Chaque collectivité humaine cherche pour se maintenir et se développer à se doter d'un système scolaire aussi bien adapté que possible à sa psychologie et à ses ressources matérielles et humaines.
Aujourd'hui, par ses bouleversements, la Société Industrielle met évidemment aux premiers plans des préoccupations des hommes l'Education et l'Instruction, car elle exige un nombre toujours croissant de citoyens capables d'assimiler un certain volume de connaissances et de les appliquer ensuite.
Dès l'abord on peut toutefois remarquer que ces deux fonctions essentielles ne dépendent pas seulement de conditions matérielles ayant trait, par exemple, au nombre d'élèves et à leur homogénéité mais aussi de considérations beaucoup plus subtiles qui relèvent de la nature profonde des hommes.
Pour résoudre ce problème, il faut alors recourir simplement et toujours à l'humanisme, c'est-à-dire aux principes de Dignité, d'Equité, d'Urbanité et d'Efficacité sur lesquels repose cet essai. Il faudra en faire la condition de tout enseignement, tout en attachant une importance particulière aux conséquences économiques des solutions retenues.
Trois raisons principales militent en faveur d'une vision humaniste et globale des problèmes de l'enseignement dans notre pays :
- La première a trait à la satisfaction des besoins particuliers et diversifiés de la Société industrielle et technique.
- La seconde est liée à l'accroissement du nombre d'élèves pour satisfaire à une démocratisation qui se rattache à l'Equité et qui amènera à se préoccuper d'inévitables facteurs économiques.
- La troisième enfin se rapporte cette fois à l'Urbanité et à la solidarité humaine puisqu'il s'agit aussi d'aider les jeunes nations à créer, chez elles, les moyens techniques nécessaires, et qui leur feront encore longtemps défaut, pour les sortir d'un état ancestral de misères matérielles, dû beaucoup plus probablement, à des caractéristiques climatiques, géographiques, voire historiques qu'au phénomène de colonisation, qui, lui, est aussi vieux que le monde et qui a été pratiqué par tous les peuples entreprenants, par exemple les Grecs ou les Romains dans les débuts de notre ère ou les Arabes dans la rive sud de la Méditerranée après le huitième siècle.
Au sujet de la première raison, la satisfaction des immenses besoins de la Société Industrielle, il faut, d'une part, recourir à un grand nombre de citoyens capables et, d'autre part, profiter de leurs capacités intellectuelles ou manuelles. Mais en raison de l'appel à un nombre de plus en plus important de spécialistes des diverses disciplines, il importe que notre peuple, en dehors de ses habituels conflits idéologiques, de gauche, de droite ou du centre, de croyants ou de laïcs, de jeunes ou de vieux, s'efforce de résoudre au mieux les difficiles problèmes de l'enseignement.
Le second motif, conséquence à la fois des besoins de la Société industrielle, d'un désir généralisé d'instruction et aussi de l'accroissement démographique, appelle l'enseignement de masse qui est le corollaire direct des remarques ci-dessus et de la démocratisation qui est entreprise.
La troisième obligation réside dans l'accès au présent mode de vie de jeunes Nations, hier encore colonisées, ou plus ou moins dominées, qui vont demander un nombre accru d'hommes instruits, capables de diffuser parmi elles les connaissances techniques qui facilitent la vie quotidienne. Ces hommes compétents ne pourront provenir encore, et c'est seulement le bon sens, pendant un certain nombre d'années, que des Nations évoluées, qui ont été, elles, les créatrices de la civilisation technique.
Cette troisième raison se rapporte alors à des conceptions qui relèvent de la solidarité humaine. C'est d'ailleurs l'intérêt bien compris des pays modernes d'aider ces jeunes Etats à effectuer sans heurt ces mutations réputées difficiles, mais non insurmontables, transformations qui les arracheront à un état économique élémentaire devenu difficilement supportable aujourd'hui, alors qu'ils ont pris conscience des conditions de vie des pays techniquement évolués du fait des puissants moyens d'information et de communication, aboutissement d'immenses efforts collectifs de science et de technique des pays de l'Occident.
Mais il faudra qu'en contrepartie ces pays participent, au prorata de leurs possibilités, aux frais de ces enseignements dans les pays modernes puisque leurs ressortissants en sont souvent chez nous gratuitement les bénéficiaires et surtout qu'ils retournent après l'achèvement de leurs études dans leurs pays respectifs pour deux raisons principales : d'abord parce qu'ils sont à la disposition de leurs peuples et ensuite pour ne pas nuire à l'emploi dans les pays d'accueil.
Dans ces conditions, la mission essentielle des Etats modernes consistera non seulement à aider ces pays tout récents, mais encore et surtout à faire comprendre à leurs jeunes élites, fût-ce au nom de l'expérience de leur passé, le sens de la simplicité et de la modestie qu'ils ont quelquefois tendance à négliger, car ces qualités sont les caractéristiques les plus marquantes de la civilisation et de la culture, telles qu'elles seront définies plus loin.
De cette manière, ils pourront évoluer plus rapidement vers la modestie qui est la qualité indispensable à la civilisation technique et non pas vers la fatuité comme cela se rencontre malheureusement quelquefois.
Il faudra surtout que les futurs responsables de ces nouveaux pays, trop riches en hommes pour leurs maigres ressources, soient intimement persuadés du danger que présentent aujourd'hui les conséquences des "Volontés de Puissance et de Domination" en raison de la puissance destructrice des armes nucléaires, chimiques ou bactériologiques, qui risqueraient même d'effacer la présence de l'homme sur notre globe.
Il résulte de ces diverses considérations que tous les pays évolués, y compris le nôtre ont l'obligation aujourd'hui de réexaminer leur système scolaire pour qu'il puisse assurer toutes les tâches qui vont lui être dorénavant confiées.
L'amplitude des efforts à faire implique que les pays en voie de développement participent eux aussi, financièrement, dans une juste mesure aux efforts demandés, d'autant plus que dans les classes élémentaires l'afflux des enfants de la seconde génération des travailleurs immigrés ne va pas non plus sans poser de difficiles problèmes à nos propres enfants.
Chez nous, il nous faut donc remettre à l'heure notre organisation générale pour qu'elle puisse répondre à ces buts nouveaux, puisque l'actuelle ne le fait plus complètement en raison d'une part de l'accroissement du nombre des élèves dû à la démocratisation de l'enseignement et d'autre part du volume et de la diversité des connaissances nouvelles à acquérir, connaissances qui sont liées aux nombreuses techniques qui se sont manifestées récemment et qui continueront à le faire ultérieurement, car c'est la loi inexorable du progrès.
Notre système, en étant soumis à un tel bouleversement ne peut plus convenir complètement tel qu'il est actuellement et l'expérience du passé ne sera plus, dans ce domaine, que d'un secours limité.
D'autre part, la prévision des besoins et des moyens pour les satisfaire va être très délicate à préciser, puisqu'ils ne pourront être définis nécessairement que par les générations actuelles, c'est-à-dire par des hommes qui précéderont largement dans le temps ceux qui en seront les utilisateurs, alors que les conditions d'application se seront certainement modifiées au rythme accéléré des techniques.
Les spécialistes de ces questions chargés de l'étude de ces réformes travaillent donc pour la génération suivante et il n'est pas étonnant dans ces conditions, qu'ils rencontrent de sérieuses difficultés de prévision, ce qui implique seulement de repenser dans son ensemble le système éducatif, car les choses fondamentales et sensées d'organisation sont valables pour toutes les époques, alors que les petites touches qui sont apportées au système actuel sont souvent insuffisantes pour suivre une évolution qui va très vite.
Dans ces conditions, la première des qualités à retenir pour ces responsables sera de mépriser les querelles idéologiques habituelles de nos partis politiques ou des syndicalismes de professions trop tranquilles, du fait de la stabilité actuelle de l'emploi et de tenir compte seulement des réalités pratiques de la vie.
Le système retenu devra donc inculquer à la grande majorité de nos enfants des connaissances pratiques rapidement utilisables par les entreprises et, pour éviter le chômage réserver à un petit nombre seulement, l'enseignement de connaissances abstraites, accessibles souvent et heureusement à une faible proportion d'élèves, ce qui est simplement le bon sens et une vérité d'évidence.
Telles sont les difficultés essentielles.
Bouleversé de fond en comble par les immenses besoins de la Société industrielle notre enseignement, aujourd'hui, ne peut plus être qu'un enseignement de masse et les structures passées étant périmées, il faut les repenser dans un esprit nouveau.
Les anciennes en effet n'ont pas été capables jusqu'ici d'éviter le chômage, alors que de nombreuses entreprises ne trouvent personne à recruter, sans même parler des querelles religieuses qui avaient rendu inefficace, pendant de longues années au début de ce siècle, l'action de notre peuple uni, malgré les convictions religieuses différentes des libres citoyens de ce pays.
On peut alors affirmer sans doute possible que, si le but final d'un enseignement valable est de former des êtres qui comprendront leur temps, il est surtout de donner à chacun des connaissances permettant déjà de répondre aux besoins matériels, tout en répondant aux buts généraux poursuivis par notre société.
