3e partie : Les Rapports de l'Humanisme et de la Vie Economique

II. Les Problèmes Industriels

1. Quelques Vérités d'évidence

C'est une première vérité d'évidence de dire que l'amélioration du sort matériel des membres d'une collectivité dépend dès l'origine du volume des richesses produites par la Société Industrielle et par l'action créatrice de l'homme.

C'est une seconde vérité d'évidence de constater que l'action créatrice sera encore plus Efficace si l'homme reçoit la juste récompense de l'effort qui lui a été demandé, si on fait appel à son initiative personnelle qui est fonction, elle, en grande partie qu'on le veuille ou non, de l'intérêt personnel et seulement de celui-ci, c'est-à-dire du gain qu'il retire de son activité (1).

(1) La peur est aussi capable de faire marcher l'homme. C'est d'ailleurs sur la crainte que s'appuient les responsables chargés de faire fonctionner les économies collectivistes.

C'est une troisième vérité d'évidence de constater que l'action créatrice doit être rentable et qu'au minimum d'efforts doit correspondre le maximum de résultats. Pour qu'il en soit ainsi, il faut maintenir en permanence le niveau technique des matériels, ce qui entraîne leur remplacement fréquent. Alors qu'il y a seulement un demi-siècle le vieillissement technique (ou obsolescence) des moyens matériels était très lent, les fruits des moyens de production permettaient de les entretenir et de les remplacer, au bout d'un temps relativement long, tout en laissant à leur propriétaire un certain revenu. Aujourd'hui, le problème est inversé, la machine perd sa valeur, non par usure, ni même par son vieillissement propre, mais uniquement parce qu'elle n'est plus au niveau du progrès technique. De ce fait, elle n'est plus un moyen de production bien avant son amortissement normal. L'obsolescence ainsi constatée se rapporte aussi bien à la moissonneuse batteuse de l'agriculteur qu'à l'avion à réaction du transporteur aérien ou qu'au magasin du détaillant. Elle est variable suivant les matériels.

C'est également une quatrième vérité d'évidence d'affirmer que si ce volume de richesses dépend d'abord de cette action créatrice, ce volume sera d'autant plus important que celle-ci sera ordonnée. Il faut en effet, pour satisfaire les besoins indispensables et superflus des hommes, les connaître d'abord, tout au moins approximativement. Dans certains secteurs particuliers, cette connaissance des besoins nécessitera la mise sur pied d'un Plan prospectif d'action permettant d'ordonner, autant que faire se peut, les moyens selon les besoins à satisfaire.

C'est maintenant une cinquième vérité d'évidence de dire que l'Equité dans une collectivité sera atteinte plus facilement si le Profit qui résulte de l'action est réparti équitablement, entre les facteurs qui participent à sa création, c'est-à-dire entre les moyens matériels et le travail et en fonction de leur productivité propre, y compris pour le travail. Dans l'esprit de ce livre, le mécanisme du Profit étant, quoi qu'on fasse, le seul fondement de l'activité de l'homme, il ne sert à rien de réfléchir à une société dans laquelle il serait proscrit alors qu'il suffit de le répartir équitablement en fonction de l'effort, effort qui est la condition de l'action et d'un progrès social qui n'est atteint que par des actes et non par des mots.

C'est encore une sixième vérité d'évidence d'affirmer que le salarié n'a pas à participer, directement, aux risques de l'Entrepreneur et à subir les conséquences d'une mauvaise gestion. S'il était responsable, en effet, l'Entreprise deviendrait un monde dur et âpre où chacun s'épierait. Il ne doit alors participer à la gestion que par l'intermédiaire d'une certaine partie du capital, dont il deviendra progressivement propriétaire, comme il a été déjà suggéré dans le chapitre "Syndicalisme".

C'est enfin une septième vérité d'évidence de constater que l'Efficacité de l'action créatrice sera encore facilitée si l'Urbanité préside aux rapports humains.

2. Formule moderne pour la Société Industrielle de notre pays

De ces sept observations, il résulte que l'activité économique moderne doit faire appel à l'initiative individuelle que favorise le Profit, dans le cadre général d'un Plan prospectif d'action pour parvenir à l'Efficacité, collective et individuelle, et veiller à l'équitable répartition des biens matériels pour atteindre l'objectif moral de l'Equité qui deviendra elle-même, à partir de ce moment, un motif d'Efficacité.

Ainsi la Société Industrielle, par l'intermédiaire de l'Entreprise unité élémentaire mais fondamentale d'action de toute collectivité moderne, pourra remplir son véritable rôle qui consiste à améliorer le sort de tous et non pas celui de quelques uns seulement.

Elle répondra alors à la formule "Concertation et Participation" qui pourra servir de fondement à une France Industrielle, Efficace et Européenne telle qu'elle a été déjà suggérée dans la première partie de cet essai, en étant ainsi l'homologue de la célèbre définition agricole due à Sully (1560-1641), ministre de Henri IV, "Labourage et Pâturage sont les deux mamelles de la France " agricole de l'époque. En posant dès l'abord le principe d'une collaboration féconde entre le Travail et les Moyens, on jettera les bases d'une Société qui ne sera plus soumise ni aux excès du Capital ni à ceux qui pourraient résulter d'une gestion qui dépendrait uniquement du Travail. Le Pouvoir de décision dans l'Entreprise avec la formule décrite ci-après dépendra alors d'un équilibre entre les besoins à satisfaire, la rémunération du capital et du travail, sans oublier l'Etat et les consommateurs. Comme les décisions dont découlent la bonne marche des Entreprises et, par là, la pérennité du Travail salarial, sont le plus souvent la conséquence de techniques particulières, qu'elles soient industrielles, commerciales ou financières, il est indispensable que la gestion ne relève pas du domaine du Syndicalisme salarial, car ce serait faire supporter au travail le risque de l'entrepreneur et les conséquences d'une mauvaise gestion.

En revanche, avec la formule suggérée plus loin, où le pouvoir de décision dans l'Entreprise dépendra d'un homme compétent, le Président de l'Entreprise, qui préside à la fois l'assemblée des actionnaires et celle des représentants du travail, cet homme pourra assurer l'équilibre entre les souhaits respectifs du capital et du travail compte tenu de la situation économique.

Comme il est suggéré aussi que le capital devienne également, grâce à la plus-value créée par le travail, propriété partielle du travail salarial, la propriété des moyens techniques ne constituera plus un motif de discorde, mais un motif d'Efficacité.

C'est pour ces diverses raisons que la formule d'autogestion, sous entendu par le seul Travail, ne peut convenir à une Société qui se voudrait à la fois Efficace et humaine, car elle aboutirait rapidement à une dictature bureaucratique, où les salariés ne seraient plus que des numéros même s'ils étaient munis du droit de vote, si bien qu'ils regretteraient rapidement le temps où ils pouvaient dialoguer.

En revanche, avec la formule suggérée de Capitalisme à accession communautaire, il sera possible de répondre à l'Efficacité et à l'Equité Sociale par la répartition équitable des fruits de la production où le salarié recevra aussi une part Equitable. On peut aussi observer que, pour les pays déjà développés de l'Europe, la croissance simultanée de l'Industrie et des services est seule capable de fournir du travail aux générations nombreuses d'après-guerre et absorber enfin la main-d'oeuvre excédentaire libérée, en particulier dans notre pays, par la machine et la rationalisation des Entreprises agricoles.

Comme de nos jours le bien-être matériel d'une collectivité est en rapport direct avec la puissance industrielle, qui permet, pratiquement, seule, le plein emploi de tous les éléments de la population, il convient déjà de favoriser d'abord la croissance de l'industrie, créatrice de richesses matérielles et d'emplois.

3. Conditions générales nécessaires au développement de l'Industrie

Pour que l'industrie puisse réaliser un développement équilibré, elle doit donc disposer de matières premières et d'énergie à des prix raisonnables, de transports et surtout de débouchés bien adaptés, il faut encore essentiellement qu'elle soit servie par une main-d'oeuvre nombreuse et compétente dont le travail est orienté vers des objectifs valables. Elle devra encore disposer de capitaux importants pour l'achat des équipements de plus en plus perfectionnés nécessaires aux fabrications et à la modernisation permanente de ces moyens, afin de réduire ses prix de revient pour que l'Entreprise reste compétitive.

Le problème des investissements et de leur choix est donc un des fondements essentiels de cette activité humaine.

Si la Société Industrielle travaille de plus avec méthode et qu'elle applique effectivement l'Equité, le sort matériel des individus sera progressivement amélioré, étant entendu, pour rester dans le cadre de la philosophie réaliste et humaniste définie dans cet essai, que la répartition des biens matériels entre les différents participants est à la fois fonction des capacités du travail personnel et des besoins familiaux.

Ce sont ces derniers points qui incitent à la nouvelle structure de l'Entreprise suggérée ici et qui permettent de créer les conditions nécessaires à la satisfaction de nouveaux besoins.

Si tous ces facteurs ne sont pas réunis, ensemble dans un même pays, seul le dynamisme de la population et des organismes coordinateurs permettra de surmonter les carences rencontrées, l'expérience de certains de nos concurrents faiblement pourvus de matières premières ou d'énergie est bien là d'ailleurs pour nous encourager dans cette voie (1).

(1) L'expérience du Japon dépourvu de toute richesse naturelle et d'énergie est particulièrement probante dans ce domaine, puisque dans ce pays le succès économique actuel repose uniquement sur l'homme.

Situation en France

Dans le cas de notre pays qui traîne derrière lui une longue tradition religieuse peu favorable en général au Profit de l'industrie et du commerce, et où la paysannerie est à l'origine des fondements de notre peuple, il ne faut pas s'étonner outre mesure des difficultés qu'il rencontre pour s'adapter aux conditions qui découlent de la Société Industrielle, société nouvelle pour lui, bien que certaines régions comme le Nord et l'Est, grâce à leurs richesses minières, aient été industrialisées de bonne heure.

En général, notre pays a été marqué au cours des siècles par sa longue ascendance d'abord paysanne puis bourgeoise où les conceptions moralisantes des vertus moyennes, de la prévoyance, du travail bien fait, de l'économie, associées à un individualisme outrancier, étaient à la base de l'ascension lente et progressive des individus.

