chaque pays évolué, l'indépendance politique indispensable à chaque citoyen est conditionnée de nos jours par la puissance économique dont la puissance militaire est fonction. C'est ainsi que fédérer dans un corset un Etat moyen ou petit et un géant, c'est asseoir encore davantage la domination du géant et c'est pourquoi, dans un premier temps, il faudra être très prudent dans une future association des peuples de l'Europe.
Mais, avant de suggérer quelques idées sur l'association des différents peuples qui cohabitent sur ce continent, il convient cependant de répondre aux soucis de ceux qui, actuellement, ont peur de perdre leur Patrie dans un ensemble européen nouveau, en montrant qu'il s'agit d'un faux problème ou tout au moins d'un problème mal posé.
(1) Voir aussi : Première partie : "Conditions indispensables au bon fonctionnement de la Société Industrielle" b) l'amour de la Patrie.
Dans un ensemble européen, la Patrie ou terre des pères, restera toujours ce qu'elle est, c'est-à-dire l'âme du peuple. Le meilleur exemple n'est-il pas encore fourni par la Suisse aux quatre langues différentes et surtout, par celui de notre pays car il a de plus vastes dimensions! Chacun de nous a déjà sa petite Patrie, il est provençal, basque, breton, flamand, corse, alsacien, normand, savoyard, franc-comtois, lorrain, etc., mais, dans le même temps, il est aussi citoyen de ce pays, la France, sa grande Patrie. D'un bout à l'autre de l'Europe, il en sera de même. Le culte du terroir, l'amour du pays natal ou de la province, la vie en commun, les malheurs partagés, le patriotisme du village, voire du clocher, imprégneront toujours l'âme du peuple fournissant des éléments rassurants pour nous éviter l'aliénation de la personnalité.
Il ne faut donc pas craindre de perdre la Patrie, à condition cependant que tous les Etats de ce continent abandonnent leurs "Volontés de Puissance et de Domination", que celles-ci soient de nature politique, idéologique, linguistique, mercantile ou technologique, et chacun des habitants des différentes Nations pourra encore rester ce qu'il est, qu'il soit allemand, belge, britannique, espagnol, français, hollandais, italien ou portugais tout en étant européen dans le cadre d'une Europe des régions humainement et économiquement homogènes, Europe qui sera celle de l'Economie moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacité et de l'Equite, telle celle souhaitée ici. C'est en raison de l'existence de ce sentiment national ancien et profond que l'union des peuples de ce continent, pourtant indispensable, ne pourra s'effectuer d'abord que dans un fédéralisme large, de forme associative, combattant le chauvinisme sous toutes ses formes et conservant seulement l'amour du pays et de sa communauté d'origine, dans un sentiment national tolérant. Dans ces conditions, si l'adhésion des citoyens des différentes Nations de ce continent à des particularismes constituerait sûrement un handicap insurmontable à la formation d'un Etat européen centralisé et supranational, il faudrait, pour le surmonter, avant tout autre chose, conserver les habitudes, les traditions, les langues, c'est-à-dire en définitive la Dignité de chacun des Etats participant à une construction qui ne doit pas être une vue de l'esprit, mais une chose valable.
L'Europe, en effet, n'est pas actuellement une Nation mais un ensemble de peuples différents, ayant abordé chacun de façon particulière le sentiment national et l'amour de la Patrie, qui constituent pour chacun d'eux le ciment qui a scellé leur identité particulière. C'est pour cette raison qu'il convient de procéder progressivement et que vouloir aller trop vite irait probablement à l'encontre du but poursuivi et ne ferait que retarder l'unification souhaitable. Il y a en effet tellement de différences entre les pays du Nord de l'Europe et ceux du Sud, où le climat fait voir les choses de façon différente et moins austère, qu'il parait actuellement prématuré qu'un pouvoir politique unique applique des décisions uniformes. En effet un pouvoir politique unique en appliquant des décisions de ce genre ne serait qu'un empire et toute l'histoire démontre la fragilité de ces empires qu'ils soient d'essence capitaliste, comme l'Allemagne de 1933 à 1945, ou collectiviste comme l'ex-U.R.S.S. depuis 1917. Mais, pendant la période qui sera nécessaire à une transformation des esprits et à l'élaboration d'une conscience européenne, il faudra encore que les divers habitants de l'Europe s'adaptent progressivement aux formes élémentaires de la solidarité.
Et, puisque l'assimilation par la conquête d'un seul Etat n'est plus concevable, il ne sert à rien d'oeuvrer pour une forme centralisée d'un pouvoir européen et il faut admettre, dès le départ, une forme décentralisée, telle, cependant, qu'elle n'entraîne pas l'inaction générale. Il
faudra donc que les responsables de chacun de nos Etats s'efforcent de traduire en réalisations concrètes un désir d'unité qui perce dans l'âme de chaque citoyen de cette Europe, et ceci est d'autant plus nécessaire que les solutions à appliquer pour la réalisation de ce désir, cher à beaucoup, deviennent au fil des jours, une implacable nécessité comme on le montrera plus loin.
Compte tenu de ces quelques observations, il est possible maintenant d'examiner les quelques moyens juridiques permettant de satisfaire à cette aspiration chère à beaucoup de ceux qui ont compris que l'époque de la Domination entre Etats, modernes ou non, était achevée.
Pour que le désir d'unité soit satisfait, il faut d'abord nous habituer assez rapidement à vivre ensemble en refusant un repli sur soi, généralement dû à un égocentrisme hors de saison, avec l'ouverture des frontières économiques et le brassage des idées qui vont de pair avec la facilité des communications.
L'association simple permet d'accéder à ce désir, ensuite, avec l'expérience, les différents Etats de ce continent pourront se rapprocher encore, grâce aux formules juridiques du fédéralisme associatif puis de la confédération qui seront examinées ensuite.
Cette formule très souple permet de faire cohabiter librement des ethnies diverses, d'abord dans le cadre actuel des Etats à condition que chacun de ceux-ci soit d'abord déconcentré, pour qu'il soit possible de respecter les caractères propres aux différentes ethnies. Une formule de ce genre qui assure le maintien du caractère affectif de la Patrie devrait donner satisfaction à la grande majorité des habitants, surtout quand ceux-ci sont héritiers d'une vieille culture. C'est ce qui a été décrit dans la première partie de cet essai à propos de la patrie et on a montré que cette formule aurait pu s'appliquer à des Etats comportant plusieurs ethnies comme la Yougoslavie. Malheureusement et depuis toujours il existe dans cette partie de l'Europe une animosité ancienne et violente entre les diverses ethnies Serbes, Slovénes et Croates sans même parler des autres minorités qui peuplent ce pays et qui furent déjà à l'origine du premier conflit mondial (1). Ces diverses ethnies n'ayant pas fait l'expérience de l'Etat unitaire, comme ce fut le cas chez nous au moment de la Révolution de 1789 alors qu'il en était tout juste temps, cette fédération yougoslave dénaturait un fédéralisme associatif qui aurait pu être un bon exemple de vie en commun, s'il avait êté bien appliqué. Il serait cependant désastreux pour notre continent de laisser se détruire la fédération yougoslave, dans une guerre civile atroce qui donne libre cours aux exactions des plus cruelles dont sont capables les humains alors qu'il eût suffit seulement de donner davantage d'autonomie à chacune de ces diverses populations et ce dernier exemple est bien là pour montrer et prouver à l'Europe la voie dans laquelle il ne faut pas que nos divers pays s'engagent.
(1) C'est en effet le 28 juin 1914 que l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche est assassiné par Gavrilo-Princip, attentat derrière lequel l'Autriche voit la main de la Serbie. C'est le début de la 1ére guerre mondiale et le début du déclin de notre Europe.
Au sujet des animosités constatées entre les nombreuses ethnies de l'Europe orientale on peut penser qu'elles résultent des différences religieuses consécutives à l'occupation turque pendant au moins quatre siècles entre le 14éme et la fin du 18ème.
C'est ainsi que les Slovènes et les Croates qui occupaient des territoires contigüs à l'Europe catholique, ont adopté à la fois le catholicisme romain et l'écriture latine alors que
les Serbes situés plus à l'est, adoptaient le catholicisme orthodoxe et l'alphabet cyillique utilisé par les Slaves. Autre particularité, le serbo-croate langue véhiculaire de ces différentes ethnies s'écrivait à la fois en caractères latins et cyrilliques. A cette diversité culturelle s'ajoute dans les autres régions de cette Europe orientale, la présence de nombreuses populations musulmanes du fait de l'occupation ottomane, populations, qui risquent maintenant d'être influencées par l'intégrisme musulman, ce qui pourrait être pour un Européen réfléchi et nos responsables politiques, un nouveau et futur danger.
L'histoire nous apprend, en effet, que l'Europe est restée très longtemps dans la crainte de l'Empire Ottoman, malgré la difficulté des communications de l'époque ; cependant, grâce à la victoire de Lépante en 1571 obtenue par une escadre espagnole et surtout grâce à l'arrêt de l'expansion turque devant Vienne, où les Turcs furent défaits par Charles de Lorraine en 1672, l'Europe voit s'éloigner le spectre musulman de l'Empire Ottoman. Celui-ci s'impose toutefois, au cours des 16ème, 17ème et 18ème siècles, dans la partie orientale, alors chrétienne de l'Europe, où sont situées aujourd'hui, la Bulgarie, la Hongrie, l'Albanie, la Yougoslavie et même certaines régions de l'ex-U.R.S.S., laissant en place, dans certaines parties, la religion de l'Islam et le Coran.
L'Europe occidentale ne doit pas oublier, même encore aujourd'hui, que l'Empire Ottoman s'étendait également à toute la rive Sud de la Méditerranée, de l'Algérie à la Turquie et au Bosphore, et tous les pays cités ci-dessus , ont vu le jour, progressivement, au fur et à mesure du lent, mais régulier recul de l'Empire Ottoman au 19ème siècle (c'est la fameuse question d'Orient jadis bien connue des lycéens), recul qui s'est achevé en 1918, où il s'est réduit à la seule Turquie, qui avait mal choisi son camp.
Il serait donc probablement très dangereux qu'un nouvel Empire Ottoman, même laïc puisse, aujourd'hui, se reconstituer car si les Turcs ne doivent pas être assimilés à des Arabes, il ne faut surtout pas oublier qu'Arabes et Turcs sont de religion musulmane et que certaines populations de l'ex-U.R.S.S., sont à la fois turcophones et musulmanes. Il ne faudrait peut-être pas très longtemps, avec les moyens modernes d'endoctrinement religieux, pour faire renaître, dans des foules ignorantes, le fanatisme et le racisme d'un Islam qui, par sa propension à l'accroissement de la population musulmane, poserait à très brève échéance à notre Europe, l'éternelle question de l'espace vital.
Malheureusemnt, tous les hauts responsables de tous nos pays européens, n'ont pas l'air de se préoccuper de situations qui résultent de l'histoire, alors que la surpopulation dans certaines de ces contrées, est probablement l'un des problèmes majeurs de l'époque, si ce n'est même le principal, car il menace à court terme, directement dans sa totalité, la socièté occidentale, socièté qui est le résultat de dix siècles d'efforts, de technique et de science de tous les pays qui la composent.
C'est d'ailleurs tout cet ensemble de considérations qui justifie, mieux encore, une association étroite entre les deux piliers de l'Europe que sont la France et l'Allemagne car cette association avec sa puissance démographique, économique, scientifique, militaire et culturelle, pourrait constituer un rempart efficace à des dangers possibles, donc facilement imaginables, même par des politiciens à l'esprit étroit.
Cette situation est d'autant plus plausible que se manifeste depuis toujours, une opposition latente entre l'Islam et la chrétienté dans tous les pays qui s'étendent de l'Atlantique à l'Oural alors qu'au delà, jusqu'aux limites du continent chinois, c'est même l'Islam qui prédomine avec ses évidentes difficultés d'appliquer tous les concepts qui sont à la base de la rédaction de ce livre et en particulier ceux qui se rapportent à la démocratie, à la situation civile de la femme et surtout à la tolérance, pour éviter de nouvelles guerres de religion étendues cette fois, à l'ensemble euro-afro-asiatique.
Ce sera aussi, comme on l'a déjà dit dans la 1ère partie de ce livre à propos de la patrie, à la France et à l'Allemagne les deux piliers de l'Europe, de veiller, par une forte persuasion, au respect des conditions initiales du fédéralisme associatif qui devrait permettre de maintenir pour ce pays, une structure fédérale, en l'adaptant aux conditions du monde moderne, car celle ci est seule capable de proposer des réponses possibles étant donné les expériences des siècles passés. La légitimité des aspirations nationales ne justifie pas la rupture des divers composants avec le pouvoir central de l'Etat Fédéral, car la liberté n'est pas l'indépendance et ne doit pas viser à remplacer une oppression par une autre. Il serait donc particulièrement regrettable que les deux piliers de l'Europe n'arrivent pas à faire prévaloir une solution pacifique qui n'aurait pas besoin de recourir aux interventions des autres membres de la communauté européenne, car nos deux pays ont suffisamment de poids et d'expérience pour imposer par cette persuasion, voire par la force convainquante de l'économie, une véritable fédération de républiques autonomes respectant les nombreuses minorités ethniques.
Certes, il est de la première nécessité que l'Europe se constitue d'abord par une association des Etats qui la composent car cette construction aura pour but d'éliminer, une fois pour toutes, la guerre comme moyen de règlement de leurs affaires et de former obstacle à la "Volonté de Puissance et de Domination"de l'un ou l'autre d'entre eux.
En outre, elle leur permettra de rassembler leurs forces intellectuelles, morales, scientifiques et techniques, non seulement dans une large unité économiquement cohérente, mais encore dans un cadre sentimental, pour en multiplier le rendement au profit de l'ensemble. C'est l'Europe des régions humainement et économiquement homogènes qui constituera le sillon dans lequel chacun de nos vieux pays pourra s'engager, sans risquer que l'un deux soit entraîné dans un conflit par le fait d'un autre. C'est surtout d'abord dans le domaine économique qu'une collaboration féconde devra s'affirmer et se sceller. Il nous faut alors, les uns et les autres, poursuivre et développer, entre les nations évoluées de l'Europe, les liaisons économiques qui nous permettront de nouer, entre nos citoyens, des relations d'estime et d'amitié devant présider, ultérieurement, au renforcement des liens créés par l'association.
Etablissons alors des règles communes, c'est-à-dire valables pour tous !
Adoptons aussi un étalon monétaire unique comme il est suggéré dans le chapitre consacré aux Problèmes Financiers, quitte à laisser à chaque monnaie nationale son nom actuel en attendant que l'unité monétaire s'appelle l'Européen. Concentrons aussi nos Entreprises dans le seul cadre de l'Europe, pour ne pas encourir le reproche de vouloir ancrer, mieux encore, la supériorité technique de la race blanche, ou tout simplement pour conserver à ce continent, formé d'Etats associés, une certaine forme d'indépendance, gage essentiel de la Dignité de chacun.
Associons en particulier les Entreprises de même nature de France et d'Allemagne, car ces deux pays ne peuvent que constituer les piliers de notre Europe libérale et humaniste qui est souhaitée ici. En lui assurant une puissance économique importante, elles seront à même de fournir une aide matérielle suffisante aux pays récemment libérés de l'emprise du communisme, tout en participant à leur redressement économique. En abandonnant un nationalisme outrancier hors de saison, ces Entreprises, en s'unissant entre elles, pourront avoir à ce moment une taille et un support humain suffisants pour la production de masse. Organisons aussi,reeez"éé,,,ez dans le cadre de cette Europe Economique, Technique et Sociale, des recherches techniques et scientifiques cohérentes et coordonnées, puisqu'elles sont la condition absolue de notre survie économique et surtout de notre manière de vivre et de sentir.
D'autres activités peuvent aussi contribuer à une meilleure connaissance des différents peuples du continent. Et, pour rester pragmatique, on pourrait suggérer de réorganiser le transport aérien sur une base européenne, le ciel en effet ne connaît pas les frontières et à quoi cela sert-il de porter si haut le pavillon national alors que le plus souvent l'appareil est construit dans un autre pays ? Une organisation européenne du transport aérien, en assurant une meilleure rentabilité à un matériel coûteux, permettrait à la fois de mieux lutter contre la concurrence et de faciliter les voyages des continentaux. D'autres domaines pourraient encore faire l'objet de recherches communes. Ce serait par exemple la lutte contre la maladie, la répartition du temps de travail, l'organisation des loisirs et du sport, sans oublier surtout la mise au point d'une politique commune du pétrole et plus généralement de l'énergie et des matières premières qui conditionnent, elles, tout l'avenir de l'Occident. Tous ces contacts faciliteront le rapprochement des esprits et il n'est pas utopique de penser que l'ensemble de nos pays pourra enfin aboutir, quand le temps aura fait son oeuvre, à une véritable union. Soyons francs et loyaux, aidons-nous les uns les autres pour développer nos régions déshéritées sans vouloir conserver les avantages excessifs qui résultent d'une histoire éphémère. Ce sera encore et surtout le rôle et la mission des pays industrialisés de l'Europe occidentale de participer au développement économique des Etats de l'est de l'Europe encore insuffisamment développés, mais aussi à celui du monde méditerranéen et des régions de l'immense Sibérie, sans oublier la Chine à la civilisation millénaire, plus ancienne que la nôtre.
Chacun des Etats concernés devra encore tourner le dos au chauvinisme et abandonner les luttes internes de caractère révolutionnaire idéalistes et inefficaces du siècle passé et du siècle présent, en renonçant à des formules ou à des concepts économiques qui n'assureraient pas, en même temps, l'Equité par l'Efficacité de l'action dans la Dignité, c'est-à-dire dans le respect de la liberté individuelle de chacun.
L'organisation économique proposée tout au long de ce livre, qui constitue la synthèse de deux modes économiques dépassés qui divisent le monde, depuis plus d'un siècle, devrait permettre de répondre aussi au problème posé par l'Equité dans la répartition des biens matériels nécessaires à tout être humain. C'est cette organisation qui pourrait servir d'idéal et par là de base de départ à un processus unificateur dans le respect de la diversité nationale de peuples qui n'évoluent pas, eux, aussi rapidement qu'il paraîtrait souhaitable. La philosophie pratique et pacifique définie ci-dessus grâce à un choix économique mesuré pourra aussi remplacer les habituels marchandages entre Etats, pour que l'Economie de marché, qui assure seule, l'Efficacité soit tempérée par une volonté d'organisation assurant, dans le même temps, l'équitable répartition des fruits du travail. C'est pour ces raisons que l'Europe ne peut être dissoute, ni dans un système de liberté absolue des échanges entre Etats, du fait de l'anarchie qui règne chez les producteurs, ni dans un système collectiviste, négation de la Dignité et de la Liberté où l'Efficacité risque d'être utopique en raison de la dimension gigantesque des organismes de gestion. Elle doit donc, en conséquence, organiser son économie à l'intérieur de son espace géographique, en s'appuyant sur un système économique qui répondra à la fois à l'Equité et à l'Efficacité.
Si l'activité économique fournit déjà à quelques uns des pays de notre Europe l'heureuse expérience d'une large application pratique de l'association et de ses bienfaits, il convient cependant de ne pas s'arrêter là, car on ne peut bâtir l'Europe seulement pour améliorer les salaires ou accroître les bénéfices des Entreprises, il faut le faire aussi pour un motif plus élevé, par exemple pour qu'elle puisse parler fermement, au nom de toute l'humanité puisqu'elle est à l'origine d'une civilisation qui respecte l'homme.
Avec la formule d'association fédérale, assez lâche pour que peu à peu les antagonismes anciens disparaissent, l'Europe pourra penser à la formule suivante qui est celle de la confédération d'Etats .
Avec cette formule juridique, chacun des participants se soumet à un pouvoir général central tout en conservant son gouvernement particulier et sa propre administration. Les attributions du pouvoir central concernent seulement certains domaines, par exemple ceux des relations avec les pays extérieurs à la Confédération Européenne, les questions financières, fiscales, économiques, la défense, etc., étant entendu que les décisions correspondantes devront toujours être prises à l'unanimité.
Le meilleur exemple de cette solution en Europe est la confédération Helvétique, mais on doit remarquer à ce sujet que cette dernière est très ancienne puisque ses débuts remontent aux environs du 13ème siècle, à une époque où le nationalisme était encore inexistant et que de plus la Suisse était un pays de dimension modeste.
En s'appuyant alors sur une régionalisation mesurée qui respecte et applique le principe général de "Centralisation de la pensée et de Décentralisation de l'action", notre pays pourra définir un canevas et un schéma qui devraient permettre de réconcilier, en quelque sorte la Politique et la Gestion, c'est à dire la Centralisation chère à notre Etat et à son peuple, et la Décentralisation.
Déjà certaines Nations de l'Europe ont l'habitude de l'organisation régionale et, si notre pays adopte lui aussi des conceptions similaires, ce système pourra s'étendre sans trop de difficultés, semble-t-il, à l'ensemble de l'Europe qui devra se considérer à partir de ce moment, comme une province de ce vaste monde qui est le nôtre, celui des hommes.
Mais cette fédération associative, en raison des conséquences du second conflit mondial, ne pourra être construite que si chacun des participants conserve, pour un certain temps, un certain pouvoir de décision ou en d'autres termes une partie de sa souveraineté nationale, à laquelle pourtant il faudra renoncer un jour. Les assemblées suggérées pour notre pays auront alors leurs homologues dans chacun des pays confédérés et elles pourront désigner, chacune en son sein, des délégués compétents qui siégeront dans deux parlements, l'un de caractère politique qui deviendra la source du pouvoir confédéral, l'autre de caractère technique, économique et social, conseiller du premier. Le nombre des représentants de chaque Etat dans chacune de ces assemblées devra être proportionné cette fois à leur importance politique, humaine ou économique et il va de soi que certaines mesures de protection des minorités devront être prises.
