3e partie : Les Rapports de l'Humanisme et de la Vie Economique

IV. Les Problèmes de la Distribution des Produits

Produire et, si possible, produire dans les meilleures conditions économiques doit être l'objectif essentiel de l'agriculture et de l'industrie ; répartir les produits récoltés ou fabriqués pour les mettre à la disposition de consommateurs en sera la suite logique. A l'extrémité du circuit Producteur - Consommateur, c'est à la fois le riche et le pauvre qui règlent la note et le niveau de vie des citoyens, s'il est fonction du coût de production des différents produits nécessaires à la vie, l'est aussi du coût de leur répartition dans le public, au moyen du commerce de gros et de détail. Quel que soit donc le régime politique et économique d'une collectivité, la répartition des produits est fondamentale, elle intéresse non seulement les commerçants dont le métier consiste à répartir, mais aussi les producteurs et les consommateurs, c'est-à-dire en fait, tout l'ensemble de la collectivité. Si l'on veut alors relever le niveau de vie de certains producteurs, celui des producteurs agricoles par exemple, sans faire trop baisser celui des consommateurs, il n'est que deux moyens :

- améliorer la productivité, d'une part, pour faire baisser les coûts de production et d'autre part

- réduire le coût de la distribution.

C'est donc essentiellement le coût minimum de cette distribution qui doit guider cette fonction importante de la Société industrielle, et les législations utilisées doivent veiller à ce que les marges commerciales, rétribution normale du service rendu, ne constituent jamais des scandales permanents, par trop préjudiciables au consommateur et, finalement, au producteur, qui risque alors de voir décroître la vente de ses produits. Pour rester toujours fidèle aux conceptions pratiques qui sont à la base de cet essai, on peut observer que dans le monde contemporain, le problème de la distribution des produits est bouleversé avec la venue d'une nouvelle forme d'économie, l'économie d'abondance qui vient de s'établir dans tous les pays modernes d'Europe ou d'Amérique du Nord, et en général dans tous les pays développés.

1. L'Economie d'abondance

Cette économie est la suite logique de la simple économie de production qui se contentait de satisfaire jusqu'à ces dernières années les besoins classiques, voire élémentaires, des populations. Dans les périodes difficiles de l'époque moderne, comme par exemple dans les années consécutives aux deux derniers conflits universels, l'économie de production était même réduite à satisfaire, médiocrement d'ailleurs, les seuls besoins élémentaires. Elle revêtait alors les caractéristiques et les inconvénients de l'économie de pénurie, par exemple : dépendance des populations vis-à-vis des distributeurs, ravitaillement difficile, marché noir, etc qui ont caractérisé au cours des siècles passés la distribution des produits, chaque fois que la production était insuffisante. Tous les peuples de l'Europe sont d'ailleurs bien placés pour se remémorer les conséquences de cette pénurie sur la santé physique et morale des citoyens, puisque ces dernières manifestations remontent à quelques décennies seulement. Aussi n'est-il pas étonnant de constater l'ampleur des problèmes posés par l'irruption de l'économie d'abondance qui caractérise aujourd'hui la civilisation de consommation et même de surconsommation alors que, jusqu'à présent, l'économie de simple production, ou même de pénurie, avait été la seule utilisée depuis l'origine des temps.

L'économie d'abondance est fondée d'une part sur la loi éternelle de l'offre et de la demande et, d'autre part, sur la concurrence que stimule toutes deux le Profit. Elle est donc favorable au citoyen consommateur sous réserve cependant de l'action de la communication et de la publicité, sans oublier le phénomène des concentrations d'Entreprises qui entraîne les risques du monopole. Elle fait alors de ce citoyen l'arbitre et le juge suprême des diverses Entreprises puisque la vérité du fabriquant passera toujours après celle du client, compte tenu cependant de l'influence considérable de la publicité.

Dans cette forme d'économie, le critère d'Efficacité est à l'origine de la croissance ou du déclin de l'Entreprise, il est donc directement fonction du Profit qui seul guide l'action intelligente de la majorité des humains et que seule la concurrence permet de limiter à une valeur raisonnable. Dans un tel système économique, il ne s'agit plus, comme dans l'économie de simple production, de produire pour vendre, il faut d'abord vendre pour pouvoir ensuite produire et c'est là que réside la difficulté du problème à résoudre.

Les services commerciaux ont donc une fonction très délicate à remplir, puisque leur fonction est de déterminer les produits à fabriquer, il leur faut déjà deviner et orienter, si besoin, les goûts du public. Cette mission est particulièrement difficile pour les Entreprises qui fabriquent des produits de grande consommation, à une époque où l'innovation technique constitue, avec l'intervention de la publicité, un puissant motif de consommation, voire souvent d'abrutissement collectif.

Si notre pays veut vraiment vivre dans un monde où la compétition économique est de plus en plus sévère, il doit donc renforcer encore la formation des spécialistes de l'action commerciale pour écouler et placer les produits de nos usines, résultats associés de l'intelligence, du savoir-faire, du savoir-vendre, de l'innovation technique et du travail. Mais, là encore, il faut d'abord oser et ne pas avoir peur d'entreprendre et ne plus nous réfugier dans nos traditions de vie étriquée, à la petite semaine et endormie, en nous jetant dans une activité commerciale, coordonnée, réfléchie et organisée en utilisant toutes les ressources de la publicité et du savoir-faire commercial.

2. La Publicité et la Civilisation de surconsommation

Jusqu'à une époque récente, c'était l'appel du consommateur qui commandait la production ; celle-ci, à son tour, entraînait lentement la Technique. Actuellement on assiste à un changement notable, car c'est le progrès technique qui accélère une consommation orchestrée par une publicité de tous les instants. Celle-ci fait oublier au consommateur la joie qui résulte d'une conquête difficile et patiente, conquête bien connue des générations anciennes, au profit de la joie d'avoir immédiatement, ce qui est le propre des générations nouvelles et de la civilisation de surconsommation attachée à l'économie d'abondance.

