3e partie : Les Rapports de l'Humanisme et de la Vie Economique

I. Le Syndicalisme

1. Le Syndicalisme à l'époque de la Société Industrielle

a) Situation présente

On a montré dans les chapitres précédents que l'avènement de la Société Industrielle avait plus bouleversé dans tous les domaines les habitudes et le genre de vie que ne l'avait fait la période écoulée depuis la préhistoire et il n'est pas besoin d'insister sur les transformations qu'elle a opérées dans toutes les collectivités humaines.

Cette Société Industrielle est fondée sur l'Entreprise qui est une communauté d'action, d'efforts salariaux et de moyens techniques et le maillon élémentaire de toute activité humaine. C'est sur cette évidence que vont reposer les suggestions qui seront faites dans ce chapitre.

Il est déjà banal de constater que, au cours de la lente élaboration de cette forme d'activité, les relations dans l'Entreprise entre employeurs et salariés ont été le plus souvent fondées sur l'intérêt patronal qui entraînait, en raison de la nature humaine, l'exploitation du plus faible par le plus fort.

Mais quel intérêt y aurait-il à épiloguer sur ces méthodes périmées ? Ces conceptions liées à la nature spécifique de l'homme, même en étant moralement viciées à la base, ont néanmoins permis, dans les pays de l'Occident, et malgré leurs défauts, un développement prodigieux de l'activité industrielle qui a procuré aux générations actuelles, les moyens de recueillir les fruits de l'action inlassable de millions de travailleurs.

Le problème de l'heure consiste donc à éliminer le plus possible ces défauts propres à la nature personnelle de l'individu pour améliorer encore les résultats obtenus en adaptant le travail salarial, d'une part aux nécessités de la production et, d'autre part, à l'évolution des idées qui sont, les unes et les autres, en relation avec l'accroissement des connaissances.

Les défauts propres à l'utilisation du travail salarial pourront être alors sensiblement réduits si la société moderne admet de le faire participer au fonctionnement de l'Entreprise puisqu'il est bien connu que, avec le développement de l'Instruction, le salarié fera mieux les choses s'il en comprend d'abord les motifs et si, ensuite, il reçoit une part Equitable en échange de ses efforts.

Comme l'action du salarié a aussi une influence déterminante sur le devenir de l'Entreprise et comme ce devenir l'intéresse également, en premier lieu, pour la pérennité de ses moyens d'existence, il faudra que cette action soit la plus Efficace possible.

Elle le sera plus facilement et d'autant plus facilement, c'est l'évidence, si le salarié en reçoit sa juste part en participant, selon des modes à préciser, au Profit de l'Entreprise.

Avant d'évoquer rapidement l'histoire du Syndicalisme, il faut d'abord rappeler l'organisation générale des Etats avant l'apparition de la Société Industrielle.

Ainsi, dès avant le 19éme siècle, trois pouvoirs ordonnaient la vie quotidienne : les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire dont les deux premiers constituaient le pouvoir politique de l'Etat.

Au fur et à mesure du développement de la Société Industrielle, sont apparus successivement deux nouveaux pouvoirs :

- l'un, pouvoir économique ou quatrième pouvoir, est constitué par les représentants des organisations économiques d'employeurs et de salariés.

- l'autre, pouvoir technique ou cinquième pouvoir, est composé par l'ensemble des compétents dans les divers domaines de l'activité humaine dont les décisions aujourd'hui conditionnent le bon fonctionnement de la Société technique moderne.

Le quatrième pouvoir, en étant issu directement de l'action économique des citoyens, n'a pas tardé à manifester sa force et son influence, d'une part sur la vie de chacun d'entre nous puis, sur la vie collective et finalement sur l'Etat en prouvant dans le même temps qu'aucune collectivité ne peut vivre si sa direction politique ne respecte pas d'abord le jeu économique.

Ce jeu est pratiquement indépendant du régime politique en usage dans la société moderne et l'on peut affirmer que dans un proche avenir, c'est lui qui va sûrement guider dorénavant et même dicter la condition humaine d'après les nécessités imposées par les techniques auxquelles fait appel la vie moderne.

Un court rappel de l'évolution du Syndicalisme est maintenant utile.

b) Rappel de l'évolution syndicale des salariés

Au cours des cent dernières années, les hommes participant au développement de la Société Industrielle ont été conduits tout naturellement à se grouper pour la défense de leurs intérêts matériels essentiels :

l'Union fait la force dit le proverbe.

Aussi n'a-t-on pas tardé à assister à la naissance de groupements d'employeurs et de salariés qui, par la suite, ont pris le nom de Syndicats, en devenant dans le même temps les deux éléments constitutifs du Pouvoir économique.

C'est par réaction contre l'exploitation de l'homme par l'homme que le monde du travail s'est organisé au fur et à mesure que se répandaient l'instruction et la culture, si bien que, aujourd'hui, le Syndicalisme salarial a une influence déterminante sur la vie collective.

Pour s'en persuader aujourd'hui, il suffit d'ailleurs de subir les désagréments occasionnés par une grève des transports ou de l'électricité pour en déduire qu'il est préférable de rechercher des solutions permettant d'éviter les inconvénients dus à l'arrêt volontaire du travail des salariés, c'est-à-dire à la grève.

Dans les pays anglo-saxons ou germaniques, probablement en raison du développement plus rapide des concentrations, suite logique de la vive croissance au dix-neuvième siècle de la Société Industrielle dans ces derniers pays, le Syndicalisme salarial a fait de même, et a adopté une structure telle qu'elle lui permettait de constituer un front uni très solide vis-à-vis des employeurs, en arrivant très rapidement à la notion de contrat accepté, de part et d'autre, pour une période déterminée.

En revanche, dans les pays latins comme le nôtre, le monde du travail, ne trouvant en face de lui que de petites entreprises, a réagi différemment et a compté plutôt sur l'intervention de certaines organisations, ou même du pouvoir politique pour améliorer le sort matériel et moral des salariés.

Ainsi, devant les très dures conditions faites au travail, dans les débuts de la Société Industrielle, alors que le machinisme était encore dans l'enfance, les salariés se sont groupés par affinités, soit professionnelles soit politiques, ou même religieuses, en faisant appuyer leurs revendications par des formations influencées par des idéologies qui refusaient les contraintes et les trop dures conditions faites au travail de l'homme.

Au cours de la longue période qui a suivi, certaines théories virent le jour afin de remédier à l'exploitation de l'homme par l'homme.

Dans notre pays, on a ainsi abouti progressivement à un Syndicalisme salarial de masse, organisé, comme il ne pouvait en être autrement du fait de l'individualisme de nos compatriotes, en de nombreuses nuances, qui étaient chacune marquées par les philosophies diverses auxquelles elles se référaient.

Tout le dix-neuvième siècle et le début du vingtième ont retenti des luttes violentes des salariés pour obtenir des employeurs de meilleures conditions de travail que permettaient les progrès des techniques et qui influençaient aussi, dans le même temps, les pensées de ces salariés.

c) L'influence actuelle du Pouvoir économique

Aujourd'hui on constate l'influence marquée dans les sociétés de l'Occident des différentes formes du Pouvoir économique.

Si, à la fin du siècle passé, les intérêts des producteurs influençaient les objectifs des Etats, du moins ils ne les paralysaient pas, alors que, aujourd'hui, avec les revendications salariales, il n'en est plus de même et on peut constater désormais la désorganisation complète de la vie collective quand telle ou telle famille de travailleurs décide de ne plus remplir, volontairement, sa fonction.

On constate aussi l'impuissance de l'Etat dans tous les pays développés devant les manifestations et les revendications du Syndicalisme salarial.

Récemment, même les professions libérales, les agriculteurs, les commerçants, pénétrés des résultats qu'ils pouvaient escompter pour la défense d'intérêts jugés vitaux par eux, ou même parfois pour s'opposer simplement à l'évolution de la vie collective ou aux modifications des structures entraînées par le progrès et à une possible altération de leurs intérêts ou de leurs droits acquis, ont eu recours eux aussi à des Syndicats professionnels de défense.

Les uns réclament le statu quo, les autres réclament une aide accrue des pouvoirs publics pour se moderniser et s'adapter aux bouleversements de l'époque moderne.

Actuellement, toutes ces demandes sont considérées comme des droits et elles visent à obtenir des augmentations de salaires ou de tarifs qui se répercutent sur le citoyen consommateur, c'est-à-dire sur l'ensemble de la collectivité.

Le citoyen quelconque constate aussi que chaque organisation défend ses intérêts au besoin dans l'agitation, et les pouvoirs publics, devant la somme des revendications présentées, sont incapables, comme il ne peut en être autrement, de décider, puisque les partis politiques qui devraient avoir un rôle éminent d'éclaircissement se contentent simplement de juxtaposer ou d'additionner par démagogie les différentes revendications syndicales sans tenir compte de leur coût, au lieu de s'efforcer de les classer par ordre de priorité.

Les différents Syndicalismes défendent aussi et surtout de sacro-saints droits acquis en réclamant sans cesse l'aide de l'Etat, c'est-à-dire celle du citoyen contribuable, comme l'est chacun d'entre nous, tout en refusant, pour son groupe de pression, le plus petit sacrifice. Dans ces conditions, on constate que les influences contradictoires qui résultent des oppositions entre employeurs et salariés, entre dirigeants et dirigés, se révèlent paralysantes aussi bien dans l'Entreprise que pour l'Etat qui est pourtant censé représenter, dans un pays évolué, l'ensemble des citoyens et qui est chargé de résoudre ses problèmes majeurs et de défendre ses intérêts.

Il résulte de ces quelques remarques que l'harmonisation de demandes syndicales nécessairement égoïstes, donc divergentes ou opposées, est indispensable à une collectivité qui voit son avenir dans l'action.

Mais cette harmonisation ne sera possible que si le Syndicalisme est persuadé et admet que c'est seulement l'accroissement de la productivité des Entreprises ou des Administrations qui peut, seul, permettre d'améliorer la rétribution du travail salarial.

C'est pour ces raisons que l'investissement productif, pour des objectifs qui seront également choisis en fonction de l'intérêt général, devra être privilégié, même vis-à-vis des revendications salariales qui ne concernent que le présent, alors que de lui découlera tout l'avenir de la Nation, étant entendu également que la formation professionnelle du salarié fait partie de l'investissement productif.