Et puis, petit à petit, au fur et à mesure que les rivalités ou les mauvais souvenirs d'un autre âge s'estomperont dans la prospérité d'ensembles suffisamment grands, mais pas trop pour que leurs dimensions restent à l'échelle de l'homme, alors seulement il sera possible de songer à une forme d'association plus étroite. Quand l'heure en sera venue, l'ensemble de nos Etats, avec leur puissance économique, leur capacité de travail et leurs compétences particulières, pourra alors recourir à la formule de la confédération qui permet encore les particularismes nationaux. Dans cette formule, au lieu d'être prises à l'unanimité, les décisions cette fois, le sont simplement à la majorité.
Mais cette formule n'est pas très bien adaptée à une situation de pays évolués comme le sont ceux de notre Europe ; en effet si la philosophie économique ou politique de la fédération est de nature autoritaire, l'Etat confédéral voudra l'appliquer aux autres composants de la fédération, alors qu'il est bien connu que, depuis notre Révolution de 1789, la politique d'assimilation est achevée pour tous les groupements d'hommes. C'est par exemple ce qui se passe actuellement dans la fédération yougoslave après l'effondrement des régimes communistes dans l'Europe de l'Est où la Serbie, qui avait déjà certains ressentiments ancestraux contre la Croatie, ressentiments renforcés du fait de l'action du nazisme pendant le second conflit mondial, et qui en était restée encore à des conceptions collectivistes périmées a voulu imposer ces conceptions aux autres membres de la fédération qui maintenant en sont arrivés à exiger leur indépendance entière, comme la Slovénie ou la Croatie en raison également d'une puissance économique supérieure et de traditions religieuses différentes et même d'un autre alphabet (1). Ce serait alors le rôle de la France et de l'Allemagne dans le cadre de notre Europe de veiller à ce que les conditions d'un fédéralisme associatif moderne soient respectées dans cette fédération déjà ancienne qu'il parait pourtant indispensable de conserver, ne serait-ce que du point de vue économique. Ce sont ces dernières expériences désastreuses qui font rejeter pour ce continent une confédération autoritaire de ce genre.
(1) Ces volontés d'indépendance des différentes ethnies de la Yougoslavie affectent aujourd'hui, en 1992 toutes les composantes de cette fédération et la font éclater ce qui ne paraît pas une bonne solution pour une Europe unie d'autant plus qu'elles servent d'exemple maintenant à la Tchécoslovaquie.
Mais en revanche, la forme de Fédération Associative, conservant à chaque ethnie constitutive ses caractéristiques propres, pourra probablement permettre à nos pays européens très invidualisés et jaloux de cette individualité, de maintenir leurs caractères particuliers qui permettront à cette structure de fonctionner normalement. A cette époque future, il faudra songer à désigner le Président de cette fédération des peuples de l'Europe.
Comme celle-ci devra entraîner l'adhésion affective du plus grand nombre possible de citoyens, il faudra que ceux-ci l'élisent au suffrage universel .... mais n'anticipons pas trop ... il y a tellement d'autres problèmes à résoudre avant ..
Après avoir rappelé les différentes formules qui permettraient d'aboutir progressivement à ce que beaucoup d'Européens souhaitent, il nous faut maintenant définir l'Europe en posant d'abord deux grandes questions, qu'est l'Europe ? que pourrait-elle être? et en rappelant ensuite les essais d'unification de l'Europe.
A proprement parler, l'Europe n'est un continent ni par sa géographie physique, ni par son habitat, ni par son nom à l'origine incertaine, elle constitue seulement une presqu'île de l'Asie occidentale et un ensemble de peuples qui ont bénéficié d'une civilisation commune à travers de longues périodes.
En effet, ses dimensions sont restreintes, sa superficie sans la Russie d'Asie n'est que d'environ 5 millions de km2, alors que l'Asie en atteint 40, l'Amérique 42, l'Afrique 39,5 et que même l'Océanie la dépasse avec 8,5. Ses limites bien définies à l'Ouest par la mer sont floues à l'Est et les frontières qui la séparent de l'Asie sont conventionnelles, sinon arbitraires, bien que généralement on les fixe à l'Oural et au Bosphore. Sa géographie physique est différente de celle des autres continents, car, en tous lieux, elle est pénétrée profondément par la mer et parcourue par des fleuves qui par leur nombre constituent, avec cette mer libre, autant de moyens d'accès et par là de civilisation. Quant à son nom, on ignore par qui il fut attribué le premier ! Au 9ème siècle avant notre ère, Homère semble l'ignorer, Hésiode au 7ème siècle avant J.C. emploie ce terme dans sa Théogonie pour désigner l'une des trois mille océanides, filles de l'Océan et de Téthis, divinité marine de la mythologie grecque.
S'agit-il encore d'Europe, fille de Phoénix ou Agénor, roi de Phénicie, gracieuse jeune fille aux yeux clairs et à la peau blanche, enlevée par Zeus sous la forme d'un taureau blanc, dont l'union avait donné naissance à la première dynastie crétoise, un des berceaux de notre civilisation ? Si le mythe est entouré d'un voile poétique, il est aussi obscur et ténébreux.Quant à l'étymologie du nom, elle est non moins incertaine ; des linguistes voient dans le mot Europe une forme sémitique d'oreb ou d'ereb signifiant couchant et qu'on rencontre dans le mot maghreb ; d'autres le rattachent à l'épithète dont Homère qualifiait Zeus : europé, c'est-à-dire qui voit au loin. Pour d'autres spécialistes encore, le mot Europe a d'abord désigné chez les Anciens la région nord-est du bassin méditerranéen voisin de l'Asie et qui fut étendu ensuite aux pays longeant l'Atlantique, puis à ceux du centre et du nord, au fur et à mesure que ces diverses régions géographiques entraient en rapport avec le monde méditerranéen.
Quelle que soit donc l'origine de son nom, on peut constater que l'Europe est peuplée de races diverses et mélangées venant aussi de régions situées à l'est de l'Oural, et ce sont ces caractères, associés à la présence féconde de la mer, qui ont fait de l'Europe un continent d'un type assez particulier dont les habitants ont élaboré, à pas lents, des formes de culture qui ont fini, elles-mêmes, par donner naissance à ce qu'on appelle la civilisation occidentale.
Ce n'est d'ailleurs que dans les temps récents, par la comparaison des peuples de l'Europe avec ceux d'autres continents, qu'on a reconnu un fond commun de pensées, de sentiments et de coutumes qui a donné aux Européens une conscience, assez vague d'ailleurs, d'une communauté européenne, affermie au Moyen Age par les influences unificatrices de la religion chrétienne, fondée elle-même sur la romanité.
Aujourd'hui, c'est encore d'un point de vue intellectuel et sentimental que l'on pourrait définir l'Europe et la meilleure comparaison à faire dans ce domaine serait encore de se rapporter à notre pays, puisque celui-ci ne peut se définir non plus ni par l'ethnie, ni par les dialectes qui, autrefois, étaient multiples et qui étaient, chose curieuse, comme pour l'Europe, à l'image variée de la géographie physique qu'ils reflétaient. Si la France n'est pas une moyenne entre les habitants des provinces différentes, ni leur somme, puisque notre Nation est surtout une façon et une volonté de vivre en commun, l'Europe n'est ni une somme de Pays plus différents encore, ni une moyenne, elle doit être, comme notre pays, une façon d'être, de sentir en commun, l'ensemble étant assorti du respect de l'individu, être pensant, legs de la civilisation occidentale et de celui de chacune des Nations qui la composent. Cette Europe est aussi la fille des civilisations grecque et romaine transcendées par la religion chrétienne dans la période médiévale.
Dans ces conditions, que pourrait représenter une Europe unie ? Sinon l'ensemble des pays qui la constituent et dont un grand nombre débouche sur la mer qui est libre comme doit l'être la pensée elle-même ! Baignée par l'Océan Atlantique ou glacial Artique, par la Méditerranée, sur les bords de laquelle se sont développées les premières civilisations, l'Europe est non seulement une mosaïque de peuples aux origines multiples, mais aussi un creuset où chaque nation a apporté quelques pierres à l'édification d'une culture et de la civilisation technique.
C'est d'ailleurs ce dernier mode de civilisation qui constitue maintenant le meilleur lien entre les différents peuples de l'Europe, et il n'est pas besoin de rappeler que la plupart des inventions des temps modernes sont l'oeuvre commune des cerveaux de ce continent, ou de leurs descendants d'Amérique du Nord dans l'Internationale des Techniques. Nombre de ses citoyens sont en effet à l'origine des découvertes scientifiques et des applications techniques pacifiques ou diaboliques, lesquelles sont aujourd'hui les piliers sur lesquels repose la Société Industrielle. Si celle-ci, sur notre continent, n'a pas non plus atteint encore, sauf dans certains domaines, le niveau de développement réalisé par exemple aux Etats-Unis, il faut en chercher peut-être avant tout la raison dans le respect lié à une certaine conception de l'homme et dans la taille et le volume des Entreprises par trop mesurés pour profiter de tous les avantages inhérents aux unités de production de masse.
D'autres causes sont cependant encore à l'origine de cette situation. Ainsi, les barrières douanières qui remontent au début du vingtième siècle, à l'époque du protectionnisme et du nationalisme économique, à l'esprit étroit, qui y était attaché, ont empêché de mettre sur pied une politique économique globale et cohérente pour l'ensemble des nations européennes. De ce fait, la Société Industrielle, en Europe et dans notre pays en particulier, a du mal à se mettre à l'heure de l'économie moderne et, très souvent, elle ne fait que suivre l'exemple d'Outre-Atlantique. C'est ainsi que dans les domaines de la gestion de l'Entreprise, de l'Informatique et des découvertes scientifiques et techniques, ou même de la simple recherche des débouchés pour le placement des produits et du service après vente, beaucoup de choses restent à faire. Pour parvenir à des résultats positifs, il faut que les Etats qui font partie de ce continent aient la volonté de mettre en commun, et au service de tous, leurs immenses capacités intellectuelles et productives, chacun d'eux apportant sa part à cette communauté.
A partir de ce moment, l'Europe ne pourra que rassembler l'ensemble de tous les Etats qui la composent, au Nord, au Sud, à l'Est et à l'Ouest. Mais n'allons pas trop vite en besogne et procédons par étape. Achevons d'abord les réglementations nécessaires à l'Europe de l'Economie moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacité et de l'Equité et un véritable esprit européen émergera peu à peu, pour abandonner à titre définitif les méfaits du chauvinisme. Mais cette Europe ne pourra se former que si les plus grands renoncent à imposer aux plus petits, par la ruse, la persuasion déloyale ou même la force, une conduite par trop favorable à la seule défense d'intérêts mercantiles et égoïstes. La diversité des peuples de l'Europe étant aussi leur trait principal, on ne pourra jamais dissoudre leurs caractéristiques spécifiques dans on ne sait quelle union arbitraire. L'expérience des Etats-Unis est d'ailleurs là pour nous prouver que le mode de vie américain, qui est le même d'un bout à l'autre de cet immense pays de l'Atlantique au Pacifique, n'est pas de nature à donner satisfaction aux vieilles populations de notre Europe.
D'ailleurs, l'expérience que représente l'incessante poursuite de cette unification, jamais atteinte, se traduit par l'histoire, par une histoire faite par des hommes où la Volonté de Puissance, la vengeance, l'intérêt côtoient rarement l'idéal. Les quelques faits ci-dessous décrits par nos livres d'histoire vont le montrer justement.
On a dit déjà plus haut, à propos de l'examen des rapports du langage et de l'hégémonie, que l'unité de l'Europe avait été déjà manquée une première fois à la succession de Charlemagne, dont les fils se partagèrent l'empire ; elle le fut une seconde fois du temps de l'universalité spirituelle de la religion catholique où dominait la romanité par l'usage du latin. Ce sont alors les mouvements de la Réforme au seizième siècle, en ayant recours aux langues vulgaires, c'est-à-dire aux idiomes nationaux pour la transmission du message divin par la traduction de la Bible, à la place du latin, qui sont à l'origine de nouveaux retards pour l'unité de l'Europe. Tout au long des dix-septième et dix-huitième siècles, celle-ci n'est qu'un domaine géographique dans lequel s'affrontent les Etats de ce continent, à la recherche de l'hégémonie d'abord, puis d'un équilibre des forces. C'est au cours de cette longue période que naissent et prennent corps les idées modernes de Liberté et de Dignité de l'homme, liées à l'accroissement du savoir.
Les régimes de droit divin par la grâce de Dieu ne sont plus admis sans réticence et l'assimilation des peuples par la langue ou la religion ne s'opère plus sans difficulté, le moment approche où l'homme prend conscience de sa personnalité libre. Philosophes et écrivains, sous l'égide d'un intellectualisme tourné vers la science et influencé par le protestantisme moralisateur, avaient pris conscience de l'influence de la connaissance sur le devenir de l'homme. C'est en Angleterre que débute, en partie, ce renouveau. Gagnée au protestantisme, elle se donne une religion nationale, l'anglicanisme, et la monarchie absolue à son tour cède la place à la monarchie constitutionnelle liée par une charte.La conception rationaliste fondée sur la seule raison, et non plus sur la foi, se développe dans toute l'Europe. En Allemagne, elle prend la forme morale, religieuse et philosophique de l'époque des lumières (Aufklärung), en France, elle se présente sous un aspect plus politique et antireligieux.Le groupe de l'Encyclopédie avec Diderot, Montesquieu, Rousseau, Voltaire, d'Alembert, jette, dès le milieu du dix-huitième siècle, les bases idéologiques de la Révolution de 1789 qui proclamera l'émancipation du citoyen (1).
(1) C'est malheureusement de cette époque que date le déclin de la natalité dans notre pays et, par là, celui de son influence dans le monde (voir deuxième Partie : "Problèmes de population". Situation démographique de notre pays).
La séparation des pouvoirs et la sécularisation du pouvoir politique sont admis désormais comme principes absolus de la société politique. Cette Europe du dix-huitième siècle porte les marques de l'esprit et de la culture, associées à la langue française qui est celle des cours et des lettrés, et on l'apprend même jusqu'en Russie, mais il manque à cette propagation de la culture française dans les pays européens une couche essentielle de la société d'alors, le peuple, car l'instruction des masses fait encore entièrement défaut. Peu à peu, ces nouvelles idées prennent corps et elles vont presque conduire l'Europe à s'unir sous l'égide de l'idéal de Liberté répandu par la Révolution Française de 1789, alors que c'est probablement le dernier moment où l'assimilation des peuples est encore possible. Idéaliste à son origine, la Révolution proclame le 26 août 1789, à l'instar de la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique du 4 juillet 1776, la célèbre Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, qui est bientôt connue dans tous les Etats de l'Europe.Tous sont fascinés par cet événement. Kant, Schiller et Fichte en Allemagne l'accueillent avec ferveur, tandis que Goethe, évolutionniste, reste plus ombrageux, mais songe déjà à la création d'une littérature mondiale. Fox en Angleterre se félicite que la France répète ce que l'Angleterre a déjà fait. La Fayette considère la prise de la Bastille comme le signe de l'émancipation européenne.
La constituante de 1790 déclare que la Nation Française renonce à entreprendre une guerre dans le but de faire des conquêtes, elle pose ainsi le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, à l'autodétermination comme on dit aujourd'hui. Mais cette Révolution idéaliste, devant les attaques internes et externes, se durcit et fonde un Etat centralisé auquel présidera ultérieurement Napoléon 1er, qui accentuera l'habituelle centralisation de la monarchie reprise par le jacobinisme révolutionnaire. L'Empereur, en étendant les limites de la France, les confond presque avec celles de l'Europe qui s'unifie pour la première fois depuis Charlemagne, et le code civil, introduit dans certains pays conquis, n'est pas le moindre élément d'unification européenne. Si Napoléon fut un tyran, c'était un despote qui croyait agir au nom des peuples, et certaines portions de ces peuples, à leur tour, partageaient cette croyance. S'il fut battu, il le fut surtout par des souverains qui avaient pressenti, par la victoire du petit lieutenant, l'achèvement de l'absolutisme de droit divin. Sa chute entraîna celle d'une Europe qui aurait peut-être encore pu s'unir et l'empire des mers l'emporta puisque la France n'avait pas saisi suffisamment, à cette époque, l'importance de la mer sur son destin
Avec la naissance de la Société Industrielle qui survint au même moment s'établit une nouvelle forme de société, fragmentée jusqu'alors en ordres (noblesse, clergé..., et les autres ...). La société européenne ébranlée profondément par la Révolution de 1789 et par le premier Empire, se sépare cette fois des lignes verticales, dans des Nations fondées elles-mêmes sur des classes où domina celle de la bourgeoisie. Chacune de ces Nations, jalouse de son particularisme, restera alors confinée dans ses préoccupations propres et ses intérêts de classe visant à l'expression des "Volontés de Puissance et de Domination" et à l'impérialisme qui lui est attaché. Enfin, une dernière tentative d'unité Européenne sous la domination d'un seul Etat fut entreprise par l'Allemagne, il y a un demi-siècle (1). En fondant son action sur l'idéologie nazie, idéologie qui faisait appel à la race et au sang, cette tentative s'est terminée par une catastrophe sans précédent. Ce qui prouverait une fois encore, s'il en était besoin, la vanité et l'inanité des "Volontés de Puissance et de Domination" à l'époque des techniques, puisque tout ce que les armes faisaient, était défait quelque temps après, par les armes.
(1) Il ne s'agissait pas, à vrai dire dans ce cas, de faire l'Europe mais de placer l'Allemagne en tête.
Après avoir rappelé les faits principaux qui ont marqué l'histoire, il faut maintenant tenir compte, dans le cas des pays de l'Occident européen, de quelques uns des obstacles les plus marquants qui risquent de retarder des associations qui pourtant paraissent si utiles et sont désirées par beaucoup.
Pour faciliter l'étude des problèmes complexes se rapportant à l'association des peuples de notre Europe, il convient d'évoquer sommairement, mais objectivement c'est-à-dire sans prévention, quelques graves questions, conséquences de faits historiques anciens ou récents, puisque la mémoire est une des caractéristiques de l'esprit humain et l'expérience du passé un des fondements de la motivation dans la politique et dans la conduite des Etats.
- La première de ces questions se rapporte aux relations qui ont existé au cours des siècles entre notre pays et ses voisins immédiats .
- La deuxième a trait aux suites de la seconde conflagration universelle et aux bouleversements récents dans l'Europe de l'Est et en particulier aux conséquences de la dimension des deux super-Etats actuels, Etats-Unis d'Amérique d'une part, et l'ex-Union des Républiques Socialistes Soviétiques d'autre part, étant entendu également que se profile déjà une troisième super-Puissance, la Chine, et qu'il a toujours existé également des relations particulières entre les Etats-Unis et l'Angleterre du fait de la similitude de langage qui crée nécessairement des liens spéciaux.
- Une troisième se rapporte aux rapports de l'Europe et des pays Arabes en raison de leur production considérable de pétrole et de leur enchaînement religieux à un Islam qui en devenant sectaire, c'est à dire intégriste, entraînerait toute une série de difficultés pour toute l'Europe dans son ensemble et pour le monde entier, en raison d'une démographie qui pourrait être menaçante à court terme du fait de l'immigration de ces populations dans tous les pays de notre Europe, qu'ils soient de l'Est ou de l'Ouest et de la proximité géographique des Etats musulmans qui pourraient leur servir d'appui.
Pour l'Espagne et les fiers habitants d'outre-Pyrénées, si les mauvais souvenirs de l'invasion napoléonienne étaient encore douloureusement ressentis, il y a seulement quelques décennies, alors que l'Espagne vivait repliée sur elle-même, à la suite d'une guerre civile épouvantable, aujourd'hui ils devraient s'estomper rapidement puisque ce pays essaie, tout comme nous, de se mettre au diapason de la Société Industrielle. Comme l'activité économique ne laisse plus à ses citoyens le temps de se remémorer des faits déjà vieux de près de deux siècles, ces lointains souvenirs ne devraient plus constituer des motifs valables de discorde.
De plus, le développement de l'activité économique et l'accroissement des échanges avec notre pays, sans oublier les séjours de vacances de millions de touristes, séjours qui faisaient dire à certains de nos voisins amis, avec une pointe d'ironie caustique il y a tout juste trente ans, qu'ils n'avaient jamais vu autant de Français depuis Napoléon, doivent aussi persuader nos voisins que les Pyrénées qui nous séparent d'eux territorialement sont bien davantage un lien qu'une barrière, et l'histoire est bien là d'ailleurs pour le montrer. En effet, c'est dès le douzième siècle que les ducs d'Anjou, issus d'un frère de Philippe IV le Bel, roi de France entre 1283 et 1314, régneront sur l'Espagne, ce qui tend à montrer, même à l'époque de la marche à pieds ou à cheval, que les Pyrénées n'étaient pas un obstacle aux rapports entre les deux pays (1). Plus tard les écoliers de France se souviennent tous de Charles Quint, puis des guerres de Succession d'Espagne et ils n'ignorent pas, non plus, que la découverte de l'Amérique coincide aussi avec la reconquête de l'Espagne musulmane en 1492, à laquelle succéde l'expansion coloniale de l'Espagne marquée du sceau de la religion chrétienne dans toute l'Amérique du Sud et Centrale qu'elle partage avec le Portugal de culture voisine et qui marque, par l'usage de sa langue, la latinité du nouveau continent et déborde même aujourd'hui du fait de l'explosion démographique de ces contrées dans l'espace de l'Amérique anglophone.