Ces quelques observations qui relèvent du simple bon sens permettent alors d'affirmer que la devise de Dignité, d'Equité, d'Urbanité, et d'Efficacité suggérée dans cet essai pour servir de symbole à la vie de l'époque et de fondement à son développement, s'applique alors parfaitement aux problèmes actuels de l'Education et de l'Instruction.
- La Dignité exclut le sectarisme sous toutes ses formes.
- L'Equité commande, dès la naissance, de donner à chacun ses chances, selon ses capacités ou plus tard selon ses connaissances acquises.
- l'Urbanité exige la largeur de vue et la tolérance issue de l'Education.
- Quant à l'Efficacité, assurée par l'Instruction, c'est la notion sur laquelle doit reposer toute activité humaine, quelle qu'elle soit. Elle est seulement la conséquence des principes précédents quand ils sont bien appliqués.
Comme c'est aussi l'intérêt d'une collectivité quelconque de disposer à la fois d'exécutants et de cadres, la notion d'Efficacité ne fait alors que renforcer celle d'Equité. Et puisque l'Education et l'Instruction sont les meilleurs moyens de réduire les tensions entre les hommes, fondées, en général, sur des écarts trop importants entre les niveaux de vie, notre société moderne ne doit rien négliger pour les restreindre en revalorisant déjà l'indispensable travail manuel.
Toutefois il est à craindre que très prochainement le volume des connaissances à acquérir entraînera bon gré, mal gré notre société à un classement social bien plus sévère que celui qui était fondé sur la fortune par exemple, ce qui ne manquera pas de conduire à une sélection de plus en plus rigoureuse des individus.
Comme il est impossible dans le cadre de cet essai de traiter d'une seule fois un aussi vaste sujet que celui de l'Education et de l'Instruction, après avoir rappelé les grands principes généraux posés comme fondements d'un enseignement adapté à l'époque des techniques, on se bornera à suggérer, pour notre pays, une organisation générale qui pourrait donner une réponse satisfaisante à ce délicat problème d'organisation.
On a indiqué tout au début de cet essai que la première des conditions nécessaires à la bonne organisation de la Société Industrielle résidait dans une application raisonnée du principe :
" Centralisation de la pensée et Décentralisation de l'action"
qui permet à la fois de satisfaire aux principes fondamentaux rappelés ici comme fondements de l'humanisme et de les respecter.
Son application à l'enseignement conduit alors immédiatement à abandonner la formule unitaire d'un système centralisateur, conséquence de notre situation géographique et de nos traditions et qui prenait sa source aux lointaines époques de notre histoire où notre unité nationale n'était pas encore formée, et qui lui a permis de devenir une Nation.
Les hommes étant cependant essentiellement différents les uns des autres, il faut essayer d'adapter notre système à une époque où nous avons justement la chance que cette adaptation ne risque plus de remettre en cause une unité nationale très ancienne et qui est, malgré tout, encore la meilleure garantie de la Dignité, c'est-à-dire de la liberté de notre peuple dans son ensemble.
La formule suggérée plus loin sera capable également de répondre au problème de l'enseignement confessionnel qui a divisé profondément notre pays, ce qui n'est pas à l'honneur de nos représentants politiques, puisqu'il a été la cause d'une inefficacité collective particulièrement marquée, justement à la fin du siècle passé et au début du siècle présent à une époque où précisément il n'avait pas besoin de ces oppositions stériles pour sa croissance économique et sa paix sociale.
Dans ce qui suit, on passera successivement en revue les différents points qui intéressent l'enseignement à l'époque de la Société Industrielle en commençant par définir ses buts à l'époque actuelle.
L'enseignement qui associe à la fois l'Education et l'Instruction doit surtout préparer l'individu à sa vie personnelle et à la vie collective.
Distinguer l'Education de l'Instruction serait assez arbitraire car l'une et l'autre sont complémentaires et étroitement imbriquées dans la formation.
On peut dire alors que l'Education confère à l'Instruction, chargée d'initier l'homme à la culture générale et technique ou à la pratique d'un métier, un certain sens intellectuel, moral et affectif qui l'aidera à s'intégrer à la vie collective et à développer ses qualités personnelles.
En résumé, si l'Instruction est la science, l'Education elle, en est la conscience.
La mission de l'Education est en somme de former les hommes, d'abord pour eux-mêmes, et par voie de conséquence pour le service de la collectivité, pour le respect du devoir réciproque et de solidarité des temps modernes.
Elle doit donc leur donner le sens de la Dignité, de la tolérance, de la largeur de vue, pour qu'ils puissent devenir non seulement des passionnés de la vérité et de l'honnêteté intellectuelle, mais aussi de la simplicité, afin qu'ils puissent toujours avoir le courage d'assumer leurs responsabilités par l'apprentissage de la volonté dont découlera la joie de l'effort et du travail bien fait.
Mais ce n'est pas tout, car l'Education doit encore façonner la pensée de telle sorte que l'homme ait l'esprit largement ouvert aux créations les plus surprenantes, qu'il ait aussi l'esprit civique, c'est-à-dire le sens du bien public et qu'il soit encore persuadé de l'importance de l'Urbanité pour créer les conditions nécessaires au fonctionnement amical de la société.
Il conviendra encore dans le même esprit, que l'Education contribue à réduire chez nous un esprit de critique systématique et de dénigrement permanent, pour le limiter à la critique créatrice, génératrice de progrès, ce qui à vrai dire se rapproche du voeu pieux.
Si la mission de l'Education est capitale à notre époque, celle de l'Instruction ne l'est pas moins, car celle-ci est une initiation plus ou moins complète aux connaissances humaines générales ou à la technique des métiers pour que chacun puisse, tout au long de sa vie professionnelle, non seulement s'adapter, aux changements accélérés et rapides des techniques, mais encore y participer.
L'Instruction doit familiariser l'esprit aux innombrables applications techniques de la Science qui, par définition, ne peut s'arrêter d'évoluer.
Quant à la culture à l'époque de la Société Industrielle, contrairement à son sens traditionnel qui a trait souvent à l'érudition et aux arts, elle peut être considérée comme un moyen privilégié pour les individus d'atteindre la maîtrise de connaissances qui leur procureront une large ouverture sur le monde, en leur conférant, dans le même temps, la possibilité de porter un choix réfléchi sur telle ou telle question de la vie individuelle ou collective, choix qui est finalement la simple manifestation d'une certaine forme de Dignité.
C'est d'ailleurs justement l'ampleur de la culture qui permettra aux élites, à condition de ne pas perdre le sens de la simplicité ni celui de la vue d'ensemble, d'organiser la vie collective de telle sorte que son fonctionnement soit harmonieux, idéal important à atteindre pour la société moderne.
L'Education et l'Instruction sont aussi les seuls moyens pour parvenir à une véritable Equité capable de donner à chacun de nos enfants le maximum de chance selon leurs capacités et leurs aptitudes innées ou leurs efforts, et elles sont aussi des gages de l'Efficacité du fait du renouvellement de l'origine sociale des élites, qui évite la sclérose de la pensée, pensée qui n'est jamais le seul privilège d'une seule famille de citoyens.
En résumé on peut dire que si l'Instruction apporte la connaissance des données techniques, l'Education diffuse, elle, les principes de sociabilité indispensables à la vie en commun , elle est donc la condition même de l'Urbanité des relations humaines.
Notre système doit alors s'efforcer de former non seulement des hommes et des femmes capables de subvenir à leurs besoins, mais aussi des citoyens et des citoyennes qui domineront leur temps et l'évolution présente du monde vers la forme de vie imposée par les Techniques et qui réclame avant tout l'application loyale des principes simples et élémentaires de l'humanisme (1).
(1) C'est le supplément d'âme dont parle Bergson et qui est rappelé à la dernière page de cet essai dans la conclusion
Pour parvenir à ce stade il nous faut d'abord rappeler les principes généraux auxquels doit répondre l'enseignement.
Le droit de l'enfant à l'Education et à l'Instruction est reconnu désormais dans tous les pays civilisés et l'enseignement est de ce fait un Service Public.
Il faut donc diffuser à l'ensemble de notre jeunesse toutes les connaissances élémentaires déjà indispensables à tout être humain.
Mais l'enseignement des enfants pose chaque fois des problèmes individuels et il faut tenir compte du trouble physiologique et psychologique de la puberté consécutif à leur transformation en adultes, en trouvant si besoin, pour certains, des formes spéciales d'instruction susceptibles de les mettre en mesure de remplir ultérieurement leur rôle dans la vie courante.
Il est bien évident en effet que, avec des classes actuelles surchargées, conséquences de la démocratisation de l'enseignement, les enseignants ne peuvent matériellement s'intéresser de très près à chaque enfant et l'individualisation de l'enseignement, principe essentiel qui adapte toute vérité à chaque cas, devient alors un vain mot.