Nous étions aussi des épargnants, mais des épargnants qui ne savaient pas bien placer un argent péniblement gagné et économisé. Au lieu de l'investir chez nous, dans nos entreprises, pour qu'il soit à l'origine de nouvelles activités, donc de nouvelles ressources, souvent nous l'avons mis à la disposition d'Entreprises de pays étrangers et nos économies ont souvent fondu, soit dans des krachs retentissants, soit dans des dévaluations, soit même dans les révolutions internes des pays débiteurs (les emprunts russes, ou le canal de Panama par exemple).

Quant au critère du Profit, fondement de la Société industrielle, il commence seulement à être reconnu comme indispensable par certains organismes politiques ou même syndicaux. C'est en effet le contraire de la médiocrité. Il suscite la concurrence et, par là, il est à l'origine de l'amélioration du sort des individus et même de leur réussite personnelle, ce qui n'est pas à vrai dire une tare.

Jusqu'à ces dernières années, l'argent gagné, même honnêtement, avait un certain relent désagréable. Tenaillés par un individualisme forcené, nos compatriotes aimaient vivre renfermés sur leurs richesses personnelles et ils cachaient, grâce à une législation adaptée, l'importance de leurs biens à la curiosité de leurs voisins.

A l'inverse des peuples marchands comme les Anglo-Saxons ou les Germains, chez nous, les populations ont à l'égard de l'argent une fausse pudeur entretenue depuis des lustres par une représentation politique qui pensait seulement que le terme Egalité signifiait nivellement par la misère.

Il nous faut donc changer notre attitude, car gagner de l'argent pour satisfaire des besoins utiles ou superflus est non seulement une nécessité mais aussi le principal motif d'Efficacité. Le Profit est moral et sa critique n'est qu'hypocrisie ; amis lecteurs, voyez autour de vous si ses détracteurs habituels, en général des politiciens de bas étage issus très souvent de milieux pour qui l'appel à la fausse égalité est la raison de vivre, vivent pauvres comme Job ? vous serez édifiés ...!

Si notre peuple veut donc effectivement se mettre à l'heure de la Société Industrielle, il est indispensable, dans tous les secteurs de l'économie moderne, qu'il abandonne sa mentalité artisanale et sa vie à la petite semaine. C'est ainsi qu'en ce qui concerne les transformations, voire les bouleversements qui découlent du déclin de certaines industries et de la mutation très rapide de notre agriculture, on peut noter que ce pays, à l'encontre de ses voisins, préfère souvent accorder des subventions à ce qui meurt, plutôt que d'aider à porter ce qui débute.

Cette mentalité d'assisté se rencontre dans tous les milieux, qu'ils soient industriels, commerçants ou agricoles, qu'ils soient d'essence patronale ou salariale et les aides consenties dans ces conditions tendent à remplacer des barrières douanières que nous venons tout juste de faire disparaître, pour notre plus grand bien.

Il faut aussi enseigner à nos jeunes élites, avec l'informatique, les méthodes modernes de gestion de l'Entreprise mais ce serait insuffisant, voire inutile, si ce peuple n'admettait pas, une fois pour toutes, y compris surtout ses élites économiques de toute nature, et particulièrement celles du Syndicalisme salarial, que le Profit est le fondement de la Société Industrielle puisque, sans lui, celle-ci ne peut, ni vivre, ni prospérer.

Il lui faut encore s'efforcer de trouver le plus rapidement possible des réponses aux difficiles problèmes d'une agriculture qui a été considérée jusqu'à présent comme le meilleur facteur d'équilibre et même comme le pilier de notre nation. La réponse à cette délicate question réside d'une part dans la transformation de structures artisanales en structures industrielles et d'autre part dans la reconversion, sur place, d'une très grande partie de nos agriculteurs et par leur emploi dans de nombreuses petites usines de sous-traitance ou dans des centres d'activité locale, à répartir dans les nombreux bourgs de nos campagnes qui utiliseraient les possibilités de l'agriculture intégrée pour la valorisation des produits, comme il sera indiqué plus loin dans le chapitre consacré aux "Problèmes Agricoles".

Maintenant, il faut que chaque citoyen, chaque responsable économique ou politique, se lance dans l'univers de l'activité moderne, de l'innovation, de l'invention, du changement, de la compétition, de l'aventure industrielle. Il ne s'agit plus d'abdiquer, mais de lutter dans l'action, car c'est dans l'action et dans la foi du devenir que nous survivrons dans un monde où, suivant l'adage populaire, "Qui n'avance plus recule".

Ces prémices posées, dans ce qui suit on mettra successivement en relief les principaux éléments sur lesquels repose la Société Industrielle et on suggérera une nouvelle structure pour l'Entreprise, élément fondamental de l'activité humaine.

Cet exposé sera suivi de remarques sur la nécessité du renouvellement de ce que l'on peut appeler, de nos jours, la Stratégie économique, forme moderne de la lutte de l'homme contre ses semblables.

L'ensemble de ces réflexions s'inspirera toujours de la même direction de pensée visant à l'Efficacité de l'action dont dépend l'Equité, finalité de la Société Industrielle.

4. Principaux éléments qui conditionnent l'Activité Industrielle

Le progrès des techniques conditionne les fabrications ; de plus en plus, les méthodes évoluent vite et nécessitent des moyens matériels conduisant à des investissements toujours plus importants en valeur absolue, qu'il faut réunir, répartir et ensuite amortir, grâce à la consommation de produits fabriqués qui s'étend, elle, sur une période plus ou moins longue. Les problèmes du financement des investissements conditionnent donc en fait l'avenir de l'industrie et celui de toutes les activités économiques.

Le développement progressif de la Société Industrielle, impose désormais au niveau de l'Etat trois dispositions aussi indispensables les unes que les autres :

- d'abord la volonté de grandir et de créer,

- ensuite une monnaie stable,

- enfin, des moyens de financement appropriés, permettant de mettre l'épargne au service de l'investissement, c'est-à-dire du progrès économique et par là du progrès social.

Mais ce n'est pas tout car, aujourd'hui, il faut savoir, à la fois, ce dont on a besoin et ce dont on dispose pour produire, car avec l'économie d'abondance on ne pourra produire que ce que le consommateur voudra bien acheter.

L'économie, pour répondre à cette vérité élémentaire, devra donc être orientée, dans les grandes lignes seulement, vers des objectifs valables, car l'initiative individuelle, qui se justifie au niveau de la fabrication, ne peut satisfaire aux problèmes d'organisation générale par suite de vues limitées. Elle devra alors dépendre à la fois de plans suffisamment souples pour suivre l'évolution de la demande, au moins à moyen terme, et de techniques de fabrication performantes.

Ces plans devront être établis dans le cadre général d'un Plan prospectif d'action dont les grandes lignes sont dressées dans la quatrième partie de cet essai. Dans certains cas, l'importance des investissements peut conduire à une répartition planifiée des crédits. Mais, à l'exception des pays en voie de développement, ce dernier mode de répartition devra tenir compte des Entreprises où l'initiative individuelle joue un rôle important.

En revanche, la recherche permanente de la réduction des prix de revient a l'inconvénient d'orienter la production vers l'uniformité des produits offerts, ce qui répugne en général aux habitants de ce continent. On peut souhaiter alors que ces normalisations ou ces standardisations ne stérilisent pas le progrès et, pour éviter la monotonie des objets fabriqués, il convient de normaliser ou de standardiser les seuls éléments constitutifs de l'ensemble.

5. Buts actuels de l'Entreprise moderne

a) Rôles principaux

Le rôle de l'Entreprise, collectivité associant du travail et des moyens techniques, est alors d'assurer :

- aux salariés, un niveau de vie correct ;

- aux propriétaires des moyens techniques, une rétribution honnête ;

- à la collectivité, une activité suffisante qui constitue la meilleure assurance contre les conséquences du chômage d'une part, et la base principale de ses ressources fiscales d'autre part ;

- aux consommateurs, des produits de bonne qualité, au prix le plus juste, tout en leur laissant la liberté du choix. Ces produits doivent aussi répondre aux désirs d'une clientèle informée, tout en évitant, autant que faire se peut, un trop grand nombre de modèles et des modifications ne reposant pas sur un progrès technique indiscutable.

Dans la situation présente, où l'économie concurrentielle constitue la meilleure défense du consommateur, c'est le marché, comme il vient d'être dit, c'est-à-dire l'engouement du public à acheter tel ou tel produit plutôt que tel autre, qui finalement décide du sort du fabricant et quelquefois du distributeur.

C'est à tout cet ensemble de réalités ou de souhaits que l'Entreprise doit satisfaire, et on peut concevoir facilement la difficulté de son rôle puisqu'elle doit dans le même temps :

associer :

- l'intérêt personnel à celui de la collectivité,

- la liberté d'entreprendre, gage de l'Efficacité, à l'organisation rationnelle de la production et des débouchés qui relèvent d'une planification intelligente,

- la concurrence à la loyauté,

- la valeur individuelle aux droits légitimes provenant de l'héritage,

- la centralisation de la pensée, c'est-à-dire la direction de l'Entreprise, à la décentralisation de l'action qui se rapporte à l'exécution.

Cette association intime implique une information correcte dans les deux sens, dépendant notamment des cadres de l'entreprise.

permettre :

- le contrôle des divers services de l'Etat intéressés à son fonctionnement,

- la concurrence.

connaître :

- l'état du marché, les désirs de la clientèle pour placer la production d'objets finis et satisfaire aussi aux obligations qui résultent des services après vente, étant entendu aussi que l'attrait du Profit et la concurrence sont les motifs les plus réalistes pour l'action Efficace de l'Entreprise.

assurer :

- l'autorité des responsables aux différents échelons, pour que l'anarchie de l'action ne soit pas cause par exemple d'arrêts de production qui se répercuteraient inévitablement sur le niveau de vie des salariés et sur le pouvoir d'achat de la monnaie.

Mais les mobiles de l'Entreprise moderne ne se limitent pas aujourd'hui à la simple énumération faite ci-dessus car elle en a d'autres :

b) Autres rôles

Si l'Entreprise a, comme on vient de le dire, un rôle économique très important à remplir vis-à-vis de ses clients (premier but à satisfaire), de ses actionnaires, de ses salariés et de l'Etat, et si cette fonction se traduit par des prix de vente, des bénéfices, des salaires ou des rentrées fiscales, elle a encore un autre but à jouer qui relève de la vie en société.

