3e partie : Les Rapports de l'Humanisme et de la Vie Economique

II. Les Problèmes Industriels

1. Quelques Vérités d'évidence

C'est une première vérité d'évidence de dire que l'amélioration du sort matériel des membres d'une collectivité dépend dès l'origine du volume des richesses produites par la Société Industrielle et par l'action créatrice de l'homme.

C'est une seconde vérité d'évidence de constater que l'action créatrice sera encore plus Efficace si l'homme reçoit la juste récompense de l'effort qui lui a été demandé, si on fait appel à son initiative personnelle qui est fonction, elle, en grande partie qu'on le veuille ou non, de l'intérêt personnel et seulement de celui-ci, c'est-à-dire du gain qu'il retire de son activité (1).

(1) La peur est aussi capable de faire marcher l'homme. C'est d'ailleurs sur la crainte que s'appuient les responsables chargés de faire fonctionner les économies collectivistes.

C'est une troisième vérité d'évidence de constater que l'action créatrice doit être rentable et qu'au minimum d'efforts doit correspondre le maximum de résultats. Pour qu'il en soit ainsi, il faut maintenir en permanence le niveau technique des matériels, ce qui entraîne leur remplacement fréquent. Alors qu'il y a seulement un demi-siècle le vieillissement technique (ou obsolescence) des moyens matériels était très lent, les fruits des moyens de production permettaient de les entretenir et de les remplacer, au bout d'un temps relativement long, tout en laissant à leur propriétaire un certain revenu. Aujourd'hui, le problème est inversé, la machine perd sa valeur, non par usure, ni même par son vieillissement propre, mais uniquement parce qu'elle n'est plus au niveau du progrès technique. De ce fait, elle n'est plus un moyen de production bien avant son amortissement normal. L'obsolescence ainsi constatée se rapporte aussi bien à la moissonneuse batteuse de l'agriculteur qu'à l'avion à réaction du transporteur aérien ou qu'au magasin du détaillant. Elle est variable suivant les matériels.

C'est également une quatrième vérité d'évidence d'affirmer que si ce volume de richesses dépend d'abord de cette action créatrice, ce volume sera d'autant plus important que celle-ci sera ordonnée. Il faut en effet, pour satisfaire les besoins indispensables et superflus des hommes, les connaître d'abord, tout au moins approximativement. Dans certains secteurs particuliers, cette connaissance des besoins nécessitera la mise sur pied d'un Plan prospectif d'action permettant d'ordonner, autant que faire se peut, les moyens selon les besoins à satisfaire.

C'est maintenant une cinquième vérité d'évidence de dire que l'Equité dans une collectivité sera atteinte plus facilement si le Profit qui résulte de l'action est réparti équitablement, entre les facteurs qui participent à sa création, c'est-à-dire entre les moyens matériels et le travail et en fonction de leur productivité propre, y compris pour le travail. Dans l'esprit de ce livre, le mécanisme du Profit étant, quoi qu'on fasse, le seul fondement de l'activité de l'homme, il ne sert à rien de réfléchir à une société dans laquelle il serait proscrit alors qu'il suffit de le répartir équitablement en fonction de l'effort, effort qui est la condition de l'action et d'un progrès social qui n'est atteint que par des actes et non par des mots.

C'est encore une sixième vérité d'évidence d'affirmer que le salarié n'a pas à participer, directement, aux risques de l'Entrepreneur et à subir les conséquences d'une mauvaise gestion. S'il était responsable, en effet, l'Entreprise deviendrait un monde dur et âpre où chacun s'épierait. Il ne doit alors participer à la gestion que par l'intermédiaire d'une certaine partie du capital, dont il deviendra progressivement propriétaire, comme il a été déjà suggéré dans le chapitre "Syndicalisme".

C'est enfin une septième vérité d'évidence de constater que l'Efficacité de l'action créatrice sera encore facilitée si l'Urbanité préside aux rapports humains.

2. Formule moderne pour la Société Industrielle de notre pays

De ces sept observations, il résulte que l'activité économique moderne doit faire appel à l'initiative individuelle que favorise le Profit, dans le cadre général d'un Plan prospectif d'action pour parvenir à l'Efficacité, collective et individuelle, et veiller à l'équitable répartition des biens matériels pour atteindre l'objectif moral de l'Equité qui deviendra elle-même, à partir de ce moment, un motif d'Efficacité.

Ainsi la Société Industrielle, par l'intermédiaire de l'Entreprise unité élémentaire mais fondamentale d'action de toute collectivité moderne, pourra remplir son véritable rôle qui consiste à améliorer le sort de tous et non pas celui de quelques uns seulement.

Elle répondra alors à la formule "Concertation et Participation" qui pourra servir de fondement à une France Industrielle, Efficace et Européenne telle qu'elle a été déjà suggérée dans la première partie de cet essai, en étant ainsi l'homologue de la célèbre définition agricole due à Sully (1560-1641), ministre de Henri IV, "Labourage et Pâturage sont les deux mamelles de la France " agricole de l'époque. En posant dès l'abord le principe d'une collaboration féconde entre le Travail et les Moyens, on jettera les bases d'une Société qui ne sera plus soumise ni aux excès du Capital ni à ceux qui pourraient résulter d'une gestion qui dépendrait uniquement du Travail. Le Pouvoir de décision dans l'Entreprise avec la formule décrite ci-après dépendra alors d'un équilibre entre les besoins à satisfaire, la rémunération du capital et du travail, sans oublier l'Etat et les consommateurs. Comme les décisions dont découlent la bonne marche des Entreprises et, par là, la pérennité du Travail salarial, sont le plus souvent la conséquence de techniques particulières, qu'elles soient industrielles, commerciales ou financières, il est indispensable que la gestion ne relève pas du domaine du Syndicalisme salarial, car ce serait faire supporter au travail le risque de l'entrepreneur et les conséquences d'une mauvaise gestion.

En revanche, avec la formule suggérée plus loin, où le pouvoir de décision dans l'Entreprise dépendra d'un homme compétent, le Président de l'Entreprise, qui préside à la fois l'assemblée des actionnaires et celle des représentants du travail, cet homme pourra assurer l'équilibre entre les souhaits respectifs du capital et du travail compte tenu de la situation économique.

Comme il est suggéré aussi que le capital devienne également, grâce à la plus-value créée par le travail, propriété partielle du travail salarial, la propriété des moyens techniques ne constituera plus un motif de discorde, mais un motif d'Efficacité.

C'est pour ces diverses raisons que la formule d'autogestion, sous entendu par le seul Travail, ne peut convenir à une Société qui se voudrait à la fois Efficace et humaine, car elle aboutirait rapidement à une dictature bureaucratique, où les salariés ne seraient plus que des numéros même s'ils étaient munis du droit de vote, si bien qu'ils regretteraient rapidement le temps où ils pouvaient dialoguer.

En revanche, avec la formule suggérée de Capitalisme à accession communautaire, il sera possible de répondre à l'Efficacité et à l'Equité Sociale par la répartition équitable des fruits de la production où le salarié recevra aussi une part Equitable. On peut aussi observer que, pour les pays déjà développés de l'Europe, la croissance simultanée de l'Industrie et des services est seule capable de fournir du travail aux générations nombreuses d'après-guerre et absorber enfin la main-d'oeuvre excédentaire libérée, en particulier dans notre pays, par la machine et la rationalisation des Entreprises agricoles.

Comme de nos jours le bien-être matériel d'une collectivité est en rapport direct avec la puissance industrielle, qui permet, pratiquement, seule, le plein emploi de tous les éléments de la population, il convient déjà de favoriser d'abord la croissance de l'industrie, créatrice de richesses matérielles et d'emplois.

3. Conditions générales nécessaires au développement de l'Industrie

Pour que l'industrie puisse réaliser un développement équilibré, elle doit donc disposer de matières premières et d'énergie à des prix raisonnables, de transports et surtout de débouchés bien adaptés, il faut encore essentiellement qu'elle soit servie par une main-d'oeuvre nombreuse et compétente dont le travail est orienté vers des objectifs valables. Elle devra encore disposer de capitaux importants pour l'achat des équipements de plus en plus perfectionnés nécessaires aux fabrications et à la modernisation permanente de ces moyens, afin de réduire ses prix de revient pour que l'Entreprise reste compétitive.

Le problème des investissements et de leur choix est donc un des fondements essentiels de cette activité humaine.

Si la Société Industrielle travaille de plus avec méthode et qu'elle applique effectivement l'Equité, le sort matériel des individus sera progressivement amélioré, étant entendu, pour rester dans le cadre de la philosophie réaliste et humaniste définie dans cet essai, que la répartition des biens matériels entre les différents participants est à la fois fonction des capacités du travail personnel et des besoins familiaux.

Ce sont ces derniers points qui incitent à la nouvelle structure de l'Entreprise suggérée ici et qui permettent de créer les conditions nécessaires à la satisfaction de nouveaux besoins.

Si tous ces facteurs ne sont pas réunis, ensemble dans un même pays, seul le dynamisme de la population et des organismes coordinateurs permettra de surmonter les carences rencontrées, l'expérience de certains de nos concurrents faiblement pourvus de matières premières ou d'énergie est bien là d'ailleurs pour nous encourager dans cette voie (1).

(1) L'expérience du Japon dépourvu de toute richesse naturelle et d'énergie est particulièrement probante dans ce domaine, puisque dans ce pays le succès économique actuel repose uniquement sur l'homme.

Situation en France

Dans le cas de notre pays qui traîne derrière lui une longue tradition religieuse peu favorable en général au Profit de l'industrie et du commerce, et où la paysannerie est à l'origine des fondements de notre peuple, il ne faut pas s'étonner outre mesure des difficultés qu'il rencontre pour s'adapter aux conditions qui découlent de la Société Industrielle, société nouvelle pour lui, bien que certaines régions comme le Nord et l'Est, grâce à leurs richesses minières, aient été industrialisées de bonne heure.

En général, notre pays a été marqué au cours des siècles par sa longue ascendance d'abord paysanne puis bourgeoise où les conceptions moralisantes des vertus moyennes, de la prévoyance, du travail bien fait, de l'économie, associées à un individualisme outrancier, étaient à la base de l'ascension lente et progressive des individus.

Nous étions aussi des épargnants, mais des épargnants qui ne savaient pas bien placer un argent péniblement gagné et économisé. Au lieu de l'investir chez nous, dans nos entreprises, pour qu'il soit à l'origine de nouvelles activités, donc de nouvelles ressources, souvent nous l'avons mis à la disposition d'Entreprises de pays étrangers et nos économies ont souvent fondu, soit dans des krachs retentissants, soit dans des dévaluations, soit même dans les révolutions internes des pays débiteurs (les emprunts russes, ou le canal de Panama par exemple).

Quant au critère du Profit, fondement de la Société industrielle, il commence seulement à être reconnu comme indispensable par certains organismes politiques ou même syndicaux. C'est en effet le contraire de la médiocrité. Il suscite la concurrence et, par là, il est à l'origine de l'amélioration du sort des individus et même de leur réussite personnelle, ce qui n'est pas à vrai dire une tare.

Jusqu'à ces dernières années, l'argent gagné, même honnêtement, avait un certain relent désagréable. Tenaillés par un individualisme forcené, nos compatriotes aimaient vivre renfermés sur leurs richesses personnelles et ils cachaient, grâce à une législation adaptée, l'importance de leurs biens à la curiosité de leurs voisins.

A l'inverse des peuples marchands comme les Anglo-Saxons ou les Germains, chez nous, les populations ont à l'égard de l'argent une fausse pudeur entretenue depuis des lustres par une représentation politique qui pensait seulement que le terme Egalité signifiait nivellement par la misère.

Il nous faut donc changer notre attitude, car gagner de l'argent pour satisfaire des besoins utiles ou superflus est non seulement une nécessité mais aussi le principal motif d'Efficacité. Le Profit est moral et sa critique n'est qu'hypocrisie ; amis lecteurs, voyez autour de vous si ses détracteurs habituels, en général des politiciens de bas étage issus très souvent de milieux pour qui l'appel à la fausse égalité est la raison de vivre, vivent pauvres comme Job ? vous serez édifiés ...!

Si notre peuple veut donc effectivement se mettre à l'heure de la Société Industrielle, il est indispensable, dans tous les secteurs de l'économie moderne, qu'il abandonne sa mentalité artisanale et sa vie à la petite semaine. C'est ainsi qu'en ce qui concerne les transformations, voire les bouleversements qui découlent du déclin de certaines industries et de la mutation très rapide de notre agriculture, on peut noter que ce pays, à l'encontre de ses voisins, préfère souvent accorder des subventions à ce qui meurt, plutôt que d'aider à porter ce qui débute.

Cette mentalité d'assisté se rencontre dans tous les milieux, qu'ils soient industriels, commerçants ou agricoles, qu'ils soient d'essence patronale ou salariale et les aides consenties dans ces conditions tendent à remplacer des barrières douanières que nous venons tout juste de faire disparaître, pour notre plus grand bien.

Il faut aussi enseigner à nos jeunes élites, avec l'informatique, les méthodes modernes de gestion de l'Entreprise mais ce serait insuffisant, voire inutile, si ce peuple n'admettait pas, une fois pour toutes, y compris surtout ses élites économiques de toute nature, et particulièrement celles du Syndicalisme salarial, que le Profit est le fondement de la Société Industrielle puisque, sans lui, celle-ci ne peut, ni vivre, ni prospérer.

Il lui faut encore s'efforcer de trouver le plus rapidement possible des réponses aux difficiles problèmes d'une agriculture qui a été considérée jusqu'à présent comme le meilleur facteur d'équilibre et même comme le pilier de notre nation. La réponse à cette délicate question réside d'une part dans la transformation de structures artisanales en structures industrielles et d'autre part dans la reconversion, sur place, d'une très grande partie de nos agriculteurs et par leur emploi dans de nombreuses petites usines de sous-traitance ou dans des centres d'activité locale, à répartir dans les nombreux bourgs de nos campagnes qui utiliseraient les possibilités de l'agriculture intégrée pour la valorisation des produits, comme il sera indiqué plus loin dans le chapitre consacré aux "Problèmes Agricoles".

Maintenant, il faut que chaque citoyen, chaque responsable économique ou politique, se lance dans l'univers de l'activité moderne, de l'innovation, de l'invention, du changement, de la compétition, de l'aventure industrielle. Il ne s'agit plus d'abdiquer, mais de lutter dans l'action, car c'est dans l'action et dans la foi du devenir que nous survivrons dans un monde où, suivant l'adage populaire, "Qui n'avance plus recule".

Ces prémices posées, dans ce qui suit on mettra successivement en relief les principaux éléments sur lesquels repose la Société Industrielle et on suggérera une nouvelle structure pour l'Entreprise, élément fondamental de l'activité humaine.

Cet exposé sera suivi de remarques sur la nécessité du renouvellement de ce que l'on peut appeler, de nos jours, la Stratégie économique, forme moderne de la lutte de l'homme contre ses semblables.

L'ensemble de ces réflexions s'inspirera toujours de la même direction de pensée visant à l'Efficacité de l'action dont dépend l'Equité, finalité de la Société Industrielle.

4. Principaux éléments qui conditionnent l'Activité Industrielle

Le progrès des techniques conditionne les fabrications ; de plus en plus, les méthodes évoluent vite et nécessitent des moyens matériels conduisant à des investissements toujours plus importants en valeur absolue, qu'il faut réunir, répartir et ensuite amortir, grâce à la consommation de produits fabriqués qui s'étend, elle, sur une période plus ou moins longue. Les problèmes du financement des investissements conditionnent donc en fait l'avenir de l'industrie et celui de toutes les activités économiques.

Le développement progressif de la Société Industrielle, impose désormais au niveau de l'Etat trois dispositions aussi indispensables les unes que les autres :

- d'abord la volonté de grandir et de créer,

- ensuite une monnaie stable,

- enfin, des moyens de financement appropriés, permettant de mettre l'épargne au service de l'investissement, c'est-à-dire du progrès économique et par là du progrès social.

Mais ce n'est pas tout car, aujourd'hui, il faut savoir, à la fois, ce dont on a besoin et ce dont on dispose pour produire, car avec l'économie d'abondance on ne pourra produire que ce que le consommateur voudra bien acheter.

L'économie, pour répondre à cette vérité élémentaire, devra donc être orientée, dans les grandes lignes seulement, vers des objectifs valables, car l'initiative individuelle, qui se justifie au niveau de la fabrication, ne peut satisfaire aux problèmes d'organisation générale par suite de vues limitées. Elle devra alors dépendre à la fois de plans suffisamment souples pour suivre l'évolution de la demande, au moins à moyen terme, et de techniques de fabrication performantes.

Ces plans devront être établis dans le cadre général d'un Plan prospectif d'action dont les grandes lignes sont dressées dans la quatrième partie de cet essai. Dans certains cas, l'importance des investissements peut conduire à une répartition planifiée des crédits. Mais, à l'exception des pays en voie de développement, ce dernier mode de répartition devra tenir compte des Entreprises où l'initiative individuelle joue un rôle important.

En revanche, la recherche permanente de la réduction des prix de revient a l'inconvénient d'orienter la production vers l'uniformité des produits offerts, ce qui répugne en général aux habitants de ce continent. On peut souhaiter alors que ces normalisations ou ces standardisations ne stérilisent pas le progrès et, pour éviter la monotonie des objets fabriqués, il convient de normaliser ou de standardiser les seuls éléments constitutifs de l'ensemble.

5. Buts actuels de l'Entreprise moderne

a) Rôles principaux

Le rôle de l'Entreprise, collectivité associant du travail et des moyens techniques, est alors d'assurer :

- aux salariés, un niveau de vie correct ;

- aux propriétaires des moyens techniques, une rétribution honnête ;

- à la collectivité, une activité suffisante qui constitue la meilleure assurance contre les conséquences du chômage d'une part, et la base principale de ses ressources fiscales d'autre part ;

- aux consommateurs, des produits de bonne qualité, au prix le plus juste, tout en leur laissant la liberté du choix. Ces produits doivent aussi répondre aux désirs d'une clientèle informée, tout en évitant, autant que faire se peut, un trop grand nombre de modèles et des modifications ne reposant pas sur un progrès technique indiscutable.

Dans la situation présente, où l'économie concurrentielle constitue la meilleure défense du consommateur, c'est le marché, comme il vient d'être dit, c'est-à-dire l'engouement du public à acheter tel ou tel produit plutôt que tel autre, qui finalement décide du sort du fabricant et quelquefois du distributeur.

C'est à tout cet ensemble de réalités ou de souhaits que l'Entreprise doit satisfaire, et on peut concevoir facilement la difficulté de son rôle puisqu'elle doit dans le même temps :

associer :

- l'intérêt personnel à celui de la collectivité,

- la liberté d'entreprendre, gage de l'Efficacité, à l'organisation rationnelle de la production et des débouchés qui relèvent d'une planification intelligente,

- la concurrence à la loyauté,

- la valeur individuelle aux droits légitimes provenant de l'héritage,

- la centralisation de la pensée, c'est-à-dire la direction de l'Entreprise, à la décentralisation de l'action qui se rapporte à l'exécution.