Si le devoir des parents est de remédier de leurs propres deniers aux inaptitudes souvent passagères de leurs enfants, il faut cependant ne pas perdre de vue que cette situation pose certains problème d'Equité, puisqu'ils ne peuvent alors bénéficier de la gratuité de l'enseignement officiel, telle qu'elle existe encore dans notre pays et doivent recourir à certains établissements privés qui, moyennant finance, veulent bien s'occuper de leurs enfants.
Des écoles de ce genre sont donc utiles puisqu'elles permettent de répondre aux préoccupations des parents devant des enfants caractériels ou difficiles et qui sont souvent victimes du climat familial ou de l'absence de la mère de famille, sollicitée par l'exercice d'une profession pour contribuer à l'entretien matériel du foyer, à l'essor du monde technique et à ses impératifs et qui ne peut, de ce fait, s'occuper suffisamment d'eux.
C'est encore le droit à l'enseignement qui pose à la société le problème de l'enfance inadaptée ou déficiente qui réclame, elle, des établissements spécialisés, à la charge, cette fois, de la collectivité
On constate aussi, sauf cas particuliers, que l'évolution du niveau intellectuel des hommes est progressive, que l'hérédité exerce probablement, à un certain degré, un rôle dans la transmission des dons, mais que c'est surtout le milieu, particulièrement le milieu familial, qui exerce une profonde influence sur les souhaits de l'enfant.
Il résulte alors de ces remarques que les élites, en plus de leurs responsabilités dans la vie en société, doivent prendre conscience de leur fonction sociale importante, grâce à une descendance qui ne soit pas limitée à l'enfant unique, comme malheureusement c'est souvent le cas.
Quant aux esprits exceptionnels des milieux peu instruits, le devoir de la collectivité est de permettre à ces enfants, dotés par la nature de dons remarquables, de se manifester pour qu'ils en fassent bénéficier leur collectivité et c'est ce qui justifie un système d'aide fondé sur les dons personnels de l'enfant, même si ce système ne reflète pas complètement l'Equité.
Dans une société évoluée, la neutralité de l'enseignement doit couler de source comme condition indispensable de la Dignité.
L'homme, cependant, ne peut s'empêcher de défendre farouchement sa Vérité entraîné comme il l'est habituellement par sa "Volonté de Puissance et de Domination" personnelle.
Comme le domaine de l'enseignement se prête remarquablement à la propagation de telle ou telle philosophie, de telle ou telle idéologie, il n'est pas étonnant que l'enseignement ait été l'objet de nombreux conflits au cours des temps passés. En effet l'enfant est particulièrement séduit par les idées généreuses, son esprit critique ne se forme que lentement et il peut recevoir facilement les marques souvent indélébiles de telle ou telle conception, sociale, philosophique ou religieuse de la vie.
Le meilleur exemple n'est-il pas donné par l'Eglise catholique qui, pour assurer la propagation de la doctrine chrétienne, a assumé, pendant des siècles, l'Instruction et l'Education de la jeunesse dans un grand nombre de pays Occidentaux, mission dont elle se croyait chargée jusqu'à une date très récente. Pour être objectif, on peut observer à ce propos qu'il était heureux qu'elle l'ait fait à ce moment, car personne n'était capable de le faire à sa place. Elle était d'ailleurs à l'époque pratiquement la seule détentrice d'un savoir, même embryonnaire, et si cette situation l'entraînait dans une voie qui était utile et même indispensable, avec le développement de l'enseignement laïc, de nombreux conflits devenaient inévitables.
Ceux-ci se sont produits, chez nous, à la fin du siècle dernier et au début de celui-ci et ont divisé profondément notre peuple au grand détriment de l'Efficacité, justement à un moment où la Société Industrielle avait besoin des efforts de tous.
Les doctrines politico-économiques collectivistes ont été animées, elles aussi, par un idéal d'universalité visant à répandre dans le monde entier leurs conceptions.
Ces dernières attitudes ne sont cependant en harmonie ni avec notre mode de civilisation, ni avec la manière de vivre préconisée ici, puisque diffuser telle ou telle idéologie, dans des établissements qui relèvent du budget public et par là de l'effort financier de tous les citoyens contribuables, va à l'encontre même du principe fondamental de Dignité sur lequel doit être fondée une société respectueuse de l'ensemble de ses membres.
Une seule attitude convient alors à la mission des éducateurs - présenter les faits et les doctrines sans exclusive d'aucune sorte - sinon ce serait revenir à de nouveaux conflits et au caractère violent des guerres de religion d'autrefois, dont tous les peuples, et en particulier le nôtre, n'ont que faire.
Dans une société évoluée, la neutralité ouverte de l'enseignement public est donc la condition indispensable et les différents maîtres n'ont pas à prôner une philosophie quelconque sans en présenter, en même temps, la contrepartie surtout quand leurs auditoires sont composés de jeunes élèves qui n'ont pas atteint l'âge adulte, et par là, celui de la réflexion personnelle.
Leur esprit, en effet, n'est pas encore suffisamment formé pour prendre position vis-à-vis d'idées qu'ils ne peuvent ni discuter, ni réfuter, et dont ils sont bien loin d'ailleurs à leur âge d'en comprendre les conséquences morales ou surtout économiques.
Ce principe posé, il est aussi du devoir de l'Etat, bien commun de tous, d'assurer le libre exercice des seules convictions religieuses traditionnelles en usage dans notre pays et de satisfaire ainsi aux autres principes fondamentaux d'Equité, d'Urbanité et de Tolérance indispensables dans un secteur particulièrement sensible.
Actuellement, l'Etat, chez nous, est séparé avec juste raison depuis plus d'un siècle du domaine religieux et la Tolérance a pris un aspect bienfaisant.
Elle se pose alors sur le simple plan de la Dignité, chacun devant respecter la croyance ou l'incroyance de l'autre.
Ce respect de l'opinion d'autrui n'implique pas qu'on partage le point de vue du voisin mais simplement qu'on attend de lui la même attitude libérale.
Si donc la population croyante réclame pour elle le libre exercice de son culte, cette revendication conforme à une condition essentielle de sa vie intime ne signifie nullement qu'elle veut imposer ses principes à d'autres, mais simplement qu'elle use d'un droit que tous peuvent revendiquer pour eux-mêmes.
Pour en rester toujours à nos conceptions réalistes donc pratiques, on peut observer que le problème de l'enseignement religieux dans notre système scolaire va se poser aujourd'hui d'une façon très délicate, en raison de la présence de nombreux enfants des travailleurs immigrés en provenance d'Afrique du Nord et qui sont de religion musulmane et ensuite de la répartition géographique non homogène de ces enfants, qui amène des classes où les enfants français sont mêmes souvent minoritaires, ce qui déstabilise complètement l'enseignement de nos propres enfants.
Il résulte de cette situation une difficulté difficilement surmontable pour appliquer notre idéal tolérant et démocratique au problème de l'enseignement religieux.
En effet et en raison des conséquences que ne manquerait pas d'entraîner, sur notre propre identité nationale, l'enseignement de la religion musulmane dans les circonstances actuelles où le nationalisme arabe se manifeste sous forme violente dans certains Etats en s'appuyant sur un Islam intransigeant, l'enseignement de la religion musulmane ne peut être accepté dans ce pays de tradition judéo-chrétienne, contrairement à ce que voudrait l'idéal tolérant et démocratique de ce livre.
Il s'agit en effet d'une question de vie ou de mort, devant le nombre, pour notre civilisation occidentale car la plupart des immigrés de la seconde génération refuse l'intégration en se réfugiant sous l'influence de l'Islam, dans le nationalisme et le racisme arabe vis-à-vis de la société occidentale.
C'est l'expérience alarmante du Proche-Orient qui amène à refuser, pour ces enfants, l'enseignement d'un Islam souvent sectaire et violent qui tolère ou encourage les enlèvements d'Occidentaux, les appels au meurtre, les attentats dans les lieux publics ou les avions et même les assassinats d'enfants chrétiens comme cela s'est passé au Liban en 1990.
Les hauts responsables politiques des pays occidentaux ne doivent pas en effet ignorer le fanatisme religieux de certains Etats possesseurs du précieux pétrole qui leur procure des moyens financiers considérables, avec le pouvoir corrupteur de l'argent qui lui est attaché, et que ces Etats ne se privent pas d'utiliser au mieux de leurs intérêts. D'ailleurs il n'y a qu'à regarder la situation religieuse dans les Etats Musulmans pour constater que la religion catholique par exemple y est strictement interdite.
En ce qui concerne notre pays, il nous faut donc résoudre actuellement pour les seules religions en usage traditionnel chez nous, la pluralité de l'enseignement pour satisfaire au désir de nombreuses familles.
Ce désir n'est pas difficile à atteindre d'autant plus que ces religions sont toutes aujourd'hui dans le droit fil de l'humanisme et de notre civilisation occidentale.
C'est alors le souci de concorde, gage de l'Efficacité collective, qui est à l'origine des solutions suggérées ci-dessous.
