Il peut sembler étonnant qu'un essai qui ne cesse de se référer aux principes permanents de l'humanisme traite de questions où est évoquée la guerre entre les hommes. En effet, si les conditions indispensables à la paix universelle pouvaient être effectivement réunies, la Défense Nationale au sens classique serait inutile. Pourtant le problème de la Défense se pose car la Dignité, bien inestimable pour des citoyens libres, quels qu'ils soient, est en relation directe avec l'Indépendance Nationale, fonction elle-même encore aujourd'hui, qu'on le veuille ou non, des moyens que ces citoyens peuvent opposer à une agression extérieure.
C'est en effet une banalité d'observer que depuis que le monde est monde et que cette terre est ce qu'elle est, c'est-à-dire un lieu où cohabitent des collectivités humaines différentes, les grands problèmes entre ces collectivités ne se sont jamais réglés sans que la force n'ait fait le plus souvent sentir son poids. En outre, on peut observer que jusqu'à présent on avait toujours vu le plus fort écraser le plus faible. Aujourd'hui à l'époque de la Société Industrielle, il n'est plus inconcevable qu'une petite collectivité puisse anéantir par surprise une autre collectivité bien plus forte qu'elle, étant entendu cependant que les dimensions du territoire et la dispersion des populations, jointes à la puissance économique, sont encore des facteurs au moins aussi importants que la possession d'armes décisives issues d'un usage malfaisant du génie de l'homme.
C'est l'expérience de ce qui se passe dans d'autres lieux qui contraint notre Nation à mesurer à leur juste valeur les dangers qui peuvent résulter par exemple d'un racisme qui pourrait se manifester sous des formes sanglantes vis-à-vis de l'homme de race blanche, créateur de la civilisation technique.
En dépit donc de l'incompatibilité absolue entre la guerre destructrice et les principes cités comme fondements d'un Art de Vivre pour l'an 2000, on va examiner objectivement les problèmes de la Défense Nationale, dont dépend encore de nos jours la garantie de l'Indépendance de notre Pays, c'est-à-dire de la Liberté et de la Dignité pour chacun d'entre nous. Le problème fondamental de la Défense est actuellement et, comme toujours, de disposer de moyens capables d'assurer la protection de l'intégrité du territoire et des intérêts majeurs de notre peuple ; aussi les conceptions pragmatiques de ce livre amènent à penser que la Défense doit toujours découler, aujourd'hui comme hier, des derniers progrès techniques dans le domaine des armes, quelle que soit leur nature.
Si ces conceptions paraissent être d'une évidente banalité, les hauts responsables doivent être aussi persuadés que les habitudes camouflées autrefois sous le nom de traditions entretenaient souvent des rivalités nuisibles entre les différentes armes, en étant ainsi la transposition dans la sphère militaire de la défense, des intérêts égoïstes et des Volontés de Puissance des hommes.
Dans ces conditions, les observations élémentaires faites ci-dessus, observations compréhensibles par chacun d'entre nous, amènent nécessairement le gouvernement de notre Pays à choisir un système de Défense qui tienne compte de toutes les dernières possibilités des moyens techniques.
Il devra tenir compte de ces faits, tant dans le domaine des armes proprement dites que dans celui des moyens de transport même si l'usage de ces différents moyens renverse de vieilles traditions, pour ne pas dire des routines, en bousculant des institutions centenaires, suivant en cela l'exemple des modifications apportées dans la vie courante par l'irruption des techniques auxquelles elle fait appel.
C'est ainsi que si l'apparition de l'arme nucléaire avait rendu impossible un conflit armé entre Nations modernes et développées de puissance voisine, elle n'empêche nullement l'autre forme qui recourrait encore aux armes classiques, par exemple dans le cas d'un conflit avec un pays du tiers monde, comme la guerre du Golfe Persique vient de nous le montrer.
Et comme le désarmement général contrôlé internationalement est encore une vue de l'esprit, une politique de Défense Nationale est toujours indispensable pour notre Pays, mais celle-ci nécessitera surtout, et en premier lieu, une "volonté inflexible de Défense" qui exige que la communauté nationale soit vécue intensément par une population qui doit être solidaire de tous ses membres. Pour qu'il en soit ainsi, il est indispensable que personne ne se sente étranger à la Nation et ne soit pas marginalisé, par exemple, par le chômage.
Grâce à cette "volonté commune inflexible de Défense", le haut responsable de l'Etat pourra avoir le courage, en cas d'attaque maintenant bien improbable d'un pays moderne et en dernier ressort, d'utiliser l'arme nucléaire qui caractérisait aussi, jusqu'à la récente guerre du Golfe Persique, la seule stratégie possible pour notre Pays dans un conflit avec un pays moderne. Cette stratégie était appelée, à l'époque, par les spécialistes, la stratégie du faible au fort ...
Depuis les événements du Golfe Persique, on peut alors observer qu'un conflit éventuel avec un pays moderne n'est plus possible.Un danger de ce genre ne pouvant plus avoir lieu entre des pays développés, il resterait ceux qui ne le sont pas encore, mais qui sont par ailleurs trop peuplés et que le nombre, comme l'expérience des siècles passés l'a toujours montré, est le fondement des politiques belliqueuses des Etats. Mais on doit alors observer qu'un conflit de ce genre ne relèverait plus de l'arme nucléaire, mais seulement d'une armée classique avec éléments blindés, avions, artillerie et fantassins qui rappelleraient l'armée de masses des siècles passés, sauf si notre Pays et l'Europe faisaient l'objet d'une invasion massive qui justifierait l'emploi de l'arme finale sur des objectifs appropriés.
Si autrefois les armées étaient souvent le reflet des pensées conservatrices fréquentes chez certaines des élites du pays qui ont toujours plus ou moins peur du changement (1), aujourd'hui, la capacité novatrice de la Défense est telle que ces élites doivent se soumettre à ces bouleversements. Et pour que chacun suive sans difficultés le raisonnement de ce paragraphe, on traitera d'abord du conflit entre pays modernes, puis ensuite celui avec des pays sous-développés et très peuplés à la recherche, comme il ne pourrait en être autrement, de l'espace vital, jusqu'à l'apparition de l'arme finale.
(1) Les grands conquérants sont ceux qui bousculent les formes classiques de l'affrontement à une époque donnée.
En effet on peut observer que si l'arme atomique des années 1945 avait été qualifiée à l'époque d'arme "absolue", en 1992, un demi-siécle après, le guidage ultra précis de cette arme "absolue" modifie du tout au tout les conditions de la guerre, puisqu'à partir de ce moment, il serait possible de frapper l'adversaire non seulement au centre de son pouvoir de décision, mais encore d'anéantir les engins ennemis avant qu'ils atteignent leurs objectifs.
Ces possibilités nouvelles nées des cerveaux d'outre-atlantique permettent aujourd'hui de frapper d'impuissance l'arme absolue et de la faire tomber en désuétude, ce qui ne manquera pas d'amener de nouveaux bouleversements dans l'histoire de l'humanité.
Pour débuter ce chapitre, un historique rapide de notre Défense Nationale est d'abord indispensable
A l'exception des graves incursions anglaises, consécutives à la prétention des successeurs de Guillaume le Conquérant de recouvrer certains territoires du fait de l'existence de droits féodaux anciens et de l'existence d'une politique constante et inamicale de l'Angleterre, et à part quelques incursions normandes ou barbaresques, notre Pays a surtout été envahi récemment par voie de terre, du côté de l'hexagone non protégé par dame Nature, c'est-à-dire par la plaine du Nord-Est qui ouvrait, en quelques étapes de marche à pied les portes de notre capitale à l'envahisseur.
C'est cette caractéristique géographique qui a amené notre Etat à consacrer des sommes très importantes à l'armée de terre et aux fortifications, et à fonder, jusqu'à un passé très récent, sa politique de sécurité sur le Rhin. Jusqu'à présent, nous autres Français, nous nous sommes battus spécialement pendant cinq siècles contre l'Angleterre et ses alliés sur le continent, et pendant deux siècles à peine d'abord contre l'Autriche-Hongrie, puis la Prusse, puis enfin l'Allemagne notre voisine de l'Est, si bien que l'une ou l'autre de ces Nations était qualifiée par la masse de notre population, d'ennemie héréditaire, l'Angleterre sur mer, l'Allemagne sur terre. Pendant la longue période où nos différents régimes politiques ont fondé notre Nation, l'esprit de notre peuple fut belliqueux, car à cette époque nous étions le pays le plus peuple d'Europe, donc le plus entreprenant, surtout avant, pendant et après la Révolution de 1789 (1).
(1) Le nombre est l'élément essentiel de la politique d'un peuple ; aussi la démographie doit recevoir la plus grande attention des représentants de la Nation et du gouvernement.
En effet, il s'agissait aussi de répondre à la menace de troupes étrangères massées à nos frontières pour rétablir la royauté, et de répandre ensuite à travers l'Europe les conceptions de Liberté et d'Egalité, à une époque où celles-ci n'étaient encore, de par le monde, que des voeux pieux. Mais ces idéaux furent détournés par Napoléon 1er en motifs de conquête d'une grande partie de l'Europe, ce qui nous a attiré l'opposition violente et farouche d'une Angleterre obstinée qui a fini par triompher sur le continent grâce à ses coalitions.
Passée cette période, vint la Société démocratique, qui accepte plus difficilement l'état militaire que la société féodale qui la précédait, en raison des règles d'obéissance au supérieur hiérarchique, de l'instantanéité dans l'exécution des ordres, et aussi de la soumission à l'intérêt collectif que cet état implique (1).
(1) Dans la première partie de cet essai on a montré, à propos des faits qui ont présidé à la naissance des formes d'Etat, que le système féodal découlait directement de la difficulté des transports terrestres, c'est à dire, dans le cas de notre pays, de l'influence de la géographie sur la structure de l'Etat.
Il n'est donc pas étonnant, dans les nouvelles conditions d'existence, que la Société démocratique ait eu plus de mal que la précédente à recruter une armée pour les besoins de la Défense Nationale.