Alors que nos compatriotes maudissent fréquemment cette société de surconsommation, ils exigent cependant d'elle tout ce qu'elle peut donner et immédiatement. Dans ces conditions, la hausse des prix est inévitable en raison de la nature personnelle des individus qu'il est difficile de modifier durablement. En effet, la demande étant trop forte, le distributeur, puis le producteur sont incités à accroître les prix puisque le consommateur règle la note sans discuter et que la concurrence, seul moyen efficace de modérer les prix, est souvent insuffisante et que le producteur doit tenir compte aussi des investissements supplémentaires.

La publicité a alors une influence prépondérante sur la consommation et, si elle peut être considérée actuellement comme un élément indispensable à l'activité économique et au plein emploi, elle présente malgré tout des aspects négatifs, ne serait-ce, par exemple, que par la consommation d'objets inutiles ou parce que les promesses qui sont contenues dans les messages publicitaires ne correspondent pas complètement à la réalité des produits proposés ou des services offerts. Le caractère suggestif l'emporte sur le caractère informatif qui impliquait, lui, la loyauté. La publicité peut être alors soit la meilleure soit la pire des choses, selon la façon dont on s'en sert. Elle favorise la création de besoins artificiels par des firmes qui ne cherchent que le Profit en facilitant la vente aussi bien des bons que des mauvais produits, c'est-à-dire soit la concurrence déloyale, soit la fausse innovation.

Les remèdes, dans une situation de liberté absolue de l'Information, sont délicats.

En effet, pour faire vendre tel ou tel article, la publicité n'hésitera jamais à utiliser des arguments plus ou moins valables pour vanter tel ou tel produit, telle ou telle prestation. Et pourtant la Vérité est le meilleur argument en faveur de la vente, toute promesse contenue dans un message publicitaire doit correspondre à la réalité, puisque tôt ou tard le consommateur en est le juge ultime.

Ces quelques remarques élémentaires appellent une certaine moralisation de la profession et sa soumission à des objectifs raisonnables, grâce à la participation des consommateurs à sa réglementation. C'est pourquoi les pouvoirs publics doivent renforcer l'action déjà entreprise par les organismes créés à l'initiative des professionnels de la publicité. Mais il faudra cependant que ces organismes aient au moins une nature tripartite - annonceurs, représentants des consommateurs et des associations familiales, producteurs et associations professionnelles - pour éviter, à la fois, les abus des annonceurs ou des fabriquants et ceux d'associations comportant seulement des consommateurs dont la fonction de défense du client pourrait être détournée de son objet, par exemple, par des considérations d'ordre idéologique, comme on a l'habitude de le faire dans ce pays pour n'importe quoi (1).

(1) Il n'est que de voir par exemple le contenu de certaines revues relatives à ce sujet pour se persuader rapidement de la justesse de cette observation. Le catastrophisme, le manque d'objectivité, le favoritisme vis-à-vis de certaines firmes, le recours à des analyses faites dans des conditions douteuses d'objectivité, plaident justement en faveur d'une autre méthode, méthode qui sera décrite à la page suivante à propos de l'information et de l'éducation du consommateur.

En effet, si l'organisme en question était seulement le représentant des citoyens consommateurs, chacun de ces derniers pourrait devenir un militant défendant des idées politiques ce qui ne manquerait pas de comporter des risques évidents de politisation des publicités de certains produits puisque, à partir de ce moment, il représenterait seulement le point de vue personnel de ce citoyen. La mission essentielle de ces organismes de contrôle doit être seulement de faire prendre conscience à la profession d'annonceur du rôle important qui lui échoit dans le développement économique et dans la vie collective, conséquence de la Société Industrielle, d'autant plus que le coût élevé de ces messages publicitaires est finalement à la charge du consommateur. Pour faciliter la tâche de ces organismes, il sera, utile de créer des bulletins d'information destinés à éduquer et à informer objectivement sur les qualités et les prix, et à faire prendre conscience aux consommateurs de leur rôle personnel majeur dans la défense de leur pouvoir d'achat, et aussi à vaincre des préjugés sur des produits dont ils n'usent pas couramment. La vie trépidante de l'époque ne leur permet plus, en effet, de trouver le temps nécessaire à la recherche du moindre coût et le plus souvent ils n'osent jamais protester. Il faudra seulement que ces organismes restent à la portée de l'homme et à sa mesure, en couvrant un espace géographique limité.

La publicité est actuellement un support essentiel de la civilisation de consommation et plus encore de celle de surconsommation et elle entraîne, chez de nombreux citoyens, une certaine dépendance, voire une certaine aliénation de la personnalité alors que chez d'autres, moins influençables, plus avertis ou plus réticents, son action reste limitée. Sans doute dans un pays aussi individualiste que l'est le nôtre, il est très difficile d'imposer, d'autant plus qu'il n'est pas difficile à certains annonceurs de mettre à profit l'ignorance de l'acheteur en transgressant les règles élémentaires de l'honnêteté intellectuelle, puisqu'ils sont souvent aveuglés par un mercantilisme à courte vue et que, de plus, tourner la loi est un plaisir particulièrement apprécié des libres citoyens de ce pays. Les organismes chargés du contrôle de la publicité doivent alors veiller, en résumé, à l'exactitude des messages publicitaires qui créera l'indispensable climat de confiance devant exister entre tous les participants à l'action économique : producteurs, distributeurs et acheteurs.

C'est pour ces raisons qu'il paraît encore désirable que la Publicité fasse une distinction très nette dans le mode de présentation des messages publicitaires afin qu'ils ne risquent pas d'être confondus avec la simple information.

La distinction entre les deux est en effet subtile, car l'Information peut se confondre facilement, avec des descriptions se rapportant directement à l'argumentation publicitaire. A côté de la publicité, a pris naissance, il y a quelque temps, la pratique des enquêtes d'opinion qui permet au producteur d'ajuster en permanence son action aux besoins du citoyen consommateur, qui tient dans ses mains un droit absolu et sans appel : celui d'acheter ou de refuser d'acheter tel ou tel produit, dont dépend la vie du producteur. (1)

(1) Depuis quelques années, la pratique des enquêtes d'opinion s'est étendue au domaine politique où elle s'appelle sondage. On pourra se rapporter à ce sujet à ce qui est dit dans le chapitre "Information et moyens modernes du conditionnement collectif de la pensée" Comment protéger l'individu des excès de l'Information ?