Après avoir rappelé les deux principes généraux auxquels doit se plier l'enseignement à notre époque, il faut maintenant examiner comment il pourra y satisfaire dans la pratique.
On développera les points suivants qui se rapportent à l'enseignement en général quelle que soit la collectivité :
- La durée de la scolarité,
- la sélection et l'orientation dans la formation des enfants,
- le choix dans la formation et les besoins économiques,
- les époques du choix des formations scolaires,
- le contrôle des connaissances et des aptitudes,
- les inconvénients classiques du choix,
- la formation des responsables de la socièté,
- l'étude des langues étrangères,
- la réforme de certains programmes et l'harmonisation des diplômes en Europe,
- la préparation au loisir et à la détente.
C'est le premier des facteurs examinés.
A notre époque et comme cela se fait depuis longtemps déjà chez nous, il est anormal et immoral, avec le développement des techniques de production en série, d'utiliser le travail effectif d'enfants de moins de dix-huit ans.
Il est indispensable de consacrer cette période de la vie à la formation de l'individu, pour lui procurer d'abord les connaissances élémentaires, ensuite acquérir un métier, et enfin pour perfectionner son Education et son Instruction.
De plus cette période est aussi l'époque où le système intellectuel de l'homme se prête le mieux aux apprentissages et à l'acquisition d'une formation critique et d'un raisonnement logique.
L'ampleur du système à retenir va découler déjà de la durée qui sera fixée.
On peut observer que s'il est désirable que l'accès à l'Enseignement soit permis au plus grand nombre, à ce souhait légitime sont obligatoirement associés, non seulement des questions financières et budgétaires, mais aussi et surtout des problèmes d'aptitudes intellectuelles des enfants, de talents si parcimonieusement et si inégalement répartis.
Les problèmes financiers et budgétaires étant essentiels pour le développement de l'individu et de la société, il importe d'affecter à la formation de nos enfants le maximum de ressources collectives.
En effet, sans moyens financiers et sans action réfléchie, rien ne peut être créé. D'ailleurs ces dépenses sont aussi un investissement intellectuel qui sera ultérieurement rentable tant pour l'individu que pour la société.
Mais en raison de la nature globale de l'économie moderne, une nation ne peut consacrer à l'Education et à l'Instruction de ses enfants qu'une certaine partie seulement de son revenu national et comme ce montant est fatalement limité, il faut que la part des ressources qui lui est affectée soit déjà utilisée au mieux.
Les enseignants à tous les niveaux devront donc être déjà convaincus du principe général d'Efficacité, c'est-à-dire, dans ce cas particulier de la nécessité de former au mieux le maximum d'élèves pour le coût minimum.
C'est une tâche cruciale qui réclame des maîtres avertis, puisque l'avenir des enfants en dépend et par là celui de notre pays.
Dans l'optique d'une même attitude, à la fois réaliste et humaniste fondée sur la recherche de l'Efficacité d'une société humaine adaptée au siècle des techniques, on peut se demander s'il convient de donner la priorité à la sélection des élèves sur leur orientation ou l'inverse.
Problème délicat en raison même de la nature des choses et des hommes.
On constate en effet très souvent que tel enfant brillant intellectuellement dans les premières années de sa scolarité a beaucoup de mal à se maintenir, que tel autre qui semblait doué pour des études scientifiques, se révélera, quelques années plus tard, comme littéraire et que les aptitudes manuelles, encore latentes à un jeune âge, ne sont pas le plus souvent prises assez en considération.
Les spécialistes de ces questions ne sauraient donc qu'être très prudents pour la répartition des élèves dans les différentes sections de l'enseignement et l'on doit aussi constater la relative rareté des enfants doués pour des études abstraites et théoriques.
On peut dire dans ces conditions qu'il sera sage de ne pas encombrer ces dernières disciplines afin de ne pas conduire à des classes pléthoriques et surtout éviter que des enfants inadaptés aux études longues, et qui se traînent lamentablement jusqu'à seize ou dix-huit ans sur les bancs, alors qu'ils préféreraient travailler manuellement, se retrouvent après leurs échecs scolaires dans une position de faux intellectuels, impropres au travail manuel, tout aussi honorable.
En conséquence ce type d'enfant devrait être dirigé, dès quatorze ou quinze ans, vers une formation plus pratique tout aussi utile à la société.
Pour ces diverses raisons il n'est pas convaincant de donner priorité à l'une ou l'autre de ces deux options : sélection ou choix du type de formation.
Certes, si la voie adoptée pour l'enfant était correctement définie dès le début de la scolarité, sans aucun doute possible, la sélection à partir de ce moment serait particulièrement Equitable, puisque chaque enfant étant convenablement dirigé, les résultats obtenus seraient fonction de ses seules capacités intellectuelles ou du travail fourni.
Malheureusement, il n'en est ainsi que rarement, en raison de l'évolution intellectuelle propre à chaque enfant et si, jusqu'à présent, la priorité a été donnée à la sélection fondée sur des capacités intellectuelles sanctionnées par l'examen, c'est probablement parce qu'il était difficile de faire l'inverse et d'accorder la priorité au choix de la formation.
Bien qu'injuste, cette méthode est probablement plus réaliste, car plus économique et pour remédier à son manque d'équité et à ses erreurs inévitables, il convient seulement de ménager des passages possibles d'une formation à l'autre.
Ces passerelles permettraient des remaniements adaptés à l'âge des enfants, en dirigeant à nouveau les éléments valables. Mais il faut bien reconnaître que si ces passerelles ne peuvent s'accommoder que d'un découpage de l'enseignement par tranche d'âge, le changement d'orientation sera lui particulièrement délicat puisqu'il doit tenir compte aussi de qualités ou d'aptitudes qui évoluent forcément avec l'âge.
On devra alors abandonner l'idée que plus longtemps l'enfant reste à l'école, plus son développement est assuré. Cette conception est fausse car certains des élèves répugnent à une tutelle qui s'exerce jusqu'à seize ou dix-huit ans. De plus il existe d'autres types d'enseignements qui peuvent amener l'enfant à la profession qu'il désire exercer, ne serait-ce que par l'apprentissage.
De toute façon, dans l'esprit de cet essai, la sélection n'a rien à voir avec une quelconque ségrégation sociale et si l'enseignement de base doit être diffusé à tous, en revanche, au-delà, il doit y avoir un examen contrôlant l'aptitude des candidats qui se proposent de suivre des enseignements de niveau plus élevé.
Certains mêmes ne peuvent relever que d'un choix fondé sur les capacités intellectuelles, car ils ne pourront jamais être, quel que soit le régime politique de la société, des enseignements de masse, puisque certains exigent de sérieuses possibilités intellectuelles.
Mais il faudra surtout que les divers enseignements débouchent sur des possibilités effectives d'emploi, point qui ne paraît pas avoir reçu, dans notre pays, malgré son importance, suffisamment d'attention des responsables et dont la conclusion est le chômage malgré les sommes considérables consacrées par l'Etat c'est-à-dire par les contribuables, à ces questions et qui se révèlent finalement comme un gaspillage.
Le choix dans la formation est donc l'essentiel, car il s'agit obligatoirement de l'adapter aux besoins de la société et de lui préparer des hommes compétents.
Le choix dans la formation des enfants nécessite alors une appréciation aussi exacte que possible de capacités intellectuelles qui sont forcément variables dans le temps .
Il sera donc bien difficile dans ces conditions de conseiller les familles et combien sera grande la responsabilité morale qui incombe à ceux qui donneront ces graves avis!
On peut affirmer aussi que la sélection étant la conséquence directe de la démocratisation, il est malhonnête de faire croire à nos jeunes qu'ils sont tous capables de poursuivre, à l'université ou dans les grandes écoles, des études de niveau très élevé.C'est ainsi que l'un des slogans développés chez nous, et qui vise à porter à 80% le nombre des bacheliers, relève de la plus stupide démagogie électorale et est indigne d'un pouvoir politique conscient de ses devoirs d'Etat, puisque ces conceptions dévalorisent les autres enseignements sans résoudre le vrai problème du devenir des 20% restants, futurs chômeurs à longueur de vie au lieu de leur donner un métier (1). Quant à celui de doubler le nombre d'ingénieurs en quelques années, cette idée relève également de la plus haute fantaisie sauf à baisser les niveaux des études!
(1) Cela est d'autant plus vrai que dans ces 80% on observera un pourcentage important de sujets qui seront intellectuellement incapables de suivre avec profit les cours de l'enseignement supérieur et qui seront ultérieurement menacés de chômage ce qui est un gaspillage de l'argent public c'est à dire de celui des contribuables.
Ces diverses conceptions justifient un barrage au-delà du baccalauréat pour éviter que l'enseignement des spécialités ne soit submergé d'élèves incapables de le suivre et qui l'empêcheraient de fonctionner correctement au détriment de ceux qui suivent normalement de difficiles études tout en coûtant fort cher aux citoyens contribuables.
Ne pas reconnaître toutes ces banales évidences serait aller au devant de nombreuses difficultés et de profondes méprises dont tous nos enfants et nous-mêmes en tant que contribuables feront les frais.