Si pendant la Révolution et le Premier Empire (1), le militarisme et l'esprit jacobin allaient alors de pair, dès la Monarchie de juillet, l'esprit militaire s'estompe peu à peu, mais se renforce sous Napoléon III et la Commune. L'internationalisme et l'idéalisme pacifique qui suivent amènent malheureusement à rejeter l'armée vers l'ordre et la tradition, et il a fallu la conduite belliqueuse de nos voisins allemands, dans la seconde partie du 19ème siècle, pour faire admettre à notre Pays la nécessité d'une armée imbriquée dans la Nation au moyen d'un service militaire étendu à toute la population (2). Et, comme à cette époque il fallait une armée de masses humaines, puisque l'armement ne permettait d'autre théorie que celle des gros bataillons, et comme notre population était surtout rurale, le recrutement du contingent était facile car il faisait appel à la masse paysanne respectueuse de l'ordre établi et habituée depuis des siècles à la soumission et à l'autorité. L'esprit contestataire était donc inexistant, d'autant plus que la perte, au même moment, de Strasbourg et de Metz laissait une plaie béante dans le coeur de notre peuple qui savait que l'Alsace et la Lorraine faisaient partie intégrante depuis Louis XIV de notre pré carré, c'est-à-dire depuis 1648 pour l'Alsace et 1766 pour la Lorraine.
(1) Les armées pendant la Révolution faisaient appel à des volontaires. Napoléon 1er, " l'ogre de Corse," établit la conscription devant les besoins de l'armée de masse.
(2) Le service militaire national obligatoire date seulement du début de ce siècle, sous la pression des dangers provoqués par l'attitude de nos voisins allemands.
Après cette période, l'épopée coloniale entraîna beaucoup de nos compatriotes à s'expatrier pour les motifs élevés d'accès de ces pays à la forme occidentale de la civilisation, mais aussi pour des motifs économiques beaucoup plus lucratifs.
Ensuite, ce fut la Grande Guerre entre les pays d'Europe, et les pertes qui en furent la suite nous laissèrent tous exsangues, en fournissant au pacifisme et à l'antimilitarisme de nouveaux arguments qui, minant peu à peu notre moral, nous placèrent à la merci de nos voisins d'Outre-Rhin et d'Italie, animés avec le Nazisme et le Fascisme, d'idéologies belliqueuses.
Il aura fallu, ensuite, l'expérience de l'asservissement et la résistance active d'une Angleterre obstinée, pour montrer à notre peuple que le meilleur moyen de remédier à l'idéologie belliqueuse et totalitaire de nos voisins était de faire appel à l'idéal de Liberté et d'Indépendance, seuls supports efficaces de la Démocratie qui, depuis des lustres chez nous, confond armée et Nation.
Celles-ci, dans tous les pays occidentaux, ont bouleversé les rapports des hommes, et nos compatriotes voient se dérouler sous leurs yeux étonnés diverses manifestations de la jeunesse qui réagit aujourd'hui non pas comme les citoyens d'un Etat traditionnel, mais seulement comme les membres d'une Société prospère.
N'ayant jamais manqué de rien, grâce à la Paix et à la Société Industrielle, et en raison du laisser-aller général d'une société permissive et sans idéal, la jeunesse refuse aujourd'hui les diverses formes de contraintes et, en particulier, le service militaire obligatoire qui faisait partie de nos traditions.
Il n'est donc pas étonnant, en raison de l'attitude de pacifisme inconditionnel de cette jeunesse et du refus d'une existence marquée par les contraintes de la famille, de l'école, de l'Entreprise ou même de la Société, considérée comme l'instrument de la domination d'une partie de la population sur l'autre, que les générations âgées soient un peu décontenancées devant ces attitudes. Ces générations peuvent seulement dire à leurs descendants que ces contraintes ont malgré tout permis l'épanouissement d'une vie plus facile et un développement économique sensible autorisant un progrès social important, en leur rappelant simplement l'expérience de leur passé personnel.
Ainsi, elles sont passées directement et brutalement de l'adolescence à la déroute et que n'ont-elles pas entendu alors que notre Pays se décomposait en 1940 et se liquéfiait sur les jolis chemins de nos campagnes, à l'instigation de son gouvernement, avant de subir, pendant quatre longues années, une nuit qu'éclairait seulement l'espoir de la Liberté (1).
(1) Ce qui donne un certain sel à l'expression française bien connue : "s'en moquer comme de l'an quarante".
Toute la jeunesse actuelle doit alors savoir que les peuples sont comme les hommes, ils connaissent l'enfance, la maturité, puis le confort et peut-être le déclin sans oublier les tentations de l'hégémonie quand ils sont au faîte de leur puissance, et que le meilleur moyen de conserver une liberté qui n'a pas de prix est de se défendre, si besoin.
Dans la crise actuelle de conscience que traversent notre peuple et tous les peuples de l'Occident d'ailleurs, toutes les valeurs anciennes sont repoussées, dans une véritable explosion de liberté sans limites où toute contrainte est rejetée et où tout est autorisé. Il importe alors qu'une certaine structure traditionnelle soit cependant maintenue pour que la Société occidentale ne bascule pas dans une anarchie que ne peut supporter la Société Industrielle, donc technique qui, du fait même de sa complexité, est une société fragile.
Les adultes des générations qui sont à la fin de leur vie active souffrent alors de voir que, souvent, les mots de patrie, de discipline, de sens du devoir, ne paraissent plus actuellement répondre complètement aux aspirations de leurs enfants. Il ne faut cependant pas attacher à ce phénomène, conséquence du bien-être matériel, une influence par trop importante.
En attendant la création et la mise sur pied d'un nouvel équilibre de civilisation qui ne manquera pas de passer par des phases de désordre, d'erreurs ou de générosité, on peut déjà remarquer que l'armée nationale est située en dehors du cadre habituel des institutions indispensables à la vie de l'Etat : administration, structures industrielles, agricoles ou commerciales, et que cette Armée Nationale devrait être seulement l'expression de la continuité du pays, à la recherche de nouvelles structures mieux adaptées à la vie actuelle. Elle doit être alors considérée non pas comme un organisme séparé de la Nation, mais justement comme la Nation elle-même, et son rôle se rapproche de celui de l'Education Nationale avec laquelle elle doit être en symbiose parfaite, puisque l'une et l'autre sont au service de toute la population.
C'est pour ces motifs, que ne renieraient certainement pas nos ancêtres, qu'ils soient royalistes, jacobins ou républicains, que l'armée doit déjà faire appel au contingent pour mieux impliquer et même imbriquer notre peuple dans sa défense, étant entendu cependant que l'armée moderne n'est plus une armée de masses humaines mais de moyens, et qu'il importe en conséquence que nos responsables politiques attachent la plus grande importance possible au problème du Service militaire obligatoire propre à notre Pays, car il est un des fondements de l'Equité entre les différentes familles de ce Pays et, par là, de l'indispensable cohésion de nos diverses populations.
On peut remarquer que notre Pays, qui a parachevé il y a plus d'un siècle maintenant son Unité Nationale, avec l'acquisition territoriale par Napoléon III de la Savoie et du Comté de Nice en 1860 après consultation des populations, n'a aujourd'hui vis-à-vis de ses voisins immédiats aucune revendication territoriale risquant d'entraîner un conflit ouvert .
Alors que, après 1870, l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine avait rendu impossible l'entente Franco-Allemande, on peut dire que, heureusement, la séparation de ces deux provinces en 1940 n'ayant été que de très courte durée, aucun obstacle ne subsiste plus aujourd'hui à la réconciliation définitive des deux piliers majeurs d'une Europe Unie que sont d'un coté la France et de l'autre l'Allemagne.
Comme, de plus, ce Pays ne cherche pas non plus à imposer, à l'extérieur de ses frontières, telle ou telle forme d'idéologie, comme ce fut le cas au moment de la Révolution de 1789, il se trouve placé dans une situation telle que le maintien d'une Défense Nationale nécessairement onéreuse peut paraître inutile.
Pourtant, par prudence, nos responsables politiques doivent toujours y penser, car il ne peut être question dans ce domaine d'improviser et de s'y prendre au dernier moment.
En effet, la période nécessaire à la création d'une Défense valable ne pourrait se comparer, en durée, à celle qui apparaîtrait entre le début de la menace et sa réalisation effective ; il faut donc, bon gré mal gré, que notre Pays soit muni des moyens utiles, tant qu'une organisation internationale ne pourra permettre sûrement de maintenir la Paix.
Si aujourd'hui les conflits entre tous les pays de l'Europe occidentale, Allemagne, Angleterre, Espagne, France et Italie, paraissent bien finis en raison de l'affaiblissement de leurs forces respectives et de leurs expériences désastreuses, il n'y a malheureusement pas que ces pays puisque, avec la capacité des moyens de transport aériens et bientôt spatiaux, l'attaque pourrait provenir d'un pays surpeuplé et sous-développé de n'importe quel point du globe, surtout si l'assaillant utilisait par exemple l'arme atomique ou, plus sûrement, s'il répandait des virus dans l'air ambiant ou dans l'eau au moyen d'une guerre bactériologique.
De plus, les oppositions des Etats qui étaient la conséquence, il y a peu de temps encore, de conceptions économiques différentes ou opposées et exacerbées par un nouveau chauvinisme à forme sectaire, voire religieux, risquent d'entraîner des affrontements sanglants, sans même parler ni des périls dus aux potentiels colossaux de destruction qui pourraient échapper, par exemple, au contrôle politique des hauts responsables des Etats modernes, ni des motifs idéologiques ou religieux qui pourraient être la cause d'une guerre étendue à l'ensemble du monde. Ce serait par exemple encore le cas avec l'Islam et la Guerre Sainte en raison de l'imbrication des populations musulmanes dans tous les pays de l'Europe, et l'exemple du Liban est bien là pour attirer l'attention de tous les hauts responsables sur d'éventuels et probables dangers qu'il nous faut à tout prix éviter.
C'est pour ces raisons de simple précaution que nos enfants, qui sont les premiers concernés par les besoins de la Défense Nationale et en particulier par le Service Militaire, doivent encore en admettre la nécessité jusqu'à ce que les conditions nécessaires à la Paix universelle soient établies et surtout respectées.
En effet, c'est comme si au problème comment guérir ? on se contentait de répondre:
"en éliminant toutes les causes de maladie".
Par sa population, par ses richesses, la France a pu longtemps compter sur la seule armée de terre pour repousser une agression qui était de même échelle, mais actuellement l'atome et les armes chimiques ou bactériologiques introduisent un tel changement, une telle rupture, que si notre Pays veut encore maintenir le mieux possible son Indépendance et sa Liberté, c'est-à-dire sa Dignité, il doit se hisser surtout au niveau supérieur des techniques.
C'est la seule solution possible dans l'état actuel des relations internationales, toujours dépendantes de Volontés de Puissance et de Domination pourtant périmées.