Il est donc intéressant pour ce dernier de connaître à l'avance comment ce citoyen va réagir et comment il compte se servir du droit qu'il a de pouvoir acheter ou de ne pas acheter. De ce point de vue, ces études de comportement sont intéressantes et on souhaitera seulement que ceux qui en feront usage confèrent à ces études une certaine éthique en les mettant seulement au service du bien (ce qui se rapporte malheureusement au voeu pieux).

On doit enfin attirer l'attention sur l'appel actuel de la Publicité à la sexualité. Bien que ce sujet délicat ait déjà été abordé dans le chapitre consacré à "l'Information et aux Moyens modernes du conditionnement de la pensée", il est nécessaire cependant d'y revenir encore ici. De nombreux publicistes n'hésitent pas en effet à présenter des affiches suggestives, bien en vue de tous, collées sur tous les murs et même sur les parois des autobus qui risquent de troubler les sens de nos jeunes enfants y compris d'ailleurs ceux de ces publicistes, mais qu'importe puisque le dieu-argent est satisfait.

Le citoyen quelconque pourrait donc souhaiter et même exiger de sa représentation politique que les parois de ces véhicules qui appartiennent le plus souvent à des collectivités publiques ne soient pas tapissées de ces publicités, quel que soit le Profit monétaire que ces organismes peuvent en retirer. Sans attacher cependant une importance exceptionnelle à ces procédés, on pourra observer que dans un pays de tradition chrétienne comme l'est encore le nôtre, et ceux de tous les pays européens en général, il serait souhaitable que les organismes chargés du contrôle de la publicité fassent prendre aux pouvoirs publics les mesures législatives permettant de remédier aux exubérances ou aux débordements de tenue douteuse de cette nouvelle forme d'abêtissement.

C'est d'ailleurs l'intérêt même de la profession de ne pas recourir à ces méthodes, car en raison de l'habitude, les messages publicitaires de ce genre n'auraient bientôt plus d'effets et disparaîtraient d'eux-mêmes, aussi est-il préférable que, dans ce domaine, elle conserve le juste milieu.

Ce sera alors une obligation importante pour nos responsables politiques de prendre les mesures législatives nécessaires qui permettent de limiter cette publicité effrénée à laquelle notre peuple ne tient probablement pas, car elle manipule ses besoins, sans parler de ses dangers pour sa santé morale.

On doit encore remarquer que la publicité en général réduit aussi, à l'image des concentrations d'Entreprises, l'influence bénéfique de la concurrence, puisque l'acheteur éventuel attribue au produit désiré une valeur ou une importance qui sera surtout fonction du désir qu'il aura de le posséder et qui résultera seulement de l'action de la publicité qui lui est consacrée et non pas de la valeur propre du produit en question.

Il importe donc que les pouvoirs publics réglementent à la fois la publicité et les concentrations, puisqu'il ne faut surtout pas réduire l'effet de concurrence, d'autant plus que la civilisation de surconsommation qui s'appuie sur elle ne répond pas encore complètement aux aspirations profondes de ce pays et c'est ce qui amène à préciser les conditions nécessaires à une saine conception de la distribution des produits.

3. Les Conditions indispensables à la distribution des produits

a) La concurrence

Avec l'économie d'abondance, la concurrence, qu'elle soit nationale ou internationale, est l'un des maigres moyens susceptible de réduire les coûts de la distribution au public, en permettant de mettre au service du consommateur, dans une conception libérale des échanges, les talents d'organisation et le travail rentable de l'homme qui sont, l'un et l'autre particulièrement sensibles à l'influence de l'intérêt personnel. Dans ces conditions les pouvoirs publics doivent toujours veiller à ce que ce dernier joue toujours son rôle, car il est non seulement la condition sine qua non de la vie de l'Entreprise mais aussi par là, la condition du mieux-être général.

L'économie d'abondance qui s'appuie sur la concurrence devra cependant se référer à des études de marché conduisant à des décisions économiques élaborées, tout en étant complétée par une éducation appropriée du citoyen consommateur, permettant à la concurrence de jouer complètement son rôle. Celle-ci est, en effet, beaucoup plus efficace pour sa défense qu'un monceau de règlements qui ne sont jamais appliqués et, si elle n'est peut-être pas toujours la morale, son résultat est soit l'Efficacité, soit la faillite. Rien ne sert d'épiloguer sur ces faits, les hommes sont ce qu'ils sont, et le seul devoir des responsables consiste à satisfaire au mieux l'intérêt général, tout en s'efforçant de respecter les intérêts propres des individus quand ceux-ci ne s'opposent pas à ceux de l'ensemble.

b) L'information et l'éducation du consommateur

Le rétablissement de la notion de concurrence réclame une information et une éducation appropriée du consommateur, compléments indispensables pour que le service rendu à la collectivité soit de la meilleure qualité possible. Dans la première décennie de ce siècle, avant la Première Guerre mondiale, le consommateur était souvent intransigeant sur la qualité et les prix. Il protestait et ne se laissait pas faire car les produits étaient bien moins complexes et moins nombreux qu'aujourd'hui. Après la seconde conflagration, la pénurie alimentaire génératrice du marché noir, l'inflation anormale observée en particulier dans notre pays, qui entraînait par ailleurs une altération sensible du sens de l'honnêteté des individus, et le manque de temps dû à une activité débordante et au travail féminin ont été les motifs principaux du manque de défense du consommateur, sans oublier aussi la multiplicité de produits, souvent semblables. Il convient donc de remédier, dans les meilleurs délais, à cette situation et de revenir à des méthodes d'autodéfense qui sont les mieux adaptées, puisque d'échelon en échelon, celles-ci se répercutent à tous les stades, jusqu'à celui de la production. Pour aboutir à cette situation d'autodéfense il faut que les consommateurs s'associent pour pouvoir résister avec quelques chances de succès à tous les intérêts puissants, de nature politique ou économique, mis en jeu dans le secteur de la distribution des produits.