Pour se conformer encore aux mêmes conceptions réalistes, les directions choisies pour une formation rationnelle des enfants devront s'appuyer sur la prévision des besoins collectifs, d'abord pour les satisfaire, ensuite pour éviter de gonfler anormalement certains enseignements n'assurant aucune possibilité de travail effectif quand les élèves seront devenus des hommes.
Il est donc utile de connaître le mieux possible les besoins probables des différents secteurs de l'activité humaine, qu'ils soient industriels ou agricoles, littéraires ou scientifiques, commerciaux ou pratiques.
Si l'orientation n'était pas organisée sur la base de ces renseignements et si notre Université, comme elle le faisait au Moyen Age, se contentait de livrer à la Nation des milliers et des milliers de diplômés d'études littéraires, des clercs comme on disait jadis, auxquels la collectivité ne serait pas capable de donner des emplois, notre pays serait placé devant une situation tragique dans sa bouffonnerie, puisqu'il y aurait des quantités d'emplois disponibles dans les secteurs pratiques de la vie courante, pour lesquels on ne trouverait personne de qualifié, comme cela se rencontre déjà fréquemment aujourd'hui.
La première des préoccupations de nos responsables doit donc être d'évaluer aussi justement que possible les débouchés probables des diverses formations ; mais il faut bien reconnaître que cette évaluation n'est pas facile car elle est très variable et aussi fonction de l'activité économique du pays.
Alors que nous avons surtout besoin de techniciens et de scientifiques c'est dans le domaine littéraire, qui est déjà le moins exigeant, tout au moins jusqu'au niveau du baccalauréat, que ce dernier diplôme est souvent accordé sans difficulté particulière ; aussi serait il plus logique d'accroître la difficulté de ces études, pour éviter de nous retrouver avec de nombreux littéraires à qui la société serait incapable de donner un emploi, alors que les activités scientifiques et surtout techniques ne pourraient satisfaire leurs besoins, ne trouvant personne, ce qui serait le comble et la preuve de l'incapacité de tous nos hauts responsables qu'ils soient politiques ou économiques.
Aujourd'hui, le technicien étant devenu l'âme et le bras de toutes les innovations du siècle, il importe d'adapter notre système d'enseignement à cette impérieuse obligation, en favorisant la connaissance des spécialités techniques de toute nature.
Des efforts permanents et importants doivent être entrepris, en priorité dans ce secteur, pour qu'il puisse répondre aux exigences d'une économie où la technique est reine.
Et la revalorisation de l'enseignement technique aux yeux des parents est la première des nécessités, car il n'est pas moins utile de former des citoyens capables de s'adapter à l'évolution, voire au bouleversement des techniques pour éviter le chômage technologique.
Mais cette préparation au changement n'est pas facile et, s'il importe de former des chercheurs ou des ingénieurs capables d'ajuster leurs connaissances et de s'adapter à l'évolution très rapide du progrès, il faut bien admettre aussi que, en raison du niveau intellectuel nécessaire, cette mise à jour n'est pas facile puisque chaque adulte a bien souvent perdu de sa souplesse, en cristallisant les grandes lignes de ce qu'il a appris.
Aujourd'hui, la formation permanente des élites est alors la seule solution possible, à condition de ne rien négliger pour qu'elle puisse répondre aux exigences du progrès, et il convient surtout de préparer dès maintenant l'attitude du futur adulte devant de tels changements, en développant très tôt chez l'enfant des qualités d'adaptation, ce qui à vrai dire n'est ni évident, ni facile.
Le rôle actuel de l'enseignement ne peut donc pas se limiter à la simple connaissance des multiples spécialités qui ne font que la force matérielle d'une Nation, car il doit intégrer aussi certaines connaissances de culture et surtout de morale et de civisme qui lui permettront de lui conserver le caractère humain nécessaire.
De cette façon, la jeunesse retirera de l'enseignement non seulement des connaissances indispensables, mais apprendra aussi la Tolérance et la largeur de vue nécessaire cette fois à l'Urbanité des relations humaines.
Compte tenu de ces dernières observations, on pourra également souhaiter que l'initiation aux Arts ne soit pas non plus par trop négligée. Il faudra cependant admettre que cette initiation, qui relève plutôt de l'Education que de l'Instruction, les considère seulement comme les indispensables éléments nécessaires à l'enrichissement de la personnalité et non pas sous le seul aspect de loisirs.
De cette manière le plus grand nombre possible pourra mieux profiter du capital artistique que nos ancêtres nous ont légué. Les Arts sont en effet à la source des valeurs spirituelles capables de s'opposer au matérialisme que porte en elle, quoiqu'on fasse, notre civilisation technique.
C'est dans cet esprit que les efforts faits dans le domaine de la culture doivent être poursuivis (Maison de la culture, Théâtres populaires etc...).
Le choix de la formation de l'enfant implique qu'on le veuille ou non, une répartition, c'est-à-dire une certaine planification selon les besoins supposés de la société.
Dans ces conditions une très large diffusion des possibilités d'avenir devra être organisée parmi la population et les maîtres à tous les niveaux correctement renseignés sur les possibilités d'emploi régionales et nationales, tant en moyens qu'en débouchés, c'est à dire sur l'éventail des professions.
De cette façon, chacun pourra utiliser sa liberté en connaissance de cause tout en se pliant aux exigences collectives du monde extérieur.
Quant au travailleur manuel, son rôle est très important, car il est le dispensateur des réalisations pratiques sans lesquelles les plus belles spéculations de l'esprit ne pourraient être vérifiées et traduites en réalisations effectives.
Il faudra aussi donner aux auditeurs des enseignements correspondants, une formation de base leur permettant même de changer ultérieurement de métier, ce qui est souvent plus facile donc possible pour le personnel d'exécution, à l'inverse du personnel d'encadrement pour qui la formation continue constitue la seule solution avec le progrès incessant des techniques.
Compte tenu de ces diverses observations, il s'ensuit que le choix entre les différentes voies possibles doit se faire à deux moments de la vie scolaire,
- le premier quand les dons des enfants commencent à se manifester, c'est-à-dire en général vers quatorze ou quinze ans, à l'achèvement de l'Enseignement moyen, tel qu'il sera défini ci-après ;
- le second vers dix-huit ou dix-neuf ans, quand il s'agit cette fois de choisir définitivement la voie, c'est à dire à l'achèvement de ce qui sera aussi appelé plus loin l'enseignement des Connaissances essentielles. A ce stade, la sélection des enfants n'est pas encore achevée, elle doit se poursuivre progressivement, au fur et à mesure du passage à l'âge adulte. C'est d'ailleurs à partir de ce moment que la formation des élites et des responsables de la société moderne prendra corps, formation qui sera rapidement examinée plus loin.
Jusqu'à présent le contrôle des connaissances était obtenu chez nous au moyen des examens et du classement. Sans nier l'aspect traumatisant de l'examen pour certains candidats émotifs et les difficultés des notations pour les professeurs dans une situation traditionnelle où les réponses et les exposés écrits étaient notés au quart de point dans une échelle qui pouvait en comporter vingt, l'examen jusqu'à un certain niveau est le seul moyen susceptible de contrôler l'acquisition des connaissances indispensables à la poursuite des études.
Ce procédé qui est la conséquence directe de l'extension de l'enseignement à tous les enfants est essentiellement démocratique et honnête et généralement Equitable, d'autant plus qu'il est modulé aujourd'hui par l'étude approfondie du dossier scolaire des candidats aussi ne voit-on pas par quoi il pourrait être remplacé ou pourquoi il serait supprimé.
A un niveau plus élevé, il s'agit cette fois de vérifier les aptitudes ; les examens à livre ouvert permettent d'évaluer des facultés de raisonnement tout au moins aussi importantes pour l'avenir ; à ce stade non plus, on ne voit pas quel moyen plus juste, pourrait remplacer ce genre d'épreuves.
Sans l'examen en effet, la nécessaire sélection s'effectuerait d'après la fortune, le milieu social ou les relations, ce qui est parfaitement incompatible avec les principes retenus ici comme fondements d'une société humaniste et Efficace.
Le diplôme qui suit l'examen doit certifier seulement que le candidat possède des qualités intellectuelles suffisantes lui ayant permis d'assimiler un certain niveau de connaissances.
Le devoir de la société moderne est alors de lutter contre toutes les tentatives de nivellement par le bas, car l'amélioration du sort matériel des individus découle surtout de la capacité intellectuelle de ceux qui disent ce qu'il faut faire.
Le pseudo-égalitarisme des esprits n'existant pas, seule la répartition Equitable des résultats de la production, est possible afin de répondre aux préoccupations de ce livre.
Pour être Equitable, le choix se heurte à deux inégalités, la première résulte du milieu familial, de son influence, de ses préjugés, de ses ressources ; la seconde est liée à l'hérédité qui parfois prédispose ou non les enfants aux études, bien que très souvent cette influence soit controversée.
