"Je pense donc je deviens"
Il est banal de remarquer que l'organisation rationnelle est nécessaire au bon fonctionnement de toute cellule ou société humaine. Si, de plus, cette dernière fait appel à l'esprit d'initiative individuel, le fonctionnement de ces cellules ou de ces sociétés sera meilleur, et au minimum d'efforts ou de dépenses correspondra le maximum de résultats.
De nos jours, ce sera donc à travers une bonne organisation du travail qu'une société quelconque pourra aboutir à un niveau de vie suffisant et de mieux en mieux équilibré entre les différentes familles de la dite société.
A l'achèvement de ce conflit, quand l'économie de tous les pays européens et la nôtre étaient à reconstruire entièrement, l'idée d'une planification autoritaire, qui est d'origine collectiviste était admise facilement chez nous puisqu'il s'agissait de remettre en état de marche les secteurs de base : charbon, sidérurgie, électricité, chemin de fer, routes etc qui conditionnaient des activités sans lesquelles aucune amélioration du niveau de vie n'aurait été possible.
Chacun voyait dans la réalisation effective de plans successifs l'achèvement des restrictions et des misères de la guerre et acceptait volontiers l'idée d'une planification autoritaire dans tous les domaines de la production et des équipements économiques, privés ou publics indispensables.
Le plan était alors le reflet d'une pensée commune explicite, d'un consensus national en vue d'un devenir meilleur qui, en s'appuyant sur un plan, devait permettre d'éviter les gaspillages dus aux inévitables doubles emplois que comporte nécessairement toute forme d'économie en raison de l'ampleur des problèmes posés, qui peuvent même dépasser l'intelligence normale de l'homme quand ils ne sont pas ramenés à leurs caractéristiques essentielles.
Chacun de nos compatriotes, capable d'apprécier à l'époque les difficultés de la vie, peut sans doute se souvenir de la satisfaction qu'il éprouvait à la lecture des chiffres qui, à ce moment, caractérisaient l'accroissement de la production des biens distribuables.
Aujourd'hui, avec le retour de l'économie d'abondance, le problème est renversé puisqu'il s'agit, avant de produire, d'avoir déjà vendu et une planification autoritaire orchestrée par l'Etat dans le strict domaine de la production n'a plus la même raison d'être.
Avec la civilisation de consommation et même de surconsommation qui caractérise actuellement cette économie, l'Etat n'a plus en effet à assigner à chaque Entreprise tel ou tel objectif, car chacune est nécessairement conduite à estimer, elle-même, les besoins des consommateurs dans son domaine propre, puisque ce sont eux qui vont fixer son niveau de production. C'est alors une banalité de constater, puisqu'il y va de son intérêt propre, qu'elle y parviendra bien plus facilement qu'un Etat, qui est bien incapable de le faire en raison de la multiplicité des problèmes, de leur étendue, de leur complexité, dans le secteur de la production et surtout dans celui de la distribution des produits, quelle que soit la compétence de fonctionnaires, pour lesquels l'intérêt personnel ne doit pas jouer.
La Planification dans les domaines de la production des biens de consommation et plus encore dans ceux de la distribution est donc inutile, voire dangereuse (1), mais, en revanche, dans celui de la définition et des choix des équipements collectifs, elle est encore utile, voire indispensable.
(1) L'exemple de la Grèce antique est particulièrement probant ; elle a fait appel au dirigisme d'Etat et celui-ci n'a pas tardé à être un régime de déclin dès le troisième siècle avant J.C., ce qui tend à démontrer que le rôle de l'Etat n'est pas de diriger, mais plutot de susciter des activités suffisantes et de se contenter de "faire faire"
En effet, elle permet notamment :
- de réduire leur coût par une bonne utilisation des moyens techniques et humains disponibles,
- de limiter l'inflation grâce à l'emploi du meilleur mode de financement connu ,qui est le recours à l'épargne qui précise de façon simple les capacités financières de la Nation, puisque l'épargne du public est généralement connue, avec assez de précision, par les dépôts dans les organismes spécialisés.
Mais cette planification devrait permettre aussi de choisir et d'ordonner, surtout chez nous, un développement industriel croissant qui devra être bien adopté si notre pays veut véritablement s'industrialiser. Celui-ci ne peut, en effet, supporter à la fois les frais de secteurs économiques en expansion, qui ne seront bénéficiaires que dans un laps de temps plus ou moins long, et ceux de la survie de secteurs déficitaires ou moins utiles.
Avec les nouvelles conditions imposées par l'économie d'abondance, la planification autoritaire n'est plus justifiée que dans des secteurs encore déficitaires, en général certains secteurs d'équipement collectif comme le logement, les autoroutes, le nouveau chemin de fer à grande vitesse ou les hôpitaux, voire certains établissements d'enseignement adaptés aux besoins actuels, ou les installations qui vont être utiles à notre croissance industrielle, pour qu'elle corresponde bien à nos souhaits et à nos facultés.
On doit cependant remarquer que la planification devra encore recevoir une forme autoritaire, même dans les pays développés, quand l'information économique et statistique sera insuffisante ou trop sommaire pour éclairer les décisions des organismes décentralisés, chargés de diriger une économie soumise aux dures lois de la concurrence nationale et aujourd'hui internationale.
C'est donc surtout dans les pays qui ne sont pas encore industrialisés, quand ils sont aux prises avec les difficiles problèmes de la croissance, quand il n'existe presque rien et qu'il faut tout créer, que la planification devra recevoir une forme plus autoritaire permettant de satisfaire d'abord des besoins essentiels.
Mais si la forme d'organisation rigide et centralisée n'est pas très bien adaptée à l'économie actuelle, qui n'est plus celle de pénurie, en revanche, la prévision, qui est une forme d'investigation sur les besoins probables, est tout à fait indispensable à l'action et à la réflexion attentive des différents partenaires de l'économie générale, Etat, Entreprises, Syndicalismes patronaux ou salariaux, consommateurs, épargnants .
En effet, la prévision va être dorénavant le fondement d'une organisation incitative non seulement à la planification mais aussi à la participation de chacun à la vie économique, telle qu'elle est souhaitée dans cet essai.
Ces réflexions amènent alors à penser que la planification incitative doit revêtir un caractère prospectif, mais il faut bien reconnaître qu'il n'est pas facile à l'homme de deviner l'avenir.