Cette association intime implique une information correcte dans les deux sens, dépendant notamment des cadres de l'entreprise.

permettre :

- le contrôle des divers services de l'Etat intéressés à son fonctionnement,

- la concurrence.

connaître :

- l'état du marché, les désirs de la clientèle pour placer la production d'objets finis et satisfaire aussi aux obligations qui résultent des services après vente, étant entendu aussi que l'attrait du Profit et la concurrence sont les motifs les plus réalistes pour l'action Efficace de l'Entreprise.

assurer :

- l'autorité des responsables aux différents échelons, pour que l'anarchie de l'action ne soit pas cause par exemple d'arrêts de production qui se répercuteraient inévitablement sur le niveau de vie des salariés et sur le pouvoir d'achat de la monnaie.

Mais les mobiles de l'Entreprise moderne ne se limitent pas aujourd'hui à la simple énumération faite ci-dessus car elle en a d'autres :

b) Autres rôles

Si l'Entreprise a, comme on vient de le dire, un rôle économique très important à remplir vis-à-vis de ses clients (premier but à satisfaire), de ses actionnaires, de ses salariés et de l'Etat, et si cette fonction se traduit par des prix de vente, des bénéfices, des salaires ou des rentrées fiscales, elle a encore un autre but à jouer qui relève de la vie en société.

En mettant en contact des hommes de diverses provenances, manuels ou intellectuels, l'Entreprise est un élément essentiel dans les rapports humains ; pour que la vie collective soit facilitée, il faut donc qu'un climat de confiance, c'est-à-dire d'Urbanité, règne entre les différents participants.

C'est ce dernier rôle que l'on peut qualifier de social car si un véritable esprit d'équipe est à l'origine de son oeuvre, son Efficacité, qui est, on peut le rappeler encore une fois, la condition absolue du progrès social, sera facilitée par la concorde.

Si ces souhaits se réalisent, la Société Industrielle pourra amener progressivement la société dans son ensemble à une forme telle que les classes des exploiteurs et des exploités pourront disparaître, grâce à une productivité encore accrue. Il résulte des conceptions ci-dessus que le Profit n'est pas le but unique de l'Entreprise moderne puisque son fonctionnement englobe toute une coalition d'intérêts qui risquent le plus souvent de s'opposer. La fonction essentielle des dirigeants est alors de maintenir une certaine entente entre les nombreux intérêts en présence et qui sont le plus souvent divergents.

Dans ces conditions, la recherche du Profit indispensable à la pérennité de l'Entreprise est un objectif parmi d'autres et celui-ci peut même entrer en conflit, non seulement avec les besoins des salariés, mais aussi avec l'indépendance de la firme qui dépend, elle, de la concurrence et par là du volume des investissements affectés à la modernisation, investissements nécessairement prélevés sur la plus-value créée par le Travail.

On peut alors résumer schématiquement les fonctions de l'Entreprise en disant qu'elle doit :

- s'intégrer à l'environnement commercial qui la fait vivre, en fournissant à sa clientèle des produits conformes à ses désirs, à des prix que celle-ci peut payer et qui lui laissent aussi un Profit,

- intégrer les différents participants intellectuels et manuels à son fonctionnement : c'est ce que recouvrent les termes de "Concertation et de Participation", étant entendu que ces termes entraînent une certaine part de responsabilité du Travail dans ce fonctionnement, sinon cette Participation n'aurait pas de sens et l'Esprit d'Entreprise ne serait pas facilité,

- s'intégrer dans la vie de la collectivité nationale.

c) Conditions essentielles à la satisfaction de ces rôles : l'Esprit d'Entreprise

Pour que l'Entreprise moderne satisfasse à toutes ces obligations, elle doit encore :

- fonctionner sous la discipline de la concurrence qui seule permet de limiter le Profit à sa juste valeur ;

- être Efficace et rentable,

- reconnaître que le droit au Travail est un droit absolu aussi sacré que celui de propriété.

Le Profit et la Concurrence

C'est une banalité de constater que le fonctionnement de l'Entreprise dépend directement du Profit et par là de la concurrence qui le limite. Dans les Entreprises qui sont propriété de la nation, ce Profit peut et doit être maintenu grâce aux primes de résultats déjà suggérées. Dans celles-ci, il conviendra en plus, que le civisme des dirigeants soit au niveau de leurs responsabilités. Quant à la concurrence, elle est sans contredit le meilleur moyen de défense du consommateur à condition toutefois qu'elle puisse toujours jouer normalement.

Un rappel rapide des problèmes liés à la production et à la distribution des produits fait d'ailleurs toucher du doigt les difficultés à prévoir. En effet, si au niveau de la distribution des produits, le nombre important des détaillants est une assurance sérieuse contre les ententes, au niveau de la production, en revanche, ce risque n'est pas négligeable. La concentration des Entreprises, qui est par ailleurs favorable à la réduction des prix de revient, entraîne presque obligatoirement, en raison de la nature de l'être humain, le risque d'entente sur les prix de vente, pour en tirer le plus gros bénéfice. Ce risque est d'autant plus important que le nombre de ces Entreprises est plus réduit, et pour éviter les exagérations résultant d'une concentration trop marquée, les pouvoirs publics disposent d'armes efficaces que constituent l'existence d'un Plan prospectif d'action et le contrôle des investissements.

On peut conclure de ces remarques que, si la Distribution des produits au public doit relever des mécanismes classiques du marché, en revanche, la production proprement dite doit relever d'un processus différent : répartition des productions en fonction des objectifs du Plan prospectif d'action et contrôle des investissements par les organismes compétents de ce plan. Ce sont ces dernières observations qui amèneront probablement les petites et moyennes Entreprises à se spécialiser et à sous-traiter des fabrications pour le compte de celles qui se seront concentrées dans un cadre professionnel ou multi-professionnel.

C'est à tous ces rôles variés et délicats que doit répondre l'Entrepreneur et qui peuvent se caractériser par l'Esprit d'Entreprise où la rentabilité est un point essentiel, sinon ce serait la faillite.

Le Travail du Salarié

Le travail industriel moderne s'effectue de plus en plus souvent sous la forme du travail en série, décomposé en un grand nombre de tâches élémentaires permettant une réduction importante des prix de revient. Très souvent il ne présente donc plus, pour le salarié, aucun intérêt intrinsèque et conduit à une fatigue nerveuse. En attendant que l'automatisation soit arrivée, dans les domaines intéressés, à un degré de développement tel que le travail manuel soit assuré par la machine, laissant à l'homme la tâche intelligente du contrôle et de la préparation, il importe de remédier à sa dépersonnalisation. Si les cent dernières années ont été celles de la machine, le siècle présent, dans sa seconde moitié, doit être celui d'une deuxième révolution où la technique intelligente contrôlera la technique aveugle et où la productivité sera telle qu'elle pourra permettre, à ce moment, mais à partir de ce moment seulement, une nouvelle réduction du temps de travail. C'est ce qui doit amener aussi la direction de l'Entreprise à faire partiper les syndicats de travailleurs à l'élaboration des nouvelles méthodes de production automatisées, dans l'industrie automobile (1)

(1) Ces méthodes dites du flux tendu ont pris naissance au Japon, mais leur application en Europe nécessite le concensus et l'appui des représentants du travail sinon toute la production automatisée des automobiles peut être arrétée trés facilement comme l'ont montré certaines grèves récentes.

C'est ce que certains appellent déjà la nouvelle Société Industrielle.

Quelle que soit finalement la forme sous laquelle s'effectuera dans quelques décennies le travail, le seul remède à sa dépersonnalisation ne peut résider que dans l'intégration affective de l'individu dans son Entreprise, grâce à un esprit d'équipe fortement développé. Et il est évident que celui-ci ne pourra être obtenu que si le travail salarié participe aussi à la marche de l'Entreprise, dans une juste mesure pour que l'homme ait une autre fonction que celle d'un robot. Ce sera, comme on l'a déjà dit, le développement de la communauté de travail qu'est l'Entreprise, et la Participation à son activité, qui pourront fournir un motif valable à cette intégration affective, grâce à l'action de cadres responsables qui assurent les indispensables contacts humains, tout en expliquant les raisons des efforts demandés

La reconnaissance du droit absolu au travail est alors essentielle, car elle est la condition initiale de l'Equité et est aussi nécessaire que le droit de propriété à la Dignité l'est à l'être humain. C'est en effet parce que le gigantisme industriel est de plus en plus fréquent et que l'activité, c'est-à-dire la vie de toute une ville ou même d'une région, risque de dépendre de l'activité d'une seule Entreprise, que ce droit au Travail est sacré, comme doit être aussi celui de posséder.

Il n'est donc ni moral, ni normal de faire dépendre le sort de milliers de salariés de l'unique gestion des seuls représentants du capital, ni de celle des seuls délégués du travail ; les pouvoirs publics doivent eux aussi avoir un droit de regard, puisqu'en cas de difficultés financières, l'Etat bien souvent ne peut se désintéresser du sort de milliers d'habitants, et est obligé quelquefois de remédier au déficit en renflouant l'Entreprise, en cas de mauvaises affaires.

Avant de suggérer une structure nouvelle pour l'Entreprise il faut encore rappeler les motifs de tension déjà signalés dans le chapitre "Syndicalisme".

Les motifs de tension dans l'Entreprise moderne

Ils ont été énoncés dans le chapitre précédent consacré au Syndicalisme et on a indiqué qu'il y avait cinq motifs permanents de tension qui avaient une grande influence sur le fonctionnement de l'Entreprise.

Avant de suggérer une structure nouvelle capable d'y remédier et pour permettre au lecteur de bien suivre le raisonnement qui y conduit, ces motifs vont être rappelés :

Les trois premiers se rapportent à la propriété des moyens matériels, les seconds à la répartition du Profit, les troisièmes à l'autorité et à la gestion de l'Entreprise.

Dans le chapitre "Syndicalisme" au sujet de la nature de l'autorité, on a indiqué que celle-ci, constituant un problème aussi important que ceux rappelés ci-dessus, devait être librement acceptée et découler de la Participation du travail à l'activité de l'Entreprise.

Une quatrième cause de tension est constituée par la rétribution du salarié pour le travail fourni. Et, puisque sa pérennité est indispensable, la notion de rentabilité est à inscrire en tête des préoccupations, non seulement de l'Entreprise mais aussi de la représentation salariale.

C'est pour ces raisons que la rétribution salariale, comme il a été déjà indiqué, doit être repensée au moyen du salaire en trois parties ; la première prendrait seulement en compte la qualification professionnelle, la seconde la productivité du travail, la troisième se rapporterait aux résultats, c'est-à-dire au Profit pris dans son sens noble de plus-value économique, étant entendu que la seconde partie et surtout la troisième seront réparties en fonction de l'activité et des capacités propres à chaque travailleur, qu'il soit manuel ou intellectuel.

Une rétribution salariale qui serait fondée sur un principe ne tenant pas compte de l'effort personnel serait sans intérêt, puisque la rentabilité du travail ne serait pas favorisée.

La hiérarchie des fonctions qui caractérise le niveau de responsabilité et de compétence constitue alors le cinquième élément important dans l'activité humaine, c'est-à-dire dans les efforts d'amélioration individuelle puis collective.

Elle est en faveur du progrès et de l'action ; aussi est-il indispensable de la maintenir, tout en évitant une stratification fonctionnelle par trop précise conduisant au corporatisme.

Conclusion

Après l'ensemble de ces observations, on peut maintenant suggérer une structure nouvelle pour l'Entreprise pour qu'elle puisse fonctionner étant entendu qu'elle ne pourra le faire correctement qu'en recevant l'appui efficace des quatre éléments suivants, tous aussi nécessaires les uns que les autres à la production des richesses.

- Le premier est constitué par l'armature matérielle, machines ou équipements de toute nature, bâtiments ou terrains nécessaires à leur implantation. Ces moyens matériels représentent le capital et celui-ci intéresse des sommes de plus en plus importantes, inaccessibles très souvent à des particuliers, aussi riches soient-ils.

- Le second représente le travail intellectuel ou manuel nécessaire aux fabrications, à l'innovation technique et au placement des produits auprès des clients, ce placement étant aussi, dans une économie d'abondance, la condition absolue de la vie de l'Entreprise et, par là, de la pérennité du travail.

- Le troisième, la direction de l'Entreprise, a pour rôle de coordonner l'action créatrice des individus pour assurer, grâce à l'Efficacité de cette action, sa vie propre et son développement.

- Le quatrième enfin, le conseil d'administration ou de gestion, a pour fonction de définir les objectifs à moyen et à long terme de l'Entreprise.

Mais si la croissance de la Société Industrielle est encore fonction de ces facteurs (matériels et débouchés), cette croissance dépend enfin et surtout du climat moral et psychologique qui règne dans l'Entreprise entre les responsables et les exécutants, c'est à dire entre salariés et employeurs à tous les échelons nécessaires à son fonctionnement.

Dans ces conditions, l'Entreprise devra s'adapter non seulement à l'évolution de plus en plus rapide des techniques mais aussi à celle de la pensée, qui en est par ailleurs une des conséquences à une époque où les choses changent plus rapidement, dans de nombreux domaines, que les idées.

Pour que la Société Industrielle adapte la structure de l'Entreprise à la pensée, il faut comme on l'a déjà dit, qu'elle fasse participer le travail à sa vie quotidienne et cette participation constituera la solide fondation de la Démocratie économique.

On va alors montrer qu'il suffit simplement de recourir à la plus vieille des Entreprises, la famille, pour aboutir à ce résultat.

6. Structures nouvelles pour l'Entreprise moderne

a) Suggestions d'ensemble

Le modèle idéalisé de la cellule familiale correspond à une Société Industrielle élémentaire disposant au départ de certains moyens matériels, en en acquérant d'autres par l'association et le travail de l'homme et de la femme au cours de leur vie commune.

La transposition du modèle familial conduit alors à transformer la notion habituelle de capital en deux parties distinctes : le capital contributif et le capital développement .

- Le premier correspond à l'actif matériel de l'Entreprise, c'est-à-dire, dans le cas de la cellule familiale de comparaison, à l'apport des biens matériels par chaque époux lors du mariage. Ce capital étant déjà amorti, il devra donc être rémunéré à un taux peu important.

- Quant au second, le capital développement, il est l'analogue ou l'image des acquis de l'association conjugale ; il devra être rémunéré à un taux plus élevé puisque les matériels et équipements correspondants ne sont pas encore amortis.

Dans une petite Entreprise où le propriétaire est aussi le dirigeant, ces deux types d'actifs matériels restent confondus ; seule la situation d'entités collectives de production est examinée ci-après.

Pour transposer le modèle de la cellule familiale à la Société Industrielle, il faut donc :

- que l'Entreprise constitue d'abord une unité matérielle et une unité morale et affective, qui ne pourra l'être, cependant, que si sa taille est modérée,

- que l'intérêt personnel, principal motif d'action valable pour le dirigeant soit conservé,

- que le travail soit payé à sa valeur productive, ce qui implique que le salarié soit aussi considéré comme un participant effectif aux résultats de l'Entreprise au même titre que le détenteur du capital, autre associé,

- que le salarié comprenne la nécessité de l'investissement par prélèvement sur le Profit, et qu'il admette aussi que ce dernier soit encore réduit au bénéfice du consommateur,

- que le développement de l'Entreprise et la mise en oeuvre des investissements matériels constituent le motif affectif de l'action, à la fois du dirigeant et de l'exécutant.

Dans le chapitre "Syndicalisme", on a indiqué que si le travail était payé à sa valeur productive, le salarié était considéré comme un des Participants à l'action de production.

Si à partir de ce moment on lui donne aussi la possibilité de transformer sa part de Profit en actions développement, telles celles qui viennent d'être imaginées ci-dessus, on lui donnera la possibilité d'acquérir progressivement une part de la propriété des moyens matériels, ce qui permettra au salarié, en devenant capitaliste, de participer affectivement et effectivement à la croissance de son Entreprise.

En étant intéressé pécuniairement par l'intermédiaire du capital développement, le salarié devenant capitaliste, comme il vient d'être dit, pourra participer en fonction du nombre de ses actions, aux votes des assemblées d'actionnaires, comme il sera indiqué plus loin. C'est cette structure nouvelle pour l'Entreprise qui est concrétisée par l'expression "Capitalisme à accession communautaire" et qui constitue en quelque sorte, une synthèse entre deux formules opposées, d'une part, libéralisme absolu où le Profit va seulement à quelques uns et, d'autre part, collectivisme forcené qui ne peut être que la négation à la fois, de la Dignité de l'individu et de l'Efficacité de l'action collective, puisque le Profit individuel est supprimé.(La révolte récente dans les pays de l'Europe de l'Est vient de le prouver puisque ces régimes n'ont même pas été capables d'assurer le minimum vital aux populations concernées.)

En permettant à l'Entreprise de répondre à un désir de plus en plus généralisé d'Equité sociale, on peut affirmer que cette structure sera à l'image de son rôle moderne dans la Société qui est de produire pour la servir, et la référence à la famille, la plus vieille des Entreprises, est bien là pour prouver le bien-fondé de ce recours. En plus, comme l'Efficacité doit être l'objectif essentiel de cette association de travail et de moyens, celle-ci ne pourra être assurée que si l'unité de direction l'est elle-même sans conteste possible et si , dans le même temps une collaboration étroite existe entre les différents participants à son action, car il est bien connu qu'on ne fait bien les choses, en ce siècle, que si l'on en connaît les raisons.

La coordination entre les moyens matériels et le travail est actuellement assurée d'une part, par le Conseil d'Administration qui représente presque toujours actuellement le seul capital et, d'autre part par la direction de l'Entreprise qui en dépend. Ces deux rôles exigent, et on peut le répéter, en dehors des connaissances techniques particulières, une connaissance profonde des hommes et une aptitude à juger qui n'a pas de domaine bien délimité, étant aussi entendu que l'intérêt individuel et la concurrence sont aussi des motifs particulièrement efficaces pour guider l'action et les initiatives des dirigeants.

La fonction de direction aujourd'hui devrait être plus facile à remplir en raison du développement de l'instruction et de l'éducation ; malheureusement, dans notre pays, la représentation salariale ne participe pas encore, à quelques exceptions près, à la vie intime de l'Entreprise.

Si l'on veut alors faciliter son Efficacité et, par là, la pérennité du travail de l'homme, par la cordialité des relations internes, il faut associer, sous certaines formes, la représentation du travail à la gestion pour que la Dignité d'entrepreneur soit aussi reconnue au salarié, car son travail ne peut plus être, de nos jours, ni excessivement dépendant, ni précaire. Mais, dans ces conditions, il faudra aussi que le Syndicalisme salarial prenne conscience de sa responsabilité et qu'il ne déclenche pas par exemple, pour un oui ou pour un non, des grèves dont les mobiles ne seraient pas strictement professionnels.

Il conviendra cependant, même avec cette structure, que le choix final des options de l'Entreprise dépende seulement de l'entrepreneur, qui doit rester le seul responsable de cette conduite et par là de l'Efficacité pour que le salarié ne fasse pas les frais d'une éventuelle incompétence. Et, pour qu'il en soit ainsi, il suffit simplement que l'Entreprise soit conduite par les représentants du Capital contributif et du capital développement dont il vient d'être question et que le capital développement ne dépasse pas les 30% du capital total pour laisser la responsabilité de la gestion au capital total, ce qui permettra, par ailleurs de ne pas bouleverser trop rapidement les habitudes.