Si la société fait sienne les idées sur lesquelles repose cet essai, et en particulier sur la participation et la concertation des deux éléments, moyens techniques et travail intellectuel ou manuel, nécessaires au fonctionnement des activités économiques, celui-ci sera facilité et tous ses membres pourront profiter équitablement de leurs efforts personnels.

De toute façon, il ne faut surtout pas oublier que l'arbitre implacable entre employeurs et syndicats de salariés est la loi économique, c'est à dire l'Efficacité qui ne pardonne jamais comme de nombreux exemples l'ont déjà prouvé.

2. Nature et Rétribution du travail

Le travail, étant le seul moyen normal qui procure à l'homme les produits indispensables à la satisfaction de tous ses besoins, élémentaires ou futiles, il est logique que le progrès technique vise à le faciliter et à accroître ses effets, qu'il s'agisse du travail intellectuel ou des tâches manuelles.

Dans ce qui suit, on traitera surtout du travail manuel car c'est ce dernier qui subit davantage l'influence du progrès technique, conséquence du travail intellectuel qui entraîne l'innovation.

a) Nature du travail

Artisanal et individualiste à l'origine, le travail est devenu progressivement collectif, et , avec le machinisme, la condition du travailleur s'est allégée et, dans le même temps, l'augmentation de la masse des produits nécessaires à la vie et la réduction des prix de vente consécutive au travail en série ont permis de mettre à la disposition de tous les citoyens consommateurs les produits les plus divers, utiles pour la subsistance, superflus pour l'agrément.

Aujourd'hui l'activité de l'homme se développe au moyen de deux structures différentes de l'Entreprise.

- La première, collective, correspond au travail en série qui abaisse de façon spectaculaire les prix de revient mais est déprimante pour l'exécutant par sa répétition sans fin. C'est dans la grande Entreprise que l'on rencontre ces dernières conditions de travail et le bon sens demanderait de définir une formule qui permettrait de trouver un lien affectif et intellectuel pour le travailleur afin de contrebalancer les dures conséquences de ce travail monotone

Dans certaines usines, il n'y a pratiquement plus de travail manuel, et, dans certains cas, le travail se réduit à celui de surveillance de la salle de contrôle. Le personnel correspondant doit être très compétent, mais il a très peu de choses à faire, il s'ennuie et refait le monde à longueur de temps car il n'est là que pour les pannes . Le pouvoir de grève de ce personnel est, dans ce cas, très exagéré donc anormal.

Ainsi dans certaines fabrications, une heure de grève peut correspondre à deux jours d'arrêt d'une grande unité de production et entraîner une perte de production sans aucun rapport avec les revendications présentées.

Il en est de même, et plus encore, lors des grèves des transports aériens, des chemins de fer, de la poste et bien davantage encore de l'électricité, ce qui donne au Syndicalisme salarial correspondant un rôle déstabilisateur de la société qui n'est pas sans rappeler celui des féodalités de jadis.

Il paraît alors indispensable que les pouvoirs publics établissent une législation réglementant la cessation du travail dans les secteurs qui risqueraient, par l'anarchie introduite dans leur fonctionnement, de paralyser complètement la vie de tous les habitants du pays.

- La seconde a trait à une forme plus humaine, plus personnelle, où l'homme est davantage conscient de son individualité, c'est le cas par exemple de l'artisanat et de l'agriculture , mais celle-ci à son tour vient de s'industrialiser et seul l'artisanat ne subsistera plus que pour des produits de luxe, sauf si l'on parvenait à remettre en cause la civilisation du gâchis ce qui permettrait de fabriquer des produits de longue durée, donc réparables.

Dans le premier cas, la rétribution du travail de l'homme est un salaire, dans le second, elle s'apparente ou représente un bénéfice ou un Profit, comme c'est le cas par exemple, pour les professions qui fournissent certaines prestations ou qui vendent des produits récoltés ou fabriqués (professions libérales, artisanat, agriculture, petits commerces,etc). Le salaire n'est pas un procédé qui peut convenir à une rétribution bien adaptée à ces dernières activités; en effet, elles entraînent souvent un travail beaucoup plus soutenu et une compétence marquée pour que les Entreprises correspondantes puissent vivre et prospérer. Ainsi, dans ce genre d'activités, l'apparence de liberté de l'individu chargé de faire fonctionner l'Entreprise se transforme très souvent en de pesantes et indispensables sujétions de rentabilité, qu'il est logique de rémunérer plus largement par le Profit.

Ces deux modes de rétribution sont très différents et comme le second est plus favorable à l'Efficacité, en raison même de l'intérêt personnel, la société économique moderne doit s'efforcer de tirer parti de ses avantages.

Si la croissance économique est le seul moyen connu pour oeuvrer à l'amélioration du sort du plus grand nombre, la meilleure façon d'assurer l' Equité pour le salarié consisterait à obtenir que la rétribution de son travail prenne correctement en compte ses différentes composantes.

b) Rétribution du travail

En théorie, le mode de rémunération du travail peut revêtir trois formes :

La première, dite "distributive" : A chacun selon ses besoins

Elle est théoriquement conforme à l'Equité, mais pratiquement elle n'est pas réalisable car elle ne fait pas appel à l'intérêt personnel, motif indispensable de l'Efficacité de l'action.

Avec un tel mode, personne n'ayant intérêt à travailler, le résultat final est voisin de la médiocrité car la paresse se généralise.

Un bon exemple de cette situation est celui qui vient de nous être donné par les pays de l'Est de l'Europe sous la domination du communisme où le profit personnel étant banni, la paresse était généralisée et la misère sautait aux yeux du monde entier et même à celui des plus aveugles partisans de ce système économique.

Cette méthode ne doit donc pas être utilisée pour rémunérer le travail salarial dans le cadre d'une Société qui se voudrait Equitable, sinon ce serait revenir à l'âge de pierre.

La seconde, dite "commutative": A chacun selon son travail

Elle tient compte en partie de l'intérêt personnel, puisque la rétribution du travailleur est fonction à la fois du temps consacré au travail et de sa qualification professionnelle. Elle ne répond cependant pas entièrement à l'idée d'Equité puisqu'il n'est pas tenu compte, dans cette formule, de la valeur productive du travail, le salarié ne participant pas au Profit de l'Entreprise, Profit qui est fonction, en partie, du travail salarial.

Mais comme cette méthode ne répond pas complètement aux nécessités d'une Société Equitable, elle ne peut non plus être utilisée.

La troisième, dite "productive"

Elle inclut trois éléments dans le salaire :

- Le premier, fonction du temps et de la qualification professionnelle.

- Le second, fonction de la tâche exécutée, indépendamment du temps consacré à son exécution (1)

(1) On pourrait rattacher à cette méthode de rétribution le salaire au mérite qui est une variante de la méthode stakhanoviste du nom du mineur Russe qui en 1935 avait abattu 102 tonnes de charbon en 345 minutes. Mais cette méthode, pour accroître le rendement du travail dans une économie collectiviste, ne peut convenir à une économie libérale associée aux principes de Dignité, d'Equité, d'Urbanité et d'Efficacité sur lesquels est fondée la Société occidentale.

- Le troisième, enfin, fonction des résultats annuels de l'Entreprise qui inclut la valeur productive du travail par l'intermédiaire du Profit, résultant de la vente au public des biens ou services créés ou fournis, en partie, grâce au travail salarial.

Rétribution du Travail suivant la méthode "productive"

Avec ce mode productif de rétribution, l'Entreprise satisfait à la fois l'Efficacité de son action et l'Equité pour le salarié puisqu'il en reçoit sa juste part en participant au Profit de fin d'année et en assurant de ce fait sa Dignité de travailleur salarié.

Le salaire en trois parties permet de rémunérer le travail salarial à sa valeur productive, suivant que la productivité du travail peut être ou non effectivement mesurée :

- la première est seulement fonction de la qualification professionnelle, proportionnelle au temps du travail ; l'Entreprise la distribuera par quinzaine ou mensuellement. C'est l'élément stable de la rémunération salariale ;

- la seconde découle de la Productivité propre du salarié, c'est-à-dire de la tâche accomplie et non pas du temps passé ; elle sera versée également, soit par quinzaine, soit mensuellement ;

- la troisième, dépendant des résultats, sera, en revanche, répartie annuellement sous la forme d'une "prime de résultats" ; elle constituera un élément variable de la rémunération salariale, puisque fonction du Profit.

C'est cette troisième partie qui rémunérera la part du travail dans l'enrichissement de l'Entreprise. C'est cet élément fluctuant de la rétribution salariale qui, en suivant l'accroissement des richesses créées, permettra de tendre vers un résultat plus conforme non seulement à l'Equité mais aussi à l'Efficacité en satisfaisant ainsi aux conditions posées par la rémunération "productive" du travail.

Mais, pour y arriver, il faut que cette 3ème partie de la rémunération soit déterminée selon la seule efficience du travail de l'intéressé, c'est-à-dire qu'elle s'effectue suivant l'appréciation du responsable immédiat du travailleur considéré. Dans le cas où la productivité ne peut être mesurée facilement, comme dans l'administration par exemple, le salaire comportera seulement la première et la seconde partie comme il sera indiqué plus loin.

La notion de salaire en trois parties pourrait sembler d'application difficile si les anciennes méthodes du secret étaient conservées, les responsables étant enclins, du fait de la nature humaine, soit au favoritisme, soit au ressentiment. En revanche, si la franchise est à la base des relations entre exécutants et responsables, cette formule s'appliquera plus aisément.

Cette méthode devrait conduire aussi à une certaine réduction des écarts de ressources entre les différents salariés, tout en respectant la nécessaire hiérarchie des rétributions et on peut noter que, au fur et à mesure du progrès économique, le premier terme du salaire devra être progressivement amélioré, tout en permettant des réductions de prix pour les consommateurs. En raison cependant des productivités différentes, cette méthode entraînera, malgré tout, des écarts dans les rémunérations; par exemple, les salariés d'Entreprise en régression ne bénéficieront que rarement de ces primes, sauf s'ils disposent de moyens de pression suffisants pour contraindre l'employeur à les verser. Cette situation pourrait aussi se rencontrer dans les Entreprises propriété de la Nation et, dans ce cas, c'est le citoyen contribuable qui dans sa feuille d'impôts réglera la note, quand la rentabilité n'est pas atteinte.