C'est pour ces raisons que l'on a déjà indiqué, plus haut, que les moyens à mettre en place pour assurer la défense des consommateurs doivent être tripartites - Producteurs, Consommateurs, Pouvoirs Publics - . Mais il faudra surtout éviter que ces associations de défense des consommateurs ne tournent pas à de nouveaux affrontements entre producteurs et consommateurs. En effet une opposition systématique n'apporterait que du négatif alors qu'il faudrait surtout former le jugement du consommateur, car affirmer que tel ou tel produit est meilleur que tel ou tel autre est dangereux, car le risque d'erreur de jugement n'est pas non plus négligeable. D'ailleurs avec la structure de l'Entreprise définie ici par l'expression "Capitalisme à accession communautaire", il est certain qu'il serait plus facile d'organiser une information relativement plus objective des consommateurs. En effet une information qui reposerait seulement sur l'opinion de certains citoyens risquerait rapidement de politiser le débat et de mettre en opposition les deux types d'économie possibles, l'économie libérale et l'économie collectiviste avec sa lourdeur administrative et son manque d'Efficacité du à l'absence de profit personnel.

L'exemple de cette situation nous est donné, tous les jours, par la situation de pénurie qui sévit toujours en Europe de l'Est et surtout en U.R.S.S. depuis soixante-dix ans. Alors que ce dernier pays est bien pourvu de richesses naturelles de toute nature, il donne actuellement la preuve manifeste de l'incompétence des organismes chargés de ces questions de ravitaillement et d'approvisionnements et justifie, dans ce dernier pays, la mise à l'écart d'un régime où l'incompétence, l'inefficacité ou la paresse des exécutants étaient reine, du fait de l'absence de l'intérêt individuel. Il avait même été indispensable de créer dans ce pays et dans ceux de l'Europe de l'Est asservis, des nomenklatura de privilégiés, ce qui est à la fois la négation de l'Equité, et de l'Urbanité des relations humaines et la négation d'une philosophie applicable à un Etat moderne.

Dans l'esprit de ce livre, la défense du consommateur au moyen d'un organisme tripartite devra aussi s'efforcer d'éviter l'affrontement entre producteurs, distributeurs et consommateurs, dans une autre lutte de classe, dépassée comme les autres, par l'évolution du progrès technique, car c'est ce progrès technique et l'innovation qui conduisent directement à ce tripartisme. La défense du consommateur par des organismes qui ne recourraient pas à une forme tripartite ne manquerait pas d'utiliser les mêmes armes qu'il est commun de reprocher à la publicité, dont le catastrophisme n'est pas la moindre caractéristique. La meilleure et probablement la seule façon de défendre le consommateur réside dans le rétablissement de la concurrence nationale et internationale, ce qui entraîne des règles très strictes contre les ententes qu'il est indispensable de réglementer, surtout dans une situation non dirigiste de l'économie

Pour compléter encore les mesures préconisées ci-dessus, il convient en outre de revenir dans notre pays, dans le secteur du commerce, au sain et bénéfique principe de la Liberté d'installation du détaillant

c) La liberté d'installation

Celle-ci va de pair avec la libre concurrence, sinon cette faculté si souvent réclamée par la fonction distributrice ne constituerait qu'un paravent destiné à camoufler des avantages acquis et à transformer cette indispensable fonction en un ensemble de féodalités dignes du Moyen Age, dont le rôle serait de pressurer la collectivité au seul et unique bénéfice de l'intérêt des distributeurs. Elle serait ainsi hypocrisie et conservatisme et ce Syndicalisme d'un genre particulier ne peut être toléré à une époque où la création systématique de privilèges, de castes ou de catégories va à l'encontre de la vie collective imposée par les Techniques. A part certaines activités comme le commerce des armes, de l'alcool, des stupéfiants ou d'autres encore, pour lesquelles l'intérêt supérieur de la collectivité se trouve concerné, la liberté d'installation doit être la règle, sinon la libre concurrence n'existe pas. Que la collectivité exige certaines connaissances ou exerce certains contrôles, rien de plus normal, mais elle ne doit pas empêcher par une voie détournée celui qui possède les qualités professionnelles nécessaires de s'installer, sous prétexte que le simple droit d'ouvrir boutique est très onéreux. C'est ainsi que la propriété commerciale telle qu'elle est actuellement définie, devrait être progressivement aménagée, elle constitue en effet une protection très exagérée du locataire qui se voit concéder au détriment du propriétaire une nouvelle sorte de droit de propriété avec le pas-de-porte. En donnant au commerçant la possibilité de se maintenir indéfiniment dans les lieux, elle consolide la position de commerces qui ne sont plus justifiés, et est ainsi à l'origine d'un gonflement de l'appareil distributeur et des intermédiaires. Par ailleurs, en raison du montant élevé du pas-de-porte, le commerçant est nécessairement conduit à incorporer dans ses prix son coût en capital et en intérêt qu'il a payé à son prédécesseur, bien qu'il en réclamera un autre à son successeur. Ce pas-de-porte est en plus un motif de hausse des prix de détail, défavorable avec l'ouverture de nos frontières économiques. Il constitue en plus un facteur de sclérose en nuisant aux nécessaires conversions du monde moderne, et une entrave particulièrement répréhensible à la montée des jeunes. Il est douteux en effet, que ceux de nos enfants doués pour le commerce, s'ils ne sont pas aidés par leur famille, puissent réunir à 20 ou 25 ans les sommes considérables nécessitées par l'achat d'un fonds de commerce, condition actuellement indispensable, dans notre pays, à l'exercice d'une profession commerciale.