On peut enfin indiquer que la Participation mesurée du travail au fonctionnement de l'Entreprise ne manquera pas de créer un climat favorable à l'Urbanité des relations dans l'Entreprise, ce qui constituera un nouveau facteur favorable à sa bonne marche. C'est d'ailleurs pour l'ensemble des motifs ci-dessus que l'Entreprise ne doit surtout pas recourir à l'autogestion dont il a été question dans le chapitre "Syndicalisme", car cette dernière formule ferait du salarié le responsable direct d'une gestion qui, en étant théoriquement placée sous son contrôle, conduirait obligatoirement à créer une société dure et âpre, où chacun regarderait son voisin. Dans celle-ci, le salarié, même muni d'un droit de vote, inexistant devant un pouvoir syndical idéologiquement et fortement organisé, n'aurait bientôt plus qu'à regretter le Capitalisme classique, pourtant largement dépassé, et condamné, en général justement, par certains syndicalismes salariaux.

Si l'on veut donc que dorénavant l'Entreprise soit ce qu'elle doit être, c'est-à-dire une collectivité d'action Efficace de moyens et de travail, il faut que les différents administrateurs formant le Conseil d'Administration, appelé ci-après Conseil de Gestion, soient non seulement les délégués du capital, mais aussi ceux du travail.

b) Le Conseil de Gestion

Les représentants du capital, c'est-à-dire des propriétaires des actions contributives et des actions développement, comprendront, en partie, les salariés propriétaires d'actions développement constituant la participation du travail au Conseil de Gestion. Leur nombre sera fonction de l'importance de l'Entreprise et la désignation de ces représentants sera très facile puisqu'elle dépendra seulement du nombre des actions possédées. Pour que les représentants des moyens techniques restent majoritaires dans le conseil de gestion, on suggérera qu'ils pèsent, comme il vient d'être dit, au moins 70% du total, les 30% restant étant destinés à la représentation du personnel salarié.

Si la représentation du capital contributif ou développement coule de source, en revanche celle des salariés doit s'effectuer sous une forme essentiellement différente de celle qu'on a coutume de mettre en place, dans un Etat évolué, pour exprimer les diverses nuances de la pensée politique. Au niveau du Conseil de Gestion, les discussions, en effet, sont essentiellement d'ordre économique ou financier et la compétence technique des interlocuteurs est indispensable ; ainsi faut-il que la représentation des salariés soit assurée par des hommes de valeur appartenant aux diverses organisations syndicales héritées de l'histoire. Celles-ci devront se charger elles-mêmes, en nommant leurs représentants, d'apprécier les qualités nécessaires à ces fonctions, qualités qui relèvent de l'intérêt de l'Entreprise, associé à l'intérêt général, c'est-à-dire au civisme, et il faut malheureusement reconnaître que en raison de la politisation exagérée, donc anormale, du Syndicalisme salarial dans notre pays, ce souhait risque d'être un voeu pieux, tant qu'une culture économique suffisante pour contrebattre le sectarisme politique n'aura pas été dispensée aux différents Syndicalismes.

Dans ces conditions, on peut être sûr que les contacts fréquents qui résulteront de cette formule aideront à la disparition d'un climat de méfiance qui était le résultat d'une longue période de domination du Travail. En outre, en raison de l'évolution présente des Entreprises vers une forme de concentration de plus en plus poussée qui ne peut conduire qu'à la spécialisation et à la sous-traitance de celles de plus faible dimension, il sera encore nécessaire d'adjoindre dans le Conseil de Gestion des grandes Entreprises des représentants des syndicats professionnels patronaux et salariaux et dans certains cas des délégués des services du Plan prospectif d'action et des associations de consommateurs. Pour que le Président du Conseil de Gestion soit véritablement le Président de l'Entreprise, il paraîtrait opportun que les représentants compétents des salariés puissent aussi participer à son élection.

Dans ce schéma, le Président aura un rôle de synthèse et de catalyse important à jouer et aux qualités habituelles et aux connaissances financières, économiques ou techniques nécessaires, devra là encore s'ajouter le civisme pour qu'il puisse donner à la Direction l'impulsion utile à la vie de la collectivité nationale.

c) La Direction de l'Entreprise

Elle sera nommée par le Conseil de Gestion ainsi formé et placé sous son contrôle direct.

Son rôle est de faire appliquer la politique définie par le Conseil de Gestion et si ce rôle est particulièrement délicat, il sera cependant facilité grâce à l'action constructive de responsables syndicaux persuadés de leur devoir. Mais si la représentation des salariés, au niveau de Conseil de Gestion, est nécessaire, à cet échelon, il ne peut être débattu que de questions importantes comme les grandes options et les investissements de l'Entreprise. C'est pourquoi il faut encore que le travail salarial, au niveau de la Direction, soit consulté au moyen d'un autre organisme qui pourrait s'appeler Comité de Concertation et de Participation. C'est en son sein que seront représentés, cette fois, tous les salariés par des délégués élus librement par eux dans le cadre des organisations syndicales qui, bien que trop nombreuses, ont le mérite d'exister. Le rôle de cet organisme sera alors d'attirer l'attention de la direction de l'Entreprise sur les différents problèmes qui intéressent le sort commun : logement, travail à mi-temps, travail féminin, amélioration de la productivité, etc, ensemble de questions qu'il est préférable avant tout de traiter dans l'Urbanité.

Ce rôle sera cependant plus facile, dans ce siècle de vie collective, s'il s'effectue dans un climat psychologique favorable, c'est-à-dire s'il y a cordialité des relations, information et confiance réciproque entre exécutants et responsables, pour que les premiers comprennent les motifs des efforts demandés, condition indispensable de nos jours à la bonne exécution.

d) Schéma d'organisation

Le schéma ci-dessous caractérise la structure décrite ci-dessus.

(Ce schéma est visible dans le livre page 300)

Il conviendra encore, surtout pour les Entreprises importantes, que les responsables des différents services d'exécution soient tenus au courant des résultats financiers des secteurs qui leur sont confiés pour qu'ils puissent effectivement se rendre compte de leur marche. Cette dernière suggestion s'accorde d'ailleurs fort bien avec le principe général de Décentralisation de l'action, facteur important d'Efficacité humaine. Avec le schéma ci-dessus, l'Entreprise, élément fondamental de la Société Industrielle pourra constituer une unité d'action valable de moyens et de travail, en oeuvrant au désir général d'équité et à l'avènement d'une société où les oppositions de classe ne seront plus qu'un mauvais souvenir .

Ainsi l'expression "Capitalisme à accession communautaire" pourrait répondre aux multiples problèmes posés par l'irruption dans notre espace et notre temps, d'abord de la Société Industrielle, et ensuite de la Nouvelle Société Industrielle comme certains l'appellent (1), en constituant ainsi le symbole de l'activité moderne.

(1) Voir à ce sujet : "Principes et Perspectives pour la Société Moderne" et "Syndicalisme" - Conclusion.

Ce sont ces réflexions qui conduisent à examiner succinctement les modalités pratiques de cette indispensable collaboration.

7. Participation du Travail au Profit de l'Entreprise

a) Généralités

Les ressources de l'Entreprise, qui proviennent de la vente des produits, servent à payer les salaires de fabrication ou d'études, les matières premières à transformer, la consommation d'énergie, les frais d'administration et de bureau, les taxes et les impôts, les frais financiers (amortissement des emprunts) etc ; le solde ou Profit sert actuellement à rémunérer les seuls actionnaires ou à renforcer les moyens de production par utilisation d'une partie de ce Profit avec l'autofinancement .

L'accès du travail salarial à la propriété des moyens matériels, permis par l'utilisation partielle des bénéfices, est donc moralement justifié et serait psychologiquement favorable au fonctionnement de l'Entreprise, puisque le salarié se verrait associé plus intimement à celui-ci. Mais cette répartition doit tenir compte de nombreuses données d'ordre économique et des risques respectifs du capital et du travail.

b) Données économiques

C'est ainsi que certaines Entreprises ont, par exemple, de très faibles marges bénéficiaires, notamment dans celles où la proportion de main-d'oeuvre est prépondérante. Ces dernières doivent alors recourir à l'emprunt ou aux augmentations de capital pour se procurer les moyens financiers nécessaires à leurs investissements, car l'importance de ceux-ci dépasse souvent et de très loin les possibilités permises par le seul emploi d'une partie des bénéfices, qui doivent aussi couvrir l'amortissement. Si une partie de l'autofinancement obtenu par utilisation partielle des bénéfices était attribuée au travail dans ce genre d'Entreprise, bien souvent le capital contributif verrait sa part réduite à peu de choses et il en résulterait obligatoirement des difficultés pour que l'Entreprise trouve des ressources financières suffisantes, par l'emprunt ou par l'augmentation de capital.

La suite logique ne pourrait en être finalement qu'une réduction des investissements qui ne manquerait pas de se répercuter ultérieurement sur le niveau des salaires et sur les conditions de l'emploi. On peut encore noter que si l'accroissement de la valeur des Entreprises, par utilisation partielle des bénéfices, était attribué directement au travail salarial, cette mesure, en plus des inconvénients signalés ci-dessus, ne serait pas non plus équitable. En effet, dans le cas d'Entreprises en stagnation ou en régression, les salariés ne bénéficieraient jamais d'aucune amélioration.

L'attribution des actions développement à un organisme national d'épargne et d'équipement, qui permettrait théoriquement de répartir cette part du Profit sur l'ensemble des salariés et non pas de la réserver à des salariés privilégiés, pourrait constituer un moyen de remédier à cette iniquité. Mais celui-ci conduirait à des frais de fonctionnement considérables puisqu'un tel organisme, devant être étendu à l'ensemble de la Nation, engloutirait dans ses frais de fonctionnement une part importante de ce Profit, sans bénéfice pour le travail, et cette solution ne peut donc être retenue.

c) Risques relatifs au travail et au capital

Quant aux risques relatifs au capital et au travail, en cas de mauvaises affaires, on doit dire que les conséquences humaines sont plus importantes pour le salarié. Sans doute, les actionnaires voient-ils leurs avoirs souvent réduits dans une grande proportion, mais les salariés sont réduits au chômage avec toutes les difficultés de reconversion que comporte souvent cette situation. Cet examen succinct montre qu'il faut rechercher d'autres formules permettant d'adapter le souhait d'une participation du travail au Profit, à la situation économique et financière extrêmement variable des Entreprises.

d) Conditions nécessaires à une saine répartition du Profit

ll faut d'abord que les responsables de l'Entreprise et du Syndicalisme salarial prennent conscience que l'avenir est conditionné, non pas par des dépenses somptuaires ou des rétributions exagérées du personnel dirigeant qui se rapportent au présent immédiat, mais par l'investissement, qui conditionne le futur. Pour qu'il en soit ainsi, il faut que ces différents responsables comprennent que le devoir d'investissement est la conséquence du devoir de développement et que celui d'épargne est aussi la condition de l'amortissement.

Il est donc particulièrement utile que les différents Syndicalismes patronaux ou salariaux mettent leur pouvoir de persuasion au service de l'épargne, c'est-à-dire de l'investissement, en luttant non seulement contre une consommation inutile, mais aussi contre une détérioration trop sensible du pouvoir d'achat de la monnaie, qui obère le réemploi constructif et systématique du Profit, c'est-à-dire des plus-values économiques créées par le travail. Si la représentation salariale participe à la fixation des grandes options de l'Entreprise, au niveau du Conseil de Gestion, et mieux encore au niveau de la profession, on peut être sûr que la détermination du niveau d'autofinancement sera plus aisée, en raison du climat de confiance qui pourra exister du fait de cette participation.

Informer le salarié est en effet le meilleur moyen de l'intéresser ; ses critiques mêmes peuvent être constructives et conduire à une amélioration des résultats puisque pertes et profits ont des conséquences considérables sur son activité, c'est-à-dire sur l'emploi et sur le niveau des salaires qui intéressent directement le salarié.

8. Répartition du Profit entre les facteurs de Production

a) Part du Capital

Compte tenu des diverses idées ci-dessus, il est déjà normal, si la référence à la famille est acceptée comme base de départ d'une Société Industrielle équitable, de rémunérer les actions contributives qui sont analogues aux biens matériels apportés par chacun des époux lors de leur mariage.

Les équipements correspondants au capital contributif étant amortis, la rémunération de ce dernier, pour être équitable, devrait être voisine d'un taux de trois ou quatre pour cent augmenté d'un pourcentage égal au taux d'inflation pour que ce capital conserve sa valeur en francs courants et pour ne pas constituer une rente de situation pour les propriétaires de moyens amortis. Une fois que ce capital contributif est rétribué, le solde du Profit de l'Entreprise doit être réparti entre l'investissement, que caractérise le capital développement, et le travail.

b) Part des Investissements (capital développement)

La part consacrée à l'investissement par autofinancement est fixée par le Conseil de Gestion auquel participeront à la fois la représentation salariale et le nouvel Ordre de commissaires aux comptes suggéré au chapitre consacré au Syndicalisme. Pour déterminer son montant, il faut tenir compte non seulement des moyennes d'investissements consacrés par des Entreprises similaires, mais aussi de sa structure propre, de la nature de ses matériels, de leur longévité compte tenu du progrès technique, etc. Comme le Syndicalisme salarial participe, la détermination du montant des sommes affectées aux besoins d'investissements sera probablement plus facile, car il saura reconnaître où réside son intérêt, qui est conforme à celui de l'Entreprise et même confondu avec lui.

Le capital développement devra être alors réparti non seulement entre les propriétaires des actions contributives, mais aussi entre les salariés de l'Entreprise. Le capital développement devra être lui aussi rémunéré, mais cette fois à un taux plus important que celui du capital contributif, puisque les équipements correspondants ne sont pas encore amortis par la vente des produits. Ce taux devrait être voisin, d'ailleurs, du taux du rendement des investissements effectués. En général, cependant, il sera égal au loyer de l'argent disponible sur le marché financier, pour ne pas contribuer à l'inflation.

c) Part du Travail

La troisième partie disponible dans le Profit (après rémunération du capital contributif et détermination des sommes affectées au financement des investissements) doit être attribuée au travail, pour régler annuellement aux salariés une prime des résultats, c'est-à-dire une prime personnalisée d'Efficacité et de productivité suivant les modalités qui ont été précisées dans le chapitre consacré au Syndicalisme, prime qui achèverait de payer le travail à sa valeur productive. La part à affecter au travail salarial sera délicate à définir, en raison non seulement de l'influence de l'intérêt personnel sur le comportement des hommes, mais aussi des caractéristiques économiques et financières des Entreprises rappelées ci-dessus et qui sont fort variables. Si la Société économique moderne intéresse affectivement et effectivement le travail à la marche de l'Entreprise et lui fait prendre conscience de sa responsabilité importante dans son fonctionnement, à partir de ce moment, l'association indispensable entre les moyens matériels et le travail ne sera plus une vue de l'esprit et la prime de résultats attribuée au travail sera fixée alors facilement.

La participation effective du salarié à la marche de l'Entreprise sera assurée par cette dernière prime, mais pour qu'il soit maintenant intégré affectivement à son fonctionnement, il faut que celle-ci, s'il le désire, puisse lui être réglée sous la forme d'actions développement, non cessibles immédiatement, et portant intérêt, étant entendu qu'il serait souhaitable que ce règlement soit exempté d'impôts (qui ont déjà été prélevés tout au moins partiellement) pour que le salarié soit incité à adopter cette solution. Il est donc particulièrement souhaitable que le Syndicalisme salarial favorise ce mode de règlement qui facilite la trésorerie des Entreprises, tout en permettant l'accès des salariés à la propriété des moyens matériels.

Si ceux-ci cependant ne désirent pas être intéressés à la propriété de l'Entreprise pour des motifs personnels, qui relèvent de la Dignité, c'est-à-dire de leur liberté, leur part d'actions développement devra pouvoir être cédée si le salarié le désire mais dans ce cas l'imposition fiscale devra être, elle aussi, appliquée.

Quant au cas des fonctionnaires, il peut relever d'une procédure voisine pour le règlement de la partie du salaire liée à l'accroissement de la productivité nationale, et l'Etat devra attribuer à ces employés soit des titres de rente, soit des actions de sociétés financières dont il a le contrôle.

Le souhait de non cessibilité immédiate des actions développement, pour les salariés, ou des titres correspondants pour les fonctionnaires est justifié par le principe d'Efficacité qui conduit à favoriser l'épargne au détriment de la consommation immédiate. Ce sera donc un nouveau devoir du Syndicalisme salarial de mettre son très important pouvoir de persuasion au service du devoir d'épargne, puisque celle-ci est le gage du bien-être et de la promotion sociale. La fixation de la part du salaire liée aux résultats de l'Entreprise est sans doute difficile, mais si tous les responsables de la Société moderne consentent à appliquer simplement les principes rappelés, il est probable qu'elle pourra s'effectuer sans heurts violents et que les actions développement pourront même faciliter ou même constituer, dans certain cas, des augmentations salariales, qui, par ailleurs avec ce système, ne seront pas génératrices d'inflation.

Les moyens honnêtes proposés ci-dessus pour rétribuer le travail de l'homme et faciliter son accès à la propriété des moyens techniques doivent entraîner l'adhésion sans arrière-pensées du Syndicalisme salarial puisque seul le travail est créateur de richesses, et les idées ci-dessus doivent aider à mettre sur pied un nouveau statut de l'Entreprise.Très largement diffusées, les actions contributives et développement constitueront, pour le public et les salariés, l'indispensable motif de l'intéressement matériel et un placement de leurs disponibilités, facilitant l'investissement, gage du progrès social.

Si, dans le même temps, l'Entreprise est bien gérée, que le pouvoir d'achat de la monnaie conserve une valeur aussi stable que possible, le rendement des actions contributives fixé à 3 ou 4% et celui des actions développement à une valeur légèrement supérieure seront suffisants et l'Entreprise pourra trouver sans difficulté les ressources monétaires nécessaires à sa modernisation, tout en supportant facilement les charges financières correspondantes. Les pouvoirs publics devront adapter ces idées à la nature ou à la taille des Entreprises et préciser la structure des différents organismes indispensables et la façon pratique de diffuser ces nouvelles actions contributives ou développement.

Il paraît indispensable que l'expérience puisse être tentée et que l'immense travail nécessaire s'effectue dans l'Urbanité puisque c'est de cette, façon seulement, que la Société Industrielle pourra être accordée à l'évolution de la pensée et des faits.

9. Que demande encore la Société Industrielle ?

Dans ce qui suit, on va examiner successivement les points principaux suivants qui se rapportent d'abord au travail, à l'énergie, aux transports et communications, aux transports aériens, aux télécommunications, aux matières premières, aux moyens financiers et à la fiscalité, aux problèmes des débouchés ; ensuite, on évoquera les conséquences du développement industriel, car c'est de cet ensemble que dépend, aujourd'hui, l'avenir de la Société Industrielle.