(1) La forme royale héréditaire du gouvernement et la centralisation unitariste utilisée dans les deux pays ne pouvaient que favoriser l'inexistence des Pyrénées comme barrière séparant les populations.
Plus tard encore, c'est la désastreuse campagne de Napoléon et si la résistance à l'envahisseur napoléonien, qui était aussi le symbole de l'affirmation nationale, n'a jamais disparu complètement de la conscience de nos voisins, c'est parce que chaque peuple garde longtemps les souvenirs des exactions et des atrocités. D'ailleurs, pour nous en convaincre, il suffit de nous replacer nous-mêmes quelques décennies en arrière, dans les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale, alors que notre pays subissait une sévére occupation étrangère pour comprendre facilement les habitants d'outre-Pyrénées. Tout cela est cependant le passé, et si les frontières naturelles ou artificielles existent toujours, elles sont cependant aujourd'hui de moins en moins utiles avec le mouvement actuel des idées et pratiquement inexistantes avec la rapidité des moyens de communication et de transports individuels ou collectifs qui permettent aux peuples de se mieux connaître, au-delà des séparations artificielles de l'histoire ou des conceptions idéologiques.
Dans le cas particulier de l'Espagne, on peut d'ailleurs observer que, récemment, deux immenses migrations humaines de sens contraire viennent de se produire entre les deux pays, à travers la barrière pyrénéenne. Ces migrations ont alors permis à chacun des deux peuples de lever de nombreuses préventions, au fur et à mesure que les niveaux de vie et les aspirations ne cessaient de se rapprocher. D'un côté, il y avait le flot des travailleurs voisins qui venaient donner leurs bras à notre économie renaissante tout en facilitant celle de leur propre pays et qui rapportaient une vision plus juste de ce qui se passait chez nous. De l'autre côté, il y avait celui des millions de touristes attirés par l'Espagne des plages, du soleil, de la dure beauté des zones montagneuses, qui ramenaient, eux aussi, une vision différente, si bien que, aujourd'hui, chacun de nos deux peuples peut s'apprécier et se juger avec plus de sérénité, ce qui est favorable à une entente loyale.
Cette dernière s'accorde parfaitement d'ailleurs à l'Europe libre, amicale et puissante souhaitée dans cet essai et qui pourra l'aider à améliorer par exemple ses relations ferroviaires internes ou externes avec nous, puis avec toute l'Europe, au moyen du nouveau train à grande vitesse, le TGV.
Plus généralement nos responsables politiques et surtout économiques devront bien réfléchir aux possibilités d'association avec notre voisine du sud, dans une Europe méridionale, car celle-ci serait côté économique de nature à renforcer le potentiel d'une Europe qui aurait tendance à être trop dépendante d'une Allemagne réunifiée, par là trop puissante et persuadée de sa force et de sa compétence industrielle. Avec une solution de ce genre et comme on l'a déjà dit plus haut, il pourrait être possible d'envisager à moyen terme la création d'un grand marché commun entre l'Europe du Sud et les pays musulmans d'Afrique du Nord, malgré la différence actuelle des situations économiques mais à la condition expresse que les pays de la rive sud de la Méditerranée conservent d'abord le français comme langue de travail et mettent, grâce à l'accroissement futur des niveaux de vie,un frein à une démographie dangereuse et que, de plus, l'Islam intégriste abandonne un prosélytisme qui n'est plus adapté à une époque où la tolérance est indispensable à la vie de tout l'univers, mais hélas n'est-ce pas encore une vue de l'esprit ?
Pour l'Italie, notre voisine transalpine, que l'on appelle quelquefois notre soeur latine, aucun intérêt bien important ne nous divise actuellement et ce n'est pas le souvenir désagréable du fait qu'elle s'est laissé entraîner en 1940 dans une attaque sans fondement, alors que notre pays et notre peuple s'évanouissaient dans un chaos sans nom et dans l'anarchie consécutive à une défaite et à une débâcle militaire sans précédent dans toute notre histoire, qui va faire obstacle à des rapports affectifs inscrits dans la nature des choses.
Il nous faut bien admettre cependant que notre pays, depuis plus de mille ans, s'est aussi comporté en conquérant, profitant de la forme centralisée de son Etat, vis-à-vis d'une Italie divisée et qui avait abandonné depuis longtemps l'ordre romain. Sans rappeler l'histoire des Oies du Capitole qui avertirent par leurs cris les Romains de l'escalade des bouillants Gaulois, c'est d'abord Charlemagne qui conquiert l'Italie du Nord après avoir défait les Lombards. Ensuite, ce sont les Normands francisés qui fondent des principautés aux 11ème et 12ème siècles en Italie du Sud (1), puis François 1er et ses guerres d'Italie où Bayard, le "chevalier sans peur et sans reproches", se couvre de gloire au siège de Canossa (1502), et enfin Bonaparte qui crée même le royaume de Naples en 1806, pour son frère Joseph.
(1) Le dialecte napolitain renferme de nombreux mots de français.
L'Italie a dû attendre la fin du dix-neuvième siècle pour réaliser son unité nationale autour du Piémont, unité à laquelle Napoléon III nous faisait participer moyennant quelques cessions de territoires francophones qui achevaient de porter notre "pré carré" à ses dimensions actuelles. C'est notre grande Révolution qui lui fit prendre conscience, peu à peu, de son identité si bien que le message révolutionnaire soulevait l'Italie, d'abord contre l'Autriche, puis contre le Pape et les Bourbons de Naples, et lui permettait de réaliser, sans drames, son unité nationale ; aussi aujourd'hui il n'existe plus d'objections valables à une entente qui pourrait se fondre dans l'Europe affective souhaitée ici.
On peut d'ailleurs rappeler qu'après la Première Guerre mondiale, de nombreux Italiens venus travailler en France se sont facilement assimilés avec leurs enfants à notre communauté nationale en lui apportant un sang neuf. On peut alors être sûr qu'une association de ce genre, respectueuse des personnalités de chacun de nos voisins du Sud, pourrait présider, en se référant, cette fois, à la prospective de l'économie et comme il a été déjà signalé ci dessus, à propos de nos rapports avec l'Espagne, à la création d'une Europe méridionale susceptible de mieux équilibrer une Europe centrale, devenue très forte avec la puissance industrielle d'une Allemagne réunifié et Efficace. Elle pourrait faire également partie d'un nouveau marché commun avec les pays Arabes d'Afrique du Nord comme il vient d'être indiqué pour l'Espagne. Cette Europe du Sud pourrait être alors organisée dans le cadre de régions humainement homogènes tout autour du bassin méditerranéen qui a vu, sous l'ancienne Rome, la naissance de la civilisation de l'Occident.
Iles Britanniques et Allemagne, sur qui va reposer la formation future de notre Europe, sont de la toute première importance et il importe de ne rien négliger en raison de cette proximité géographique, afin de parvenir à un état d'esprit tel qu'il permette à chacun des peuples concernés d'oublier les malheurs anciens en renonçant définitivement, cette fois, aux "Volontés de Puissance et de Domination".
C'est ce qui explique le développement des deux paragraphes suivants, car l'association de notre peuple avec ses voisins germaniques et anglo-saxons vaut la peine d'un examen approfondi qui doit se débarrasser d'images mentales inexactes et de préjugés.
Il y va, en effet, de la vie même de l'Europe et par là de la paix du monde, même si l'opposition entre la France et l'Angleterre est ancienne et remonte au quatorzième siècle, c'est-à-dire à la guerre de Cent Ans (1337-1453) et si celle de notre pays et de l'Allemagne, beaucoup plus récente, remonte seulement au second tiers du dix- neuvième siècle.
Pour nos voisins d'outre-Rhin auxquels trois conflits nous ont opposés en soixante-dix ans, s'il ne s'agit pas ici de réécrire l'histoire, même si elle est récente, il y a lieu cependant d'en tenir compte dans une juste mesure puisque, pour des raisons banales de voisinage immédiat, l'entente entre nos deux peuples est la condition sine qua non de la naissance de l'Europe, de l'Economie moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacite et de l'Equite souhaitée ici, c'est-à-dire de l'Europe des régions humainement semblables et économiquement homogènes, c'est-à-dire d'une Europe qui conçoit la diversité culturelle comme la richesse la plus utile et la nécessité impérieuse de l'époque.
Pour la grande majorité de nos compatriotes, l'Allemagne était un mystère et un drame. Des auteurs français comme Madame de Staël, au moment de la période révolutionnaire et napoléonienne, avaient contribué à répandre l'idée d'une Allemagne de poètes et de penseurs, et leurs vues ont dominé chez nous presque pendant un siècle, jusqu'au moment où subitement Germania aux nattes blondes est apparue comme une guerrière casquée et cuirassée, dont la cruauté n'a fait qu'empirer au cours de ses guerres de conquêtes qu'elle a entreprises, par le fer et par le feu, car elle était à ce moment l'incarnation d'une Allemagne offensive, combative et guerrière, qui a probablement toujours existé au cours des siècles sous des formes plus ou moins accentuées.
Le nazisme en fut, sans aucun doute, le point culminant et ne peut être en conséquence considéré comme un regrettable accident de l'histoire, car il symbolisait l'idée de force, de puissance, d'invincibilité qui prenait source dans toute la mythologie des peuples germaniques. En effet bon nombre d'allemands pratiquaient inconsciemment le culte de la force, et de la puissance, qu'il s'agisse de musiciens comme Wagner, de philosophes comme Nietzsche ou Marx, d'hommes politiques comme Bismarck. Chacun d'eux, dans leurs domaines respectifs, faisaient preuve d'une puissance étonnante. Le nazisme est alors un phénomène typiquement germanique qui n'aurait probablement pas pu se produire dans un pays latin, par exemple l'Italie, même si le fascisme peut s'en rapprocher, dans une très faible mesure, avec les pratiques de l'élimination dans les camps de concentration nazis.
L'Allemagne est donc à la fois la patrie de philosophes, d'écrivains, de musiciens, (Kant, Hegel, Fichte, Marx, Schopenhauer, Heine, Schiller, Goethe, Beethoven, etc. ) et de savants de grande réputation mondiale dont le nombre est particulièrement important, puisqu'on peut facilement relever plus de vingt noms à l'origine des découvertes les plus importantes du monde moderne, mais celle aussi, malheureusement, d'un régime qui, récemment, a dégradé l'homme comme aucun régime politique ne l'avait fait auparavant, sur une aussi grande échelle et d'une façon aussi systématique et scientifiquement organisée. Ces faits marqueront encore longtemps, non seulement la conscience du citoyen allemand, mais aussi celle de tous les citoyens de l'Europe et du Monde Occidental, en général.
Pour essayer de comprendre nos voisins par comparaison à nous-mêmes, certaines connaissances générales concernant la géographie, le peuplement, l'histoire sont indispensables.
C'est ainsi que, pour la géographie, alors que cinq des six côtés de notre hexagone sont parfaitement définis par des obstacles naturels, mers ou montagnes, l'Allemagne en revanche, qui borde notre domaine justement sur le dernier côté non protégé, par dame Nature, de notre territoire, a, à l'est ou à l'ouest, des frontières floues et fluides, et plus de voisins que n'importe quel autre Etat de l'Europe. Ses limites à l'est ou à l'ouest étant mal définies, elle est prête soit à être envahie, soit à s'épancher à sa droite ou à sa gauche et son espace, suivant les époques, se dilate ou se rétrécit de façon excessive, sans mesure. Alors que les limites de la France sont bien définies et marquées aussi par des diversités climatiques entre le nord et le sud, l'est ou l'ouest, notre pouvoir royal centralisateur associé à un pouvoir religieux de même nature a stabilisé chez nous, dès l'origine, nos limites géographiques puis culturelles.
Le parler de l'Ile de France peu à peu s'est stabilisé puis imposé au moment de notre grande Révolution, puis généralisé avec l'enseignement public dans tout ce pays, alors qu'il n'en était rien chez nos voisins, avec l'usage de l'allemand, d'un allemand qui était assez différencié dans les multiples régions plus ou moins autonomes du Saint Empire Romain Germanique, pendant une période qui a duré au moins mille ans. Ces différences sont sensibles, même encore aujourd'hui, entre les différents langages parlés d'une Allemagne moderne, avec un fédéralisme qui laisse en usage, dans chacun des lands actuels, des langages populaires encore différenciés et qui enseigne aujourd'hui le même allemand.
L'unité extérieure de son territoire n'est pas non plus apparente : au nord, une plaine basse plutôt pauvre parcourue par des fleuves parallèles qui, du Rhin à l'Oder, la compartimentent ; au sud, des montagnes élevées ; au centre, d'autres chaînes de montagne qui la fragmentent en massifs couverts de forêts. Ce sont ces caractères géographiques qui ont permis un particularisme que nous n'avons pas connu, puisque nos rois, dès l'origine de notre pays nous ont imposé, depuis mille ans, de vivre ensemble malgré nos sensibles différences. C'est certainement cette fragmentation géographique, associée à la tradition culturelle et politique qui en découle, qui est à la source de l'attachement affectif des habitants de ce pays à la province natale, alors que pour nous, Français, le terroir d'origine n'est que d'un attrait mesuré, malgré le souvenir sentimental qu'il comporte.
C'est probablement encore pour ces motifs divers que l'idée nationale et le patriotisme ont été longs à naître chez nos voisins et qu'il a fallu, comble de l'ironie du sort, la poigne de Napoléon Ier pour amorcer une unification qui devait nous apporter, avec Napoléon III et Bismarck, le début de terribles épreuves qui viennent seulement de se terminer. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que l'idée de patrie commune soit apparue tardivement chez notre voisine et qu'elle se soit alors rapidement confondue avec une certaine forme de nationalisme qui lui a conféré, à l'époque du chancelier Bismarck, un caractère agressif, alors que chez nous, depuis longtemps déjà, l'idée nationale était seulement cocardière, ce qui n'était pas dangereux à l'époque, vu la puissance relativement faible de notre Etat, en raison de la crise de natalité qu'il avait démarrée dés les années 1750 et qui est la véritable cause de l'effacement politique de notre pays, effacement qui avait été seulement masqué par les victoires de Napoléon en Europe, au début du siècle suivant.
Quant au problème du chauvinisme, il se pose aussi bien pour un pays que pour l'autre.
- Pour nous Français, il était très sensible dans le dernier demi-siècle, avec l'idée de Grande Nation qui était attachée à ce sentiment, avec la primauté de sa langue, de sa culture et surtout de ses nombreuses possessions d'outre-mer.
- Pour l'Allemagne à la suite du troisième Reich, le chauvinisme était déconsidéré aux yeux de l'opinion allemande et celle-ci s'ouvrait davantage que nous à l'international, ce qui facilitait par ailleurs son développement économique et la capacité exportatrice de son industrie. Nos compatriotes apparaissaient alors à leurs yeux beaucoup plus atteints de chauvinisme qu'eux mêmes, et ceux-ci avaient alors tendance à se replier sur ce qui était connu et familier. C'est aussi la fragmentation géographique qui a engendré chez nos voisins allemands, et par réaction, le besoin d'un cadre plus vaste que la province ou le pays natal.
Alors qu'en France c'est l'idéal de la Révolution de 1789 qui avait soudé, alors qu'il en était tout juste temps, des populations d'origines très diverses, le besoin de cadre des populations germaniques a toujours été contrecarré par les événements qui ont découlé de la fragmentation historique et géographique du pays (luttes multiples entre les comtés, les villes libres, les évêques, etc.)
Le premier cadre, l'empire ou Reich comme on dit outre-Rhin, fut celui du Saint-Empire Romain Germanique qui, de 962 à 1806, cristallisa, sans peut-être que les intéressés s'en rendissent compte, pendant près de mille ans, dans un cadre très souple, le besoin de cohésion et de rassemblement des pays de langue germanique.
Le deuxième Reich naît à Versailles en 1871 de notre défaite (1) et meurt un demi-siècle plus tard, également à Versailles, cette fois de notre victoire, victoire chèrement acquise à la fin de la Première Guerre mondiale grâce au sacrifice de plus d'un million de nos hommes, ce qui a marqué fortement et durablement l'affaiblissement de la puissance de notre Etat et, dans le même temps, le début de la fin de la prépondérance mondiale, dans tous les domaines, de toute notre chère Europe. Ses monnaies, sur lesquelles s'appuye la puissance, ont été les unes après les autres emportées par la tornade d'une inflation galopante (2) qui s'est surtout manifestée violemment dans la république de Weimar qui avait pris la suite du deuxième Reich en 1919. Sans doute, le montant des réparations demandées à l'Allemagne par le traité de Versailles a participé également à l'effondrement de la monnaie allemande, toutefois les allégements consentis par les vainqueurs aboutissent en fait à l'annulation de ces réparations (Plan Daws (1924) et Young (1929)).Mais la crise économique mondiale qui débute en 1929 aggrave la misère dans la république de Weimar, on y rencontre plus de six millions de chômeurs, et réveille le nationalisme et l'émergence de thèmes racistes et antisémites. C'est dans ce contexte que la république de Weimar disparaît en 1933 et que le chancelier Hitler amène, grâce à ces thèmes, la naissance du troisième Reich.
(1) En 1871, rappelons-le, le deuxième Reich avait infligé à la France au traité de Versailles, une indemnité de guerre de 5 millards de francs-or qui ont été entièrement versés et qui nous ont cruellement manqué à cette époque pour l'investissement industriel, alors que cette somme énorme permettait à l'Allemagne de financer un programme d'équipement collectif considérable (5 milliards de francs-or de 1871 doivent aujourd'hui correspondre à environ prés de mille millards de francs actuels soit environ le sixième de notre produit intérieur brut.)
(2) L'inflation dans tous les pays fait payer le prix de la guerre à tous les citoyens. Mais les Allemands ne veulent plus d'inflation parce qu'ils en ont trop souffert, de même que la guerre civile a vacciné les Espagnols contre les conflits idéologiques et que les Français peut-être refuseront, un jour, la politique partisane devant ses résultats depuis un siècle. C'est ce qui parait se passer actuellement chez nous avec différents scandales, comme ceux des fausses factures ou les différentes affaires qui ont déconsidéré, en 1991, nombre de politiciens.
Quant à ce troisième Reich, les événements sanglants qui l'ont marqué sont encore présents à la mémoire de tous et sa dislocation à la fin de la Seconde Guerre mondiale a demandé l'effort de presque toute la planète, ce qui tendrait à montrer, s'il en était besoin, la force et la puissance de ce peuple travailleur, courageux et discipliné. Aujourd'hui, l'Allemagne est un Etat fédéral, comme elle le fut jadis et comme elle l'était aussi à l'époque du chancelier Bismarck et de la république de Weimar, et il est à remarquer qu'un régime de ce genre lui convient parfaitement puisque, au cours de l'histoire, elle n'a connu de régime centralisé que de 1933 à 1945, c'est-à-dire pendant 12 ans, régime qui lui a apporté la misère et à presque tous les hommes, la guerre et ses horreurs.
C'est pour avoir fait la douloureuse expérience de ce régime centralisé que l'Allemagne nouvelle est particulièrement favorable au fédéralisme, non seulement dans le cadre de son propre Etat mais aussi dans celui de notre Europe car ce système est le seul qui peut dominer les différences et les tensions qui en résultent, à condition qu'aucun élément constitutif ne veuille dominer les autres, comme l'expérience de la Yougoslavie (entre les Serbes, Croates et les autres) est en train de nous le rappeler.
Il est d'ailleurs à remarquer que ce modèle est particulièrement bien adapté aux idées défendues ici, pour l'association amicale de tous nos vieux pays européens marqués par des particularismes ancestraux. Ce système permet en effet la diversité culturelle et spirituelle sans empêcher le développement économique quand souffle l'Esprit d'Entreprise, sous réserve cependant que les pouvoirs de l'Etat coordinateur soient judicieusement définis dans tous les domaines par une tolérance de bon aloi.
Il résulte de ces expériences que la centralisation unitariste à la française n'est pas un système bien adapté à nos voisins allemands, citoyens disciplinés, alors qu'il l'était pour nous, justement du fait de notre individualisme qui souvent dépasse la mesure en devenant outrancier. C'est pour ces raisons qu'un régime centralisé, quand il ne rencontre pas d'opposition marquée de la part de citoyens trop obéissants, est tenté d'imposer, même à ses concitoyens, des solutions de force qui l'entraînent à des excès. C'est ce qui s'est passé récemment Outre-Rhin avec le nazisme alors que, chez nous, justement en raison de l'individualisme de notre peuple, rarement pour son bien d'ailleurs, les "Volontés de Puissance et de Domination" propres à notre Etat ont toujours été contrecarrées à la fois par une anarchie fréquente, et surtout par la forme démocratique de ce pouvoir, toutes choses qui manquaient à nos voisins à cette époque, et qui leur auraient évité bien des catastrophes.
On pourrait déduire de ces observations que, les caractères fondamentaux de nos deux peuples étant fort différents, ils pourraient plutôt se compléter dans une association du genre de celle souhaitée ici, le tempérament anarchique des uns étant contrebalancé par celui peut-être trop respectueux et trop obéissant des autres. En somme, si nos voisins prenaient à leur compte 30 % de notre individualisme forcené et de notre désordre et si nous prenions seulement 10 % de leur réflexe d'ordre, l'association entre la France et l'Allemagne serait bénéfique pour les deux pays.
Une question se pose alors.