En revanche l'environnement familial est déterminant et c'est lui qui constitue le facteur le plus important dans la formation et dans l'acquisition des multiples connaissances nécessaires à la vie moderne.
Il est difficile pour ne pas dire impossible de remédier, dans de brefs délais, à ces inégalités de condition et c'est pourquoi la collectivité devra soutenir les familles, dès le jardin d'enfants ou l'école maternelle, tout en facilitant l'organisation de vraies études surveillées. C'est seulement avec ces mesures que seront rendues possibles de longues études pour les enfants issus d'un milieu peu cultivé.
Mais leurs chances de succès, malgré tout, seront réduites et il faudra qu'ils soient particulièrement doués pour remédier à ces inégalités familiales de départ et c'est probablement la seconde génération qui pourra vaincre, pour ses propres enfants, ce handicap initial, à condition que les parents en aient la ferme volonté, comme cela se passait autrefois chez nous très souvent dans nos campagnes.
Poussée à l'extrême, la sélection entraîne aussi certains inconvénients. Elle conduit alors à la formation de castes, de mandarinats et de catégories d'écoles, il faut donc la tempérer par une éducation civique appropriée car toutes ces supériorités ne seraient plus que des infériorités si elles n'étaient pas compatibles avec les principes cités et avec les idéaux d'un siècle adapté à celui des techniques.
La sélection en conséquence ne doit ni donner lieu au favoritisme ni être cause de passe-droits.
Une mesure pratique pour rendre l'enseignement plus juste pourrait résider dans la disposition suivante s'appliquant aux enfants en difficulté appartenant aux milieux défavorisés. Chaque heure de cours des professeurs serait réduite de 10 minutes, et sur le total de 18 heures actuellement demandé à ces professeurs par semaine, on récupérerait 180 minutes de cours, c'est à dire 3 heures par semaine qu'il serait possible d'utiliser pour soutenir les enfants qui en ont besoin.
Si cette mesure de ce genre pouvait être appliquée pratiquement, des cours de soutien, pour ces enfants, seraient organisés. Malheureusement les essais déjà tentés dans ce domaine n'ont pas eu beaucoup de succès.
De cette formation dépend en fait toute l'action future de notre pays et il convient de lui attacher un soin tout particulier, car son avenir matériel et moral est tributaire des solutions qui seront adoptées et des moyens matériels qui pourront être fournis en vue de cette formation.
Nos élites responsables doivent alors posséder non seulement des connaissances multiples et variées, mais encore une Education soignée qui permettra l'harmonie des relations humaines, par l'exemple qu'ils donneront aux autres et à la Société en général.
Une mention toute particulière doit être maintenant consacrée aux enfants brillants et exceptionnellement doués que l'on rencontre peu fréquemment et que l'on pourrait appeler les surdoués ou génies par droit de naissance.
Pour éviter que la Société ne gaspille la matière grise de ces êtres exceptionnels, il n'y a qu'une méthode réaliste, les études accélérées qui permettent de sauter une classe à un certain niveau tout en créant des sections nobles avec les meilleurs enseignants, sections qui regrouperaient aussi les meilleurs éléments dès l'âge de treize ans.
On constate cependant que, actuellement, bon nombre d'éducateurs influencés par un esprit d'égalitarisme sectaire et primaire propre à certains enseignants jaloux, affirment que ces surdoués n'existent pas et pourtant, si on laisse passer ces dons, c'est la Société dans son ensemble qui en fera les frais, pour le seul besoin de satisfaire les conceptions égalitaires donc démagogiques d'une pensée qui comprend mal ce que doit être la Démocratie, car les hommes heureusement ou malheureusement ne sont pas des égaux ; l'intelligence est la chose la moins bien partagée du monde.
Il est donc de la plus haute importance que la Société encourage ces enfants et ne les incite pas à rester dans le rang, afin qu'ils exercent pour le bien collectif la plénitude de leurs capacités, alors que justement celle-ci, doit en revanche, consacrer des sommes considérables pour ceux qui sont handicapés par la nature.
La réduction des délais de transport entraîne des échanges culturels, techniques et économiques accrus.
Les deux derniers en particulier sont aussi la cause et la conséquence de l'Internationale des techniques puisque chaque progrès est diffusé rapidement dans le monde entier.
Aussi n'est-il pas étonnant que la nécessité d'apprendre les idiomes étrangers se fasse de plus en plus sentir. Après une indispensable initiation grammaticale, il faut aussi acquérir la pratique de la langue, ce qui permet grandement de faciliter des séjours plus ou moins longs à l'étranger, par échange familial surtout.
Les différents Etats concernés doivent les encourager, en harmonisant au moins les vacances scolaires. Pour parfaire l'étude des langues, des séjours de longue durée sont indispensables, car il s'agit non seulement de connaître le vocabulaire mais encore la tournure d'esprit entraînée par la langue et il conviendra que les Etats encouragent ces séjours susceptibles, en outre, de faciliter la connaissance des autres.
Pour en rester cependant aux conceptions pragmatiques de cet essai et bien que cela soit difficile pour nous autres habitants de l'extrémité océanique de l'Europe qui avons le souvenir encore vivace de l'usage fréquent du Français comme langue de culture et de communication, il nous faut bien admettre aujourd'hui que, en raison de la puissance économique des Etats-Unis d'Amérique qui imprime au monde entier sa marque indélébile, en ce qui concerne par exemple les voyages aériens, ou les échanges commerciaux, l'usage de l'Anglo-américain s'impose actuellement à l'ensemble du monde.
S'il est donc utile que tous les responsables et les élites de ce continent aient une pratique suffisante de cette langue, il conviendrait cependant que chacune de ces individualités apprenne en plus une autre langue différente de sa langue maternelle, surtout celle de son voisin terrestre.
De cette façon seront limitées les conséquences pernicieuses de l'hégémonie linguistique propres à l'Anglais ce qui permettra aussi de maintenir les caractéristiques culturelles des différentes Nations qui ensemble constituent l'Europe.
Si autrefois deux langues, la langue maternelle et une langue étrangère, démarquaient les postulants à un emploi, trois langues deviennent monnaie courante et bientôt c'est une quatrième langue excentrique, Japonais, Chinois, Arabe qui sera la meilleure carte de visite. Or l'apprentissage des langues n'est pas rendu plus difficile par la quantité mais, au contraire, la quantité règle une certaine pédagogie qui développe les neurones de l'enfant pour accueillir un nombre accru de langues.
Il faut alors le faire très tôt avec des langues appropriées comme les langues slaves ou asiatiques.
L'Urbanité qui doit régler les relations humaines fait aussi vivement souhaiter, pour l'association prochaine des Etats de l'Europe, l'allégement et la refonte amicale de certaines disciplines, comme l'histoire, mais aussi l'harmonisation progressive des programmes et l'équivalence des diplômes, en vue de la libre circulation des individus.
L'équivalence des diplômes n'est pas une uniformisation des connaissances mais une équivalence d'aptitudes à accueillir celles de son voisin et à être complémentaire de ce voisin.
Dans quelques temps, grâce au progrès des techniques de production en série, les moments de loisirs pourront être probablement sensiblement accrus. Il convient donc, dès maintenant, de préparer l'homme à utiliser pleinement ces moments de détente supplémentaires.
Ce sera alors un nouveau but pour l'enseignement d'apprendre à l'enfant à utiliser, au mieux, son temps de liberté et à organiser son mode de vie en l'initiant, par exemple, à l'étude personnelle, à l'amour de la lecture, à la pratique du dessin, de la peinture ou de la musique, bref, à la contemplation du beau et, sur le plan physique, aux règles de l'hygiène et à la pratique des sports.
Le système d'enseignement à retenir pour notre pays à l'époque de la Société Industrielle doit d'abord respecter la Dignité de l'homme et être ensuite Efficace.
Chaque individualité, dans un régime politique qui respecte l'homme, c'est-à-dire dans un régime démocratique, est en effet libre de recevoir l'enseignement sous la forme qui lui convient.
Quant à l'Efficacité elle est tout aussi nécessaire, puisque l'enseignement doit former pour le service de la collectivité un nombre de plus en plus important de citoyens compétents. Mais comme cette formation est coûteuse il faut qu'elle soit bien organisée pour être le plus rentable possible afin que notre collectivité en retire le meilleur Profit, c'est-à-dire le meilleur résultat au moindre coût car ce sont tous les citoyens contribuables qui règlent la note avec leurs impôts.
Les grandes lignes du système actuel datent de Napoléon 1er et surtout de la Troisième République qui a proclamé le droit de tous à l'enseignement et qui l'a organisé dans un cadre centralisateur conforme à un esprit qui était conditionné d'abord par la difficulté des communications terrestres à l'intérieur de notre pays puis par son ascendance paysanne.
Il a donné naissance à une société hiérarchisée comme il est dit dans la première partie de ce livre à propos des notions d'Etat et de Nation. Autrefois, pour notre pays, ce cadre rigide était indispensable car il fallait d'abord consolider notre communauté nationale, grâce à un Etat respecté des diverses féodalités du passé.