On peut déjà observer que l'économie générale exige pour notre pays :

- l'action réfléchie des compétents,

- le dynamisme de la population et surtout de ses élites,

- l'adaptation permanente de la formation des hommes aux besoins de l'activité économique,

- la participation mesurée du travail salarial, qui devra aussi revêtir un caractère affectif afin d'assurer à cette participation un certain enthousiasme réfléchi pour qu'elle soit valable et qu'elle se réfère surtout à des perspectives de croissance.

Cette dernière politique pour réussir devra encore s'appuyer sur une épargne publique importante qui ne se dérobe pas, ce qui implique que l'Etat gère correctement l'économie et refuse le gaspillage des deniers publics, bonne façon de maintenir aussi constant que possible le pouvoir d'achat de la monnaie. En plus de ces nécessités, il ne faudra pas trop fonder la croissance industrielle sur le commerce extérieur, puisque tous les pays industriels font de même, et que la conclusion ne pourrait être qu'une concurrence acharnée qui risquerait d'anéantir les capacités de production des secteurs concernés. Il paraît donc raisonnable et préférable d'appuyer l'activité industrielle sur une consommation intérieure élevée et d'orienter les exportations dans les domaines de la haute technologie dans les secteurs où notre supériorité s'impose sans contredit.

a) Problèmes liés au travail

Travail et emploi

On peut simplement remarquer que, le travail étant à l'origine de toute création de richesse, il convient déjà de revaloriser le travail manuel sans lequel les plus belles créations de l'esprit resteraient lettre morte. En effet, si une collectivité quelconque veut améliorer son sort, il faut qu'elle fournisse beaucoup de travail rentable, c'est-à-dire bien organisé, pour qu'il soit Efficace. Dans le cas de notre collectivité nationale, après la longue période de semi léthargie due aux luttes partisanes et inutiles de la fin du siècle passé ou du début du siècle présent et surtout aux deux conflagrations générales que nous avons subies et dont la première nous a marqué cruellement, avec plus de un million et demi de morts et la disparition au combat d'une grande partie de nos élites, que notre Etat n'a pas épargnées, car il pense plus souvent au présent et à l'égalité stupide qu'à l'avenir, on peut affirmer sans risquer le démenti que nous avons encore besoin de travail, et surtout de travail utile. Il nous faut donc beaucoup d'organisation et de rentabilité, même si cela paraît actuellement en contradiction avec la situation de sous-emploi qui s'est manifestée au cours des années 1974 à 1992.

Nous devons en effet améliorer encore le sort d'une partie importante de notre population, assurer l'emploi de près de vingt-six millions d'actifs dans vingt ans, alors qu'il y en a vingt-deux actuellement, c'est-à-dire qu'il faudra donner une occupation à quatre millions de personnes supplémentaires, et probablement aussi répondre aux nécessités de l'Indépendance Nationale, c'est-à-dire de notre Dignité, sans oublier de satisfaire aux besoins matériels et moraux des générations actives précédentes et aussi à certains besoins essentiels des peuples déshérités de notre globe.

Devant une telle masse de travail à accomplir, il paraît anormal de réduire dès maintenant la durée du travail, car l'ampleur des tâches que nos générations doivent encore réaliser découle simplement d'une logique simple et d'une morale élémentaire. L'ampleur de cette tâche implique nécessairement un choix, qui en dernière analyse se révèle d'ordre politique et qui devra être fait par le pouvoir exécutif, sensé représenter les intérêts supérieurs de notre peuple, étant entendu cependant que les différentes variantes possibles auront fait l'objet d'une étude comparative détaillée, rendue possible par l'existence d'un Plan prospectif d'action.

Ces généralités posées, il convient maintenant, toujours pour rester dans le cadre pragmatique de cet essai, de tenir compte des dernières données du travail, en raison des situations de sous-emploi que connaît actuellement le monde développé et d'examiner objectivement d'abord le problème de la durée du travail et ensuite celui du chômage.

La durée du travail

Si la grande majorité de la population veut obtenir, dans des délais relativement rapprochés, un niveau de vie suffisamment élevé, il faut d'abord, en raison surtout du volume des besoins collectifs encore insuffisamment satisfaits (autoroutes, production d'énergie, logement, prévoyance, systèmes de communications divers, etc), qu'elle admette l'importance des tâches encore à accomplir ; il est donc encore prématuré, voire imprudent, de réduire dès maintenant la durée réelle du travail.

D'un autre point de vue, on doit en plus observer que tant que la demande de produits fabriqués ou de services fera pression sur l'offre, une diminution sensible de la durée du travail effectif ne pourrait aussi qu'entraîner une hausse des prix et par là renforcer la tendance inflationniste en repoussant d'autant la mise sur pied d'une économie saine et équilibrée et le passage progressif de l'économie actuelle à une autre conception économiquement valable, où l'emploi massif de l'automatisation permettra, dans une certaine mesure, de remplacer, tout au moins dans certains secteurs, les tâches manuelles par un travail de contrôle de durée peut-être plus réduite.

La réduction de la durée du travail entraîne aussi une réduction importante des salaires versés, sauf si ces derniers pouvaient être améliorés, ce qui pose déjà le problème de la rentabilité du travail car si celle-ci n'est pas atteinte, l'employeur serait amené à supprimer un personnel qu'il ne pourrait plus payer. Une telle situation entraînerait en même temps une sous-consommation, si bien que le manque d'achats amènerait, en même temps, un nouveau recul de la production sans oublier une nouvelle progression du chômage.

C'est alors ce qui amène à évoquer, à propos du chômage, le travail féminin et celui des étrangers, puis ensuite la qualité et la formation de la main d'oeuvre.

Le chômage

Dans notre société, il est malheureusement inévitable que certains se trouvent sans emploi. La collectivité prend à sa charge le coût de cette aide économique ; peut-être est-il préférable de maintenir cette forme d'aide, plutôt que de vouloir à tout prix faire survivre des emplois peu rentables. Jusqu'à présent, quand une situation de ce genre se présentait, les vieilles idées malthusiennes réapparaissaient, réduction de la durée du travail, partage du travail, mises à la retraite prématurées, et les tenants de ces idées pensaient que ces mesures pourraient donner du travail à ceux qui n'en avaient plus.

Malheureusement, ce raisonnement est erroné.

D'abord la diminution du temps de travail n'améliore pas la formation d'actifs qui ne seraient pas adaptés à des métiers susceptibles d'accueillir ces chômeurs. Quant aux mises à la retraite prématurées, elles ne pourront amener qu'un important déficit financier des organismes chargés d'assurer le règlement de ces retraites, en raison de leur accroissement subit. Il paraît donc utile déjà de ne pas avancer l'âge de la retraite quand les conditions physiques des individus le permettent et de faciliter même l'emploi de ces retraités dans des postes ne nécessitant pas d'efforts physiques, pour qu'ils puissent continuer à verser des cotisations de prévoyance.

Il faut que nos responsables économiques, et particulièrement ceux des syndicalismes patronaux et salariaux, soient d'abord persuadés que toute orientation défectueuse dans la formation professionnelle handicapera toute l'activité future de la Société Industrielle et il semble que notre pays à l'inverse de nos voisins Allemands se soit trompé dans ses choix en n'accordant pas à notre jeunesse une formation professionnelle suffisante. Il est impossible en effet d'obliger une Entreprise à vendre à perte et c'est cette brutale nécessité économique qui doit conduire à la liberté des prix de vente et malheureusement aussi à celle des licenciements, puisque, par ailleurs, le coût du chômage est supporté par la collectivité (1).

(1) Obliger l'Entreprise à conserver son personnel revient à la condamner et à aggraver le chômage en la poussant à la faillite.

Certains attribuent aussi à l'amélioration de la productivité une des causes de chômage, ce raisonnement cependant a été longtemps contredit par l'expérience puisque l'Allemagne par exemple a pu réintroduire dans son circuit économique près de 7 millions de réfugiés et que nous-mêmes avons fait la même chose pour le million de nos compatriotes rapatriés d'Algérie. Dans une situation de sous-emploi, il paraît plus intéressant de favoriser l'investissement productif en le détaxant, puisqu'il est à la source d'une meilleure production, puis de pratiquer une large politique de reconversion professionnelle et enfin de ne pas trop réduire la consommation et le pouvoir d'achat. En effet, si l'investissement et la consommation en période de plein-emploi sont concurrents, en période de sous-emploi, ils sont complémentaires, car c'est le maintien d'une consommation suffisante qui peut relancer l'investissement pour satisfaire une demande soutenue. Mais il faudrait surtout, pour lutter efficacement cotre le sous-emploi, favoriser l'esprit d'entreprise de nos jeunes concitoyens, grâce à la création de nombreuses petites Entreprises, bien réparties, dans le territoire national, créations facilitées par un crédit rendu attrayant par les pouvoirs publics, car elles seules seront capables d'améliorer l'emploi et de réduire le chômage.

La création de ces petites Entreprises pourrait s'inspirer, par exemple, des solutions qui seront décrites dans le chapitre "Problèmes Agricoles" au sujet de la valorisation des produits de la ferme, par l'agriculture intégrée.

Etant donné enfin le niveau général auquel est parvenu l'ensemble de la population des pays modernes, il faudra porter les efforts sur la production de produits très élaborés qui impliqueront une formation technique bien adaptée.

Le travail féminin

Pour notre pays, aujourd'hui, cette question est d'une importance capitale en raison de sa situation démographique, et l'influence de ce facteur à déjà été précisée dans les chapitres "Population" et "Education et Instruction". Ici, on se contentera d'indiquer qu'aujourd'hui, sous réserve des précautions déjà énoncées dans ces deux chapitres, le recrutement de la main-d'oeuvre féminine doit être facilité. En effet, avec l'accès généralisé à l'enseignement, nos compagnes sont tout aussi capables que les hommes de remplir des fonctions à responsabilité. En cas de récession économique, le travail féminin risque de poser le redoutable problème de la concurrence avec le travail de l'homme, sans oublier non plus les rôles d'épouse et de mère. Compte tenu de ces dernières observations, il paraît que ce travail féminin devra être organisé avec précaution et en fonction des installations collectives de remplacement pour la garde des jeunes enfants qui pourront être mises en place.

C'est pour ces dernières raisons, et comme on l'a déjà dit précédemment, que la vraie solution sera pour la grande majorité des femmes le travail à mi-temps, plus compatible avec la fonction familiale, puisqu'il évite en partie la fameuse double journée bien connue des mères qui travaillent, ou une aide familiale qui ne serait pas considérée par les pouvoirs publics et nos politiciens comme un signe de richesse, mais comme une nécessité et détaxée de ce fait.

Le travail féminin pose à notre pays des sérieuses questions, car si notre pays veut poursuivre son rajeunissement, il sera indispensable que le problème de l'aide familiale soit résolu autrement que par les discours démagogiques habituels de nos partis politiques.Si ce pays arrive à résoudre ces difficiles et affectives questions par une bonne organisation, il en retirera à plus long terme d'autres avantages et la femme pourra lui rendre les facilités qu'il lui a récemment procurées pour l'instruction et l'éducation reçue et qui lui ont permis de développer sa personnalité en devenant, depuis la fin de la Seconde Guerre dans tous les pays de l'Occident, vraiment l'égale de l'homme.

Le travail des étrangers

Actuellement indispensable, en raison du refus de plus en plus généralisé des travaux manuels élémentaires et peu enrichissants par toute la main-d'oeuvre continentale, il devra cependant être strictement réglementé pour ne pas faire de ces travailleurs étrangers des exploités et surtout pour ne pas faire apparaître, si ce pourcentage était trop élevé, le racisme, qui était encore inconnu dans notre pays il y a quelques décennies et que nous devons tout faire pour l'éviter.

Dans une économie active, nos travailleurs nationaux n'auront pas à craindre le sous-emploi, mais il conviendra aussi que les possibilités matérielles d'accueil, en particulier dans le domaine du logement, précédent, si le besoin s'en fait sentir, l'arrivée de ces travailleurs étrangers. Si ceux-ci étaient originaires de pays européens voisins, ce sera en plus l'intérêt bien compris de notre collectivité qu'ils participent eux aussi à l'indispensable renouvellement démographique de ce pays et à l'immense effort collectif nécessaire au progrès.

Dans ces conditions, ils pourront s'intégrer complètement à notre pays avec leurs enfants, comme ce fut le cas déjà après la Première Guerre mondiale avec les travailleurs originaires d'Italie ou de Pologne et qui font maintenant de bons Français.

Quant aux travailleurs immigrés d'origine non européenne, ce problème délicat a déjà été examiné dans le chapitre "Population" et le sera à nouveau dans celui consacré plus loin aux Relations Internationales en raison de leur appartenance religieuse à l'Islam, non pas du fait de la religion musulmane en tant que religion, mais parce que celle-ci risque rapidement de devenir intégriste, avec la Guerre Sainte, et qu'elle déplaît, de ce fait, fortement à la majorité de notre population (en raison des divers attentats du nationalisme Arabe et de l'intégrisme musulman qui l'accompagne souvent, et l'exemple du Liban est bien là pour conforter ce raisonnement) .

Qualité et formation de la main-d'oeuvre

Après le nombre, il faut penser avec la même énergie à la qualité et prendre les mesures indispensables pour améliorer le niveau professionnel des individus.

C'est aux élites responsables de toutes les organisations collectives nécessaires de le résoudre : Education nationale, Armée, Entreprises publiques ou privées, Organisations professionnelles et syndicales, etc, en permettant ou en facilitant l'acquisition ou l'amélioration des connaissances techniques et pratiques. Dans le cas de certains secteurs en évolution technique rapide (par exemple électronique, traitement de l'information, etc). Ce sera même aux Entreprises correspondantes de faciliter la tâche de l'Education Nationale comme cela s'est fait d'ailleurs, au début des applications de ces nouvelles disciplines

Dans le même temps, il faudra aussi connaître les besoins approximatifs du marché du travail dans les différents secteurs économiques pour orienter, en conséquence, la formation des individus. Un tel objectif ne pourra être réalisé que s'il découle d'un Plan prospectif d'action bien conçu pour permettre d'accorder, autant que faire se peut, la formation professionnelle aux besoins effectifs (mais supposés) de l'économie générale, puisque chacun a besoin de gagner sa vie.

C'est cette banalité qui pose la question de la direction à choisir dans la formation de la main-d'oeuvre :

- doit-elle être libérale et laissée au libre choix de chacun ou être autoritaire ?

Dans l'esprit de cet essai, la réponse est assez simple : elle ne peut être qu'orientée pour ne pas conduire au chômage dans certains domaines.

A ce sujet, on peut signaler que, bien que tardif, l'appel de notre jeunesse dans les services de la Défense de la Nation constitue en lui-même un cadre intéressant pour son orientation dans le choix d'un métier. Si les possibilités extraordinaires des machines employées de nos jours dans le traitement de l'information sont déjà utilisées pour l'affectation dans les différentes armes, il convient de mettre, si ce n'est déjà fait, les organisations correspondantes à la disposition de l'orientation professionnelle de la jeunesse.

Conclusion partielle

Actuellement, diverses propositions de réduction de la durée du travail sont formulées, soit pour des motifs de ralentissement de l'activité économique, soit pour des raisons qui se rapportent au confort personnel et à la facilité de la vie.

Sans nier l'intérêt psychologique des seconds motifs dans une collectivité évoluée et prospère, on peut cependant affirmer qu'ils risquent d'aller, actuellement et pendant encore un certain nombre d'années, à l'encontre de l'intérêt bien compris de notre peuple dont le développement sera retardé d'autant et qu'il nous faut, en conséquence, encore attendre que la productivité se soit encore améliorée pour réduire le temps effectif de travail.

b) Problèmes liés à l'énergie

Importance actuelle

Une économie industrielle techniquement évoluée doit disposer, en permanence, d'une énergie abondante et à des coûts raisonnables car cette énergie est de nos jours le gage de la prospérité et de l'Indépendance d'une Nation. Si la guerre entre des Nations modernes devient de plus en plus inconcevable du fait des techniques de destruction massive, le manque d'énergie la rendrait difficilement possible, du moins sous ses formes classiques, car la vie de tous, aujourd'hui, et en particulier celle des Européens, en découle, à moins qu'elle ne devienne un motif de conflit si les détenteurs des énergies de base venaient à créer artificiellement une pénurie sensible.

Au sujet de l'utilisation de l'énergie on peut aussi noter que, en plus des impératifs de sécurité, les différentes sources sont concurrentes entre elles, tant au point de vue des prix que des souplesses d'utilisation. Les problèmes de fourniture sont alors d'autant plus complexes que le pétrole qui nous vient de l'extérieur et ses dérivés donnent lieu à des compétitions d'intérêts liés soit à des économies étrangères, soit à des préoccupations particulières pouvant être opposées non seulement à notre pays, mais aussi à toute l'Europe.

Il se trouve malheureusement que seul le tiers, ou même moins, des ressources internes en charbon des pays européens est compétitif et que les ressources naturelles de ces pays en pétrole sont encore peu importantes vis-à-vis de besoins rendus considérables par des facilités d'emploi remarquables. Comme ces deux produits charbon et pétrole mais surtout pétrole constituent actuellement l'irremplaçable source d'énergie de base, tous ces pays doivent en importer des quantités très importantes, et la rente de situation ainsi créée pour les différents fournisseurs risque d'être abusive, en constituant même, en ce qui concerne le pétrole, de sérieux motifs de crainte pour les responsables européens de l'activité économique, motifs qui pourraient être à l'origine d'affrontements violents entre pays consommateurs et pays producteurs.

Ce sont ces constations élémentaires qui montrent aux pays de l'Europe occidentale que le moment est venu d'aborder le problème de l'énergie sans détours, en abandonnant rapidement un égoïsme national et un comportement qui ne sont plus de mise à l'époque de la Société Industrielle.

L'Europe et l'Energie

L'importance capitale de l'énergie dans l'Economie moderne amène à penser que, en raison de pressions de plus en plus insupportables, pressions qui sont incompatibles avec la Dignité de chacun des pays qui constituent cette Europe, et dont le racisme n'est pas absent, il est nécessaire et même indispensable que tous nos pays cessent d'abord un gaspillage insensé et adoptent également une politique communautaire de l'énergie.

Sans doute et comme on l'a dit déjà plus haut, l'Europe, pendant très longtemps a tiré profit de richesses importées de pays qu'elle avait colonisés, mais aujourd'hui, chacun veut profiter, grâce aux idées d'équité et d'indépendance développées presque uniquement en Occident, des biens que dame Nature a disposés dans son espace et on va examiner le cas des différentes sources d'énergie.

Le Pétrole

Dès l'abord on peut observer que ce sont les connaissances scientifiques et techniques des Occidentaux qui ont permis de mettre au point des matériels puissants et diversifiés qui ont donné la possibilité de tirer du sous-sol de certaines contrées des quantités considérables d'un pétrole qui joue aujourd'hui un rôle majeur dans l'expansion industrielle, en raison de ses facilités d'emploi. Pendant très longtemps, ces pays ont tiré, par exemple de contrées intériorisées et souvent incultes, arriérées et désertiques, des Profits considérables qui ne laissaient aux pays producteurs qu'une part très insuffisante puisque ces Etats étaient incapables de tirer parti eux-mêmes de cette manne enfouie dans le tréfonds de leur sol. On voyait alors dans ces pays la richesse la plus apparente, pour ne pas dire la plus insolente, côtoyer la misère la plus sordide en raison de structures moyenâgeuses.