Aussi conviendrait-il que le Syndicalisme salarial correspondant aide effectivement les directions à trouver des solutions permettant d'améliorer la rentabilité. Malheureusement, et le citoyen peut souvent le constater, c'est dans les administrations de ce genre, où le personnel n'a aucun risque de chômage, que sont développées les idées les plus ignares en matière d'économie (revendications maximales, aucun effort pour comprendre ce qui peut être fait, etc).

En revanche, dans les Entreprises à haut niveau de productivité, le syndicalisme salarial devra aussi admettre que la part de Profit revenant au travail soit réduite, non pas parce que la productivité découle plus des procédés techniques que du travail salarial, mais pour que les utilisateurs ou les consommateurs profitent eux aussi des progrès.

Ces réductions de prix des produits permettront par ailleurs de renforcer le potentiel d'exportation et par là l'activité économique dont bénéficiera plus tard le salarié en tant que membre de la collectivité.

Autres possibilités du salaire en trois parties

Le salaire en trois parties, tout en étant favorable à l'Efficacité, peut aussi faciliter la diffusion de la propriété des moyens de production parmi les salariés de l'Entreprise, objectif important pour une société qui se voudrait plus Equitable.

En effet, en transformant la partie du salaire liée aux résultats en actions développement comme il sera suggéré plus loin dans le chapitre consacré à l'organisation de structures nouvelles pour l'Entreprise moderne, on pourra progressivement aboutir à une société où chacun, recevant sa part équitable, oeuvrera au bien-être commun, ce qui permettra à la société d'aboutir à une forme telle, que la classe des exploiteurs et celle des exploités seront confondues dans celle des participants à la Société Industrielle. C'est ce que l'on a appelé le "Capitalisme à accession communautaire".

3. Comment améliorer le Fonctionnement de l'Entreprise et celui de la Société ?

On peut observer que, aujourd'hui, l'Entreprise est le point de rencontre des diverses préoccupations et des multiples intérêts des salariés qui participent par leur travail à son action.

Dans son sein, comme dans celui de toute cellule humaine, il existe cinq motifs permanents de tension qui tiennent à la nature généralement égoïste de l'homme et deux sujets de simple discussion qui se rapportent à la situation présente et future du salarié.

a) Les motifs permanents de tension dans l'Entreprise .

Ce sont les suivants :

- la propriété des moyens de production,

- la répartition du Profit,

- la manifestation de l'autorité dans l'Entreprise,

- la contribution du travail à son fonctionnement qu'il est difficile aujourd'hui de dissocier de la précédente,

- la considération et le classement de l'emploi.

Ces divers motifs sont situés au carrefour des intérêts communs et des débats entre dirigeants et dirigés et, de ce fait, ils sont souvent explosifs, car la propriété individuelle de certains moyens collectifs de production n'est plus admise aujourd'hui, sans réticence par l'ensemble de la population.

Pour résoudre les problèmes posés, il faut alors admettre, comme fondement de l'Entreprise, une philosophie moderne et humaniste visant à l'Equité par l'Efficacité du travail et l'Urbanité des rapports sociaux.

La propriété des Moyens Matériels

Elle peut revêtir deux formes, individuelle ou collective .

- dans le premier cas, elle conduit le plus souvent à l'exploitation de l'homme par l'homme, et satisfait ainsi les hommes forts et entreprenants bien armés pour la vie ;

- dans le second cas, l'expérience a prouvé qu'à l'exploitation de l'homme par l'homme s'est substituée l'exploitation de l'homme par la collectivité avec, comme on l'a dit plus haut, la suppression de la liberté individuelle.

Cette dernière forme d'économie ne pouvant donner entière satisfaction à des citoyens même médiocrement armés pour la vie, en raison de la suppression des libertés fondamentales, elle ne peut être appliquée.

Si la société moderne veut alors remédier aux tensions qui résultent de la propriété personnelle des moyens matériels, seul gage de l'Efficacité, sans tomber pour autant dans un collectivisme qui porterait atteinte à la Liberté individuelle, c'est-à-dire à la Dignité de l'être humain, il n'est qu'un moyen : faciliter, grâce au Profit, la diffusion parmi le public et les salariés de l'Entreprise des actions qui concrétisent la propriété des moyens matériels de production, pour que l'ancienne notion de propriété par un seul groupe de citoyens ne constitue plus un obstacle à la concorde, c'est-à-dire finalement à l'Efficacité.

C'est pour ces raisons qu'il est suggéré dans ce chapitre et dans celui consacré aux problèmes industriels de créer deux types d'actions nouvelles, les actions contributives et les actions développement. Ce sont ces dernières qui permettront de rémunérer le travail du salarié suivant la méthode productive dont il vient d'être question.

Ainsi, l'accession progressive du salarié à la propriété du capital productif constituera un des fondements d'une société plus humaine, donc mieux adaptée à l'époque, car cette accession sera aussi fonction, comme il sera suggéré, de l'Efficacité personnelle de chaque salarié.

La répartition du Profit

En ce qui concerne les tensions relatives à la répartition du Profit, il est banal d'observer qu'elles ne pourront s'évanouir que si les éléments qui participent à la création des richesses, c'est-à-dire les moyens matériels et le travail, prennent part, l'un et l'autre, de manière Equitable, à sa répartition.

L'autorité dans l'Entreprise

Le troisième motif de contestation est constitué par la structure autoritaire et souvent absolutiste de l'Entreprise, structure héritée des siècles passés, et fondée sur la veille formule "Qui possède, dirige".

Comme l'autorité à l'intérieur d'une collectivité humaine quelconque est absolument indispensable à son bon fonctionnement, il est utile, en raison encore du développement généralisé de l'instruction, que l'autorité, elle, soit librement acceptée.

Ces banalités impliquent que les différentes élites responsables, ou cadres, à tous les niveaux de la société économique moderne, assurent, en plus de leurs rôles techniques ou administratifs, d'autres fonctions, comme les fonctions syndicales, qui relèvent des données imprécises des relations humaines et qui permettent une liaison confiante entre les responsables de l'Entreprise et ceux qui fournissent leur travail manuel ou intellectuel.

Une bonne manière de parvenir à la libre acceptation de l'autorité, dont découle la gestion unitaire qui assure seule l'Efficacité, réside dans une certaine participation du travail à l'élaboration raisonnée des grandes options de l'Entreprise, car l'expérience des années passées prouve que la contestation chronique du salarié, par l'intermédiaire de la représentation syndicale, constitue, en elle-même, un motif sensible d'inefficacité.

Elle entraîne en effet des pertes de temps considérables pour les dirigeants puisqu'ils consacrent aux discussions un temps précieux, qui serait mieux utilisé pour la résolution des problèmes d'organisation du travail ou de gestion qui sont les leurs et qui ont, par ailleurs, beaucoup d'influence sur la rétribution du travailleur.

La Participation intellectuelle du salarié au fonctionnement de la Société industrielle devrait permettre d'éviter des discussions de ce genre, à condition qu'elle soit mesurée pour ne pas tourner à la démagogie et aux palabres.

La rétribution et la contribution du travail à la marche de l'Entreprise

L'insuffisance des rétributions salariales a été jusqu'à présent le principal motif de contestation et des revendications du Syndicalisme salarial.

Le salaire en trois parties qui vient d'être évoqué doit permettre de répondre aux revendications du salarié, mais il est à prévoir qu'il en formulera bientôt d'autres qui porteront cette fois sur sa contribution intellectuelle à la vie de l'Entreprise et sur ce que l'on appelle de nos jours le travail en miettes et sa dépersonnalisation.

Si, pour régler les conflits, la présence de deux interlocuteurs qui la plupart du temps finissent par s'entendre est indispensable, un modèle d'organisation où le pouvoir dans l'Entreprise ne dépendrait que d'un seul partenaire, quel qu'il soit, travail salarial ou propriété des moyens, c'est-à-dire du capital, serait mauvais.

Il faut que ce pouvoir soit indépendant, comme il sera suggéré ci-après, à la fois du Travail et du Capital en constituant un amalgame particulier qui permette surtout l'unité de la décision.

Ce sera la seule façon d'éviter l'asservissement du salarié et il est de la plus haute importance que le Syndicalisme dans son ensemble soit pénétré de la valeur de cet argument s'il veut oeuvrer, comme c'est son devoir, à l'établissement d'une société fondée sur les principes cités dans cet essai.

Il serait navrant, en effet, que le Syndicalisme salarial, qui n'est pas le seul élément important du pouvoir économique, fasse appel à son tour aux "Volontés de puissance et de domination" pour imposer sa propre façon de voir, car les salariés ne tarderaient pas à regretter le bon temps de la libre discussion et de l'absence de risques.

Quant à la Direction de l'Entreprise, elle devra, elle aussi, être persuadée qu'il est préférable d'avoir en face d'elle, comme partenaire, un Syndicalisme salarial non hostile, bien organisé, peu nombreux et surtout compétent et imprégné de ses responsabilités très importantes.

Ce sera la meilleure façon d'éviter des surenchères démagogiques et l'anarchisme larvé propre à ce pays latin qui sont probablement une des causes importantes du dysfonctionnement de la société actuelle.

Il faudra que le Syndicalisme salarial soit déjà persuadé que le gâteau à partager n'est pas extensible à volonté, que les salaires ne sont pas les seuls éléments qui entrent en jeu et que la seule façon d'accroître leur montant est d'améliorer la productivité du travail.

La culture économique qui devra être dorénavant être inculquée aux responsables du Syndicalisme salarial aura pour simple but : faire comprendre ce qu'il est possible de faire économiquement et ce qui ne l'est pas.

Il conviendra qu'il soit persuadé de l'intérêt qu'il y a pour le travailleur salarié à être rémunéré au moyen du salaire en trois parties qui permet d'associer affectivement le salarié au fonctionnement de l'Entreprise et surtout à sa prospérité.

Considération et classement de l'emploi

Une cause de conflit naît aujourd'hui du rang que chaque salarié occupe vis-à-vis de son voisin. La Société Industrielle actuelle va être nécessairement conduite à payer plus largement ceux dont les professions sont les plus contraignantes, mais il ne faudrait pas que ces activités, souvent indispensables à la vie collective comme le sont les services publics, entraînent la formation de castes qui ne seraient pas sans rappeler l'esprit fermé ou monopolistique des corporations de jadis, imperméables au progrès, abusant de la position de force qu'elles occupent vis-à-vis de la vie quotidienne de chacun.