Dans ces conditions, pour ne parler que de l'expérience du passé, celle de la Seconde Guerre mondiale puis celle de la crise du Golfe Persique qui sont là pour nous rappeler à la prudence et au fait qu'il ne faut négliger aucun effort pour parfaire nos connaissances dans tous les domaines en relation avec la Défense Nationale, et pour rester dans les conceptions réalistes de cet essai, il nous faut évoquer la politique actuelle de Défense possible de notre pays, puisque le conflit armé risque d'être la suite logique d'actions destinées à maintenir la Dignité de ce Pays, c'est-à-dire son Indépendance.
On peut aussi observer, aujourd'hui, que le conflit armé pourrait être la suite inévitable d'actions où ne serait pas impliquée directement la Dignité de notre pays mais, la conséquence de mesures au service et aux ordres d'une organisation internationale, comme ce fut le cas avec la guerre du Golfe Persique et, dans ce cas, le problème est alors tout différent du conflit nucléaire.
Les conceptions pragmatiques de ce livre amènent alors à préciser que la politique de Défense de notre Etat doit découler surtout :
- d'une part des moyens nucléaires résultant des dernières techniques militaires et aussi de ceux qui permettraient d'affronter les dangers éventuels de la guerre chimique ou bactériologique ;
- d'autre part de l'attitude pacifique ou belliqueuse des différents Pays de notre Terre et des possibilités d'aide que les pays amicaux pourraient lui fournir, ce qui englobe aussi ce que l'on pourrait appeler, pour notre Pays, une stratégie active.
Il convient toutefois de remarquer dès l'abord que notre Pays ne fera usage des moyens de défense terrifiants qu'il détient qu'en cas d'attaque seulement, car nous ne sommes pas des sauvages sanguinaires.
Ces remarques amènent à rappeler ce qu'étaient les conflits classiques, avant d'évoquer ce que serait maintenant un conflit moderne.
Fondé sur l'utilisation de grandes unités blindées, il nécessitait une logistique importante et consommait en conséquence des quantités prodigieuses de carburant. Le ravitaillement de ces unités nécessitait des ressources considérables, une industrie puissante disposant de moyens techniques bien adaptés et de techniques de production en série bien au point.
A défaut, des alliances avec des pays économiquement puissants permettaient l'ouverture d'un conflit si la liberté des mers pouvait être assurée. Ainsi, au cours de la dernière guerre, le destin du Japon a été scellé après la destruction quasi totale de sa flotte par la marine et l'aviation des Etats-Unis, et celui de l'Allemagne fut réglé après l'échec de la guerre sous-marine en Atlantique.
Le pays qui disposait de la liberté des mers était favorisé ; il l'était d'autant plus si son potentiel de production était à l'abri de la destruction grâce à la distance, puisque l'isolement géographique ou l'étendue du territoire constituait, à cette époque, des éléments particulièrement favorables au succès des armes, comme ce fut le cas notamment des Etats-Unis d'Amérique après la Première ou la seconde Guerre mondiale.
C'était alors l'époque de la guerre des roues et mieux encore de celle des chenilles qui permettent le déplacement des véhicules sur tous les terrains. Cette méthode fut appliquée pour la première fois aux chars d'assaut sur le front français en 1917 par le général Estienne et ces deux possibilités guerrières faisaient toutes deux suite à la période de la marche à pied ou à cheval en usage depuis les débuts de l'humanité.
Ensuite, ce fut la période de la guerre des ailes qui a marqué de son empreinte de feu de nombreuses cités de l'Europe et de l'Extrême-Orient au cours du second conflit mondial.
On peut aussi aborder, à ce sujet, les essais d'armes chimiques qui ont été utilisées pour la première fois par l'Allemagne sur le front français en mai 1915 à Ypres, d'où le nom d'ypérite donné à ce gaz asphyxiant. On remarque cependant que l'arme chimique aggrave surtout les conditions de la guerre et, si elle est d'une efficacité limitée contre des troupes bien entraînées et bien protégées du fait de la présence sur le soldat de combinaisons étanches et de masques à gaz qui entraînent une mobilité réduite et une certaine gène respiratoire, en revanche elle est, en particulièrement meurtrière contre des populations civiles, comme ce fut récemment le cas pour les populations kurdes, dans les affrontements entre l'Irak et l'Iran.
Quant à la guerre bactériologique, elle serait encore d'un autre niveau d'épouvante car elle pourrait entraîner des millions de victimes et pourrait être la revanche de pays incapables de maîtriser d'autres techniques. En l'absence de traités officiels avec moyens de contrôle efficaces et sanctions immédiates et adaptées pour éviter les armements chimiques, le seul moyen actuel connu était d'en posséder un (c'est pour ces raisons qu'il n'a pas été utilisé dans le second conflit mondial, chaque adversaire étant persuadé que l'autre en avait aussi un en réplique).
En résumé, on peut constater que si l'atome est l'arme des riches et des puissants, il persuade, en outre, ces Etats modernes et développés de ne pas se faire mutuellement la guerre, alors que l'arme chimique, arme du pauvre, se contente d'aggraver les conditions de vie pour les humbles civils et que l'arme bactériologique, encore plus dangereuse, impose un changement absolu des conceptions de tous les responsables au niveau le plus élevé de tous les Etats de notre Terre.
L'apparition de l'arme atomique, avec ses moyens de destruction quasi illimités, amène à transformer du tout au tout la nature d'un conflit.
En effet, avec cette arme qui transforme ceux qui la reçoivent en morts par vitrification et ceux qui y échappent en morts vivants, il s'agit d'un tel changement d'échelle qu'il n'est plus possible de penser au déroulement d'un tel conflit, puisqu'il serait trop absurde pour les deux parties, si bien que la possession de cette arme finale rend la guerre nucléaire improbable entre pays modernes, sauf possibilités d'emploi par certains gouvernements comme il s'en trouve malheureusement dans tout le moyen-Orient, en raison de la cupidité stupide des pays modernes qui les auraient initiés à ces techniques.
Cette dernière remarque pose le problème de la diffusion parmi la jeunesse des pays concernés des connaissances scientifiques spécialisées et celui de la fourniture d'équipements industriels particuliers, et ces remarques vont à l'encontre de l'obligation morale et impérative de la non-dissémination de ces armes.
Plutôt qu'à un phénomène politique ou économique, la guerre nucléaire, chimique ou biologique à l'époque de la Société Industrielle s'apparente à un fait biologique, puisque c'est la présence même de l'homme sur le globe qui risque d'être remise en cause.
Pour supprimer ce risque démesuré par rapport aux motifs propres d'un conflit, il est possible certes de désarmer ou d'interdire d'un commun accord à tous les Etats l'utilisation de ces armes pour se limiter au seul usage des armes dites conventionnelles. Mais un tel raisonnement comporte d'immenses périls car l'Etat placé, juste avant la fin malheureuse d'une guerre dite classique, dans la situation de vaincu ne pourra plus raisonner objectivement en raison de la psychose propre à la défaite. Placé dans une situation de ce genre, il y a de grandes chances que le haut responsable de l'Etat utilise l'arme nucléaire s'il la posséde, en particulier s'il n'a pas suffisamment de raison pour arrêter les frais à temps. Perdu pour perdu, il pourrait entraîner dans une catastrophe commune lui-même et ses ennemis.
Cette éventualité aurait été encore possible en 1945. Les grands Etats modernes concernés par la défaite, fût-elle provisoire, n'auraient sans doute pas hésité à l'utiliser s'ils l'avaient eue à leur disposition à cette époque, par exemple la France lors de la débâcle de 1940 et l'Allemagne en 1944. Quant aux Etats-Unis, ils n'ont pas hésité à le faire pour éviter le massacre d'au moins cinq cent mille hommes qu'aurait entraîné un débarquement au Japon en 1944.
Aujourd'hui, en raison de la puissance destructrice de l'arme atomique, la menace nucléaire empêche l'adversaire de poursuivre son action.
C'est pourquoi l'arme atomique est une arme de "persuasion" de la paix ou de "dissuasion" de la guerre. Pour les grands pays modernes, cela est vérifié depuis 1945.
C'est encore une évidence de remarquer que les vecteurs ou les lanceurs de l'arme nucléaire utilisent seulement des quantités limitées de carburant pouvant être stockées facilement et que, de plus, le sous-marin à propulsion nucléaire porteur de dispositifs de lancement de l'arme nucléaire peut parcourir des milliers de milles marins sans aucun ravitaillement et sans même faire surface. Les différents problèmes d'approvisionnement d'une armée moderne de ce genre en opération ne se poseraient donc plus sous les mêmes formes qu'auparavant, dans le cas d'un conflit nucléaire.
Les horreurs récentes subies par tous les pays de l'Europe et par le nôtre, et qui sont encore douloureusement gravées dans la mémoire des générations encore en vie, font cependant obligation aux responsables politiques directs de notre Etat de penser, en réalistes, aux moyens d'une Défense qui soit capable de conserver l'Indépendance, c'est-à-dire notre Dignité, qui est une façon de vivre dans la liberté.
Il s'agit en effet de maintenir une certaine organisation interne de notre Pays, qui serait garante pour nos concitoyens d'une certaine forme de liberté d'agir, définie par un ensemble de concepts issus de l'histoire, de la culture, de l'éducation ou des traditions, que résume l'indépendance dans l'interdépendance de fait des Nations, c'est-à-dire, finalement, l'existence même de la communauté nationale dans la Dignité et le respect des autres.
En conclusion, on peut donc affirmer que si l'humanité tout entière veut éviter un risque tel qu'il mettrait peut-être aujourd'hui un terme à la présence même de l'homme sur notre Terre, il n'y a plus qu'une seule solution : c'est que chacun des Etats modernes, et chaque homme aussi, abandonnent les "Volontés de Puissance et de Domination" sous tous leurs aspects, parce qu'elles sont des motifs d'affrontements violents et par là de conflits sanglants
C'est pour ces dernières raisons que l'Indépendance de chaque pays doit toujours être assurée, étant entendu aussi que, dans chacun d'eux, la Dignité de chaque ethnie ne doit pas être non plus une vue de l'esprit. Malheureusement, ces dernières conceptions font encore très souvent partie du domaine des rêves en raison de l'égoïsme sacré, encore vivace, des Etats centralisés, quand ils sont inspirés seulement par des idéologie politiques ou même par des conceptions religieuses qu'ils voudraient imposer, même par la force, à toute la planète
On peut alors constater que jusqu'à présent, et ceci depuis l'achèvement de la Seconde Guerre mondiale, l'affrontement violent des super-Etats a été évité malgré certaines alertes résultant surtout d'oppositions idéologiques et qu'en conséquence la Paix a été maintenue par l'équilibre de la terreur, malgré les conflits limités auxquels ces oppositions ont donné naissance.