Pendant de nombreuses décennies, les pays de l'Occident ont profité de cette situation, mais aujourd'hui, épuisés par leurs querelles et par deux guerres planétaires, les voilà soumis au bon vouloir des producteurs, n'ayant pensé qu'à court terme. Ainsi, ils ont trop rapidement réduit une production charbonnière qui, bien que difficile, les mettait à l'abri du besoin et ils ont cru, naïvement, que les pays qu'ils avaient émancipés n'abuseraient pas, à leur tour, de la situation de monopole que la nature leur avait octroyée.

Malheureusement, les hommes sont comme ils sont, soumis aux "Volontés de Puissance et de Domination", et ces peuples libérés, souvent d'un faible joug, n'ont pas manqué et ne manquent pas de tirer parti de la situation de dépendance dans laquelle tous les peuples occidentaux de l'Europe et même d'Amérique se sont mis eux-mêmes. S'il est normal et moral que les pays producteurs profitent équitablement de ces fortunes, c'est maintenant le simple bon sens qui doit amener ces derniers à ne faire payer à l'Europe industrielle, qu'un prix qui n'empêche pas son activité. La sécurité énergétique de notre continent est alors à placer en tête des préoccupations de nos pouvoirs politiques.

Une attitude contraire tendrait à faire passer les vieux pays de l'Europe occidentale sous les fourches caudines des pays arabes exportateurs, ce qui ne serait pas sans causer ultérieurement à ceux-ci d'autres dommages.

On peut d'ailleurs observer, à ce sujet, que si les pays Occidentaux arrivaient, par des recherches poussées et coordonnées, à mettre sur pied des produits capables de remplacer le Pétrole pour les transports, par exemple en utilisant l'hydrogène, excellent combustible dont la combustion donne de l'eau et n'est donc pas polluante, la suprématie raciste des producteurs du Moyen-Orient aurait vécu et tous les pays modernes doivent donc conjuguer leurs efforts pour aboutir à un résultat de ce genre .

Pour essayer de suggérer une formule permettant d'aboutir à un prix raisonnable et équitable du pétrole, on peut déjà signaler que, dans notre pays, quand un individu quelconque trouve un trésor enfoui dans le sol, la découverte lui appartient pour moitié seulement, l'autre moitié allant à l'Etat. Pourquoi ne pas appliquer une méthode de ce genre et mieux encore pourquoi ne pas adapter la structure suggérée pour l'Entreprise fondée sur un "Capitalisme à accession communautaire" à la situation actuelle, car il semble qu'elle permettrait de régler équitablement aux pays producteurs des richesses que d'autres ont trouvées et mises en valeur alors qu'elles étaient inconnues et inexploitées il y a seulement quelques décennies.

Il serait alors très intelligent que les élites de ces pays, qui ont appris sur les bancs des écoles des pays occidentaux les connaissances économiques et humaines qui leur permettent aujourd'hui de ne plus subir des effets de "Volontés de Puissance et de Domination" périmées, soient conscientes, au même titre que celles des pays consommateurs, que la politique dite des canonnières (1) est, elle aussi, définitivement passée.

(1 ) Point de départ d'un incident Franco-Allemand à Agadir en 1911.

C'est ainsi qu'une augmentation trop sensible du prix du pétrole brut, aurait des conséquences incalculables à de nombreux points de vue, d'abord en accélérant la recherche du précieux liquide dans des régions politiquement sûres ou dans le domaine maritime (2) puis en s'efforçant de réduire au maximum les consommations, par exemple par une meilleure isolation qui ne manquera pas d'avoir rapidement une influence marquée sur la consommation, comme cela a déjà été constaté.

(2) On pourrait même suggérer que les ressources de pétrole découvertes dans la décennie passée dans la mer du Nord, mer essentiellement européenne, soient le symbole d'une Europe affective et communautaire.

En rendant encore une certaine compétitivité au charbon, un prix trop élevé du pétrole ne manquerait pas non plus d'accélérer encore les recherches dans les domaines divers de la production d'électricité nucléaire (1) production qui est seule capable de lutter, sans pollution atmosphérique, contre l'utilisation du pétrole de façon économique, tout au moins dans certains domaines.

(1) La solidarité des pays de l'Europe, en raison de leurs capacités intellectuelles, devrait pouvoir apporter dans des délais réduits, grâce à l'électricité nucléaire, une réponse partielle au problème de l'énergie et sa résolution permettrait à tous les pays continentaux d'envisager l'avenir avec plus de confiance. Au sujet des oppositions des écologistes, on doit observer qu'elles doivent rester objectives, sinon ce serait d'abord faire le jeu des producteurs de pétrole et ensuite compromettre peut-être définitivement l'avenir de l'énergie nucléaire qui paraît actuellement seule capable de satisfaire les besoins futurs et problables de l'Europe, devant lesquels les inquiétudes des écologistes doivent rester dans le juste milieu car si toutes les précautions de sécurité sont prises, la pollution de ce genre de centrales est réduite vis-à-vis de celles qui brûlent du mazout ou du charbon.

Il est donc de la première importance que l'ensemble de notre continent ne ménage aucun effort dans le domaine des énergies de remplacement pour qu'il puisse s'affranchir d'une dépendance qui est le contraire de la Dignité et qui amènerait, peu à peu, un consensus populaire sur la nécessité d'une intervention comme celle du Golfe Persique.

Mais, en plus des conséquences économiques qui résulteraient d'un prix trop élevé du pétrole, il en est de plus importantes dans les domaines financier et monétaire, sans même parler des conséquences d'un chômage qui irriterait violemment les populations de l'Europe.

En effet, les pays producteurs se trouveraient devant une telle masse de moyens de paiement que tout l'ensemble du circuit monétaire mondial se trouverait bouleversé et les pays industrialisés seraient placés devant un déficit de leur balance des échanges tel qu'il entraînerait inévitablement à la fois la dévaluation des monnaies de l'Occident et le contrôle des industries européennes par la masse des capitaux des pays producteurs de pétrole. Cette situation ne manquerait pas de créer un climat psychologique tel que les conditions nécessaires à un casus belli ne tarderaient pas à être réunies, surtout si les pays producteurs en interrompant ou en réduisant leurs livraisons provoquaient un chômage important.

On peut alors observer que les Etats modernes (c'est-à-dire leurs citoyens contribuables) ont accordé aux pays défavorisés par la nature et, déjà depuis de nombreuses années, des aides matérielles importantes qui compensent, en partie, les bénéfices considérables que les pays européens ou nord-américains ont tiré des circonstances de la colonisation, même si les richesses naturelles de ces pays étaient laissées à l'abandon, par incompétence technique. On pourrait suggérer aux pays du Moyen-Orient, remarquablement bien dotés en pétrole, de penser également à leurs voisins déshérités en accomplissant en leur faveur un effort digne de celui qui a été déjà consenti par les Nations industrielles. La détermination d'un prix acceptable pour le pétrole brut devrait être aujourd'hui fixée dans un accord direct entre producteurs et consommateurs, étant entendu également que les pays pauvres y participeraient aussi pour pouvoir, ultérieurement, recevoir une aide substantielle.

En refusant une hausse extravagante et en refusant aussi une indexation automatique qui entraînerait à la fois le chômage et l'inflation pour tous et la famine dans les pays pauvres, les pays producteurs se prouveraient, à eux-mêmes, qu'aujourd'hui ils sont capables de profiter des connaissances que le contact des Nations modernes, même s'il ne fut pas toujours désintéressé, leur a apportées au cours des cinquante dernières années, en prenant enfin conscience de la solidarité humaine qui unit tous les hommes.

On pourra cependant espérer que les pays producteurs n'abusent pas d'une situation telle que, si elle amenait à réduire l'activité économique des Nations industrielles en entraînant le chômage, elle risquerait de créer peu à peu un accord général pour des solutions de force qu'il convient d'éviter par-dessus tout, d'autant plus que l'innovation technique, produit de l'intelligence, de la connaissance et de la persévérance a déjà retourné en partie la situation, peut-être plus rapidement qu'on aurait pu le penser, même après la guerre du Golfe Persique.

Le Charbon

En ce qui concerne maintenant ce produit de base qui fut à l'origine de l'industrie européenne au dix-neuvième siècle, on peut remarquer qu'aujourd'hui les mines de toute l'Europe sont d'une exploitation difficile, donc onéreuse, et qu'en conséquence leur production ne peut lutter sous des formes économiquement valables et résister avec succès aux importations d'un charbon nord-américain par exemple, extrait mécaniquement dans les mines à ciel ouvert et transporté dans les ports européens par minéraliers complets. En prenant alors en considération les seules exigences de la rentabilité industrielle, il est certain que de nombreuses mines européennes devront à terme plus ou moins rapproché être définitivement fermées, devant la simple concurrence de bassins plus favorisés par la nature, sans même mentionner la facilité avec laquelle le pétrole pourra toujours s'adapter, si les producteurs le veulent, au prix du charbon, pour lui faire concurrence en dehors des époques de crises politiques qui lui redonnent un intérêt certain.

La solution purement rentable d'un charbon considéré seulement comme source de chaleur n'étant plus valable dans beaucoup d'utilisations d'autant plus qu'il pollue de façon très importante l'atmosphère (1), il faut s'efforcer maintenant de développer son usage comme matière première notamment dans le domaine de l'industrie chimique. Une application de ce genre peut en effet supporter, dans une certaine mesure des coûts à la production plus élevés en raison de la plus-value marchande des produits tirés de la houille et c'est dans cette voie qu'il faut se diriger en priorité.

L'Electricité

Fille chérie, puis mère du progrès technique, elle joue de nos jours un rôle de premier plan dans l'activité industrielle et dans la facilité de la vie courante. Actuellement, si on peut l'obtenir soit de façon classique (hydraulique ou thermique), le nucléaire entre en force et il est probable qu'avant la fin de ce siècle la production nucléaire sera largement prépondérante en raison de certaines de ses qualités (propreté, absence de fumée entraînant une pollution réduite) ; il conviendra cependant de prendre toutes les garanties de sécurité permettant de répondre de façon économique aux soucis légitimes des écologistes et de ne rien négliger dans le même temps dans la recherche scientifique et technique qui lui est attachée, par exemple dans le domaine des surgénérateurs.

(1) Certains spécialistes ont récemment attiré l'attention sur un développement dangereux de la production d'énergie électrique d'origine thermique par la Chine, vis-à-vis de la pollution de l'atmosphère par la combustion d'un charbon de mauvaise qualité, impropre à d'autres usages, alors que l'emploi de l'énergie nucléaire ne présenterait pas ce risque.

Le Gaz naturel

Il faut l'utiliser dans toute la mesure du possible, suivant ses caractéristiques spécifiques, et, en particulier, comme matière première et limiter son usage comme source d'énergie, à l'exception des foyers domestiques en raison de ses qualités de propreté et de souplesse d'emploi. Brûler ce précieux gaz dans des foyers industriels pour obtenir par exemple de la vapeur et de l'électricité apparaît alors comme une hérésie et un danger justement en raison de sa facilité d'emploi qui amènerait un gaspillage inévitable. Il faut donc l'utiliser de préférence, comme cela se fait d'ailleurs maintenant comme matière première dans l'industrie chimique, ainsi que dans certaines industries de transformation comme la céramique, le verre, l'agro-alimentaire, le textile, le papier, le carton etc et peut être aussi comme un remplaçant de l'essence.

En raison cependant de la découverte récente de nombreux et importants gisements, le risque de pénurie n'est plus à craindre et il convient seulement d'achever de mettre sur pied des réseaux interconnectés de gaz naturel pour relier les différents centres de production comme cela est d'ailleurs presque terminé aujourd'hui.

Cette abondance dans le domaine des réserves ouvre aussi une autre possibilité, celle de faire participer la combustion du gaz naturel à la seule production d'électricité de pointe, c'est-à-dire pendant les périodes où la consommation d'énergie électrique est forte. En effet avec la mise au point récente de turbines à gaz performantes, il sera possible au moment de la forte demande de renforcer pendant quelques heures et d'une façon relativement économique, la puissance électrique disponible sur un réseau d'interconnexion qui prochainement, va réunir tous les vieux Etats de notre Europe, qu'elle soit de l'Est ou de l'Ouest.

L'intérêt et la sécurité énergétique de notre continent, dans son ensemble, exigent actuellement de relier tous les gisements découverts au Nord, au Sud, à l'Est, ou à l'Ouest aux centres de consommation, sans tenir compte d'un nationalisme aveugle quelle que soit son essence, ou d'intérêts particuliers idéologiques ou non, dépassés comme ils le sont aujourd'hui par l'évolution des techniques. Cette interconnexion générale des gisements de l'Europe, qu'elle soit de l'Est ou de l'Ouest, apparaîtra alors comme un facteur complémentaire pour l'entente et l'association féconde des divers pays, qui, tous ensemble, la constituent au-delà de séparations historiques ou idéologiques qui n'ont rien à voir avec cette obligation impérative de sécurité économique globale.

Conduite à tenir par notre continent

L'exposé succinct de ces considérations fait entrevoir la complexité du problème des fournitures d'énergie (charbon ou pétrole), et la nécessité de le régler dans son ensemble en tenant compte de toutes les incidences, techniques, financières, sociales, nationales ou internationales, directes ou indirectes de ces fournitures. Là encore, il ne peut être fait appel qu'à une organisation rationnelle, recouvrant d'abord l'Europe, le monde ensuite.

Alors organisons nous ! réfléchissons ! recherchons d'abord pour le charbon des débouchés économiquement valables, dans la chimie par exemple ! diversifions en même temps les sources de nos importations de pétrole, mettons nous tous ensemble pour exploiter ce qui se trouve dans la mer du Nord. L'effort de tous, dans ce domaine, n'est pas un obstacle à la satisfaction des propriétaires légitimes, bien au contraire. Aussi abandonnons les querelles de clocher, car ce n'est plus le moment.

En même temps, il faudra que tous nos pays mettent en commun, le plus rapidement possible, tous leurs moyens intellectuels, techniques et industriels, en vue de la production d'électricité d'origine nucléaire car elle est aujourd'hui, la seule source possible pour assurer à notre continent dans son ensemble, la suffisance énergétique. C'est dans cette voie nucléaire que notre continent, importateur considérable d'un pétrole dont il n'a pas la maîtrise et qui est indispensable à sa prospérité, à son avenir et à la sauvegarde de sa liberté, doit oeuvrer en priorité, car il a la capacité intellectuelle d'aboutir et, pour qu'il puisse le faire, il faut d'abord oser et oeuvrer dans ce sens, ce qui ne l'empêche nullement de prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires et indispensables pour donner une assurance suffisante à la population, qui a été particulièrement traumatisée par le désastre écologique de Tchernobyl en 1986, conséquence d'une technique défectueuse, alliée à un régime qui n'autorisait pas la critique, même technique.

Ce sont ces dernières observations qui vont pousser les peuples de notre continent à s'unir dans le cadre de cette Europe des régions humainement et économiquement homogènes, telle celle qui est souhaitée dans cet essai. C'est l'importance de leurs besoins, associée à la faiblesse de leurs ressources, qui doit être un motif d'action commune dans le domaine de l'énergie, unité d'action qui va devenir, de plus en plus, la garantie fondamentale de la survie de ce continent libéral et humaniste au sens large du terme, dans une économie qui contribuera au bien-être de tous, et plus tard à celle du monde entier.

c) Problèmes liés aux Transports et aux Communications

Vue d'ensemble

Les qualités de rapidité, de souplesse ou de puissance des moyens utilisés sont, comme l'énergie, des atouts majeurs pour l'expansion et l'action de la Société Industrielle. Mieux encore, l'infrastructure qui leur est nécessaire constitue un atout et un des fondements du développement général et si l'existence des voies de transports faciles et économiques n'entraîne pas obligatoirement la croissance d'une région, son absence, en revanche, conduit fatalement à son sous-développement ( c'est ce qui s'est passé chez nous, avant la création des chemins de fer où notre développement industriel a été retardé par la difficulté des transports, contrairement à l'Angleterre qui disposait de voies maritimes et fluviales naturelles mieux disposées que les nôtres)

Les différents moyens utilisables étant concurrents et chacun ayant en outre ses caractéristiques spécifiques et un domaine d'action propre, il est utile pour assurer un développement harmonieux de l'économie, et par là de la communauté nationale, que le transport soit organisé et défini par une politique d'ensemble cohérente, de telle sorte que la collectivité en retire le maximum de Profit, qu'il s'agisse du transport proprement dit ou de ses influences annexes dans les régions desservies. Malgré l'évidence des spécificités d'usage de ces différents modes de transport, on ne peut dire, malgré tout, que notre pays se soit suffisamment préoccupé de ce problème fondamental ou, s'il l'a fait, c'est en tenant trop compte du seul intérêt de certains moyens, comme les chemins de fer, pour des questions électorales.

Le désordre actuel de l'économie des transports dans notre pays résulte alors de l'absence d'une saine politique de coordination entre les différents moyens possibles. Si le développement des techniques a une influence considérable sur les prix de revient et si la modernisation doit être le support de l'action, la rentabilité, elle aussi, doit toujours entrer en ligne de compte.

La méconnaissance du prix de revient jointe à la demi léthargie qu'à traversée notre collectivité entre les deux guerres mondiales a amené la situation présente : réseau de voies navigables pratiquement à l'abandon sauf sur certains itinéraires, large réseau routier à la campagne mais souvent inadapté dans les villes ou à leurs abords, réseau autoroutier encore inachevé, réseau ferré parfois surabondant, voies aériennes intérieures encore inuffisamment développées.

Actuellement, chez nous, la situation la plus délicate résulte de la concurrence qui existe entre la voie d'eau et le chemin de fer, d'une part, et, d'autre part, entre ce dernier et la route.

La concurrence entre la voie navigable et le chemin de fer

Si la géographie de notre pays ne se prête pas aussi bien que celle de nos voisins allemands et belges à la construction d'un réseau fluvial intérieur très complet, on peut affirmer cependant que notre collectivité nationale a probablement commis une grave erreur en négligeant pendant un siècle un réseau qui aurait pu lui rendre de grands services, eu égard à ses qualités intrinsèques. Actuellement, ce réseau est très hétérogène et fort peu de régions peuvent bénéficier des avantages de la voie d'eau, en raison d'une infrastructure désuète et pourtant ses avantages pour les produits pondéreux de toute nature sont incontestables.Cependant nos divers responsables politiques en fondant leurs raisonnements, probablement sur des calculs économiques partisans (le papier se laisse écrire), ont toujours sacrifié la voie d'eau au profit du rail et de la route. Si cette politique continuait, notre pays se priverait délibérément d'un moyen de mise en valeur considérable pour l'aménagement du territoire, qui permet, lui, le développement et la création d'industries lourdes dans les régions qui s'y prêtent. L'expérience de nos voisins européens est là d'ailleurs pour confirmer le bien-fondé de ces observations, puisque les installations correspondantes, dans ces Etats, sont modernisées en permanence.

