La monnaie sur un territoire donné permet de payer un achat de biens ou une dette, elle représente donc un certain pouvoir d'achat, d'où son importance dans l'économie puisqu'elle rend possibles les échanges qui sont indispensables à la vie quotidienne tout en constituant le fondement du développement de la Société Industrielle en raison de l'influence des échanges dans la vie économique. En effet, si la production des biens et des services vise la consommation, celle-ci implique nécessairement des échanges et par là des relations commerciales tant à l'intérieur d'un pays qu'avec l'étranger.
De plus, l'Etat est devenu, en raison des conditions générales qui règnent aujourd'hui, un acteur essentiel du Pouvoir Economique ou Quatrième Pouvoir de l'Etat moderne. Il dirige, il oriente, il planifie l'économie et lui fixe des objectifs de croissance, il incite aussi à consommer, à épargner, à investir, en recherchant un équilibre économique où la monnaie joue obligatoirement un rôle de mesure pour des comparaisons indispensables aux différents agents économiques, dans leurs multiples confrontations ou négociations variées de la vie quotidienne.
La monnaie est alors une expression marquante de la vie journalière, c'est-à-dire de la vie économique, donc un motif de puissance ou une cause d'anarchie suivant sa bonne ou sa mauvaise qualité et les faits passés, dans de nombreux pays, sont bien là pour nous prouver la réalité de l'influence de la stabilité monétaire sur le comportement moral des habitants des pays et sur leur conduite en tant que citoyens, conduite qui est directement fonction du respect qu'accorde chaque citoyen à sa monnaie nationale, c'est à dire à la confiance qu'il lui accorde.
En résumé, on peut affirmer que la stabilité du pouvoir d'achat de la monnaie est une des conditions de l'Urbanité des relations humaines. Tout au long du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, les diverses monnaies en Europe ne furent pas l'objet de manipulations importantes et leurs équivalences, concrétisées par leur conversion en un certain poids d'or, qui représentait à l'époque la confiance, étaient le plus souvent intangibles. Le pouvoir d'achat de ces monnaies, c'est-à-dire leur pouvoir d'échange ne dépendait alors que de la plus ou moins grande quantité de biens offerts, qui influe sur la loi permanente et incontournable de l'offre et de la demande, et tous les habitants de notre continent prêtaient peu d'attention aux questions monétaires qui ne se posaient pas à cette époque, avec la même acuité qu'aujourd'hui. Ils ne furent tirés de leur somnolence en Europe qu'au moment où ils ont pu se rendre compte de la réduction sensible du Pouvoir d'achat de leur monnaie nationale : Franc, Mark, Livre, Lire ou Peseta.
Ces questions financières et monétaires sont en effet très ardues et même rebutantes, et elles exigent pour leur parfaite compréhension des connaissances techniques approfondies.
Mais aujourd'hui, avec le développement de l'instruction, un nombre important de citoyens est capable d'en comprendre les mécanismes et s'intéresse aux grandes lignes qui régissent les problèmes monétaires.
Aussi ne faut-il pas s'étonner outre mesure de constater le peu d'attrait qu'elles suscitaient autrefois auprès du grand public à une époque où la stabilité monétaire était assurée, et liée elle-même à la stabilité des prix qu'elle engendrait.
Mais, au vingtième siècle, les deux conflagrations qui ont mis l'Europe et le monde à feu et à sang devaient bousculer cette attitude d'indifférence, et l'expérience consécutive à ces conflits permet à tous les citoyens producteurs, distributeurs, consommateurs, investisseurs, épargnants, de redouter l'influence de la dégradation du Pouvoir d'achat de la monnaie sur la vie quotidienne.
C'est en particulier l'histoire de notre voisine l'Allemagne qui prouve, entre les deux guerres, l'influence désastreuse de l'inflation, inflation qualifiée même, dans ce cas, de galopante et qui a amené d'abord une anarchie démesurée entraînant une misère généralisée à toute la population, puis la dictature, puis enfin la guerre qui s'est généralisée à toute la planète.
C'est parce que le peuple allemand a connu les souffrances consécutives à cette inflation galopante que son pouvoir politique actuel a mené, depuis la fin des dernières hostilités, une politique économique et sociale équilibrée qui a fait de la monnaie allemande le symbole de la renaissance de notre voisine, alors que dans notre pays, qui n'a subi que les effets sournois d'une inflation rampante, les gouvernants et les élites économiques ou syndicales ne sont pas encore persuadés, de la nécessité absolue d'avoir une monnaie stable, comme elle le fut aussi chez nous entre 1802 et 1914, c'est-à-dire pendant plus d'un siècle.
Le but de ce chapitre est alors de montrer que ces questions délicates peuvent néanmoins être comprises par tous et, pour faciliter cet exposé, il faut d'abord rappeler l'évolution du problème des échanges au cours des âges dans ses rapports avec la monnaie.
Aux temps les plus reculés de l'humanité, seul était en vigueur le système du troc, mais il était si incommode que déjà les Phéniciens, (1) peuple de navigateurs et de commerçants, faisaient usage, peut-être mille ans avant notre ère, de pièces métalliques pour faciliter les échanges et que dès le septième siècle avant Jésus-Christ la Grèce antique, au pays de Lydie, à son tour recourait à la monnaie, invention qui assurait, sur une base commode, l'achat et la vente des marchandises grâce à un étalon de mesure constitué par des pièces métalliques.
(1) Les Phéniciens vivaient dans une contrée comprenant le Liban actuel. Ils fondèrent de nombreux comptoirs dès le 14ème siècle avant J.C. Ils étaient d'une civilisation très avancée et inventèrent un alphabet pour faciliter leurs relations commerciales
Les échanges commerciaux peuvent alors se développer et, en même temps, la monnaie ne tarde pas à apparaître, en dehors de la possession des biens, comme un nouveau moyen d'appréciation de la fortune qui ne sera plus seulement constituée de terres ou de bétail, mais encore de pièces de monnaie.
Ainsi à la caste existante des propriétaires terriens se sont ajoutées, dès cette époque, de nouvelles familles de citoyens : les commerçants, les épargnants et bientôt les banquiers.
L'usage de la monnaie facilite le commerce et contribue aussi à sa spécialisation, et le temps où chaque homme devait stocker les produits utiles s'estompe puisqu'il peut les acheter au fur et à mesure de ses besoins.
En outre, cette invention permet encore :
- d'accumuler la richesse sous une forme autre que celle de troupeaux ou de sacs de blé,
- d'utiliser le travail salarié,
- de prêter et d'investir.
L'humanité vient alors de découvrir l'a,b,c de la Société Industrielle, société qui va mettre plusieurs millénaires pour s'épanouir, puisqu'il faudra atteindre le dix-neuvième siècle pour aborder une nouvelle Société de type artisanal puis industriel.
L'usage de la monnaie apparaît donc, pour les échanges commerciaux et le devenir de l'humanité, aussi important que l'invention de l'alphabet, la découverte du feu ou l'usage de la roue et du levier.
Aujourd'hui, avec la Société Industrielle, si les échanges se sont amplifiés, le problème monétaire n'a pas varié, mais si l'argent est dit-on le nerf de la guerre, il est surtout le moteur de l'action pacifique, car l'Efficacité de l'action est tributaire maintenant de moyens matériels et techniques puissants qui supposent des investissements importants.
Ceux-ci déterminent alors dans une large mesure la croissance de la Société Industrielle c'est-à-dire finalement celle de l'Entreprise, maillon élémentaire de toute activité créatrice de biens ou de services, que celle-ci soit privée ou publique.
Et la monnaie apparaît, à notre époque, d'abord comme un facteur de liberté, puisque chacun peut l'utiliser dans notre système libéral comme il veut, à condition bien sûr que son travail lui en procure suffisamment, puis comme un instrument de la politique sociale et économique de l'Etat, comme on le verra plus loin.
La monnaie jouant un rôle essentiel dans les échanges commerciaux, il serait particulièrement souhaitable que sa valeur d'échange, c'est-à-dire son pouvoir d'achat, soit aussi constante que possible.
La vie de chaque jour, en effet, dépend de diverses mesures étalons du domaine scientifique et celle-ci serait impraticable si, par exemple, le mètre s'allongeait ou se rétrécissait suivant les époques ou les saisons, ou encore si le nombre d'heures d'une journée était variable.
Mais alors que les grandeurs physiques sont objectives, c'est-à-dire mesurées à partir de modèles dont la valeur est établie rigoureusement d'après des constantes, la monnaie, elle, est fonction en plus de facteurs humains. En effet, elle doit mesurer non seulement le coût d'un produit en fonction de faits économiques, matières premières, salaires, moyens techniques, bénéfices, etc., mais apprécier également la valeur relative de biens et de services qui est fonction, d'une part, de facteurs particuliers, comme la pénurie ou l'abondance, et partant variables selon les éléments qui entrent dans le prix d'un produit, et, d'autre part du degré de satisfaction que l'acheteur attend de ce bien.
Ces divers phénomènes agissant et réagissant sur le comportement des hommes, il en résulte pour la monnaie une appréciation variable, qui la distingue des unités de mesure constantes, utilisées dans la vie quotidienne, kilogramme, kilomètre, heure, jour, etc.
A cette appréciation variable, s'ajoutent encore les conséquences des opérations de prêt, c'est-à-dire du crédit (1), à terme plus ou moins long, nécessité par le commerce national ou international, qui peuvent être aussi la cause d'émission de papier monnaie comme on le verra plus loin.
(1) Le mot crédit vient du latin credere : croire, il implique donc une certaine confiance.
Il n'est donc pas étonnant que la confiance du public dans sa monnaie nationale soit fonction de facteurs à la fois économiques et psychologiques plus ou moins rattachés à la loi permanente de l'offre et de la demande, sur laquelle repose, dans une économie de marché, le jeu de la libre concurrence qui influe, en partie, sur le choix du citoyen consommateur par les réductions de prix qu'elle provoque, compte tenu également d'une publicité de plus en plus agressive.
Ce sont ces phénomènes de variation du pouvoir d'achat de la monnaie qui sont appelés soit inflation, soit déflation dans le cas contraire.
Il importe alors, pour bien faire saisir leurs conséquences, de faire un retour sur le passé, car l'inflation existe depuis fort longtemps, même s'il s'agit d'autres formes que celles constatées actuellement.