En mettant en contact des hommes de diverses provenances, manuels ou intellectuels, l'Entreprise est un élément essentiel dans les rapports humains ; pour que la vie collective soit facilitée, il faut donc qu'un climat de confiance, c'est-à-dire d'Urbanité, règne entre les différents participants.

C'est ce dernier rôle que l'on peut qualifier de social car si un véritable esprit d'équipe est à l'origine de son oeuvre, son Efficacité, qui est, on peut le rappeler encore une fois, la condition absolue du progrès social, sera facilitée par la concorde.

Si ces souhaits se réalisent, la Société Industrielle pourra amener progressivement la société dans son ensemble à une forme telle que les classes des exploiteurs et des exploités pourront disparaître, grâce à une productivité encore accrue. Il résulte des conceptions ci-dessus que le Profit n'est pas le but unique de l'Entreprise moderne puisque son fonctionnement englobe toute une coalition d'intérêts qui risquent le plus souvent de s'opposer. La fonction essentielle des dirigeants est alors de maintenir une certaine entente entre les nombreux intérêts en présence et qui sont le plus souvent divergents.

Dans ces conditions, la recherche du Profit indispensable à la pérennité de l'Entreprise est un objectif parmi d'autres et celui-ci peut même entrer en conflit, non seulement avec les besoins des salariés, mais aussi avec l'indépendance de la firme qui dépend, elle, de la concurrence et par là du volume des investissements affectés à la modernisation, investissements nécessairement prélevés sur la plus-value créée par le Travail.

On peut alors résumer schématiquement les fonctions de l'Entreprise en disant qu'elle doit :

- s'intégrer à l'environnement commercial qui la fait vivre, en fournissant à sa clientèle des produits conformes à ses désirs, à des prix que celle-ci peut payer et qui lui laissent aussi un Profit,

- intégrer les différents participants intellectuels et manuels à son fonctionnement : c'est ce que recouvrent les termes de "Concertation et de Participation", étant entendu que ces termes entraînent une certaine part de responsabilité du Travail dans ce fonctionnement, sinon cette Participation n'aurait pas de sens et l'Esprit d'Entreprise ne serait pas facilité,

- s'intégrer dans la vie de la collectivité nationale.

c) Conditions essentielles à la satisfaction de ces rôles : l'Esprit d'Entreprise

Pour que l'Entreprise moderne satisfasse à toutes ces obligations, elle doit encore :

- fonctionner sous la discipline de la concurrence qui seule permet de limiter le Profit à sa juste valeur ;

- être Efficace et rentable,

- reconnaître que le droit au Travail est un droit absolu aussi sacré que celui de propriété.

Le Profit et la Concurrence

C'est une banalité de constater que le fonctionnement de l'Entreprise dépend directement du Profit et par là de la concurrence qui le limite. Dans les Entreprises qui sont propriété de la nation, ce Profit peut et doit être maintenu grâce aux primes de résultats déjà suggérées. Dans celles-ci, il conviendra en plus, que le civisme des dirigeants soit au niveau de leurs responsabilités. Quant à la concurrence, elle est sans contredit le meilleur moyen de défense du consommateur à condition toutefois qu'elle puisse toujours jouer normalement.

Un rappel rapide des problèmes liés à la production et à la distribution des produits fait d'ailleurs toucher du doigt les difficultés à prévoir. En effet, si au niveau de la distribution des produits, le nombre important des détaillants est une assurance sérieuse contre les ententes, au niveau de la production, en revanche, ce risque n'est pas négligeable. La concentration des Entreprises, qui est par ailleurs favorable à la réduction des prix de revient, entraîne presque obligatoirement, en raison de la nature de l'être humain, le risque d'entente sur les prix de vente, pour en tirer le plus gros bénéfice. Ce risque est d'autant plus important que le nombre de ces Entreprises est plus réduit, et pour éviter les exagérations résultant d'une concentration trop marquée, les pouvoirs publics disposent d'armes efficaces que constituent l'existence d'un Plan prospectif d'action et le contrôle des investissements.

On peut conclure de ces remarques que, si la Distribution des produits au public doit relever des mécanismes classiques du marché, en revanche, la production proprement dite doit relever d'un processus différent : répartition des productions en fonction des objectifs du Plan prospectif d'action et contrôle des investissements par les organismes compétents de ce plan. Ce sont ces dernières observations qui amèneront probablement les petites et moyennes Entreprises à se spécialiser et à sous-traiter des fabrications pour le compte de celles qui se seront concentrées dans un cadre professionnel ou multi-professionnel.

C'est à tous ces rôles variés et délicats que doit répondre l'Entrepreneur et qui peuvent se caractériser par l'Esprit d'Entreprise où la rentabilité est un point essentiel, sinon ce serait la faillite.

Le Travail du Salarié

Le travail industriel moderne s'effectue de plus en plus souvent sous la forme du travail en série, décomposé en un grand nombre de tâches élémentaires permettant une réduction importante des prix de revient. Très souvent il ne présente donc plus, pour le salarié, aucun intérêt intrinsèque et conduit à une fatigue nerveuse. En attendant que l'automatisation soit arrivée, dans les domaines intéressés, à un degré de développement tel que le travail manuel soit assuré par la machine, laissant à l'homme la tâche intelligente du contrôle et de la préparation, il importe de remédier à sa dépersonnalisation. Si les cent dernières années ont été celles de la machine, le siècle présent, dans sa seconde moitié, doit être celui d'une deuxième révolution où la technique intelligente contrôlera la technique aveugle et où la productivité sera telle qu'elle pourra permettre, à ce moment, mais à partir de ce moment seulement, une nouvelle réduction du temps de travail. C'est ce qui doit amener aussi la direction de l'Entreprise à faire partiper les syndicats de travailleurs à l'élaboration des nouvelles méthodes de production automatisées, dans l'industrie automobile (1)

(1) Ces méthodes dites du flux tendu ont pris naissance au Japon, mais leur application en Europe nécessite le concensus et l'appui des représentants du travail sinon toute la production automatisée des automobiles peut être arrétée trés facilement comme l'ont montré certaines grèves récentes.

C'est ce que certains appellent déjà la nouvelle Société Industrielle.

Quelle que soit finalement la forme sous laquelle s'effectuera dans quelques décennies le travail, le seul remède à sa dépersonnalisation ne peut résider que dans l'intégration affective de l'individu dans son Entreprise, grâce à un esprit d'équipe fortement développé. Et il est évident que celui-ci ne pourra être obtenu que si le travail salarié participe aussi à la marche de l'Entreprise, dans une juste mesure pour que l'homme ait une autre fonction que celle d'un robot. Ce sera, comme on l'a déjà dit, le développement de la communauté de travail qu'est l'Entreprise, et la Participation à son activité, qui pourront fournir un motif valable à cette intégration affective, grâce à l'action de cadres responsables qui assurent les indispensables contacts humains, tout en expliquant les raisons des efforts demandés

La reconnaissance du droit absolu au travail est alors essentielle, car elle est la condition initiale de l'Equité et est aussi nécessaire que le droit de propriété à la Dignité l'est à l'être humain. C'est en effet parce que le gigantisme industriel est de plus en plus fréquent et que l'activité, c'est-à-dire la vie de toute une ville ou même d'une région, risque de dépendre de l'activité d'une seule Entreprise, que ce droit au Travail est sacré, comme doit être aussi celui de posséder.

Il n'est donc ni moral, ni normal de faire dépendre le sort de milliers de salariés de l'unique gestion des seuls représentants du capital, ni de celle des seuls délégués du travail ; les pouvoirs publics doivent eux aussi avoir un droit de regard, puisqu'en cas de difficultés financières, l'Etat bien souvent ne peut se désintéresser du sort de milliers d'habitants, et est obligé quelquefois de remédier au déficit en renflouant l'Entreprise, en cas de mauvaises affaires.

Avant de suggérer une structure nouvelle pour l'Entreprise il faut encore rappeler les motifs de tension déjà signalés dans le chapitre "Syndicalisme".

Les motifs de tension dans l'Entreprise moderne

Ils ont été énoncés dans le chapitre précédent consacré au Syndicalisme et on a indiqué qu'il y avait cinq motifs permanents de tension qui avaient une grande influence sur le fonctionnement de l'Entreprise.

Avant de suggérer une structure nouvelle capable d'y remédier et pour permettre au lecteur de bien suivre le raisonnement qui y conduit, ces motifs vont être rappelés :

Les trois premiers se rapportent à la propriété des moyens matériels, les seconds à la répartition du Profit, les troisièmes à l'autorité et à la gestion de l'Entreprise.

Dans le chapitre "Syndicalisme" au sujet de la nature de l'autorité, on a indiqué que celle-ci, constituant un problème aussi important que ceux rappelés ci-dessus, devait être librement acceptée et découler de la Participation du travail à l'activité de l'Entreprise.

Une quatrième cause de tension est constituée par la rétribution du salarié pour le travail fourni. Et, puisque sa pérennité est indispensable, la notion de rentabilité est à inscrire en tête des préoccupations, non seulement de l'Entreprise mais aussi de la représentation salariale.

C'est pour ces raisons que la rétribution salariale, comme il a été déjà indiqué, doit être repensée au moyen du salaire en trois parties ; la première prendrait seulement en compte la qualification professionnelle, la seconde la productivité du travail, la troisième se rapporterait aux résultats, c'est-à-dire au Profit pris dans son sens noble de plus-value économique, étant entendu que la seconde partie et surtout la troisième seront réparties en fonction de l'activité et des capacités propres à chaque travailleur, qu'il soit manuel ou intellectuel.

Une rétribution salariale qui serait fondée sur un principe ne tenant pas compte de l'effort personnel serait sans intérêt, puisque la rentabilité du travail ne serait pas favorisée.

La hiérarchie des fonctions qui caractérise le niveau de responsabilité et de compétence constitue alors le cinquième élément important dans l'activité humaine, c'est-à-dire dans les efforts d'amélioration individuelle puis collective.