Dans ces conditions, on pourrait souhaiter, puisque la planification suggérée ici relève d'abord de la lucidité et de la compréhension des différents agents économiques, que les arbitrages nécessaires et inévitables soient effectués progressivement de la base au sommet, c'est-à-dire dans un cadre à deux niveaux, qui iraient progressivement du citoyen individu à l'Etat, considéré comme le responsable matériel et moral des intérêts des multiples individualités qui, ensemble, constituent la Nation.
En d'autres termes, ces arbitrages pourraient relever dans une certaine mesure des différents membres des assemblées, prévues ci-dessus au sujet de l'organisation de l'Etat, pour les questions qui ne relèvent pas du pouvoir exécutif, c'est-à-dire pour celles qui n'engagent pas trop le devenir du pays.
On pourrait aussi instituer une sorte de magistrature économique, mais celle-ci ne manquerait pas d'être lourde et inadaptée à une mission qui va déjà demander un sens aigu de la prospective, qui est déjà particulièrement délicate à définir.
Il semble donc préférable de recourir à une forme de démocratie où les choix seront effectués par des éléments compétents de ces assemblées, en collaboration étroite avec les représentants du pouvoir exécutif et des organismes spécialisés de planification.
Avec ces conceptions, les différents participants pourront connaître, par exemple, le montant des investissements collectifs et la manière dont ils pourront être réalisés pour être effectués au moindre coût, tout en permettant à la Nation d'en retirer le maximum, dans un développement régional équilibré et tout en évitant une trop grande activité qui ne manquerait pas d'être génératrice d'inflation.
Et l'on peut dire encore que les choix à retenir ne doivent pas s'effectuer rapidement, ce qui implique de bien organiser le débat entre les différents participants à l'action.
Si la prospective dans le domaine des équipements collectifs apparaît encore comme une nécessité absolue dans les secteurs en mutation rapide, comme le sont aujourd'hui le commerce et l'agriculture, l'influence de la planification sera sensible puisque le montant des dépenses à engager sera élevé et il convient que les pouvoirs publics apportent à ces questions la plus grande attention.
Il en sera de même dans un secteur nouveau, celui dit de l'environnement. En effet, il ne s'agit pas, surtout pour notre pays, de brader, ou de détruire un irremplaçable patrimoine artistique, monumental, architectural ou touristique, et il faudra harmoniser le développement nécessaire au cadre de vie que l'histoire et la géographie nous ont généreusement légué et auquel nous sommes habitués et attachés au-delà des divisions multiples et superficielles propres à ce pays latin.
Il faudra, enfin, étant donné la maturité de notre pays et son amour de l'indépendance nationale, tempérée aujourd'hui par l'ouverture sur l'Europe et même sur le monde entier, que ce Plan prospectif d'action traduise une politique volontariste de suffisance, dans tous les domaines principaux de l'activité humaine, alimentation de base et économie industrielle et en particulier dans celui de la suffisance énergétique, car celle-ci conditionne, en fait,une activité industrielle qui est aujourd'hui la condition essentielle de notre maniére de vivre, c'est-à-dire de notre indépendance et de notre prospérité.
Après avoir exposé quelles sont les fonctions essentielles d'un Plan prospectif d'action à notre époque, il nous faut maintenant rappeler les caractéristiques principales de l'économie moderne, pour en déduire la mission de cette organisation rationnelle de l'activité générale.
En plus des remarques formulées ci-dessus, on peut observer également que l'économie actuelle est à la fois collective et globale. Elle doit en effet recourir aux efforts conjugués des moyens techniques et du travail de nombreux salariés, ce qui lui confère le caractère collectif cité, et, comme n'importe quelle collectivité ne peut, simple banalité, disposer que d'une certaine quantité de ressources, elle ne peut consacrer à la satisfaction de tel ou tel besoin qu'une partie bien déterminée de ses disponibilités totales.
C'est donc l'ampleur des besoins qui mène au choix, lui-même fonction de la priorité à accorder à leur satisfaction.
En raison de la complexité des éléments qui réagissent sur l'activité, il faut que nos générations réfléchissent sérieusement et en premier lieu à la nécessité de l'Efficacité de l'action de l'homme, pour que l'Entreprise puisse satisfaire aux multiples besoins actuels.
On sait aussi que le phénomène de croissance de l'économie, qui est un facteur important pour la satisfaction intellectuelle de l'homme qui participe à l'action, apparaît maintenant comme le seul remède au chômage alors qu'elle était contestée, dans les années 68, par une partie importante de la jeunesse occidentale, qui n'avait jamais souffert matériellement depuis la fin du second conflit mondial. Si, dans certains domaines, comme celui par exemple de la démographie des pays pauvres, la croissance de la population doit être réduite d'urgence sous peine de catastrophe mondiale, la croissance de la production en revanche dans nos pays doit encore se poursuivre car elle est le seul moyen de satisfaire les besoins d'un nombre de plus en plus important d'hommes.
Il faudra seulement que la croissance de cette consommation soit raisonnable, sinon elle entraînerait l'inflation par suite d'un désir trop accentué des besoins des individus qui amènerait inévitablement les producteurs ou les distributeurs à relever leurs prix, si la concurrence était insuffisante.
La croissance de la production permet aussi de viser à l'Equité par une répartition des biens produits mieux répartie.
En outre, cette croissance facilitera l'emploi des générations actuelles tout en permettant à notre pays de développer ses échanges extérieurs, afin de relever, par exemple, les défis que constituent, pour tous nos pays occidentaux, les augmentations exagérées et anormales du prix du pétrole ou des matières premières, augmentations qui reflètent aussi un évident caractère raciste d'opposition à la civilisation de l'Occident européen.
Ce sera aussi la meilleure façon pour que les générations actuellement actives, mais qui deviendront d'ici à quelques années inactives, reçoivent alors des générations qui vont entrer prochainement dans cette vie active un montant suffisant de ressources, ce qui constitue simplement le fondement filial de notre civilisation.
Il faudra alors respecter absolument certains équilibres fondamentaux de l'économie, par exemple :
- valeur de la monnaie,
- fiscalité,
- équilibre des charges salariales et fiscales entre les différents pays industriels,
- niveau de l'emploi,
- etc,
pour que l'inflation, c'est-à-dire la course infernale des prix et des salaires, ne soit pas la cause essentielle des désordres économiques annonciateurs de désordres politiques.