Là encore, l'information et la connaissance économique des responsables syndicaux devraient faciliter la recherche de solutions valables.

C'est ainsi par exemple qu'il convient en particulier de revaloriser le travail manuel comparativement à celui d'administration, car l'ensemble de la société se trouverait placé devant une situation telle qu'il y aurait beaucoup de gratte-papier pour transmettre des demandes, mais personne pour faire le travail effectif ; cette remise en ordre des salaires doit être effectuée dans les meilleurs délais.

b) Les motifs de simple discussion

Ils se rapportent d'une part aux investissements consentis, qui conditionnent la situation future du salarié, et, d'autre part, aux mesures de protection sociale qui ont une influence bénéfique sur la santé du salarié et de sa famille mais qui amènent des accroissements non négligeables des prix de vente, et qui influeront ensuite sur la rentabilité de l'Entreprise et par là sur la pérennité du travail.

Le montant des investissements

S'il est normal de considérer le travail de l'homme comme un atout essentiel dans la production, il est tout aussi naturel de prélever sur les résultats bénéficiaires de l'Entreprise des sommes de plus en plus substantielles nécessaires à l'achat ou au renouvellement des équipements de production par autofinancement et de faire bénéficier, dans le même temps, les consommateurs des avantages permis par le progrès technique et par la concurrence.

Ces nécessités économiques exigent de rétribuer à un taux normal les capitaux engagés dans les installations et ce sera un des rôles importants des responsables économiques et syndicaux d'informer les salariés de leurs véritables intérêts qui concordent avec ceux de l'Entreprise.

Le Syndicalisme devra encore admettre que l'Entreprise assure la majeure partie de ses investissements par une part suffisante du Profit qui permet, lui, de les financer sans inflation, investissements qui conditionnent en fait sa croissance et, par là, la situation future du salarié, sans oublier les recettes fiscales de l'Etat.

La réponse à donner pour ce financement sera chaque fois un cas particulier qui sera fonction de sa nature, de ses dimensions, de sa croissance, toute question dont la solution découle d'examens complets et objectifs.

Une formule permettant de satisfaire à ces diverses exigences, tout en satisfaisant aux nécessités de l'Equité, sera proposée plus loin.

L'influence économique des mesures de Protection Sociale

Cette question ayant été déjà traitée dans le chapitre "Prévoyance" on se contentera d'indiquer ici que c'est le devoir et la responsabilité d'un Syndicalisme salarial de comprendre que les prélèvements effectués sur la production, au bénéfice de la protection sociale de la population, doivent être compatibles avec la compétitivité de nos produits sur le plan tant national qu'international.

4. Conséquence des motifs de tension et de discussion dans l'Entreprise : la grève

Jadis, quand les compagnons réunis sur la place de Grève (1) manifestaient leurs désaccords avec leurs employeurs, le conflit mettait en opposition un petit nombre d'individus. En effet, à l'époque, il n'était encore question que d'entreprises embryonnaires ou d'exploitations artisanales et il s'agissait surtout pour les salariés de défendre leurs conditions de rémunération. Telle qu'elle était pratiquée au cours de cette période, la grève était l'arme du travail en face du conservatisme égoïste de l'employeur, arme qui contraignait rapidement celui-ci à choisir entre des concessions et le prolongement d'un conflit qui touchait directement et rapidement son intérêt propre.

(1) Place de L'hôtel de Ville à Paris. En 1806 les ouvriers sans travail se réunissaient sur cette place pour se faire embaucher. A cette époque, les quais de la Seine n'étaient pas construits et le terrain naturel descendait en pente douce vers le fleuve comme le fait une grève au bord de la mer. Il a fallu attendre le temps de Napoléon III en 1864 pour que le droit de grève soit toléré aux salariés de notre pays et la venue de la 3 ème République pour qu'il soit confirmé et rendu légal en 1892.

Aujourd'hui, en revanche, le problème est tout différent :

- d'abord, les motifs de grève ne se ramènent plus seulement à des questions de salaires, puisque l'idéologie intervient très souvent;

- ensuite, l'arrêt du travail n'intéresse pas que les salariés de l'Entreprise puisque ses clients par centaines, voire par milliers, sont concernés du fait des larges dimensions des Entreprises modernes et surtout de l'importance des services qu'elles rendent au public et des conséquences de la grève sur le déroulement de la vie quotidienne.

En outre la taille actuelle des unités de production, même quand la propriété des moyens matériels conserve une forme privée, a profondément transformé la fonction patronale, puisque la propriété est souvent morcelée entre de multiples propriétaires détenteurs d'actions.

L'intérêt personnel des dirigeants souffre donc rarement de courts arrêts et la gestion financière de l'Entreprise elle même ne s'en trouve pas sensiblement affectée puisque, pendant la cessation volontaire du travail, le salarié n'est pas toujours payé.

Ainsi elle ne risque pas d'être mise en faillite et, paradoxalement même, une courte grève peut alléger ses finances. Récemment, la compensation des heures perdues ou leur paiement partiel ou intégral figure au chapitre des revendications à satisfaire. On peut toutefois remarquer que ce paiement risque de poser, en plus des conséquences financières pour l'Entreprise, certains problèmes d'ordre moral quand la cessation volontaire du travail a des dessous d'origine politique ou idéologique.

Finalement ce sont donc les salariés et surtout les usagers qui, dans leur intérêt personnel et leurs habitudes de vie courante, en supportent les principales conséquences. De nos jours, la grève n'est plus comme on l'a déjà dit plus haut, le seul recours d'une classe défavorisée.

Tout le monde actif y recourt, agriculteurs, membres des professions libérales, médecins, enseignants, etc, non producteurs même, comme les étudiants, même les lycéens en usent et en abusent dans une contestation générale qui déconsidère aux yeux du public l'arme de la grève et font douter la masse de la population de la valeur de son gouvernement qui tolère de tels excès.

La grève n'est plus seulement un moyen de pression contre les conditions de rétribution faites au travail, mais le refus collectif de telle ou telle famille socioprofessionnelle de fournir telle ou telle prestation, soit pour protester contre le déclin de son activité, soit tout simplement parce que la situation matérielle de ses membres citoyens leur paraît inférieure à celle des voisins.

Ces grèves ont même lieu simplement parce qu'elles sont un bon moyen de remettre en cause les grandes options relatives à la vie collective : hiérarchie salariale, organisation économique de la Société, durée du travail etc .

Mais, dans les domaines des transports terrestres ou aériens, de la distribution d'électricité, du gaz ou du courrier, les grèves entraînent des conséquences si importantes sur la vie matérielle des citoyens et sur la santé économique et morale de la Nation, qu'aucun gouvernement, quel qu'il soit et quelles que soient ses tendances politiques et son idéologie, ne peut accepter une longue interruption.

D'ailleurs, on peut observer que dans ces secteurs, les Entreprises de notre pays ont été justement nationalisées pour les soustraire à l'influence des intérêts privés et aujourd'hui, quand une situation de ce genre se produit, on constate que c'est paradoxalement le public qui se voit privé de leurs services, alors que, normalement, ce statut juridique avait été choisi pour mieux protéger les utilisateurs contre les manifestations d'intérêts privés, donc égoïstes.

Une forme de pression de ce genre utilisée par le Syndicalisme salarial de ces Entreprises est donc absolument incompatible avec une conception humaniste de la Société Industrielle. On peut noter d'ailleurs, et ce détail a une certaine saveur, que quand les comptes de ces Entreprises sont en déficit, c'est le citoyen contribuable qui règle, sans protester, la différence au moyen de ses impôts de l'année suivante, à un moment où il a oublié.

Dans les secteurs qui sont en régression économique, les solutions à apporter consisteront alors à améliorer la gestion, c'est-à-dire à réduire l'importance des charges salariales grâce à une modernisation bien adaptée.

Mais des solutions de ce genre seront difficiles à mettre au point sans un appui franc et loyal du Syndicalisme salarial; aussi la participation du travail au fonctionnement de l'Entreprise est-elle déjà, de ce fait, amplement justifiée sous réserve que les responsables des syndicats de salariés, aient reçu une formation économique suffisante.

On a pu aussi observer, ces dernières années, que la technique des arrêts de travail devient plus pernicieuse parce que mieux étudiée _

Certains, par exemple, n'intéressent effectivement qu'un secteur important mais crucial de la production, et l'Entreprise s'arrête par suite de l'absence de tel ou tel ensemble nécessaire à la confection du produit fini, d'autres sont décidés par surprise, d'autres s'effectuent avec l'occupation des lieux de travail et la grève sur le tas, d'autres sont tournants, d'autres encore, perlés, il n'est pas jusqu'au zèle qui ne soit utilisé comme moyen de revendication.

Comme la situation de force ainsi créée par la paralysie d'un secteur essentiel est suffisamment prestigieuse aux yeux de la presse ou des moyens audiovisuels pour déclencher une émotion importante dans l'opinion et un malaise général, il va sans dire que ces moyens d'information ne manquent pas une si belle occasion d'écouler leur prose, avec bénéfice, quand l'opinion publique semble considérer que le motif de la grève est normal ou légitime.

L'arrêt du travail de certains spécialistes, qui entraîne celui de la production ou des services rendus aux usagers, correspond parfaitement à l'abus de la position dominante ou monopolistique, ce qui, à dire vrai, n'est pas particulièrement en accord avec la Dignité. Une position de ce genre revient en effet à remplacer le système d'ordres de l'ancien régime qu'avait fait disparaître la Révolution de 1789 et celui des classes sociales, nées de la Société Industrielle, par un système de sectes, de féodalités et de maffias professionnelles. C'est ce qui se passe notamment dans certains secteurs quand les salariés sont très organisés, comme dans le livre (1), ou quand ils sont placés au bon endroit, comme c'est le cas par exemple des dockers (2), des pilotes d'avion, des conducteurs de locomotives et de métro ou des personnels de la distribution d'électricité, du gaz ou du courrier.

(1) Pendant très longtemps, le syndicat du livre a empéché les entreprises de presse de se moderniser.

(2) Quant au syndicat unique des dockers, il n'hésite pas en 1992 à paralyser presque complétement toute l'activité des ports français de la Manche, de l'Atlantique ou de la Méditerranée au bénéfice évident des ports de nos voisins.