Elle est en faveur du progrès et de l'action ; aussi est-il indispensable de la maintenir, tout en évitant une stratification fonctionnelle par trop précise conduisant au corporatisme.

Conclusion

Après l'ensemble de ces observations, on peut maintenant suggérer une structure nouvelle pour l'Entreprise pour qu'elle puisse fonctionner étant entendu qu'elle ne pourra le faire correctement qu'en recevant l'appui efficace des quatre éléments suivants, tous aussi nécessaires les uns que les autres à la production des richesses.

- Le premier est constitué par l'armature matérielle, machines ou équipements de toute nature, bâtiments ou terrains nécessaires à leur implantation. Ces moyens matériels représentent le capital et celui-ci intéresse des sommes de plus en plus importantes, inaccessibles très souvent à des particuliers, aussi riches soient-ils.

- Le second représente le travail intellectuel ou manuel nécessaire aux fabrications, à l'innovation technique et au placement des produits auprès des clients, ce placement étant aussi, dans une économie d'abondance, la condition absolue de la vie de l'Entreprise et, par là, de la pérennité du travail.

- Le troisième, la direction de l'Entreprise, a pour rôle de coordonner l'action créatrice des individus pour assurer, grâce à l'Efficacité de cette action, sa vie propre et son développement.

- Le quatrième enfin, le conseil d'administration ou de gestion, a pour fonction de définir les objectifs à moyen et à long terme de l'Entreprise.

Mais si la croissance de la Société Industrielle est encore fonction de ces facteurs (matériels et débouchés), cette croissance dépend enfin et surtout du climat moral et psychologique qui règne dans l'Entreprise entre les responsables et les exécutants, c'est à dire entre salariés et employeurs à tous les échelons nécessaires à son fonctionnement.

Dans ces conditions, l'Entreprise devra s'adapter non seulement à l'évolution de plus en plus rapide des techniques mais aussi à celle de la pensée, qui en est par ailleurs une des conséquences à une époque où les choses changent plus rapidement, dans de nombreux domaines, que les idées.

Pour que la Société Industrielle adapte la structure de l'Entreprise à la pensée, il faut comme on l'a déjà dit, qu'elle fasse participer le travail à sa vie quotidienne et cette participation constituera la solide fondation de la Démocratie économique.

On va alors montrer qu'il suffit simplement de recourir à la plus vieille des Entreprises, la famille, pour aboutir à ce résultat.

6. Structures nouvelles pour l'Entreprise moderne

a) Suggestions d'ensemble

Le modèle idéalisé de la cellule familiale correspond à une Société Industrielle élémentaire disposant au départ de certains moyens matériels, en en acquérant d'autres par l'association et le travail de l'homme et de la femme au cours de leur vie commune.

La transposition du modèle familial conduit alors à transformer la notion habituelle de capital en deux parties distinctes : le capital contributif et le capital développement .

- Le premier correspond à l'actif matériel de l'Entreprise, c'est-à-dire, dans le cas de la cellule familiale de comparaison, à l'apport des biens matériels par chaque époux lors du mariage. Ce capital étant déjà amorti, il devra donc être rémunéré à un taux peu important.

- Quant au second, le capital développement, il est l'analogue ou l'image des acquis de l'association conjugale ; il devra être rémunéré à un taux plus élevé puisque les matériels et équipements correspondants ne sont pas encore amortis.

Dans une petite Entreprise où le propriétaire est aussi le dirigeant, ces deux types d'actifs matériels restent confondus ; seule la situation d'entités collectives de production est examinée ci-après.

Pour transposer le modèle de la cellule familiale à la Société Industrielle, il faut donc :

- que l'Entreprise constitue d'abord une unité matérielle et une unité morale et affective, qui ne pourra l'être, cependant, que si sa taille est modérée,

- que l'intérêt personnel, principal motif d'action valable pour le dirigeant soit conservé,

- que le travail soit payé à sa valeur productive, ce qui implique que le salarié soit aussi considéré comme un participant effectif aux résultats de l'Entreprise au même titre que le détenteur du capital, autre associé,

- que le salarié comprenne la nécessité de l'investissement par prélèvement sur le Profit, et qu'il admette aussi que ce dernier soit encore réduit au bénéfice du consommateur,

- que le développement de l'Entreprise et la mise en oeuvre des investissements matériels constituent le motif affectif de l'action, à la fois du dirigeant et de l'exécutant.

Dans le chapitre "Syndicalisme", on a indiqué que si le travail était payé à sa valeur productive, le salarié était considéré comme un des Participants à l'action de production.

Si à partir de ce moment on lui donne aussi la possibilité de transformer sa part de Profit en actions développement, telles celles qui viennent d'être imaginées ci-dessus, on lui donnera la possibilité d'acquérir progressivement une part de la propriété des moyens matériels, ce qui permettra au salarié, en devenant capitaliste, de participer affectivement et effectivement à la croissance de son Entreprise.

En étant intéressé pécuniairement par l'intermédiaire du capital développement, le salarié devenant capitaliste, comme il vient d'être dit, pourra participer en fonction du nombre de ses actions, aux votes des assemblées d'actionnaires, comme il sera indiqué plus loin. C'est cette structure nouvelle pour l'Entreprise qui est concrétisée par l'expression "Capitalisme à accession communautaire" et qui constitue en quelque sorte, une synthèse entre deux formules opposées, d'une part, libéralisme absolu où le Profit va seulement à quelques uns et, d'autre part, collectivisme forcené qui ne peut être que la négation à la fois, de la Dignité de l'individu et de l'Efficacité de l'action collective, puisque le Profit individuel est supprimé.(La révolte récente dans les pays de l'Europe de l'Est vient de le prouver puisque ces régimes n'ont même pas été capables d'assurer le minimum vital aux populations concernées.)

En permettant à l'Entreprise de répondre à un désir de plus en plus généralisé d'Equité sociale, on peut affirmer que cette structure sera à l'image de son rôle moderne dans la Société qui est de produire pour la servir, et la référence à la famille, la plus vieille des Entreprises, est bien là pour prouver le bien-fondé de ce recours. En plus, comme l'Efficacité doit être l'objectif essentiel de cette association de travail et de moyens, celle-ci ne pourra être assurée que si l'unité de direction l'est elle-même sans conteste possible et si , dans le même temps une collaboration étroite existe entre les différents participants à son action, car il est bien connu qu'on ne fait bien les choses, en ce siècle, que si l'on en connaît les raisons.

La coordination entre les moyens matériels et le travail est actuellement assurée d'une part, par le Conseil d'Administration qui représente presque toujours actuellement le seul capital et, d'autre part par la direction de l'Entreprise qui en dépend. Ces deux rôles exigent, et on peut le répéter, en dehors des connaissances techniques particulières, une connaissance profonde des hommes et une aptitude à juger qui n'a pas de domaine bien délimité, étant aussi entendu que l'intérêt individuel et la concurrence sont aussi des motifs particulièrement efficaces pour guider l'action et les initiatives des dirigeants.

La fonction de direction aujourd'hui devrait être plus facile à remplir en raison du développement de l'instruction et de l'éducation ; malheureusement, dans notre pays, la représentation salariale ne participe pas encore, à quelques exceptions près, à la vie intime de l'Entreprise.

Si l'on veut alors faciliter son Efficacité et, par là, la pérennité du travail de l'homme, par la cordialité des relations internes, il faut associer, sous certaines formes, la représentation du travail à la gestion pour que la Dignité d'entrepreneur soit aussi reconnue au salarié, car son travail ne peut plus être, de nos jours, ni excessivement dépendant, ni précaire. Mais, dans ces conditions, il faudra aussi que le Syndicalisme salarial prenne conscience de sa responsabilité et qu'il ne déclenche pas par exemple, pour un oui ou pour un non, des grèves dont les mobiles ne seraient pas strictement professionnels.

Il conviendra cependant, même avec cette structure, que le choix final des options de l'Entreprise dépende seulement de l'entrepreneur, qui doit rester le seul responsable de cette conduite et par là de l'Efficacité pour que le salarié ne fasse pas les frais d'une éventuelle incompétence. Et, pour qu'il en soit ainsi, il suffit simplement que l'Entreprise soit conduite par les représentants du Capital contributif et du capital développement dont il vient d'être question et que le capital développement ne dépasse pas les 30% du capital total pour laisser la responsabilité de la gestion au capital total, ce qui permettra, par ailleurs de ne pas bouleverser trop rapidement les habitudes.

On peut enfin indiquer que la Participation mesurée du travail au fonctionnement de l'Entreprise ne manquera pas de créer un climat favorable à l'Urbanité des relations dans l'Entreprise, ce qui constituera un nouveau facteur favorable à sa bonne marche. C'est d'ailleurs pour l'ensemble des motifs ci-dessus que l'Entreprise ne doit surtout pas recourir à l'autogestion dont il a été question dans le chapitre "Syndicalisme", car cette dernière formule ferait du salarié le responsable direct d'une gestion qui, en étant théoriquement placée sous son contrôle, conduirait obligatoirement à créer une société dure et âpre, où chacun regarderait son voisin. Dans celle-ci, le salarié, même muni d'un droit de vote, inexistant devant un pouvoir syndical idéologiquement et fortement organisé, n'aurait bientôt plus qu'à regretter le Capitalisme classique, pourtant largement dépassé, et condamné, en général justement, par certains syndicalismes salariaux.

Si l'on veut donc que dorénavant l'Entreprise soit ce qu'elle doit être, c'est-à-dire une collectivité d'action Efficace de moyens et de travail, il faut que les différents administrateurs formant le Conseil d'Administration, appelé ci-après Conseil de Gestion, soient non seulement les délégués du capital, mais aussi ceux du travail.

b) Le Conseil de Gestion

Les représentants du capital, c'est-à-dire des propriétaires des actions contributives et des actions développement, comprendront, en partie, les salariés propriétaires d'actions développement constituant la participation du travail au Conseil de Gestion. Leur nombre sera fonction de l'importance de l'Entreprise et la désignation de ces représentants sera très facile puisqu'elle dépendra seulement du nombre des actions possédées. Pour que les représentants des moyens techniques restent majoritaires dans le conseil de gestion, on suggérera qu'ils pèsent, comme il vient d'être dit, au moins 70% du total, les 30% restant étant destinés à la représentation du personnel salarié.