Mais aujourd'hui le problème est différent, puisqu'il faut, avant tout, respecter la personnalité propre de chacun, dans une diversification mesurée qui ne mettra pas en danger notre Etat, meilleur garant de notre Dignité.
Le système en usage chez nous a plusieurs inconvénients importants :
- il favorise d'abord l'inertie en raison même de l'inclination naturelle des hommes à s'opposer au changement et du poids qu'il représente tant en hommes qu'en matériels et installations ;
- il rend difficile la prévision des besoins en raison même de son ampleur et de sa diversité, d'autre part l'importance du personnel enseignant chez nous fait que la moindre augmentation salariale a des répercussions sur le volume du budget de l'Etat et rend les revendications même légitimes, difficiles à satisfaire sans remettre en cause tout l'ensemble de ce budget ;
- il ne peut contenter qu'imparfaitement les pensées des diverses populations qui composent notre pays, puisqu'il est le même partout et qu'il ne tient pas compte des différences culturelles ou religieuses encore existantes, malgré une longue période de centralisation de notre Etat, période qui a duré presque mille ans.
Il n'est donc pas étonnant que de nombreux adultes veuillent pour leurs enfants, car c'est leur droit le plus absolu, faire appel à ces écoles confessionnelles, pour perpétuer certaines traditions intellectuelles, morales et religieuses, c'est-à-dire un mode particulier d'acquisition des connaissances jusqu'à dix-huit ans, qui les a marqués jadis et dont ils veulent faire bénéficier leurs enfants, surtout quand ces écoles privées ont un excellent niveau intellectuel On peut remarquer que la Tolérance est aujourd'hui dans notre civilisation occidentale un axiome généralement admis par tous, car elle permet de répondre également à la Dignité.
Mais on peut observer cependant que si elle est la condition sine qua non de notre civilisation occidentale qui a abouti, après bien des siècles d'efforts, à une aisance assez répandue grâce à la production de masse, on doit constater malheureusement qu'elle n'a plus été complètement assurée à certaines époques, en raison des passions idéologiques qui font parfois oublier à certains enseignants le sens profond du respect de la pensée de son voisin qui est la limite de sa Liberté personnelle.
C'est pour cette raison essentielle que l'on va suggérer une certaine organisation permettant de remédier aux abus de l'intolérance, quelle que soit l'idéologie dont celle-ci se réclame.
Si les idées développées ci-dessus paraissent déjà acceptables à la grande majorité des citoyens, il faut aussi convenir que le schéma d'organisation de notre enseignement devra tenir compte de ce qui existe déjà, c'est-à-dire de la présence simultanée d'enseignements divers : enseignements publics et laïcs, enseignement confessionnel, enseignement privé laïc dont les rôles sont souvent très importants.
Nous sommes donc amenés à rechercher un système qui permettrait aux parents de satisfaire à leurs désirs d'enseignement religieux. Cette recherche est d'autant plus indispensable que l'enseignement est aussi devenu de nos jours un enseignement de masse qui demande des solutions différentes de celles qui ont été appliquées à la jeunesse des générations actuellement actives.
Cette étude approfondie est d'autant plus indispensable qu'un nouveau problème se pose actuellement, celui de la présence des enfants des travailleurs immigrés et en particulier de ceux d'origine d'Afrique du Nord, en raison d'une part de leur confession religieuse différente et d'autre part de leur nombre important qui déstabilise dans l'enseignement élémentaire, celui donné à nos propres enfants pour l'étude de leur langue maternelle, le Français.
De plus les récentes manifestations lycéennes laissent à penser qu'un autre phénomène est en train de naître, par suite de la présence dans ces manifestations de nombreux ressortissants de ces contrées qui entraînent malheureusement des violences, voire des pillages propres à faire regretter à nos compatriotes, la générosité qu'ils ont toujours manifestée vis-à-vis des défavorisés.
C'est aussi l'expérience malheureuse de nos relations culturelles difficiles avec les pays d'Afrique du Nord, l'Algérie en particulier, et les problèmes que rencontrent tous les pays Occidentaux au Moyen-Orient qui nous amènent à être très prudents dans un domaine où notre identité nationale pourrait être remise en question par l'afflux du nombre et d'autant plus que que ces immigrés, par nationalisme et islamisme refusent maintenant l'intégration (1).
(1) La seule possibilité actuelle est de revenir à la solution déjà citée dans la 1ère partie: "Chacun chez soi "sauf pour ceux qui veulent s'intégrer et accepter les conditions d'intégration précisées dans cette première partie.
C'est pourquoi il ne peut être question, pour ces raisons évidentes et majeures, d'organiser dans notre pays l'enseignement religieux de l'Islam dans l'enseignement élémentaire ni même des classes spéciales pour ces élèves, car cette religion se présente actuellement sous de telles formes conquérantes, avec ses manifestations extérieures de religiosité qu'elles choquent la plupart de nos compatriotes dans un Etat laïc comme l'est le nôtre. En effet le nombre des ressortissants d'Afrique du Nord, en particulier à Marseille est si important qu'il transforme maintenant cette vieille cité méditerranéenne, du fait de l'aveuglement des autorités locales, en une ville d'Afrique du Nord, et qu'il en est de même dans certains quartiers de Paris.
Il ne faut jamais oublier en effet que pour les musulmans, d'après le Coran, la Guerre Sainte est le premier devoir des croyants et que les relations amicales ne durent qu'un temps.
En conséquence il paraît au citoyen quelconque qu'un pouvoir politique qui favoriserait la diffusion de l'Islam pour satisfaire aux idées généreuses de l'Occident, trahirait sa fonction et sa mission vis-à-vis de notre collectivité nationale et serait susceptible de relever du crime de forfaiture.
Dans la recherche d'un schéma pour nos propres enfants il faudra cependant trouver une solution qui donne aussi satisfaction aux parents croyants et non croyants, tout en évitant de nouvelles séparations à base idéologique, car ce serait aller au devant de nouvelles épreuves dont notre pays n'a que faire.
La pluralité de l'enseignement doit alors être examinée en fonction de nos habitudes, de nos besoins et surtout des conséquences économiques des options choisies.
Devant l'immensité des besoins et des tâches à accomplir dans tous les domaines par les générations actives actuelles, il faudra aussi utiliser au mieux toutes nos ressources financières, intellectuelles ou matérielles, que celles-ci soient d'origine publique ou privée.
Cette évidence devrait nous permettre d'éviter par exemple le gaspillage économique occasionné par la présence simultanée, en un même lieu, d'établissements différents quand les effectifs scolarisables sont réduits et c'est cette constatation élémentaire qui pourrait suggérer déjà que, en un même lieu, le nombre d'établissements soit seulement fonction des effectifs.
Le travail féminin a aussi des conséquences importantes sur le comportement scolaire de nos enfants, puisque les enfants, placés dans cette situation, et là, c'est l'expérience de la décennie passée qui parle, ont souvent des difficultés scolaires prononcées, quand ils sont en effet un peu abandonnés à eux-mêmes du fait des occupations professionnelles de leur mère et de leur père.
On a constaté en effet très souvent qu'ils ont beaucoup de mal à suivre des classes, même élémentaires, et qu'ils se voient relégués dans la rangée des mauvais élèves. Dans ces conditions, ils sont dirigés, si les parents ne disposent pas de moyens financiers suffisants, dès treize ou quatorze ans, soit vers un enseignement leur permettant d'acquérir des connaissances plus directement utilisables, ce qui d'ailleurs ne serait pas un mal si la voie choisie ne conduisait pas au chômage, soit même renvoyés sans autre forme de procès par les établissements privés qui les avaient accueillis et même par certains qui se réclament cependant de la doctrine chrétienne.
Si les parents sont cultivés, s'ils disposent de ressources suffisantes, s'ils savent aussi qu'il faut, pendant un certain nombre d'années, faire confiance à l'enfant et à sa transformation, ils sont alors amenés à les faire instruire dans des établissements particuliers onéreux. Et comme en général avec les impôts, ils participent à l'entretien de l'école publique, il ne serait donc que justice que ces parents reçoivent la contrepartie des frais supportés quand ils n'ont d'autre recours que l'enseignement privé, ce qui d'ailleurs est fait maintenant.
Ce sont toutes ces difficultés qui font toucher du doigt l'inanité des querelles dont l'école a fait l'objet jadis, alors que ces difficultés pourraient recevoir certaines réponses valables fondées sur la collaboration amicale de tous les éducateurs qu'ils soient publics ou privés, laïcs ou confessionnels, en s'effectuant au seul bénéfice de l'enfant et non pas à celui de telle ou telle catégorie d'enseignement ou de confession religieuse.
Les remarques diverses faites ci-dessus laissent à penser cependant que le pluralisme actuel est inadapté et qu'il faut essayer de modifier notre système centralisé d'enseignement en dehors de conceptions rigides de quelque nature soient elles, puisque ce sont nos enfants qui en seront les bénéficiaires.