Comment expliquer les comportements différents de nos deux peuples, si ce n'est par l'ethnie ? Chez nous le fond de la population serait gauloise à 80 % aux dires d'ethnologues et, chez eux, elle serait germanique avec les qualités et les défauts propres à leurs ethnies respectives, mais chez nous, il y a très longtemps que nos rois, par leur centralisme, ont brisé les tendances régionales, travail qui a été parachevé il y a déjà presque deux siècles par la Révolution et ses idéaux d'égalité et de liberté et par Napoléon 1er. Chez nos voisins, en revanche, chacune des ethnies diverses qui sont à l'origine du peuplement, Germains, Celtes, Slaves, Scandinaves, Lituaniens et plus tard apport culturel des Huguenots français (1) expulsés de chez nous par nos stupides guerres de religion, se sont fixés de bonne heure sur un territoire déjà fragmenté par le relief et l'hydrographie (2). Les caractères particuliers de chacune de ces populations se sont stabilisés non sans qu'interviennent des éléments extérieurs dûs au contact des étrangers qui étaient à proximité.
(1) Cette population évaluée à 200.000 personnes nous a fait cruellement défaut au moment de la naissance de la Société Industrielle tout en renforçant celle de l'Allemagne, ce qui prouverait, s'il en était besoin, la malfaisance de séparations intellectuelles et factices mais classiques de notre population dues à notre ascendance gauloise.
(2) La multiplicité de ces ethnies laissant à penser que, comme chez nous, la race est inexistante à l'encontre d'affirmations qui ont entraîné la Seconde Guerre mondiale.
C'est ainsi par exemple que le Rhin a été un puissant élément pour orienter l'Allemagne vers les pays chrétiens de l'Occident, et que l'Elbe et l'Oder marquaient au cours des siècles les limites de l'expansion germanique aux dépens des Slaves alors que le Danube mettait les Balkans à la portée de sa main. Les ethnologues croient pouvoir discerner en Allemagne deux grandes zones différentes au moyen d'une ligne de démarcation allant de l'embouchure du Rhin à la source de l'Elbe. Au sud de cette ligne, les populations compartimentées et enclavées dans leur petit pays ont subi lentement l'influence du monde occidental et de la chrétienté qui leur ont donné un long passé de culture et de pensée humaniste et libérale dont s'est imprégnée lentement la pensée des habitants de ces régions. Au nord de cette même ligne, en revanche, il s'agit plutôt de discipline et d'autorité : les peuples qui occupent les régions de l'Elbe entreprennent la colonisation des pays situés plus à l'est et, par un phénomène normal, le mouvement d'autorité qui résulte des conquêtes s'inverse et, sous l'égide de la Prusse, qui saisit l'idée directrice, mais déjà dépassée, de l'Etat national, cette discipline et cette autorité se répandent cette fois à l'ouest de cet Etat, en imposant des méthodes qui naissent des rapports de vainqueurs à vaincus. En exaltant aussi l'obéissance et l'héroïsme commandé, elles amènent peu à peu une centralisation unitariste au profit de la Prusse, en étouffant aussi la forme de pensée latine et méridionale du sud de la ligne embouchure du Rhin - sources de l'Elbe (1). A la diversité des origines ethniques s'ajoute une variété religieuse importante qui a trouvé sa source dans la réforme. L'Eglise catholique s'est d'abord opposée à l'Eglise luthérienne puis aux nombreuses Eglises nées de la réforme calviniste et toutes ces Eglises, bien vivantes, participent à la fragmentation générale du pays. On peut encore remarquer que le protestantisme de tendance luthérienne est plutôt prédominant au nord de la ligne ci-dessus, alors qu'au sud, c'est le catholicisme romain cette fois qui est le plus pratiqué.
(1) Aujourd'hui, au sud de cette ligne, avec l'afflux des populations de l'est et de la Prusse, on peut se demander quelle va être l'influence de ce nouveau brassage et s'il ne va pas effacer les caractères particuliers de ces dernières populations.
Mais c'est surtout à l'époque récente de la Société Industrielle que la structure intime de l'Allemagne s'est encore compliquée, entraînant la superposition, aux cloisonnements ethniques ou provinciaux, de nouveaux cloisonnements, sociaux cette fois. En outre, le développement industriel s'est marqué différemment, en raison de l'absence de charbon dans toute l'Allemagne du Sud. Dans celle-ci, il s'est développé plus tard, au moyen d'entreprises familiales, alors qu'au nord, en Rhénanie et en Westphalie, c'est la grosse industrie fondée sur le charbon et l'acier qui a donné naissance à une industrie puissante. Placée sous la domination de grands capitalistes, alliés très souvent aux propriétaires terriens de l'Est, l'industrie a connu un développement inouï qui a entraîné une urbanisation accélérée, un énorme prolétariat industriel et une classe bourgeoise, dont l'influence ne se fera que peu sentir, car elle a l'habitude de la soumission hiérarchique
C'est dans le premier milieu que se recrutent les cadres et les élites dirigeantes, imbus de leur supériorité, et non pas comme chez nous dans une bourgeoisie qui se haussait progressivement au niveau des responsabilités d'Etat.
En associant les qualités de travail d'une main-d'oeuvre abondante à l'autorité et à la discipline habituelle des élites dirigeantes, le deuxième Reich dote l'Allemagne d'un centre industriel hors pair, et le troisième Reich, une décennie après l'effondrement du second, reprend la même politique de puissance. Ces deux Reich ont allié la discipline du travail à l'audace d'un patronat entreprenant, une richesse exceptionnelle en charbon (1) à une organisation très poussée des moyens de production, la science à l'industrie, l'université à la technique, le goût de la perfection des détails au rendement, la recherche de débouchés à un sens commercial hors ligne, toutes choses que nous autres citoyens de France, il n'y a pas de mal à le reconnaître, ne possédons pas à un si haut degré et que notre jeunesse devra acquérir de bon coeur, si possible, si elle veut s'adapter à la Société Industrielle. L'industrie a alors engendré chez nos voisins un épanouissement colossal qui a déteint sur le comportement psychologique des habitants, en entraînant dans le même temps la crainte, puis l'hostilité des concurrents étrangers ou des pays menacés, dont leur première défaite de 1918 a constitué les prémices de la catastrophe de 1945.
(1) A cette époque, le charbon était le principal atout du développement industriel.
Privés d'une agriculture équilibrante (1), comme l'est la nôtre même encore maintenant, successivement deux Reich ont disparu ayant choisi, contre tout l'Univers, la "Volonté de Puissance et de Domination", le pangermanisme puis le nazisme qui les ont entraînés d'abord à la guerre, puis à la défaite et enfin à une trop longue et inhumaine coupure de l'Allemagne en plusieurs parties, coupure qui a duré plus de quarante ans.
(1) En France, la propriété foncière avait été répartie parmi les paysans, dès la Révolution de 1789.
Puisse cette dernière épreuve faire comprendre enfin, non seulement à nos voisins de l'Est mais aussi à tous les pays du monde, qu'il est indispensable aujourd'hui de renoncer définitivement aux méthodes de force. Pour être franc, si un nombre sensible de nos compatriotes, d'Anglo-Saxons d'Angleterre ou des Etats-Unis et même de nos voisins communs de la Suisse Alémanique, qui parlent eux aussi une langue germanique, éprouvent encore une certaine réserve vis-à-vis de la nouvelle Allemagne et ont encore peur d'elle, il faut bien reconnaître que c'est le fait des Allemands eux-mêmes.
En effet, dès que nos voisins retrouvent force et moyens matériels, ils sont poussés à un orgueil national qui à certains égards peut se justifier car les Allemands sont des gens courageux et disciplinés. Mais, de toute façon, aujourd'hui cet orgueil est dangereux et la hantise, plus ou moins consciente, de nos compatriotes et de bon nombre d'Européens sincères, vis-à-vis de nos voisins qui ont déjà surmonté leur défaite et qui se retrouvent munis, dès aujourd'hui, d'une industrie colossale et d'une économie prospère, grâce à leur puissance de travail, à leur courage, à leur discipline et à l'intelligence d'un syndicalisme conscient de ses devoirs d'Etat, ne doit surtout pas décourager nos compatriotes.
En effet, la prochaine naissance d'une Europe amicale qui rassemblerait les deux peuples français et allemand, piliers futurs de cette Europe, est là pour remédier à cette hantise bien compréhensible. Nos compatriotes ont toujours présents à la mémoire les traités de Rapallo de 1922 et surtout ceux de 1939 que l'Allemagne nazie a signé avec l'U.R.S.S. et qui ont marqué durablement leurs souvenirs, puisque ces derniers conclus à l'aube de la Seconde Guerre mondiale ont présidé d'abord au quatrième partage de la Pologne, puis enfin à la vraie guerre.
Quant au dernier traité signé dans le Caucase avec l'U.R.S.S. en 1990 dont l'encre est à peine séche et qui a redonné à notre voisine l'ensemble de ses droits d'Etat souverain, tous nos compatriotes espèrent surtout qu'il ne viendra pas contrecarrer une politique qui pourrait aboutir, quand le temps aura fait son oeuvre, à la création de l'Europe souhaitée ici. Mais devons-nous donc toujours nous reporter au passé ? Nous ne le croyons pas et nous devons faire confiance à l'avenir et à la confiance retrouvée entre nos deux pays. Après l'expérience du second conflit mondial, si nos voisins veulent effectivement devenir des Européens sincères, tous nos compatriotes, à partir de ce moment, seront eux aussi des adeptes enthousiastes de cette nouvelle et chère Europe, Europe qui associerait, en maintenant la diversité culturelle, la Dignité de l'homme à l'Efficacité de son action tout en assurant une Equité étendue qui serait à la fois la condition et la conséquence de l'Urbanité des relations personnelles.
Une attitude de ce genre permettrait à tous nos responsables de ne plus avoir peur de l'Allemagne (1) car, dans l'optique de cette Europe de l'économie moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacité et de l'Equité nous serons tous portés par le même navire et conduits à le bien faire naviguer.
(1) Cette phrase ne doit surtout pas réjouir nos voisins et amis, car ce serait pour eux la meilleure façon d'ajourner encore la construction de l'Europe.
Ne faisons pas de reproches à notre voisine pour sa puissance et admirons plutôt sa ténacité, la valeur de ses chefs d'entreprise, de ses cadres, de ses syndicats et de sa politique des revenus qui limite l'inflation. Admettons aussi, comme il est dit plus haut dans cet essai, que le progrès social dépend d'abord du travail et du progrès économique, si bien que la formule suggérée ici de "Capitalisme à accession communautaire" permettra à notre pays d'accéder plus rapidement à une puissance économique comparable à la sienne et cela d'autant plus rapidement que la Concertation et la Participation de chacun à la Société Industrielle lui permettront de remédier à son habituel manque d'Esprit d'Entreprise qui est probablement une des causes d'un retard industriel encore important, malgré les progrès enregistrés récemment.
Il conviendrait alors que nos deux Etats encouragent la formation d'entreprises communes car ce serait un bon moyen d'améliorer la connaissance des deux peuples, mais aussi la croissance de l'économie industrielle dans notre pays, en facilitant cet indispensable Esprit d'Entreprise qui nous fait souvent défaut.
Il y a enfin l'intérêt évident et commun de nos deux nations et de toute l'Europe devant le danger qui résulte de l'accroissement démesuré de la population des pays pauvres et la décadence de la démographie dans nos deux pays. Cette décadence sera probablement aussi néfaste pour notre pays qui a déjà une population bien inférieure, car il ne saura probablement pas bien réagir à ces problèmes de démographie politico-économique et sociale qui seront posés et mal résolus, une fois encore, par des partis politiques inconscients de leurs devoirs d'Etat, dans l'optique d'une opposition idéologique entre la droite et la gauche, suivant l'habitude de notre peuple alors qu'il s'agit, cette fois, d'assurer simplement la survie de toute l'Europe. La grave question de la force nucléaire de notre pays qui nous garantit la sécurité sera effleurée à la fin de ce chapitre à propos de la défense de l'Europe.
Depuis un siècle environ, l'Allemagne est une grande Nation et si le centralisme à la française ne lui convient pas, avec les expériences vécues des guerres dans lesquelles elle a été impliquée, il nous faut bien admettre maintenant, après les récents bouleversements qui viennent de se produire chez elle et dans tous les pays de l'Europe de l'Est, que notre Monde devient enfin plus raisonnable.
En se libérant d'un régime où l'horreur de la dictature allait de pair avec une propagande politique qui a miné depuis presqu'un siècle la vie de millions d'hommes, falsifié, subordonné et corrompu l'esprit de ces populations, toutes celles-ci souhaitent maintenant faire enfin partie de cette Europe pacifiée, qui sera forte mais pacifique et ouverte à tous ceux qui le méritent par leur travail et leur savoir faire. Il n'est d'ailleurs que d'avoir vu à la télévision la fuite des citoyens de l'Allemagne de l'Est pour se rendre compte de la réunification qui devra, elle aussi, affermir cette Europe qui permettra à tout les Etats qui ont été meurtris dans leur chair par le nazisme ou le communisme, de n'avoir plus peur d'une Allemagne qui était déjà, avec les qualités de ses habitants et la puissance de son économie, dès 1980 , le pays économiquement le plus puissant d'Europe. Si cette fuite à toutes jambes constitue la meilleure preuve du naufrage d'un régime économique dictatorial qui n'a même pas été capable, avec sa structure communiste, d'assurer le minimum vital à ses citoyens, ces derniers ont réussi , en outre, avec leurs voisins placés dans des situations voisines, à jeter bas cette structure dans les pays où elle avait été imposée. Mais heureusement, l'ex-U.R.S.S., en abandonnant cette dernière doctrine, redonne non seulement espoir à notre voisine de terminer raisonnablement cette vilaine période de son histoire, mais dans le même temps, elle assure l'usage de la liberté à tous les peuples concernés si bien qu'il n'y aura bientôt plus d'obstacles à la paix dans notre chère Europe. Grâce aussi à notre soutien, notre voisine vient enfin de redevenir un Etat souverain et comme il est construit sous une forme démocratique et fédérale, il pourra très facilement s'intégrer dans l'Europe souhaitée ici, probablement plus facilement que nous mêmes, du fait de nos traditions centralisatrices.
Mais la clef de cette Europe, c'est d'abord, toujours et seulement la bonne entente et la compréhension amicale et réciproque entre les deux peuples français et allemands et l'association intime de leurs économies. Ainsi les 1200 jumelages créés entre cités françaises et allemandes, en permettant des contacts entre plus de 100.000 habitants, sont-ils particulièrement favorables à la compréhension réciproque et à l'amitié indispensable entre nos deux pays.
Si ces relations sont aussi fonction de l'intérêt des deux partenaires, rarement contradictoires aujourd'hui, il convient cependant, dans des délais réduits, de renforcer encore le potentiel industriel de notre pays, potentiel qu'il conviendrait cependant de mieux imbriquer encore à celui de notre voisine, tout en développant le commerce intérieur franco-allemand et la compétition sur les marchés extérieurs et en particulier à ceux qui doivent trés prochainement s'ouvrir à l'Est du fait des richesses encore insuffisamment exploitées de l'immense Russie, surtout depuis l'effondrement de l'empire soviétique. C'est d'ailleurs pourquoi, il paraît nécessaire à notre pays de participer activement à la rénovation de ce que l'on appelait encore récemment l'Allemagne de l'Est ; il ne pourra qu'en rapporter d'abord la satisfaction morale d'une réconciliation affective puis matérielle par la création d'Entreprises communes, au mieux de nos intérêts réciproques.
Si la collaboration économique avec notre voisine n'était pas ressentie par elle comme indispensable, il nous faudrait, pour ne pas être considérés seulement comme des partenaires nécessaires, mais comme de simples sujets, que notre politique économique s'oriente alors de préférence vers nos voisins du nord-est, Grande-Bretagne et Irlande, et du sud, Italie, Espagne et Portugal. En somme vers une Europe méditerranéenne et Atlantique qui donnerait à notre pays un rôle plus important en l'associant avec les pays musulmans d'Afrique du Nord, pour établir une sorte de marché commun méditerranéen, comme il a été déjà suggéré dans le chapitre consacré aux Problèmes de Population et plus haut, à propos de nos relations avec l'Espagne et l'Italie.
Notre pays pourrait alors mettre sur pied un Marché commun avec les pays musulmans d'Afrique du Nord malgré leur retard économique, à condition et sous réserve, comme il est dit à la fin du chapitre "Population", que les différents Etats de ces régions essayent véritablement de mettre un terme à l'accroissement démesuré de leur population et que surtout dans le même temps, l'Islam cesse un prosélytisme insupportable aux populations chrétiennes d'Europe.
C'est pour la raison essentielle de liberté que toutes les populations de notre continent, qu'elles soient originaires d'Allemagne de l'Est, de Pologne, de Hongrie, de Roumanie, de Tchécoslovaquie, de Yougoslavie, de Grèce ou d'Albanie, veulent faire partie, quand le temps aura fait son oeuvre, de cette Europe d'abord associative puis fédérative qui imbriquerait la Dignité de l'homme à l'Efficacité de son action, tout en assurant à chacun une Equité étendue, condition et conséquence de l'Urbanité des relations humaines.
Que conclure alors de ces rappels rapides, sinon que l'entente entre la France et l'Allemagne est d'abord la première des conditions indispensables à la formation de cette Europe humaniste et efficace ! Nos deux peuples, mélange lointain des diverses ethnies venues de l'extrême est de l'Europe et même de l'au-delà de l'Oural, au moment des grandes invasions, et qui se sont mélangées au cours d'un millénaire et demi avec les populations existantes, venues elles aussi d'autres lieux, ont d'abord une frontière commune qui peut faciliter les contacts amicaux et plus tard, quand le temps aura fait son oeuvre, à établir un Etat commun entre les Germains et les Gaulois ce qui permettrait de remédier aux conséquences néfastes résultant du partage de l'Empire de Charlemagne par le traité de Verdun en 843.
On peut constater ensuite, que nos deux peuples sont plutôt complémentaires qu'opposés et qu'en conséquence leur entente ne paraît pas impossible, bien au contraire. Les contacts qui ont existé lors de la Seconde Guerre mondiale ont d'ailleurs prouvé à beaucoup d'habitants de nos pays engagés dans ce conflit, qu'il n'y avait pas, au niveau des simples citoyens, d'opposition fondamentale à une vie amicale. Leur entente loyale étant à l'origine de la paix sur ce continent, il importe donc que l'association nécessaire s'effectue dans un cadre large, tel celui de l'Europe des régions humainement et économiquement homogènes qui seul peut garantir le respect des caractéristiques qui leur sont propres.
Quant aux rapports avec nos voisins du Nord-Ouest, bien que séparés de nous par une mer aux dimensions réduites que chacun des riverains appelle d'un nom bien de chez lui, Manche pour les uns, English Channel pour les autres, et qui se termine par un bras de 31 km de large, appelé lui aussi par deux termes différents Pas de Calais ou Straits of Dover, ils ont été, jusqu'au début de ce siècle, le plus souvent difficiles et troublés. Il a fallu la montée de la puissance allemande et l'affaiblissement de leurs forces, pour que nos voisins arrivent à envisager que ce bras de mer ne pouvait être considéré, aujourd'hui, que comme une simple étendue d'eau et non pas comme une vraie séparation d'avec le continent, surtout avec la prochaine mise en service en 1993 du fameux tunnel pour les amarrer vraiment à l'Europe.
Pour comprendre alors l'opposition constante entre nos deux pays, il faut nous référer à l'histoire qui permet, à condition de le faire avec objectivité, d'expliquer les faits et de montrer que l'animosité entre les deux nations riveraines de la Manche était presque fatale, car ces deux peuples européens, autrefois, étaient très entreprenants en dehors de leurs domaines respectifs comme l'histoire nous le montre dès le 11éme siécle.
En effet, si les invasions celtes et la conquête romaine ne laissent aujourd'hui que des traces à peine perceptibles, et si celle des Danois et des tribus anglo-saxonnes marquent davantage l'âme de la population, c'est surtout Guillaume le Conquérant qui imprimera sa marque indélébile à l'évolution des Iles Britanniques et qui sera par la suite à l'origine d'affrontements quasi permanents entre les peuples de France et d'Angleterre. Dans ce qui suit, on va se borner à résumer en quelques pages, une longue histoire pour expliquer, si possible, les obstacles qui s'opposent à la formation d'une certaine forme d'association entre les pays de ce continent, association qui dans une Europe des régions humainement homogènes devrait pourtant assurer la survie commune de tous les pays de notre Europe.
C'est donc pour rester en accord avec les intentions essentiellement pragmatiques de ce livre, que les principaux faits de l'histoire des Iles Britanniques vont être rappelés en vue d'une association affective d'un pays maritime et commerçant avec des Etats continentaux qui, depuis mille ans, essayent, sans succès, de bâtir l'Europe, chacun à sa manière et au mieux de ses intérêts égoïstes. C'est parce qu'il est nécessaire, aujourd'hui, de mieux comprendre notre voisine qu'il est d'abord utile de se remémorer différents événements qui ont marqué successivement de leur empreinte l'histoire d'Albion, comme les anciens l'appelaient du fait des falaises blanches du sud de l'Angleterre, et que bon nombre de nos compatriotes qualifient encore quelquefois, et même souvent de perfide.
Les données de l'Histoire
On admet généralement que des tribus celtes ont déferlé sur les Iles Britanniques, comme en Gaule, en vagues successives, et comme cette terre était une île, elles sont restées en place ne pouvant aller plus loin ; elles se mélangèrent probablement entre elles. Il faut attendre l'invasion romaine pour avoir des renseignements plus précis. L'invasion de Rome débute en 55 avant Jésus-Christ, sous Jules César, cent ans plus tard, Claude achève la conquête (1).