Ces méthodes appliquées dans notre collectivité depuis presque un demi-siècle n'ont rien à voir ni avec l'Equité, ni même avec l'Urbanité, elles mettent tout simplement l'anarchie au service de l'égoïsme. Il n'y a en effet pas de raison, de la part d'un Etat digne de ce nom, de protéger le locataire plutôt que le bailleur, l'un et l'autre devant être soumis à des lois qui se rapportent seulement à l'Equité. Cette législation absurde, voisine de celle qui a régi, toujours dans notre pays, les loyers pendant cinquante ans, et dont la grande masse des citoyens a pu apprécier les effets, est la conséquence directe de l'apathie de notre peuple pendant ce demi-siècle, qui l'a conduit a sacrifier l'intérêt à longue échéance à la satisfaction des besoins immédiats. Mais cette période peu honorable est, peut-on l'espérer, révolue, et l'action, sous toutes ses formes, de notre jeunesse retrouvée, va nous permettre de renouveler dans la cordialité des méthodes archaïques. Déjà de nombreux rapports ont été effectués sur cette question délicate et fournis aux pouvoirs publics, mais en restant enfouis dans la paix des tiroirs, ils sont restés lettre morte.

La contrepartie à l'aménagement de la notion française de propriété commerciale est la création d'un système de retraites qui assurerait l'Equité dans ce secteur économique. Mais si c'est la mission des pouvoirs publics de l'organiser, ce sera le rôle des professions commerciales de le financer pour qu'il assure aux intéressés une vieillesse en rapport avec l'importance de leurs activités antérieures. La question de la propriété commerciale est complexe et ne peut se résoudre en quelques années mais, de grâce, que notre Etat se mette au travail, que nos juristes et nos légistes mettent sur pied des formules transitoires. Ainsi ils pourraient s'inspirer notamment des législations étrangères et notamment de la législation belge (1) dans ce domaine, car l'Europe s'acheminant même à pas lents, vers son unité, il sera bientôt indispensable d'uniformiser, dans tous les domaines les législations des différents pays, si l'on veut que l'association des Etats s'appuie sur des fondations solides et qu'une libre concurrence soit partout sur notre continent, favorable au consommateur.

(1) Dans ce pays, le propriétaire après l'achèvement d'un bail de 9 ans renouvelé trois fois aurait la possibilité de reprendre son local ce qui laisse au locataire un temps largement suffisant pour amortir les travaux exécutés.

A ce moment, cette libre concurrence, qu'elle soit nationale ou internationale, sera non seulement le gage de l'Efficacité et du progrès technique, mais aussi celui de la concorde et de la paix. Mais pour que celle-ci soit effective, il sera nécessaire que les pouvoirs publics prennent diverses mesures permettant d'établir ou de rétablir l'égalité des chances entre les différents systèmes de distribution dont il va être question maintenant.

d) L'égalité des chances

Elle dépend de facteurs complexes qui résultent d'une part de l'égalité des systèmes de distribution devant l'impôt et, d'autre part, de l'équité dans la manifestation de la concurrence.

La première condition entraîne d'abord d'uniformiser le poids des diverses taxes afférentes au commerce, tout en soumettant les divers produits à une charge fiscale homogène. C'est pourquoi l'application généralisée au commerce de la T.V.A. permettra d'atteindre progressivement une véritable homogénéité dans ce domaine et la généralisation de ce système devrait apporter progressivement entre les pays européens qui l'ont adopté une certaine homogénéisation.

Quant à la seconde, qui a trait à la répression de la concurrence déloyale, on peut déjà remarquer qu'il est regrettable que notre collectivité nationale ait laissé se développer les coopératives d'Entreprises qui fournissent des produits d'utilisation courante à leurs salariés, à des prix réduits.

Ces coopératives avaient été créées à l'époque des deux dernières guerres mondiales pour remédier, dans ces périodes de pénurie, à la cherté de la vie et leur maintien ultérieur avait permis également de parer à l'absence fréquente de moralité du système normal ou aux pratiques restrictives de certains secteurs de la distribution. Mais leur principe même est le contraire de l'Urbanité et de l'Equité, puisqu'elles favorisent certaines catégories de consommateurs alors que le but véritable de la fonction distributrice doit être de faire bénéficier du meilleur prix tous les individus et non pas certains privilégiés. Les coopératives peuvent cependant être conservées, en partie, car elles permettent de faire réfléchir le commerce classique, à condition toutefois que le personnel nécessaire soit payé par les coopératives correspondantes et qu'elles soient soumises à la même fiscalité que le commerce libre, car ces deux exigences sont en parfait accord avec la simple Equité.

Pour permettre maintenant l'épanouissement de la concurrence, qui équilibre au mieux la demande et l'offre et dont les gains à attendre par le consommateur peuvent être considérables, il faut, dans une économie qui se réclame de la libre Entreprise et seulement d'elle, un niveau de concurrence élevé, sinon celle-ci ne serait qu'un leurre où se cacheraient non seulement les endormis, mais surtout les ententes et les monopoles. Le but de ces derniers étant de restreindre la compétition, en faisant vivre l'industrie et le commerce dans une atmosphère de non agression, qui était encore celle en usage dans notre pays il y a tout juste quelques années, quand nous avions entouré notre espace d'une véritable muraille de Chine de droits de douane et de règlements protecteurs. Ces barrières traduisaient, on ne peut mieux, notre peur congénitale de l'action commerciale et de l'action tout court, endormis comme nous l'avons été, entre les deux guerres mondiales par une pensée économique faussement égalitaire et consécutive à la terrible saignée de la 1ére guerre.

De plus, comme nous venons de parvenir tout juste au stade de l'économie d'abondance et à celui de la civilisation de surconsommation, il nous faut maintenant adapter notre législation à cette nouvelle situation. Le but à atteindre par cette nouvelle législation est alors de favoriser le développement d'une industrie nationale puissante qui n'ait peur ni de sa croissance propre, ni de la concurrence de ses voisins, ce qui l'incitera à réduire ses prix de vente pour qu'elle puisse, en vendant davantage, avoir un Profit suffisant grâce à des investissements judicieusement choisis et détaxés en conséquence.