Compte tenu de toutes ces idées générales, le lecteur pourra alors facilement admettre, comme on l'a déjà dit dans la première partie de cet essai, à propos du rôle des responsables, que si commander c'est prévoir (1), encore faut-il commander justement et, pour qu'il puisse en être ainsi, il est évidemment nécessaire que ceux dont la fonction est de dire justement ce qu'il faut faire disposent à la fois des renseignements utiles pour organiser, dès aujourd'hui, l'activité de demain, au mieux si possible des intérêts des habitants et des possibilités des différentes portions de notre terroir national.
(1) Première partie - "Principes et Perspective pour la Société Moderne" - "Le Responsable"
Ce sont d'ailleurs des considérations de ce genre qui ont justifié dans notre pays l'établissement des plans d'équipement successifs et qui ont motivé aussi la rédaction, dans cet essai, de ce chapitre consacré à une certaine planification, car celle-ci est en effet à l'origine d'une bonne organisation du travail et d'un fonctionnement harmonieux et Efficace de toute Société humaine.
Si la Société économique qui ordonne l'activité de nos pays fait aussi appel à l'esprit d'initiative individuel, décuplé au demeurant par l'intérêt personnel, le fonctionnement des différentes cellules de notre communauté nationale sera rentable, et au minimum d'efforts ou de dépenses correspondra le maximum de résultats, c'est-à-dire de profits.
Si cette société admet, dans le même temps, une répartition équitable mais non égalitaire des fruits du travail et de l'action créatrice, le Profit sera considéré comme ayant un rôle d'aiguillon et sera compris, en conséquence, dans son sens noble de résultat du travail et non pas dans celui de gain excessif.
Chacun des coopérants à l'oeuvre commune aura alors à coeur d'y apporter sa participation complète, puisque son action en recevra sa juste part, et le Profit apparaîtra en conséquence comme le meilleur élément pour l'amélioration du sort de chacun.
Cette répartition équitable et non pas égalitaire du Profit apparaîtra, alors, comme la plus grande révolution de tous les temps, révolution qui sera seulement la conséquence conjuguée des Techniques et d'un Humanisme qui fait appel à l'Efficacité, à l'Equité, à la Dignité et à l'Urbanité des rapports humains, dans un "Capitalisme à accession communautaire".
On doit enfin remarquer que, aujourd'hui, gouverner c'est choisir. En effet, le planificateur d'autrefois qui ajustait ses décisions d'ordre économique à un modèle retenu comme vrai devra maintenant tenir compte d'une certaine attitude morale pour que le choix fait le soit en fonction d'abord de l'homme, surtout avec les progrès actuels de l'informatique qui permettent au planificateur de choisir entre plusieurs variantes de solutions.
La planification est alors un problème essentiellement humain.
S'il faut planifier, il faut le faire et le faire seulement dans les grandes lignes car l'intelligence humaine est limitée et ne peut voir en même temps tous les détails de l'exécution, mais il faudra surtout que le choix retenu prenne en compte les conséquences humaines, car celles-ci ne doivent pas être négligées. Ce sont ces nécessités qui imposent au système planificateur une certaine ethique et une méthode de travail qui prendrait en compte les objectifs moraux sur lesquels reposent notre civilisation occidentale libérale et humaniste.
Le premier objectif à considérer relève de la décentralisation, car le Plan prospectif d'action sera l'occasion de proposer au choix des diverses collectivités naturelles existantes entre le citoyen et l'Etat (professions, communes, régions, Etat), les solutions techniques élaborées à partir de ce qui existe, en évaluant à chaque niveau l'influence des choix faits, compte tenu des objectifs moraux qui caractérisent notre communauté nationale et où chacun de nous se reconnaît.
La planification, en relevant de la vue d'ensemble qui permet de ramener les problèmes à leurs caractéristiques essentielles, sera une des conditions principales de l'Efficacité en raison de la complexité de plus en plus poussée des choses, puisque l'esprit de l'homme, limité nécessairement par la nature dans ses possibilités d'analyse, ne peut juger ni apprécier l'influence réciproque, quelquefois par ailleurs très vague, des différents éléments qui agissent ou réagissent entre eux.
Dans ces conditions, l'action collective ne doit être organisée que dans ses lignes essentielles afin qu'il s'en dégage une simplification suffisante, permettant un choix en connaissance de cause, puisque les détails obscurcissent la clarté du raisonnement.
La vue d'ensemble est aussi un motif d'humilité et on peut observer qu'elle permet également de respecter la Dignité des exécutants, grâce à des organismes de taille moins importante, qui sont en contact direct avec ceux qui sont chargés de coordonner les différentes activités professionnelles.
Mais pour rester encore dans le même cadre d'une conception humaniste et valable de l'existence, il conviendra surtout de laisser au réalisateur la responsabilité de l'exécution, pour qu'il puisse trouver dans celle-ci l'intérêt affectif qui l'associera intimement à l'oeuvre entreprise.
C'est tout cet ensemble de conceptions que rassemble et que recouvre l'expression "Centralisation de la pensée et Décentralisation de l'action", précisée dès les premières pages de cet essai qui introduit, de ce fait, les liaisons qui existent normalement entre le Plan prospectif d'action et la Politique au sens noble du terme.
Les choix à effectuer par les responsables sont le plus souvent d'ordre économique, technique ou financier, ils deviennent politiques par l'influence qu'exercent les décisions des compétents, de nature essentiellement technique sur la vie de chacun des membres de la communauté nationale
Si ces choix sont effectués dans le cadre général d'un Plan prospectif d'action construit progressivement de l'homme à l'Etat, c'est-à-dire dans le cadre d'abord des communes, puis des cantons, puis dans chacune des grandes régions humainement homogènes suggérées dans le chapitre précédent, ce Plan, s'il est adapté ensuite aux réalités d'ensemble de la Nation, constituera alors la manifestation démocratique de la volonté et de la souveraineté populaire. En étant le fondement de la participation des citoyens à la vie publique, c'est-à-dire à la Politique, il sera ce qu'il doit être, c'est-à-dire un guide valable pour l'action de notre Pays.
Nul doute qu'une semblable méthode pourra remplacer, avec profit, les querelles purement idéologiques chères aux générations du passé et aux nôtres, car la prospective sans action ou l'action sans prospective ont une Efficacité nulle ou tout au moins très faible, surtout si la déviation technocratique a laissé s'installer l'idéologie politique.