La terreur, en effet, a été de tout temps une arme très efficace et il n'est besoin que de rappeler la période des grandes invasions de l'Europe ou celle plus récente des invasions des Mongols aux 12ème et 13ème siècles, invasions qui terrorisaient les populations européennes et qui ne se sont arrêtées qu'avec l'invention du canon.
C'est cette paix, qui date d'un demi siècle, même si elle était précaire, qui justifie dans les conditions actuelles l'engagement de notre Nation dans une stratégie qui lui permette de répondre déjà, toute seule, si elle est attaquée et de faire apprécier à l'assaillant nos possibilités d'emploi de l'arme nucléaire, arme qui, quoi qu'en disent ses détracteurs, est suffisante pour le faire réfléchir et le persuader de ne rien faire ou le dissuader de faire quelque chose d'agressif, suivant l'expression consacrée par l'usage du mot dissuasion.
Dans un ordre d'idée voisin, on peut aussi observer que, chacun des hauts responsables des Etats risquant dorénavant de souffrir directement, dans sa propre chair, des effets de ces armes diaboliques, cette perspective ne manquera pas de les faire réfléchir à une attitude plus conforme à leur volonté personnelle de vivre, et à la nôtre dans le même temps.
D'un autre côté, on peut constater que la politique des grands pays de ce monde est toujours fondée sur des "Volontés de Puissance et de Domination" pourtant périmées, et on peut encore remarquer qu'ils utilisent, dans leur jeu politique, toutes les ressources de l'innovation militaire. En effet, les ayant pensées ou inventées puis mises au point, ils en connaissent bien les limites réelles, alors que les pays de dimensions plus réduites en restent le plus souvent aux idées d'hier, et mieux encore d'avant-hier, parce qu'elles ont déjà reçu la sanction de l'expérience et qu'ils ne peuvent entrevoir que difficilement les conséquences de bouleversements techniques qui ne leur sont pas familiers.
Cette appréciation correcte des possibilités des techniques modernes embrasse aujourd'hui tous les domaines liés à la puissance économique et scientifique, dont découle la puissance militaire, comme c'est déjà le cas avec la mise au point des satellites de communication qui permettront aux puissants de contrôler les opinions et d'influencer la pensée de centaines de milliers d'hommes et de la conditionner au mieux de leurs intérêts.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que l'arme nucléaire apparaisse à beaucoup plutôt comme une arme de paix, puisque le conflit nucléaire ne pouvant se terminer que par l'anéantissement complet ou la capitulation immédiate, ces armes ne seront employées que comme dernier et ultime recours.
L'arme nucléaire est ainsi devenue une arme de paix, on ne s'en sert pas, tout en empêchant l'ennemi de s'en servir.
C'est l'idée de base de la dissuasion nucléaire, car si celle-ci est utilisée, c'est que dissuasion a échoué .
En définitive, on peut alors affirmer qu'il est temps et plus que temps que les hommes arrêtent des recherches qui les placent au dernier rang des valeurs humaines puisqu'elles visent pratiquement soit à détruire l'espèce, soit à asseoir l'hégémonie sur la ruine ou sur la suppression complète de la Dignité et des libertés personnelles.
La seule leçon à tirer de ces quelques considérations est que dorénavant les gouvernements des Etats, et en particulier des Etats modernes, doivent se refuser à recourir à l'hégémonie, c'est-à-dire à la Volonté de Puissance et de Domination, en laissant à chacun le droit de penser selon sa conscience.
Si l'on peut donc espérer à l'avenir éviter les conflits entre les puissants, il restera encore les prochaines luttes pour l'espace vital de certaines populations trop nombreuses ou éventuellement de petites disputes locales, et le difficile pour notre libre Pays est d'évaluer les menaces possibles en s'efforçant d'en assurer la réponse au moindre coût.
Jusqu'à présent, il existait dans notre pays deux grandes catégories d'armes nucléaires:
- la première à longue portée et à grande capacité de destruction, appelée stratégique intercontinentale, anti-cités ou anti-biens ;
- la seconde, à plus courte portée et à puissance réduite, dite pré-stratégique.
Ces armes avaient été conçues et développées dans l'optique de la guerre froide entre l'Est et l'Ouest, à l'époque des affrontements idéologiques qui ont presque disparu aujourd'hui et qui pourraient même déboucher, d'ici à quelque temps, sur une alliance entre ces derniers pays, en raison des menaces qui découlent des problèmes liés, d'une part, au précieux pétrole et, d'autre part, au réveil du nationalisme arabe et à l'explosion démographique des populations concernées, avec ses implications d'intégrisme islamique et de racisme anti-occidental, sans même parler des prochains périls provenant des oppositions latentes entre le Nord développé et riche, et le Sud sous-développé et pauvre mais trop riche en hommes.
Elle peut être théoriquement dirigée dans l'espace, sur l'objectif, de plusieurs façons par avion d'abord, puis au moyen de missiles pouvant être expédiés depuis des silos enterrés ou même de véhicules mobiles, de sous-marins en plongée propulsés par l'énergie nucléaire, qui permet une autonomie et une approche en plongée pratiquement impossible à détecter même, encore actuellement.
La position géographique de notre pays dans le concert des Nations de l'Europe occidentale, jointe à la possession de "l'arme", lui attribuent alors des conceptions particulières sur l'unité de l'Europe, qui lui font préférer une certaine indépendance, d'autant plus que cette "arme" et ses moyens de lancement pourraient servir, comme on le verra plus loin, à l'unité politique de notre cher continent
Il n'est donc pas étonnant que notre pays soit plutôt favorable à une association progressive qui pourrait surtout permettre aux diverses identités nationales de se manifester toujours, en laissant aux différents peuples de notre continent le temps de s'adapter à une forme d'union qui leur épargnerait de se dissoudre dans un ensemble susceptible d'engendrer de nouveaux conflits, tout en leur évitant dans le même temps de suivre aveuglément et obligatoirement les politiques de direction mondiale habituelles, propres aux trop puissants Etats.
On peut alors noter que ces observations sont particulièrement favorables à la mise sur pied de l'Europe des régions humainement semblables et économiquement homogènes, souhaitée dans cet essai, car celle-ci ne manquera pas d'aboutir, quand le temps aura fait son oeuvre, à celle de l'Economie moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacité et de l'Equité proposée ici
La position de notre Pays, cap avancé de l'Europe Occidentale, nous attribuerait nécessairement, en cas de conflit, un rôle prépondérant dans la conduite militaire éventuelle d'un continent qui viendrait à s'unifier, en raison de la possession de l'arme nucléaire et surtout de notre position géographique, qui s'ouvre sur trois mers et le grand large. L'accès facile à la mer, en particulier, va redonner à notre marine une importance qu'elle avait perdue. En effet, la mer constitue un champ de bataille privilégié où l'on se battrait entre gens de métier, et la pression psychologique sur l'adversaire pourrait s'y graduer jusqu'à la menace finale de l'arme stratégique. L'océan pouvant favoriser l'attaque car, la mer étant à tout le monde, chacun peut s'y dissimuler et s'approcher des côtes suffisamment pour rendre vain tout espoir d'interception, tout en permettant une riposte ultérieure puisque le sous-marin peut y rester tapi pendant des mois avant d'expédier sur l'ennemi le missile porteur de l'arme nucléaire. On doit cependant observer que ce sous-marin n'est pas fait pour faire la guerre navale au sens de la Première Guerre mondiale, avec ses cuirassés, croiseurs ou torpilleurs, mais seulement pour détruire des villes lointaines à partir d'un milieu où il lui est encore possible de se cacher.
Avec l'arme nucléaire stratégique de dissuasion, notre Pays, malgré sa taille réduite, possède donc une supériorité militaire telle qu'il est hors de question qu'un agresseur éventuel puisse envisager une action offensive car il la paierait immédiatement en retour d'un prix exorbitant, à condition que l'ordre de départ soit donné et c'est ce qui justifie la "Volonté inflexible de Défense"dont il a été question en tête de ce chapitre et dont doit faire preuve, au plus haut niveau, le chef de l'Etat.
L'Efficacité de la riposte à une éventuelle agression repose sur la capacité de l'engin porteur de traverser les lignes de la défense adverse et, bien évidemment, sur la volonté de déclencher le dispositif de départ de l'engin porteur, au moment opportun.
Il en découle que l'ordre de départ du ou des engins porteurs ne peut être donné que par l'autorité suprême de l'Etat, sans faire appel à l'avis des représentants de la Nation, puisque le temps de la décision est réduit à quelques minutes et, pourtant, n'est-ce pas elle qui est intéressée au premier chef ?
Quelle responsabilité pèsera alors sur ce haut responsable de notre Nation qui sait aussi l'exiguïté de l'hexagone et l'absence de protection de notre population qui serait probablement anéantie, même si on avait pu expédier l'arme.
C'est cette responsabilité écrasante qui justifie l'élection du Chef de l'Etat par l'ensemble de la Nation et l'extension de ses pouvoirs au domaine de la stratégie comme ce fut le cas chez nous pendant les longs siècles de la monarchie héréditaire ou pendant les courtes périodes où notre Etat fut un Empire.
Mais, pour que le Chef de l'Etat puisse assumer ces fonctions et la terrible décision qui peut en découler, il doit disposer d'abord et en toutes circonstances d'un système d'information et de transmission particulièrement performant, car c'est là le point clef de la Défense.
La dissuasion nucléaire a alors une curieuse conséquence, celle de désigner, dans le moment présent, presque automatiquement, l'agresseur susceptible de nous attaquer avec l'arme finale. En effet, seul un pays suffisamment vaste pourrait espérer survivre à notre riposte, c'est -à -dire à plusieurs missiles tirés à deux ou trois mille km par des sous-marins dissimulés au fin fond des océans et caractériser ainsi l'agresseur potentiel.
Par exemple, en Europe, seule l'ex-URSS avec l'immensité de son territoire, pourrait répondre à cette condition, ce qui n'est évidemment pas le cas ni pour notre Pays, ni pour la Grande Bretagne ou l'Allemagne en raison de l'étendue limitée de leurs territoires.