Jusqu'à ces dernières années, elle apparaissait au citoyen quelconque comme un bon moyen pour l'Etat de régler ses dettes en émettant des billets, grâce à l'imprimerie. On peut alors admettre facilement que le pouvoir d'achat de ce papier monnaie risquait de dépendre rapidement de sa trop grande abondance sur le marché des biens et des services, car celle-ci ne tardait pas à jeter le doute dans l'esprit des citoyens et les prix avaient tendance à monter quand il y avait trop de billets pour payer la même quantité de produits.
Quelques rappels historiques permettent de montrer qu'il en était ainsi chaque fois que les pouvoirs politiques, pour couvrir les besoins de l'Etat, devaient recourir à une émission de billets de banque. De tout temps, les différents pouvoirs politiques des diverses collectivités humaines ont eu recours, pour répondre à leurs dépenses, à une émission exagérée d'instruments de paiement. Au Moyen Age, rois et seigneurs, qui battaient monnaie, ne pouvaient que modifier le titre du métal précieux contenu dans les pièces d'or ou d'argent, ou diminuer leur poids, expédients particulièrement condamnables moralement, puisqu'ils étaient générateurs d'injustices et de spoliations. En fait, il ne s'agissait pas d'une inflation au sens actuel mais de fausse monnaie, puisqu'il fallait à la fois modifier le titre ou le poids des pièces, ce qui était simplement une escroquerie légale.
Aussi à peine inventé, le papier monnaie assura-t-il aux Etats de grandes facilités dans ce domaine. L'écossais Law (1671-1729), au service du roi de France, applique ce système qui se termina en 1720 par une effroyable banqueroute. Pendant la Révolution Française de 1789, il en fut de même avec l'émission des assignats, puis ensuite, dans de nombreux pays, chaque fois que des guerres venaient accroître les dépenses des Etats. Il n'est d'ailleurs pas sans intérêt de noter à ce sujet que la puissance des Etats actuels s'est peu à peu assise, en partie, grâce à l'inflation qui permettait de faire payer à tous les citoyens les guerres de conquête ou d'unité nationale.
On peut alors observer que si de nombreux Etats furent aux prises avec une inflation de ce genre, c'était toujours la masse des humbles qui en faisait les frais en perdant tous ses avoirs monétaires, alors que les malins avaient, eux, transformé, quand il en était encore temps, leurs coupures de papier, sans autre valeur fiduciaire que celle que leur donnait le pouvoir de l'Etat ou la confiance manifestée par le public, en biens réels ou en or, et que l'Etat lui-même annulait, par ce procédé, les dettes qu'il avait contractées vis-à-vis de ses ressortissants.
Mais aujourd'hui ces mêmes hommes comprennent aussi, du fait de l'accroissement général du savoir, que l'inflation est beaucoup plus complexe et subtile, en dépendant encore, comme on va le voir maintenant, du fonctionnement même de l'Entreprise, élément initial et fondamental de toute activité humaine, et en particulier aujourd'hui, de la Société Industrielle.
Le but de ce chapitre est de mettre en évidence les diverses causes d'inflation et de montrer que chacun de nous est capable de les comprendre, ce qui devrait normalement permettre de lutter contre elle. Pour faciliter cet examen, il faut rappeler d'abord l'influence des diverses catégories de dépenses qui influent sur le prix des produits, comme les salaires ou les matières premières, sur le coût des objets fabriqués et ensuite sur les moyens de règlement de ces dépenses qui pourront être à l'origine d'une détérioration du pouvoir d'achat de la monnaie, comme on le montrera ci-dessous.
Pour l'individu, les dépenses sont généralement limitées par ses gains et éventuellement par des emprunts qu'il a l'obligation de rembourser. Elles couvrent, d'une part, ses dépenses de consommation courantes et, d'autre part, ses besoins d'équipement. Pour les producteurs ou pour l'Etat, on retrouve toujours les mêmes catégories de charges, mais les limites ne sont pas les mêmes en raison de l'importance des sommes concernées.
- Les premières dépenses concernent le fonctionnement normal des Entreprises ou des services de l'Etat. Ces dépenses se rapportent au règlement des salaires, des matières premières, de l'énergie, des frais de transport, des frais d'amortissement des emprunts et, pour les Entreprises, de la rémunération du capital. Elles sont alors couvertes par les recettes provenant de la vente des produits et, pour l'Etat, par l'impôt.
- Les secondes sont relatives à l'équipement, à l'achat ou au renouvellement des matériels nécessaires à la fabrication des objets ou à l'acquisition et à l'aménagement des locaux nécessaires à la production. Dans le cas des Entreprises, elles ne peuvent être assurées que par l'emprunt ou par une partie du Profit ; dans le cas de l'Etat elles pourront l'être soit par l'impôt, soit par l'emprunt,
- par l'impôt, pour les investissements dont le montant étendu sur une courte période est facilement supportable,
- par l'emprunt, quand il s'agit, cette fois, de couvrir des dépenses d'équipement plus importantes dont bénéficieront plusieurs générations, étant entendu, dans ce cas, que le remboursement de ces emprunts sera assuré par des recettes fiscales.
Il faut donc que l'Entreprise ait des recettes suffisantes pour couvrir à la fois les dépenses de fonctionnement et d'investissement et que les recettes de l'Etat provenant de l'impôt le soient aussi pour éviter qu'il n'imprime des billets pour les régler. Ces deux catégories générales de dépenses venant d'être examinées, il est possible maintenant d'analyser les divers éléments qui vont entrer dans le coût d'un produit et qui influent sur lui, c'est-à-dire finalement sur le Pouvoir d'achat de la monnaie et sur le niveau de vie du citoyen consommateur.
Dans le prix de vente d'un produit quelconque est inclus notamment le montant des salaires et des frais d'amortissement des moyens techniques mis à la disposition du travail. Ces deux postes sont souvent très importants et on peut observer qu'il existe déjà un lien étroit entre les salaires et les investissements dans le prix de revient d'un produit, en raison de l'influence de l'investissement sur la productivité du travail. Mais à côté de ces postes qui jusqu'à présent étaient les plus importants dans le prix de revient, il en est d'autres maintenant, notamment les matières premières et l'énergie, qui vont peser d'un poids de plus en plus lourd dans ce prix, d'autant plus que certaines d'entre elles, comme le pétrole, ont subi dans les années 73-79 des augmentations de nature politique très exagérées.
Le niveau de vie du salarié va alors dépendre d'abord de la productivité du travail, c'est-à-dire de l'emploi de machines permettant une réduction relative de la part du travail dans le prix des produits vendus, et c'est ce qui amène à examiner l'influence des salaires puis ensuite celui des investissements, puisque cette productivité en découle directement.
Si la proportion de salaires supportée par le produit en question croît, celui-ci risque de ne plus être compétitif et, dans ce cas, l'Entreprise peut être conduite à fermer ses portes. En théorie, une Entreprise vivant dans une économie de marché ne pourra supporter les augmentations salariales qu'en fonction de l'accroissement de sa productivité, puisque seule l'augmentation de la quantité des produits vendus et distribués devrait permettre pour un même prix unitaire d'augmenter la rétribution du travail. S'il n'en était pas ainsi, le prix de vente s'élèverait en fonction de l'accroissement des salaires, ce qui équivaudrait à une diminution ou à une stagnation du pouvoir d'achat de la monnaie. L'équilibre en économie dépend alors à la fois de l'emploi (salaires), du prix de vente dans le commerce, du niveau de la concurrence étrangère, et donc de la valeur relative des monnaies. Il est alors difficile d'améliorer tous ces éléments à la fois et finalement l'équilibre est la résultante des rapports de force, entre ces différents composants.
Quand la situation économique est brillante, la loi de l'offre et de la demande amène des surenchères salariales dont la répercussion peut affecter progressivement tous les secteurs en provoquant des hausses qui ne pourront être limitées que par la concurrence, celles-ci entraîneront fatalement une réduction du pouvoir d'achat de la monnaie puisqu'il y a hausse du prix des produits. Dans le courant du 19 éme siècle, et même dans les débuts du 20 éme, les économistes pensaient que le régime économique idéal se trouvait à la limite du plein emploi, de telle sorte qu'un très léger sous-emploi de la main-d'oeuvre serait capable d'assurer une certaine élasticité au marché du travail. Ils pensaient en effet qu'il y avait moins d'inconvénients pour la collectivité à verser aux personnes sans emploi des indemnités d'un montant total raisonnable, puisqu'elles sont à la charge des contribuables, qu'à faire courir le risque d'une inflation généralisée ou galopante néfaste à l'ensemble de la population. Et pour éviter que ce léger sous-emploi ne provoque une réduction trop sensible de la production qui se répercuterait inévitablement sur les prix, il aurait fallu qu'une meilleure organisation et un équipement supérieur des Entreprises favorisent encore l'accroissement de leur productivité
Mais, aujourd'hui, personne ne veut plus recourir à des solutions de ce genre en raison de l'évolution intellectuelle de populations qui considèrent que le plein emploi et le travail sont des éléments essentiels à la vie. Il existe d'ailleurs en France toute une réglementation qui s'applique à certains produits ou services. Les hausses des prix de vente étant souvent contrôlées par les pouvoirs publics, l'Entreprise ne peut que constater la hausse de ses prix de revient vis-à-vis de prix de vente surveillés, ce qui aboutit à une réduction de sa marge bénéficiaire. Il serait donc souhaitable qu'un consensus social soit finalement obtenu sur une politique des prix de revient et des revenus, et l'on a tenté sans succès d'y parvenir chez nous depuis l'achèvement de la Seconde Guerre mondiale, alors que nos voisins allemands y sont mieux parvenus grâce à l'action d'un Syndicalisme salarial plus conscient de ses devoirs d'état, c'est-à-dire de ses devoirs vis-à-vis de toute la population. Ce serait pourtant le seul moyen d'éviter des surenchères salariales à contretemps car, finalement, une amélioration trop brusque du pouvoir d'achat des salariés n'est un avantage que dans l'immédiat. Plus tard en effet, elle contribue à une nouvelle poussée inflationniste et on peut noter que, avec les suggestions faites dans cet essai, un remède à cette situation pourrait résider dans la nouvelle structure de l'Entreprise suggérée et fondée sur un "Capitalisme à accession communautaire" où le travail salarial serait rémunéré suivant sa valeur productive.