Le jugement de la grande masse des citoyens vis-à-vis de ces grèves catégorielles est habituellement négatif, car chacun est conscient de la prochaine désagrégation de sa situation personnelle puisque, tôt ou tard, ces grèves catégorielles auront une influence néfaste sur l'économie générale si bien qu'elles déconsidèrent aux yeux de l'opinion l'action d'un Syndicalisme salarial qui utilise de telles armes.

D'autres grèves encore sont inopinées, d'autres sont dites sauvages étant déclenchées en dehors du Syndicalisme salarial, elles sont un bel exemple de dérangement anarchique ou du dysfonctionnement de la Société moderne qui est tout simplement un dérèglement des esprits, puisque la Société technique, de plus en plus complexe, ne peut supporter de tels troubles dans la marche des différents services nécessaires à la vie collective.

C'est alors une sorte de refus collectif d'accepter les règles essentielles de l'encadrement des hommes dans le modèle de la Société Industrielle qui motive ces arrêts anarchiques et le refus de cette Société par le Syndicalisme salarial traduirait une réaction anti-industrielle qui serait désastreuse pour notre pays. Celui-ci aujourd'hui doit, en effet, donner par exemple des moyens de vivre correctement à toute une population des campagnes qui sera incapable, dorénavant, de vivre sur des terres trop faiblement dimensionnées pour une culture rationnelle donc rentable.

On peut encore observer que si les rapports de force entre salariés et employeurs ont été jusqu'à présent en faveur des derniers, il ne faudrait pas que ce soit l'inverse et que le fonctionnement de services essentiels dépende du bon vouloir de l'exécutant, surtout s'il s'agit de salariés privilégiés comme les pilotes d'avion déjà placés au sommet de la hiérarchie salariale.

Ces derniers d'ailleurs ne devraient pas non plus oublier que c'est grâce aux efforts financiers de leur collectivité qu'ils ont pu obtenir, dans notre pays, gratuitement le plus souvent, les connaissances nécessaires pour pouvoir occuper des situations confortables.

On peut alors espérer que l'autodiscipline du Syndicalisme salarial, grâce à une participation confiante, pourra amener ses adhérents à une vue plus réaliste des choses, surtout dans le cas d'Entreprises à vocation industrielle et commerciale qui doivent viser à la fois à la rentabilité et à la permanence du service. Nul doute d'ailleurs que l'organisation de l'Entreprise décrite ci-après rapidement et qui est définie par la formule "Capitalisme à accession communautaire" permettra de remédier aux inconvénients habituellement constatés jusqu'alors et aux salariés d'accepter plus volontiers les impératifs du fonctionnement de la Société Industrielle.

Si, jusqu'à présent, la structure capitaliste était rendue directement responsable de la situation ouvrière, aujourd'hui, même dans les pays où la structure de l'économie est collectiviste, on ne peut dire que le sort de l'exécutant dans la chaîne de production soit meilleur. La monotonie et l'asservissement du travail sont seulement les conséquences du travail en série qui est, lui, encore indispensable à la production de masse et à la satisfaction des besoins de tous. L'amélioration des conditions de travail qui s'inscrit tout naturellement, dans les rapports de l'Humanisme et de la Société Industrielle, va devenir très certainement le problème majeur des dix prochaines années.

Des solutions techniques qui seront apportées à ce problème dépendra la paix à l'usine, et les essais d'intéressement intellectuel au travail grâce, peut-être, à un machinisme encore plus raffiné ou à des modifications dans la succession d'opérations élémentaires apporteront probablement des amorces de réponses aux questions de production (automatisation poussée par exemple).

Dans le secteur proprement dit du travail à la chaîne, les conflits ne sont plus occasionnés seulement par un désir de plus en plus généralisé d'équité dans la juste répartition des fruits de l'activité économique, désir qui conduisait inévitablement à la comparaison des ressources entre les différentes familles socio-professionnelles, mais par un souhait récent de plus en plus marqué, même s'il n'éclate pas encore complètement au grand jour, de remédier à la dépersonnalisation des tâches. Comme la participation du travail permet aussi de remédier à une situation de ce genre, notre société se doit d'oeuvrer en priorité dans cette voie pour que tous ceux qui concourent à la production soient associés au moyen d'une concertation mesurée au fonctionnement de l'Entreprise.

Quel que soit donc finalement le motif des grèves, on doit constater que si elles se terminent généralement à l'avantage des salariés, les employeurs, dans les limites que leur permet la concurrence, se hâtent de compenser les améliorations concédées par des augmentations du prix des produits vendus, ce qui démarre le processus inflationniste. C'est alors le pouvoir d'achat de la monnaie qui fait les frais de ces augmentations et les épargnants âgés qui en subissent d'abord les plus dures conséquences.

Les augmentations trop rapides des salaires étant, aujourd'hui, à placer en tête des motifs d'inflation, ce serait une preuve de maturité, pour un Syndicalisme salarial conscient et responsable, de refuser des augmentations qui entraîneraient une détérioration du pouvoir d'achat de la monnaie, qui est d'abord nuisible aux petits retraités et aux épargnants, puis ensuite à toute l'économie de la nation.

Une culture économique adaptée assurera alors aux responsables du Syndicalisme salarial des connaissances économiques suffisantes pour que l'Entreprise puisse vivre et prospérer.

Son devoir essentiel aujourd'hui sera d'exiger des réductions de prix plutôt que des augmentations de salaires génératrices d'une inflation qui est nuisible surtout aux plus modestes. Mais il faut bien admettre que toutes les conceptions ci-dessus ne seront possibles que si la nature du travail salarial est rénovée par l'intégration affective du salarié dans l'Entreprise.

C'est pour ces raisons variées qu'il faut évoquer maintenant la Participation du travail à l'action de la Société Industrielle.

5. Participation du travail à l'Action de la Société Industrielle

a) La Participation

Pour remédier aux diverses tensions dont il a été question ci-dessus, il n'y a, selon les conceptions de cet essai, qu'un remède : faire Participer effectivement et surtout affectivement le salarié à la marche de l'Entreprise.

En effet si la conception et le plan d'exécution du travail proprement dit sont définis probablement de la meilleure façon par les différents spécialistes, le motif spirituel et affectif ne peut reposer que sur la Participation du salarié à la bonne marche de l'Entreprise, et en particulier à sa croissance. Pour aboutir à une telle qualité de la Participation, il faut qu'un véritable esprit d'équipe règne entre responsables et exécutants, entre salariés et employeurs, grâce à une information et à une confiance mutuelle, loyale et complète.

Mais pour que ce souhait puisse se traduire dans la réalité, il faut, dès l'origine de la formation technique, qu'une certaine polyvalence de connaissances soit enseignée à tous les salariés pour leur permettre de prendre conscience, eux-mêmes, de leur rôle et de leur responsabilité personnelle dans l'engrenage de leur activité professionnelle, pour qu'ils puissent en comprendre les obligations et s'élever au-dessus d'intérêts limités, ce qui implique par ailleurs de leur offrir des possibilités de promotion sociale.

Il résulte déjà, de cette analyse que la marche de l'Entreprise sera facilitée si le salarié voit d'abord son travail équitablement rétribué et, d'autre part, s'il est associé au fonctionnement de l'ensemble, car il est nécessaire actuellement, et même indispensable, qu'il soit informé des réalités et des difficultés quotidiennes par des représentants qualifiés, sinon cette participation ne serait qu'un mot vide de sens. La première condition a pour conséquence que le travail soit rétribué à sa valeur productive, la seconde que les représentants syndicaux soient non seulement compétents et critiques mais qu'ils aient aussi un esprit imprégné de civisme et du bien commun.

Ces conceptions impliquent que les responsables des organisations syndicales bouleversent leurs méthodes et leurs préoccupations actuelles, en raison de leur influence et des responsabilités considérables qu'ils assument dans le bon équilibre de la vie quotidienne au siècle des Techniques. En plus, il devront admettre qu'au fur et à mesure du développement de notre Société Industrielle, l'anarchie de l'action est une aberration de l'esprit car, maintenant, c'est le Pouvoir Technique ou cinquième pouvoir qui va s'imposer, de plus en plus, dans la vie courante et tenir le premier rôle et la première place.

C'est ce qui amène maintenant à évoquer une question à l'ordre du jour, l'attitude du Syndicalisme vis-à-vis des problèmes de nature politico-économique propres à la Société moderne.

Mais il faut surtout que le monde actuel du travail oublie les dures conditions qui lui furent faites dans les débuts de la Société Industrielle, quand le machinisme n'était pas encore suffisamment raffiné pour rendre le sort de l'exécutant plus enviable, car ce sera la seule façon de rendre possible la vie moderne.

Aujourd'hui, en effet, c'est le progrès et l'innovation technique qui sont les motifs essentiels de l'expansion et d'une rémunération suffisante, ce qui rend moins important le travail salarial mais accentue par contre la nécessité de la permanence de ce travail salarial.

b) La Politique et le Fait Syndical

On a vu ci-dessus qu'à la naissance, il y a presque deux siècles, de la Société Industrielle, le Syndicalisme salarial avait dû s'appuyer sur des partis politiques ou même des confessions religieuses pour lutter contre l'exploitation de l'homme par l'homme et pour réagir contre un Profit exagéré tiré du travail. Si bien que vouloir revenir sur cette situation de fait, ancrée dans les consciences, paraîtrait à beaucoup comme inopportune, donc inefficace, pour la solution des problèmes actuels.

Et pourtant aujourd'hui, si l'égoïsme humain n'a pas décru, le machinisme, en revanche, a bouleversé les conditions du travail, si bien qu'il pourrait être justifié que ce Syndicalisme renonce à s'inféoder à des organisations politiques, philosophiques ou religieuses dont les buts et les options sont différents de ceux de la Société Industrielle.

Toutefois, le Syndicalisme salarial a besoin de s'appuyer sur différentes nuances de la pensée pour faire aboutir ses revendications ; il est donc logique qu'il le fasse, en raison des habitudes acquises, sur des organisations politiques, à condition toutefois que ces partis politiques apprécient et pèsent à leur juste valeur l'importance économique des demandes, voire des exigences du Syndicalisme salarial.