De nos jours, c'est donc à travers l'établissement de ce Plan prospectif d'action qu'il sera possible de faire participer l'ensemble de la communauté nationale à la vie et à un développement commun, concerté et accepté par la majorité des citoyens.
Il sera alors l'organe le plus utile dans un régime démocratique, puisqu'il permettra d'associer et d'harmoniser les besoins et les possibilités aux désirs et aux souhaits des citoyens. En fait il sera donc, dans ces conditions, un des organes fondamentaux de la Démocratie qui, sans lui, friserait l'anarchie.
Compte tenu de ces observations, les conditions psychologiques nécessaires vont d'abord être examinées, ensuite les conditions pratiques de cette opération seront précisées.
L'Organisation, pour le développement d'une société ou de toute cellule humaine, étant probablement la condition initiale du travail en commun, le Plan prospectif d'action doit en constituer le cadre indispensable, chargé de coordonner, dans ses grandes lignes seulement, les différentes branches d'activité qui amènent des réactions réciproques.
Cette organisation du travail présent et futur à partir d'un plan prévisionnel est maintenant admise comme un système rationnel par une société évoluée, mais pour obtenir la réalisation accélérée des buts fixés, l'adhésion enthousiaste et la plus complète possible de la collectivité coopérante est encore nécessaire, voire indispensable.
Pour établir cet état psychologique commun, il faut seulement que la collectivité participe de façon étroite à l'établissement de ces plans au moyen de tous ses organismes administratifs, politiques, économiques, techniques, militaires, syndicaux ou autres, nécessaires au déroulement de la vie moderne.
Pour que cela soit humainement possible, il faut seulement, et c'est l'évidence, que le cadre de cet examen soit proche de l'homme, c'est-à-dire qu'il ait lieu dans des domaines géographiques restreints et qu'il soit ensuite adapté à l'ensemble, c'est-à-dire au territoire national.
Le rôle de ce Plan est complexe.
En effet, s'il doit conduire à l'amélioration du sort matériel des individus, grâce au plein emploi des hommes et des machines, ce qui ne peut se faire, dans ce siècle de vie collective, qu'à travers l'ensemble de cette collectivité, il doit aussi, surtout dans notre pays, remédier au déséquilibre existant entre les besoins en équipements collectifs et les besoins individuels de consommation.
Il devra prévoir aussi un développement équilibré des différentes régions de notre pays au moyen d'investissements judicieusement choisis afin que les individus puissent, par des efforts comparables, disposer de ressources voisines, et éviter ainsi, dans certaines de ces régions, les nouveaux pauvres d'une civilisation dorée.
C'est dans cet ordre d'idées que le problème du choix des investissements et surtout celui du rassemblement de sommes importantes est très difficile. En raison de la nature globale de l'économie moderne, point sur lequel l'attention a déjà été attirée, la répartition des investissements dans le temps et dans l'espace doit être effectuée à bon escient, c'est-à-dire au moment propice, dans les zones où ils sont les plus rentables, mais il faut bien reconnaître que ce n'est pas facile.
Certains par exemple, qui sont utiles à l'accroissement de la productivité, ou ceux relatifs aux transports ou à l'amélioration de l'indispensable sécurité des approvisionnements en énergie et qui sont vitaux d'ailleurs pour toute l'Europe, doivent figurer en tête de liste, d'autres encore, qui ont une influence indirecte, ne doivent pas être pour autant négligés. Comment, par exemple, réduire ou sacrifier les moyens financiers affectés à la Recherche scientifique et technique, industrielle ou agricole, à l'Instruction et à l'Education de nos enfants ou ceux destinés aux équipements sociaux indispensables comme les hôpitaux ou les maisons spécialisées, pour ceux qui ne peuvent vivre seuls à l'âge de la retraite et dont le nombre s'accroît très rapidement en raison des progrès de la médecine ? Remarquons que pour ces maisons, il faudra avoir le courage de les financer en tenant compte d'autres motivations que celles d'ordre économique, comme celles par exemple qui relèvent du devoir filial.
Il conviendra seulement que les pouvoirs publics veillent à ce que les structures correspondantes, qui sont, de par leur nature, très centralisées dans les différents domaines cités, ne deviennent pas des citadelles idéologiques qui finiraient par oublier leur finalité propre.
Cette courte énumération prouverait, s'il en était besoin et comme on l'a déjà souligné plusieurs fois, que la durée du travail ne peut être encore par trop réduite, en raison des lourdes charges que notre Etat ne peut financer qu'au moyen des impôts, puisque ceux-ci seraient nécessairement réduits dans un rapport voisin.
De toute façon, dans le choix des investissement à retenir, la politique interviendra puisque c'est justement ce choix qui affectera la vie future de chaque citoyen.
Dans ces conditions, le Plan prospectif d'action devrait constituer l'essentiel de la vie politique à notre époque et la répartition des moyens financiers mettra en balance les désirs des citoyens et les capacités financières de la collectivité, tout en tenant compte des techniques d'exécution.
En disposant d'un tel Plan, les pouvoirs publics seront en mesure de choisir en connaissance de cause les objectifs économiques, sociaux et moraux que la collectivité désire atteindre et le rôle d'un tel Plan prospectif d'action est alors de la plus haute importance puisqu'il est à l'origine des choix.
Pour schématiser ce rôle, on peut dire simplement que notre Société moderne ne doit jamais sacrifier l'avenir au présent, c'est-à-dire la jeunesse à l'âge mur, ce qui implique un développement équilibré et harmonieux des industries d'équipement et de consommation génératrices d'emploi pour que le devenir de notre jeunesse soit assuré au mieux et en permanence.
Si, de plus, ce Plan prospectif d'action est établi progressivement, à chaque échelon d'une organisation décentralisée de la société, il permettra d'associer la Dignité c'est-à-dire la Liberté des individus aux nécessités de l'Efficacité collective, en donnant ainsi à la Démocratie le caractère intelligent qui a été souhaité dans le chapitre précédent : "Organisation de l'Etat".
On peut alors observer qu'un pays d'importance moyenne comme l'est le nôtre ne peut prétendre mener de front les mêmes efforts techniques, donc financiers, dans tous les domaines importants et que, de plus, il nous faut répartir, comme il vient d'être dit, entre les différentes régions de notre pays tous les moyens financiers disponibles, ce qui risque par ailleurs d'aboutir à un saupoudrage inefficace.