C'est pourquoi certains itinéraires, le long desquels l'économie doit prochainement s'étendre, doivent être inscrits dans les prochains programmes de travaux, ne serait-ce que pour les liaisons entre la Seine, le Rhône, le Rhin et la Moselle.

En particulier, la liaison entre le Rhône et le Rhin permettrait à l'endroit où la distance est la plus courte entre la mer du Nord et la Méditerranée de donner à tout l'Est de notre pays des possibilités certaines de renouveau industriel. (1)

(1) L'opposition des écologiste à ce projet devra être constructive.

Cette liaison serait le pendant de celle, presque achevée maintenant, entre le Rhin et le Danube ; elle pourrait même être envisagée par une association entre l'Allemagne et la France car les deux pays en profiteraient en renforçant ainsi l'économie de l'Europe. Cet équipement est d'autant plus logique que le Rhône est maintenant presque complètement aménagé, grâce à la production d'électricité hydraulique, ainsi que la Saône, si bien qu'il ne reste que les deux cents kilomètres du cours du Doubs à moderniser, puisque ceux-ci, actuellement, constituent un cul-de-sac qui empêche notre pays de profiter complètement des travaux déjà faits, travaux qui permettraient par ailleurs de mieux asseoir la capacité industrielle de l'Europe et à notre pays de prouver, aux yeux de tous, une profonde volonté européenne de coopération économique avec toute l'Europe centrale.

Le problème de la modernisation de notre réseau fluvial n'est donc pas seulement technique ou financier, il est surtout politique et notre pays pourrait s'apercevoir d'ici à quelques décennies que notre intérêt, à long terme, ne dépend pas uniquement et nécessairement d'interprétations mathématiques, même théoriquement justifiées.

Si un programme rationnel est rapidement entrepris dans ce secteur, il faut cependant que chaque citoyen soit persuadé que la croissance des régions ainsi desservies ne pourra s'effectuer que progressivement, au fur et à mesure de l'achèvement des ouvrages et on peut observer que le chemin de fer et la route bénéficieront ultérieurement d'un supplément certain de trafic dû à l'accroissement de l'activité des régions traversées par la voie d'eau. C'est ainsi que le port de Marseille pourrait profiter largement du supplément de trafic consécutif à la mise en service de ces deux cents kilomètres à achever sur le Doubs.

On peut encore observer que cette voie Méditerranée, Mer du Nord, Mer Noire permettrait de rééquilibrer les rapports économiques entre l'Europe du Sud et l'Europe du Nord et d'oeuvrer à la construction de cette Europe des régions économiquement et humainement homogènes qui est souhaitée ici et qui constituerait un but valable pour l'association de notre pays et de sa voisine de l'Est.

La concurrence entre le chemin de fer et la route

Elle pose un problème voisin du précédent et si c'est une évidente banalité de constater les obligations et les charges légales du chemin de fer, ainsi que la rigidité de son implantation, on peut remarquer que sa rentabilité sur les grands itinéraires électrifiés est remarquable et en tout cas bien supérieure à celle des transports routiers encombrants et de faible capacité relative. Récemment, l'expérience du train à grande vitesse (T.G.V.) sur une grande partie de notre réseau a donné entière satisfaction et a prouvé aussi que le chemin de fer n'avait pas dit son dernier mot.

La prochaine extension du réseau TGV à l'ensemble des pays de l'Europe du Nord et du Sud coulera de source, d'autant plus que l'encombrement du ciel européen va poser prochainement de graves problèmes.

Dans ces conditions, les usagers ne peuvent que souhaiter son extension prochaine à d'autres itinéraires, en France en particulier pour faciliter certaines relations transversales et aussi à l'étranger, comme en Angleterre avec le tunnel sous la Manche et en Allemagne ou même en Espagne où l'on devra à cette occasion modifier l'écartement du réseau pour adapter la norme européenne pour laquelle l'aide économique de l'Europe doit couler de source.

Quant au transport des marchandises, on peut observer que l'indispensable coordination doit s'effectuer pour les transports à grande distance au bénéfice du rail alors qu'au contraire, pour les faibles distances, le véhicule routier est sans conteste possible le mieux adapté.

Le développement accéléré des remorques rail-route associé à la technique des conteneurs qui permet le porte-à-porte, et la modernisation de l'infrastructure matérielle et commerciale correspondante implique non pas une concurrence implacable mais une collaboration intime entre ces deux moyens, doit alors être établie pour le plus grand bien collectif.

Cette solution associant le transport routier au transport ferroviaire est d'autant plus nécessaire, voire indispensable, dans notre pays qu'avec la récente prolifération des véhicules routiers de tonnage excessif, notre réseau autoroutier Nord-Sud, utilisé de plus en plus par nos voisins, sera exagérément utilisé et présentera un risque non négligeable de paralysie sur certains parcours, par exemple dans la traversée des Alpes, ou dans la vallée du Rhône.

Ces paralysies ont comme conséquence d'annihiler une utilisation normale des énormes investissements consentis pour la circulation des véhicules plus légers. Pour y remédier, il faut que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires pour que les lourds véhicules ou les remorques prennent le train pour traverser notre pays, en retrouvant leur tracteur à la gare la plus proche, car les autoroutes de la vallée du Rhône ou des traversées des Alpes ne doivent pas être rendues inutilisables du fait d'une circulation inconsidérée des gros véhicules routiers venant, en particulier, de toute l'Europe du Nord. Il ne parait pas en effet impossible de prévoir des trains complets de wagons surbaissés partant de gares à choisir dans le nord pour les faire parvenir, par un voyage nocturne dans certaines gares du sud de notre pays ou d'Italie où d'autres tracteurs les attendraient.

Les autoroutes
But

Leur but est d'apporter des améliorations à la circulation automobile qui croît dans notre pays à une allure vertigineuse et leur mise en service amène les réflexions suivantes, sur leur construction et sur le financement correspondant :

Si leur construction et celle des onéreux ouvrages d'art de raccordement sont une nécessité évidente aux abords des grandes villes et même aussi dans certaines régions, en raison de la densité du trafic, il ne semble pas toutefois indispensable, vu leur prix de construction particulièrement élevé et les ressources encore limitées de notre collectivité, de les généraliser partout, même dans des régions à faible circulation, puisqu'une voie à quatre bandes de circulation séparée en leur milieu par un terre-plein réduit et comportant seulement, sauf pour les transversales importantes, des ouvrages de raccordement à niveau, remplirait, pratiquement, dans ces régions, le même rôle pour des dépenses et des délais d'exécution considérablement inférieurs, surtout si l'on pouvait utiliser, en partie tout au moins, un itinéraire déjà existant.

Au voisinage des agglomérations, en revanche, l'autoroute ne peut être remplacée mais elle devra éclater en plusieurs bandes pour assurer la dispersion des véhicules et comporter les réserves de terrain indispensable à un élargissement futur, pouvant répondre à l'accroissement inévitable du trafic.

Financement des travaux

Les investissements nécessaires à l'autoroute sont extrêmement lourds et le simple bon sens demande qu'il soit fait appel à l'épargne des citoyens, puisqu'elle permet d'étaler, sur plusieurs décennies, des investissements qui seront bénéfiques à plusieurs générations. Pour que l'épargne puisse être collectée librement, il suffit de la rémunérer normalement au moyen d'un péage qu'il faut examiner seulement en fonction du principe général d'Efficacité, fondement de la pensée générale de cet essai.

Comme pour le logement, l'utilisateur doit admettre de payer le service rendu à sa juste valeur. En raison cependant de l'ampleur des équipements à faire et de leur coût, il est probable que l'épargne individuelle des citoyens sera insuffisante et qu'il devra être fait appel directement au budget public. Il faudra alors utiliser des formules permettant d'associer des capitaux publics aux capitaux privés, et on ne voit pas, là encore, quels arguments valables pourraient s'opposer à cette formule, puisque l'autoroute aujourd'hui a une influence considérable sur l'économie et la vie, c'est à dire sur le désenclavement de certaines des différentes régions de notre hexagone .

Pour se convaincre s'il était besoin de la valeur des solutions qui font intervenir entièrement ou partiellement la notion de rentabilité, il n'est que de regarder certaines de nos réalisations par exemple dans les Alpes ou dans le Jura qui sont fondées sur le péage et que nos ingénieurs ont transformé en de véritables monuments d'art.

Implantation des réseaux autoroutiers

S'il paraît logique de s'adresser à l'épargne privée, tout au moins en grande partie pour le financement de la construction du réseau, en revanche la décision de réaliser tel ou tel itinéraire doit dépendre de l'Etat et seulement de lui, étant entendu que ses services auront recueilli toutes les informations économiques des régions traversées.

Nous ne devons plus en effet renouveler l'erreur faite au moment de l'implantation des voies ferrées qui ont modelé presque définitivement la géographie économique de notre pays.

C'est alors dans l'optique de la décentralisation et de la déconcentration des structures de notre Etat que le tracé de ces autoroutes doit être fixé et l'on peut espérer que, cette fois, nos compétents se seront penchés (déjà depuis longtemps) sur ces difficiles problèmes de prospective, liés aussi à la structure administrative de notre pays.

Pour conclure, on peut affirmer que la mise en place de ce nouveau réseau routier adapté au service dépend seulement de notions simples de rentabilité, de moindre prix de revient, de prospective ; il convient que tous les citoyens et les responsables politiques et économiques de ce pays soient persuadés de la nécessité absolue de l'Efficacité dans ce domaine, car tout le reste n'est que démagogie et mauvaise gestion, dont ils font les frais sans même s'en rendre compte.

Comme les communications interurbaines par la route deviennent de plus en plus difficiles, en raison des concentrations humaines, il importe de ne pas négliger non plus le chemin de fer ou le métro en raison de leurs qualités de souplesse et de puissance qui permettent d'assurer des transports massifs et, par là, la dispersion des cités, c'est-à-dire l'indispensable décentralisation, gage, elle, de la liberté de l'homme, mais il faudra tenir compte aussi, comme il est signalé dans le chapitre consacré au Logement et à l'Urbanisme, de l'emplacement respectif des logements et des lieux de travail afin de limiter autant que faire se peut, les déplacements des salariés qui constituent aujourd'hui la grande masse de la population, avec le souci de ne pas agresser l'environnement.

Les transports aériens intérieurs

Un problème voisin concerne le transport aérien intérieur. En raison des avantages de rapidité qu'il procure, il doit se développer encore et ne pas être sacrifié, cette fois, à son concurrent direct, le train à grande vitesse (T.G.V.). Quant au choix des villes desservies, le réseau à perfectionner devra s'adapter à l'indispensable décentralisation de notre Etat, en favorisant surtout les liaisons transversales dans notre hexagone pour essayer de remédier à l'étoile des chemins de fer qui a si profondément marqué notre développement.

Les télécommunications et la poste

Contrairement à une époque assez proche où le téléphone n'était qu'un instrument de conversations professionnelles ou mondaines, aujourd'hui, grâce au progrès technique, avec la transmission simultanée du son, de l'image et des données informatisées, les Télécommunications constituent l'essentiel du système nerveux de la Société Industrielle et même de la Société post-industrielle comme l'on dit maintenant.

L'histoire des communications en France peut se résumer en cinq périodes.

- Durant la première période pendant notre grande Révolution, époque pourtant peu favorable en raison de la désorganisation générale, prend naissance le premier système de communication à distance ou Télégraphe Optique de Chappe, créé en 1793. Il est mis en service pour la première fois par la 1ére République Française en 1794 entre Lille et Paris (1). Ensuite ce furent les liaisons avec Strasbourg, Lyon, Turin et Milan nécessaires aux opérations militaires de Napoléon 1er, et déjà dans ce système on lit clairement les nécessités militaires qui l'ont fait adopter : communiquer rapidement de Paris aux frontières. Ce système a conduit en France à la mise en place d'un réseau de 5500 km avec ses tours d'observation (il y en avait 556) et ses guetteurs appelés télégraphiers et ses ingénieurs télégraphes. Ce système fut abandonné vers 1850 en raison d'inconvénients sérieux ; il ne pouvait en effet fonctionner ni de nuit ni par temps de brouillard. Il avait été construit suivant une organisation territoriale qui préfigurait déjà l'étoile des chemins de fer conforme au centralisme jacobin, d'allure militaire et hiérarchique, ce qui ne fut pas sans influencer, même après cette époque, les structures administratives qui y ont fait suite, quand il a été question de recourir à d'autres procédés techniques. Cette administration acquiert alors une tradition solide, faite d'indépendance dans le fonctionnement et de dépendance du pouvoir de l'Etat pour son financement.

(1) Le télégraphe optique de Chappe est une sorte de sémaphore visible à distance avec des tours de guet jouant le rôle de relais et fonctionnant suivant un code secret. Le jour de sa mise en service le 17 Août 1794 il annonce à la Convention la reprise aux Autrichiens de la ville de Condé-sur-Escaut par les armées de la nouvelle République Française. A cette occasion, Chappe reçut de la Convention le titre d'Ingénieur Télégraphe. Ce système à sémaphore fut aussi utilisé à l'époque sous d'autres formes, particulièrement en Angleterre, aux Etats-Unis et en Prusse.

- La seconde période est celle du télégraphe électrique breveté par Morse en 1840 et qui a remplacé le sémaphore de Chappe après 1850. Le second Empire et Napoléon III, qui avaient foi dans le modernisme, en avaient fait un instrument rentable et performant, en favorisant d'abord l'investissement d'origine et le développement des communications (dépêches) ; dès 1851, le télégraphe est ouvert au public et dès 1860 le prix d'une dépêche ne dépend plus de la distance. Le prix uniforme du timbre remontait à 1848. Le monde du commerce et de l'industrie, ainsi que les particuliers, financent la croissance du réseau. En pénétrant au coeur des villages, et en suivant le tracé des lignes du chemin de fer qui viennent d'être mises en place, le télégraphe va malheureusement cohabiter avec la poste, si bien que sa structure est noyée dans celle de la Poste et ce qui avait semblé à l'époque (1870) un avantage intéressant va se révéler plus tard comme un handicap, en raison des poids respectifs différents entre la poste qui emploie déjà 27000 personnes et le télégraphe qui n'en emploie que 3000 (2), étant entendu également que la nature différente des personnels n'était pas faite pour simplifier les choses.

(2) C'est toujours le problème de l'association des faibles et des puissants. Ainsi associer un Etat trop faible à un Etat trop puissant, c'est rendre le faible encore plus faible et le puissant trop puissant.

En effet, d'un côté, il y a la poste dont le représentant bien connu est le sympathique facteur qui parcourait jadis la campagne en vélo et, de l'autre côté, il y a le télégraphe avec son personnel technique qui s'occupe du réseau du télégraphe électrique, avec les nouveaux et impressionnants mystères de l'électricité.

C'est dans ce contexte difficile, après la défaite du second Empire en 1870, qu'apparaît le téléphone qui nous venait d'Amérique présenté, à l'exposition universelle de 1878 à Paris, il suscite un certain intérêt.

Mais l'heure est à la prudence financière car le traité de Versailles de 1871 nous a imposé une énorme indemnité de guerre vis-à-vis de l'Allemagne (5 milliards de francs or) , qui a été entièrement versée et qui a servi à développer l'industrie naissante de notre voisine au détriment de la nôtre.(en francs actuels cela ferait environ : 1000 milliards soit environ le cinquième de notre produit intérieur brut actuel ).

Quant à la IIIe République elle ne saisit pas l'importance du téléphone qui végète jusqu'en 1914 et se contente de consacrer ses forces à certaines luttes religieuses qui ont été à l'origine d'une certaine inefficacité de notre pays, à une époque particulièrement importante pour le développement industriel.

Tout se passe comme si ce grand pays rural au rythme lent et aux échanges restreints n'avait pas besoin du téléphone pour tous et la société française des années 1880 reçoit très mal ce nouvel instrument, dérangeant à bien des égards, puisque n'importe qui peut atteindre n'importe quel abonné et couper la conversation quand il lui plaît. Le téléphone était alors ressenti comme l'intrusion du monde extérieur dans le foyer familial. La France n'avait pas encore fait connaissance avec la Société Industrielle et ses implacables règles d'investissement et de rentabilité, en un mot elle n'avait pas encore acquis l'Esprit d'Entreprise, qu'elle a eu d'ailleurs tant de mal à acquérir par la suite, même jusqu'à maintenant.

- Ainsi se poursuit la troisiéme période qui couvre les années1880-1918.

Après la 1ére guerre, le marché français du téléphone est à prendre, le réseau est mal fait, le matériel vétuste et la raison de cet état de chose est l'absence continue des crédits d'équipement qui n'atteignent même pas les redevances que verse l'administration du téléphone à un Etat qui se comporte déjà comme un mauvais entrepreneur. C'est la conjonction d'une administration postale bureaucratique et d'un ministère des finances à l'esprit étroit qui a entraîné une situation stupide telle, que la moitié de la France attendait le téléphone et l'autre moitié la tonalité (les chansonniers).Cette situation se maintient jusqu'après la Seconde Guerre mondiale puisque le téléphone n'avait pas été retenu comme prioritaire dans la reconstruction d'après-guerre. Pourtant, dans la décennie 1945-1955, le progrès technique est remarquable mais la France, pour le matériel, dépend encore en partie de l'industrie étrangère (américaine ou suédoise).

- La décennie suivante va voir, cependant, le début de la 4éme période qui va assurer, sous la direction de la quatrième puis surtout de la cinquième République à partir de 1958, le passage du téléphone à un service moderne de grande consommation. Cette mise à niveau technique très rapide a été permise, malgré les conséquences désastreuses de la période où notre pays avait perdu l'usage de sa liberté et de son indépendance, grâce à la mise sur pied, dès l'achèvement du second conflit mondial, d'un service de recherches spécialisées (1) qui a permis à la France, en deux décennies, de reprendre une place très honorable, et même le premier rang dans le secteur de la commutation électronique, tout en créant une industrie compétitive et exportatrice dans l'industrie du téléphone.

(1) Le Centre National d'Etudes des Télécommunications (C.N.E.T.) a été créé en 1945.

A la fin de la 4éme période, vers les années 80, qui correspondait au seul service du Téléphone et après une longue période d'incubation, est apparue une 5éme période qui se caractérise par l'émergence de nombreux services de télécommunications, appelés aussi services électroniques. Cette période résulte de l'évolution des techniques et de l'utilisation des outils informatiques, des moyens optiques de la fibre de verre et de l'internationalisation des télécommunications en Europe en liaison avec les Etats-Unis d'Amérique et le Japon.

Elle préfigure ainsi le début d'une ère nouvelle, celle de la transmission et du traitement du son, de l'image et des données, grâce au moindre coût de l'informatique.

Mais, alors que les difficiles problèmes techniques avaient été le plus souvent résolus, ceux qui relevaient de la gestion ne l'étaient pas encore, il y a quelques années, car les services concernés, d'un côté la Poste, de l'autre les Télécommunications étaient des Entreprises particulièrement importantes.