(1) C'est à cette époque que se place l'histoire de la reine des Icéniens Bouddica. Elle se serait empoisonnée pour ne pas tomber sous la domination des Romains, en étant ainsi, cent ans après, le pendant britannique de Vercingétorix, notre héros gaulois, supplicié en 43 avant J.C. pendant le triomphe de César.
En raison des difficultés de communications dues au bras de mer qui sépare les Iles Britanniques du continent, la romanisation qui est ininterrompue jusqu'au quatrième ou au début du cinquième siècle après J.C., n'a atteint ni l'ampleur ni la profondeur qu'a subie la Gaule (le nord de l'Angleterre et l'Ecosse n'ont jamais connu l'invasion romaine).
Toutefois, cette occupation insère l'Angleterre primitive dans le circuit commercial du monde méditerranéen. Après le rappel des légionnaires en d'autres points plus vitaux de l'Empire romain, l'influence culturelle et l'ordre des envahisseurs disparaissent au sud, seuls subsistent aujourd'hui quelques mots comme street pour rue, de l'italien strada - la route, quelques morceaux de route bien droits, quelques vestiges des constructions habituelles des bâtisseurs romains, comme le mur d'Hadrien érigé contre les barbares d'Ecosse, mur qui allait de l'embouchure de la Clyde au Golfe du Forth, sans oublier l'ancienne cité romaine de Bath sur l'Avon, avec ses eaux chaudes, où des bains romains furent mis à jour en 1755 et qui est encore aujourd'hui une grande station thermale.
Le vide laissé par le départ des Romains provoque dès le cinquième siècle de nouvelles vagues d'invasions, germaniques cette fois (Saxons, Angles, Jutes) qui refoulent les Celtes vers l'ouest du pays ou les massacrent. Les Saxons venus de la région située entre l'Elbe et le Rhin créent plusieurs royaumes, dont celui du Wessex (saxons du Sud). Les Angles venus, suppose-t-on, de régions situées entre l'Elbe et le Jutland s'établissent au nord de l'Essex, et les Jutes venus du Jutland envahissent le Kent et l'Ile de Wight. Peu à peu, ces tribus anglo-saxonnes cessent de se battre entre elles, s'unissent, se hiérarchisent et se donnent des rois, déjà élus. Ainsi, dès le septième siècle, on compte sept royaumes, le Kent, l'Essex, le Sussex, le Wessex, la Mercie, la Northumbrie, l'Est Anglie, connus sous le nom d'heptarchie anglo-saxonne. Les Celtes restants sont refoulés alors dans les monts d'Ecosse, de Cornouailles et du pays de Galles.
Pendant une longue période qui va approximativement de l'an 700 jusqu'à l'an mille, les tribus s'accoutument à une vie commune et déjà à certaines formes de la discussion publique et du compromis. Les divers occupants se superposent alors les uns aux autres si bien que, aujourd'hui encore, les descendants des Celtes peuvent, d'après certains, se différencier des Anglo-Saxons. Les premiers occupants ont teinté de leur mysticisme les régions de l'Ouest ; quant aux Anglo-Saxons, marqués par une certaine ascendance germanique lointaine, ils l'emportent au sud où ils représentent le mieux l'Anglais authentique et national. Dans le nord et le nord-ouest, c'est cette fois l'esprit commercial et maritime des Danois venus après les premiers envahisseurs germaniques qui donne aux habitants un caractère particulier. A toutes ces invasions, s'est encore ajouté l'apport civilisateur de la doctrine chrétienne qui s'est fait en deux temps : vers la fin de l'occupation romaine, il pénètre la population et se développe surtout en Irlande, puis c'est le tour des Anglo-Saxons, eux-mêmes, d'être évangélisés, dès le 6ème siècle, par les moines bénédictins.
Ainsi, peu à peu, arrivent à la fois l'an 1066 et la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant et par la force des armes. A cette époque, le caractère anglo-saxon l'emporte, la Bretagne romaine a cédé la place à la Bretagne saxonne et ne garde de la romanité que la doctrine chrétienne que Guillaume le Bâtard fils illégitime, de Robert de Normandie, remet à l'honneur en 1066. Bien que les droits généalogiques de Guillaume fussent réduits puisque la couronne anglo-saxonne était à cette époque élective, il n'empêche qu'en 1066, Guillaume le Conquérant, en débarquant avec 10 000 guerriers normands francisés soumet, entièrement, après cinq années seulement à une époque où l'on marchait à pied, une population de 2 millions d'habitants et se la partage avec ses barons (1).
(1) L'histoire raconte que dès 1051, Edouard le Confesseur, roi d'Angleterre avait promis sa succession à son cousin Guillaume. Cette succession avait été reconnue en 1057 par le comte anglo-saxon Harold. Mais à la mort d'Edouard le Confesseur, en 1066, Harold s'empare de la couronne et Guillaume, pour faire reconnaître ses droits, recrute une grande armée, obtient l'appui du pape et débarque en 1066 en Angleterre, qu'il conquiert complètement après avoir vaincu Harold, sur la route de Londres, à Hastings le 14 octobre 1066. La célèbre tapisserie de Bayeux rapporte ces événements.
Guillaume impose à l'Angleterre le système féodal, en usage en France, la centralisation propre à notre esprit, dont la marque est le recensement des personnes et des biens consigné dans des textes anciens dès 1084, l'art roman, et surtout le français qu'il apportait de Normandie et qui, en se fusionnant avec le parler germanique des indigènes, allait créer une autre langue qui est devenue l'anglais moderne, langue qui a suivi son évolution propre et où les mots d'origine germanique et ceux d'origine française se juxtaposent dans un amalgame original.
Depuis cette date mémorable dans l'histoire de ce pays, l'Angleterre ne fut jamais plus envahie et si c'est une grande fierté pour le peuple des Iles Britanniques, son mode de vie va résulter, à partir de la conquête, non seulement de l'apport des envahisseurs celtes ou anglo-saxons déjà christianisés, mais encore de celui des Normands francisés, de culture latine et de tradition chrétienne qui sont à la base, comme on va le voir, de la classe aristocratique anglaise. En effet, les dix mille guerriers de Guillaume, ayant gagné, se partagent le pays, comme il était coutume de le faire en ce temps-là. En débarquant, les barons normands trouvent tout un peuple de paysans et de pionniers saxons déjà organisés et assemblés autour de leurs églises, et Guillaume, homme intelligent, conserve la structure existante. Avec l'expérience acquise dans ses domaines de France, il évite dans son nouveau royaume de créer et d'attribuer de grands domaines aux chevaliers normands qui l'avaient aidé. De cette manière, la formation de groupements de féodaux unis sous l'autorité d'un puissant seigneur est rendue difficile, ce qui ne peut manquer de renforcer l'autorité nouvelle.
Après la soumission complète du pays, les barons normands, compagnons de Guillaume, sont à la fois corps d'occupation et propriétaires fonciers, en étant ainsi à l'origine d'une nouvelle noblesse anglaise, d'une nouvelle classe dirigeante. En terre étrangère, Guillaume et ses soldats se sentent solidaires, et c'est parce que la royauté anglaise résulte d'une rapide conquête qu'elle fut dès l'origine vigoureuse et qu'elle pouvait, grâce à un pouvoir fort et indiscuté, être relativement tolérante alors que, chez nous, il a fallu très longtemps à nos rois pour asseoir leur pouvoir sur des rivaux puissants qui entouraient le domaine royal. Mais la conquête n'est pas la rupture avec le passé. Guillaume a la finesse normande de se considérer comme le successeur des rois saxons ; il conserve les coutumes et les libertés locales et, à la demande du Pape, il remédie même à certains excès des ministres de la religion catholique. Deux langues sont alors en usage à la fois : le roi, les classes dirigeantes, la cour, les juges parlent français, les agents locaux du pouvoir parlent français et saxon, comme il en sera plus tard dans les pays colonisés où la langue indigène s'adjoint à celle de l'occupant. Le saxon étant une langue germanique aux cas grammaticaux compliqués, le peuple livré à lui-même simplifie son parler et adopte aussi certains mots français, prononcés de façon inimitable pour nos compatriotes, sans oublier les vieilles formules des rois normands, encore en usage. Peu à peu, cependant, le français est abandonné et vers 1360 l'usage de l'anglais prédomine et devient l'anglais moderne, marqué cependant d'une certaine influence française. Comme Guillaume avait trouvé un pays déjà doté de structures administratives, qu'il touchait de son domaine privé des droits féodaux ou des contributions qui lui fournissaient des revenus importants et qu'il disposait en plus de la force armée, il se fait prêter serment pour que la foi assure le loyalisme absolu envers le Roi.
En affirmant dès les premiers instants l'autorité du pouvoir royal sur ceux qui auraient pu s'opposer à lui, Guillaume le Conquérant venait de jeter en 1066 les bases d'une grande monarchie qui assurait l'équilibre du pays conquis par un enchevêtrement de droits locaux qui, plus tard, tiendront lieu de constitution. Mais, en conquérant l'Angleterre de cette façon, par la force des armes, et en se la partageant avec ses guerriers, Guillaume le Conquérant jetait malheureusement, en même temps, les fondements d'une défiance, voire d'une hostilité prononcée entre la France et l'Angleterre, hostilité qui devait durer pratiquement jusqu'à nos jours. En effet, les gentilshommes normands qui commandaient la masse du peuple anglo-saxon ne pouvaient qu'être détestés de leurs sujets et quand, au cours des siècles suivants, ces nouveaux maîtres, en s'assimilant au peuple anglo-saxon, ont voulu, à leur tour, reconquérir une partie de la France en s'appuyant sur des droits de succession anciens donc plus ou moins valables, on a assisté au phénomène inverse, si bien que les relations entre nos deux pays ont été le plus souvent difficiles, témoin la guerre de Cent Ans qui marque d'une pierre noire les relations entre nos deux pays .
C'est cette très longue guerre, qui en fait dura plus de cent vingt ans, de 1337 à 1445, qui marquera le départ de l'animosité et de l'opposition quasi permanente entre les peuples de nos deux pays. En effet, au début, le peuple de France était peu concerné, puisque la guerre revêtait seulement un caractère féodal et dynastique, mais elle devint très rapidement impérialiste puisque l'un de ses buts était aussi de réserver des zones d'influence, nécessaires aux marchands de laine anglais. Si les paysans anglo-saxons avaient, comme il est normal, certains ressentiments contre les barons normands qui les commandaient depuis la conquête, les paysans français, en revanche, étaient naturellement indifférents à l'origine du conflit, puisqu'ils n'étaient pas concernés. Il a fallu les pillages de nos provinces, les unes après les autres, pour que le vilain en vint à détester l'Anglais qui finalement dut rentrer chez lui une fois que Jeanne d'Arc eut redonné confiance à notre peuple.
Grâce à elle, le dangereux rêve anglais de l'empire continental s'évanouissait, mais les exactions et les sévices subis par nos compatriotes furent la cause d'une animosité profonde, voire d'une haine qui devait rester tenace très longtemps, en fait jusqu'à la fin du 19ème siècle, au moment de l'accès à la puissance de l'Allemagne.
Bien que cette guerre de Cent ans se soit achevée pour nos voisins par un échec, son souvenir leur en paraît encore glorieux. Tous les combats s'étant pratiquement passés en France, le peuple anglais dorénavant se juge invulnérable et, fait désagréable déjà noté par l'historien Froissard qui nous a rapporté l'histoire des Bourgeois de Calais à la suite de la prise de leur ville en 1347, a peu de considération pour les continentaux, quand il ne les méprise pas, ce qui n'est pas, il faut malheureusement bien le constater, sans influencer son comportement, même encore aujourd'hui, alors qu'il conviendrait, avant qu'il ne soit trop tard, de bâtir cette Europe affective souhaitée ici, Europe qui sera soucieuse de tous ceux qui la constituent. Ainsi, depuis l'achèvement de cette guerre de Cent Ans, il n'est pas d'époque, jusqu'à une période très récente, où n'ait retenti le bruit d'affrontements et de discordes, dont les motifs ne reflétaient que les "Volontés de Puissance et de Domination" propres à l'un ou à l'autre de ces deux Etats, si bien qu'un de nos célèbres historiens, Michelet, a pu écrire :
"La guerre des guerres, le combat des combats, c'est celui de l'Angleterre et de la France, le reste n'est qu'épisodes ".
Les écoliers des deux côtés de la Manche ont d'ailleurs les oreilles remplies depuis des siècles des méfaits réciproques de leurs pays respectifs, ce qui, à dire vrai, n'est pas fait pour calmer des ressentiments du passé. L'épisode le plus marquant dans ce domaine fut sans aucun doute l'opposition des deux pays en Amérique du Nord. En effet, dès les années 1600, les Français s'établissent en Acadie et le long du Saint-Laurent, et les Anglais font de même dans ce qui est aujourd'hui le Massachusetts et la Géorgie ; dès cette lointaine époque, les oppositions entre les deux colonisateurs se font de plus en plus violentes. Ainsi en 1755, l'Angleterre, voulant exiger de ses nouveaux sujets acadiens au nombre de 10 000, dont le territoire, l'Acadie, lui avait été attribué par le traité d'Utrecht en 1713, un serment d'allégeance sans restrictions, c'est-à-dire sans l'exemption du service militaire contre la France, elle en déporte alors, en 1755, environ 6 000, en les faisant embarquer pêle-mêle sans souci des liens de famille, en les dispersant dans les colonies anglaises de Géorgie et du Massachusetts et en redistribuant leurs terres à des colons anglais.
Cet épisode reste dans la mémoire des Canadiens français sous le nom de "grand dérangement " et ce fait caractérise bien la façon de faire de l'Angleterre (1).
(1) Longfellow auteur américain (1807-1882 ) décrit ces épisodes en 1848 et retrace la douloureuse tragédie de l'expulsion des Acadiens dans le roman Evangéline.
Les Canadiens français étaient alors un peuple de paysans abandonnés par la France à leur triste sort de colonisés et méprisés par des anglophones qui ont cru les ensevelir sous des flots d'émigrants britanniques (1) mais ils ont résisté en faisant des enfants et en se serrant autour de leurs curés. Sans entrer dans le détail de la longue lutte pour la conservation des caractéristiques propres d'une ethnie, permise par une langue de qualité, on peut observer que d'abord c'est grâce à cette forte natalité que la population française, qui comptait seulement soixante mille hommes environ en 1763, a pu atteindre, deux siècles après, le chiffre de six millions et qu'ensuite c'est l'Eglise catholique qui, dans ce pays, a assuré la lourde tâche de perpétuer notre langue, face à une Angleterre impérialiste et implacable, dont la religion était en plus l'anglicanisme.
(1) Comme ce fut le cas pacifiquement, grâce à des lois particulières dans les Iles Anglo-Normandes qui sont encore placées sous une juridiction spéciale remontant à la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant.
Obligée d'accepter la loi étrangère, l'Eglise s'est occupée seulement à cette époque, puisque les moyens de communication étaient presque inexistants, de sa mission spirituelle, en oubliant, par suite de la pression rigoureuse et colonialiste du vainqueur, que l'homme n'est pas seulement esprit mais aussi matière. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les Canadiens français, ressortissants minoritaires, fussent voués et réduits en général aux travaux subalternes qui les ont marqués si longtemps d'un complexe qui les a empêchés de participer, à part entière, à la croissance économique de leur immense pays, le Québec, comme il eût été équitable et normal qu'ils le fissent. Leurs voisins Canadiens anglophones, qui, depuis 1763, les commandaient en les méprisant, ne leur disaient-ils pas à tout moment "Speak White" (1).
(1) "Parlez Blanc", "parlez civilisé". Chaque Québécois se souvient de ces phrases méprisantes des anglophones alors que le français est une langue au moins aussi belle que l'anglais, et si le québécois alors n'a pas évolué comme le français l'a fait depuis la fin du 18ème siècle, à qui la faute, sinon celle de l'Angleterre qui a fait tout pour empêcher le français du Québec d'évoluer comme il aurait dû normalement le faire, puisque, d'après les anciennes personnes, il était presque impossible, il y a à peine un siècle, de se procurer des livres de grammaire française hors le presbytère du village. Une expression québécoise assez caractéristique pour manifester leurs sentiments d'amertume est de nous appeler "Maudits Français".
Aussi il n'y a rien d'étonnant à ce que certaines révoltes se soient manifestées très souvent au cours des deux derniers siècles, oppositions qui furent toujours brutalement réprimées par l'Angleterre, et il a fallu attendre ces dernières années pour qu'il soit porté, partiellement, remède à la situation politique au Québec. Ce n'est ni le paravent démocratique, ni le niveau de vie élevé auquel est parvenue l'ethnie française d'Amérique du Nord qui va empêcher la jeunesse de ce pays qui accède enfin, après si longtemps, à la culture, à la connaissance technique et à la compétence, de ne plus accepter une solution injuste qui résulte, même encore aujourd'hui, des relations qui existent toujours entre vainqueurs et vaincus, entre oppresseurs et opprimés, entre colonisateurs et colonisés, entre exploiteurs et exploités ou encore entre dominateurs et dominés, surtout quand il s'agit de vieux peuples européens aussi évolués que nous. Plus tard, en 1763, la France abandonne le Canada tout entier, car dés cette époque la dénatalité se fait sentir chez nous et le manque de jeunes marque notre politique d'expansion canadienne et notre pays se désintéressait complètement de ses compatriotes opprimés, alors qu'il a toujours manifesté un intérêt particulier aux peuples asservis d'Europe ou d'ailleurs.
Ce n'est pas l'indépendance accordée par l'Angleterre ou par notre pays à toutes leurs colonies qui vont retenir aujourd'hui l'élément jeune de la population dans la recherche d'une solution acceptable, solution qui permettra à nos compatriotes de ne plus ramener, quand ils séjournent dans ce pays, le remord d'une indifférence vieille de deux cents ans. Ceux qui ont eu la chance il y a deux décennies de séjourner, ne serait-ce qu'un mois, au Canada ont pu d'ailleurs se rendre personnellement compte de la véracité d'une sujétion économique anglo-saxonne renforcée aujourd'hui par le poids de la puissance économique des Etats-Unis d'Amérique et de la rancoeur que les Québécois portent encore à cette France laïque qui les a laissés sans défense devant une Angleterre, à l'époque féroce et sans scrupules . Aujourd'hui en effet, depuis plusieurs décennies, la jeunesse québécoise, qui est maintenant instruite dans tous les domaines de la technique, de l'économie ou de la gestion, ne pourra que remettre en cause une situation politique inadaptée à l'époque, car elle a conscience, cette jeunesse que le colonialisme surtout entre Européens est un non sens maintenant terminé définitivement et n'a plus de raison d'être.
Mais les citoyens de ce pays ne sont pas les seuls à avoir subi l'impérialisme et le colonialisme de l'Angleterre, c'est ainsi que l'Irlande constitue encore un exemple édifiant d'un colonialisme brutal et sauvage d'Européens par d'autres Européens .
Si, jusqu'à présent, le caractère particulier d'isolation géographique a été déterminant dans leur histoire, l'apparition des moyens de transports aériens constitue, pour ces Iles, l'événement le plus important, car le plus dangereux de l'époque moderne et Blériot, en atterrissant pour la première fois le 25 juillet 1909 en Angleterre, marquait la fin d'un splendide isolement, même si celui-ci devait mettre plus d'un tiers de siècle à la concrétiser. Au cours de la longue période qui avait précédé, les Iles Britanniques avaient évolué d'une façon différente des pays du continent et leur insularité imprimait à leur peuple une manière de voir et de sentir très spéciale. Mais, en insistant sur le caractère d'insularité du domaine britannique, on n'a cependant pas tout dit car d'autres faits ont eu encore beaucoup d'importance dans l'histoire. Si c'est en effet cet isolement qui les a conduites à s'assurer la maîtrise des mers pour garantir leur sécurité tout en leur donnant, dans le même temps, le sens du commerce international et aussi de l'impérialisme qui lui est attaché, et si c'est encore lui qui les a engagées dans des voies différentes de celles des pays du continent (1), il reste cependant que d'autres facteurs essentiels ont joué au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord dans l'établissement de sa puissance et de sa richesse.Sa fortune est due en effet à ses ports, à la fertilité et à la mise en valeur de la plaine centrale, à l'industrie née autour de bassins miniers puissants, au goût de l'aventure qu'avaient insufflé les Vikings, hardis navigateurs danois, à l'intelligence et surtout à la ténacité de ses dirigeants qui, ayant compris qu'il était impossible de dominer directement le continent (2) pouvaient, tout au moins, grâce aux coalitions politiques et à l'argent, empêcher que l'un des pays d'outre-Manche comme la France de Napoléon fasse l'unité du continent à son profit ; elle devint alors maîtresse dans un jeu subtil qui se traduit par la formule "diviser pour régner".Très rapidement, l'Angleterre s'aperçoit que dans ces conditions la maîtrise de la mer ne lui est pas seulement utile mais indispensable, puisque, sans elle, elle ne peut ni commercer, ni envoyer des troupes sur le continent, ni communiquer avec celles qui auraient pu déjà s'y trouver. Délivrés de voisins immédiats et affranchis par la barrière liquide, des servitudes et des craintes qui paralysèrent les Etats du continent, les habitants des Iles Britanniques, en vivant dans la sécurité, peuvent perfectionner lentement les structures initiales des conquérants anglo-saxons. Comme elle n'a besoin de toutes façons que d'un nombre réduit de soldats, elle peut consacrer une grande partie de ses ressources à sa marine qui fait l'objet de tous ses soins. Aussi n'est-il pas étonnant que ses plus grandes victoires se placent sur mer où elle défait successivement la puissance navale de tous les pays de l'Europe continentale (3).