Tout cet ensemble d'obligations plus ou moins contradictoires mettent en évidence la difficulté du choix et les très lourdes responsabilités intellectuelles et morales de ceux qui doivent choisir.
Pour faciliter ce choix, il faudrait classer par ordre de rentabilité les différentes propositions d'investissement, de telle façon, que les responsables à l'échelon national du Plan prospectif d'action puissent choisir en connaissance de cause (1).
(1) C'est la rationalisation des choix budgétaires ou R.C.B.déjà appliquée.
Dans le même esprit, il faudra encore s'efforcer de limiter les désirs aux objectifs accessibles, c'est-à-dire aux possibilités économiques du pays, car la dispersion des investissements ne peut que nuire gravement à l'Efficacité globale de notre Nation.
Il ressort alors de ces simples observations que le Plan prospectif d'action est probablement le meilleur chemin pour aboutir à une société plus juste, plus riche et mieux équilibrée, en accordant l'aspect social, propre à notre époque, aux nécessités de l'aménagement du territoire dans son ensemble.
Ce sera un raisonnement de ce genre qui permettra de mettre au service du développement régional, dans une conception d'ensemble, tous les moyens dont nous pouvons disposer, routes, voies navigables, aéroports, voies ferrées, ensembles industriels, logements etc., étant entendu aussi qu'il sera utile de stimuler les investissements d'abord dans les régions insuffisamment développées du point de vue industriel, mais qui peuvent le devenir par une action coordonnée des Entreprises et des pouvoirs publics.
En effet, c'est dans ces régions, simple question de bon sens, que ces investissements seront le mieux employés car ils permettraient à la fois de limiter le côté inhumain des migrations, grâce à l'emploi sur place d'une main-d'oeuvre abondante, voire excédentaire, et de limiter les tendances inflationnistes qui ne manqueraient pas de se produire si ces investissements étaient surtout effectués dans une région déjà active.
On doit encore indiquer que ce Plan prospectif d'action devra comporter une partie spéciale, traitant de l'accroissement de la démographie dans notre pays en raison de son sous-peuplement actuel et s'intéresser également à l'emploi à moyen et à long terme.
Il devra encore tenir compte de l'interdépendance économique déjà réalisée entre quelques pays de notre continent, c'est-à-dire de la nécessaire coordination des activités d'abord européennes puis internationales, qui entraînera pour tous les pays industrialisés de notre Europe l'harmonisation indispensable des différentes charges qui grèvent la production dans tous les domaines liés à l'économie moderne (fiscalité, charges sociales, protections diverses etc.).
Il conviendra même de créer des sociétés industrielles communes, en particulier entre la France et sa voisine de l'Est, l'Allemagne, en raison déjà de leur proximité géographique, et surtout de la puissance de leurs économies qui, si elles étaient mieux imbriquées, pourraient mettre cette puissance d'abord au service de la renaissance de toute l'Europe de l'Est, puis du monde de la rive sud de la Méditerranée, ce qui permettra d'entraîner la simultanéité à long terme de leurs intérêts communs, dans la construction de l'Europe solidaire souhaitée ici et qui est d'ailleurs en voie de réalisation rapide.
Une philosophie d'action du type de celle décrite ici, ne manquera pas d'entraîner, chez nous, un renouveau du goût de l'activité et du risque et ce mode de pensée devra aussi conduire l'économie européenne dans la voie d'une planification commune, c'est-à-dire d'une bonne organisation économique à moyen et à long terme pour tout notre continent.
Ainsi, sera facilité un rassemblement des nations de l'Europe, rassemblement qui sera fondé sur la Dignité de chacun, sur l'Efficacité de l'action et sur la concurrence qui accompagne ou entraîne le Progrès Technique.
A plus lointaine échéance, c'est encore l'application de cette méthode qui pourra s'appliquer à l'ensemble du monde et oeuvrer à la collaboration pacifique de tous les peuples, car elle est la conséquence de l'effort humain depuis l'origine des temps.
Ce Plan devra tenir compte également des nécessités liées à l'amélioration du sort matériel des jeunes Etats, que nos intellectuels avancés attribuent souvent aux séquelles du colonialisme, alors qu'en réalité il s'agit plus sûrement des conséquences d'un sous-développement économique, dû la plupart du temps aux circonstances géographiques donc climatiques et auquel il est difficile de porter rapidement remède, ou mieux, encore, d'un sous-développement socioculturel qui est souvent la conséquence des applications d'une pensée religieuse plus passive qu'active. Le meilleur exemple pour les pays placés dans cette situation économique, comme les pays Arabes par exemple, est celui fourni par le Japon, qui, à la fin du siècle dernier, s'est décidé, en abandonnant ses structures féodales, à se lancer dans l'aventure du progrès et de la technique. Un siècle à peine lui a été suffisant pour franchir, grâce surtout à son ardeur au travail, à ses traditions, à l'homogénéité de sa population et à l'aide intellectuelle de l'Occident, la période du sous-développement économique. Plutôt que de chercher à tout réinventer, ce pays s'est contenté, avec juste raison, d'assimiler rapidement les techniques de l'Occident, ce qui lui a permis, grâce à l'instruction de son peuple, à son courage au travail, à son civisme et à sa culture, d'accéder dans des délais très réduits au niveau de pays moderne et même d'en remontrer à l'Occident dans de nombreux domaines. Pourquoi les pays qui ont besoin de s'élever au niveau du monde moderne n'en feraient-ils pas autant, grâce au travail coordonné et au machinisme ? Mais là encore faut-il en avoir le courage et ne pas se contenter de profiter seulement du savoir et du travail des autres, ce qui impliquera aussi nécessairement une réduction sensible d'une croissance démographique qui risquerait d'être très rapidement très dangereuse pour tout l'Univers, s'il n'y était pas mis rapidement un frein.
On peut observer que l'effacement provisoire de notre chère Europe ne tient pas seulement à ses conflits militaires internes mais aussi, probablement, au fait que depuis un siècle au moins, l'ensemble de notre continent a renoncé à certaines valeurs qui auraient pu servir d'exemple au monde entier. Il s'agit en particulier de celles qui ont trait, d'une part, à la conception occidentale et tolérante de la Dignité de l'homme, conception qui rejette à la fois l'intégrisme religieux et le nationalisme exclusif et haineux, et à celles qui se rapportent d'autre part à une répartition Equitable mais non égalitaire du profit, pour se limiter seulement aux simples applications des techniques.