Comme notre Pays a toujours d'autre part certaines responsabilités vis-à-vis de nos anciennes possessions outre-mer, et qu'il entretient aussi des relations étroites avec tous les pays de l'Europe occidentale, nous devons encore tenir compte de cette situation pour la définition de notre stratégie militaire.
C'est l'arme nucléaire dite pré-statégique qui est destinée à détruire des installations militaires ou des éléments mobiles ennemis. Cet ultime avertissement non renouvelable montre une dernière fois à l'agresseur qu'il vient de dépasser les limites de la patience et que l'ordre de départ de l'arme stratégique à longue portée et à grande puissance de destruction va être donné par le chef de l'Etat (1). Si cet ultime avertissement n'était pas entendu, ce serait la fin d'une humanité que nos ancêtres et nous avons bâtie depuis l'origine de l'histoire et il faut espérer que nous et nos alliés n'en arriverons pas là.
(1) Il s'agit du missile Hadés ou des bombes et missiles nucléaires larguées par avion.
On peut cependant indiquer que la miniaturisation des charges nucléaires, jointe à la précision de plus en plus performante des engins de lancement posera prochainement de délicats problèmes de stratégie aux responsables militaires et politiques, en particulier dans la décision à prendre concernant la riposte nucléaire.
De l'analyse rapide des problèmes liés à l'emploi de l'Arme Nucléaire, il résulte les grandes observations suivantes :
- la parade au missile ennemi n'étant pas absolue, les matériels complexes et délicats d'emploi vont réclamer un personnel compétent, hautement spécialisé, et, par là, des sommes considérables hors de la portée d'un Etat d'importance moyenne comme l'est le nôtre actuellement. En conséquence l'association avec des voisins de même niveau comme le sont ceux de notre chère Europe est non seulement nécessaire mais indispensable ;
- les recherches coûteuses effectuées surtout par les super-Etats font aussi le jeu de certaines puissances idéologiques, économiques ou financières, quand ce n'est pas celui de leurs spécialistes militaires, dont il est vrai que c'est la fonction directe, ce qui risque de donner à ces divers spécialistes un poids politique trop important, donc dangereux.
Pour rester cependant dans le même cadre des conceptions pratiques sur lesquelles est fondé cet essai, on peut remarquer :
- que le désarmement général contrôlé n'étant encore qu'hypocrisie, en conséquence, un désarmement unilatéral de notre pays n'aurait aucun effet, et serait considéré comme une démission, même si ce renoncement restait exemplaire du point de vue de la morale humaine;
- que la possession par notre Pays de l'arme stratégique de dissuasion nous confère la capacité de persuader, seuls, un adversaire moderne de ne rien faire contre notre territoire, serait-ce même une guerre classique, mais à la condition expresse d'avoir la Volonté ferme et affirmée de l'utiliser le cas échéant ; c'est ce que l'on a appelé ci-dessus la "Volonté inflexible de Défense ";
- qu'il est indispensable d'assurer une protection sérieuse contre les actes terroristes nationaux ou internationaux (1) ;
(1) C'est l'ennemi de l'intérieur, comme l'appelait le Grand Carnot en 1793, qui fut aussi surnommé l'organisateur de la victoire pour avoir organisé 14 armées pendant notre Grande Révolution. C'est aussi ce que l'on appelait la cinquième colonne pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans l'esprit de ce livre, le contingent ne doit surtout pas être mêlé aux opérations de police ou du maintien de l'ordre, comme ce fut malheureusement le cas en Vendée en 1793 pendant la guerre des Chouans et même plus récemment contre l'Eglise catholique en 1902-1905 au moment de la séparation de l'Eglise et de l'Etat ou même plus récemment lors de conflits sociaux.
- que le maintien de relations affectives avec nos voisins de l'Europe occidentale est maintenant indispensable, d'autant plus que c'est la seule possibilité, puisque le missile lancé par avion, à partir de ce moment, aurait une autonomie accrue de plus de 1000 km ce qui soulagerait les raisonnements stratégiques de nos voisins et en particulier de nos amis Allemands avec qui il paraît indispensable de régler, dans les meilleurs délais, le problème de notre défense commune, voire celle de l'Europe et pour laquelle le missile Hadés pourrait peut-être apporter une certaine réponse dans un cadre européen, à condition de pouvoir en allonger la portée ou de rapprocher le point de lancement de l'ennemi éventuel.
- que l'impact des idéologies n'est pas à négliger pour notre Défense, en raison des clivages idéologiques existant encore dans certaines couches de population de l'Europe.
Les armes chimiques ou bactériologiques qui permettent de conserver intact le potentiel économique de l'adversaire ont été très étudiées jusqu'à ce que leur usage en fût proscrit, justement par ceux qui possédaient l'arme nucléaire qui n'est pas à la portée de toutes les bourses.
Il a fallu le conflit armé entre l'Irak et l'Iran pour que le monde entier puisse se rendre compte de visu du caractère épouvantable de la guerre chimique sur des populations civiles sans défense, mais s'il s'en est rendu compte, il ne s'en est guère indigné, alors que les instances internationales en étaient parfaitement informées.
Il conviendrait donc maintenant que le problème des populations kurdes qui comptent environ 15 millions de personnes soit posé devant ces instances, car ces populations malgré leur nombre furent privées d'un Etat souverain qui leur avait été promis en 1920 par le traité de Sèvres et sont actuellement réparties entre cinq Etats : Turquie, Iran, Irak, Syrie et même l'ex-U.R.S.S.
La guerre chimique utilise soit l'ypérite qui brûle les tissus humains, soit de nouveaux produits neuro-toxiques qui agissent sur le système nerveux de l'homme avec une efficacité redoutable. Le produit toxique est fabriqué dans le projectile pendant son parcours par mélange de deux composés actifs (solution binaire). Selon cette technique, la fabrication et le stockage de ces deux produits s'effectuent dans des endroits différents, si bien que le secret de fabrication peut être mieux gardé.
Quant à la guerre bactériologique, elle n'est pas militaire au sens classique du terme car ses effets ne sont pas instantanés et sont de plus aléatoires.
C'est alors une arme redoutable qui peut être utilisée par un terrorisme national ou international, d'autant plus aisément que ces armes biologiques ne sont pas plus difficiles à fabriquer qu'un insecticide, ce qui tendrait à prouver, s'il en était besoin, l'horreur probable d'une guerre de ce genre menée, par exemple, par des pays moyennement développés, ultranationalistes et racistes.
Compte tenu des possibilités de ces dernières armes, on peut affirmer, sans risquer le démenti, que notre Pays ne peut plus se permettre d'être en retard d'un raisonnement stratégique ou d'un type d'arme, et c'est pour cette dernière raison que les plus hauts responsables des Etats modernes d'Europe, du Japon, ou d'Amérique du Nord qui ont tous le même intérêt commun, la Paix, doivent prendre aujourd'hui en considération les possibilités de cette forme encore plus épouvantable et repoussante de l'affrontement entre les hommes, qu'est la guerre bactériologique.
Cette dernière forme est particulièrement redoutable pour quatre raisons : la première parce que les agents nécessaires sont faciles à fabriquer, la seconde parce qu'ils sont facilement miscibles à l'air ou à l'eau, la troisième du fait de la similitude de leurs effets avec ceux d'une épidémie naturelle qui en masquerait l'origine, la quatrième enfin se rapporte à la difficulté d'identifier l'agresseur, d'où son intérêt pour le terrorisme.
Aujourd'hui, l'avènement des nouvelles bio-technologies et leurs promesses vis-à-vis des formes avancées d'armes biologiques doivent être, pour tous les responsables scientifiques, politiques et militaires de l'Occident, une source de graves préoccupations et inquiétudes. Ils ne doivent surtout pas se laisser endormir par la prétendue sécurité que nous confère l'arme nucléaire qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, c'est-à-dire depuis un demi siècle, nous a protégés des horreurs de la guerre.
En effet, les techniques de recombinaison (techniques bio-chimiques autorisant de modifier le code génétique) permettent d'insérer des combinaisons d'acides nucléiques spécifiques dans la molécule d'A.D.N (1).
(1) les acides nucléiques sont des molécules dont l'enchaînement constitue l'ADN, acide desoxyribo-nucléique constituant les Gênes caractérisant toute cellule.
Ainsi pourrait-on envisager la fabrication d'une bactérie ou d'un virus mutant, de manière à modifier spécifiquement la voie de sa diffusion dans l'air ou dans l'eau ainsi que sa virulence. De plus, l'apparition de nouvelles techniques en immunologie rend possible la définition et la réalisation de vaccins permettant de protéger l'assaillant. Ces nouvelles armes biologiques ont des possibilités de destruction massive de la vie humaine, en laissant le matériel et les bâtiments intacts de très loin supérieures à celles de l'arme nucléaire. Comme de plus elles sont peu coûteuses et faciles à disséminer ou à répandre, par exemple dans les réservoirs d'eau de l'adversaire, ou même dans l'air si les conditions météorologiques s'y prêtent, les Etats en possession de ces techniques pourraient sans difficultés faire disparaître de la planète plusieurs millions de personnes. Ces techniques étant aussi celles des laboratoires de recherche médicale, elles peuvent donc être facilement dissimulées .
Il n'en était pas de même pour les armements nucléaires ou chimiques qui nécessitent des installations importantes, donc visibles et qui attirent l'attention.
D'un prix réduit, ces armes biologiques sont à la portée de certains pays dits sous-développés disposant de faibles ressources financières, ou même de simples terroristes. Elles pourraient être utilisées sans vergogne contre les créateurs de la civilisation technique , c'est-à-dire contre la civilisation occidentale (1).
(1) Les terroristes pourraient en effet désirer la fin de notre civilisation pour des motifs qui se rattachent au racisme anti-blanc, dont les pays du Moyen-Orient nous donnent la preuve quotidienne, sans oublier les multiples attentats dans les avions, les enlèvements d'Occidentaux, les massacres d'enfants de personnalités chrétiennes au Liban ou plus généralement la guerre Sainte.
Il est maintenant certain, pour que notre monde survive tel que nous l'avons connu, que des actions d'une très grande envergure, unissant toutes les puissances mondiales grandes ou petites devront être mises sur pied dans les délais les plus brefs, car, si cela n'était pas, il est probable que ce serait la fin de notre mode de vie et de la civilisation Occidentale.
Mais l'arrêt de toutes les recherches dans ce domaine pose alors un dilemme : la bio technologie par la biogenèse des protéines offre des solutions éventuelles pour la plupart des maladies importantes qui attaquent l'homme aujourd'hui (1). Cette recherche étant peu coûteuse, l'arrêt de la recherche bio-technologique dans les pays modernes n'empêcherait probablement pas certains pays du tiers monde de continuer cette recherche.