En effet, d'un côté il y avait la Poste avec 315 000 salariés qui manipulaient en 1987 plus de 17 milliards d'objets divers et géraient 8 millions de comptes bancaires, qui est surtout une entreprise de main-d'oeuvre, sauf dans certains domaines, et, de l'autre côté, les Télécommunications qui assuraient avec 160 000 salariés le bon fonctionnement de plus de 28 millions de lignes téléphoniques et de matériels de plus en plus sophistiqués devant assurer le transport de la parole du son et de l'image, qui en font une entreprise d'un haut niveau technique. Ces deux types d'entreprises différentes étaient pratiquement immergées dans notre Société comme le sont par exemple les transports, la distribution d'eau ou d'électricité et l'erreur fut d'imbriquer ces deux services non seulement sous la tutelle d'un ministère commun mais aussi dans les mêmes locaux et ceci depuis les années 1880. Cette imbrication qui avait paru à l'époque comme un avantage s'est révélée par la suite comme un handicap certain, car la rentabilité intrinsèque du téléphone, qui est excellente servait à remédier au déficit de la poste et même à combler le déficit de notre Etat, ce qui était incompatible avec l'esprit de la Société Industrielle et les règles de la bonne gestion.

Il résultait de cette imbrication une certaine notion du Service Public et il est banal de constater que tout ce qui perturbe la bonne marche de ces services essentiels est une atteinte directe à la vie courante et paisible de millions de citoyens et quelquefois l'ensemble de la population se trouve placée dans des situations difficiles, en raison des problèmes posés, par exemple, par la grève dans l'acheminement du courrier, et l'on n'ose pas penser à ce qui se passerait si celle-ci affectait le téléphone.

Il faut donc que des procédures soient prévues pour éviter des situations de ce genre.

Il faut aussi que la notion de Service Public ne soit pas un mot creux, vide de sens, alors que le dit Service Public constitue l'un des thèmes favoris des différents Syndicats salariés correspondants. Il fallait alors que notre pays, en raison d'expériences récentes vécues, en raison des troubles occasionnés à l'économie de la Nation et à la vie personnelle de chacun, cherche une solution acceptable à la fois pour le personnel et pour l'usager.

On peut alors observer que les Télécommunications sont largement bénéficiaires en raison de leur productivité propre, productivité qui n'a pas grand chose à voir avec un travail salarial qui n'est que de surveillance et que le bénéfice correspondant a été souvent utilisé, même par les quatrième et cinquième Républiques, pour remédier, jusqu'à il y a quelques années, non seulement au déficit de la poste, mais encore, ce qui est anormal dans une économie moderne, au déficit du budget de l'Etat.

Il aurait été plus logique et plus rationnel de réduire l'endettement des Télécommunications après les investissements énormes qui avaient été consentis, à partir des années 70, tout en accélérant encore les investissements dans le domaine très rentable des Télécommunications.

Mais cela était à ce moment inaccessible à la pensée économique des dirigeants de nos multiples partis politiques dont la conduite, surtout démagogique, montre que notre pouvoir politique n'avait pas encore acquis, comme dans d'autres domaines "l'Esprit d'Entreprise".

Ainsi l'association d'une activité de pointe, qui fait appel à l'électronique et aux automatismes les plus variés, à une industrie de main-d'oeuvre comme la Poste, est une anomalie dans la mesure où le profit du Téléphone était utilisé pour compenser le déficit de la Poste ou renflouer le budget de l'Etat, alors qu'il devrait seulement, comme c'est le cas d'ailleurs maintenant, permettre de nouveaux équipements.

Il fallait donc dans notre pays comme cela vient d'être fait, supprimer le caractère de monopole d'un Etat qui nous a donné pendant au moins un siècle la preuve de son incapacité manifeste à embrasser les impératifs de la Société Industrielle, à savoir l'investissement et la rentabilité dans ces deux domaines des communications et redonner à ces deux services indispensables à l'économie moderne une structure plus souple, gage de l'Efficacité et de la rentabilité.

C'est pour ces raisons que la structure étatique de ces deux activités, qui dépassait l'échelle humaine, a été adaptée récemment pour la mettre en mesure de répondre à la demande de l'époque. Le plus difficile dans ce domaine, semble-t-il, a été de convaincre le Syndicalisme salarial de ces entreprises qui est aujourd'hui un véritable pouvoir, de ces nécessités impérieuses, car l'intérêt des salariés n'était pas, quoi qu'il puisse en penser, ni dans la conservation de structures dépassées par l'automatisation et l'électronique, ni dans le maintien d'un système de fonctionnariat qui ne protège les salariés que de façon hypocrite en limitant leurs rétributions aux possibilités de cet Etat, et non à l'Efficacité de leurs entreprises.

On peut d'ailleurs remarquer qu'avec la nouvelle structure de l'Entreprise suggérée ci-dessus, le Syndicalisme salarial pourra mieux se rendre compte où résident les véritables intérêts des salariés (d'ailleurs cela était si vrai que cette réforme vient enfin en 1991 d'entrer dans les faits).

d) Les Matières Premières

Le problème crucial de l'énergie, et plus particulièrement celui du pétrole qui a été rapidement analysé plus haut, appelle, comme corollaire, celui des matières premières indispensables aux pays occidentaux industrialisés. Pour disposer de celles-ci, l'Europe va être amenée, dorénavant, à recourir de plus en plus à l'importation, car elle est, dans le lot des pays industrialisés, la moins riche, alors que les pays encore peu développés figurent aux premiers rangs des fournisseurs possibles.

Cette situation ne manquera pas de créer, à terme plus ou moins lointain, une source de probables difficultés en raison des "Volontés de Puissance et de Domination" chères à l'homme et des sentiments élémentaires de vengeance de populations qui autrefois furent colonisées, justement par l'Europe, même si les matières premières étaient inutilisées et la population inemployée. Dans ces conditions, il paraîtrait logique pour éviter, plus tard, des situations explosives, que les relations, entre l'Europe industrielle et les pays encore peu développés, ne s'effectuent plus seulement sur une base mercantile d'exploitation des richesses, mais au moyen d'une association équitable entre les fournisseurs de matières premières et ceux qui les transforment. Il faudra aussi payer les matières premières à leur juste prix et garantir une stabilité des cours, telle que les producteurs, en général peu développés, puissent investir pour leur propre croissance. Il conviendra aussi que ces pays changent d'attitude et abandonnent leurs réflexes de nationalisation, car la production des matières premières nécessite des investissements très importants qui amènent un amortissement de longue durée pour des moyens financiers considérables.

Mais, en même temps, il faudra surtout faire cesser le gaspillage et que l'Occidental reprenne l'habitude de conserver le plus longtemps possible des objets de bonne qualité et de réutiliser des matières premières qui ne disparaissent pas. On peut aussi observer que, avec l'accroissement de la population mondiale, la demande accrue de produits fabriqués va accroître encore à la fois la demande de matières premières et le rejet d'un volume considérable de déchets. Il faudra donc mettre en oeuvre, dans des délais rapprochés, une politique permettant d'éviter les pollutions et les gaspillages de toute nature car, dans ces deux domaines, il vaut mieux prévenir que guérir.

En attendant la mise au point d'une politique concertée de ce genre, notre continent devra aussi favoriser le développement des industries de synthèse qui permettent dans certains domaines de parer aux ruptures d'approvisionnements en matières premières. L'ensemble de ces observations, comme celles faites plus haut sur le pétrole, montrent que tout l'équilibre économique, donc social, des Nations industrielles est un château de cartes qui menace de s'écrouler, car toute la planète est devenue en quelques années un seul univers où aucune crise ne peut plus être isolée et réglée par la force.

e) Moyens financiers et fiscalité

Le premier de ces problèmes est d'une importance capitale car le financement des investissements privés ou publics réclame des sommes considérables ; en raison de son importance, un paragraphe complet de cet essai sera consacré aux Problèmes Financiers et Monétaires dans l'Economie moderne.

Quant au second, qui concerne l'imposition de l'Entreprise et qui est indispensable à la vie de l'Etat, il sera aussi évoqué, plus en détail, dans le paragraphe "Problèmes fiscaux "de cet essai toujours en fonction des principes généraux d'Equité et d'Efficacité.

f) Le Problème des débouchés

Avec l'abondance retrouvée, en Europe se développe une nouvelle forme d'économie. En effet il ne s'agit plus seulement de produire tel ou tel bien, car dans une situation de concurrence acharnée, bénéfique au citoyen consommateur, il faut surtout vendre puisque pour produire, il faut déjà avoir écoulé les produits précédemment fabriqués.

L'économie qui en résulte est dite de consommation ou même de surconsommation en étant la conséquence de celle d'abondance, fille puînée de la Société Industrielle qui reléguait au second plan l'économie de simple production qui venait tout juste de prendre la suite de celle de pénurie, consécutive à la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd'hui, le but principal de l'Entreprise est de vendre, c'est-à-dire de placer ses produits auprès des acheteurs ce qui lui permettra à nouveau de produire. Dans une situation de ce genre, c'est le client qui est son juge suprême et souverain, dont les décisions sont sans appel. En effet, en achetant ou en refusant sa production, il conduit l'Entreprise à la prospérité ou la condamne à la faillite, ce qui peut se traduire par la formule :

La vente prime la fabrication ou encore la vérité du fabricant passe après celle du client.

Dans ces conditions, le citoyen consommateur apparaît comme le maître incontesté du marché, aussi n'est-il pas étonnant que la publicité essaye par tous les moyens d'influencer son jugement en le faisant acheter, alors qu'il préférerait peut-être garder son argent. Dans une économie ouverte aux échanges extérieurs, l'influence publicitaire ne sera bénéfique que si la Vérité est le fondement de ces messages et si le consommateur est bien informé pour contrebalancer ses effets exagérés. On peut alors se rendre compte facilement de la difficulté que vont rencontrer les services commerciaux des Entreprises pour placer, auprès du public, leurs produits et leurs responsabilités vis-à-vis des Entreprises, puisque celles-ci ne pourront fabriquer que ce que le public veut bien acheter. Il parait donc déjà très utile de développer chez nous les études spécialisées dans ce domaine, pour former l'armature commerciale indispensable au placement des produits, que ce soit dans notre pays ou à l'étranger.

Comme l'activité économique est encore conditionnée par les échanges entre les Nations, des idées seront suggérées dans le chapitre consacré aux Problèmes Financiers et notamment au sujet de la monnaie, car elle permet d'effectuer facilement et simplement ces échanges internationaux, facteurs importants de progrès et de paix. On souhaitera cependant que l'activité des Entreprises soit fondée surtout sur la satisfaction des besoins intérieurs, car celle-ci est moins aléatoire qu'un commerce extérieur qui risquera le plus souvent d'être soumis à des contingences d'ordre politique.

g) Les conséquences du développement industriel

Dans la première partie de cet essai, à propos du devoir de croissance et de ses limites, on a indiqué que la croissance économique était un devoir qui s'imposait à tous les membres de la Société moderne, mais que cette croissance était actuellement contestée par la jeunesse, jeunesse qui n'avait pas connu les dures privations correspondant à l'économie de pénurie ou de subsistance consécutives à la Seconde Guerre mondiale, puisque la pauvreté a été depuis réduite justement par l'accroissement des productions permis par le développement de la Société Industrielle.

On a aussi souhaité que l'activité économique soit maintenue à un niveau suffisant et que son produit soit utilisé d'abord pour remédier aux injustices, et non pas pour accroître les différences entre les individus dans les pays qui ont déjà atteint un niveau de développement important, et ensuite pour dégager les moyens financiers nécessaires assurant aux contrées défavorisées des moyens techniques adaptés, qui leur permettraient de réduire sensiblement la période qui les sépare encore d'un niveau de vie adapté à l'époque, à condition toutefois qu'ils satisfassent aux deux désirs suivants :

- le premier concerne le travail : il faut que ces pays consentent à un effort important,

- le second est une restriction considérable de la natalité pour éviter que la production supplémentaire ne serve uniquement à la nourriture d'un supplément extravagant de population sans parler bien entendu d'autres dangers faciles à imaginer comme la conquête de l'espace vital.

La nécessité du développement de la Société Industrielle va alors poser de nouveaux et nombreux problèmes qu'il conviendra de résoudre dans l'optique de ce livre où l'Efficacité de l'action est associée aux autres principes qui ont été retenus comme fondements de l'humanisme et qui permettront de tempérer la croissance pour la rendre acceptable. En effet, l'activité industrielle a beaucoup d'influence sur la vie quotidienne de chacun, par exemple du fait des pollutions qu'elle engendre souvent, ou plus simplement par l'aspect inesthétique de certaines de ses réalisations. On a d'ailleurs déjà attiré l'attention sur cette dernière question dans le chapitre consacré plus haut aux problèmes du Logement et de l'Urbanisme et l'on a souhaité que les pouvoirs publics donnent à leurs entreprises de rénovation de l'habitat, par exemple, une inspiration telle qu'elle évite de défigurer l'héritage culturel qui nous a été légué par nos prédécesseurs. Ainsi l'homme de ce siècle ne doutera pas de la capacité de la Démocratie dans le domaine de l'esthétique, ce qui serait le cas si elle se préoccupait seulement de l'utilitaire et d'un argent trop facile à gagner qui ferait négliger la place du beau

Les premières questions à résoudre, dans ces conditions, devront alors se rapporter à la considération et à la sauvegarde de l'environnement, car il importe, par dessus tout, de ne pas mésestimer l'immense patrimoine artistique de ce pays que les générations présentes ne doivent surtout pas sacrifier, car personne ne sera jamais plus capable de le refaire s'il venait à être démoli pour laisser la place au béton ou à la spéculation.

Les secondes questions se rapportent à la lutte contre les nuisances, les pollutions de tout genre que l'on a l'habitude de nommer par le terme d'écologie ou de défense du milieu naturel. Il est bien certain en effet, par exemple, que l'accroissement du volume des rejets pose de difficiles problèmes à l'industrie, qui avait pris l'habitude d'utiliser les rivières ou la mer comme exutoire à ses déchets, si bien que ces cours d'eau devenaient de véritables égouts où disparaissait toute vie, et qu'il en était de même de la mer, d'autant plus que celle-ci était soumise en outre aux dangers résultant, en cas de naufrages, de l'emploi de pétroliers de plus en plus volumineux. En cas d'accident, ces derniers polluaient et détruisaient toute vie marine sur des kilomètres de côtes comme ce fut le cas chez nous en Bretagne il y a une décennie et récemment en Alaska puis aujourd'hui avec la guerre du Golfe persique et l'incendie des puits de pétrole du Koweit.

De nombreuses sources de pollution des eaux souterraines existent encore, ne serait-ce que par les engrais et l'ensemble de ces problèmes aujourd'hui ne pourra être résolu que dans un cadre national et même international dans certains cas.

En plus de ces pollutions, il existe maintenant d'autres dangers, qui sont liés à la nouvelle source d'énergie que constitue la fission de l'atome. Pour notre pays et pour tous les pays développés d'Europe ou d'Amérique, le choix ne résulte plus seulement d'une comparaison économique entre les avantages et les inconvénients réciproques des diverses formes d'énergie, il est fonction aujourd'hui du renchérissement extravagant du prix du pétrole imposé par les pays producteurs du précieux liquide. Mais, en raison des souvenirs monstrueux laissés par l'explosion nucléaire d'Hiroshima et bien que toutes les précautions possibles soient prises chez nous pour éviter l'emballement de la réaction nucléaire, la crainte reste latente et la catastrophe de Tchernobyl n'est pas faite pour réduire cette peur latente.

Il nous faut donc disposer déjà ces installations assez loin d'un centre habité, tout en prenant les indispensables précautions pour éviter des élévations trop importantes de température des cours d'eau ou de la mer, qui sont utilisés pour le refroidissement du coeur de la centrale nucléaire. Il faudra enfin bien informer les populations de la nature des risques, en demandant leur accord, pour l'implantation de ces installations de fourniture d'énergie primaire, qui permettront à l'électricité de satisfaire presque tous les besoins de l'homme, puisque celle-ci est particulièrement bien adaptée à de multiples usages. Une contestation systématique de l'énergie nucléaire apparaîtrait alors aux yeux du citoyen quelconque comme le meilleur soutien à des prix trop élevés du pétrole. On pourra souhaiter de toute façon, que les pouvoirs publics fassent tout ce qui est possible pour diversifier les sources d'approvisionnement de cette dernière énergie, particulièrement en Amérique du Sud, sans oublier, non plus, ni les économies d'énergie, ni l'impératif de tirer le maximum de nos énergies nationales, ce qui n'est pas l'effet d'un nationalisme obtus, mais seulement d'une prudence élémentaire car l'énergie est vitale pour l'Europe.

Un autre point doit encore être examiné au sujet des conséquences du développement industriel, c'est celui qui se rapporte à la qualité des fabrications à laquelle est liée directement la fourniture des matières premières. Comme on l'a déjà dit plus haut les richesses du sous-sol étant limitées du fait des dimensions du globe, il est indispensable de freiner la consommation de certains métaux pour éviter un épuisement trop rapide, ce qui implique, dans le même temps, de mettre sur pied des politiques sensées de récupération et de chasse au gaspillage, liées à la durabilité des produits fabriqués et à ce sujet on pourra rappeler les trésors d'imagination secrètés par la pénurie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ces quelques remarques sur les conséquences du développement industriel laissent à penser que, pour les résoudre, le bon sens va être encore la qualité la plus nécessaire à toutes nos élites, car tous ces problèmes, dans leurs effets, intéressent la vie pratique de chacun.

10. Stratégie économique

Les différents points qui conditionnent l'évolution de la Société industrielle moderne venant d'être évoqués, il convient maintenant d'examiner pour notre pays ce que l'on peut appeler une Stratégie économique adaptée à une Société Industrielle, qui découle également de la nature internationale des techniques.

On a vu ci-dessus que la production de masse, nécessité du jour, demande des marchés très vastes, des moyens techniques particulièrement importants, des frais de recherche souvent considérables, et surtout une dynamique permise par un Esprit d'Entreprise particulièrement développé. Au sujet des premiers points, on sait que notre pays était, jusqu'à un passé récent, le pays d'élection de l'artisanat et de la petite Entreprise familiale adaptée parfaitement au rythme ancien de notre civilisation agraire et humaniste. Mais la vie actuelle conduit au bouleversement des structures de l'Entreprise, pour que celle-ci puisse atteindre l'envergure nécessaire à la production de masse. On a vu aussi que cette envergure découlait du volume et de la qualité des moyens techniques de production qui sont fonction, eux, des investissements matériels et humains. Il est alors de la plus haute importance, toujours en raison de la nature globale de l'Economie moderne, d'affecter à leur financement le maximum de moyens monétaires. Pour que ce financement soit assuré dans de bonnes conditions, il faut, au niveau de la collectivité nationale, que les dépenses courantes ne soient pas trop importantes et que les citoyens consentent à épargner .

Ce sont ces banalités qui imposent au pouvoir d'achat de la monnaie d'être aussi constant que possible, pour que ces citoyens veuillent bien mettre à la disposition de la Société Industrielle leurs économies, puisqu'ils ne le feront que s'ils sont sûrs de les retrouver en pouvoir d'achat.

Mais, alors que le devenir industriel de ce pays découle déjà directement du financement de ces moyens techniques, il faut bien reconnaître que tous les responsables politiques et économiques de notre peuple n'ont jamais été suffisamment pénétrés des conséquences pernicieuses, voir désastreuses, de l'inflation, qu'elles soient immédiates ou lointaines, puisqu'ils y ont très souvent recouru.