Jusqu'à ce que soient établies les conditions véritables de la cohabitation pacifique entre tous les peuples, le Plan prospectif d'action devra, simple prudence, veiller également aux nécessités imposées jusqu'à ce jour par la Dignité de chacun d'eux, c'est-à-dire aux nécessités des indépendances nationales. Si celles-ci devait être dorénavant respectées, par la renonciation volontaire des Etats aux "Volontés de Puissance et de Domination", les sommes fabuleuses actuellement dépensées dans les armements par les pays pauvres, par exemple, seraient plus judicieusement utilisées à l'amélioration d'un sort matériel encore difficile pour les populations concernées.
Souhaitons donc que les relations internationales se ramènent progressivement au niveau des querelles de clocher, comme il en existe quelquefois chez nous, entre Le Puy et St Flour, ou entre Plougastel et Landerneau.
Il faudra enfin et surtout que chaque citoyen soit intimement persuadé que le rôle d'un Plan prospectif d'action national n'est pas de répartir individuellement les richesses car il est seulement un moyen de les accroître par des orientations cohérentes et par une méthode et une discipline de travail librement acceptées.
Il doit alors accorder une priorité absolue à tout ce qui permet d'augmenter la capacité économique et, par là, la richesse distribuable, c'est-à-dire le Profit.
Si dans le même temps, notre pays applique sans arrière-pensées les principes fondamentaux d'Efficacité et d'Equité qui doivent amener, s'ils sont bien appliqués, une répartition plus équitable des facilités de la vie courante pour chacun, il n'y aura aucune raison valable pour que cette idée du Plan prospectif d'action ne trouve pas le plein appui de tous les citoyens puisque la répartition équitable du Profit entraînera l'Urbanité des relations entre les hommes, si cette répartition est faite suivant les principes qui découlent de cet essai.
En étant alors un nouveau motif d'Efficacité collective et individuelle, ce plan contribuera aussi au respect de la Dignité de chacun.
De l'ensemble des considérations faites ci-dessus, il résulte qu'il est indispensable que les pouvoirs publics appliquent au Plan prospectif d'action une politique volontariste, permettant d'atteindre progressivement les buts fixés, sans oublier une certaine réduction de notre dépendance énergétique, tout en appliquant une politique industrielle appropriée permettant de maintenir le plein emploi.
En raison de la complexité des problèmes posés et de leur influence réciproque, il est indispensable d'établir ce plan progressivement de l'homme à l'Etat, en respectant le schéma suivant qui caractérise les différentes étapes nécessaires à sa mise en place.
1- Définition des esquisses générales du plan
2- Options choisies et régionalisées
3- Discussions techniques et économiques au niveau régional
4- Acceptation du plan
On rencontrera alors les étapes suivantes dans cette élaboration :
C'est d'abord au pouvoir exécutif de l'Etat de faire définir par les services compétents plusieurs variantes d'options générales, mettant en valeur leurs diverses et mutuelles conséquences.
Ces variantes, établies par des organismes administratifs composés de spécialistes qui sont des techniciens de la prospective et de l'économie et ayant à leur disposition les éléments statistiques dans les différents domaines économiques, financiers ou démographiques, devront faire apparaître clairement les diverses conséquences de ces esquisses qu'ils devront chiffrer de la manière la plus objective possible.
Ce sera ensuite le rôle du pouvoir exécutif de choisir parmi ces variantes celle qui lui paraît correspondre au mieux à l'intérêt collectif du pays et à la situation recherchée.
Puis il devra faire étudier ce choix plus en détail par l'Assemblée de caractère technique, économique et social à l'échelon national dont il est question ci-dessus dans le chapitre consacré à l'organisation de l'Etat, étant entendu qu'il pourra l'adapter, ayant eu également son attention attirée sur les conséquences financières des options choisies.
Ensuite, l'Assemblée politique, également prévue, devra ratifier le choix fait pour que cette amorce de Plan prospectif d'action devienne le guide indispensable à une mise au point ultérieure.
Pendant les diverses discussions de cette première étape, il faudra que les divers compétents responsables de ces études établissent des rapports directs, étroits et confiants avec les divers membres de ces Assemblées. Ce dialogue ne pourra s'établir et être Efficace que si les divers membres parlent déjà un langage commun et si les responsables du Plan prospectif d'action ne s'enferment pas, en même temps, dans un complexe de supériorité intellectuelle économique, technique ou financière qui serait déplacé.
Ce souhait implique également que les membres des Assemblées aient une culture analogue, ce qui implique qu'elles soient composées, tout au moins en partie, de personnes compétentes et dotées d'une grande largeur de vues.
Les services du Plan prospectif d'action devront s'efforcer de répartir dans l'espace leurs objectifs en les régionalisant, et en les cantonalisant même, pour mettre, autant que faire se peut, la prospective à la portée de l'homme, citoyen de ce Pays.
Ce travail fait, il conviendra de soumettre les résultats des études aux Assemblées prévues ci-dessus au niveau de chaque canton et de chaque région, pour que celles-ci puissent les étudier et formuler leurs observations.
Une fois que ces plans d'action cantonaux puis régionaux auront été examinés et adaptés aux réalités économiques de chacune de ces divisions administratives, il faudra en faire une synthèse.
Ce sera alors à nouveau aux services administratifs du Plan prospectif d'action et à l'Assemblée de caractère technique, économique et social au niveau national, d'en faire une qui soit cohérente.Cette façon de procéder exigera des procédures de conciliation progressive pour que la confrontation permanente, nécessaire à la manifestation des intérêts ou des désirs, ne se transforme pas en une contestation systématique, qui serait génératrice d'inefficacité.
Un arbitrage politique du pouvoir exécutif sera donc déjà indispensable à ce stade.
Enfin, lorsque ce Plan prospectif d'action aura été accepté par l'Assemblée de caractère technique, économique et social au niveau national, ce sera le rôle du pouvoir exécutif de faire ratifier le résultat obtenu, par l'Assemblée nationale de caractère politique afin qu'il devienne l'ardente obligation ou tout au moins une indispensable nécessité pour tous les citoyens.
En appliquant effectivement les méthodes ci-dessus, l'élaboration des grandes lignes du Plan se fera en accord avec les désirs profonds de la population et ce sera une application particulière du principe de "Centralisation de la pensée associée à la Décentralisation de l'action "qui permettra à la Démocratie d'être Efficace.