Un autre motif de tension peut encore résider dans l'insuffisance des connaissances professionnelles et dans le manque de mobilité de la main-d'oeuvre dû à la sévère crise du logement qui sévit encore dans notre pays, même après presque un demi-siècle de paix. On peut observer qu'un renchérissement analogue peut également se produire dans une économie trop rigidement planifiée car l'homme est malheureusement incapable de tout prévoir dans le détail, et une inadaptation marquée du travail pourra en résulter en entraînant dans le même temps une productivité insuffisante.
Si les investissements techniques répondent à des impératifs économiques et conduisent à la réduction des frais de fabrication, pour les équipements lourds, cette fois, ils répondent surtout à une obligation morale, puisqu'ils constituent, en quelque sorte, des placements des générations actuelles effectués, au bénéfice des générations futures. Si le sort matériel de tous dépend aujourd'hui de l'infrastructure et des équipements mis en place, celui de nos enfants découlera plus encore de leur qualité. Les équipements légers, comme les machines, en raison du progrès rapide des techniques, ne concernent pratiquement pas les générations à venir ; en revanche comme notre situation matérielle présente en découle, leur financement doit être assuré coûte que coûte, au meilleur moment. La collecte de ces sommes considérables constitue un des problèmes cruciaux de l'époque puisque très souvent ces équipements sont rapidement périmés (c'est le phénomène d'obsolescence). On pourra alors souhaiter que ceux des hommes dont le rôle est de prévoir de nouvelles machines aient le souci de l'utilité et de la rentabilité, ce qui revient en résumé à donner à la fonction de conception une culture financière suffisante. La machine remplaçant l'homme pour produire davantage, moins cher et de façon plus précise, il n'est pas étonnant qu'elle devienne de plus en plus complexe, donc coûteuse et en conséquence malheureusement rapidement vieillie. Il faut donc qu'elle soit amortie rapidement, ce qui implique une marge bénéficiaire suffisante, qui devra être supportée cette fois par un nombre réduit de consommateurs et non pas comme autrefois par plusieurs générations.
Cette course permanente entre le remplacement des matériels, la vente des produits et la réduction des frais de main-d'oeuvre est la caractéristique de l'économie moderne qui est souvent d'abondance, puisque dans une économie de ce genre, c'est le consommateur qui est le juge suprême et sans recours de la vie de l'Entreprise. Cette économie pourrait même être génératrice de chômage et, dans ce cas, il se révélerait nécessaire de réduire la durée du travail et d'augmenter le nombre des salariés afin de réduire un chômage dû à une sous-consommation puisque, avec ce genre d'économie, pour pouvoir produire, il faut déjà avoir vendu, c'est-à-dire avoir consommé. C'est cette économie que l'on appelle aussi de surconsommation ou même de tentation et si celle-ci est souhaitable pour ceux qui disposent de moyens monétaires suffisants, il faut bien admettre que c'est elle aussi qui a contribué, grâce au progrès technique qui lui est attaché, à améliorer le sort des humbles et c'est là sa meilleure justification.
Au sujet des investissements, on doit signaler que, en raison du vieillissement technique très rapide des matériels de production et de leur coût de remplacement, le Profit est souvent insuffisant pour assurer le financement des investissements correspondants. Dans ces conditions, l'Entreprise est amenée à faire appel à l'épargne de ses actionnaires ou du public, ou encore éventuellement au crédit quand l'obsolescence des matériels techniques utilisés est particulièrement rapide, comme par exemple dans l'informatique ou le transport aérien, et quand les sommes à consacrer au financement de ces investissements sont très importantes.L'appel aux actionnaires est en général très insuffisant, en raison de l'apathie des marchés financiers, provoquée chez nous à la fois par un demi-siècle au moins d'inflation et par l'amour inconsidéré de la pierre, provoqué, lui, par la lente dégradation du pouvoir d'achat de la monnaie et aussi, il faut bien le dire, par une mentalité générale de la population qui ne prend pas suffisamment en compte l'Esprit d'Entreprise, sans oublier, non plus, un certain mépris des sociétés pour leurs actionnaires.
Les Entreprises sont alors conduites à recourir aux crédits des organismes bancaires. Quant à l'Etat, il doit également faire appel à l'emprunt pour certains équipements collectifs car le produit des impôts ne peut toujours être utilisé, du fait de ses charges de fonctionnement de plus en plus lourdes. Dans l'un et l'autre cas, les capitaux nécessaires devront pouvoir être prêtés à des taux raisonnables puisqu'ils influencent directement le prix des produits fabriqués ou des services rendus. Il faut en effet, amortir, c'est-à-dire rembourser les emprunts contractés, simple honnêteté. La modernisation des moyens techniques qui demande des capitaux importants est alors assurée par un appel de l'Entreprise aux crédits bancaires dont le mécanisme sera expliqué plus loin à propos des crédits en monnaie nationale. Les crédits bancaires, même s'ils permettent de recycler une épargne qui ne tient pas à s'investir, sont cependant à l'origine de la création d'une quantité importante de billets de banque qui augmentent le volume de la masse monétaire en circulation, en affaiblissant fatalement la confiance du public, puisque l'argent est trop abondant d'une part et que, d'autre part, le taux élevé de ce crédit se répercute inévitablement sur les prix de vente des produits.
On peut alors observer, en première analyse, que l'émission monétaire due à l'Etat peut être la conséquence soit de dépenses de fonctionnement trop élevées, soit de frais d'investissements collectifs importants, et que l'émission monétaire due aux Entreprises est, en général, la conséquence de l'intervention du circuit bancaire, en vue de la satisfaction de besoins d'investissements de production. Mais, dans ce cas, les autorités monétaires peuvent connaître facilement l'importance relative de ces derniers motifs d'accroissement de la masse monétaire en circulation et il est logique que celle-ci suive seulement, le mieux possible, l'accroissement du niveau de l'activité économique, ce qui implique de surveiller et de limiter, si besoin, les dépenses de l'Etat et les Crédits aux Entreprises. On peut aussi remarquer que le financement des équipements de toute nature, qui réclame la collecte de sommes très importantes se révèle difficile, en raison de la nature globale de l'économie moderne, fait sur lequel l'attention a déjà été attirée.
En effet, le produit national formant un tout, la Nation retire de son activité un certain montant de ressources, utilisé par les individus pour consommer, s'équiper ou épargner. Si l'on veut donc augmenter les dépenses d'équipement dans une situation économique donnée, il est seulement possible de réduire les dépenses de consommation ou d'accroître le montant total des ressources disponibles par l'emprunt. Mais, dans une société développée, les dépenses de consommation seront difficilement réduites en raison du désir de jouissance immédiate, particulièrement sensible chez tous les citoyens généralement individualistes et par là égoïstes qui composent cette société, désir qui est le fondement de l'économie dite de surconsommation ou de tentation, actuellement en plein essor. Chaque citoyen voulant tout et tout de suite, la demande accrue incline tout naturellement les producteurs à accroître leurs recettes en augmentant leurs prix d'abord, puis en faisant varier les modèles. La désuétude des biens pousse à l'achat de biens neufs, techniquement plus perfectionnés, ce qui provoque un roulement de capitaux inconnu dans les temps anciens, et finalement une sorte de course entre les prix et les salaires.
C'est ce qui se passe actuellement dans notre pays et dans tout le monde développé où l'argent disponible sur le marché financier est rare, les individus ayant en eux un désir de dépenses immédiates de plus en plus effréné, quand ils ne cherchent pas, ce qui est simplement humain, des placements sûrs, pour essayer, surtout chez nous, de remédier à plus d'un demi-siècle d'instabilité monétaire (1).
(1) Le désir de l'épargne semi-liquide est aujourd'hui de plus en plus répandu. Les dépôts bancaires à court terme ou sur carnet d'épargne y contribuent et sont à encourager par des mesures fiscales puisqu'ils peuvent faciliter les équipements collectifs.
Les Entreprises ou l'Etat sont alors amenés, pour attirer l'épargne, à augmenter sa rétribution, ce qui accroît leurs charges. D'un autre côté, les individus spéculent sur le prix des logements, des terrains ou de l'or , ils consomment aussi de plus en plus puisque leur épargne risque de se volatiliser sans leur apporter de satisfactions personnelles, et le cycle infernal pourra même se poursuivre jusqu'à la faillite complète de la monnaie.
Compte tenu de ces observations, on peut admettre que si les causes d'inflation dues à l'Etat sont importantes, puisqu'il a de nombreuses et lourdes charges (1), il n'empêche que le fonctionnement même de l'Entreprise et de l'économie est source d'émissions monétaires d'une grande ampleur dans le domaine du crédit, émissions qui accélèrent encore le processus inflationniste, quand elles ne sont pas directement à son origine.
(1) Seul, en effet, l'Etat peut financer la reconstruction après les conflits, ainsi que les dépenses de défense nationale et d'éducation ou participer à l'aide internationale aux pays en voie de développement, tout en participant au développement général du pays.
Comme d'autre part, l'Entreprise doit toujours équilibrer ses comptes, sinon elle serait obligée de fermer ses portes en créant du chômage, elle est amenée à majorer ses prix de vente dans les limites que lui permet la concurrence, dès que les éléments constitutifs du prix de revient viennent à augmenter, ce qui est le cas fréquemment actuellement (matières premières, énergie, frais de recherche et de développement, charges sociales, fiscales, financières, salariales etc.).Le seul remède sain à cette situation est la concurrence qui permettra de remédier à l'égoïsme de chaque producteur ou détaillant (1). Il convient donc de maintenir cette concurrence à un niveau élevé pour que le consommateur soit protégé et ne soit pas la victime d'exagérations bien connues.
(1) Car il n'est pas inflationniste alors que la subvention l'est nécessairement.
Ce sont alors ces différents motifs de hausse des prix de revient qui caractérisent l'inflation moderne, c'est-à-dire la réduction du pouvoir d'achat de la monnaie.
Jusqu'à ces dernières années, les motifs d'inflation cités ci-dessus étaient les causes principales de la réduction du pouvoir d'achat de la monnaie, mais aujourd'hui, il en est d'autres encore que l'on peut classer en deux grandes catégories.
-La première, dite directe, se rapporte à des causes immédiatement liées à la croissance de ce que l'on appelle actuellement la civilisation de surconsommation,
-La seconde, dite indirecte, découle des échanges, qu'ils soient nationaux ou internationaux et qui entraînent des opérations de crédit et de transfert de monnaies étrangères comme on le verra ci-après.