Alors qu'aujourd'hui, dans notre pays, une très grande partie de l'épargne disponible est déjà absorbée par les besoins du logement personnel quand ce n'est pas par ceux de la résidence secondaire, la partie qui pourrait être affectée à l'industrie, qui devrait être son point d'application normal, ne l'est pas, du fait de l'attrait des dépenses personnelles (automobiles, voyages, résidences secondaires, etc) et surtout des souvenirs cuisants des dévaluations successives et de la mauvaise tenue des marchés financiers, par trop soumis aux mouvements spéculatifs.

Quant au dynamisme de l'Entreprise, il émane directement, non seulement de la compétence technique, mais aussi de l'allant du Chef d'Entreprise, de son aptitude à l'assimilation des idées nouvelles, de son sens commercial pour conquérir des marchés lui permettant de placer les produits de ses fabrications, toutes choses qui ne découlent pas directement, il faut bien le reconnaître, ni de l'héritage, ni de la possession de diplômes, mais du sens des affaires.

Dans notre pays, ce dernier sens a été sensiblement réduit par plus d'un demi-siècle de cette inflation qui a anesthésié les responsables économiques et politiques, en leur faisant croire que le Profit monétaire pouvait remplacer le Profit économique qui découle, lui,de la seule Efficacité du travail. Aujourd'hui, avec l'accès de notre pays à l'économie d'abondance, les Entreprises doivent s'adapter si elles veulent survivre, puisque c'est le placement de leurs produits auprès de la clientèle nationale ou étrangère qui conditionne leur fonctionnement, c'est-à-dire leur propre vie. De la réussite de cette transformation dépend une nouvelle période industrielle dont l'enjeu dépassera de beaucoup le simple domaine de l'économique puisque finalement elle intéressera le mode de vie de toutes les populations de l'Europe et même du monde entier. Pour que cette réussite soit certaine, il faut, avant toute autre chose, que l'Urbanité préside aux relations entre le travail et la gestion et que l'un et l'autre participent et s'entendent correctement au lieu de perdre leur temps à des querelles inefficaces dont tous les citoyens font les frais alors qu'il y a tant à faire.

La production de masse, nécessité de l'époque, conduit aussi à la répartition des fabrications et à la concentration des Entreprises, mais il faudra s'efforcer, cependant d'éviter le gigantisme, malgré la diminution des frais de recherche qu'il entraîne par suite de la réduction du niveau de la concurrence qui en est la conséquence directe. La réduction des coûts et la création d'organismes communs de recherche doivent aussi conduire notre continent à l'association par l'imbrication intime des Entreprises européennes, car les concentrer dans le seul cadre national est notoirement insuffisant à notre époque et peut être malsain pour l'association prochaine des nations occidentales.

Les concentrer en revanche, dans un cadre multinational, c'est-à-dire dans celui de notre continent composé de pays aux populations évoluées (1), où la culture humaniste repose sur une évolution lente et progressive, est l'impérieuse nécessité de la survie économique de l'ensemble de nos Etats, c'est-à-dire, finalement, la condition absolue de leur indépendance et du progrès social de leurs populations.

(1) En particulier la formation d'Entreprises communes entre la France et l'Allemagne parait être indispensable pour que ces deux pays deviennent véritablement les deux piliers d'une Europe unie, forte et pacifique.

Mais, pour que la concurrence puisse toujours faire sentir ses effets bénéfiques, il faut que ces concentrations multinationales soient mesurées, pour que l'Internationale des Techniques respecte, elle aussi, le juste milieu. Elles devront en conséquence se rapporter à des Entreprises d'un même continent pour éviter, d'une part, le nationalisme agressif d'univers industriels monstrueux, s'ils étaient réalisés dans le cadre d'un seul Etat et, d'autre part, le reproche de vouloir mieux encore perpétuer la prédominance technique de certains s'ils étaient réalisés par exemple entre l'Amérique du Nord et l'Europe.

Dans un même état d'esprit, il faudra aussi que les Etats concernés respectent la concurrence, ce qui devra amener certains groupes industriels à abandonner effectivement une sorte de nationalisme technique exagéré et dépassé. C'est ainsi par exemple que les marchés publics des divers Etats ne devront pas faire l'objet de mesures de protection particulières, puisque, en facilitant la tâche des industries nationales, ces procédés viseraient tout simplement à empêcher le principe de concurrence de se manifester librement. Mais les concentrations industrielles nécessaires devront entraîner l'harmonisation des différentes règles qui conditionnent la vie économique : durée du travail, régime de sécurité sociale, statut de l'Entreprise, coordination de l'énergie ou des transports, fiscalité, tout en permettant cependant le particularisme intellectuel des diverses ethnies qui composent ce continent, pour maintenir toujours, aux différents peuples, leur simple Dignité.

C'est ce qui amène à examiner les procédés actuels du commerce international qui soulèvent de nombreux problèmes liés malheureusement aux éternelles"Volontés de Puissance et de Domination" des Etats qui sont trop puissants et qui conduisent à des oppositions, dont cependant beaucoup de citoyens se désintéressent, si bien que le commerce international, au lieu d'être une arme de paix comme il devrait être, devient un nouveau moyen dans la guerre totale que se livraient encore récemment les puissants de ce monde.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que le commerce véhicule la guerre, d'abord directement quand il distribue des armes au monde entier, et même à des pays pauvres qui ont bien d'autres dépenses à faire, indirectement quand la compétitivité de l'économie repose en partie sur le progrès des techniques militaires qui permet d'amortir des études qui n'auraient pas pu être effectuées autrement. C'est le cas par exemple des industries aéronautiques ou des télécommunications où l'électronique occupe une place de choix, voire de premier plan. C'est pour ces raisons que l'influence militaire est prépondérante, surtout dans le domaine industriel dont le développement dépend d'une recherche qui découle, elle-même très largement, de commandes militaires, si bien qu'il n'est pas étonnant qu'un matériel militaire vendu à l'étranger amène, en retour, un volume de commandes trois ou quatre fois supérieur.

Cette influence du domaine militaire dans le commerce international amène également l'espionnage industriel qui dépasse, aujourd'hui, largement l'espionnage militaire traditionnel, d'autant plus qu'il était grandement facilité par des conceptions idéologiques qui faisaient oublier à de nombreux citoyens le sens de leur appartenance à leur communauté nationale. Ceux-ci n'hésitaient pas alors à divulguer des procédés de fabrication dont ils faisaient bénéficier, sans efforts, les Etats dont les conceptions idéologiques étaient les mêmes que les leurs, ce qui ne les empêchaient pas, par ailleurs, de toucher pour ce travail d'espionnage de substantielles rétributions, même si elles étaient camouflées par l'idéologie.

En plus de l'influence nocive du commerce des armes dans les relations internationales, il en est d'autres encore, liées soit au règlement des fournitures, soit à l'approvisionnement de l'industrie en énergie ou en matières premières, points sur lesquels l'attention a déjà été attirée au début de ce chapitre. En ce qui concerne le règlement des fournitures des pays industrialisés, on examinera plus en détail dans le chapitre "Problèmes Financiers et Monétaires" les grandes lignes de ces problèmes qui découlent alors du commerce international. Mais, déjà maintenant, on peut affirmer que la Société Industrielle a besoin d'une monnaie dont le pouvoir d'achat soit sensiblement constant. Le rôle majeur des pouvoirs publics est alors de veiller à ce que les conditions économiques nécessaires à une stabilité soient aussi bonnes que possible et comme celles-ci sont maintenant très bien connues, elles doivent être respectées pour que la croissance de l'activité humaine ne soit pas artificielle.

En résumé, on peut affirmer que si le fonctionnement correct de l'Entreprise dépend des différents facteurs cités, sans oublier surtout le climat social qui existe entre les différents partenaires, il est fonction encore chez nous de l'action des pouvoirs publics, en raison, il faut bien le reconnaître, du manque de dynamisme, d'enthousiasme, de foi et de l'inorganisation congénitale de notre peuple et de ses dirigeants responsables à tous les échelons qui expliquent souvent l'insuffisance de l'Esprit d'Entreprise.

Ce sont ces diverses réflexions qui amènent à poser le problème de la Politique Industrielle dans notre pays.

11. Politique industrielle et Fonction de l'Etat dans notre Pays : L'Esprit d'Entreprise

Dans ce pays de tradition paysanne et bourgeoise où les réalités économiques passaient bien souvent après les impératifs militaires, l'activité industrielle et commerciale est bien plus récente que chez nos voisins du Nord et de l'Est, Angleterre ou Allemagne.

A cela il y a de multiples causes, d'abord la variété et la richesse de notre production agricole qui ne nous faisaient pas une obligation de tout miser sur l'industrie, alors que nos ressources en charbon, pilier à cette époque du développement, étaient réduites et que notre accroissement démographique était négligeable. Jusqu'alors, ces derniers pays n'avaient pas une Politique Industrielle bien définie. Ils avaient seulement, surtout pour l'Allemagne, celle aux multiples facettes de leurs Entreprises qui leur apportaient une croissance largement suffisante. Chez nous, une Politique Industrielle apparaissait alors, avec juste raison, comme une réaction de défense de notre peuple devant la croissance de nos voisins anglo-saxons ou germaniques, puisque nous ne possédons pas encore, aussi bien qu'eux, les qualités individuelles de dynamisme et d'organisation que caractérise l'Esprit d'Entreprise et qui sont indispensables à la société industrielle.

Il n'est donc pas étonnant, dans ces conditions, que notre pays qui n'était pas confronté à cette époque à de difficiles problèmes de subsistance en raison d'une natalité insuffisante, démarrée avec le siècle des lumières (bien avant notre grande Révolution de 1789) et qui résultait, en partie, à la fois de son souci de facilité de vie et des nombreuses guerres de la Révolution et du Premier Empire, ait un peu négligé son devenir industriel et soit resté longtemps assoupi dans la "doulce" béatitude de sa vie pastorale et artisanale, accaparé comme il l'était aussi par des luttes politiques ou religieuses innombrables et stupides, ou encore par ses nombreuses aventures outre-mer.

Aujourd'hui, en revanche, les problèmes fondamentaux qui engagent notre avenir sont bouleversés, l'agriculture par exemple a déjà libéré, grâce à une mécanisation et une motorisation poussée, un nombre considérable d'hommes qu'il convient maintenant d'employer au mieux pour les faire vivre, et comme seuls l'industrialisation et les services permettent de le faire, il ne faut rien négliger pour parvenir à ce résultat.

Et comme il convient aussi de maintenir notre Dignité nationale et que l'industrialisation permet d'accroître notre force matérielle, il faut, pour répondre à ces impératifs, changer nos méthodes pour que nous puissions étreindre une Société Industrielle qui n'est pas entièrement notre fait, afin que nous puissions nous intégrer dans un univers où l'activité, la rentabilité et le Profit sont les impératifs de la religion moderne de la croissance.

Compte tenu de ces remarques et dans le cadre de la philosophie pratique définie ici, où le Profit de la Société Industrielle est équitablement partagé entre les moyens techniques et le travail, dans un ensemble économique défini par l'expression "Capitalisme à accession communautaire", le rôle des pouvoirs publics est seulement d'inciter à faire et d'enseigner ce qui est à faire, mais surtout de ne pas faire eux-mêmes, car ils sont, en général, de mauvais gérants.

Ils doivent cependant, grâce à un Plan prospectif d'action bien établi, donner l'impulsion et l'organisation nécessaires et se contenter de définir dans leurs grandes lignes les objectifs à atteindre et les délais de réalisation. En effet, l'organisation, la concurrence, la rentabilité, le Profit, qui sont à l'origine du sens de l'Entreprise, ne pourraient pas se manifester, avec l'ampleur nécessaire, s'ils étaient enserrés dans un carcan de règles détaillées et précises, puisque l'intérêt personnel est toujours, quoi qu'on fasse et quoi qu'on dise, l'irremplaçable garantie de l'action de l'homme. La meilleure réaction de défense que notre pays peut alors opposer à la croissance des autres consiste à rejeter une conduite passive pour adopter celle de l'action et de l'attaque pacifique des marchés extérieurs par une activité industrielle croissante, un mordant et une adaptation permanente aux conditions particulières de ces marchés.

C'est à ce prix seulement que nous pourrons nous perpétuer et que notre Etat pourra éviter de se mêler de trop près à l'activité industrielle, ce qui n'est pas, à vrai dire, son domaine direct ni son rôle, car il est un mauvais gérant, ses représentants n'étant pas encore suffisamment imprégnés par l'Esprit de la Société Industrielle. Aujourd'hui, cependant, même dans une économie ouverte sur le monde, son intervention, sous certaines formes, est indispensable pour encourager nos Entreprises à lutter à armes égales avec des concurrents qui reçoivent aussi l'aide de leur Etat.

Jusqu'à ces dernières années, son intervention, en étant trop dirigiste, devenait source de sclérose, aussi convient-il d'abandonner des méthodes périmées qui nous furent imposées par plus d'un siècle de bavardages, de luttes politiques, menées par un trop grand nombre de partis politiques qui dissolvaient nos énergies au lieu de les entraîner à l'action et dont les résultats sautent aux yeux de tous nos compatriotes, puisqu'ils en payent aujourd'hui la note, sous forme de retards dans notre développement. Dans ces conditions, l'aide de l'Etat aux Entreprises doit surtout encourager leur dynamisme, elle doit en quelque sorte répondre à une formule qui pourrait être :

Aide toi, l'Etat t'aidera, ou encore, l'Etat doit inciter ses citoyens à faire, mais ne pas faire lui-même.

Pour notre pays, le rôle des pouvoirs publics est alors celui qui est proposé plus loin, par le Plan prospectif d'action et qui doit voir les choses de haut pour mieux les juger à leur valeur, avec le recul nécessaire.Il est aussi d'orienter et de canaliser l'action pour la rendre plus facile et plus efficace, ce qui implique d'organiser notre devenir industriel dans les grandes lignes seulement, en raison des limites de la prospective et de l'intelligence humaine qui ne peut tout prévoir dans les détails. Il est encore de limiter les prélèvements de l'Etat sur le profit de l'Entreprise pour que nos prix restent compétitifs, tout en assurant un investissement suffisant.

L'ensemble de ces observations constitue aussi une grande leçon de modestie et l'on peut dire à ce sujet que les décisions au niveau le plus élevé, qui relèvent le plus souvent du pouvoir politique, découlent le plus souvent du simple bon sens qui ne doit jamais être négligé.

L'Etat devra alors se limiter à définir les grandes lignes de l'action, veiller à la compétitivité de nos industries, pour qu'elles puissent investir et exporter, ce qui est déjà suffisamment délicat à une époque où le jugement du consommateur, qu'il soit national ou étranger, est primordial.

En ce qui concerne nos problèmes propres à la croissance économique, ils découlent tous aujourd'hui de la façon dont sera satisfait le devoir d'investissement. Comme son montant est, actuellement, considérable, il ne peut plus être assuré que si les assises économiques sont suffisantes, c'est-à-dire si l'épargne de plusieurs Etats participe à la collecte de ces sommes, ce qui constitue encore un argument sérieux en faveur de notre Europe. Faisons donc taire les vieux nationalismes confinés ! Pour que nos pays européens soient forts et prospères, il faut qu'ils soient associés et que chacun de ceux-ci participe au développement commun. Cela ne pourra se faire que si chaque Nation de ce continent comprend enfin que l'ère du nationalisme économique étroit est dépassée et que seul l'effort coordonné et orienté est valable dans le cadre de toutes les ethnies qui peuplent notre Europe.

12. Conclusion

Depuis plus d'un siècle le monde était divisé, pour ne pas dire écartelé entre deux conceptions économiques relatives au travail de l'homme et ce travail de toute façon, avec le machinisme actuel, ne peut être que collectif. Ces deux doctrines s'opposaient, encore récemment de façon violente dans la recherche de l'hégémonie mondiale et les individus, êtres pensants et vivants, n'auraient pas manqué d'en être les innocentes victimes, surtout avec le régime de dictature policière qui était propre à la doctrine collectiviste.

Cette dernière vient de prouver récemment au monde entier son incapacité notoire à résoudre les problèmes élémentaires de la simple subsistance, sans même parler de ceux relatifs à la suppression des libertés individuelles chères à tous les citoyens de notre Europe. Comme cette doctrine, de plus, n'est pas Efficace, du fait non seulement du gigantisme administratif des organismes de direction, mais aussi de la paresse généralisée qu'elle entraîne dans les pays où elle est appliquée, cette inefficacité est la conséquence directe de l'absence du Profit individuel qui est, lui, le seul motif efficace de l'action humaine.C'est pour ces raisons évidentes, qui sont les conséquences des progrès économiques et sociaux de cette fin du vingtième siècle, que l'idéologie communiste ne peut convenir à de libres citoyens, et en particulier à ceux de notre continent évolué et humaniste où les différentes libertés nécessaires à chaque homme sont impératives.

Quant à la première forme économique, dite libérale ou capitaliste, comme elle n'a pas non plus pour objectif une répartition Equitable du profit de la Société économique, il convient de la transformer également dans le sens décrit par l'application de la formule: "Capitalisme à accession communautaire".

La seule société économique possible pour des Etats évolués devra être aussi adaptée à la nature internationale des techniques et ne pourra reposer que sur les différents principes permanents et élémentaires rappelés ci-dessus, qui assurent l'Equité par l'Efficacité du travail, tout en laissant la pensée s'épanouir dans la liberté.

De cette façon, l'Equité Sociale ne sera pas seulement un simple objectif d'ordre sentimental, intellectuel ou moral, ni un désir jamais satisfait de l'homme, mais à la fois le résultat et la condition de l'Efficacité de la Société Industrielle par l'Urbanité des relations entre exécutants et responsables. On peut enfin rappeler que si le développement sans borne des techniques conduit l'économie du siècle à être collective, c'est encore lui qui l'oblige à être, de plus, globale et c'est cette dernière caractéristique qui doit présider à une équitable répartition de ses fruits entre le travail et le capital.

Mais, avant cette répartition, il faudra d'abord réserver les moyens financiers permettant de faire face aux renouvellements et à la modernisation des moyens matériels, à la satisfaction des besoins collectifs assurés par l'impôt et tenir compte du consommateur qui doit, lui aussi, bénéficier de produits de meilleure qualité, à des prix plus bas.

Enfin il vaudra mieux, dans une mer dangereuse, naviguer en convoi, en se servant d'une indispensable boussole constituée par un Plan prospectif d'action commun à plusieurs Etats, car si, aujourd'hui, la Société Industrielle rend beaucoup de choses possibles, elle ne peut pas le faire encore pour tous et en même temps.

Si l'Entreprise, unité de base de la Société Industrielle, associe alors harmonieusement l'Efficacité aux trois principes fondamentaux de Dignité, d'Equité et d'Urbanité considérés ici comme les symboles d'un humanisme moderne appliqué à la vie de notre temps, elle aura atteint alors son véritable but qui est d'améliorer le sort de tous, en nous permettant ainsi de vivre ensemble en l'an 2000 dans notre France Industrielle, Efficace et Européenne, dans cette Europe de l'Economie Moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacité, et de l'Equité, telle celle proposée et souhaitée tout au long de cet essai.

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