Si la représentation du capital contributif ou développement coule de source, en revanche celle des salariés doit s'effectuer sous une forme essentiellement différente de celle qu'on a coutume de mettre en place, dans un Etat évolué, pour exprimer les diverses nuances de la pensée politique. Au niveau du Conseil de Gestion, les discussions, en effet, sont essentiellement d'ordre économique ou financier et la compétence technique des interlocuteurs est indispensable ; ainsi faut-il que la représentation des salariés soit assurée par des hommes de valeur appartenant aux diverses organisations syndicales héritées de l'histoire. Celles-ci devront se charger elles-mêmes, en nommant leurs représentants, d'apprécier les qualités nécessaires à ces fonctions, qualités qui relèvent de l'intérêt de l'Entreprise, associé à l'intérêt général, c'est-à-dire au civisme, et il faut malheureusement reconnaître que en raison de la politisation exagérée, donc anormale, du Syndicalisme salarial dans notre pays, ce souhait risque d'être un voeu pieux, tant qu'une culture économique suffisante pour contrebattre le sectarisme politique n'aura pas été dispensée aux différents Syndicalismes.

Dans ces conditions, on peut être sûr que les contacts fréquents qui résulteront de cette formule aideront à la disparition d'un climat de méfiance qui était le résultat d'une longue période de domination du Travail. En outre, en raison de l'évolution présente des Entreprises vers une forme de concentration de plus en plus poussée qui ne peut conduire qu'à la spécialisation et à la sous-traitance de celles de plus faible dimension, il sera encore nécessaire d'adjoindre dans le Conseil de Gestion des grandes Entreprises des représentants des syndicats professionnels patronaux et salariaux et dans certains cas des délégués des services du Plan prospectif d'action et des associations de consommateurs. Pour que le Président du Conseil de Gestion soit véritablement le Président de l'Entreprise, il paraîtrait opportun que les représentants compétents des salariés puissent aussi participer à son élection.

Dans ce schéma, le Président aura un rôle de synthèse et de catalyse important à jouer et aux qualités habituelles et aux connaissances financières, économiques ou techniques nécessaires, devra là encore s'ajouter le civisme pour qu'il puisse donner à la Direction l'impulsion utile à la vie de la collectivité nationale.

c) La Direction de l'Entreprise

Elle sera nommée par le Conseil de Gestion ainsi formé et placé sous son contrôle direct.

Son rôle est de faire appliquer la politique définie par le Conseil de Gestion et si ce rôle est particulièrement délicat, il sera cependant facilité grâce à l'action constructive de responsables syndicaux persuadés de leur devoir. Mais si la représentation des salariés, au niveau de Conseil de Gestion, est nécessaire, à cet échelon, il ne peut être débattu que de questions importantes comme les grandes options et les investissements de l'Entreprise. C'est pourquoi il faut encore que le travail salarial, au niveau de la Direction, soit consulté au moyen d'un autre organisme qui pourrait s'appeler Comité de Concertation et de Participation. C'est en son sein que seront représentés, cette fois, tous les salariés par des délégués élus librement par eux dans le cadre des organisations syndicales qui, bien que trop nombreuses, ont le mérite d'exister. Le rôle de cet organisme sera alors d'attirer l'attention de la direction de l'Entreprise sur les différents problèmes qui intéressent le sort commun : logement, travail à mi-temps, travail féminin, amélioration de la productivité, etc, ensemble de questions qu'il est préférable avant tout de traiter dans l'Urbanité.

Ce rôle sera cependant plus facile, dans ce siècle de vie collective, s'il s'effectue dans un climat psychologique favorable, c'est-à-dire s'il y a cordialité des relations, information et confiance réciproque entre exécutants et responsables, pour que les premiers comprennent les motifs des efforts demandés, condition indispensable de nos jours à la bonne exécution.

d) Schéma d'organisation

Le schéma ci-dessous caractérise la structure décrite ci-dessus.

(Ce schéma est visible dans le livre page 300)

Il conviendra encore, surtout pour les Entreprises importantes, que les responsables des différents services d'exécution soient tenus au courant des résultats financiers des secteurs qui leur sont confiés pour qu'ils puissent effectivement se rendre compte de leur marche. Cette dernière suggestion s'accorde d'ailleurs fort bien avec le principe général de Décentralisation de l'action, facteur important d'Efficacité humaine. Avec le schéma ci-dessus, l'Entreprise, élément fondamental de la Société Industrielle pourra constituer une unité d'action valable de moyens et de travail, en oeuvrant au désir général d'équité et à l'avènement d'une société où les oppositions de classe ne seront plus qu'un mauvais souvenir .

Ainsi l'expression "Capitalisme à accession communautaire" pourrait répondre aux multiples problèmes posés par l'irruption dans notre espace et notre temps, d'abord de la Société Industrielle, et ensuite de la Nouvelle Société Industrielle comme certains l'appellent (1), en constituant ainsi le symbole de l'activité moderne.

(1) Voir à ce sujet : "Principes et Perspectives pour la Société Moderne" et "Syndicalisme" - Conclusion.

Ce sont ces réflexions qui conduisent à examiner succinctement les modalités pratiques de cette indispensable collaboration.

7. Participation du Travail au Profit de l'Entreprise

a) Généralités

Les ressources de l'Entreprise, qui proviennent de la vente des produits, servent à payer les salaires de fabrication ou d'études, les matières premières à transformer, la consommation d'énergie, les frais d'administration et de bureau, les taxes et les impôts, les frais financiers (amortissement des emprunts) etc ; le solde ou Profit sert actuellement à rémunérer les seuls actionnaires ou à renforcer les moyens de production par utilisation d'une partie de ce Profit avec l'autofinancement .

L'accès du travail salarial à la propriété des moyens matériels, permis par l'utilisation partielle des bénéfices, est donc moralement justifié et serait psychologiquement favorable au fonctionnement de l'Entreprise, puisque le salarié se verrait associé plus intimement à celui-ci. Mais cette répartition doit tenir compte de nombreuses données d'ordre économique et des risques respectifs du capital et du travail.

b) Données économiques

C'est ainsi que certaines Entreprises ont, par exemple, de très faibles marges bénéficiaires, notamment dans celles où la proportion de main-d'oeuvre est prépondérante. Ces dernières doivent alors recourir à l'emprunt ou aux augmentations de capital pour se procurer les moyens financiers nécessaires à leurs investissements, car l'importance de ceux-ci dépasse souvent et de très loin les possibilités permises par le seul emploi d'une partie des bénéfices, qui doivent aussi couvrir l'amortissement. Si une partie de l'autofinancement obtenu par utilisation partielle des bénéfices était attribuée au travail dans ce genre d'Entreprise, bien souvent le capital contributif verrait sa part réduite à peu de choses et il en résulterait obligatoirement des difficultés pour que l'Entreprise trouve des ressources financières suffisantes, par l'emprunt ou par l'augmentation de capital.

La suite logique ne pourrait en être finalement qu'une réduction des investissements qui ne manquerait pas de se répercuter ultérieurement sur le niveau des salaires et sur les conditions de l'emploi. On peut encore noter que si l'accroissement de la valeur des Entreprises, par utilisation partielle des bénéfices, était attribué directement au travail salarial, cette mesure, en plus des inconvénients signalés ci-dessus, ne serait pas non plus équitable. En effet, dans le cas d'Entreprises en stagnation ou en régression, les salariés ne bénéficieraient jamais d'aucune amélioration.

L'attribution des actions développement à un organisme national d'épargne et d'équipement, qui permettrait théoriquement de répartir cette part du Profit sur l'ensemble des salariés et non pas de la réserver à des salariés privilégiés, pourrait constituer un moyen de remédier à cette iniquité. Mais celui-ci conduirait à des frais de fonctionnement considérables puisqu'un tel organisme, devant être étendu à l'ensemble de la Nation, engloutirait dans ses frais de fonctionnement une part importante de ce Profit, sans bénéfice pour le travail, et cette solution ne peut donc être retenue.

c) Risques relatifs au travail et au capital

Quant aux risques relatifs au capital et au travail, en cas de mauvaises affaires, on doit dire que les conséquences humaines sont plus importantes pour le salarié. Sans doute, les actionnaires voient-ils leurs avoirs souvent réduits dans une grande proportion, mais les salariés sont réduits au chômage avec toutes les difficultés de reconversion que comporte souvent cette situation. Cet examen succinct montre qu'il faut rechercher d'autres formules permettant d'adapter le souhait d'une participation du travail au Profit, à la situation économique et financière extrêmement variable des Entreprises.

d) Conditions nécessaires à une saine répartition du Profit

ll faut d'abord que les responsables de l'Entreprise et du Syndicalisme salarial prennent conscience que l'avenir est conditionné, non pas par des dépenses somptuaires ou des rétributions exagérées du personnel dirigeant qui se rapportent au présent immédiat, mais par l'investissement, qui conditionne le futur. Pour qu'il en soit ainsi, il faut que ces différents responsables comprennent que le devoir d'investissement est la conséquence du devoir de développement et que celui d'épargne est aussi la condition de l'amortissement.

Il est donc particulièrement utile que les différents Syndicalismes patronaux ou salariaux mettent leur pouvoir de persuasion au service de l'épargne, c'est-à-dire de l'investissement, en luttant non seulement contre une consommation inutile, mais aussi contre une détérioration trop sensible du pouvoir d'achat de la monnaie, qui obère le réemploi constructif et systématique du Profit, c'est-à-dire des plus-values économiques créées par le travail. Si la représentation salariale participe à la fixation des grandes options de l'Entreprise, au niveau du Conseil de Gestion, et mieux encore au niveau de la profession, on peut être sûr que la détermination du niveau d'autofinancement sera plus aisée, en raison du climat de confiance qui pourra exister du fait de cette participation.

Informer le salarié est en effet le meilleur moyen de l'intéresser ; ses critiques mêmes peuvent être constructives et conduire à une amélioration des résultats puisque pertes et profits ont des conséquences considérables sur son activité, c'est-à-dire sur l'emploi et sur le niveau des salaires qui intéressent directement le salarié.