- Le premier et le plus connu se rapporte à une demande de plus en plus pressante de consommateurs qui veulent profiter immédiatement de tous les bienfaits de la Société Industrielle. Les salariés revendiquent alors des augmentations qui leur permettent de satisfaire leurs désirs, mais qui sont cause d'augmentation du prix de revient des produits. Comme, dans le même temps, l'argent est relativement plus facile à gagner, l'épargne est négligée et l'on préfère dépenser aujourd'hui, puisque chacun est persuadé que l'année prochaine les prix seront encore plus élevés. Une inflation de ce genre est alors non seulement la conséquence d'une économie prospère mais aussi et surtout celle de la division idéologique de la Société, dont une partie importante, et en particulier le personnel salarié d'exécution, considérant que la répartition des fruits de la production n'étant pas équitable, n'a pas de raison d'adhérer à la lutte contre l'inflation, d'où sa propension à revendiquer des augmentations de salaires, ce qui ne manque pas de contribuer au déséquilibre de l'économie, c'est-à-dire à la détérioration du pouvoir d'achat de la monnaie. On peut alors admettre que si le personnel d'exécution participait comme il est dit dans cet essai à l'activité et aux résultats de la Société Industrielle au moyen du salaire en trois parties et d'un "Capitalisme à accession communautaire", la lutte contre une inflation de ce genre sera considérablement facilitée. Ces conceptions impliquent la concertation préalable et permanente de tous ceux qui participent au fonctionnement de l'Entreprise et la formule suggérée devrait permettre d'aboutir à une gestion équilibrée de l'Entreprise et à une croissance adaptée des salaires obtenue seulement par une meilleure qualification professionnelle.
A ce motif inflationniste se rattache encore une autre cause qui est l'inclination généralisée des salariés à un niveau de vie toujours plus élevé, c'est-à-dire à un nombre de satisfactions personnelles, de plus en plus nombreuses, pour un travail de plus en plus réduit.
- Un second motif résulte d'une action publicitaire intensive qui incite le citoyen consommateur, grâce à l'innovation technique, à dépenser son argent. La demande accrue pousse les producteurs et les distributeurs à majorer leurs prix dans les limites permises par la concurrence, ce qui par ailleurs justifierait la répression impitoyable des ententes.
- Un troisième est la conséquence du vieillissement rapide des équipements techniques de toute nature. (1)
(1) Ou obsolescence. C'est par exemple le cas du transporteur aérien qui doit remplacer très souvent ses appareils et pour des montants très élevés qui ne peuvent être rassemblés que par le système bancaire avec toutes les contraintes de toute nature nécessaires à la lutte contre l'inflation.
Si ces motifs sont difficiles à chiffrer ils peuvent néanmoins se comprendre très facilement.
En effet, à l'époque actuelle de bouleversements techniques, l'acquit des générations passées ne peut satisfaire que partiellement aux besoins actuels ou a certains équipements collectifs, comme les autoroutes ou les nouvelles lignes de chemin de fer à grande vitesse par exemple, qui doivent être mis en place. Comme le financement de ces investissements ne peut être assuré que par l'Etat, il y a là une cause importante d'inflation, en raison de l'importance des équipements collectifs à financer, ce qui ne serait pas le cas s'il était fait appel à des organismes privés, qui rassembleraient les fonds nécessaires moyennant rétribution, au moyen de péages comme cela se pratique chez nous pour les autoroutes.
C'est ce phénomène que l'on appelle érosion monétaire qui ne devrait pas dépasser annuellement d'après certains spécialistes un taux de 2% au maximum (1)
(1) Comme ce phénomène est mondial le rapport des différentes monnaies des Etats reste assez stable.
- Un quatrième résulte de la hausse continuelle du prix des denrées agricoles sous l'effet simultané de l'accroissement de la demande de marchés extérieurs, de l'action du Syndicalisme agricole qui pousse à la hausse des prix garantis et de l'attitude politique des représentants du monde des campagnes qui agit dans la même direction en exigeant des pouvoirs publics, au besoin par des manifestations de masse, des prix élevés, quelles que soient les conditions locales de production (1). C'est cette augmentation continuelle du coût des produits nécessaires à l'alimentation qui amène des demandes très justifiées d'augmentation de salaire et qui peuvent être considérées probablement comme l'une des causes principales de la réduction du pouvoir d'achat de la monnaie.
(1) Par exemple la hausse continuelle des prix agricoles amène finalement, du fait de l'inflation qui en découle, une réduction sensible des fruits du travail exécuté les années précédentes par le monde des campagnes, point que devrait prendre davantage en considération le Syndicalisme agricole, ce qui d'ailleurs n'est pas spécifique à l'agriculture.
- Un cinquième concerne l'Etat qui, ayant de plus en plus de charges, doit prélever des impôts de plus en plus lourds qui, en se répercutant sur le prix de vente aux consommateurs, tendent à faire augmenter les prix, c'est-à-dire à réduire le pouvoir d'achat de la monnaie.
- Un sixième se rapporte à l'Entreprise elle-même, car celle-ci, pour maintenir ses possibilités de croissance et ses bénéfices, tend à augmenter ses prix, c'est-à-dire à réduire le pouvoir d'achat de la monnaie. Comme toutes les Entreprises sont placées dans cette même situation, la concurrence ne permet pas suffisamment de contenir les augmentations de prix et la hausse apparaît alors comme la soupape qui leur permet de fonctionner et de vivre.
- Un septième trouve aussi sa source dans l'absentéisme des salariés et dans l'exigence de meilleures conditions de travail qui amènent l'accroissement des dépenses engagées par l'Entreprise pour y parvenir, et dans l'accroissement des dépenses de prévoyance et également de couverture des risques de la vie qui se répercutent nécessairement par des majorations du prix des produits.
- Un huitième est d'ordre psychologique ; quand chacun s'attend à la hausse du prix des produits, les uns précipitent leurs achats, les autres retiennent les marchandises et les uns et les autres sont alors la cause d'augmentations de prix par la raréfaction de ces produits, c'est-à-dire de la réduction du pouvoir d'achat de la monnaie.
- Un neuvième résulte de la prise de conscience des pays producteurs de matières premières ou du précieux pétrole qui veulent tirer Profit de leurs richesses. Ce prix devrait pouvoir être réduit, si les producteurs participaient eux aussi au fonctionnement de l'Europe des régions humainement et économiquement homogènes, au moyen de la structure de l'Entreprise suggérée ici et fondée sur un "Capitalisme à accession communautaire".
On doit malheureusement remarquer que les hausses constatées, en particulier celles du pétrole, revêtent, en plus, un caractère politique d'où la volonté de revanche de pays peu développés sur des pays devenus riches par leur travail, où n'est pas exclue, non plus, un certain racisme antiblanc de certaines populations arabes pour lesquelles la Guerre Sainte coule de source, alors que pour remédier à des siècles d'insouciance il suffit seulement, grâce au machinisme occidental, de travailler avec méthode et courage. En augmentant unilatéralement et de façon inconsidérée le prix de ces produits, les producteurs aggravent considérablement les charges de l'industrie des pays de l'Europe occidentale, c'est-à-dire l'inflation, tout en renforçant la puissance économique de ceux qui sont bien pourvus de ce produit, comme les Etats-Unis par exemple .
Les conséquences de l'augmentation du prix du Pétrole tant du point de vue politique que financier et monétaire sont considérables. En effet, en donnant aux pays producteurs une masse énorme de moyens de paiement dans toutes les monnaies occidentales, elle permet à ces pays, sans effort, d'acquérir les installations industrielles de l'Occident, résultat de siècles d'efforts, ce qui ne manquerait pas d'être à l'origine de nouvelles et violentes oppositions si, par exemple, le progrès technique dans les ressources énergétiques permettait aux pays occidentaux de se passer de pétrole.
- Un dixième se rapporte à la compétition économique mondiale qui exige des dépenses de plus en plus importantes pour dominer la concurrence et laisser l'économie dans la voie du progrès.
- Un onzième enfin se rapporte aux énormes dépenses militaires de tous les Etats, dépenses essentiellement improductives et en particulier à celles qui vont correspondre par exemple à la guerre du Golfe Persique, qu'il faudra nécessairement assurer .
- Les premiers indiquent que si tous les pays industrialisés connaissent en même temps une reprise industrielle substantielle, il en résultera nécessairement une demande plus importante de matières premières, de produits semi-finis ou d'énergie et, par là, fatalement, un renchérissement, du fait de la loi éternelle et permanente de l'offre et de la demande.
- Les seconds se rapportent à l'activité commerciale nationale ou internationale qui est à l'origine de la possession par les producteurs d'avoirs monétaires importants susceptibles de conduire à des phénomènes inflationnistes.
Ainsi, l'activité des firmes internationales en est une cause non négligeable puisque, si la confiance dans une monnaie nationale vient à faiblir, les directeurs financiers de ces firmes se hâteront de transformer leurs avoirs monétaires en cette monnaie contre des sommes libellées en d'autres devises plus sûres, celles par exemple du pays où ils exercent partiellement leur activité, si bien qu'il résultera de cette transformation un accroissement non négligeable de la masse monétaire en circulation, c'est-à-dire d'inflation.
On peut donc déjà observer que les causes d'inflation sont si nombreuses qu'il est difficile de lutter contre elle, d'autant plus qu'inflation et chômage (fléau inacceptable aujourd'hui) sont aussi en rapports étroits. Ces différents modèles d'inflation prennent source soit dans l'augmentation des prix de revient, ou dans l'accroissement de la masse monétaire qui sollicite l'augmentation des prix. L'inflation peut donc être d'origine interne par suite de dépenses trop importantes de l'Etat ou externe s'il y a apport de capitaux étrangers.
En résumé, aujourd'hui, l'inflation a des motifs multiples, chez nous et en Europe et la hausse des salaires précède celle des prix si bien que le phénomène de fuite devant la monnaie est limité. Il ne revêt pas le caractère de panique, de telle sorte que l'inflation se poursuit au ralenti alors qu'elle était devenue galopante en Allemagne et en Italie après la Première Guerre mondiale (1) .
(1) C'est cette inflation qui fut à l'origine de la disparition de la démocratie dans ces deux pays et qui a entraîné finalement de cruelles épreuves pour toute la planète.