C'est ce qui pose alors le problème de la concurrence internationale en particulier avec un nouveau venu, le Japon, dans le domaine industriel. Ainsi dans le cas particulier de l'industrie automobile, qui intéresse tous les pays de l'Occident, s'il convient de moderniser encore les procédés de fabrication pour ramener par exemple le temps nécessaire à la fabrication d'une voiture à celui nécessaire à l'industrie japonaise, il conviendra également que les prélèvements de l'Etat soient aussi mesurés, pour ne pas réduire les possibilités d'autofinancement des Entreprises correspondantes, car seul un haut niveau technique permet la réduction des prix. Il faudra alors que les organisations de l'Europe communautaire vérifient à la fois les conditions d'application des prélèvements de l'Etat au pays du Soleil Levant.

Aujourd'hui, pour nous perpétuer dans un monde qui se modifie chaque jour, il nous faut donc adopter, dans le domaine des relations commerciales, une législation intelligente pour que soient aussi rendues difficiles les ententes restrictives entre producteurs eux-mêmes ou entre producteurs et distributeurs. Il est en effet de la plus haute importance que ces ententes qui découlent tout naturellement de l'esprit égoïste et personnel de l'homme ne se transforment pas en de nouvelles féodalités qui seraient seulement la transposition au monde contemporain des grandes compagnies célèbres du Moyen Age et dont le but était la rançon. Mais, en contrepartie d'une telle forme d'économie, cette législation devra assurer une répression impitoyable des ententes, sauf si celles-ci ont un caractère bénéfique, à charge pour les participants à l'entente de le prouver.

Ce sera aux spécialistes de ces questions d'oeuvrer dans ce sens, pour que la sclérose trop fréquente des Entreprises de notre pays soit évitée, et que soient modifiés des textes qui avaient été élaborés pour une époque où la pénurie était de règle, alors qu'aujourd'hui notre communauté nationale s'ouvre enfin au monde extérieur. Ce sera ensuite à nos représentants politiques d'adapter cette législation nouvelle, en prenant les mesures utiles pour qu'elle soit strictement appliquée et ne reste pas seulement un voeu pieux. A partir de ce moment, les interventions des pouvoirs publics ne devront plus se porter sur l'importance des marges bénéficiaires, ni sur les prix, sauf peut-être dans les secteurs de service où la concurrence est pratiquement inexistante, mais sur les obstacles qui pourraient l'empêcher de jouer normalement.

4. Le nombre des commerces

L'acte commercial étant plus facile et souvent mieux rétribué que le travail productif, il est assez normal que le secteur de la distribution des produits attire des effectifs importants avec comme conséquence, l'exagération du nombre des points de vente. Ce phénomène se révèle contraire à l'intérêt collectif, puisqu'il est facile de trouver un vendeur, mais non pas un spécialiste compétent, capable de réparer un appareil courant s'il est avarié. De plus, il pousse vers cette civilisation de surconsommation que nos vieilles civilisations européennes essaient encore de repousser, malgré ses tentations. La libre concurrence permet alors, par élimination progressive, la réduction du nombre des points de vente, ce qui est en plein accord avec la rentabilité des commerces. En effet, si ceux-ci sont trop nombreux, chacun des détaillants est obligé de pratiquer des marges bénéficiaires trop importantes, à la seule fin de vivre décemment.

On peut aussi remarquer, d'un autre point de vue, qu'un nombre trop considérable de commerçants risque d'attribuer à la fonction distributrice un rôle politique démesuré sans rapport avec son importance réelle, et certains exemples récents, dans notre pays et ailleurs, sont bien là pour le montrer, en mettant nos représentants politiques, par exemple, dans l'obligation de prendre des mesures législatives permettant de réduire les effets de la concurrence. Dans ce domaine, en effet, l'intérêt du citoyen consommateur dépend surtout d'un niveau élevé de celle-ci et ce n'est pas la fonction de nos représentants politiques de souscrire à des mesures qui tendraient à faire le Profit d'une famille particulière de citoyens.

Ce serait là de la part de nos représentants une simple manifestation d'honnêteté intellectuelle et de civisme et une preuve que l'intérêt électoral n'est pas le motif essentiel de leur conduite. Si la faillite, avec le développement de la concurrence, assainit le marché, celle-ci ne peut cependant être considérée comme une solution satisfaisante dans le cadre d'une philosophie réaliste et moderne, puisque c'est l'homme en tant qu'individu qui en fait les frais.

Ce sera alors le rôle de tous nos responsables ou représentants politiques à tous les échelons, qu'ils siègent dans les Assemblées de caractère politique ou économique à l'échelon national ou régional dont la création est proposée dans la quatrième partie de ce livre, à propos de l'organisation de l'Etat, de bien réfléchir avant de proposer ou d'accepter des mesures législatives qui viseraient à limiter la compétition entre les différentes formes de commerce. Il est vrai en effet que, si un certain rapport entre le nombre des commerces et celui des habitants doit exister, avec le développement de l'usage individuel de l'automobile, automatiquement le nombre des clients des magasins dits de grande surface, qui ont de vastes possibilités de stationnement, va croître au détriment des petits commerces locaux auprès desquels l'arrêt d'une automobile est strictement réglementé ou même impossible. Ce n'est pas alors le rôle de la profession commerçante de dire si la création de tel ou tel magasin à grande surface doit être autorisée ou non, ces mesures ne pourront dépendre que des pouvoirs publics après que ceux-ci auront reçu les avis et l'accord des assemblées régionales dont il vient d'être question.

Dans le domaine de la réglementation du commerce, les mesures à prendre ne sont pas simples car, en raison de l'aspect humain du problème, elles entraîneront obligatoirement des réactions politiques dont s'empareront, comme à l'accoutumée, nos partis politiques. Si le problème pour les petits commerçants est de vivre avec Dignité, c'est néanmoins l'évidence que de constater qu'ils ne pourront le faire aujourd'hui que si deux conditions sont satisfaites, d'abord que le nombre de leurs clients soit suffisant et, ensuite, que le prix d'achat des produits vendus ne soit pas trop élevé.