8. Répartition du Profit entre les facteurs de Production

a) Part du Capital

Compte tenu des diverses idées ci-dessus, il est déjà normal, si la référence à la famille est acceptée comme base de départ d'une Société Industrielle équitable, de rémunérer les actions contributives qui sont analogues aux biens matériels apportés par chacun des époux lors de leur mariage.

Les équipements correspondants au capital contributif étant amortis, la rémunération de ce dernier, pour être équitable, devrait être voisine d'un taux de trois ou quatre pour cent augmenté d'un pourcentage égal au taux d'inflation pour que ce capital conserve sa valeur en francs courants et pour ne pas constituer une rente de situation pour les propriétaires de moyens amortis. Une fois que ce capital contributif est rétribué, le solde du Profit de l'Entreprise doit être réparti entre l'investissement, que caractérise le capital développement, et le travail.

b) Part des Investissements (capital développement)

La part consacrée à l'investissement par autofinancement est fixée par le Conseil de Gestion auquel participeront à la fois la représentation salariale et le nouvel Ordre de commissaires aux comptes suggéré au chapitre consacré au Syndicalisme. Pour déterminer son montant, il faut tenir compte non seulement des moyennes d'investissements consacrés par des Entreprises similaires, mais aussi de sa structure propre, de la nature de ses matériels, de leur longévité compte tenu du progrès technique, etc. Comme le Syndicalisme salarial participe, la détermination du montant des sommes affectées aux besoins d'investissements sera probablement plus facile, car il saura reconnaître où réside son intérêt, qui est conforme à celui de l'Entreprise et même confondu avec lui.

Le capital développement devra être alors réparti non seulement entre les propriétaires des actions contributives, mais aussi entre les salariés de l'Entreprise. Le capital développement devra être lui aussi rémunéré, mais cette fois à un taux plus important que celui du capital contributif, puisque les équipements correspondants ne sont pas encore amortis par la vente des produits. Ce taux devrait être voisin, d'ailleurs, du taux du rendement des investissements effectués. En général, cependant, il sera égal au loyer de l'argent disponible sur le marché financier, pour ne pas contribuer à l'inflation.

c) Part du Travail

La troisième partie disponible dans le Profit (après rémunération du capital contributif et détermination des sommes affectées au financement des investissements) doit être attribuée au travail, pour régler annuellement aux salariés une prime des résultats, c'est-à-dire une prime personnalisée d'Efficacité et de productivité suivant les modalités qui ont été précisées dans le chapitre consacré au Syndicalisme, prime qui achèverait de payer le travail à sa valeur productive. La part à affecter au travail salarial sera délicate à définir, en raison non seulement de l'influence de l'intérêt personnel sur le comportement des hommes, mais aussi des caractéristiques économiques et financières des Entreprises rappelées ci-dessus et qui sont fort variables. Si la Société économique moderne intéresse affectivement et effectivement le travail à la marche de l'Entreprise et lui fait prendre conscience de sa responsabilité importante dans son fonctionnement, à partir de ce moment, l'association indispensable entre les moyens matériels et le travail ne sera plus une vue de l'esprit et la prime de résultats attribuée au travail sera fixée alors facilement.

La participation effective du salarié à la marche de l'Entreprise sera assurée par cette dernière prime, mais pour qu'il soit maintenant intégré affectivement à son fonctionnement, il faut que celle-ci, s'il le désire, puisse lui être réglée sous la forme d'actions développement, non cessibles immédiatement, et portant intérêt, étant entendu qu'il serait souhaitable que ce règlement soit exempté d'impôts (qui ont déjà été prélevés tout au moins partiellement) pour que le salarié soit incité à adopter cette solution. Il est donc particulièrement souhaitable que le Syndicalisme salarial favorise ce mode de règlement qui facilite la trésorerie des Entreprises, tout en permettant l'accès des salariés à la propriété des moyens matériels.

Si ceux-ci cependant ne désirent pas être intéressés à la propriété de l'Entreprise pour des motifs personnels, qui relèvent de la Dignité, c'est-à-dire de leur liberté, leur part d'actions développement devra pouvoir être cédée si le salarié le désire mais dans ce cas l'imposition fiscale devra être, elle aussi, appliquée.

Quant au cas des fonctionnaires, il peut relever d'une procédure voisine pour le règlement de la partie du salaire liée à l'accroissement de la productivité nationale, et l'Etat devra attribuer à ces employés soit des titres de rente, soit des actions de sociétés financières dont il a le contrôle.

Le souhait de non cessibilité immédiate des actions développement, pour les salariés, ou des titres correspondants pour les fonctionnaires est justifié par le principe d'Efficacité qui conduit à favoriser l'épargne au détriment de la consommation immédiate. Ce sera donc un nouveau devoir du Syndicalisme salarial de mettre son très important pouvoir de persuasion au service du devoir d'épargne, puisque celle-ci est le gage du bien-être et de la promotion sociale. La fixation de la part du salaire liée aux résultats de l'Entreprise est sans doute difficile, mais si tous les responsables de la Société moderne consentent à appliquer simplement les principes rappelés, il est probable qu'elle pourra s'effectuer sans heurts violents et que les actions développement pourront même faciliter ou même constituer, dans certain cas, des augmentations salariales, qui, par ailleurs avec ce système, ne seront pas génératrices d'inflation.

Les moyens honnêtes proposés ci-dessus pour rétribuer le travail de l'homme et faciliter son accès à la propriété des moyens techniques doivent entraîner l'adhésion sans arrière-pensées du Syndicalisme salarial puisque seul le travail est créateur de richesses, et les idées ci-dessus doivent aider à mettre sur pied un nouveau statut de l'Entreprise.Très largement diffusées, les actions contributives et développement constitueront, pour le public et les salariés, l'indispensable motif de l'intéressement matériel et un placement de leurs disponibilités, facilitant l'investissement, gage du progrès social.

Si, dans le même temps, l'Entreprise est bien gérée, que le pouvoir d'achat de la monnaie conserve une valeur aussi stable que possible, le rendement des actions contributives fixé à 3 ou 4% et celui des actions développement à une valeur légèrement supérieure seront suffisants et l'Entreprise pourra trouver sans difficulté les ressources monétaires nécessaires à sa modernisation, tout en supportant facilement les charges financières correspondantes. Les pouvoirs publics devront adapter ces idées à la nature ou à la taille des Entreprises et préciser la structure des différents organismes indispensables et la façon pratique de diffuser ces nouvelles actions contributives ou développement.

Il paraît indispensable que l'expérience puisse être tentée et que l'immense travail nécessaire s'effectue dans l'Urbanité puisque c'est de cette, façon seulement, que la Société Industrielle pourra être accordée à l'évolution de la pensée et des faits.

9. Que demande encore la Société Industrielle ?

Dans ce qui suit, on va examiner successivement les points principaux suivants qui se rapportent d'abord au travail, à l'énergie, aux transports et communications, aux transports aériens, aux télécommunications, aux matières premières, aux moyens financiers et à la fiscalité, aux problèmes des débouchés ; ensuite, on évoquera les conséquences du développement industriel, car c'est de cet ensemble que dépend, aujourd'hui, l'avenir de la Société Industrielle.

On peut déjà observer que l'économie générale exige pour notre pays :

- l'action réfléchie des compétents,

- le dynamisme de la population et surtout de ses élites,

- l'adaptation permanente de la formation des hommes aux besoins de l'activité économique,

- la participation mesurée du travail salarial, qui devra aussi revêtir un caractère affectif afin d'assurer à cette participation un certain enthousiasme réfléchi pour qu'elle soit valable et qu'elle se réfère surtout à des perspectives de croissance.

Cette dernière politique pour réussir devra encore s'appuyer sur une épargne publique importante qui ne se dérobe pas, ce qui implique que l'Etat gère correctement l'économie et refuse le gaspillage des deniers publics, bonne façon de maintenir aussi constant que possible le pouvoir d'achat de la monnaie. En plus de ces nécessités, il ne faudra pas trop fonder la croissance industrielle sur le commerce extérieur, puisque tous les pays industriels font de même, et que la conclusion ne pourrait être qu'une concurrence acharnée qui risquerait d'anéantir les capacités de production des secteurs concernés. Il paraît donc raisonnable et préférable d'appuyer l'activité industrielle sur une consommation intérieure élevée et d'orienter les exportations dans les domaines de la haute technologie dans les secteurs où notre supériorité s'impose sans contredit.

a) Problèmes liés au travail

Travail et emploi

On peut simplement remarquer que, le travail étant à l'origine de toute création de richesse, il convient déjà de revaloriser le travail manuel sans lequel les plus belles créations de l'esprit resteraient lettre morte. En effet, si une collectivité quelconque veut améliorer son sort, il faut qu'elle fournisse beaucoup de travail rentable, c'est-à-dire bien organisé, pour qu'il soit Efficace. Dans le cas de notre collectivité nationale, après la longue période de semi léthargie due aux luttes partisanes et inutiles de la fin du siècle passé ou du début du siècle présent et surtout aux deux conflagrations générales que nous avons subies et dont la première nous a marqué cruellement, avec plus de un million et demi de morts et la disparition au combat d'une grande partie de nos élites, que notre Etat n'a pas épargnées, car il pense plus souvent au présent et à l'égalité stupide qu'à l'avenir, on peut affirmer sans risquer le démenti que nous avons encore besoin de travail, et surtout de travail utile. Il nous faut donc beaucoup d'organisation et de rentabilité, même si cela paraît actuellement en contradiction avec la situation de sous-emploi qui s'est manifestée au cours des années 1974 à 1992.

Nous devons en effet améliorer encore le sort d'une partie importante de notre population, assurer l'emploi de près de vingt-six millions d'actifs dans vingt ans, alors qu'il y en a vingt-deux actuellement, c'est-à-dire qu'il faudra donner une occupation à quatre millions de personnes supplémentaires, et probablement aussi répondre aux nécessités de l'Indépendance Nationale, c'est-à-dire de notre Dignité, sans oublier de satisfaire aux besoins matériels et moraux des générations actives précédentes et aussi à certains besoins essentiels des peuples déshérités de notre globe.