Si les causes dues à l'Etat ou à l'Entreprise sont maintenant perçues clairement, celles dues aux particuliers avec la civilisation de consommation sont aussi très importantes. En effet, en se procurant tout ce qui plaît et en le payant très souvent sans rechigner, le consommateur entraîne un appel exagéré de produits et inévitablement des accroissements de prix demandé, c'est-à-dire une réduction de la valeur d'échange de la monnaie et, par là, des demandes d'augmentation des salariés afin de satisfaire leurs désirs. C'est pour se prémunir contre la baisse de la valeur d'échange de la monnaie, que les particuliers se jettent littéralement sur l'or ou sur la pierre, ce qui éloigne toute solution raisonnable pour le logement des nouvelles générations en attribuant à ces biens une fonction de refuge qu'il conviendrait d'éviter et qui en est malheureusement la conséquence fatale. On peut alors se demander quel sera le moyen d'arrêter une inflation de ce genre, car il est peu probable que les consommateurs des pays modernes acceptent volontairement de réduire certaines satisfactions matérielles, si bien qu'actuellement il paraît difficile de limiter l'inflation due à la course des salaires et des prix.
On peut encore observer que chacun des Etats industrialisés essaye aussi de remédier aux conséquences de l'inflation et, comme le commerce international se développe rapidement avec la facilité des communications, la valeur relative des différentes monnaies a également une influence notable sur l'activité industrielle et sur le chômage en raison des Volontés de Puissance et de Domination encore vivaces des Etats.
On peut alors comprendre très facilement où se trouve le devoir d'un Syndicalisme salarial intelligent et conscient de nos immenses responsabilités dans la lutte des pouvoirs publics pour le maintien du pouvoir d'achat de la monnaie.
Elles sont nombreuses et variées, les unes intéressent les salariés, d'autres les épargnants, d'autres les retraités, d'autres enfin l'Etat.
Les salariés par exemple voient leurs rémunérations ou leurs retraites suivre avec retard les augmentations du coût de la vie, d'où leur penchant à revendiquer et à faire grève, facteur de trouble qui accroît encore la désorganisation économique, même si la grève est justifiée. Quant aux retraités, n'ayant plus un pouvoir contestataire suffisamment convaincant, ils ne peuvent alors compter que sur le bon vouloir des pouvoirs publics, ils attendent quelque fois longtemps quoique, aujourd'hui, avec le régime démocratique, leurs plaintes sont prises en considération plus rapidement. Jusqu'à ces dernières années, les plus touchés étaient constitués par l'immense masse des épargnants disposant de revenus fixes, petits rentiers qui ont vu disparaître, surtout entre les deux dernières guerres, le pouvoir d'achat d'un argent péniblement économisé, dans une période où l'inflation était moins prononcée. C'est ainsi que disparaissait le produit d'un travail passé, point sur lequel le Syndicalisme salarial n'insiste pas suffisamment, pour le grand avantage des emprunteurs, Entreprises privées ou Etat (1). Pour pallier alors la dégradation continuelle du pouvoir d'achat de la monnaie qui amènerait inévitablement les citoyens à ne plus prêter leurs économies aux organismes collecteurs, les pouvoirs publics ont été conduits récemment à introduire dans les contrats de prêt certaines indexations ou des taux élevés, pour remédier à la dépréciation du capital afin de toujours bénéficier des bienfaits de l'épargne publique. Grâce à ces mesures, l'inflation est mieux supportée puisque les nouveaux débiteurs sont moins avantagés et les nouveaux épargnants moins lésés. Elles ont permis un renouveau de l'épargne tel que les Entreprises et l'Etat peuvent même revenir aux sources traditionnelles du financement des équipements, sources qui sont à la base d'une certaine forme de vie collective fondée sur le travail et le réemploi systématique des fruits de ce travail. C'est probablement grâce à ces indexations que l'épargne, ces derniers temps, a afflué de nouveau vers les organismes de dépôt, en étant ainsi à l'origine chez nous d'une guerre des guichets entre les banques nationalisées ou privées et d'une multiplication des agences qui n'est pas le plus souvent justifiée. Ces dépôts sont cause en outre d'un pouvoir accru des organismes bancaires qui peuvent alors échapper plus facilement, grâce aux fonds monétaires reçus, aux indispensables contrôles des pouvoirs publics et des organismes d'émission monétaire.
(1) L'inflation correspond en fait à un véritable impôt indolore et très important sur le capital, c'est-à-dire à un vol légal par l'Etat.
Quant à l'Etat, son action n'est pas toujours régulière dans ce domaine car il est un des principaux bénéficiaires de l'inflation, non seulement celle-ci lui permet d'annuler une grosse partie de ses dettes, mais elle accroît aussi ses ressources fiscales d'une manière détournée et sans modification de la législation (1). C'est alors surtout l'honnêteté et la morale élémentaire qui devraient pousser toutes les victimes de l'inflation, et plus encore nos responsables politiques, à rejeter formellement les rentes de situation qu'elle apporte aux emprunteurs (Etat, Entreprises, personnes privées) au détriment des épargnants.
(1) La hausse apparente des salaires fait passer de nombreux contribuables dans des tranches d'imposition supérieures à celles où ils se trouveraient s'il n'y avait pas d'inflation, si bien que le taux d'imposition s'accroît alors que le pouvoir d'achat de la monnaie diminue.
Les conséquences morales de l'inflation sont particulièrement néfastes par le trouble apporté dans le comportement des individus, par l'altération du sens de l'honnêteté qu'elle finit par engendrer et par le mépris de l'épargne qui perd, de ce fait, ses bienfaits matériels et moraux. Aussi, l'Etat et nos responsables économiques et politiques doivent-ils lutter contre une politique qui joue imprudemment avec la valeur de la monnaie, fondement sur lequel reposent la moralité collective et le civisme, indispensables l'un et l'autre à l'épanouissement de notre mode de vie. Si ces dernières vertus font très souvent défaut actuellement, il est certain que l'inflation que notre pays connaît depuis très longtemps en est la cause directe. Dans l'esprit de cet essai, on peut alors affirmer que la réduction trop rapide du pouvoir d'achat de la monnaie est, avec les excès de l'information, la meilleure façon de jeter bas notre civilisation européenne libérale et humaniste et l'exemple de nos voisins Italiens et Allemands, entre les deux guerres planétaires, nous enseigne aussi que l'anarchie consécutive à l'inflation mène tout droit à la dictature, à la suppression de la liberté, et finalement à la guerre (1).
(1) C'est pour ces raisons que les Allemands rejettent l'inflation et que les Français en feront peut-être un jour de même, avec l'inflation des partis politiques.
Il existe encore quelques autres conséquences néfastes de l'inflation, moins importantes il est vrai, comme celles qui ont trait à la comptabilité et au règlement financier de contrats qui s'étendent sur une longue période. Les intéressés sont alors contraints d'utiliser des formules de variation de prix qui occupent souvent un personnel important et économiquement inutile, personnel qui doit être payé et qui grève d'autant les charges improductives des fournisseurs et des acheteurs, étant entendu cependant que ce dernier inconvénient est mineur par rapport au reste. On sait encore qu'inflation et chômage sont en rapports étroits, ainsi l'injection par la puissance publique de moyens de paiements dans tel ou tel secteur de l'économie est capable d'améliorer ponctuellement le niveau de l'emploi dans ces secteurs. Cette affirmation est surtout exacte dans le domaine des équipements collectifs, mais cette amélioration risque d'être passagère et de ne durer que pendant l'intervention de l'Etat. Il semble alors préférable dans l'optique de ce livre d'essayer de relancer l'activité en favorisant l'investissement rentable au lieu d'augmenter le montant des salaires distribués, qui, lui, influence à la hausse, le prix de vente des produits et par là tend à accélérer l'inflation.
Après tant d'expériences récentes et renouvelées sans cesse depuis plus d'un demi-siècle, nos concitoyens, et surtout nos responsables politiques et économiques devraient être persuadés qu'une diminution par trop rapide du pouvoir d'achat de la monnaie entraîne de tels inconvénients moraux et économiques qu'une certaine stabilité constitue non seulement la condition initiale d'une Equité applicable à tous et d'une éthique collective, gage de l'Urbanité des relations humaines, mais aussi d'une croissance régulière de l'économie. Actuellement, si le pouvoir d'achat des intérêts des emprunts est mieux conservé et permet de rendre à l'épargne son rôle important dans le financement des investissements, il n'empêche qu'on constate l'influence prépondérante, dans le domaine de l'inflation, de l'accroissement des coûts de production. Les augmentations de salaires se répercutent alors immédiatement sur le prix de vente de tous les produits, qu'il s'agisse de matières premières ou de produits finis ou demi-finis, si bien que ces augmentations sont à l'origine d'un nouvel affaiblissement du pouvoir d'achat de la monnaie.
C'est ce raisonnement qui montre que c'est seulement l'amélioration de la productivité et l'accroissement de la concurrence qui permettront l'amélioration de la rétribution du travail.
D'où la nécessité de donner aux dirigeants du syndicalisme salarial une culture économique sérieuse car l'économie est une machinerie délicate et fragile où le moindre dérapage a des conséquences nuisibles, immédiates ou retardées, sur la marche de l'Entreprise, c'est-à-dire sur l'emploi du salarié, problème crucial s'il en est.
Il y a quelque temps, quand un déséquilibre se produisait dans l'économie, les pouvoirs publics laissaient jouer les phénomènes dits naturels, à savoir :
- baisse des prix, des salaires, des profits, des taux d'intérêt, chômage, mais aujourd'hui, personne ne veut plus de pareilles solutions qui entraînent la misère dans une grande partie de la population.
La lutte contre l'inflation réclame alors une grande prudence, car il ne faut pas que les conséquences des mesures prises soient plus néfastes que les dommages causés. Dans les circonstances actuelles dues à la hausse continuelle des coûts de production, le seul remède possible ne peut résulter que d'une politique économique équilibrée à laquelle participeraient tous les représentants des agents économiques qui contribuent à la production des richesses, c'est-à-dire producteurs et salariés. Pour éviter l'accroissement des coûts, c'est-à-dire une forme d'inflation due à la détérioration du pouvoir d'achat de la monnaie, on peut agir soit sur les Profits de l'Entreprise, soit sur les salaires, soit sur le coût du Crédit, puisque les autres éléments du prix de revient (matières premières, énergie etc.) ne dépendent pas directement de l'Entreprise. Mais une politique de ce genre, pour réussir, sera obligatoirement contraignante, aussi bien pour les employeurs que pour les salariés. Cette politique appelée souvent politique des revenus devrait plutôt s'appeler politique des prix de revient. Elle exigera alors pour réussir des sacrifices de chaque participant à l'action économique et l'on ne peut malheureusement que constater que les réactions intimes des pays latins vont souvent à l'encontre de celles des pays du Nord de l'Europe, anglo-saxons, nordiques ou germaniques. Une politique économique de ce genre nécessitera pour réussir la Participation affective du Syndicalisme salarial au fonctionnement de l'Entreprise, puis une concurrence accrue, jointe à une meilleure défense du consommateur, sans oublier non plus une certaine limitation des dépenses publiques et des salaires pour ne pas trop entraîner l'accroissement des coûts de production, ce qui suppose une amélioration continue de la productivité du travail et une réduction du crédit aux Entreprises.