(1) Pour s'en apercevoir, il suffit de poser le pied en Angleterre pour que le citoyen de l'Europe se sente dans un pays étrange et curieux où l'on fait les choses habituelles à l'inverse du continent : on roule par exemple à gauche et l'on ignore encore même en 1992 le système métrique.
(2) Jeanne d'Arc le leur prouva pendant la guerre de Cent Ans en les boutant hors de France.
(3) Ses victoires les plus célèbres sont celles remportées en 1588 sur l'invincible Armada où la puissance navale de l'Espagne grâce à la tempête, était annihilée, du Cap St Vincent encore sur l'Espagne en 1797, d'Aboukir sur la France en 1797, de Trafalgar une nouvelle fois sur la France et l'Espagne en 1805, de Capetown sur la Hollande, sans oublier la capture en pleine paix, de la flotte danoise en 1807 à Copenhague. Si la bataille de Jutland sur la flotte allemande en 1916 tourna plutôt à l'avantage de la marine allemande, la flotte anglaise de haute mer restait cependant maîtresse de l'océan. Quant à la destruction de la flotte de guerre française à Mers-el-Kébir en 1940, ce massacre sans gloire peut seulement s'expliquer par la panique qui s'était emparée de l'Angleterre, après que l'armée allemande avait occupé les côtes françaises de Dunkerque à Biarritz. C'est parce qu'après cette époque, l'Angleterre n'a pas abandonné la lutte que les habitants de notre pays lui pardonnent un acte abominable, que beaucoup qualifient de perfidie ou de traîtrise, puisque, sans son courage, sa volonté et sa ténacité après une défaite où elle avait aussi une très grande part de responsabilité, nous n'aurions pas retrouvé de sitôt notre Dignité ni notre Liberté. On doit cependant observer à ce sujet que la marine française, sur qui pesaient les contraintes de l'armistice de 1940, n'aurait pas servi à l'ennemi, comme elle l'a prouvé d'ailleurs dans la rade de Toulon, deux années après, en se sabordant, après l'envahissement de la zone libre par l'armée allemande, en novembre 1942.
Cette sécurité conduit naturellement la grande masse de la population à apprécier les bienfaits de la justice, de la légalité, de la bonne administration et à refuser le désordre intérieur grâce justement au civisme des populations qui découlait de la tranquillité extérieure. Ce sont aussi les structures anglo-saxonnes qui ont enraciné dans l'âme du peuple le goût de la discussion publique et du compromis qui, s'ils n'avaient pas été maintenus en 1066 par le Conquérant, seraient peut être tombés en désuétude. Bien avant cette époque, en effet, les rois saxons s'étaient efforcés d'obtenir, pour leurs décisions, l'approbation et le soutien d'hommes instruits et clairvoyants. Il en fut de même après et les organismes qui prodiguaient ces conseils se sont transformés en un Parlement qui s'est fait aussi reconnaître, peu à peu, le droit de voter les impôts et de contrôler les dépenses du Roi : la démocratie venait de naître en Europe. Au fur et à mesure de leur arrivée à la maturité politique, tous les éléments actifs de la société de l'époque, seigneurs, marchands, artisans, fermiers, et aujourd'hui tous les citoyens, sont appelés à participer à l'exercice du pouvoir. De cet état d'esprit découle dès 1679 la garantie de la Liberté individuelle du citoyen anglais (Habeas Corpus Act ) alors que chez nous il fallut attendre un siècle de plus.
La royauté absolue en Angleterre n'a existé que pendant de courtes périodes et la révolution anglaise de 1688 se réduit à l'échange de signatures, sans guerre civile, sans massacre, alors que dans notre pays le passage de la monarchie absolue à la royauté constitutionnelle s'effectuera cent ans plus tard au prix d'une Révolution par trop sanglante et trop destructrice, ce qui prouverait s'il en était besoin que les abus dans un sens entraînent toujours d'autres abus en sens inverse. A l'époque, en Angleterre, il s'agit seulement de savoir qui dominera, roi ou parlement, quelle forme de christianisme nourrira les âmes, qui paiera les impôts, les riches par un impôt direct, la masse des pauvres par un impôt indirect.
Entre 1688 et 1815, le gouvernement royal d'absolu devient constitutionnel et l'invention d'un gouvernement responsable devant le parlement, qui rend possible l'alternance des partis politiques, va faciliter l'action publique, d'autant plus que le principe majoritaire est aussi appliqué dès cette époque.
C'est ce système inventé en Angleterre qui permet à la démocratie d'être pluraliste et par là parlementaire et au bipartisme de concilier à la fois la liberté et l'Efficacité. Aussi n'est-il pas étonnant que l'Angleterre se soit souvent mieux adaptée à la situation actuelle que nous, avec notre système qui était aussi parlementaire, mais avec un trop grand nombre de partis politiques qui entravaient l'exercice du pouvoir politique.
Au fur et à mesure de leur arrivée à la maturité politique, tous les éléments actifs de la société de l'époque, seigneurs, marchands, artisans, fermiers, et aujourd'hui tous les citoyens, sont appelés à participer à l'exercice du pouvoir. De cet état d'esprit découle dès 1679 la garantie de la Liberté individuelle du citoyen anglais alors que chez nous il fallut attendre un siècle de plus.
En outre, l'Angleterre a donné naissance à une forme originale de christianisme, mais il sortirait de l'objet de ce livre de rappeler les péripéties d'une rupture qui remonte aujourd'hui à quatre cent cinquante ans et qui, au fond, résultait d'une part de la force initiale du pouvoir royal qui ne voulait pas, comme c'est humain, partager son pouvoir et ses privilèges avec une église continentale et, d'autre part, de l'existence d'un nationalisme politico-religieux souhaité par la masse de la population.
Mais elle a été surtout à l'origine de la Société Industrielle en fondant un système économique où la recherche du profit par la libre entreprise et la confiance dans la monnaie anglaise, en primant toute autre considération, ont été à la base de la révolution industrielle, révolution qui, par ailleurs, en s'appuyant sur un capitalisme outrancier, a conduit à la lutte des classes qu'il faut pourtant, aujourd'hui, faire disparaître. De plus, le calme, propre à la nature intime d'un peuple vivant très souvent dans la pluie et le brouillard, l'incline davantage à la paix civile alors que notre pays qui vit sous des cieux plus cléments se trouve enclin à plus de fantaisie ; aussi les changements de régime politique sont-ils, chez nous, monnaie courante.
Ce sont toutes ces caractéristiques, climatiques ou autres, qui ont contribué à assurer à l'Angleterre une évolution paisible qui concilie, en quelque sorte, les avantages de la royauté et ceux de la république. Chaque gouvernement anglais succède au précédent. Il assure d'abord, ou tout au moins essaye d'assurer, la bonne gestion dans le juste milieu. Le caractère discipliné et tenace du peuple va aussi dans le même sens et c'est pour ces diverses raisons que l'on a suggéré dans la quatrième partie de ce livre que notre pays adopte un système de ce genre, où toutefois le rôle du président de la République serait prépondérant pour en faire une sorte de monarque républicain.
Mais, pour achever ce survol rapide de l'histoire de notre voisine, on ne peut malheureusement que constater, que malgré ses apports importants à notre civilisation commune, l'Angleterre, de nos jours, depuis l'achèvement de la Seconde Guerre mondiale, après qu'elle eut l'intelligence d'abandonner plus rapidement que nous ses possessions d'outre-mer et malgré la qualité de sa technique et la puissance encore importante de son industrie, n'est plus qu'un petit pays, comme tous ceux d'ailleurs qui constituent notre chère Europe. Comme eux, elle est à la recherche d'un nouveau devenir qui ne peut se fonder que dans la création de l'Europe souhaitée ici, Europe respectueuse des personnalités de chacun qui renoncera enfin aux "Volontés de Puissance et de Domination".
Tous les continentaux, dans leur immense majorité, désirent donc aujourd'hui, surtout après le magnifique exemple de courage, de vaillance, de persévérance, d'héroïsme et d'intrépidité que ce pays à donné voici plus de quatre décennies, aux peuples asservis de l'Europe continentale, que l'Angleterre, enfin, abandonne elle aussi définitivement des idées arriérées de suprématie et une certaine forme de nationalisme obtus en ne faisant pas, par exemple, d'efforts suffisants (comme les Etats-Unis d'ailleurs) pour que ses élites parlent une autre langue européenne que la leur. Chacune de ces langues est en effet nécessaire à la conservation de la spécificité de chacun et à la Dignité de tous, car faire apprendre aux autres sa langue est, en effet, une forme d'orgueil qui est aussi désastreuse pour les Etats que pour les individus.
Il est donc de la plus haute importance, pour l'unité affective des peuples de notre Europe, que l'Angleterre et ses habitants pris individuellement renoncent enfin à un complexe de supériorité national très ancien, qui les rend très souvent insupportables aux continentaux et qui, en étant largement dépassé aujourd'hui, ne peut manquer d'indisposer les autres européens, héritiers, eux aussi, d'une longue histoire (le comportement personnel des citoyens des Etats Unis parait être très sensiblement différent et beaucoup plus proche de celui des continentaux). L'Angleterre, après avoir été comme nous et après nous une superpuissance, n'est plus qu'un tout petit pays d'à peine 230 000 km2, et sa décadence est à l'image de tout l'Occident de l'Europe qui règle aujourd'hui le prix de ses luttes intestines.
Si les formes anciennes des relations entre les peuples pouvaient à la rigueur se concevoir à une époque où il n'était question dans le monde que des seuls Etats de ce continent vivant dans l'isolement, cette politique d'antan fondée sur l'équilibre des puissances et des forces et sur la formule "diviser pour régner" ne peut plus être de mise aujourd'hui. Les continentaux dans leur ensemble souhaitent donc tout particulièrement qu'elle n'utilise plus des moyens de discorde qui se référeraient à son histoire, où l'achat des consciences constituait souvent un de ses meilleurs moyens d'action.
Ce n'est pas pour rien, en effet, que chez nous le langage populaire imagé parlait de la Cavalerie de St Georges pour désigner l'argent anglais. Si ce dernier procédé n'est probablement plus en usage, du moins peut-on l'espérer, il ne faut pas aujourd'hui qu'il soit remplacé par des influences occultes dans le vaste domaine de l'information, de la presse et des moyens audio-visuels, ce dont on voudrait être sûr, même si ces influences ne relèvent que du snobisme. Si une grande partie des citoyens de l'Europe comprend facilement que la situation géographique insulaire de ce pays l'a conduit tout naturellement et très tôt à s'intéresser à la transformation des produits et au commerce international, elle sait aussi que c'est en Angleterre qu'est né un régime qui respecte l'homme, et qui contrôle et limite les dépenses ainsi que les actes du pouvoir exécutif, dans une forme démocratique fondée sur l'existence d'une majorité qui respecte la minorité.
Nos concitoyens pensent alors en conséquence que l'Angleterre, avec de semblables caractères, ne peut que faire partie d'une future Europe étant entendu cependant qu'elle admette de n'être plus qu'un petit pays dont le poids politique n'est pas différent de celui des autres Etats continentaux.Ces derniers comprennent cependant, et admettent, que les préoccupations économiques propres aux Iles Britanniques entraînent leurs habitants à regarder vers le grand large, vers le monde, vers les pays d'Amérique du Nord, et particulièrement vers les Etats-Unis, leur ancienne colonie qui parle sa langue et qui est actuellement, en raison de son étendue, de sa richesse matérielle, de la qualité de sa technique et de ses citoyens, le pays le plus puissant du globe surtout depuis l'effondrement de l'U.R.S.S., l'autre Etat-Continent de l'Europe. Mais ils pensent néanmoins que le commerce ne doit pas être, de nos jours, le motif unique de l'attachement à l'Europe affective souhaitée ici. Les continentaux demanderont alors à la Grande-Bretagne d'appliquer elle-même les principes de la démocratie qui sont nés chez elle et qui font que démocratie et indépendance nationale sont les mêmes aspects du seul mode de vie possible à l'époque de la Société Industrielle. C'est ainsi que le problème irlandais, tache peu honorable pour le pays où sont nés la démocratie et le respect de la personne humaine, doit recevoir une solution pour que l'on ne puisse plus accuser l'Angleterre d'appliquer toujours et seulement le vieux dicton classique et hypocrite : "Fais ce que je dis mais ne fais pas ce que je fais."
Il est donc de la plus haute importance que l'Irlande maintenue pendant de longs siècles dans un état de dépendance économique et politique absolue, voire d'un servage qui fut longtemps d'essence religieuse et économique, puisse retrouver la plénitude de ses droits, de ses devoirs et de son territoire. Mais il est encore aujourd'hui d'autres endroits dans le monde dit civilisé qui caractérisent bien davantage encore les sentiments d'hégémonie, linguistique et économique, propres aux populations de langue anglaise. Avant d'entrer de plain-pied dans l'Europe affective suggérée ici, on souhaitera que chaque citoyen des Iles Britanniques abandonne un comportement désagréable résultant de conceptions ultra-nationalistes dépassées, car étriquées, et que, dans les contrées où la colonisation anglaise s'est développée, les éléments anglophones majoritaires renoncent à un certain asservissement économique, culturel ou politique des minorités, alors que le siècle de l'asservissement est passé cette fois définitivement, surtout entre peuples européens de vieille culture. C'est alors en faisant appel à cette forme d'Europe libérale, mais non anarchique, et humaniste, donc respectueuse des personnalités et des intérêts de chacun, état ou individus, que les autres particularismes des diverses ethnies qui peuplent ce continent pourront conserver une certaine forme d'expression permettant aux citoyens de ces régions de manifester leur individualité sans, pour autant, compromettre l'unité de la nation dont ils dépendent.
Les citoyens de l'Europe continentale savent aussi que, depuis l'époque où Guillaume le Conquérant a permis à l'Angleterre de s'affirmer, la préoccupation essentielle de ce peuple remarquable de persévérance a été d'empêcher l'unité de l'Europe sous l'égide de tel ou tel Etat. Autrefois, il s'agissait de l'unité politique, et la crainte d'une Europe unie se concevait fort bien du point de vue de l'Angleterre. N'est-ce pas d'ailleurs encore cette crainte et peut-être aussi un certain orgueil qui lui avaient commandé le refus, il y a deux décennies, de participer à une association économique du continent, première étape de son unification ? Le Royaume-Uni était alors demandeur d'une adhésion à la communauté économique européenne, ce qui ne l'a pas empêché de mettre sur pied une association européenne de libre échange destinée à contrecarrer les efforts des Européens dans leur union. Cette Union à six a été d'abord relativement facile à mettre en place, grâce à une coopération étroite entre l'Allemagne et la France et soutenue par l'Italie et la Belgique. Mais elle est devenue plus délicate, dés l'entrée de la Grande-Bretagne qui a toujours l'intention bien ferme de la transformer dés que possible, en une vaste zone de libre-échange et cette communauté agrandie à douze lui permet encore grâce à l'appui qu'elle reçoit des petits Etats, de contrecarrer les désirs sous-jacents d'unité. Il avait fallu d'ailleurs d'interminables négociations avec nos voisins pour qu'ils acceptent enfin de faire partie de cette Europe économique, comme si celle-ci avait vraiment besoin d'eux, alors que le contraire est probablement plus exact. Quant à son dernier refus de signer l'accord tout récent de Maastricht sur l'Europe, cette décision est d'autant plus stupide et ridicule qu'il se passera probablement peu de temps, avant que la puissance de cette jeune Europe ne lui cause d'autres soucis vis-à-vis de sa propre prospérité et qu'elle implore, repentante cette fois encore, son admission.
On peut d'ailleurs se demander quelle sera l'Efficacité de cette union si elle devait s'étendre en plus des douze actuels, à tous ceux qui, devant le succès, veulent aussi faire partie de cette bénéfique association et en particulier à ceux de l'association patronnée par l'Angleterre ou à ceux libéré de la domination communiste.
Quels que soient les sentiments d'amertume qui percent dans l'âme des citoyens de l'Europe, il faut bien admettre, que si le véritable problème de l'imbrication de l'Angleterre dans une Europe unifiée est économique, financier et militaire, c'est-à-dire politique, il est en plus d'une autre nature en raison d'une certaine dépendance de l'Angleterre vis-à-vis des Etats-Unis d'Amérique. En effet ces derniers qui parlent sa langue sont trop puissants pour laisser aux Etats de l'Europe, pris individuellement, un poids politique suffisant, d'autant plus que la défense de l'Occident reposait jusqu'à ces derniers temps en grande partie sur la puissance militaire et nucléaire des Etats-Unis d'Amérique. Dans ces conditions, un Européen sincère et convaincu pense aussi qu'il faudrait que l'Angleterre soit persuadée désormais qu'elle ne pourra plus détruire l'association actuelle des Etats du continent par une action interne, à l'image de l'action permanente d'un Cheval de Troie, comme ses gouvernants y songent tout naturellement et à tout moment, et qu'elle ne contrecarrie plus les efforts de la France et de l'Allemagne pour y aboutir.
Le rôle actuel de l'Angleterre dans l'Europe ne doit pas être seulement fondé sur les avantages d'un marché de plus de trois cent vingt millions d'habitants, mais sur l'idée de constituer sans arrière-pensée, avec les continentaux, un ensemble affectif et cohérent où elle aurait à jouer un rôle, certes important mais non prépondérant, comme elle semble toujours le désirer, alors que l'époque de sa suprématie est largement finie. Si le peuple anglais, grâce à un effort colossal, a permis récemment aux peuples européens écrasés de retrouver leur liberté, il ne faut pas qu'il persiste dans un climat d'autosatisfaction qui est encore souvent le sien depuis l'achèvement de la Seconde Guerre mondiale (1) qui a fait de l'Angleterre un petit pays, comme tous ceux de notre vieille Europe, et il conviendrait qu'elle renonce à un complexe de suffisance mal placé, dépassé et déplacé. Mais, en plus de ces divers problèmes, il faut évoquer celui de la langue car la langue anglaise, même américanisée, ne manquera pas de créer des difficultés à toutes celles en usage sur notre continent, puisque les élites anglo-saxonnes ne font aucun effort pour parler une langue continentale.
(1) Notre pays après sa victoire de 1918 a eu de semblables réflexes, mais par trop affaibli par des pertes cruelles, il a vu peu à peu sa position internationale se détériorer, comme c'est actuellement le cas pour l'Angleterre malgré l'appui des Etats-Unis en ce qui concerne l'usage de la langue.
Et puisque la langue, comme on l'a vu au début de ce paragraphe, est la condition essentielle du développement de la personnalité, une association qui ne respecterait pas l'usage des langues nationales de l'Europe ne pourrait aboutir qu'à une uniformité moyenne, voire médiocre, qu'il faut rejeter car elle serait indigne des bâtisseurs de l'Europe affective et sentimentale, respectueuse des individus mais Efficace, objet de ce livre.
Toutes sortes de raisons militent pour ces souhaits et il ne faudrait pas du fait des conceptions nationalistes arriérées et exagérées du peuple anglais qui sont aujourd'hui hors de saison, que ces idéaux soient contrariés ou empêchés de son seul fait et que la réalisation en soit repoussée aux calendes grecques. Actuellement, si l'Angleterre est toujours une île, elle n'est plus une île isolée, ni à plus forte raison inaccessible avec le tunnel sous la Manche, ni encore moins invulnérable avec la découverte de l'avion et surtout des fusées et si elle est, comme nous, un vieil Etat jaloux de son passé, elle n'est plus qu'une nation moyenne, petite devant les Etats-Continents d'outre-Atlantique ou de l'Est de l'Europe. Sa force est, comme la nôtre, réduite, et dans ces conditions, puisque nos histoires sont à la fois si proches et en même temps si éloignées, il vaut mieux collaborer dans le respect de nos traditions mutuelles que de se rappeler à longueur de mois ou d'années les méfaits des uns ou des autres. Dans ces conditions, une grande partie de continentaux se demande ce que veut le peuple d'Angleterre qui paraît souvent les mépriser par ses attitudes très souvent inamicales, tout en se méfiant d'un continent qui serait uni.
Ces continentaux souhaitent donc, que le choix politique fait le soit aussi sans arrière-pensée au-delà d'un égoïsme national, largement dépassé et surtout sans vouloir à nouveau chercher à tourner les règlements quand ses intérêts lui paraissent mis en jeu (1).
(1) Le citoyen de notre continent constate, très souvent, qu'au niveau des institutions communautaires actuelles, l'Angleterre s'efforce très souvent, par l'intermédiaire des petits Etats de la façade Atlantique du continent (Pays-Bas, Danemark, Belgique, Portugal ) de favoriser une politique qui le transformerait en une vaste zone de libre échange, sous l'oeil bienveillant des Etats-Unis. En voulant jouer, il y a plus d'une décennie le rôle du Cheval de Troie, alors que les continentaux, pour ces raisons, lui avaient refusé cette entrée, l'Angleterre montre à nouveau que son amour de l'Europe ne va pas très au delà de ce qu'elle croît être ses intérêts, ce qui devrait renforcer la détermination européenne de la France et l'Allemagne, seuls et véritables piliers d'une Europe unie qui dans le même temps permettra à cette collaboration de s'étendre, non seulement à la Méditerranée mais aussi à l'Europe de l'Atlantique à l'Oural grâce à la puissance économique considérable de leurs deux Etats enfin solidaires et en refusant dans le même temps l'attrait d'une Mittel Europa de sinistre mémoire.