(1) La biogenèse est la spécialité qui permet la synthèse des protéines par voie biologique.
En bref, l'arrêt de ces recherches dans les Etats industrialisés de l'Occident, entraînerait des milliers de morts du fait de l'absence de vaccins contre des maladies redoutables et nous serions sans défense contre des attaques éventuelles, par exemple, par des pays du tiers monde qui n'auraient pas cessé leurs activités dans ce domaine.
La Paix est une idée généreuse et agréable pour les habitants de l'Europe Occidentale après des siècles et des siècles de conflits, mais pour que cette Paix ne soit cependant pas utopique et par là fragile et de courte durée, il faut que notre Etat conserve son indépendance, puisqu'il respectera toujours, vu son degré d'évolution, l'individualité des autres.
Actuellement, les adultes âgés, maintenant à la retraite, comprennent fort bien que leurs enfants nés après la dernière tourmente et qui sont aujourd'hui des hommes et les responsables directs du devenir de notre Terre, pensent que toutes ces armes sont inutiles. Ils leur demandent cependant, malgré leur enthousiasme, de se souvenir des malheurs de leurs parents directs. Désarmer, certes, c'est la bonne solution, à condition que chacun le fasse également et qu'enfin disparaissent les "Volontés de Puissance et de Domination" qui malheureusement guident depuis des millénaires l'action de l'homme, ce que justifie jusqu'à présent, la vielle formule : Si vis pacem, para bellum
L'éventualité d'un conflit chimique ou bactériologique et ses conséquences doivent attirer et retenir l'attention des responsables au plus haut niveau de tous nos pays, car négliger les possibilités diaboliques de ces techniques relèverait aussi de la faute de l'esprit, comme ce fut le cas chez nous avant la Seconde Guerre mondiale, quand nos responsables civils et militaires ont négligé à la fois l'arme blindée et l'avion, dont la conjonction a amené la guerre éclair (Blitz Krieg) en 1940 aux dépens de notre Pays qui a payé dans sa chair et dans sa pensée, pendant quatre ans, les fruits amers de cette erreur majeure.
On a déjà indiqué ci-dessus que la parade au missile ennemi n'est pas absolue. Personne n'est sûr, même à 80%, du succès de l'opération d'interception du missile et les 20% du risque restants sont déjà insupportables, même pour un Etat de vaste dimension.
C'est un fait que la dissuasion nucléaire a permis à des Etats de puissance moyenne comme l'Angleterre et la France, mais intellectuellement développés, d'assurer, seuls leur indépendance, c'est-à-dire la Dignité de leurs citoyens.
Mais, aujourd'hui, l'apparition des moyens d'interception des missiles loin de leur point d'impact bouleverse la stratégie d'emploi de l'arme nucléaire et pose un nouveau problème qui est toujours celui de l'épée et de la cuirasse. En effet, ces procédés d'interception exigent, sauf découverte prochaine et exceptionnelle, de tels moyens financiers, que c'est l'ensemble de l'économie du pays concerné qui peut être mis en difficulté.
Ainsi, si une parade efficace pouvait être mise sur pied, on pourrait être sûr que l'Etat qui en serait le bénéficiaire aurait transformé l'arme nucléaire en arme offensive absolue, puisqu'il pourrait en expédier une à ses adversaires sans risquer d'en recevoir en représailles et que, dans ces conditions, les autres Etats n'auraient plus qu'à s'incliner devant ses "Volontés de puissance et de domination".
Mais l'apparition possible de ces filets de protection conduirait à des dépenses astronomiques et exigerait de nombreux points de contrôle répartis chez nous et chez nos amis, afin de disposer judicieusement les stations radar de repérage des missiles ennemis. De plus, en supposant même réalisable une telle protection, les dimensions de notre Pays et même de l'Europe ne peuvent probablement pas assurer cette fonction.
Cette dernière observation amène à donner une nouvelle supériorité aux Etats de très vaste dimension comme les Etats-Unis, hier l'Union Soviétique et demain la Chine, qui sont des Etats Continents, et qui, grâce à l'étendue de leur territoire, pourraient probablement supporter une escalade atomique alors que, pour tous les pays d'Europe, celle-ci signifierait la fin par vitrification de leurs cités et de leurs habitants.
Dans ces conditions, on peut affirmer que, si le rôle actuel de l'arme stratégique de dissuasion nucléaire est d'empêcher que la guerre ne se déclare grâce à la peur qu'elle inspire, il n'empêche que d'autres opérations plus limitées sont possibles, comme par exemple la guerre du Golfe Persique vient de le montrer.
ll résulte alors des conceptions ci-dessus une modification complète du mode de pensée de nos spécialistes compétents dans le domaine de la Défense, qui sont encore quelquefois marqués par le souvenir et l'expérience des temps passés encore récents.
C'est ce qui amène à examiner rapidement les faits qui contrarient l'évolution de la pensée militaire.
Jusqu'à présent, la conscription était en usage chez nous depuis le début de ce siècle, en raison de l'attitude belliqueuse de certains de nos voisins et de la nécessité qu'il y avait, à l'époque, d'utiliser des armées de masse, du fait des limites de la puissance de l'armement. La conscription était acceptée sans difficulté, probablement du fait que la Société féodale a présidé, depuis le Moyen Age, à la naissance de notre Nation. Ensuite, ce fut la Société paysanne, qui ayant subi les incursions anglaises pendant et après la guerre de Cent Ans, n'appréciait pas que des hordes de pillards viennent ravager ses terres.
Ces sociétés entraînaient aussi la fidélité de ceux qui obéissaient vis-à-vis de ceux qui commandaient et ont amené dans ce pays, en un demi millénaire, l'idée que l'autorité ne pouvait descendre que du commandement à l'exécution.
A ces particularités s'ajoutait aussi l'influence de la religion catholique pratiquée par la majorité de notre population, pour laquelle le respect de l'autorité, le sens de la hiérarchie, la discipline et le dévouement à son prochain convenaient fort bien au patriotisme qui exigeait des qualités analogues alors que les pays protestants n'acceptaient la conscription qu'en période de crise.
Compte tenu de ces quelques remarques, on peut constater que le Service Militaire chez nous était accepté facilement et qu'il l'était d'autant mieux qu'il s'accordait fort bien, en plus, avec les conceptions égalitaires léguées par la Révolution de 1789 (1).
(1) Le souvenir des six premiers mois de la Seconde Guerre mondiale permet, à ceux qui étaient mobilisés à l'époque, de ne pas contredire cette affirmation. C'était la "drôle de guerre", comme l'on disait alors, que l'on avait caractérisée par une formule "six mois de belote, 15 jours de course à pied, mille balles à l'arrivée" (1000 francs de primes de démobilisation).
Alors, il n'est pas étonnant qu'avec cette forme de pensée, la conscience collective s'accommodait fort bien d'un Service National généralisé et obligatoire, puisqu'il était considéré comme la condition essentielle de la solidarité nationale et de l'Equité entre les différentes familles qui ensemble constituent notre Nation.
L'amour de la Patrie, tel qu'il est défini au début de cet essai, avait alors comme conséquences la défense de notre Dignité, c'est-à-dire tout simplement celle de notre indépendance. De plus, jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avant l'apparition de l'arme nucléaire, le service obligatoire était indispensable puisque la Défense, à cette époque, reposait sur une armée de masse motorisée et blindée.
Il n'est pas étonnant alors, que notre jeunesse, en dehors des périodes de crise internationale, et même pendant celles-ci, ait eu l'impression de perdre son temps. Dans ces conditions, il était normal que l'armée de métier ne soit pas entrée dans nos habitudes, d'autant plus que certains lui reprochaient de constituer un danger pour la Démocratie en risquant même de constituer un corps séparé de la Nation, n'imbriquant pas complètement chaque citoyen à la défense de notre Dignité nationale, tout en coûtant fort cher.
Le Service Militaire national obligatoire et généralisé à toute notre jeunesse était alors accepté comme un mal nécessaire par la conscience collective, jusqu'à ces dernières années, surtout après la période d'occupation de notre Pays, qui a suivi l'achèvement malheureux de la première partie de la Seconde Guerre mondiale. La conscience collective admettait alors normalement qu'il n'y avait pas de Défense Nationale sans appel du contingent annuel de tous nos jeunes. C'est d'ailleurs ce consensus général, dans notre Pays, qui, récemment encore, condamnait les exemptions médicales de réforme ou la planque, même aux yeux de nos compatriotes, qui sont pourtant, fait bien connu, les admirateurs inconscients de l'indiscipline et de la resquille.
A cette époque, on pouvait, en effet, reconnaître au Service Militaire généralisé des avantages particuliers, dont certains sont encore valables. Ainsi l'adolescent trouvait dans le changement de vie que lui imposait en caserne la vie en commun la marque de sa transformation en homme et la consécration de son émancipation personnelle, sans oublier un certain brassage bénéfique pour notre nation unie dans sa diversité.
Qu'ils soient, en effet, ruraux ou citadins, intellectuels ou manuels, originaires du Nord, du Sud, de l'Est ou de l'Ouest, les jeunes appelés avaient l'impression de faire partie du même peuple et, en conséquence, le devoir pour eux consistait à participer avec enthousiasme à sa Défense éventuelle. Récemment, cependant, sont apparues des guerres idéologiques ou économiques qui, même larvées, modifient le comportement de nos jeunes compatriotes et dont il va falloir tenir compte.
S'il est intellectuellement satisfaisant de prôner l'égalité de tous les citoyens vis-à-vis de la Défense Nationale, la complexité des matériels nécessaires impose désormais un certain professionnalisme, ce qui suppose, pour que l'idée de conscription soit maintenue, de faire appel à d'autres mobiles pour satisfaire à l'Equité.
Notre Pays doit alors transformer complètement la notion bien ancrée chez lui du Service Militaire universel, qui est aujourd'hui périmée, en remplaçant cette institution ancienne par une autre fondée cette fois : "sur la dette contractée par chaque citoyen jusqu'à sa majorité vis-à-vis de l'Etat qui lui a permis d'arriver à l'âge adulte en possession de tous ses moyens intellectuels ou physiques."