Cette politique, qui vise à une meilleure répartition du revenu national entre tous les participants à l'activité, sera la conséquence immédiate de la formule de "Capitalisme à accession communautaire" et elle sera la seule qui permettra de remédier aux conséquences dramatiques de l'inflation. La réduction des rétributions ou des salaires ne sera pas admise facilement par les représentations salariales, car ses effets bénéfiques sont à échéance plus lointaine que leur accroissement et c'est cette remarque qui appelle les responsables du Syndicalisme salarial à recevoir, avant de remplir leurs fonctions, une culture économique suffisante pour qu'ils renoncent aux mesures démagogiques, comme cela se passe trop souvent dans des situations de ce genre.
Quant aux restrictions de crédit, elles ne sont pas non plus une panacée puisqu'elles risquent d'amener la réduction des investissements et de la productivité bien avant que la baisse des prix ne se manifeste, et qu'elles entraînent en même temps, une hausse des taux d'intérêt qui se répercute à brève échéance sur les prix des produits fabriqués. L'augmentation des impôts devrait conduire aussi théoriquement à réduire la demande, donc à combattre l'inflation, mais l'accroissement des impôts indirects entraîne des demandes d'augmentation des salaires pour compenser l'élévation correspondante du coût des produits. Si l'on accroît alors le taux des impôts directs, en plus d'être fort impopulaire, cette mesure réduit l'épargne, si bien que les investissements productifs sont encore contrariés.
Le problème de l'équilibre n'est pas facile à trouver et il semble certain que l'inflation ne pourra être combattue que par une action cohérente de tous les pays industrialisés car les mesures qu'ils pourraient prendre séparément seraient incomplètes pour les uns ou néfastes pour les autres, puisque le rythme annuel de hausse des prix dans ces pays varie quelquefois du simple au triple en raison de l'absence, dans certains de ces pays, d'une politique économique, sociale et fiscale coordonnée.
Puisse l'Europe dans ce domaine, comme dans celui de l'énergie, admettre sans détour que l'époque du repli sur soi ou de l'égoïsme national est dépassée. L'inflation des coûts paraissant actuellement inévitable, certains préconisent l'indexation généralisée, qui relie les variables de l'économie (salaires, loyer de l'argent, matières premières etc.) au mouvement général des prix. Si ce mouvement cependant était trop rapide cette indexation ne manquerait pas d'entraîner une nouvelle diminution de pouvoir d'achat de la monnaie et une inflation galopante du genre de celle qui avait commencé en Allemagne après la Première Guerre mondiale et qui a amené d'abord la misère généralisée, puis la dictature et la guerre.
La clause d'échelle mobile des salaires et des prêts n'est nullement convaincante dans dans ce domaine vu les résultats obtenus là où elle a été appliquée (Brésil, Islande). Ce système en plus, demande un régime politique stable et fort pour contraindre les individus à se plier à une réglementation inévitable, c'est-à-dire à une politique globale des prix de revient, politique qui est peu appréciée dans un Occident encore un peu désorienté, car il a perdu la foi dans son avenir, et qui paye aujourd'hui le prix de ses divisions passées.
Dans notre pays, pour palier les inconvénients liés à l'indexation des prêts, on pourrait déjà se contenter d'indexer seulement les prêts à long terme, mais à condition que les taux d'intérêt de ces prêts ne dépassent pas cinq pour cent par exemple, taux raisonnable qui était utilisé souvent entre les deux guerres mondiales (1).
(1) Le taux de 5% et même de 3% qui était fréquemment utilisé à cette époque tenait compte d'un environnement économique stable, il était donc raisonnable et non pas arbitraire.
En résumé, on peut affirmer que pour essayer de porter remède à une situation incontrôlée des prix qui tend à devenir mondiale, il paraît d'abord indispensable qu'une cure d'austérité générale, et non pas limitée aux faibles revenus, préside le plus rapidement possible au comportement des hommes et des Etats et que les gaspillages si fréquents des représentants politiques et en particulier des nôtres, soient strictement limités. Sans doute, dans tous les pays, il existe de grandes inégalités dans les situations matérielles des individus, mais aujourd'hui l'inflation les rend difficilement supportables et les mesures prises pour essayer d'y pallier, amélioration des bas salaires, protection sociale accrue etc., tendent malheureusement à accélérer le désordre économique. Pour que chacun accepte cette austérité, qui est probablement la seule voie dans laquelle la société économique de l'Occident peut s'engager pour rétablir une situation compromise, il faut redonner à chaque citoyen l'espoir d'une société nouvelle où les mécanismes économiques seront modifiés pour que le Profit, qui est le seul moteur Efficace de l'action, soit plus équitablement réparti.
A cette condition, la lutte contre l'inflation qui requiert déjà un "supplément d'âme", pourra être considérée par chaque homme comme son devoir initial et crucial. Si l'on fait alors participer le travail à l'action et à la vie de l'Entreprise comme il est suggéré ici au moyen de représentants compétents et dévoués dans une nouvelle société caractérisée par l'expression "Capitalisme à accession communautaire", alors simplement les salariés pourront eux-mêmes se rendre compte de ce que l'Entreprise peut faire ou ne pas faire pour satisfaire leurs revendications, sans mettre en danger son équilibre financier, équilibre qui conditionne son activité future, c'est-à-dire la pérénité du travail de ses salariés. Souvent d'ailleurs, il sera préférable d'essayer de réduire les prix des produits au lieu d'accroître les rétributions, puisque celles-ci ne pourraient que contribuer à faire grimper encore davantage les prix, quelques semaines après.
Ce sont alors ces diverses réflexions qui amènent à examiner le rôle des pouvoirs publics, des Entreprises et du Syndicalisme salarial en raison de leurs responsabilités particulières dans ce domaine.
Actuellement, les connaissances économiques et les moyens de contrôle sont tels que l'intervention des pouvoirs publics doit être immédiate, dès l'apparition des premiers signes inflationnistes, au lieu de trop tarder, car les conséquences de l'inflation, quand elle dépasse un taux annuel de deux ou trois pour cent, sont si désastreuses pour notre équilibre qu'il faut mieux éviter de nous placer dans une situation semblable. Ce sera alors la fonction de nos divers représentants et responsables de se préoccuper à temps de cette question en s'efforçant de réduire les dépenses de fonctionnement collectives quand il n'est pas possible d'accroître les ressources. En effet, l'Etat, pour y faire face, devrait recourir à la planche à billets ou aggraver par l'impôt la charge des individus et limiter à une juste mesure la croissance trop rapide de l'économie puisque le recours au crédit qui l'appuie et l'accroissement des besoins de main-d'oeuvre qui l'accompagne sont aussi cause d'inflation.
Dans le même temps il faudra que les pouvoirs publics renforcent les mesures techniques bien connues pour réduire le volume de la masse monétaire en circulation, (règlements par chèques ou par virements), mais ces mesures dont l'effet est limité, sont en général insuffisantes, car la masse monétaire n'en est pas moins existante, même si elle l'est sous forme de dépôts auprès des organismes bancaires.
Le lancement d'un grand emprunt dans une époque de ce genre sera aussi une bonne solution si son montant et ses intérêts sont indexés car il ne manquerait pas de retirer de la circulation une quantité importante de billets de banque, billets qui devront être utilisés judicieusement à l'équipement productif ou collectif, pour que ces sommes ne soient ni stériles, ni génératrices d'une trop grande activité économique. Mais il semble surtout indispensable de revenir peu à peu, au climat général du début du siècle où, comme on l'a déjà dit dans le chapitre consacré à la Distribution des produits, le consommateur ne se laissait faire ni sur la qualité, ni sur les prix, si bien que ses protestations avaient une influence certaine sur les fabriquants et sur les prix, c'est-à-dire sur le pouvoir d'achat de la monnaie et là se trouve le devoir de chacun, car la lutte contre l'inflation est l'affaire personnelle de chaque citoyen, chacun ne devant payer que ce qui lui paraît normal, sinon il doit refuser.
C'est dans cette voie que doit se diriger un pays en proie à l'inflation, en créant un état psychologique tel que la lutte contre l'inflation apparaisse aux yeux de tous comme un véritable devoir national et même international entraînant une véritable mobilisation générale où l'action du Syndicalisme salarial devra être prépondérante. Et c'est là où le problème se complique, car le Syndicalisme salarial, par trop politisé par des idéologies démagogiques, est actuellement incapable d'admettre une croissance limitée des salaires qui entrent dans le prix de revient des produits. C'est une raison de plus pour que ce Syndicalisme participe loyalement à cette lutte et ses responsables, avec ceux de l'Entreprise, seront conduits automatiquement à le faire puisque la structure définie par l'expression "Capitalisme à accession communautaire" entraînera la participation effective et affective de tous, au bon fonctionnement de l'unité de travai (1).
(1) Il n'est pas possible en effet de distribuer plus que ce que l'on a, c'est en effet une vérité élémentaire.
Certes, les salaires ne sont pas les seuls motifs d'inflation puisque les dépenses non productives de l'Etat le sont aussi, mais il faut bien admettre qu'ils constituent très souvent la plus grande partie du prix de revient. Les pressions incessantes du Syndicalisme salarial, si elles peuvent se comprendre, ne manquent pas de déboucher sur une sorte d'échelle mobile qui ne peut qu'accélérer le processus de dégradation du pouvoir d'achat de la monnaie comme l'expérience l'a maintes fois prouvé, et il serait préférable d'essayer d'obtenir des réductions du prix des produits ou des services puisque l'expérience passée doit prouver à tous la simple réalité des faits. Mais cette dernière méthode est plus délicate car ses effets ne sont pas immédiats et elle demande en conséquence une certaine patience et une économie bien gérée, qui inspire confiance à l'ensemble de la population, ce qui justifierait s'il en était encore besoin, la participation affective et effective du Syndicalisme salarial au fonctionnement de l'Entreprise, ce qui ne manquera pas d'être le résultat de la nouvelle structure proposée d'un "Capitalisme à accession communautaire". Ce sera sans doute le meilleur moyen d'inspirer confiance aux citoyens dans la valeur de leur monnaie en leur évitant de se faire les complices d'une inflation dont ils sont les premières victimes.