Devant une telle masse de travail à accomplir, il paraît anormal de réduire dès maintenant la durée du travail, car l'ampleur des tâches que nos générations doivent encore réaliser découle simplement d'une logique simple et d'une morale élémentaire. L'ampleur de cette tâche implique nécessairement un choix, qui en dernière analyse se révèle d'ordre politique et qui devra être fait par le pouvoir exécutif, sensé représenter les intérêts supérieurs de notre peuple, étant entendu cependant que les différentes variantes possibles auront fait l'objet d'une étude comparative détaillée, rendue possible par l'existence d'un Plan prospectif d'action.

Ces généralités posées, il convient maintenant, toujours pour rester dans le cadre pragmatique de cet essai, de tenir compte des dernières données du travail, en raison des situations de sous-emploi que connaît actuellement le monde développé et d'examiner objectivement d'abord le problème de la durée du travail et ensuite celui du chômage.

La durée du travail

Si la grande majorité de la population veut obtenir, dans des délais relativement rapprochés, un niveau de vie suffisamment élevé, il faut d'abord, en raison surtout du volume des besoins collectifs encore insuffisamment satisfaits (autoroutes, production d'énergie, logement, prévoyance, systèmes de communications divers, etc), qu'elle admette l'importance des tâches encore à accomplir ; il est donc encore prématuré, voire imprudent, de réduire dès maintenant la durée réelle du travail.

D'un autre point de vue, on doit en plus observer que tant que la demande de produits fabriqués ou de services fera pression sur l'offre, une diminution sensible de la durée du travail effectif ne pourrait aussi qu'entraîner une hausse des prix et par là renforcer la tendance inflationniste en repoussant d'autant la mise sur pied d'une économie saine et équilibrée et le passage progressif de l'économie actuelle à une autre conception économiquement valable, où l'emploi massif de l'automatisation permettra, dans une certaine mesure, de remplacer, tout au moins dans certains secteurs, les tâches manuelles par un travail de contrôle de durée peut-être plus réduite.

La réduction de la durée du travail entraîne aussi une réduction importante des salaires versés, sauf si ces derniers pouvaient être améliorés, ce qui pose déjà le problème de la rentabilité du travail car si celle-ci n'est pas atteinte, l'employeur serait amené à supprimer un personnel qu'il ne pourrait plus payer. Une telle situation entraînerait en même temps une sous-consommation, si bien que le manque d'achats amènerait, en même temps, un nouveau recul de la production sans oublier une nouvelle progression du chômage.

C'est alors ce qui amène à évoquer, à propos du chômage, le travail féminin et celui des étrangers, puis ensuite la qualité et la formation de la main d'oeuvre.

Le chômage

Dans notre société, il est malheureusement inévitable que certains se trouvent sans emploi. La collectivité prend à sa charge le coût de cette aide économique ; peut-être est-il préférable de maintenir cette forme d'aide, plutôt que de vouloir à tout prix faire survivre des emplois peu rentables. Jusqu'à présent, quand une situation de ce genre se présentait, les vieilles idées malthusiennes réapparaissaient, réduction de la durée du travail, partage du travail, mises à la retraite prématurées, et les tenants de ces idées pensaient que ces mesures pourraient donner du travail à ceux qui n'en avaient plus.

Malheureusement, ce raisonnement est erroné.

D'abord la diminution du temps de travail n'améliore pas la formation d'actifs qui ne seraient pas adaptés à des métiers susceptibles d'accueillir ces chômeurs. Quant aux mises à la retraite prématurées, elles ne pourront amener qu'un important déficit financier des organismes chargés d'assurer le règlement de ces retraites, en raison de leur accroissement subit. Il paraît donc utile déjà de ne pas avancer l'âge de la retraite quand les conditions physiques des individus le permettent et de faciliter même l'emploi de ces retraités dans des postes ne nécessitant pas d'efforts physiques, pour qu'ils puissent continuer à verser des cotisations de prévoyance.

Il faut que nos responsables économiques, et particulièrement ceux des syndicalismes patronaux et salariaux, soient d'abord persuadés que toute orientation défectueuse dans la formation professionnelle handicapera toute l'activité future de la Société Industrielle et il semble que notre pays à l'inverse de nos voisins Allemands se soit trompé dans ses choix en n'accordant pas à notre jeunesse une formation professionnelle suffisante. Il est impossible en effet d'obliger une Entreprise à vendre à perte et c'est cette brutale nécessité économique qui doit conduire à la liberté des prix de vente et malheureusement aussi à celle des licenciements, puisque, par ailleurs, le coût du chômage est supporté par la collectivité (1).

(1) Obliger l'Entreprise à conserver son personnel revient à la condamner et à aggraver le chômage en la poussant à la faillite.

Certains attribuent aussi à l'amélioration de la productivité une des causes de chômage, ce raisonnement cependant a été longtemps contredit par l'expérience puisque l'Allemagne par exemple a pu réintroduire dans son circuit économique près de 7 millions de réfugiés et que nous-mêmes avons fait la même chose pour le million de nos compatriotes rapatriés d'Algérie. Dans une situation de sous-emploi, il paraît plus intéressant de favoriser l'investissement productif en le détaxant, puisqu'il est à la source d'une meilleure production, puis de pratiquer une large politique de reconversion professionnelle et enfin de ne pas trop réduire la consommation et le pouvoir d'achat. En effet, si l'investissement et la consommation en période de plein-emploi sont concurrents, en période de sous-emploi, ils sont complémentaires, car c'est le maintien d'une consommation suffisante qui peut relancer l'investissement pour satisfaire une demande soutenue. Mais il faudrait surtout, pour lutter efficacement cotre le sous-emploi, favoriser l'esprit d'entreprise de nos jeunes concitoyens, grâce à la création de nombreuses petites Entreprises, bien réparties, dans le territoire national, créations facilitées par un crédit rendu attrayant par les pouvoirs publics, car elles seules seront capables d'améliorer l'emploi et de réduire le chômage.

La création de ces petites Entreprises pourrait s'inspirer, par exemple, des solutions qui seront décrites dans le chapitre "Problèmes Agricoles" au sujet de la valorisation des produits de la ferme, par l'agriculture intégrée.

Etant donné enfin le niveau général auquel est parvenu l'ensemble de la population des pays modernes, il faudra porter les efforts sur la production de produits très élaborés qui impliqueront une formation technique bien adaptée.

Le travail féminin

Pour notre pays, aujourd'hui, cette question est d'une importance capitale en raison de sa situation démographique, et l'influence de ce facteur à déjà été précisée dans les chapitres "Population" et "Education et Instruction". Ici, on se contentera d'indiquer qu'aujourd'hui, sous réserve des précautions déjà énoncées dans ces deux chapitres, le recrutement de la main-d'oeuvre féminine doit être facilité. En effet, avec l'accès généralisé à l'enseignement, nos compagnes sont tout aussi capables que les hommes de remplir des fonctions à responsabilité. En cas de récession économique, le travail féminin risque de poser le redoutable problème de la concurrence avec le travail de l'homme, sans oublier non plus les rôles d'épouse et de mère. Compte tenu de ces dernières observations, il paraît que ce travail féminin devra être organisé avec précaution et en fonction des installations collectives de remplacement pour la garde des jeunes enfants qui pourront être mises en place.

C'est pour ces dernières raisons, et comme on l'a déjà dit précédemment, que la vraie solution sera pour la grande majorité des femmes le travail à mi-temps, plus compatible avec la fonction familiale, puisqu'il évite en partie la fameuse double journée bien connue des mères qui travaillent, ou une aide familiale qui ne serait pas considérée par les pouvoirs publics et nos politiciens comme un signe de richesse, mais comme une nécessité et détaxée de ce fait.

Le travail féminin pose à notre pays des sérieuses questions, car si notre pays veut poursuivre son rajeunissement, il sera indispensable que le problème de l'aide familiale soit résolu autrement que par les discours démagogiques habituels de nos partis politiques.Si ce pays arrive à résoudre ces difficiles et affectives questions par une bonne organisation, il en retirera à plus long terme d'autres avantages et la femme pourra lui rendre les facilités qu'il lui a récemment procurées pour l'instruction et l'éducation reçue et qui lui ont permis de développer sa personnalité en devenant, depuis la fin de la Seconde Guerre dans tous les pays de l'Occident, vraiment l'égale de l'homme.

Le travail des étrangers

Actuellement indispensable, en raison du refus de plus en plus généralisé des travaux manuels élémentaires et peu enrichissants par toute la main-d'oeuvre continentale, il devra cependant être strictement réglementé pour ne pas faire de ces travailleurs étrangers des exploités et surtout pour ne pas faire apparaître, si ce pourcentage était trop élevé, le racisme, qui était encore inconnu dans notre pays il y a quelques décennies et que nous devons tout faire pour l'éviter.

Dans une économie active, nos travailleurs nationaux n'auront pas à craindre le sous-emploi, mais il conviendra aussi que les possibilités matérielles d'accueil, en particulier dans le domaine du logement, précédent, si le besoin s'en fait sentir, l'arrivée de ces travailleurs étrangers. Si ceux-ci étaient originaires de pays européens voisins, ce sera en plus l'intérêt bien compris de notre collectivité qu'ils participent eux aussi à l'indispensable renouvellement démographique de ce pays et à l'immense effort collectif nécessaire au progrès.

Dans ces conditions, ils pourront s'intégrer complètement à notre pays avec leurs enfants, comme ce fut le cas déjà après la Première Guerre mondiale avec les travailleurs originaires d'Italie ou de Pologne et qui font maintenant de bons Français.

Quant aux travailleurs immigrés d'origine non européenne, ce problème délicat a déjà été examiné dans le chapitre "Population" et le sera à nouveau dans celui consacré plus loin aux Relations Internationales en raison de leur appartenance religieuse à l'Islam, non pas du fait de la religion musulmane en tant que religion, mais parce que celle-ci risque rapidement de devenir intégriste, avec la Guerre Sainte, et qu'elle déplaît, de ce fait, fortement à la majorité de notre population (en raison des divers attentats du nationalisme Arabe et de l'intégrisme musulman qui l'accompagne souvent, et l'exemple du Liban est bien là pour conforter ce raisonnement) .

Qualité et formation de la main-d'oeuvre

Après le nombre, il faut penser avec la même énergie à la qualité et prendre les mesures indispensables pour améliorer le niveau professionnel des individus.