Ces partis politiques devront alors juger s'il est possible de satisfaire des revendications, qui se rapportent le plus souvent à des dépenses de consommation et de bien-être qui empêcheraient obligatoirement, en raison de la nature globale de l'économie moderne, la satisfaction des besoins d'équipement bien plus utiles à la collectivité.

Avec ces conceptions, la mission des organisations politiques sera renforcée, car elles devront apprécier dans quelle mesure elles pourront apporter leur soutien aux revendications présentées, compte tenu de l'intérêt général, dont ces organisations sont responsables.

C'est pour ces motifs qu'il semble indispensable, surtout dans notre pays, que le Syndicalisme salarial se dépolitise lui-même de cette façon et s'attache plutôt à résoudre avec ses partenaires du Pouvoir économique les difficiles et chers problèmes posés chez nous par le développement de la Société Industrielle. Il n'a pas en effet à remplir directement, dans un régime de démocratie intelligente, un rôle politique, rôle qui relève, et c'est l'évidence, du domaine de la représentation des opinions politiques des citoyens.

Cela sera d'autant plus vrai que les motifs habituels de contestation dans l'Entreprise seront appelés à disparaître si la philosophie pragmatique décrite ici est véritablement appliquée.

Ces diverses remarques suggèrent donc une représentation salariale techniquement compétente, organisée rationnellement dans un ou deux Syndicalismes conscients de leurs responsabilités et débarrassés de leurs attaches idéologiques.

Le mot "participation" aura alors un sens valable et l'immense majorité des salariés pourra, dans ces conditions, travailler pour instaurer dans l'Entreprise un équilibre harmonieux et bénéfique pour tous.

Le but de ce qui suit est alors de rappeler les moyens susceptibles d'aboutir à un résultat acceptable pour l'Efficacité de l'Entreprise.

c) Comment améliorer le fonctionnement de l'Entreprise ?

Si, depuis plus de cent ans, l'homme a été à la fois dominé par son voisin et rendu esclave par la machine, la seconde moitié du vingtième siècle va voir encore réduire l'effort physique du travailleur, avec l'intervention d'un machinisme encore plus raffiné, obtenu par une forme de plus en plus poussée d'automatisation, qui va permettre de remplacer l'exécution par un travail de préparation et de contrôle plus intelligent, car moins spécialisé, et qui pourra probablement permettre, d'ici à quelques années, une amélioration des conditions du travail à la chaîne.

Il ne faut pas oublier en effet que si le travail est un moyen, plutôt qu'une fin, au service de l'homme, il a aussi une valeur civilisatrice puisque tout repose sur lui. Pour qu'il en soit ainsi, il faut qu'il soit associé à un concept affectif qui associe le travailleur salarié au cadre de départ de son action de producteur dans l'Entreprise.

Ce sera alors le meilleur moyen d'améliorer son fonctionnement, à une époque où la connaissance est déjà assez largement répandue dans de nombreuses couches de la population, puisqu'il est bien connu qu'aujourd'hui, comme on l'a déjà dit, "on ne fait bien les choses que si l'on en comprend et connaît les motifs".

Pour remédier d'abord aux tensions qui se rapportent à la rétribution du salarié, le remède évident consiste à accroître les salaires. Mais encore faut-il pour qu'une augmentation de ce genre soit valable - simple constatation - que la productivité s'améliore. Comme celle-ci est souvent fonction directe des matériels utilisés, c'est-à-dire des investissements consentis, il devra aussi exister un certain équilibre dans chaque Entreprise entre le montant global de ceux-ci et les salaires.

La seule méthode pour augmenter les rétributions sans compromettre le pouvoir d'achat de la monnaie est d'accroître les investissements qui permettront de réduire le coût des produits fabriqués tout en conservant le pouvoir d'achat de la monnaie.

Etant donné aussi le caractère global de l'économie moderne, il est nécessaire que le Syndicalisme salarial pour satisfaire l'Equité améliore d'abord le sort des plus défavorisés et ne se borne pas à parler de rattrapage pour les groupes de pression les mieux organisés et les plus puissants. Ce rattrapage équivaudrait seulement à renforcer les inégalités initiales. En effet, les moins aptes à recourir à la grève (ouvriers agricoles, personnel des toutes petites Entreprises, personnes âgées, etc) sont sans doute ceux qui devraient profiter le plus de l'action revendicative du Syndicalisme.

Les formules utiles ne pourront donc être précisées qu'au moyen d'un dialogue approfondi entre les employeurs et les salariés, dialogue qui dérive directement de la Participation du travail à la Société industrielle et qui découlera des données économiques qui doivent être mises à la portée des délégués des salariés.

d) Les procédés qui permettent la participation du salarié

Pour associer et faire participer le travail à la Société industrielle il existe plusieurs moyens :

- Le premier s'appelle l'autogestion, le second la cogestion; le troisième, enfin, fondement de la pensée générale et économique de cet essai, est caractérisé par la formule "Capitalisme à accession communautaire".

Avec l'autogestion, le pouvoir dans l'Entreprise appartient aux travailleurs manuels et intellectuels qui élisent ceux qui sont chargés de la direction. On peut alors remarquer que dans ce cas, les salariés d'exécution contrôlent, puisqu'ils sont les plus nombreux, les cadres et la maîtrise qui normalement les commandent, si bien que le personnel d'encadrement pourra se trouver sous la dépendance des personnels d'exécution par l'intermédiaire d'une direction élue par un collège majoritaire d'exécutants.
Cette solution ne peut manifestement assurer une Efficacité suffisante à l'Entreprise en raison des risques d'anarchie que cette formule entraîne presque obligatoirement.

Avec la cogestion, le pouvoir appartient, en théorie, à égalité au capital et au travail, chacun de ceux-ci étant représenté à égalité. Mais ce système, utilisé par nos voisins allemands nécessite au départ une certaine entente idéologique sur la manière de conduire l'Entreprise. Or, chez nous, et c'est une simple constatation, la représentation salariale n'admet pas sans difficulté la nécessité et la légitimité du Profit alors que le Syndicalisme allemand le fait volontiers et possède même, en tant qu'organisation ouvrière, une banque très importante.

Avec la formule de "Capitalisme à accession communautaire", en revanche, le salarié devient peu à peu capitaliste en transformant sa part de Profit en actions développement et aucun des inconvénients signalés ne se manifestera alors.
En effet, avec cette solution, décrite plus en détail dans le chapitre suivant "Problèmes Industriels", le Président du Conseil de gestion sera l'élu des représentants du capital contributif, du capital développement et des délégués compétents des salariés ; ainsi sera constitué le fondement d'une participation mesurée et efficace du travail à la gestion.
La direction de l'Entreprise sera placée sous son contrôle ; en plus, elle pourra recevoir les avis de délégués élus par tous les salariés réunis dans un comité d'information et de participation. Avec cette structure, la gestion pourra être objective, car relativement indépendante à la fois du capital et du travail.
Comme, de plus, le Profit de l'Entreprise devra être réparti équitablement entre les moyens matériels et le travail, la Participation du salarié sera une application, mesurée, de la cogestion et elle pourra intégrer plus facilement le salarié à la marche de l'Entreprise.
La participation constitue alors le fondement de la Démocratie Economique.
Un bon moyen d'intégrer le salarié est également de diffuser l'information, ce qui facilitera l'adhésion indispensable des exécutants aux travaux pour lesquels ils sont payés. On peut observer à ce sujet que ce sont seulement les cadres et les élites, à tous les niveaux de l'Entreprise, qui peuvent remplir cette mission d'information et de trait d'union. Ils possèdent en effet non seulement les connaissances techniques indispensables, mais aussi une éducation et un sens du devoir tels qu'ils devraient leur permettre de s'élever au-dessus des problèmes particuliers ou des intérêts immédiats, pour apprécier et juger les besoins futurs de l'Entreprise et de l'ensemble de la collectivité en exerçant ainsi une influence considérable sur son fonctionnement et, par là, sur ses résultats.

6. Rôle actuel des syndicalismes dans l'Entreprise

a) L'expérience du passé, le comité d'Entreprise

Aujourd'hui, les méthodes de défense des intérêts matériels font partie de la vie réelle du siècle. Il convient donc, pour voir les choses comme elles sont, de les adapter à la vie de l'Entreprise, maillon élémentaire mais fondamental de la Société Industrielle et de l'activité humaine en général.

Si le Syndicalisme patronal est conscient automatiquement de la nécessité de la rentabilité de l'Entreprise, c'est-à-dire dans le même temps de l'Efficacité du travail, sinon celle-ci serait obligée de fermer ses portes, il doit être en plus actuellement pénétré de la valeur humaine des notions de plein emploi, de pérennité du travail, de promotion sociale, qui sont aussi importantes que le rendement et le Profit et il faut bien reconnaître que ces notions retiennent très fortement, aujourd'hui, l'attention des responsables du Syndicalisme patronal.

Quant au Syndicalisme salarial, il est encore malheureusement marqué, et même imprégné, à la fois par le souvenir des misères passées du monde du travail, par un sentiment égalitaire particulièrement sensible et par les dures batailles sociales qui ont opposé le monde du travail salarial à l'égoïsme des producteurs ou des possédants. Mais cette époque est passée et il doit maintenant se transformer à son tour pour s'adapter à la nouvelle forme de la vie qui découle de la Société Industrielle en devenant un facteur d'Efficacité et de concorde.

Le Comité d'Entreprise a constitué un premier essai dans cette voie d'entente réciproque permise par la franchise des relations ; malheureusement, certaines méthodes l'ont fait dévier de son rôle pour de multiples raisons, essentiellement en raison de l'absence d'un climat de confiance et de compréhension mutuelle entre les représentants des propriétaires des moyens matériels et ceux du travail. C'est ainsi, par exemple, que les premiers ne s'intéressaient pas à son fonctionnement, puisque l'idée de participation du travail n'était pas encore admise et que, de plus, la compétence économique ou financière des représentants du travail était insuffisante. Il n'est pas étonnant dans ces conditions que le Comité d'Entreprise ait été le plus souvent cantonné dans le seul rôle de gestion des oeuvres sociales et que les représentants des salariés viennent chercher dans cet organisme une simple protection juridique, alors que, normalement, il s'agissait d'un premier essai de participation.

Quant à la représentation des cadres, elle n'était pas assez nombreuse, et pourtant, de nos jours, l'étendue des connaissances devient telle que seul un individu instruit et cultivé, très hautement qualifié, peut suivre l'évolution économique et expliquer les motifs des décisions prises, à la préparation desquelles il doit coopérer.