La lutte contre l'inflation moderne est plus du ressort de la psychologie que de celui de la technique car, si elle est le résultat de l'accroissement des coûts, de l'excès de la demande lié à la soif de jouissance immédiate ou de tous les autres motifs déjà cités ci-dessus, elle est surtout la conséquence du manque absolu de confiance dans la valeur de la monnaie en tant qu'instrument de conservation des valeurs monétaires au fil des ans. C'est ce qui amène à affirmer que toute politique qui ne se donne pas comme priorité absolue de rétablir une confiance absolue dans la valeur d'échange de la monnaie est vouée à l'échec.
Le jour où la grande majorité des citoyens constatera que le pouvoir politique a vraiment l'intention ferme de briser l'inflation, alors les mesures d'indexation de quelque nature qu'elles soient, seront inutiles, la monnaie redeviendra stable et l'investissement retrouvera sa justification de meilleure productivité. Si tous ensemble nous arrivons à mettre en oeuvre une politique de ce genre, notre civilisation technique pourra conserver un caractère qui inclut une liberté chère à chacun, si bien qu'il sera possible d'évoquer les problèmes liés au financement des investissements de l'Entreprise car la monnaie, en plus de sa fonction de mesure, est surtout un instrument politique, puisque l'inflation aggrave les tensions sociales existantes ou en crée de nouvelles liées à l'égoïsme ou aux aspirations individuelles ou collectives consécutives à l'anarchie économique élémentaire. Elle amène en effet l'indiscipline civique de la population, indiscipline qui ne pourra être combattue que par une politique qui peut s'apparenter à une politique de salut public.
Les Entreprises, privées ou publiques, pour assurer leurs investissements, font appel soit à l'autofinancement, soit à leurs actionnaires, par émission d'actions ou d'obligations, soit encore au crédit. L'Etat, quant à lui, peut utiliser aussi l'emprunt en plus de l'impôt si ses ressources propres ne sont pas suffisantes. Il faut donc que l'Entreprise, d'une part, tire de son fonctionnement un Profit suffisant pour assurer son autofinancement et qu'elle puisse, d'autre part, ainsi que l'Etat, emprunter, à des taux modérés et à long terme, directement auprès du public, ou se faire consentir des Crédits par des organismes bancaires jouant le rôle d'intermédiaires entre le public et les emprunteurs. Ces deux éventualités vont être maintenant examinées dans le cadre de l'organisation économique décrite dans cet essai sous le vocable : "Capitalisme à accession communautaire" où le Profit, résultat du travail d'équipe, est équitablement partagé entre le Capital (que représentent les moyens techniques et matériels) et le Travail. Fondée sur une conception saine du Profit, l'Entreprise ne favorisera pas uniquement quelques privilégiés mais bénéficiera à tous ceux qui participent avec Efficacité à son activité. De cette façon, la Société Industrielle, grâce à un Profit équitablement réparti, remplira ainsi un rôle favorable à la fois, à son propre développement et à la Société dans son ensemble. L'Entreprise pourra alors répondre d'autant mieux à sa mission sociale, si elle peut investir d'abord une grande part de ce Profit dans ses dépenses d'équipement, qui sont source de nouvelles activités, et si elle peut trouver ensuite près du public à des taux d'intérêt modérés, les sommes considérables dont elle a besoin pour sa croissance.
La première condition dépend en partie du prélèvement fiscal, la seconde amène à évoquer le problème du taux d'intérêt avec son corollaire qui se rapporte à l'influence de la dépréciation monétaire, puis on examinera les différents moyens assurant le financement des investissements.
Pour que l'Entreprise consacre une grande partie de son Profit à ses investissements productifs, il faudrait que le prélèvement fiscal qui le réduit soit modéré puisqu'il diminue de façon sensible les possibilités d'autofinancement et par là, rend aussi plus difficile, le rôle économique et social de l'Entreprise. Des taux exagérés de prélèvement sur les bénéfices ne peuvent que déboucher sur la dissimulation et surtout sur la fraude, qu'il importe de supprimer puisqu'elles sont, l'une et l'autre, en opposition formelle avec les principes qui, de nos jours, doivent régler les relations humaines, d'autant plus que le Profit est à peu près le seul moteur pratique et Efficace de l'action pour l'immense majorité des hommes, qu'il est impossible de changer. Ce sont d'ailleurs ces dissimulations qui entraînent les pouvoirs publics à majorer le taux des impôts, procédé qui pénalise ceux qui ne fraudent pas ou qui ne peuvent le faire. Dans le chapitre précédent consacré aux Problèmes fiscaux, on a précisé l'idée émise au sujet de l'imposition de l'Entreprise et qui consisterait à reporter en grande partie l'impôt sur les bénéfices qu'elle paye directement sur ceux qui les perçoivent effectivement. Les actionnaires ajouteraient alors aux divers revenus déclarés par chacun d'eux la part de bénéfices qui reviendrait du Profit de l'Entreprise, étant entendu qu'une déduction analogue à celle consentie aux revenus du travail serait accordée aux revenus du capital. Rien n'empêcherait d'ailleurs de taxer à la source ces bénéfices comme cela se fait déjà, pour les bénéfices correspondant aux actions.
Il semble que le report des charges fiscales de l'Entreprise sur l'actionnaire contribuable serait favorable à l'Efficacité de son action et n'empêcherait pas l'Etat de couvrir des dépenses de plus en plus lourdes par une imposition plus juste répartie sur un plus grand nombre de citoyens contribuables, à l'encontre des actuelles mesures démagogiques. Il compenserait de cette façon les facilités accordées à l'Entreprise qui est l'élément initial et fondamental d'action de toute collectivité. Au sujet du mode actuel, on peut observer que si la charge des emprunts est déjà déductible du bénéfice des Entreprises pour le calcul de l'impôt direct, il conviendrait toutefois que cette déduction s'applique aux seuls investissements productifs ou de recherche, ceux de prestige devant en être exclus. La déduction fiscale de ces types d'investissements ne créera pas une distorsion importante dans les règles de proportionnalité et de généralité de l'impôt direct. En effet, si les exonérations légales appliquées aux individus conduisent nécessairement à une modification sensible de ces règles d'équité, en revanche, pour les Entreprises, il y a moins de risques à courir puisque l'Administration fiscale peut contrôler assez facilement le montant total des investissements ou des frais de recherche détaxés. Dans le même temps elle pourra encore connaître plus exactement le montant total des faveurs ainsi consenties aux Entreprises et leur influence dans tel ou tel secteur d'activité. Mais cette intervention des pouvoirs publics exige une action bien étudiée pour qu'ils aient une vue précise des objectifs à atteindre.
Les conceptions pragmatiques exposées dans cet essai permettent d'affirmer que les sommes considérables correspondant aux investissements ne pourront être réunies que si l'on fait appel à l'intérêt individuel. Cette obligation entraîne une rémunération équitable des sommes empruntées, ce qui suppose aussi, au départ, une stabilité monétaire suffisante, sinon les épargnants risquant d'être payés en monnaie de singe ne répondraient pas aux appels des emprunteurs, Entreprises ou Etat, sauf à consentir aux préteurs des taux d'intérêt extravagants et qui ne manqueraient pas d'être générateurs de lourdes charges pour la production ou le budget public, tout en renforçant les causes d'inflation. Le taux d'intérêt des prêts doit donc être aussi modéré que possible, ce qui n'est pas le cas actuellement, sinon les charges financières correspondantes, incluses nécessairement dans les prix de vente des produits, seront importantes et conduiront à une augmentation des coûts, c'est-à-dire finalement à une réduction du pouvoir d'achat de la monnaie. Au cours des siècles passés, philosophes, moralistes et théologiens se sont longuement penchés sur ce problème et sur celui de l'usure : au Moyen Age, l'Eglise catholique par exemple, répudiait tout intérêt consenti à l'argent prêté. Si l'usure est à l'antipode d'une éthique humaniste, un taux d'intérêt mesuré, en revanche, apparaît comme la juste rétribution du renoncement à la consommation immédiate, que représente l'épargne. Comme l'investissement est à l'origine d'un complément de richesses, il est tout à fait normal et légitime de rémunérer les prêts en raison du service rendu. Pour essayer de préciser une méthode permettant de fixer logiquement le taux d'intérêt des prêts à l'Entreprise, il suffit simplement de se reporter aux idées émises ci-dessus au sujet de son organisation et qui ont été proposées plus haut dans le chapitre "Problèmes Industriels", en les rattachant tout simplement à la cellule familiale. Avec les conceptions décrites dans ce chapitre, le capital de l'Entreprise a été considéré comme la somme de deux éléments :
- le capital contributif qui est l'analogue des biens apportés par chacun des époux lors de leur mariage d'une part, et
- le capital développement qui correspond cette fois aux biens acquis pendant leur vie commune, d'autre part.
Dans ces conditions, le capital contributif serait rémunéré au moyen d'un intérêt qui ne dépasserait pas trois ou quatre pour cent, ce qui serait un taux tout à fait normal pour un capital déjà amorti.
Quant au capital développement, puisqu'il est à l'origine d'une nouvelle augmentation du volume des biens produits, il serait tout à fait logique de le rémunérer à un taux plus élevé, taux qui serait cette fois une sorte de dividende fonction des résultats. Dans cette optique ce taux correspondrait approximativement à la rentabilité propre des investissements nouveaux, et il conserverait cette valeur pendant toute la durée de leur amortissement. Ainsi, le capital développement se rapprocherait des actions actuelles, dont la valeur est fonction du Profit réalisé par l'Entreprise. On peut d'ailleurs observer que dans une période calme, c'est-à-dire quand le marché financier est alimenté normalement par une épargne qui ne fuit pas devant la monnaie, les deux taux ci-dessus s'égaliseront probablement au niveau le plus faible. Dans le cas contraire, le taux d'intérêt sera voisin de la rentabilité de l'argent investi pendant une durée limitée, ce qui paraît seulement correspondre à une simple vérité de bon sens, excluant des difficultés particulières d'application. On peut encore constater qu'un pays en expansion est généralement condamné à des taux d'intérêt élevés, puisque ceux-ci vont résulter de la loi de l'offre et de la demande, ce qui constituera un handicap pour la croissance de l'activité en raison de la nature généralement égoïste des humains. Et comme les taux d'intérêt dépendent encore de nombreux autres facteurs, (commerce international, taux pratiqués dans les autres pays modernes, procédés de défense des monnaies nationales, inflation des taux à long terme, action des banques centrales, etc.), le problème est délicat.