Il faudra donc un certain temps aux citoyens du continent pour oublier la tentative de mise sur pied par l'Angleterre de l'association dite de libre échange, dont l'objet principal était probablement de nuire à une communauté économique qui devait créer, progressivement, un climat de confiance amical entre des nations qui sortaient à peine d'un conflit sanglant. Actuellement la plus grande partie des citoyens de notre continent est pour l'Europe, les adultes âgés parce qu'ils furent les victimes du dernier conflit, les jeunes justement parce qu'ils n'ont jamais souffert.
Mais ce courant puissant ne signifie nullement que chacun doive se dissoudre dans un ensemble apatride et technocratique qui serait utopique. En étant d'accord sur ce point, nos voisins du Nord qui, il y a cinq décennies, supportaient la majeure partie de la bataille, en étant ainsi les sauveurs du monde libre, doivent, cette fois, comprendre que le temps du grand large et du seul commerce est passé et qu'aujourd'hui ils doivent seulement participer, sans arrière-pensée, à une Europe débarrassée de ses nationalismes étriqués. Il ne faudrait pas en effet que les continentaux en arrivent à trop douter de la sincérité européenne de leurs voisins d'Outre-Manche et les laissent finalement là où ils sont, dans leur île, puisqu'ils n'ont pas absolument besoin d'eux pour persévérer dans une voie qui est chère à une grande majorité des continentaux.
Il est nécessaire enfin que les différents peuples de l'Europe abandonnent, car il y va de leur vie propre dans le demi-siècle qui vient, les égoïsmes mercantiles nationaux, respectables chacun en soi mais qui constituent une série sans fin d'égoïsmes sacrés et de particularismes dans toutes les branches de l'activité humaine et qui jouent contre l'Europe, alors qu'il faut seulement de l'idéal pour que toutes les foules de Manchester, de Bordeaux, de Munich, de Copenhague, de Madrid, de Bruxelles, de Paris, de Strasbourg, de Rome ou de Florence appellent à l'union de toutes leurs forces (1).
(1) Il s'agit par exemple de voir les viticulteurs français manifester contre les vignerons italiens ou les paysans allemands contre les céréaliers ou les betteraviers français.
Mais qui sera capable de le faire ? Qui sera capable d'entraîner ces foules ? Qui sera capable de leur faire oublier des intérêts à courte vue tout juste au niveau des préoccupations des partis politiques actuels ?
Pour achever le tour d'horizon entrepris avec nos voisin du Sud et du Nord-Est, il nous faut maintenant évoquer quelques suites de la Seconde Guerre mondiale ainsi que les récents bouleversements qui viennent de se produire dans les pays qui, hier encore, étaient sous la domination économique et politique de l'ex-U.R.S.S. et qui, brutalement, retrouvent en partie leur liberté par suite d'un nouveau bouleversement dans l'histoire de la Russie Soviétique.
Après l'anéantissement de la puissance allemande en 1945, les grands vainqueurs Etats-Unis d'Amérique et Union des Républiques Socialistes Soviétiques, tous deux puissances extra-européennes, ont procédé, sans tenir compte pratiquement de l'avis de leurs alliés européens, d'abord à un nouveau découpage territorial du continent, découpage qui a amené des transferts massifs de population et des changements considérables dans le tracé des frontières, et ensuite à l'élimination progressive des nations européennes des territoires d'outre-mer qu'elles contrôlaient et dont ils peuvent, aujourd'hui, en apprécier les suites, à leur juste valeur. Le morcellement et la réduction territoriale de l'Allemagne, effectués dans un ressentiment général rendu tout à fait explicable par cinq années d'une guerre remplie d'atrocités, sont devenus pratiquement irréversibles par le déplacement souvent inhumain, de populations entières et vouloir maintenant revenir sur une nouvelle modification de frontières conduirait encore à de nouvelles misères pour les individus.
Aussi vaut-il mieux s'efforcer d'oublier et ne pas rechercher des solutions qui viseraient à remettre en question ces nouveaux tracés d'autant plus que, depuis les transferts de population, les zones géographiques intéressées ne reflètent plus la situation des temps passés. Ce dernier problème étant affectif pour les vaincus d'hier, il n'y a malheureusement aujourd'hui, pour eux, qu'une seule réponse, l'oubli de ce passé et l'espoir d'une véritable Europe. Aussi, nos voisins de l'Est peuvent-ils, dans ces conditions, apprécier aujourd'hui, à sa juste valeur, le sens de notre vieux dicton "Qui sème le vent récolte la tempête" en se référant à la coupure, par eux, de notre pays en quatre ou cinq parties après son effondrement en 1940. Mais le rappel de ce dicton veut simplement dire qu'il ne faut pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas subir soi-même.
Cette souffrance avait pu paraître à certains, malgré une exagération notable, à la mesure des crimes et des forfaits commis, mais heureusement pour notre voisine, le bouleversement de la stratégie économique de la Russie soviétique, qui vient enfin de s'apercevoir de la stupidité et de l'incohérence d'une économie qui ne fait pas appel au profit personnel, laisse à penser que la réunification de l'Allemagne qui a suivi permettra à notre continent de retrouver, à la fois sa force, sa puissance et sa prospérité. A partir de ce moment cette Europe qui est aussi la nôtre, pourra participer à la remise en marche d'une économie dévastée par un demi-siècle de communisme dans tous les pays de l'est européen et de trois-quarts de siècle dans l'ex-U.R.S.S., et celle-ci, en changeant brutalement de politique, vient d'ouvrir de nouveaux horizons pacifiques, cette fois pour une Europe unie.
Dans le même esprit il nous faut enfin évoquer aussi l'élimination des Nations Européennes de leurs possessions d'outre-mer qui s'est effectuée sous la pression conjuguée des idéologies des Etats-Continents de l'après-guerre. On peut seulement constater, quatre décennies plus tard, que les nouveaux pays créés n'ont pas tardé, surtout quand ils étaient des producteurs du précieux pétrole à revenir bien vite aux thèmes racistes qui dégénèrent rapidement, sous l'influence de l'intégrisme musulman, à la haine et la condamnation de la civilisation occidentale et ce n'est pas là un;des moindres soucis pour la prochaine génération que de penser à la défense de notre continent et de cette civilisation .
Ce rappel d'événements récents ne suffirait-il pas pour mettre en évidence les dangers qu'impliquent de semblables pratiques, mais l'U.R.S.S. qui avait un droit moral à assurer sa sécurité, après les destructions et cruautés sans nombre que ses peuples avaient subies, vient heureusement et brutalement de changer de politique car ses responsables viennent enfin de s'apercevoir (il vaut mieux tard que jamais) qu'il était impossible de mener leur pays au niveau des pays occidentaux modernes, en conservant un système économique qui en supprimant le profit individuel n'associe pas l'Efficacité aux autres principes retenus comme fondements du mode vie de l'Occident.
Et c'est ce qui amène à examiner rapidement les rapports passés entre les Slaves et les Germains au cours des deux derniers siècles.
On peut observer que les rapports entre les peuples russe et allemand ont toujours eu, au cours des siècles passés, une influence profonde sur le sort des nations de l'Europe occidentale. Chaque fois que le Germain et le Slave s'affrontaient ou s'entendaient, le devenir de notre continent était en jeu, si bien que l'idée de Nation ou d'intérêt d'Etat l'emportait toujours dans leurs relations.
C'est ainsi que, depuis très longtemps, les riches terres à blé de l'Ukraine ou d'autres lieux, les immenses forêts, les pelleteries ont attiré les marchands allemands venus des villes hanséatiques et même une importante population germanique qui s'est installée dans le bassin de la Volga (1). Les progrès de la civilisation occidentale dans cet immense pays se sont alors souvent effectués à travers le Germain, et de nombreux ministres, des souverains même, furent des allemands. L'intérêt économique était alors prépondérant dans les relations germano-russes et c'est cet intérêt qui a imposé, au cours des siècles, un réalisme implacable aux relations entre ces deux Etats. Souvent ennemis, quelquefois partenaires quand il s'agit de détruire et de se partager la Pologne, leurs rapports sont souvent à l'origine des grands faits de l'histoire du continent. Si les rapports entre notre pays et l'immense Russie, à part la malheureuse campagne de 1814, avaient toujours été assez limités du fait des distances, et malgré l'intérêt que portait la société russe dans son ensemble à l'époque, à l'étude de notre langue et de notre culture, il en allait tout autrement entre le Germain et le Slave pour de simples raisons de proximité géographique. Un simple retour en arrière de deux cents ans à peine permet alors de se rendre compte de l'influence des relations germano-russes sur la situation de l'Europe. Quand les Prussiens et les Russes font alliance en 1812, l'Empire napoléonien s'écroule et l'on voit Uhlans et Cosaques camper sur les Champs-Elysées ; quand cent vingt-cinq ans plus tard en 1939 l'Allemagne s'entend avec la Russie pour se partager une nouvelle fois la Pologne (2), toute l'Europe ne dépend plus que de la "real politik" et quand, quelque temps après, les armées allemandes fondent comme neige au soleil, dans l'hiver russe, l'histoire de notre Europe est à nouveau bouleversée.
(1) Ces populations furent déportées en Sibérie pendant la Seconde Guerre mondiale et, depuis quelques temps, certains descendants de ces populations reviennent en Allemagne.
(2) Les hésitations des pays occidentaux à l'époque ont eu aussi certainement un grand poids dans ce renversement d'alliances.
Aujourd'hui encore, la nouvelle transformation de l'URSS vis-à-vis de notre Europe implique cette fois une nouvelle modification compléte des rapports avec tout l'Occident et même avec le Monde entier, ce qui tendrait à prouver une fois de plus l'importance des rapports entre les Slaves et les Germains. Compte tenu de ces expériences, nous autres Français pouvons penser que si l'unité de notre continent dans un cadre souple est la condition initiale d'une vie commune pour tous nos pays, qu'ils soient situés à l'Est ou à l'Ouest, au Nord ou au Sud, nous croyons aussi que l'entente avec notre proche voisine, l'Allemagne, est la première des conditions nécessaires à cette sincère et affective association, étant aussi entendu, dans le même temps, que nous avons aussi de bonnes raisons de comprendre la Russie et la Pologne puisque nous avons supporté, ensemble, du fait de l'Allemagne nazie bien des misères. De plus, des liens très anciens nous liaient à un grand nombre de Nations de l'Europe centrale et orientale comme la Tchécoslovaquie, la Roumanie ou la Yougoslavie ; malheureusement ces nations n'ayant pas encore retrouvé complètement la voie de la démocratie, ces liens ne sont pas encore complètement rétablis.
On peut alors seulement espérer que rapidement ces derniers pourront l'être bientôt, avec les nouvelles conditions politiques qui devraient prévaloir prochainement dans toute l'Europe de l'Est, et que tous ces divers pays pourront, eux aussi, quand l'heure en sera venue, faire partie de cette Europe associative qui doit leur permettre de conserver leurs caractéristiques particulières et leurs traditions.
Les conceptions anciennes de l'ex-U.R.S.S auraient pu faire croire, en effet, aux peuples de l'Europe océanique, que la marche de la Russie vers la Méditerranée et les mers chaudes allait se réaliser aujourd'hui, grâce au nationalisme idéologique, sous des formes peu différentes de celles qui furent appliquées par l'Allemagne, il y a quelque temps, avec le Drang nach Osten (Marche vers l'Est), formes qui ont marqué, dans la chair des divers citoyens de notre continent, les stigmates des"Volontés de Puissance et de Domination"que tous doivent aujourd'hui abandonner, aussi puissants soient-ils.
Les diverses idées rappelées ci-dessus amènent maintenant à évoquer la séparation idéologique des différents peuples du continent, séparation consécutive à l'achèvement de la seconde conflagration générale et à ses résultats.
La seconde guerre avait eu comme conséquences de réduire à néant les diverses économies européennes et de couper pratiquement l'Europe en deux parties, l'une de caractère dit libéral, l'autre d'essence collectiviste. Cette coupure de l'Europe en deux systèmes opposés, imposée par les accords de Yalta entre les Etats-Unis, l'U.R.S.S. et la Grande-Bretagne, entraînait pour les individus concernés, en particulier pour nos voisins allemands et nos amis Polonais, Tchèques, Roumains ou Yougoslaves de douloureux problèmes qui se rapportaient surtout aux effets malfaisants de la dictature communiste et à la suppression des libertés essentielles à tout homme. Le destin du globe tout entier reposait alors sur deux super-Etats qui voulaient partager le monde en deux régimes opposés, voire en camps ennemis, fourbissant chacun des armes terribles, et, comme notre continent est placé géographiquement entre ces deux géants, qui ont atteint grâce à la Seconde Guerre mondiale les sommets de la puissance militaire de destruction, celui-ci était dans une situation telle que la politique des blocs antagonistes était particulièrement délicate à conduire.
C'est alors qu'un événement impensable depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale vient de se produire, il y a peu de temps.
Ayant enfin compris que la structure collectiviste de l'économie, avec sa productivité négligeable, était incapable d'amener l'U.R.S.S. et l'ensemble de ses satellites de l'Europe de l'Est à atteindre une situation économique de pays développé et moderne, brusquement celle-ci abandonne les théories de cette économie sans Efficacité, en redonnant, dans le même temps, l'usage de la liberté politique à ses satellites, y compris à la moitié de l'Allemagne qu'elle occupait militairement depuis presque un demi-siècle.
Mieux encore elle rétablit chez elle l'usage de la liberté et l'on voit même, sous les yeux étonnés et ébahis des pays occidentaux, disparaître dans une atmosphère joyeuse, le Parti Communiste hier encore tout puissant. Les divers pays de l'Europe de l'Est se sont alors hâtés de renverser les régimes de dictature policière qui prévalaient, tout en essayant de s'adapter souvent avec de grandes difficultés, à des régimes de démocratie libérale, alors qu'une anarchie démesurée trône dans une Russie qui, aujourd'hui, a bien du mal à retrouver la stabilité.
Celle-ci ne pourra retrouver cette stabilité que si son régime politique est bien adapté, puisqu'il lui faut, d'une part, assurer aux nombreuses ethnies qui la composent un statut réellement protecteur et une certaine autonomie tout en permettant l'Efficacité de l'action économique pour que cet immense et riche pays aux possibilités exceptionnelles atteigne rapidement un niveau économique suffisant grâce au travail rentable et soutenu des différents participants à l'action économique. Cette organisation nouvelle ne pourra qu'être fédérale pour permettre la cohabitation pacifique de ses diverses et nombreuses ethnies. Il parait alors que cette solution fédérale étant la seule capable d'assurer à la fois la liberté et le profit économique de la société, ce nouvel Etat aurait pu constituer comme on l'a déjà dit plus haut, à propos du nationalisme idéologique, une nouvelle "Union des Républiques Souveraines et Solidaires " (U.R.S.S.) mieux adaptée au monde de l'an 2000 que l'ancienne "Union des Républiques Socialistes Soviétiques" (U.R.S.S.) qui a fait preuve de son incapacité notoire à résoudre, dans la liberté, les difficiles problèmes de notre monde moderne et en particulier ceux de nature économique et politique assurant à chacun des constituants à la fois la liberté et l'Efficacité économique.
On peut d'ailleurs observer que les deux principaux pays de l'Europe continentale que sont actuellement l'Allemagne et la France, étant également de chauds partisans de l'idée européenne, n'ont aucun motif, ni aucun intérêt à voir cet immense et fascinant pays s'enfoncer encore davantage et s'effondrer dans une anarchie fondée seulement sur des nationalismes provinciaux ou ethniques inadaptés au monde moderne et qui pourraient même être dirigés de l'extérieur dans des optiques inamicales.
En effet la nouvelle association suggérée ci-dessus pourrait constituer d'abord pour notre continent un débouché commercial considérable et solvable pour sa production manufacturée, dont cette nouvelle association aura encore un important besoin pendant un certain nombre d'années étant donné l'état actuel de délabrement de l'économie générale, consécutive à l'influence négative de 75 années de communisme sur le comportement personnel des citoyens de cet immense pays.
Dans ces conditions l'association de cette nouvelle U.R.S.S. et des principaux Etats que sont l'Allemagne et la France pourrait constituer à échéance rapprochée, l'amorce d'une association capable d'assurer à ces pays associés de "l'Atlantique à l'Oural" non seulement la prospérité mais aussi la force convaincante de l'économie et de la puissance sous ses diverses formes.
La formule C.E.I.(Communauté d'Etats Indépendants) qui vient d'être choisie fin décembre 1991 semble répondre insuffisamment à ce besoin, car le grave problème de l'armement nucléaire démentiel de l'ex-U.R.S.S. parait être à lui seul, un motif trés inquiétant de déstabilisation de l'ensemble de notre continent, s'il n'était pas résolu à temps. Il faut espérer que cette nouvelle C.E.I.pourra avoir suffisamment de volonté pour éviter une dissémination de ces armes, dans des Etats insuffisamments convaincus de la folie nucléaire et qu'elle pourra gérer ce potentiel nucléaire dont elle vient d'hériter d'un Etat centralisé maintenant disloqué et pourquoi pas, en accord avec l'Occident, afin d'éviter tout risque dans ce domaine, ce qui ne pourrait que faciliter l'aide économique, que les pays modernes de l'Occident auront le devoir d'accorder à cette nouvelle fédération qui doit être avant tout amicale. Cette nouvelle union ne pourra d'ailleurs réussir, dans son objectif de modernisation économique, qu'au moyen d'un travail soutenu et rentable de l'ensemble de ses travailleurs qui impliquera lui, de faire appel au profit personnel qui seul encourage chaque salarié à produire, condition initiale de tout progrès.
On peut enfin remarquer que les habitants de l'Allemagne de l'Ouest ont retrouvé, dans leurs frères de l'Est, des citoyens différents qui auront, probablement, un certain mal à se réadapter au travail de la vie moderne, d'autant plus que le potentiel industriel hérité après quarante années de communisme, est le plus souvent insuffisant et périmé, sans même parler d'insuffisances criantes dans la sécurité ou dans la protection de l'environnement. On peut croire cependant qu'avec l'appui de leurs frères de l'Ouest et des autres pays de l'Europe comme la France, ce mauvais passage n'aura qu'une durée réduite car on ne change pas si rapidement l'ardeur au travail de tout un peuple. Dans ces conditions, le rôle de notre pays la France, est encore d'oeuvrer dans le sens d'une compréhension réciproque des intérêts des diverses nations pour faire disparaître rapidement les souvenirs de méfiance ou de rancune qui pourraient s'opposer à l'association amicale de tous nos vieux pays européens dans un cadre souple, tel celui de l'Europe de l'Economie Moderne, de la Tolérance, de l'Efficacité et de l'Equité souhaitée ici.
C'est d'abord par la formule de l'association simple qu'il faudra commencer, car celle-ci est une bonne voie pour démarrer un long processus, qui tout en laissant à chacune des ethnies ou des nations concernées le caractère particulier et affectif que l'on attend de la Patrie, permettra au temps de faire son oeuvre et d'effacer les rancoeurs du passé. Comme dans le même temps, la reconnaissance des nouvelles frontières a été solenellement reconnue à la Pologne, il est possible maintenant d'envisager une paix durable pour notre Europe. Ultérieurement d'autres accords devront concerner tous les autres pays d'Europe, Belgique, Hollande, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Hongrie, Albanie, Roumanie, Italie, Espagne, ainsi que les pays non européens comme les Etats-Unis d'Amérique qui ont supporté avec l'ex-U.R.S.S. le poids le plus important de la guerre.
Ces accords devraient permettre également de mettre sur pied les premiers éléments concernant l'association des pays de l'Europe de l'Est et de l'Ouest, en un mot d'une Europe de l'Atlantique à l'Oural et qui aura probablement à faire face à d'autres problèmes et en particulier à celui, à moyenne échéance, de la renaissance du nationalisme arabe et de l'intégrisme musulman qui lui est attaché, le tout sur fond de pétrole et de surpopulation.
Mais grâce à la puissance politique et économique de cette Europe enfin associée, celle-ci pourra faire face à toutes les situations prévisibles et assurer la paix dans le monde entier. C'est la crainte qui découle de ces situations, il faut bien le dire, qui est peut être inconsciemment, à l'origine des bouleversements politiques actuels entre l'Est et l'Ouest, ce qui va aussi heureusement dans le sens de l'Europe, de son unité et de sa défense. Toutes les Nations de ce continent doivent alors s'unir, non pas au nom d'une prétendue supériorité raciale ou culturelle qui serait incompatible avec un humanisme adapté à l'époque, mais parce que promoteurs de la civilisation technique, ils détiennent tous le pouvoir de s'anéantir. Comme maintenant avec leur expérience, ils sont tous animés du même respect de la personne humaine, dans la variété des langues, des pensées, des religions ou simplement de coutumes qui constituent les nuances mêmes d'une civilisation commune aux charmes diversifiés, ils aspirent tous aujourd'hui à la paix. Leur union ne doit pas viser à l'attaque, mais servir d'exemple démontrant aux yeux de tous, que le seul objet de cette union est de faciliter la cohabitation pacifique des diverses ethnies de ce monde, garantie par la cohésion de leurs puissantes forces si elles étaient unies et par la fécondation réciproque de leur pensée.
L'exemple de la défunte Société des Nations est d'ailleurs bien là pour montrer les résultats du manque de résolution des Etats qui l'avaient fondée. Il faut donc aujourd'hui qu'ils marchent la main dans la main sans arrière-pensées de domination de l'un envers l'autre, car les siècles d'hégémonie étant révolus, ils doivent vivre en commun pour permettre le développement pacifique de la civilisation technique. C'est ce qui conduira pour rester dans le cadre de conceptions pragmatiques, à évoquer plus loin les problèmes posés par la Défense d'une Europe qui répondrait aux idéaux de cet essai et dont les principaux traits ont déjà été évoqués plus haut dans le chapitre consacré à la Défense Nationale et c'est ce qui amène à examiner d'abord succinctement la question fondamentale des rapports de la société occidentale et des pays arabes.