Cette dette serait alors remboursable par chaque citoyen, au moyen d'un don obligatoire d'une demi-année de présence effective dans ce nouveau Service National universel et éventuellement d'une petite période de quelques mois permettant de répondre de façon économique à certains besoins collectifs dont le financement actuel se révèle souvent très difficile. Compte tenu de cette disposition applicable à tous nos enfants, garçons et filles, il serait possible d'établir un nouveau Service National universel qui serait alors divisé en trois grandes parties constituées de la façon suivante :
- la première, obligatoire et universelle, d'une durée de six mois, faiblement rétribuée par un prêt modique que recevraient tous les jeunes citoyens garçons ou filles sans exceptions entre 18 et 21 ans (1) ;
(1) C'est dans cette période de la vie que l'Etat pourrait appliquer grâce au personnel féminin les dispositions relatives à l'accueil des jeunes enfants comme nous le suggérons dans le châpitre "Education et Instruction".
- la seconde serait fondée sur le volontariat et pourrait avoir une durée inférieure à six mois, elle serait rétribuée modérément suivant la nature des travaux d'intérêt général confiés ;
- la troisième pourrait commencer après l'achèvement de la première période obligatoire de six mois pour certains des appelés : en étant fondée seulement sur le volontariat, elle aurait une durée variable de six mois à un an ou plus et serait rétribuée d'une façon différente, après des études sérieuses, selon la nature des services rendus aux armes techniques.
- La première période obligatoire et généralisée serait consacrée à l'apprentissage nécessaire au service des armes légères, à la protection civile, à la possibilité d'un complément d'éducation civique et pourrait également être complétée par une étude succincte du parler de nos voisins d'Outre-Rhin qui devront nécessairement constituer, avec nous, le gros de la masse des futurs combattants de notre Europe. Cette première partie constituerait seulement un réservoir dans lequel puiseraient le second volet ainsi que le troisième volet de notre défense.
- La seconde période pourrait avoir une durée d'environ quatre mois ou moins et aurait une fonction particulière d'aide générale à la collectivité par exemple : l'entretien des forêts domaniales et la protection contre les incendies, la rénovation de certains secteurs historiques, l'aide sociale etc. Ces travaux seraient effectués en accord avec un Syndicalisme salarial enfin rénové et conscient de ses lourdes obligations vis-à-vis de tous les intérêts collectifs et non pas des seuls intérêts égoïstes des salariés correspondants. Ces travaux seraient rétribués à leur juste valeur ( ce qui ne devrait pas constituer pour le Syndicalisme une révolution, mais simplement la reconnaissance, par lui, des modifications profondes entraînées par la Société Industrielle).
- Quant à la troisième période elle serait, elle, chargée d'assurer la formation indispensable au fonctionnement des moyens matériels sophistiqués nécessaires aujourd'hui, à la Défense.
Sa durée pourrait être variable suivant les besoins des armées et le volontariat permettrait d'allonger le temps nécessaire afin de permettre la professionnalisation de certaines des fonctions requises, ainsi qu'une rétribution plus importante, qu'il s'agisse de la marine, de l'aviation , de l'espace ou de l'armée de terre.
Avec ces dispositions, l'armée serait encore une armée nationale qui, tout en s'appuyant sur le contingent, serait aussi très professionnalisée, et il faut bien reconnaître que la solution suggérée relève seulement d'un choix politique qui viserait surtout à imbriquer le mieux possible l'Armée dans la Nation .
Les caractéristiques ci-dessus amènent les divers responsables de notre collectivité nationale à définir plusieurs volets :
- Le premier dispose de l'arme stratégique de dissuasion nucléaire à longue portée qui utilise, pour la diriger sur l'objectif, des missiles balistiques qui peuvent être lancés soit depuis des silos enterrés, soit depuis des avions, soit depuis des sous-marins. La composante marine, en plus de ses sous-marins, comporterait des appareils pouvant transporter, cette fois, l'arme pré-stratégique. Cette force est placée sous le commandement direct du seul chef de l'Etat.
- Le deuxième volet, placé aussi directement sous son commandement, est formé d'une composante terrestre et d'une composante aérienne, disposant chacune d'une force nucléaire de frappe pré-stratégique, qui constitue l'ultime avertissement avant le recours par le chef de l'Etat aux armes stratégiques de dissuasion nucléaire à longue portée. Cette force de frappe pré-stratégique a une double signification politique et militaire, d'abord politique, car elle indique à l'assaillant que la Défense a changé de nature et que la représaille stratégique massive va suivre si l'assaillant ne cesse pas immédiatement son action offensive, puis militaire, car elle est capable d'infliger des pertes sévères à l'adversaire assaillant.
- Le troisième volet se rapporte à l'armée de terre dont la mission est d'assurer l'intégrité de notre hexagone contre toute agression extérieure et de participer à toute intervention hors de notre territoire dans un cadre national ou européen ou même international. Il comporte un corps blindé et mécanisé dont le rôle est d'obliger l'adversaire à dévoiler ses intentions et à donner au pouvoir politique le temps de préparer la riposte nucléaire. Ce troisième volet a donc un rôle important à jouer. Il comporte aussi une force d'action rapide aéroportée, destinée soit à intervenir en Europe ou dans nos anciennes possessions d'outre-mer, soit à porter secours aux pays auxquels nous sommes liés par des accords de Défense, soit à défendre certains de nos intérêts vitaux, soit même à répondre aux demandes de l'Organisation internationale des Nations-Unies.
- Le quatrième volet est constitué par l'armée de l'air dont le vaste rôle ne consiste pas seulement à mettre en oeuvre les armes stratégiques ou pré-stratégiques, mais aussi à servir d'appui à l'armée de terre et à remplir des missions de protection aérienne.
- Le cinquième est constitué par la marine nationale qui ne se borne pas à assurer avec ses sous-marins atomiques la majeure partie de la dissuasion nucléaire mais doit pouvoir également déployer, en tout point du globe et à tout moment, une force aéronavale puissante et dissuasive, tout en assurant la protection de nos sources de ravitaillement en pétrole et en matières premières.
- Le sixième volet se rapporte à la protection interne du territoire national, c'est la Défense opérationnelle du territoire qui doit être d'abord la fonction normale de la gendarmerie. Munie d'armes légères à puissance de feu suffisante et très mobile, elle est destiné à combattre les éléments terroristes nationaux ou internationaux qui essaieraient de se manifester dans notre hexagone ou ceux qui correspondraient à ce que l'on appelait pendant la Seconde Guerre mondiale : la cinquième colonne.
En raison de l'impact des idéologies, il est probable que ce danger ne serait pas à négliger, surtout s'il s'agissait par exemple de ressortissants de pays d'émigration comme les pays arabes pour lesquels le nationalisme et l'intégrisme musulman vont souvent de pair avec le racisme anti occidental.
De ces observations, il résulte :
- qu'il n'y aura de service à rendre à la Défense que pour les spécialistes et qu'en conséquence le maintien dans notre Pays du Service militaire traditionnel n'est plus indispensable puisque, pratiquement, les armées de masses humaines des dernières guerres sont inutiles et qu'en conséquence il ne sert à rien d'entretenir cette armée d'autant plus coûteuse que les hommes qui la composent, en étant retirés du circuit de la production, réduisent nécessairement les capacités économiques de notre Pays ;
- que la disponibilité de ceux qui servent l'arme stratégique de dissuasion ou celle pré-stratégique doit être permanente.
C'est cette nécessité impérieuse qui fait renvoyer aux calendes grecques la mobilisation ou la levée en masse chère à notre Pays, nourri des traditions révolutionnaires de 1789, puisqu'il suffit d'utiliser seulement les professionnels qui seront issus d'un Service National réduit à six mois, venant d'être proposé ci-dessus, et c'est ce qui amène à préciser le rôle de ce nouveau service militaire universel de six ou éventuellement de quelques mois supplémentaires.
Compte tenu de l'ensemble de ces observations, on peut suggérer qu'il ait d'abord pour fonction d'encadrer notre jeunesse, en essayant de lui insuffler la Foi et l'Idéal sans lesquels toute Défense est inutile, étant entendu cependant que cette Foi et cet Idéal lui auront été déjà inculqués par l'Education Nationale, pendant la période correspondant à la formation intellectuelle et morale, et comme il a été déjà dit ci-dessus dans le chapitre "Education et Instruction".
Le Service National devra donc s'efforcer d'inculquer cet idéal à nos jeunes, un idéal fait d'abord de tous les principes simples cités dans la première partie de cet essai, et qui peuvent se résumer dans la formule quadrifoliée suggérée pour la Société industrielle, symbolisée par l'association des quatre termes de Dignité, d'Equité, d'Urbanité, et d'Efficacité. Il devra être conçu de telle sorte qu'il ne devra pas abandonner, pendant les six premiers mois de sa durée, nos jeunes à l'oisiveté paresseuse ou aux travaux absurdes comme c'était inévitablement le cas avec l'armée de masses humaines.
Ce nouveau service militaire devra aussi apprendre à notre jeunesse à bien remplir une mission difficile qui dépend à la fois de connaissances militaires élémentaires et d'un enthousiasme réfléchi. Il permettra enfin à chaque jeune citoyen, jeune homme et pourquoi pas jeune fille, de prendre conscience de ses responsabilités d'adulte et de citoyen ou citoyenne responsable
Si nous parvenons à créer un système d'une telle qualité, alors l'armée de notre peuple pourra être plus intimement encore intégrée à la vie de la Nation ; elle fera comprendre à chaque citoyen qu'elle est aussi une fonction de l'Etat, qu'elle est son bien commun et non pas une caste particulière. Et notre jeunesse, et par là notre Nation retrouveront la foi et l'enthousiasme (1), enthousiasme réfléchi et profond mis au service d'une philosophie pratique qui vise à respecter l'homme dans son corps et dans son âme.
(1) L'enthousiasme implique, en lui-même, l'esprit de Défense et par là d'accepter certaines contraintes qui aujourd'hui sont en contradiction avec le développement de la Société permissive.
Une des premières missions à remplir dans la première période de six mois sera d'insérer nos enfants dans un style de vie différent de celui qu'ils ont connu jusqu'alors. Cette nouvelle vie pour eux se passerait dans des camps, implantés dans chacune des grandes régions décentralisées envisagées pour l'organisation de notre Etat.
Dans ce cadre de vie extérieur, ils recevraient une formation militaire de base qui serait la même pour tous, ils pratiqueraient des sports variés permettant le développement physique et découvriraient les servitudes de la vie en commun qui leur montreraient la nécessité d'une discipline librement acceptée. Cette dernière disposition entraînera nécessairement la suppression de tous les sursis, vu la faible durée du nouveau service militaire.