Après ces observations, la suite de l'exposé va poser les problèmes à résoudre pour les investissements dans une situation inflationniste et quelques remèdes pour remédier aux conséquences pernicieuses de la variation, en baisse trop rapide, du pouvoir d'achat de la monnaie.
En temps normal, le marché financier est alimenté par certains organismes qui collectent l'épargne des citoyens (banques, assurances, caisses de retraites, caisses d'épargne etc.), mais quand le public n'a plus confiance, il préfère profiter de son argent ou spéculer si bien que, en raison de la loi éternelle et incontournable de l'offre et de la demande, les taux atteignent quelquefois des niveaux très élevés, 9 ou 10% et même davantage. De tels taux renforcent encore le manque de confiance du public dans la monnaie et par ce fait même les tendances inflationnistes.Si une telle situation se prolongeait, elle risquerait finalement d'aboutir à l'inflation galopante qu'il convient d'éviter par dessus tout, en raison déjà de notre expérience sans compter celle des autres. Pourquoi en effet prêter à 9 ou 10% ou davantage si dans le même temps le pouvoir libératoire de la monnaie s'est amenuisé de plus de 10 % ? Seuls les emprunteurs (Entreprise ou Etat) et les personnes prévoyantes et astucieuses en profitent, avec la bénédiction générale puisque, souvent, les ressources monétaires empruntées auront été transformées en biens matériels conservant leur valeur, alors que les charges d'intérêt correspondantes iront en s'amenuisant et que le capital lui-même sera considérablement réduit en faisant le plus grand profit des débiteurs, Etat ou Entreprises.
Dans une situation inflationniste de ce genre, avec, par exemple, un impôt sur les bénéfices à 50%, quand une Entreprise emprunte à 10 % alors que la hausse annuelle des prix est de 5%, elle emprunte en fait à un taux réel voisin de zéro. En effet, pouvant déduire de son bénéfice une partie des charges de ses emprunts, elle peut faire supporter à l'Etat, c'est-à-dire au contribuable inconnu, une partie des arrérages de ses emprunts, et l'Entreprise est ainsi un des bénéficiaires de la réduction du pouvoir d'achat de la monnaie avec l'Etat d'ailleurs. On peut aussi remarquer que l'inflation actuelle qui sévit, de plus en plus fort, dans le monde entier devrait entraîner, peut-être d'ici à quelques années une réduction des taux d'intérêt, en raison de l'abondance des capitaux qui en résulte, bien que ce phénomène ne soit probablement pas pour demain, en raison du désir effréné de consommation qui s'est emparé du monde entier. Cette dernière situation se produira probablement dès qu'une légère récession entraînera une certaine diminution de la consommation.
Dans ces conditions, l'indexation des emprunts, qu'ils soient privés ou publics, serait une formule mettant au service d'une certaine stabilité monétaire le moteur efficace et puissant de l'intérêt personnel, en empêchant les sociétés de producteurs, les particuliers ou l'Etat de bénéficier de la dépréciation monétaire. Elle apparaîtrait comme un acte de foi dans l'avenir, si les pouvoirs publics acceptaient des risques que l'on n'espère pas voir jouer, au contraire, leur véritable intérêt sera de conserver à la monnaie, le mieux possible, son pouvoir d'achat. L'indexation de ces emprunts, du point de vue de l'individu, serait une excellente formule puisqu'elle permettrait de mettre un terme au bénéfice indu et immoral que représente la rente d'inflation pour l'emprunteur qui s'enrichit sans effort au détriment de l'épargnant. Ce serait donc une disposition honnête, mais par ailleurs ce serait une manifestation de défiance à l'égard de la monnaie, à moins justement qu'un gouvernement compétent se montre capable d'empêcher l'inflation , ce qui impliquerait de promouvoir une politique économique difficile à définir puisqu'elle devrait viser justement à un équilibre délicat entre la récession et l'activité.
Il semble assez étonnant, et satisfaisant d'ailleurs pour l'Etat, que, seuls jusqu'à présent, les épargnants n'aient pas encore songé à se syndiquer, procédé classique de la défense d'intérêts matériels, procédé bien connu et utilisé depuis longtemps par tous les différents Syndicalismes qu'ils soient professionnels ou salariaux. Certes, dans une période d'inflation, l'investissement semble être favorisé, mais ce facteur favorable ne sera que de courte durée et ultérieurement, si l'inflation persiste, c'est toute l'économie du pays qui en subira des conséquences désastreuses pour la vie matérielle et la santé morale des citoyens. Dans une économie de croissance, comme l'était la nôtre encore récemment, l'indexation des emprunts utiles à l'investissement est de nature à réduire sensiblement les possibilités d'autofinancement de l'Entreprise et, par là, son activité, par manque de matériels bien adaptés, d'où un risque de chômage que tous redoutent. Compte tenu de ces dernières remarques, l'indexation n'apparaît pas comme un remède souverain, surtout dans les conditions actuelles, où les taux réels d'intérêts parviennent à des niveaux jamais atteints. Si la formule d'indexation était adoptée, il faudrait qu'en contrepartie, ce taux de rémunération de l'argent ne dépasse pas celui de 3 ou 4 % qui vient d'être indiqué pour la rétribution du capital contributif, avec la structure nouvelle pour l'Entreprise, qui a été précisée dans le chapitre consacrée aux Problèmes Industriels. En étant peu élevé, ce taux qui s'applique à la rémunération d'un capital déjà amorti serait particulièrement favorable à l'investissement à long terme, tel celui nécessité par exemple pour le logement ou les grands travaux d'infrastructure générale (autoroutes, aéroports, voies navigables, réseau ferré à grande vitesse etc. ).
Après avoir évoqué le prélèvement fiscal et les taux d'intérêt qui influent considérablement les résultats de l'Entreprise, il faut maintenant examiner comment celle-ci peut satisfaire ses besoins d'investissement.
- Le premier se rapporte à l'utilisation d'une certaine part du Profit : c'est l'autofinancement.
Il est pour l'Entreprise le meilleur moyen, il n'engendre pas de charges financières, il remplit automatiquement un rôle sélectif dans le choix des investissements puisque l'Entreprise n'investira, et là c'est le simple bon sens qui parle, qu'en fonction de son Profit ultérieur. Pour la collectivité elle-même, c'est le meilleur procédé, il ne provoque pas d'inflation puisqu'il fait appel à des ressources monétaires existantes.
Les seuls reproches qu'il est possible de lui faire sont de deux ordres.
- D'abord il favorise la concentration des Entreprises dans le cas de gros bénéfices ;
- Ensuite il facilite l'investissement même peu productif puisqu'il est détaxé.
La concentration est souvent favorable au consommateur qui pourra ensuite bénéficier de réduction de prix, grâce à la diminution des frais généraux, mais son inconvénient majeur est la réduction de l'emploi et surtout le chômage du personnel d'encadrement auquel elle conduit. La concentration favorise aussi l'investissement peu productif et est cause de gaspillages. Pour remédier à cette dernière éventualité il faudrait que le système fiscal soit bien adapté, en imposant les bénéfices investis dans des biens somptuaires et économiquement inutiles, mais il faut bien reconnaître que la tâche de la fiscalité serait délicate.
- Le second procédé fait appel à l'épargne ou à l'emprunt car la plupart du temps le Profit se révèle insuffisant.
L'Entreprise s'adresse alors soit à ses actionnaires, par émission d'actions (augmentations de capital), soit au public (par émission d'obligations ou d'actions). Il est certain que ces appels de fonds ne seront satisfaits que si les apports correspondants sont rémunérés normalement ce qui implique, d'une part, qu'il existe un marché financier bien alimenté et d'autre part que l'Entreprise présente d'encourageantes perspectives. Et pour qu'il en soit ainsi, il faut déjà que des fonds soient disponibles et que ceux-ci ne soient pas détournés par des placements plus avantageux voire spéculatifs, provoqués la plupart du temps par un manque de confiance, ou dans l'Entreprise, ou dans la valeur de la monnaie. Ce second procédé pour le financement des investissements a aussi l'avantage de ne pas être inflationniste, puisqu'il fait appel à des ressources monétaires existantes et l'Entreprise peut encore faire appel aux dotations d'amortissements permises par l'administration fiscale.
Quand les deux procédés ci-dessus, appel au Profit et appel à l'épargne, sont insuffisants, pour répondre complètement aux besoins d'investissements, l'Entreprise doit faire appel au crédit. Elle sollicite alors des prêts auprès des organismes bancaires et c'est l'attribution de ces prêts qui va constituer, comme on va le voir maintenant, un motif sérieux d'inflation, c'est-à-dire d'émission de billets de banque, non encore gagés par une production effective de richesses.
C'est cette émission de monnaie par les banques, dont les citoyens n'ont pas clairement conscience, parce qu'elle passe par les difficiles techniques de la création de monnaie et que le citoyen de ce pays croit toujours que seul l'Etat a le monopole de l'émission monétaire, alors que en réalité, le système bancaire crée lui aussi de la monnaie, comme on va le montrer maintenant, non seulement avec la monnaie nationale mais encore avec des monnaies étrangères.
Quand les organismes bancaires consentent des prêts à l'aide de leurs fonds propres disponibles, ils assurent seulement le rôle d'intermédiaires indispensables entre les demandeurs et les détenteurs de capitaux qui les ont déjà mis à leur disposition ; il ne devrait donc pas y avoir d'inflation puisqu'il s'agit de ressources monétaires existantes. Ceci est vrai en particulier, quand les établissements correspondants accordent des crédits à court terme renouvelables. Mais, en fait, dès qu'il est utilisé par le bénéficiaire, le crédit donne naissance à de nouveaux dépôts inscrits aux comptes bancaires des créanciers du dit bénéficiaire.
Le crédit est donc créateur de monnaie et à l'origine d'un processus cumulatif dans la mesure où les dépôts provenant des crédits engendrent de nouveaux crédits, source de nouveaux dépôts et ainsi de suite. Le crédit bancaire, en créant de la monnaie, est ainsi inflationniste, puisque la monnaie créée, bien que correspondant à la dynamique de l'Entreprise, ne correspond pas