- Dans ces conditions la première des mesures à prendre est de renforcer l'influence des cadres dans ces organismes, puisqu'ils jouent ou devraient jouer un rôle de catalyseur. C'est en effet sur leurs épaules et leur dévouement que repose le bon fonctionnement de l'ensemble du point de vue non seulement technique, mais aussi psychologique, puisqu'ils sont à la charnière de l'exécution et de la décision technique.

Ce sera non seulement l'intérêt des salariés et de leurs unités de travail, mais aussi celui de toute la communauté. Ce sont eux, en effet, qui constituent , en fait, l'armature du vrai pouvoir dans la Société Industrielle qu'est le Pouvoir technique, ou cinquième pouvoir.

C'est parce que ce cinquième pouvoir est morcelé à l'extrême entre une multitude de spécialistes de tout genre et qu'il est par là diffus, qu'il est indispensable, pour qu'il soit Efficace, que, d'une part il soit animé par une philosophie d'action commune et, d'autre part, que les divers responsables, à tous les échelons, soient munis des diverses qualités qui ont déjà été définies pour le Responsable dans la première partie de cet essai, qualités dont la principale est l'esprit civique. Pour ceux qui ont des responsabilités plus importantes encore, comme les hauts fonctionnaires, il s'agira cette fois du Bien public et du Sens de l'Etat.

- La seconde des mesures, et peut être la plus importante, est de faciliter l'instruction des représentants des salariés pour qu'ils obtiennent à la fois une compétence suffisante dans les domaines économiques et financiers et une largeur de vue telle qu'elle puisse leur faire apprécier équitablement les parts respectives des différents éléments qui interviennent aux divers stades de la fabrication et de la commercialisation des produits.

- La troisième des mesures devra porter sur l'amélioration des connaissances professionnelles des exécutants.

Il faudra, enfin, que la Société actuelle essaye d'adoucir les rapports humains entre exécutants et responsables, entre salariés et employeurs car ils sont à l'origine d'une vie plus facile et, pour parvenir à cette situation enviable, il faut encore que le cadre, à tous les niveaux, se mette à la portée de l'exécutant en l'informant et en lui laissant sa part de responsabilités qui va de pair avec la joie du travail bien fait.

C'est pour l'ensemble de ces raisons qu'il apparaît que le moment est arrivé de rechercher et surtout d'appliquer des solutions visant à détendre les relations à l'intérieur de l'Entreprise, communauté de travail et d'intérêt, sans porter préjudice, pour autant, à l'autorité inséparable de l'unité de direction et, par là, de l'Efficacité.

C'est dans cet esprit qu'il sera suggéré dans le paragraphe consacré aux Problèmes Industriels, un schéma d'organisation permettant à la direction de l'Entreprise de prendre valablement et humainement ses décisions en associant, à plusieurs niveaux, le travail et le capital à ses choix.

b) Fonctions actuelles d'un Syndicalisme salarial moderne

Le Syndicalisme salarial moderne doit d'abord être profondément persuadé que si le but du travail est d'améliorer le sort matériel du salarié, son but à lui, Syndicalisme, n'est pas de prêcher la haine ni de conserver des statuts dépassés par l'évolution des techniques et des réalités, c'est-à-dire, en fait, des privilèges, ni de constituer des coopératives d'avancement ou de défense des paresseux, mais de faciliter, dans l'amitié, les relations entre exécutants et responsables pour permettre un meilleur fonctionnement de l'Entreprise. Comme l'Entreprise, il doit être une société en évolution permanente, mais il doit être en mouvement dans le sens du progrès, en renonçant à des conceptions qui le maintiennent quelquefois sur des voies périmées.

C'est ainsi que, vis-à-vis de l'époque actuelle de surconsommation, son véritable rôle consiste à la combattre, au profit des équipements collectifs dont nous avons encore un grand besoin. En effet, au niveau de la collectivité, cette surconsommation conduit l'Etat à restreindre ses dépenses d'équipement en faveur de celles de fonctionnement, et notamment des salaires.

Ce fait, joint aux caractéristiques propres de notre peuple (insuffisance de civisme, absence fréquente d'idées directrices de nos hauts responsables, inorganisation congénitale), conduit à l'insuffisance criante dans certains domaines, comme les hôpitaux, les écoles ou les universités, dont la presse s'empare dans un esprit de critique systématique et destructrice, alors que de nombreux responsables politiques ou syndicaux se font soigner dans des cliniques privées ou envoient leurs enfants dans des établissements particuliers, surtout quand l'anarchie semble présider au climat de certains établissements publics.

Certes, le progrès technique n'a de sens humain véritable que s'il débouche sur le progrès social, mais il n'empêche cependant que le temps de la simple revendication pour la revendication est révolu et qu'il doit faire place à la construction effective. Le Syndicalisme salarial n'aura donc de raison d'être, aujourd'hui, que s'il remplit son rôle dans un régime de liberté qui respecte la Dignité, en permettant la discussion. Son action sera d'autant plus profonde et utile qu'elle favorisera le rendement et l'Efficacité, c'est-à-dire le Profit pris dans son sens noble de plus-value économique, puisqu'il sera équitablement partagé entre les propriétaires des moyens techniques et le travail, comme il est suggéré ici.

Si les dirigeants responsables de ce Syndicalisme acceptent ces propositions, la vie de l'Entreprise sera transformée et, avec elle, celle de la Société tout entière ; il aura acquis lui aussi sa pleine maturité et, avec elle, l'esprit de la Société Industrielle qui impose la nécessité du Profit. Son rôle présent n'est donc plus de revendiquer à longueur de jours, de mois ou d'années ; une fois que les conditions matérielles de rétribution du salarié le plus défavorisé auront été discutées et mises au point grâce à une participation affective, étant entendu qu'elles n'entraîneront ni gestion déficitaire ni chômage, le Syndicalisme salarial devra renoncer à ses revendications perpétuelles.

Le salarié, on peut le répéter, n'a à retirer aucun avantage d'une lutte de classes dépassée, qui crée un climat d'anarchie et d'irresponsabilité, et moins encore du transfert à la Nation de certains secteurs productifs. Ce serait en effet faire le jeu d'une bureaucratie paralysante et anonyme qui les laisserait sans défense devant un Etat anonyme se réfugiant toujours soit derrière des nécessités budgétaires ou des recommandations de commissions sans pouvoir, soit même derrière des statistiques qui, adroitement manipulées, ne disent que ce que l'on veut bien leur faire dire.

Si le devoir du Syndicalisme salarial consiste à défendre les conditions morales et matérielles faites au travail, en tant que participant au Pouvoir économique, il ne doit pas non plus s'opposer aux mutations d'effectifs imposées par le progrès lui-même ou aux adaptations des règlements d'emploi, chers à ce peuple ivre de sécurité et de statuts. Au contraire, il doit faciliter ces mutations, ce qui ne l'empêchera pas d'exiger qu'une formation professionnelle adaptée les précède.

Dans d'autres cas, par contre, il devra si besoin contribuer à un déclin économique inévitable et aider aux reconversions nécessaires, comme cela s'effectue par exemple dans certains pays nordiques, car l'argent des contribuables ne doit pas être utilisé pour maintenir en vie des Entreprises non rentables, car ce serait seulement du gaspillage.

Ces changements dans l'activité industrielle vont devenir en effet de plus en plus fréquents chez nous et en Europe. Ils sont motivés par le progrès technique, qui entraîne à la fois la modification des qualifications des exécutants et des concentrations d'Entreprises qui touchent surtout le personnel d'encadrement. Il ne sert à rien de s'opposer à des mutations inévitables puisque la production de masse est la nécessité de l'époque et que les concentrations peuvent assurer également non seulement la survie des Entreprises de notre continent, mais aussi leur prospérité et celle de leurs salariés.

La stabilité de l'emploi chère au coeur des européens risque alors d'être souvent remise en cause et les problèmes de l'emploi devront faire l'objet d'une grande attention, à la fois des Pouvoirs publics et des organisations syndicales, patronales ou salariales.

Cependant, dans ce domaine de la mobilité de la main d'oeuvre, (1) on peut remarquer que quand l'Entreprise nécessite des investissements importants , celle-ci a intérêt à conserver le plus longtemps possible celle qui est déjà formée. Dans ce cas, l'Entreprise constituera alors le cadre nécessaire à la requalification des hommes et au recyclage de leurs connaissances, tout en assurant leur sécurité matérielle.

(1) Pour faciliter la mobilité de la main-d'oeuvre, l'Etat pourrait par exemple réduire très sensiblement les droits de mutation du logement personnel quand le salarié en est propriétaire et qu'il doit changer de domicile pour son emploi.

Cette formule étant particulièrement bien adaptée à l'évolution des techniques et à l'intégration affective du salarié dans l'Entreprise, il est souhaitable d'encourager son application.

C'est surtout pour les cadres que les problèmes de l'emploi sont très préoccupants ; il leur faut en effet se tenir constamment au courant des dernières techniques pour ne pas être déclassés et dépassés par les plus jeunes. Pour ceux qui sont directement en contact avec les techniques de production, le remède réside dans la formation permanente. Pour ceux qui sont chargés de la gestion, les problèmes sont beaucoup plus délicats, car les critères habituels d'expérience s'effacent aujourd'hui devant les connaissances acquises par les éléments brillants, très au courant, par exemple, des dernières applications de l'Informatique. Ces questions sont en effet préoccupantes pour des hommes encore en pleine force de l'âge, car la solution est difficile à trouver en particulier dans le cas de fusion d'Entreprises.

Quant à la réduction prochaine de la durée du travail effectif qui va s'inscrire inéluctablement dans les faits au cours de la décennie prochaine, elle devra recevoir la plus grande attention, à la fois des organisations syndicales et des pouvoirs publics.

Cette question devra être traitée sur le plan économique et sur le plan humain, car le travail, en plus de sa fonction de gagne-pain, a aussi un rôle d'occupation irremplaçable sans lequel la présence de l'homme sur la Terre serait inutile (on peut se demander en effet ce que chacun de nous deviendrait s'il n'avait jamais rien à faire ....).