Elle le sera grâce à une participation mesurée des citoyens aux différents échelons de la vie collective et l'on pourra encore affirmer que, en raison de l'ampleur des problèmes à résoudre et de la concertation des divers participants, le pouvoir exécutif devra prévoir un long délai de préparation, qui seul pourra donner un temps suffisant de réflexion aux divers responsables intéressés.
On doit enfin signaler que, l'élaboration de cette charte de l'action pour notre pays s'effectuant au moyen d'un dialogue et non plus d'un monologue, nos concitoyens reprendront peut-être goût à la gestion de leurs affaires et que notre besoin excessif de critiques pourra être satisfait, ou tout au moins s'exercer à bon escient, au moyen, espérons-le, de suggestions constructives.
C'est aux élites responsables de notre pays de nous convier à la réalisation de ces objectifs, réalisation qui sera grandement facilitée, si l'Urbanité préside aux relations entre les hommes, mais n'est-ce pas encore beaucoup demander aux responsables des différentes nuances de la pensée politique, habituellement enfermés dans leurs critiques stériles ? Et pourtant, ce serait bien utile.
On a aussi souligné au cours de cet essai que, aujourd'hui, et contrairement à des conceptions qui veulent que l'opposition des intérêts soit génératrice de progrès, avec la Société Industrielle, l'harmonisation de ces intérêts sera bien davantage cause de progrès, en raison même de la complexité d'une Société où la Technique joue souvent un rôle essentiel.
En plus, on peut encore affirmer que, dans le domaine politique d'où découlent tout le présent et l'avenir de notre pays, cette observation est encore plus valable, puisque l'opposition systématique et non constructive, en un mot, l'opposition pour l'opposition, entraîne surtout l'inaction et la stagnation.
C'est pour ces raisons que les querelles idéologiques sont actuellement d'un autre âge.
Le but final de la Société Industrielle étant d'améliorer le sort des hommes et particulièrement celui des plus défavorisés, il n'est qu'un moyen, le travail et surtout le travail en commun, qui sera Efficace et rentable s'il est d'abord bien organisé et s'il dispose de moyens techniques bien adaptés et suffisants et s'il fait appel au Profit pour intéresser l'homme au travail.
Cette bonne organisation ne peut découler que d'un plan qui la définit seulement dans ses lignes générales grâce, à une planification incitative, qui préserve l'initiative de l'exécution.
Les lignes générales de cette planification incitative seront probablement assez simples à définir et il paraît intéressant que deux tendances générales servent alors de fondement à l'action de deux courants idéologiques différents dont l'un d'eux sera chargé, démocratiquement, de choisir la meilleure solution, comme il a été suggéré ci-dessus à propos de "l'organisation de l'Etat".
Ces plans prospectifs devront d'abord être proportionnés aux moyens matériels disponibles et ils supposent encore, pour tous les responsables politiques et économiques de notre Nation, une certaine formation humaine comprenant, en particulier, l'étude délicate de la prévision économique et ce sera sûrement un des rôles majeurs d'une Université géographiquement décentralisée d'assurer progressivement cette difficile formation en étudiant, sous ses divers aspects, la prospective économique et sociale, fondement d'un développement équilibré et progressif.
Le canevas succinct ci-dessus met en valeur le rôle essentiel et même fondamental des services du Plan prospectif d'action, considéré comme le révélateur et le fixateur des besoins et souhaits collectifs.
Placé au carrefour du débat entre les intérêts publics et privés, son rôle exige des responsables qui en sont chargés non seulement une compétence économique, technique et financière, mais aussi une indépendance intellectuelle suffisante pour leur permettre d'établir un juste milieu entre les divers intérêts en présence, pour le plus grand profit et l'équilibre de notre pays.
C'est donc un organisme particulièrement bien adapté au fonctionnement de la Démocratie moderne, ce qui implique nécessairement une action simultanée, à influence réciproque, des multiples organisations privées ou publiques que mettent en jeu ces divers intérêts.
Puissent alors les hauts responsables chargés de son élaboration avoir l'esprit large et imaginatif, voir grand, prévoir l'avenir et ce que sera la Société dans cinq ans, non seulement dans le temps mais aussi dans l'espace, oeuvre difficile et complexe ...
Mais il faudra surtout qu'ils aient des idées raisonnables, qu'ils ne s'encombrent pas l'esprit de détails inutiles qui leur cacheraient l'ensemble, tout en s'efforçant de mesurer l'influence de l'application de leurs idées sur l'avenir à court terme.
On doit alors bien reconnaître que les hommes capables de répondre à ces diverses données ou qualités sont rares, car celles-ci sont exceptionnelles. C'est parce que le problème de la Planification est difficile que, là encore, pour le faciliter, il faudra que les participants à cette oeuvre gigantesque et fondamentale règlent d'abord leurs rapports sur l'Urbanité et la compréhension réciproque qui seront les meilleurs appuis des compétences techniques exigées.
Si l'ensemble de ces conceptions constitue un souhait et peut-être également une innovation par rapport à des méthodes et à des habitudes anciennes, il convient cependant d'effectuer cette mise à l'heure quand il est temps, en procédant, au bon moment, aux transformations et aux réformes indispensables que commande la Société Industrielle.
A l'appui de cette remarque, on peut citer deux exemples particulièrement parlants de l'utilité de la bonne organisation, le premier se rapporte au logement des hommes, le second a trait au travail.
On peut affirmer, à ce propos, qu'il est peu raisonnable de construire des habitations dans un endroit donné ou de renforcer la population de telle ou telle ville, si l'on n'a pas prévu préalablement les équipements collectifs et du travail sur place pour les habitants, puisque les transports ne feraient qu'accroître les pertes de temps.
Il convient donc d'abord de résoudre les problèmes difficiles de la circulation moderne, c'est-à-dire ceux de viabilité dans le sens de chemin. Dans le cas particulier des très grandes villes, pour Paris par exemple, il paraît surtout nécessaire d'imbriquer les logements aux immeubles utilisés pour l'activité des hommes afin, d'une part, de réduire la durée des transports et, d'autre part, d'éviter aux transports collectifs (bus ou métro) la surcharge aux heures de pointe, ce qui impliquera également une nouvelle répartition dans la journée des horaires de travail.
Ces simples observations montrent déjà la difficulté des solutions à retenir pour l'Urbanisme citadin tel qu'il a été décrit ci-dessus (1).