La première des conditions va dépendre dans une large mesure, des prix consentis aux consommateurs pour que ceux-ci ne se dirigent pas trop vers les grandes surfaces, qui n'ont pas que des avantages de prix, mais aussi d'accès et de diversité.

Quant à la seconde, l'association des commerçants indépendants devrait apporter une réponse favorable puisqu'elle permettrait d'obtenir des fournisseurs des prix plus bas.

C'est pourquoi aujourd'hui il faut nous efforcer de réformer, sans démagogie, les méthodes ancestrales utilisées qui conduisent, dans ce secteur, à un nombre impressionnant d'intermédiaires que la collectivité doit rétribuer sans Profit pour les producteurs et au détriment des consommateurs. De même, il faudra également que la fonction importante du grossiste soit repensée et son rôle adapté à l'évolution puisqu'elle doit aujourd'hui assurer une fonction indispensable de liaison entre des fabrications qui tendent à se spécialiser et un commerce qui, lui, doit assurer la répartition des produits les plus divers.

5. Les méthodes modernes de distribution des produits

Une fois que seront précisés les règlements nécessaires permettant de rétablir l'indispensable concurrence dans le domaine de la fabrication et du commerce, il sera alors possible d'accélérer encore les techniques modernes de répartition des produits :

- libres services, magasins à grande surface, supermarchés, magasins coopératifs, magasins vendant systématiquement à marge réduite, vente par correspondance, vente directe aux consommateurs par la télévision, etc.

Au sujet des grandes surfaces qui travaillent avec des marges réduites, permises grâce aux délais de paiement des fournisseurs et au placement de trésorerie qui découlent de leurs activités, on peut remarquer que ces derniers procédés constituent à la fois la force et la faiblesse du système. Ces magasins de grande surface sont aujourd'hui particulièrerement appréciés du public avec la diversité des produits offerts et surtout les facilités de stationnement. Aussi paraît-il nécessaire de ne pas mettre trop d'obstacles administratifs à une implantation rationnelle et mesurée permettant au petit commerce de proximité de conserver une certaine activité.

On doit cependant remarquer que l'évolution économique présente, née des formes modernes de la distribution, ne vise pas automatiquement à détruire le petit commerce ; elle risque seulement de condamner celui qui ne veut pas ou qui ne sait pas évoluer.

Ce sera alors le rôle de la profession et celui aussi des pouvoirs publics d'aider les petits commerçants à se grouper puisque les centrales d'achat, qui associent des détaillants indépendants d'un même secteur géographique, permettront d'obtenir des grossistes ou des producteurs mêmes, des prix plus bas et de maintenir à leur clientèle leurs avantages propres, comme l'autonomie de la gestion familiale, les frais réduits, la connaissance des clients et leur proximité, les heures d'ouverture, le crédit, la livraison à domicile, etc. A la campagne, il faudra développer encore les distributions par camions-magasins, qui permettront non seulement une rentabilité meilleure des commerces des petites villes ou villages, mais aussi certaines facilités à la clientèle des fermes isolées ou même de certains villages, pour des articles de faible débit.

En résumé, le secteur important de la répartition des produits doit aménager ses méthodes actuelles et ses structures artisanales pour que la cascade d'intermédiaires soit réduite, afin de tendre vers une organisation plus rationnelle où les décisions et les choix économiques seront adaptés aux nouvelles conditions de l'existence, comme la généralisation de la journée continue ou le travail féminin.

Ces modifications ne manqueront pas d'entraîner des décalages importants, vers la soirée, des heures d'ouverture et certains commerces commencent déjà à s'organiser de cette façon. De même, il est à prévoir un certain développement des ventes par l'intermédiaire de la télévision ou par correspondance ou de celles de certains articles par la technique des distributeurs automatiques, ce qui ne manquera pas de réduire le chiffre d'affaires des commerces anciens.

Compte tenu de ces quelques observations, il est probable que, sous l'influence de la concurrence, seul atout efficace pour la défense du consommateur, la fonction distributrice qui depuis un siècle est en évolution permanente et où il ne se passe pas une décennie sans qu'intervienne une formule de distribution nouvelle, est encore aujourd'hui au début d'une profonde transformation où la rentabilité sera aussi fonction du service rendu et seulement de celui-ci. Si de plus les pouvoirs publics, comme ils en ont le devoir, essayent d'uniformiser les conditions de vente des producteurs aux différents types de distribution, le consommateur ne sera peut-être plus le jouet inconscient et mal informé qu'il était du temps de la pénurie et du marché noir. On pourrait d'ailleurs se demander si l'association de commerçants indépendants et de magasins dits de grande surface n'apporterait pas une réponse aux soucis du petit commerce indépendant puisque les uns et les autres de ces modes de distribution sont nécessaires au déroulement possible de la vie. D'ailleurs, dans certains centres commerciaux, il existe déjà des boutiques

Dans ces conditions il paraîtrait utile que nos élites spécialisées réfléchissent à cette idée d'association entre ces deux modes de distribution, qui pourrait apporter une solution aux difficultés actuelles du petit commerce, sans compromettre l'intérêt général et sans nuire au consommateur.

6. Cas des produits nécessaires à l'alimentation humaine

Ce tour d'horizon rapide et succinct des problèmes concernant la distribution doit être complété par celui qui a trait à la commercialisation des produits alimentaires indispensables.

Comme il est souhaitable aussi que la monnaie conserve une valeur aussi stable que possible, pour ne pas troubler la vie économique et surtout la santé morale de la population, il importe d'essayer d'empêcher les variations trop importantes des prix des produits courants, sous prétexte qu'il fait trop froid, qu'il fait trop chaud, qu'il pleut ou qu'il ne pleut pas. Dans l'esprit de cet essai, on peut affirmer que les problèmes propres à l'alimentation humaine dépendent d'abord, là comme ailleurs, d'une bonne organisation et seulement de celle-ci. Si l'anarchie dans ce domaine aussi procure le Profit de quelques uns, elle entraîne la ruine pour les autres. Alors réformons ces méthodes, créons des marchés régionaux, des abattoirs modernes et nombreux qui pourront être surveillés à tous les points de vue et qui tireront le meilleur parti des animaux ! Munissons ces établissements de moyens modernes de cotation permettant de connaître instantanément les cours en différents endroits, prévoyons enfin, l'accès dans ces différents établissements des représentants du monde agricole. Ils pourront alors exercer leur activité dans un domaine géographique restreint à dimension humaine.