En résumé, on peut affirmer que le Syndicalisme salarial doit suivre le progrès car c'est lui qui va dans le sens de la libération de l'homme, et quelquefois même le précéder, car c'est toujours le Progrès qui est en accord avec l'intérêt du travail, même si ce progrès peut paraître, sur le moment, contraire à l'intérêt du travailleur.

Pour persuader, s'il en était besoin, le Syndicalisme de cette vérité, il suffit de rappeler la révolte des canuts lyonnais au début du dix-neuvième siècle à la suite de l'invention du métier à tisser par Jacquart (1732-1834). Personne depuis n'a pu empêcher les inventions de plus en plus perfectionnées faites pour faciliter le travail et qui n'ont pas réduit, bien au contraire, le nombre global des emplois comme semblait le craindre une pensée économique timorée.

C'est pourquoi les responsables des organisations salariales, comme n'importe quels responsables, doivent être pénétrés non seulement de l'intérêt des petites collectivités de travail dont ils ont la charge, mais également, et cela est plus difficile, de l'intérêt de la collectivité tout court, qui peut parfois être différent. Aujourd'hui, le Syndicalisme ouvrier doit comprendre que si le travail d'exécution est toujours un facteur important, il n'est plus le seul puisque interviennent aussi l'organisation et surtout l'innovation technique. Il doit alors rejeter avec force toute idée de suprématie, en dépit du nombre de ses adhérents, puisqu'une telle suprématie irait à l'encontre non seulement de l'Urbanité, mais aussi de la Dignité, et de l'Efficacité.

D'ailleurs, avec l'évolution des techniques, le poids numérique des seuls exécutants ne peut que décroître, le Syndicalisme doit donc maintenant prendre conscience de l'importance fonctionnelle et numérique des personnels cadre et maîtrise placés entre la conception et la réalisation pratique et dont la fonction est tout aussi nécessaire.

On peut alors observer que, si les soucis de l'exécution sont le plus souvent immédiats, un Syndicalisme qui ne comporterait que des exécutants serait incapable de répondre aujourd'hui à une fonction qui demande beaucoup de largeur de vue, car en se limitant au présent, il négligerait un avenir plus important encore. Dans ces conditions, la seule revendication salariale n'est plus l'unique motif d'intervention du Syndicalisme car le développement de la Société Industrielle est en grande partie l'oeuvre de ceux qui pensent et dont va dépendre aujourd'hui le sort commun, exécutants compris.

Il faut donc que les dirigeants du Syndicalisme salarial cessent de raisonner à court terme, en se dégageant de préoccupations salariales immédiates, de cette façon ce Syndicalisme salarial se prouvera à lui même qu'il a atteint l'âge adulte, en étant prêt à participer au fonctionnement rentable de l'Entreprise.

A l'heure présente, tous les problèmes économiques sont de plus en plus compliqués ; aussi faut-il que tous ensemble, exécutants, cadres et maîtrise participent à la mise au point d'une action économique adaptée à l'évolution rapide du monde des techniques. Il est donc utile de repenser les structures du Syndicalisme salarial pour qu'il puisse s'adapter à une Société Industrielle qui ne dépend plus uniquement de l'exécution. D'ailleurs, une bonne méthode pour remédier à l'insuffisance civique de ses cadres, à une époque où tous les principes habituels de vie sont remis en question, serait de prévoir dans l'organisation générale du Syndicalisme deux ensembles, le premier serait composé des salariés instruits et compétents, qui informeraient la masse des salariés, organisés dans un second ensemble, des limites de leur légitime pouvoir de contestation, c'est-à-dire de ce qu'il est économiquement possible de faire pour améliorer la rétribution du travail.

C'est parce que les cadres des Entreprises peuvent jouer ce rôle normalement et logiquement qu'il semble utile que le Syndicalisme salarial soit mixte, c'est-à-dire composé à la fois de cadres et d'exécutants mais organisé à deux niveaux. De par leur formation, les cadres ont, en effet et en général, une tournure d'esprit plus pragmatique que doctrinale qui devrait donner au Syndicalisme salarial son plein effet créateur dans le contexte actuel de l'évolution permanente de la Technique vers le Progrès.

Aussi est-il parfois regrettable de constater que certains Syndicalismes d'exécution manifestent à l'égard de l'encadrement une attitude qui, c'est le moins qu'on puisse dire, n'est pas compatible avec l'Urbanité des relations humaines. Il va sans dire qu'une attitude de ce genre n'est pas digne d'une représentation salariale consciente de ses responsabilités, car contester toute forme d'autorité, c'est provoquer l'anarchie et la ruine de l'Entreprise.,

Le personnel d'encadrement mérite davantage : il est en effet le véritable artisan du progrès technique, qui est à la base de l'amélioration du sort matériel, il ne doit donc pas être l'objet d'attitudes de ce genre puisque le Syndicalisme salarial a aussi une fonction de cohésion sociale très marquée.

Dans le même esprit, le Syndicalisme devra se.pencher sur ce que l'on appelle aujourd'hui la réduction des inégalités, car celle-ci doit être étudiée très sérieusement avant d'être appliquée. En effet, cette réduction ne manquerait pas d'entraîner l'arbitraire dans les relations humaines, car si tous les hommes sont égaux dans les droits fondamentaux de liberté et de propriété des fruit de leurs activités, ces hommes cependant ne sont pas identiques et sont différents les uns des autres, ne serait-ce que par leur intelligence et leur courage. Une politique de transfert forcé des résultats de leurs activités, transfert qui consisterait à prendre, par la force, les ressources de ceux qui les ont crées pour les donner à ceux qui ne l'ont pas fait, entraînerait une politique arbitraire dans les rapports humains. Mais la plus grande inégalité à l'époque de la Société Industrielle est celle du chômage. Celui-ci ne pourra être réduit que si l'accroissement de l'activité économique est suffisant ,ce qui entraîne nécessairement une requalification de la main-d'oeuvre, sinon les mesures habituelles comme le travail précaire ou les stages en tout genre exonérés ou non de charges sociales contribueront dans le même temps à entretenir les bas salaires et la seule et vraie réponse ne peut résider que dans la requalification du personnel d'exécution.

c) Comment faire pour parvenir à de meilleurs résultats ?

Après plus d'un siècle de domination du capital sur le travail, grâce au développement des sciences et des techniques, le monde du travail est devenu un facteur très important de l'économie moderne, et l'éducation et la culture de ses représentants doivent être maintenant au niveau de leurs responsabilités vis-à-vis de la communauté. Il importe donc que la formation technique, intellectuelle et morale des dirigeants du Syndicalisme salarial soit assurée pour qu'ils soient à même de remplir, à bon escient, leurs importantes fonctions. En particulier, ils doivent être persuadés de l'importance de l'Efficacité, puisque, seul, le progrès économique permet le progrès social, et pénétrés de la nécessité de relations cordiales entre exécutants et responsables puisque ces rapports réagissent directement sur l'efficience, c'est-à-dire sur la rentabilité de l'Entreprise et, par là, sur la rétribution et la pérennité du travail.

Dans ces conditions, il ne faut pas avoir peur de répéter que c'est le rôle de la communauté nationale d'aider à la formation des dirigeants des divers Syndicalismes pour qu'ils puissent penser et réfléchir "seuls" et que leurs interventions ne soient pas motivées uniquement par des considérations politiques ou philosophiques, le plus souvent étrangères à la vie de l'Entreprise. La culture économique qui leur sera enseignée leur permettra d'apprécier, ce qui est déjà très important, par exemple ce qu'il est économiquement possible, souhaitable ou indispensable de faire, ainsi les salariés pourront régler leurs interventions en connaissance de cause grâce à la compétence.

Ce Syndicalisme se prouverait alors à lui-même qu'il est apte à comprendre une Société Industrielle qui ne peut se passer du rendement, c'est à dire l'amélioration permanente de la productivité. Il ne traduirait pas ainsi, sans s'en douter, une réaction anti-industrielle sous-jacente dans les diverses couches de notre population, qu'il s'agisse des paysans chassés de leurs terres par la rationalisation des cultures, ou des petits commerçants expulsés de leurs boutiques par les grandes surfaces de vente. Quel intérêt y aurait-il par exemple, à faire circuler, sur des voies secondaires des trains sans voyageurs, alors que depuis longtemps la grande partie, si ce n'est la totalité, des ruraux est déjà motorisée ? Au contraire il doit, dans ce secteur particulier, s'efforcer de faire prévaloir les méthodes modernes d'exploitation et de gestion, et ce n'est pas parce que, chez nous, le chemin de fer est nationalisé que ces méthodes ne doivent pas être utilisées puisqu'il y va de l'intérêt général qu'elles le soient réellement.

Dans la Société industrielle, si le rôle majeur du Syndicalisme salarial est de veiller à la rétribution et au respect social du travail de l'homme, son action doit être avant tout constructive et ne pas être entravée ou perturbée par des considérations idéologiques. Dans notre pays, probablement du fait de sa tradition agricole et artisanale, de l'origine rurale encore récente des populations employées dans l'industrie, et peut-être aussi du fait de la géographie qui a imprimé un caractère marqué d'individualisme aux habitants, en raison des difficultés anciennes des communications qui rendaient les échanges et les contacts difficiles avant l'invention des chemins de fer, le mouvement syndical est multiforme. Il est alors soumis aux influences divergentes des diverses nuances de la pensée, comme c'est d'ailleurs encore le cas dans le domaine idéologique avec un nombre très élevé de partis politiques.

Le résultat de la pluralité excessive des mouvements syndicaux de salariés n'est pas en harmonie avec l'Efficacité de leur action dans la Société Industrielle moderne, car il en résulte soit l'impuissance, soit le plus souvent des surenchères démagogiques.

Bien que cela soit contraire à la pensée profonde de notre peuple, la réduction du nombre des organisations syndicales de salariés ne peut, tout comme celle qui concerne la pensée politique elle-même, que s'inscrire dans le cadre du fonctionnement futur de notre Société. Si notre pays en arrive à une solution comme celle qui est adoptée par les nations anglo-saxonnes ou germaniques où l'activité industrielle est plus ancienne, il en résultera probablement une évolution sensible de l'action du Syndicalisme salarial ; mais sera posé, par la même, le problème de l'appartenance syndicale obligatoire qui répugne en général à la nature profonde et individualiste de nos concitoyens.

A partir de ce moment, il faudra que les adhérents respectent les décisions de ces organisations et on pourra souhaiter, quand