(1) Voir première partie "Logement et Urbanisme". a) L'urbanisme citadin à l'époque de la Société Industrielle ; b) Les transports collectifs et la rénovation urbaine.
Il faudra cependant beaucoup de volonté et de courage à nos responsables politiques pour résoudre ces problèmes. Et plus nous attendrons, plus la réalisation de cette décentralisation sera difficile, et plus la vie des populations urbaines deviendra pénible avec l'afflux du nombre.
Il faut maintenant attirer l'attention sur le problème des pointes d'activité qui est particulièrement néfaste. Chacun est persuadé que les solutions choisies, chez nous, pour les vacances ou les horaires sont aberrantes, pourtant la complicité générale tend à les conserver.
La liste des obstacles est longue, les plus connus ont trait à l'étalement des vacances scolaires, les autres à l'activité des Entreprises.
En effet, pour certaines grandes unités automatisées, la production ne peut être arrêtée que par l'arrêt des chaînes, pour d'autres ce sont les problèmes de stockage et, par conséquence celui du coût du crédit, qui se pose.
Dans le même temps, le départ simultané des vacanciers exige des moyens de transport et d'accueil considérables, mal utilisés à d'autres périodes de l'année, donc peu rentables. Avec un peu d'organisation, d'imagination et de persévérance, il est certainement possible, comme d'autres pays l'ont déjà fait, de trouver des solutions à ces problèmes difficiles et, si la technique bouscule quelquefois les coutumes, il faut voir, au-delà, les avantages que la collectivité peut en tirer pour une vie plus agréable, et c'est pour toutes les raisons évoquées dans ce paragraphe qu'il va être suggéré de créer un grand Ministère de la gestion interne de notre Pays.
En raison de l'importance actuelle des problèmes économiques et financiers, et de la priorité à accorder au bon fonctionnement de la Société Industrielle à l'époque moderne, il semble rationnel de regrouper sous une direction commune, qui serait celle du Plan et de l'Action Economique et Sociale, tous les ministères qui ont, du fait de la nature globale de l'économie moderne, une vocation particulière à l'équipement collectif et à la dépense, que celle-ci soit de nature économique, (par exemple : développement régional, investissements industriels ou collectifs, etc.) ou sociale (logement, protection contre les différents risques de la vie, etc.).
C'est ce grand Ministère qui devrait constituer l'organe central de la pensée de l'Etat en ce qui concerne sa gestion interne, pour assurer un développement harmonieux de la communauté nationale. Il devra alors répondre dans le même temps à la première des conditions permettant le bon fonctionnement de la Société Industrielle, qui est la "Centralisation de la pensée et la Décentralisation de l'action" et aussi à la seconde qui concerne l'organisation de l'activité générale, dans un plan prospectif qui répondrait à la formule "Je pense donc je deviens".
Le haut responsable de ce grand ministère doit, avant tout, viser à l'action collective, c'est-à-dire mettre en oeuvre le Plan prospectif d'action, et c'est pour ces raisons, comme on l'a déjà indiqué, que le rôle du Ministère des finances dans notre pays devrait être limité au contrôle du pouvoir d'achat de la monnaie, et attirer l'attention des responsables de ce nouvel organisme sur les conséquences de l'ensemble de la politique générale suivie, qui recouvre nécessairement l'ensemble du tissu économique et social dans lequel nous vivons.
Il va sans dire aussi que ce grand ministère devra être également en relation intime avec les Assemblées économiques et politiques dont il a été question ci-dessus, au sujet de l'organisation aux différents niveaux de notre Etat, pour que la concertation indispensable entre responsables politiques et économiques puisse s'effectuer de la meilleure façon, et si possible dans l'Urbanité, condition indispensable à l'Efficacité.
Avant d'achever ce chapitre, quelques souhaits doivent encore être exprimés.
Il est d'abord nécessaire que le Plan prospectif d'action de notre pays soit déjà suffisamment souple pour permettre une adaptation rapide et sans heurts à l'évolution des techniques et des besoins, et qu'ensuite, il s'étende sur une durée assez longue pour disposer du recul indispensable au jugement.
Dans le même esprit, il faut que tous ceux qui ont l'honneur et la charge d'établir ou de contrôler l'exécution des plans successifs aient une largeur de vue telle qu'elle les incite à se corriger et à se critiquer. Dans ce domaine, si l'autocritique est nécessaire, en revanche l'autosatisfaction est à proscrire car elle serait à l'origine de l'orgueil et des "Volontés de Puissance et de Domination" individuelles qui souvent l'accompagnent.
Ce sera aussi un des rôles principaux des Assemblées de caractère économique, technique et social à l'échelon national et régional dont il est question ci-dessus, de répondre avec intelligence aux exigences de ceux qui les élisent, en s'élevant au-dessus des intérêts particuliers, donc égoïstes, qu'elles sont censées représenter.
On a indiqué que la bonne organisation, c'est-à-dire la planification, mais dans les grandes lignes seulement, était la condition essentielle de l'action de l'homme.
Il est alors probable que si Descartes avait vécu à l'époque de la Société Industrielle il n'aurait pas manqué d'ajouter à son célèbre :
"Je pense donc je suis" ... "Je pense donc je deviens",
et cette formule pourrait servir de symbole au devoir de croissance, à la modernisation et à la prospective qui accorde, autant que faire se peut et dans les grandes lignes seulement, les désirs aux possibilités effectives.
On peut alors suggérer aussi que cette formule puisse caractériser la prospective économique, science qui ne peut être figée et qui doit évoluer à chaque instant.
Aujourd'hui en effet, il ne s'agit pas seulement d'industrialiser notre Pays, il s'agit encore d'équilibrer économiquement les différentes régions, qui ensemble constituent notre cher hexagone, en développant de façon préférentielle des activités économiques particulières dans certaines de ces régions.
Si nous Français sommes enfin engagés dans la voie de la modernisation et du progrès, par ce fait même, notre liberté d'agir à notre guise ou plutôt notre amour immodéré de l'anarchie aura vécu, mais rassurons-nous cependant, il doit toujours nous rester la Dignité et notre Liberté tout court qui nous permettront de vivre dans les meilleures conditions en l'an 2000 dans notre France Industrielle, Efficace et Européenne dans cette Europe de l'Economie Moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Effcacité et de l'Equité, telle celle souhaitée dans cet essai.
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