Dans le chapitre précédent consacré aux "Problèmes agricoles" on a mis en évidence la nécessité de mettre en place de nouvelles structures permettant d'éviter le départ des agriculteurs vers les villes, en les employant à la transformation des produits agricoles grâce surtout à l'agriculture intégrée. Ces formes d'agriculture permettront d'influencer le comportement des distributeurs habituels de denrées alimentaires, en les autorisant à participer directement à l'alimentation des citadins, soit par approvisionnement direct, soit au moyen de contrats de longue durée passés par exemple avec des magasins de grande surface.

Pour les agriculteurs ce sera la meilleure façon de défendre eux-mêmes leurs intérêts, c'est-à-dire leur niveau de vie, et peut-être aussi celui des citadins.

Ce serait aussi un excellent moyen de faire réfléchir certains intermédiaires et il serait particulièrement souhaitable que les pouvoirs publics encouragent chez nous ces derniers procédés en raison des abus constatés.

7. La décentralisation des marchés de gros

Dans le cas particulier des très grandes grandes villes, les marchés de gros doivent être judicieusement répartis géographiquement en regard des facilités d'approvisionnement ou d'accès.

Le meilleur exemple d'une mauvaise répartition géographique de ces marchés est celui donné par notre capitale où un marché d'intérêt national a été créé de toutes pièces pour des sommes exorbitantes dans un endroit dont l'accès s'effectuait, dès l'origine, par la même voie autoroutière que celle qui desservait à la fois tout le sud de notre pays et un aéroport important qui, lui, n'avait même pas été relié, dès sa conception au réseau des voies ferrées. La conséquence de ces erreurs de départ a été le doublement de cette autoroute, qui a entraîné, pour ces ouvrages, en raison de la rareté des terrains disponibles, des dépenses considérables, mises, comme d'habitude, et comme il est normal quand on ne peut faire autrement, à la charge du contribuable. Quatre marchés plus réduits installés par exemple aux quatre coins de notre capitale auraient permis sûrement une organisation plus rationnelle, surtout si, dans le même temps, des mesures avaient été prises pour réduire au strict minimum le nombre des intermédiaires nécessaires entre le producteur et le consommateur, mais cela est peut-être une autre histoire.

Quant au marché des viandes, il a favorisé longtemps, par sa concentration, des anomalies nombreuses. En plus et malheureusement, l'absence de prospective de certains responsables a entraîné la mise au rebut d'installations qui avaient coûté, toujours à ce même contribuable, des sommes très importantes, ainsi les abattoirs de la Villette ont du être détruits avant d'être mis en service.

On ne peut dire que ces désastreuses décisions, qui résultent tout simplement d'une application défectueuse de la formule "Centralisation de la pensée et Décentralisation de l'action", soient à l'honneur de ceux qui les ont prises.

Ce sera la mission des organismes spécialisés dans le domaine de la répression du gaspillage des deniers publics d'éviter que de pareils faits se renouvellent et il conviendrait en plus que les citoyens contribuables soient informés des mesures prises pour éviter le retour de pareilles anomalies, ce qui impliquerait aussi que les décisions ou les sanctions correspondantes soient rendues publiques.

Il faut enfin évoquer un dernier point qui peut devenir brûlant quelle que soit l'époque. C'est celui de la sécurité des approvisionnements pour que la vie quotidienne des hommes soit troublée le moins possible lors d'incidents internationaux ou tout simplement climatiques.

8. Le problème des réserves

Il faut prévoir dans les périodes normales et paisibles, c'est-à-dire quand on a le temps, la constitution de stocks de sécurité judicieusement répartis sur tout le territoire et à proximité immédiate de moyens de transports.

Cette précaution élémentaire au niveau des responsabilités de l'Etat, n'est pas du catastrophisme ; si pour les produits énergétiques comme le pétrole, elle est évidente, il est aussi impératif de le faire également pour de nombreux produits et matières premières indispensables à l'alimentation ou à l'activité industrielle, ne serait-ce que pour éviter les soubresauts du marché mondial auquel nous serions obligés d'avoir recours en cas de nécessité. C'est à la collectivité d'imposer aux distributeurs, comme cela se fait déjà, quand leurs disponibilités le permettent, la constitution de ces réserves ; c'est à elle de prendre les mesures nécessaires s'ils ne peuvent le faire directement en répondant aux problèmes des coûts supplémentaires nécessaires à ces stockages.

9. Conclusion

La remise en ordre des circuits de distribution ne sera pas simple car elle mettra en jeu de nombreux intérêts mais ne suffit-il pas seulement d'espérer pour entreprendre ? Que nos élites responsables, que nos juristes se mettent donc à l'ouvrage ! Qu'ils établissent des règlements simples et honnêtes ! Ils en sont capables et il y a beaucoup de travail à faire car la distribution est encore actuellement très souvent gérée par des spécialistes qui ont encore une mentalité de parasites qui ne cherchent toujours qu'à tourner la loi ou la réglementation.

Alors, de l'action, de la réflexion, balayons ce fatras de textes que notre pays traîne depuis un trop grand nombre d'années, notre législation pourra redevenir utile, parce qu'elle sera limpide et les féodalités du secteur de la Distribution des Produits iront rejoindre celles du temps passé, pour le plus grand bien de l'homme puisqu'une certaine morale est indispensable aujourd'hui à l'Urbanité des relations humaines, dont dépend, de nos jours, l'Efficacité de l'action et par conséquent le bonheur individuel et le progrès social, dans notre France Industrielle, Efficace et Européenne qui nous permettra en plus de vivre amicalement en l'an 2000, dans cette Europe de l'Economie Moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacité et de l'Equité, telle celle souhaitée ici.

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