Comme dans le même temps, les libres citoyens de cette Europe ne veulent plus être les jouets de vaines luttes idéologiques, et que leurs désirs intimes, disons leurs désirs politiques, les amènent à souhaiter une société économique qui associerait intimement l'Efficacité à l'Equité, but ultime de la Société Industrielle, il se pourrait que, dans un temps peut-être plus rapproché que l'on croit, la formule suggérée ici de "Capitalisme à accession communautaire" puisse alors servir de symbole à la fois à une Europe qui aurait atteint l'âge adulte et à une Société Industrielle dont le rôle serait d'améliorer équitablement et non égalitairement le sort matériel du plus grand nombre, par l'Efficacité du travail dans l'Equité, grâce à la concertation et à la participation de chacun à la nouvelle Société Industrielle comme l'on dit maintenant.
A l'achèvement de la Seconde Guerre mondiale et comme on l'a souligné au début de ce livre au sujet des problèmes de population, toutes les économies et les structures d'un grand nombre des pays européens étaient à reconstruire et les différents Etats ont été amenés à faire appel à une main d'oeuvre étrangère en provenance de la rive sud de la Méditerranée. Les uns, comme l'Allemagne, firent appel à une main d'oeuvre originaire de Turquie, les autres, comme notre pays ont utilisé d'abord, celle du Portugal et de l'Espagne en raison du chômage qui sévissait dans ces pays, puis ont eu recours au travail salarié de ressortissants d'Afrique du Nord, Maroc, Algérie, Tunisie, auxquels nous rattachaient de nombreux liens.
Et comme il ne pouvait en être autrement dans notre civilisation occidentale, ces travailleurs immigrés ont fait venir leurs familles si bien qu'aujourd'hui une population arabe importante, est domiciliée actuellement dans tous les pays de notre Europe. Si l'intégration des populations originaires d'Espagne ou du Portugal ne pose aucun problème à notre pays du fait de leur appartenance intellectuelle et religieuse à l'Europe, en revanche, l'intégration dans toute la société européenne des populations arabes, étant donné leur religion, pose de sérieuses difficultés pour nos pays de culture judéo-chrétienne.
En effet, en raison d'une part, du nombre des immigrés et du prosélytisme religieux de l'Islam avec l'intégrisme musulman et la Guerre Sainte, le tout lié à une richesse considérable en pétrole de certains de ces pays, sur lequel est fondée une grande partie de l'activité économique de tout l'Occident et même du monde entier, cette cohabitation paraît maintenant délicate à réaliser. La difficulté essentielle provient du fait que pour tout musulman, le Coran est à la fois la loi religieuse et la loi civile, conceptions qui rendent les musulmans difficilement assimilables s'ils conservent leurs traditions islamiques, comme par exemple le maintien de la femme arabe au seul rôle de reproducteur incompatible avec notre civilisation, ce dont nos grands responsables politiques ont l'air de ne pas être conscients en général.
Il conviendrait alors que déjà tous les hauts responsables des pays occidentaux se penchent à nouveau et en premier lieu sur le problème crucial de la suffisance énergétique car le racisme anti-occidental se manifeste, dès aujourd'hui, sous des formes de plus en plus visibles et qui pourraient même déboucher sur une guerre véritable, étendue à l'ensemble de la Terre en raison de la récente dispersion des populations concernées, de l'émergence du nationalisme arabe et du prosélytisme de l'Islam intégriste.
Si le problème de la suffisance énergétique pouvait en effet recevoir une bonne solution, non seulement toute l'Europe retrouverait une sécurité indispensable à sa prospérité, mais le pouvoir raciste des fournisseurs arabes de pétrole serait aussi réduit à une valeur plus conforme au pouvoir réel donc politique de ces pays. Il conviendrait donc aujourd'hui que les différents pouvoirs politiques de tous nos Etats occidentaux encouragent aussi les recherches, par exemple dans le domaine de l'utilisation de l'hydrogène, qui pourrait peut-être, être un excellent combustible de remplacement pour l'automobile, car il n'est pas polluant puisque sa combustion donne de l'eau, ce qui n'empécherait pas non plus de poursuivre les efforts dans le domaine de la voiture électrique.
Dans le présent chapitre, à propos de l'exposé sur le racisme en tant que forme particulière du nationalisme obtus et outrancier, on a suggéré, au sujet de la cohabitation des populations d'origine arabe et de religion musulmane que celles-ci ne pourraient être intégrées dans nos populations de culture et de tradition judéo-chrétiennes qu'à la condition expresse que ces populations ne soient d'abord pas trop nombreuses et qu'elles renoncent en plus, dans le même temps, aux manifestations ostentatoires, propres à l'intégrisme musulman, et à la Guerre Sainte qui font peur, il faut bien le dire, à toutes les populations européennes. Comme certains musulmans estiment le Coran incompatible avec l'idéal démocratique propre à l'Occident et parce que le statut de la femme, dans la civilisation arabe, est inacceptable pour la civilisation occidentale, pour laquelle l'égalité des sexes est aujourd'hui un dogme absolu, il n'est pas étonnant que le problème de l'intégration de ces populations soit particulièrement difficile à régler.
On peut encore observer que, dans notre pays en particulier, nos populations sont très largement ouvertes, tolérantes et souvent généreuses ; aussi sont-elles particulièrement décontenancées devant certains des procédés racistes et terroristes qui se rattachent directement à l'intégrisme musulman (attentats dans les avions, séquestration d'otages européens pendant de longues années, terrorisme aveugle, assassinats divers, etc.), si bien qu'elles refusent, souvent à bon escient, d'accueillir et d'intégrer des travailleurs immigrés dans la société occidentale.
En revanche, vis-à-vis de ceux qui sont venus, à notre demande, participer à la reconstruction de notre pays, cette intégration, sous réserve des conditions rappelées ci-dessus à propos du racisme, doit être satisfaite, car elle est la conséquence d'un contrat loyal conclu pour réparer les destructions du second conflit mondial. A l'heure actuelle, l'accès de cette main d'oeuvre nord-africaine doit être réglementé sérieusement pour n'aboutir , ni à une invasion, ni au chômage provoqué, par ailleurs, par une politique d'un pétrole trop cher, fondement raciste de la puissance arabe. Cette dernière politique devra aussi montrer aux responsables politiques de ces pays, et en particulier à ceux de l'Algérie que les choix faits, il y a deux décennies, par des dirigeants politiques incompétents en économie étaient inadaptés car ils ont sacrifié l'agriculture traditionnelle créée par la colonisation française à une industrialisation démesurée. Celle-ci était incapable en effet d'assurer suffisamment d'emplois à une jeunesse trop nombreuse déjà encouragée par une politique nataliste ultra-nationaliste et islamique qui considère seulement la femme arabe comme un reproducteur et comme une esclave de l'homme (il n'y avait qu'à voir à ce sujet, dans les campagnes, l'homme assis sur son bourricot et sa femme marchant derrière pour être persuadé de la situation infériorisée de la femme), et par la polygamie dans la civilisation musulmane, situation incompatible avec notre manière de vivre. C'est d'ailleurs cette situation particulière imposée à la femme arabe, qui marque le plus simplement et le plus clairement la différence fondamentale avec la civilisation occidentale et la rend difficilement admissible à tous nos compatriotes.
C'est alors l'accroissement insensé et récent de ces populations et, plus généralement, l'arrivée dans tout l'Occident de millions de pauvres hères du monde sous développé, qui doit attirer l'attention de tous les gouvernements de l'Europe. En effet, d'ici à quelques décennies, c'est toute l'Europe qui va se trouver confrontée avec une masse de population différente qui pourrait être galvanisée, par exemple par un Islam intégriste, avec son idéologie conquérante. Et comme l'Occident, de culture judéo-chrétienne, refusera de repousser par la force cette invasion pacifique, alors qu'il pourrait le faire, il n'y a plus maintenant qu'une solution : créer dans ces contrées des moyens de subsistance suffisants qui permettront d'éviter un afflux de population tel que de très grande difficultés surgiraient pour ce continent, et probablement une guerre religieuse pouvant devenir exterminatrice dont, tous nos pays n'ont que faire.
On a alors suggéré plus haut dans dans ce livre, à propos de l'examen des Problèmes de Population, pour remédier à cette éventualité, la mise sur pied d'une sorte de Marché commun qui engloberait l'ensemble des pays chrétiens de la rive nord de la Méditerranée avec tous les pays musulmans de la rive sud, mais aux conditions impératives suivantes :
- d'abord que la natalité dans ces pays soit réduite pour ne pas créer de futures difficultés aux populations de la rive nord, difficultés qui découleraient de la surpopulation de la rive sud,
- et ensuite que l'usage du français, dans toute l'Afrique du Nord, ne soit pas remis en question par un nationalisme arabe étriqué et motivé par un Islamisme sectaire et rétrograde pour lequel la haine de l'Occident constituerait la principale motivation comme cela risque de se passer en Algérie et qui pourrait rappeller la répulsion d'Israël par les masses arabes.
L'enseignement monolingue arabe met la grande masse de la jeunesse en position défavorable sur le marché du travail, vis-à-vis de ceux qui auraient pu apprendre le français. La langue arabe en effet n'est pas très bien adaptée à la civilisation technique, et puisque toutes les populations du Maghreb ont une certaine connaissance et habitude du français, depuis très longtemps déjà, il serait désastreux, surtout pour l'Algérie, de proscrire l'usage d'une langue qui lui permet un accès facile au monde moderne, sans oublier celui de la critique politique, fondement de la démocratie et de la socièté industrielle.
Cette ségrégation ne ferait encore qu'accentuer le sentiment de frustration de la jeunesse vis-à-vis d'un Occident à la fois adulé et détesté, alors que les enfants de la nouvelle classe dirigeante, après l'indépendance, reçoivent déjà en Europe une culture adaptée au monde moderne. Actuellement le Maghreb ne constitue plus un monde clos, la Méditerranée n'est ni une barrière étanche, ni un nouveau Mur de Berlin, les idées, les marchandises, les images circulent d'une rive à l'autre et la jeunesse s'apercevra peut-être un jour que les gouvernements qui étaient encore récemment au pouvoir la trompaient en lui refusant l'étude du français, car leur seule chance est justement dans ce nouveau Marché commun et non pas dans un Islamisme intégriste, aussi inutile que dangereux avec sa Guerre Sainte.
Le monde arabe aujourd'hui ne peut plus vivre replié sur lui même ; qu'il le veuille ou non, il est accroché aux pays occidentaux, ainsi le commerce inter-arabe dans les pays du Maghreb est au moins inférieur de dix fois à celui des échanges avec la communauté européenne. Aussi conviendrait-il aujourd'hui que les relations entre l'Occident et les pays arabes s'effectuent, actuellement, sous l'égide de l'Urbanité, ce qui impliquerait nécessairement que le monde arabe fasse enfin appel, lui aussi, à la démocratie et au respect de l'homme. Cela permettra à ces pays de se moderniser, au moyen d'abord d'une agriculture suffisante et d'une industrialisation légère, capable de créer d'abord des emplois sur place au lieu d'une industrie lourde incapable de le faire, et qui, en étant en plus à la charge des pouvoirs publics, ruine l'économie générale.
Quant au pétrole ou au gaz, ressources importantes s'il en était, ces ressources ont malheureusement transformé les esprits des masses en mentalités rentières, car il n'y a pas que les princes qui vivent du pétrole. L'indispensable modernisation interne à entreprendre ne devra pas apparaître cependant aux yeux de la masse comme une perte d'identité, mais seulement comme une impérieuse nécessité pour se hisser au niveau du monde moderne. Il ne faudrait pas en effet que l'intégrisme musulman soit reçu par la jeunesse comme le seul modèle capable d'assurer son avenir, alors que les modèles socialistes de l'Europe de l'Est qui avaient servi d'exemple à l'Algérie se sont tous effondrés au même moment,et que seul subsiste maintenant le modèle occidental, fondement d'une Démocratie qui ne confond pas religion et pouvoir politique (1).
(1) Que nos amis marocains et tunisiens se sont bien gardés d'appliquer. Il est alors trés regrettable que notre pays n'ait pu avertir les pouvoirs publics algériens des défauts majeurs d'une économie ne faisant pas appel au profit personnel, dans un pays où démarrait la Société Industrielle et où le parti unique empêchait toute critique.
C'est pour l'ensemble de ces motifs que la jeunesse francophone d'Algérie, qui semble actuellement la plus inquiète, doit redevenir rapidement un partenaire amical pour notre pays et oublier les séquelles d'un conflit malheureux qu'elle n'a pas connu, comme d'ailleurs toute notre jeunesse. En effet cette jeunesse doit bien réfléchir et surtout méditer, par exemple, sur l'antagonisme franco-allemand qui vient de s'évanouir devant la réconciliation entreprise, qui permet déjà à l'Europe de retrouver progressivement à la fois la puissance, la Dignité et l'Efficacité de l'action, grâce à la paix entre les deux principales Nations du continent.
C'est pour ces raisons essentielles que la jeunesse d'Algérie doit participer affectivement à l'élaboration du Marché commun méditerranéen déjà suggéré entre tous les pays riverains de la Méditerranée, au lieu de se laisser entraîner ou de se complaire dans des idées racistes ou xénophobes d'un monde arabe, qui serait unifié par un intégrisme islamique et rétrograde, car le temps des califes est cette fois largement passé.
Si cette jeunesse se laissait aller dans cette direction, le résultat ne pourrait être, à moyenne échéance, que les prémices d'une guerre religieuse entre l'Europe chrétienne, démocratique et libérale et un Monde islamique sectaire, avec ses conceptions rétrogrades de la dépendance de la femme arabe vis-à-vis de l'homme, sans oublier, non plus, la haine du "roumi" qui est encore par trop répandue et qui devrait disparaître avec l'arrivée de la Socièté Industrielle.
L'accès à la modernité suppose en effet une nette séparation du domaine religieux, comme les pays occidentaux l'ont fait il y a plusieurs siècles, et que le monde arabe mette aussi un terme à la solidarité anti-israélienne qui le fait vibrer d'un bout à l'autre du Maghreb en considérant l'Etat juif comme le dernier avatar du colonialisme, alors que Juifs et Arabes ont vécu les uns à côté des autres pendant deux mille ans. Cet état d'esprit devrait entraîner, dans le même temps, l'internationalisation des Lieux Saints des trois religions monothéistes en usage sur les rives de la Méditerranée.
Mais il faut bien admettre cependant qu'il sera particulièrement difficile de réduire le sentiment de frustration des masses arabes, car ce dernier est malheureusement la conséquence d'au moins cinq siècles d'une philosophie plus contemplative qu'active et d'un certain désintérêt de leurs anciens et hauts responsables, pour les applications pratiques des connaissances scientifiques.
On peut observer en effet que l'effort intellectuel des scientifiques de l'Occident a été mis, progressivement, au service de la puissance économique, donc politique de leurs pays respectifs, ce qui malheureusement ne s'est pas passé au cours des siècles dans le monde arabe et dont l'Occident n'est nullement responsable. La frustration de ces masses arabes est alors très malsaine, mais elle n'est pas la faute de nos pays, n'ayons pas peur de le répéter, mais seulement et plus sûrement celle des dirigeants responsables de ces pays, qui n'ont pas voulu ou pu évoluer alors qu'il en était encore temps, à l'exemple du Japon et comme on l'a déjà dit ci-dessus, à propos de l'examen des autres formes du nationalisme obtus et outrancier. Si les hauts responsables des Etats modernes d'Europe ou d'Amérique doutent encore du racisme anti-blanc, très repandu dans les foules arabes, ils n'avaient qu'à regarder sur les écrans de télévision l'attitude de ces foules quand l'Irak, pays arabe, menaçait la Société occidentale au nom de l'Islamisme, comme ce fut le cas lors de la crise du Golfe Persique. Après cette crise, cette même société arabe est aussi à même de juger la manière dont le gouvernement de l'Irak traite en particulier sa minorité kurde qui souhaite retrouver son indépendance ou tout au moins une certaine autonomie et il paraîtrait indispensable qu'elle juge sereinement l'attitude de cet Etat belliqueux qui, malgré une défaite écrasante dans la guerre du Golfe Persique, essaye encore, chez lui, de maintenir un pouvoir asservissant pour ses minorités et ses concitoyens.
L'intégration rapide de populations de confession musulmane, chère à la pensée démagogique de certains leaders politiques de l'Occident, paraît une vue de l'esprit, surtout, rappelons-le encore, avec la situation infériorisée de la femme arabe dans la société musulmane, à laquelle ne peut souscrire notre mode de vie, sans oublier l'influence néfaste du pouvoir religieux dans un pays laïc, comme l'est le nôtre. Alors que l'Europe est un ensemble d'Etats laïcs qui font une distinction très nette entre la religion et les lois que nos différents pays se sont données pour régir la société civile, il n'en est pas de même avec la société musulmane. Les Arabes eux mêmes ne voient pas leur intégration comme souhaitable, ils se disent différents des Occidentaux et leur arabisme religieux est leur seule identité, ce qui laisse à penser que chez l'Arabe, l'individu n'existe qu'en tant que composant anonyme et remplaçable de la collectivité arabe dans son ensemble, qui seule compte, alors que pour nous, citoyens de l'Europe Occidentale c'est l'inverse, et que le respect de l'individu, de ses droits et de ses libertés est prioritaire. En conséquence, les Arabes sont fiers de ces différences qui leur donnent finalement une seule marque d'identité que caractérise d'ailleurs le nombre important de pays arabes distincts les uns des autres, ce qui fait que l'unité arabe apparait encore, jusqu'à ces derniers temps comme assez problématique (en 1991 il y a 21 pays membres de la ligue arabe). La culture européenne admet et comprend facilement les différences religieuses, alors que celle de l'Islam paraît les redouter et a peur de cette diversité. Cet obstacle à l'intégration, s'il était franchi, permettrait enfin aux pays arabes de séparer la politique et le fait religieux propre au Coran. De plus, si le monde musulman redonnait dans le même temps à la femme un statut personnel égal à celui de l'homme, en interdisant la polygamie, une collaboration possible, amicale et souhaitable entre chrétiens et musulmans, pourrait en résulter.
Malheureusement, le modèle de la cohabitation libanaise, cohabitation par essence même multiculturelle, nous donne la preuve que la démographie est toujours plus forte que les idées généreuses de l'humanisme occidental, quand elle s'appuie sur une religion conquérante comme l'lslam avec son intégrisme, sa Guerre Sainte contre les infidèles et la natalité explosive des pays musulmans qui vont de pair avec cette dernière religion. Les massacres perpétrés récemment sur les enfants de personnalités chrétiennes dans ce pauvre Liban devraient inciter un certain nombre de nos compatriotes responsables à réviser leurs jugements sur l'Islam et son pacifisme, en étant un bon exemple de racisme à méditer pour nos intellectuels avancés, aux idées généreuses malheureusement inapplicables.
Il conviendrait, donc, que tous les hauts responsables politiques de tous les Etats de notre chère Europe réfléchissent d'urgence sur ces exemples, pour qu'une situation de ce genre ne puisse jamais se rencontrer sur notre continent et particulièrement chez nous avec la présence de nombreux ressortissants musulmans et il faudrait surtout que ces ressortissants refusent individuellement de participer à des actes terroristes de ce genre. On peut noter d'ailleurs avec une certaine satisfaction qu'au cours des événements du Golfe Persique, aucun attentat terroriste ne s'est produit en France et en Europe ce qui constitue un encouragement certain aux idées exprimées ici.
Mais les hauts responsables de l'Occident et particulièrement ceux de notre pays sont ils capables de s'élever au dessus de leurs querelles de clocher et de leurs petites affaires honteuses d'amnistie par exemple ou de trafics divers, pour s'intéresser enfin à ces questions d'une autre importance que sont les problèmes de la démographie et qui vont probablement déterminer dorénavant l'avenir prochain de ce continent et même du Monde entier ?
On peut encore constater que la politique arabe de tous les pays développés, qu'ils soient de l'Est ou de l'Ouest, s'est réduite, jusqu'alors, à arroser ces derniers de crédits bon marché tout en leur fournissant non seulement des armements, comme notre pays l'a fait, pour tous les armements classiques possibles mais aussi comme d'autres l'ont fait, en ce qui concerne les armes chimiques, ou bactériologiques et peut être même nucléaires. Cette politique insensée montre enfin ses dangers et ceux ci se sont particuliérement accrus du fait de l'aveuglement de nos pays qui ont même diffusé sans restrictions, dans ces derniers Etats, leurs connaissances théoriques et techniques dans tous les domaines, y compris ceux liés à la désintégration de l'atome ou mieux encore à la biotechnologie aux possibilités diaboliques, avec l'accueil de leurs étudiants dans toutes les Universités d'Europe et d'Amérique.
C'est en raison de l'exemple fourni par ce malheureux Liban, qu'il est de la première urgence que les plus hautes autorités de notre pays, en particulier, tiennent compte, beaucoup plus qu'ils ne le font généralement, des propos bellicistes tenus dans les mosquées d'outre-Méditerranée, propos qui pourraient être ressentis chez nous par un certain nombre d'immigrés, comme un appel aux prémices d'une nouvelle guerre de religion qui pourrait ensanglanter à nouveau cette fois tout l'univers.
On peut alors remarquer que le récent rapprochement entre l'ex-U.R.S.S. et les Etats Unis, et plus généralement avec tout l'Occident européen, est probablement en rapport étroit avec le réveil et la peur inconsciente du n