Pendant cette courte période consacrée à l'apprentissage du maniement d'armes simples peu coûteuses et à l'acquisition de cette discipline, il faudrait s'efforcer d'insuffler à notre jeunesse le sens du devoir collectif. Cette courte période serait encore très favorable, par le dépaysement à la sortie de l'adolescence, à la formation de citoyens.
On utilisera aussi cette phase pour définir à chacun la place qui lui reviendra dans l'organisation des différents volets de la Défense tels qu'ils ont été précisés ci-dessus et on pourrait même envisager, comme déjà suggéré ci-dessus, de consacrer à ces jeunes recrues un début d'initiation à la langue de nos voisins de l'Est puisqu'ils participeront eux aussi à la future Défense de notre Europe, étant entendu que cette disposition devrait être aussi adoptée par eux vis-à-vis de notre langue.
Le contingent annuel de nos jeunes doit rester l'élément essentiel de notre "évolution" militaire et les compétents en la matière devront réfléchir aux détails pour que ce passage dans cette première période universelle de six mois soit à l'origine d'une volonté ferme de Défense. (1) Ce sera alors la meilleure façon pour que le Service Militaire reste universel, obligatoire et égal pour tous alors qu'actuellement il devient de plus en plus inégal.
(1) Si la mission de l'armée n'est pas de former les hommes pour leur vie ultérieure, en revanche, il est bien que l'instruction reçue la favorise.
Avec ces conceptions, on peut être certain que notre jeunesse, dévouée et enthousiaste comme on l'est généralement à cet âge, acceptera, de bon coeur, ce nouveau Service Militaire répondant aux règles fondamentales et élémentaires de l'humanisme. Après cette période initiale de six mois, les appelés seront répartis soit dans la deuxième partie destinée à certaines nécessités collectives, soit dans la troisième partie prévue ci-dessus pour assurer plus directement le service de la défense dans une armée professionnelle .
Quant à ceux qui auront choisi de servir dans les volets retenus pour l'armée professionnelle de notre époque, par volontariat pendant une durée pouvant varier de six mois à un an ou même davantage, ils recevront un prêt plus important, voire un salaire suivant la nature du volet adopté.
La durée choisie pour ce service militaire à définir sera surtout une question technique qui dépend des conditions d'utilisation des armes incluses dans les volets sur lesquels va reposer notre Défense Nationale. Chacun des états-majors responsables de ces volets connaît le nombre de soldats spécialisés nécessaires pour assurer les missions confiées, il connaît aussi les durées d'instruction indispensables dans chacun des secteurs et, par là, les effectifs.
On peut cependant observer que, dans ce schéma, la solution consiste à associer finalement une armée de métier à une conscription réduite en durée, ce qui entraînera malgré tout des dépenses considérables mais redonnera à la conscription son caractère universel qu'elle avait perdue actuellement, et qui est encore un des fondements de l'Equité dans le service de la Nation .
Dans le même temps, on pourra souhaiter que notre jeunesse comprenne aussi qu'elle ne fait son service militaire que pour rembourser à l'Etat la dette qu'elle a contractée pour son éducation et sa culture et qu'elle le fait seulement pour le compte des autres et pour celui de la communauté nationale. Ce sera sans doute une bonne façon pour que la crise actuelle qui est surtout une crise d'égoïsme, avec les facilités de la vie qu'apporte à tous la Société Industrielle, n'entraîne pas de troubles trop marqués pour notre Pays.
C'est pour toutes les raisons indiquées dans ce chapitre que notre peuple, qui n'aspire qu'à la Paix, aspire également à une liberté qui respecte celle des autres, et c'est pourquoi il faut organiser la conscription et la considérer seulement comme un réservoir dans lequel puiseront les volets techniques de la Défense Nationale, dans la même direction générale de pensée qui vise à associer l'Efficacité de l'action de l'homme aux principes simples de l'Humanisme.
Après ces exposés vont être examinés maintenant : Le rôle des élites et de la jeunesse dans notre Défense, la mission de l'Education Nationale, la fonction de commandement, les conséquences de l'importance des charges financières, les associations de défense de notre pays, les rôles respectifs du pouvoir politique et du pouvoir technique de spécialité militaire.
Pour que le système de Défense décrit ci-dessus puisse être effectivement réalisé, il faut déjà que notre Pays possède la puissance à la fois industrielle et financière, ainsi que la capacité intellectuelle. Mais il faudra encore que l'organisation défensive, bien indivis de notre peuple tout entier, soit rationnelle pour limiter les dépenses au strict nécessaire en évitant, autant que faire se peut, les gaspillages propres à toute organisation qui dépasse l'échelle humaine.
Mais les facteurs les plus utiles, nécessaires et même indispensables à une Défense moderne sont encore la foi et l'enthousiasme, surtout s'ils sont ressentis comme tels par les soldats de métier résultant des dispositions ci-dessus.
Les citoyens doivent alors bien connaître les motifs des efforts que l'on va exiger d'eux si l'on veut que leur action soit Efficace. On peut aussi se demander comment réagira ce soldat professionnel dans ces corps militaires complexes, nécessaires par exemple au lancement de l'arme nucléaire, et qui dépassent la taille humaine. Deviendra-t-il un simple robot incapable de penser et de réfléchir seul ?
Le risque d'une certaine dépersonnalisation n'est pas complètement négligeable et le seul remède est que tous les membres de notre communauté nationale et des autres collectivités humaines adoptent enfin une philosophie pragmatique et humaniste, conséquence d'un long passé de civilisation et d'efforts.
La spécialisation conduit à la formation d'équipes où chacun se sent solidaire de son voisin, et ces équipes où chacun se sent utile doivent être entretenues avec vigilance car elles sont la condition du dévouement à la cause qu'on défend.
D'un autre côté, on peut observer qu'une activité qui utilise des moyens complexes amène souvent l'homme à se particulariser, à se considérer comme un phénix et à se classer en catégories, si possible privilégiées, et il pourrait être tentant pour certains de retirer de cette force qui leur est déléguée par la Nation une part importante du pouvoir politique. Un Etat comme le nôtre ne peut accepter de pareilles éventualités et sa mission serait de remettre à leur place ces hommes, brutalement s'il le faut. Le seul remède à des situations de ce genre est encore le civisme, le respect de la pensée d'autrui et des formes du pouvoir politique, émanation de la pensée majoritaire de la population ou, en une phrase pour notre Pays, l'application effective de tous les principes et de la philosophie pratique définis dans cet essai. De cette manière, l'armée de notre Pays et de notre peuple, composée des éléments cités, sera un seul et unique creuset où se fondront les esprits individuels de tous nos compatriotes.
La notion de Défense Nationale, au sens ancien du mot, qui demandait l'effort et l'adhésion unanime de tous les citoyens pour la patrie en danger de 1792, est une notion certes toujours valable, mais les moyens matériels et le progrès technique exigent, de nos jours, la permanence des efforts, c'est-à-dire la permanence du civisme, alors que, autrefois, ils n'étaient nécessaires que pendant les seules périodes critiques.
Et pour entretenir la foi, il est possible de s'adresser non seulement à la jeunesse, qui est toujours capable de se dévouer pour un idéal, mais aussi à beaucoup d'adultes âgés pour qui le service de la Patrie n'est pas encore un vain mot, car ils ont été éduqués dans le respect et l'amour du pays natal et ont participé, après l'invasion et l'évanouissement de leur Patrie en 1940, à sa libération et à sa renaissance en tant qu'Etat souverain. Mais nos jeunes, actuellement, ne semblent plus n'attacher qu'un intérêt limité à la notion de patrie car le patriotisme, appelé malencontreusement nationalisme, a été trop souvent vilipendé dans certaines couches de la population et il conviendrait que, dorénavant, l'Education Nationale retrouve sa mission naturelle, qui est encore et surtout de maintenir la cohésion intime du pays.
L'armée de notre peuple ne peut donc être, aujourd'hui, qu'une armée technique composée de jeunes, aussi bien pour les cadres que pour les exécutants, qui puiseront dans le désintéressement de leurs chefs l'exemple indispensable de la soumission au devoir. C'est pour ces raisons que notre Défense doit faire appel au contingent pour un temps très limité ; cet appel est, en effet, non seulement une mesure qui relève de l'Equité mais surtout une condition de l'Equité dans la Défense de la Nation et d'Efficacité économique, du fait du temps réduit exigé de nos jeunes compatriotes.
Si nous arrivons à utiliser les éléments humains de notre communauté dans la période de plein développement de l'homme, de dix-neuf à trente ans pour les exécutants, et de vingt deux à trente-cinq ans pour les cadres subalternes, nos responsables auront déjà résolu une grande partie de ce que demandent la foi et l'enthousiasme. Pour les cadres supérieurs, il ne faudra pas non plus avoir peur de faire appel à la jeunesse, même si son expérience est encore heureusement limitée.
Mais il faudra ensuite que la collectivité prenne, en temps utile, les mesures indispensables pour que les problèmes complexes de reconversion aux nécessités de la vie normale, c'est-à-dire de la vie civile et de la production, se résolvent le mieux possible et que le pouvoir politique forme tous les différents responsables, qu'ils soient civils ou militaires, dans le même idéal de dévouement à la communauté.
C'est ce qui amène à examiner de plus près le rôle de l'Education Nationale dans la défense de notre Pays.
Comme l'Etat est le patrimoine et le bien commun des citoyens d'une même communauté, l'Armée, au même titre que n'importe quel autre service nécessaire au fonctionnement de la vie collective, doit être aussi considérée comme faisant partie de ce patrimoine, puisque sa mission est simplement de protéger notre Pays d'une agression, quelle qu'en soit la nature.
Ce sera alors la mission de l'Education Nationale qui, comme l'Armée, est au service de la communauté, d'expliquer et de faire comprendre à notre jeunesse que la Défense Nationale se limite de nos jours, non pas à la sauvegarde personnelle du citoyen, mais à celle de la communauté nationale, dans la plénitude de son identité physique (territoire, industrie, agriculture etc.) et morale (culture, traditions, mode de vie, etc. ), sauvegarde pour laquelle chaque citoyen devra si besoin sacrifier sa propre personne.
Elle devra donc être pénétrée de son rôle majeur et lutter en conséquence avec persévérance contre l'égoïsme, conséquence directe de l'amélioration matérielle.
Ce sera aussi le rôle de l'Education Nationale de remettre à l'honneur la notion de patrie et de bien commun, et le dévouement à la communauté, c'est-à-dire le civisme, forme moderne du devoir et de la consci