C'est aux élites responsables de toutes les organisations collectives nécessaires de le résoudre : Education nationale, Armée, Entreprises publiques ou privées, Organisations professionnelles et syndicales, etc, en permettant ou en facilitant l'acquisition ou l'amélioration des connaissances techniques et pratiques. Dans le cas de certains secteurs en évolution technique rapide (par exemple électronique, traitement de l'information, etc). Ce sera même aux Entreprises correspondantes de faciliter la tâche de l'Education Nationale comme cela s'est fait d'ailleurs, au début des applications de ces nouvelles disciplines

Dans le même temps, il faudra aussi connaître les besoins approximatifs du marché du travail dans les différents secteurs économiques pour orienter, en conséquence, la formation des individus. Un tel objectif ne pourra être réalisé que s'il découle d'un Plan prospectif d'action bien conçu pour permettre d'accorder, autant que faire se peut, la formation professionnelle aux besoins effectifs (mais supposés) de l'économie générale, puisque chacun a besoin de gagner sa vie.

C'est cette banalité qui pose la question de la direction à choisir dans la formation de la main-d'oeuvre :

- doit-elle être libérale et laissée au libre choix de chacun ou être autoritaire ?

Dans l'esprit de cet essai, la réponse est assez simple : elle ne peut être qu'orientée pour ne pas conduire au chômage dans certains domaines.

A ce sujet, on peut signaler que, bien que tardif, l'appel de notre jeunesse dans les services de la Défense de la Nation constitue en lui-même un cadre intéressant pour son orientation dans le choix d'un métier. Si les possibilités extraordinaires des machines employées de nos jours dans le traitement de l'information sont déjà utilisées pour l'affectation dans les différentes armes, il convient de mettre, si ce n'est déjà fait, les organisations correspondantes à la disposition de l'orientation professionnelle de la jeunesse.

Conclusion partielle

Actuellement, diverses propositions de réduction de la durée du travail sont formulées, soit pour des motifs de ralentissement de l'activité économique, soit pour des raisons qui se rapportent au confort personnel et à la facilité de la vie.

Sans nier l'intérêt psychologique des seconds motifs dans une collectivité évoluée et prospère, on peut cependant affirmer qu'ils risquent d'aller, actuellement et pendant encore un certain nombre d'années, à l'encontre de l'intérêt bien compris de notre peuple dont le développement sera retardé d'autant et qu'il nous faut, en conséquence, encore attendre que la productivité se soit encore améliorée pour réduire le temps effectif de travail.

b) Problèmes liés à l'énergie

Importance actuelle

Une économie industrielle techniquement évoluée doit disposer, en permanence, d'une énergie abondante et à des coûts raisonnables car cette énergie est de nos jours le gage de la prospérité et de l'Indépendance d'une Nation. Si la guerre entre des Nations modernes devient de plus en plus inconcevable du fait des techniques de destruction massive, le manque d'énergie la rendrait difficilement possible, du moins sous ses formes classiques, car la vie de tous, aujourd'hui, et en particulier celle des Européens, en découle, à moins qu'elle ne devienne un motif de conflit si les détenteurs des énergies de base venaient à créer artificiellement une pénurie sensible.

Au sujet de l'utilisation de l'énergie on peut aussi noter que, en plus des impératifs de sécurité, les différentes sources sont concurrentes entre elles, tant au point de vue des prix que des souplesses d'utilisation. Les problèmes de fourniture sont alors d'autant plus complexes que le pétrole qui nous vient de l'extérieur et ses dérivés donnent lieu à des compétitions d'intérêts liés soit à des économies étrangères, soit à des préoccupations particulières pouvant être opposées non seulement à notre pays, mais aussi à toute l'Europe.

Il se trouve malheureusement que seul le tiers, ou même moins, des ressources internes en charbon des pays européens est compétitif et que les ressources naturelles de ces pays en pétrole sont encore peu importantes vis-à-vis de besoins rendus considérables par des facilités d'emploi remarquables. Comme ces deux produits charbon et pétrole mais surtout pétrole constituent actuellement l'irremplaçable source d'énergie de base, tous ces pays doivent en importer des quantités très importantes, et la rente de situation ainsi créée pour les différents fournisseurs risque d'être abusive, en constituant même, en ce qui concerne le pétrole, de sérieux motifs de crainte pour les responsables européens de l'activité économique, motifs qui pourraient être à l'origine d'affrontements violents entre pays consommateurs et pays producteurs.

Ce sont ces constations élémentaires qui montrent aux pays de l'Europe occidentale que le moment est venu d'aborder le problème de l'énergie sans détours, en abandonnant rapidement un égoïsme national et un comportement qui ne sont plus de mise à l'époque de la Société Industrielle.

L'Europe et l'Energie

L'importance capitale de l'énergie dans l'Economie moderne amène à penser que, en raison de pressions de plus en plus insupportables, pressions qui sont incompatibles avec la Dignité de chacun des pays qui constituent cette Europe, et dont le racisme n'est pas absent, il est nécessaire et même indispensable que tous nos pays cessent d'abord un gaspillage insensé et adoptent également une politique communautaire de l'énergie.

Sans doute et comme on l'a dit déjà plus haut, l'Europe, pendant très longtemps a tiré profit de richesses importées de pays qu'elle avait colonisés, mais aujourd'hui, chacun veut profiter, grâce aux idées d'équité et d'indépendance développées presque uniquement en Occident, des biens que dame Nature a disposés dans son espace et on va examiner le cas des différentes sources d'énergie.

Le Pétrole

Dès l'abord on peut observer que ce sont les connaissances scientifiques et techniques des Occidentaux qui ont permis de mettre au point des matériels puissants et diversifiés qui ont donné la possibilité de tirer du sous-sol de certaines contrées des quantités considérables d'un pétrole qui joue aujourd'hui un rôle majeur dans l'expansion industrielle, en raison de ses facilités d'emploi. Pendant très longtemps, ces pays ont tiré, par exemple de contrées intériorisées et souvent incultes, arriérées et désertiques, des Profits considérables qui ne laissaient aux pays producteurs qu'une part très insuffisante puisque ces Etats étaient incapables de tirer parti eux-mêmes de cette manne enfouie dans le tréfonds de leur sol. On voyait alors dans ces pays la richesse la plus apparente, pour ne pas dire la plus insolente, côtoyer la misère la plus sordide en raison de structures moyenâgeuses.

Pendant de nombreuses décennies, les pays de l'Occident ont profité de cette situation, mais aujourd'hui, épuisés par leurs querelles et par deux guerres planétaires, les voilà soumis au bon vouloir des producteurs, n'ayant pensé qu'à court terme. Ainsi, ils ont trop rapidement réduit une production charbonnière qui, bien que difficile, les mettait à l'abri du besoin et ils ont cru, naïvement, que les pays qu'ils avaient émancipés n'abuseraient pas, à leur tour, de la situation de monopole que la nature leur avait octroyée.

Malheureusement, les hommes sont comme ils sont, soumis aux "Volontés de Puissance et de Domination", et ces peuples libérés, souvent d'un faible joug, n'ont pas manqué et ne manquent pas de tirer parti de la situation de dépendance dans laquelle tous les peuples occidentaux de l'Europe et même d'Amérique se sont mis eux-mêmes. S'il est normal et moral que les pays producteurs profitent équitablement de ces fortunes, c'est maintenant le simple bon sens qui doit amener ces derniers à ne faire payer à l'Europe industrielle, qu'un prix qui n'empêche pas son activité. La sécurité énergétique de notre continent est alors à placer en tête des préoccupations de nos pouvoirs politiques.

Une attitude contraire tendrait à faire passer les vieux pays de l'Europe occidentale sous les fourches caudines des pays arabes exportateurs, ce qui ne serait pas sans causer ultérieurement à ceux-ci d'autres dommages.

On peut d'ailleurs observer, à ce sujet, que si les pays Occidentaux arrivaient, par des recherches poussées et coordonnées, à mettre sur pied des produits capables de remplacer le Pétrole pour les transports, par exemple en utilisant l'hydrogène, excellent combustible dont la combustion donne de l'eau et n'est donc pas polluante, la suprématie raciste des producteurs du Moyen-Orient aurait vécu et tous les pays modernes doivent donc conjuguer leurs efforts pour aboutir à un résultat de ce genre .

Pour essayer de suggérer une formule permettant d'aboutir à un prix raisonnable et équitable du pétrole, on peut déjà signaler que, dans notre pays, quand un individu quelconque trouve un trésor enfoui dans le sol, la découverte lui appartient pour moitié seulement, l'autre moitié allant à l'Etat. Pourquoi ne pas appliquer une méthode de ce genre et mieux encore pourquoi ne pas adapter la structure suggérée pour l'Entreprise fondée sur un "Capitalisme à accession communautaire" à la situation actuelle, car il semble qu'elle permettrait de régler équitablement aux pays producteurs des richesses que d'autres ont trouvées et mises en valeur alors qu'elles étaient inconnues et inexploitées il y a seulement quelques décennies.

Il serait alors très intelligent que les élites de ces pays, qui ont appris sur les bancs des écoles des pays occidentaux les connaissances économiques et humaines qui leur permettent aujourd'hui de ne plus subir des effets de "Volontés de Puissance et de Domination" périmées, soient conscientes, au même titre que celles des pays consommateurs, que la politique dite des canonnières (1) est, elle aussi, définitivement passée.

(1 ) Point de départ d'un incident Franco-Allemand à Agadir en 1911.

C'est ainsi qu'une augmentation trop sensible du prix du pétrole brut, aurait des conséquences incalculables à de nombreux points de vue, d'abord en accélérant la recherche du précieux liquide dans des régions politiquement sûres ou dans le domaine maritime (2) puis en s'efforçant de réduire au maximum les consommations, par exemple par une meilleure isolation qui ne manquera pas d'avoir rapidement une influence marquée sur la consommation, comme cela a déjà été constaté.

(2) On pourrait même suggérer que les ressources de pétrole découvertes dans la décennie passée dans la mer du Nord, mer essentiellement européenne, soient le symbole d'une Europe affective et communautaire.

En rendant encore une cert