En fait désormais les parents choisissent beaucoup moins entre l'enseignement public et l'enseignement privé, ils veulent seulement et à juste titre choisir une école dont les caractéristiques répondront à leur attente, c'est-à-dire surtout le sérieux et l'Efficacité, et le temps de l'égalité dans les différents établissements est passé pratiquement depuis l'anarchie estudiantine de 1968.Chacun sait maintenant qu'il y a de bons établissements et qu'il y en a de moins bons.
Les moyens suggérés ci-après pour remédier aux inconvénients signalés s'appuieront d'abord sur une certaine décentralisation des structures.
En effet les hommes étant très différents les uns des autres, si l'on veut satisfaire à ces différences, il n'est qu'un moyen : décentraliser tous les organismes nécessaires au fonctionnement de la Société et en particulier à l'Enseignement et à l'Education pour qu'ils puissent s'adapter plus facilement aux individus êtres pensants.
Cette décentralisation, simple application du principe général de "Centralisation de la pensée et de décentralisation de l'action" cité dans la première partie, comme la première des conditions nécessaires à la bonne organisation de la Société Industrielle, devra être cependant judicieusement limitée, car si elle influence l'Efficacité, elle ne doit surtout pas remettre en danger notre unité nationale, unité qui est encore, même aujourd'hui, le meilleur gage de notre Dignité d'homme.
Dans ces conditions le système d'enseignement adopté pour notre pays devra permettre
- de répondre au principe de Dignité en rendant possible une éducation religieuse que beaucoup de parents souhaitent, étant entendu que ces religions seront seulement celles pratiquées traditionnellement par notre population ;
- de s'occuper des enfants dont la mère travaille à l'extérieur et de ceux en particulier dont le milieu familial est peu évolué ;
- de ne pas oublier les enfants qui habitent à la campagne ;
- de tenir compte des implications financières des options choisies et de la limite des impôts à régler par chacun.
Si notre système centralisé à outrance ne peut plus convenir complètement, il faudra cependant que celui qui sera choisi, n'amène pas non plus une décomposition anarchique car celle-ci serait incompatible avec un mode de vie qui réclame aussi l'Efficacité.
Compte tenu de ces remarques on peut observer comme on l'a déjà remarqué :
- que le travail des enfants âgés de moins de dix-huit ans ne doit pas être utilisé pour la production, comme cela se fait déjà depuis longtemps chez nous, mais seulement pour l'acquisition des connaissances nécessaires à tout homme ;
- que l'enseignement centralisé actuel est devenu ingérable en raison de sa masse ; par exemple la moindre augmentation généralisée des salaires risque en effet de mettre en péril le budget de l'Etat en raison du nombre des enseignants (1) et de leur statut d'inamovibilité, source possible de sclérose, et qu'il conviendrait d'adapter au monde actuel. (2)
(1) Une augmentation de 1000 francs par an par exemple pour un million d'enseignants correspond à un accroissement du budget d'un milliard de francs.( en 1990 le budget de notre Etat s'élève à 1520 milliards).
(2) Cette remarque de simple bon sens ne recevra certainement pas l'accord des organisations syndicales de ces professions magré sa nécessité évidente à l'époque de la Socièté Industrielle.
La première observation implique que l'enseignement de nos enfants soit divisé en deux grandes catégories, la première jusqu'à dix-huit ans, la seconde au-delà de cet âge.
Jusqu'à dix-huit ans :
On peut déjà remarquer que l'enseignement peut être adapté aux caractéristiques propres des habitants de telle ou telle région géographique et en particulier à l'enseignement religieux souhaité par la famille (en particulier jusqu'à douze ou treize ans). Il pourrait donc s'effectuer dans le cadre des nouvelles structures administratives suggérées plus loin dans le chapitre "Organisation de l'Etat", en prenant en considération les convictions religieuses traditionnelles de la population.
C'est en effet jusqu'à l'âge de douze ou treize ans que les parents qui sont, dans notre civilisation Occidentale, les responsables directs de leur éducation peuvent souhaiter une certaine forme d'apprentissage de la connaissance en tant que condition indispensable à la Dignité, qui implique l'instruction religieuse souhaitée par la famille.
Il conviendra aussi que dans les classes élémentaires, l'enseignement de notre langue entraîne nécessairement une faible proportion d'élèves dont le Français n'est pas la langue maternelle car un nombre trop important de ces enfants, perturbe pour les autres l'enseignement de la langue nationale.
On aurait pu souhaiter que nos responsables politiques se soient préoccupés à temps de ces questions car, s'il parait normal et généreux d'instruire les enfants des travailleurs immigrés en général d'origine arabe, il parait surtout équitable de ne pas défavoriser nos propres enfants Français de souche d'autant plus qu'actuellement et comme on l'a déjà dit le nationalisme arabe et l'islamisme s'opposent souvent de façon violente à la civilisation occidentale. Il serait alors intéressant de connaître où sont éduqués les enfants de ces responsables politiques car ce délicat problème dépend déjà de la politique choisie par ces responsables.
Comme l'enseignement jusqu'à dix-huit ans est indispensable à tous les enfants il doit être gratuit.
Au delà de dix-huit ans :
En revanche, au delà de cet âge l'enseignement doit permettre à l'enfant d'acquérir des connaissances complémentaires qui lui permettront de mieux gagner sa vie et de devenir un des spécialistes compétents dans les multiples disciplines de notre société technique.
Cet enseignement doit alors être rendu payant comme il va être dit, car s'il restait complètement gratuit c'est-à-dire égalitaire, il serait inéquitable puisque le riche ou le pauvre, le courageux ou le paresseux en bénéficierait également, étant entendu toutefois qu'un système de bourses bien adapté remédiera aux inégalités de la condition familiale.
De plus cette gratuité coûterait fort cher au budget public et elle priverait notre pays de ressources qui pourraient lui être indispensables dans d'autres domaines.
La gratuité au delà de dix-huit ans amène aussi un afflux considérable d'étudiants sans vocation ou peu doués, qui, une fois engagés dans une voie sans issue, ne peuvent que contester et refuser le sain et démocratique principe de l'examen pour le contrôle des connaissances.
Compte tenu des remarques précédentes l'Etat attribuerait à la naissance de chaque enfant, un crédit d'études en deux parties, la première concernerait l'enseignement jusqu'à dix-huit ans, la seconde celui au-delà de cet âge.
-La première partie, non remboursable à l'Etat, serait destinée à payer les frais des établissements chargés de ce travail.
-La seconde cette fois serait remboursable sans intérêt, mais elle permettrait à ceux qui ont un niveau et surtout des possibilités intellectuelles suffisantes de poursuivre leurs études pour devenir ultérieurement les responsables de notre collectivité, aux divers échelons habituels, et pour que ce remboursement puisse être effectué sans trop alourdir les charges de ces étudiants, un large système de bourses ou même de salaire étudiant serait institué.
Comme l'âge de la majorité pour nos enfants a été abaissé en 1974 à dix-huit ans, ce système permettrait également, en raison de l'allongement de la durée des études, le mariage d'étudiants et l'on peut noter que ce travail rétribué devrait être nécessairement lié à la notion de résultats scolaires ce qui aurait pour effet immédiat de ne maintenir que des éléments valables pour des études déjà difficiles.
Un tel système permettrait probablement de réduire le coût de l'enseignement des spécialités, puisque le nombre des auditeurs ne croîtrait pas démesurément, comme c'est le cas actuellement, avec une Université qui ne tient pas suffisamment compte des critères de compétence en raison d'un baccalauréat rendu aujourd'hui assez sommaire par démagogie électorale.
On ne voit pas alors quel argument, à part cette démagogie électorale, pourrait s'opposer à une organisation de ce genre et c'est ce qui amène à suggérer la mise sur pied, dans notre Etat, de services régionaux d'enseignement dont le rôle consisterait à essayer d'allier la Dignité de l'être humain à l'Efficacité de son action.
Leur rôle serait d'assurer, dans chacune des régions suggérées plus loin pour notre pays, la responsabilité de l'Education et de l'Instruction de nos enfants selon les dispositions générales suivantes :
Pour échapper au danger de la centralisation, ce service d'enseignement, dans chaque région, serait placé sous la responsabilité d'un élu provenant des assemblées politiques dont il sera question plus loin. De cette façon cet élu représenterait l'opinion majoritaire de la population régionale, mais pour éviter les anomalies habituelles propres à la nature humaine, ce responsable serait placé, non pas sous le contrôle de l'assemblée politique qui l'a élu, mais sous celle d'un conseil d'enseignement régional constitué à la fois par des représentants des parents d'élèves, des enseignants, des organisations économiques d'employeurs et de salariés et des pouvoirs publics.
Pour bien remplir son rôle, le Service régional organiserait l'enseignement sous le contrôle du conseil ci-dessus, avec l'aide de tous les établissements existants qu'ils soient laïcs ou confessionnels avec lesquels il passerait des contrats.
Dans chaque localité, avec les idées exposées ici, le nombre d'établissements serait uniquement proportionné au nombre d'élèves.
Le financement de leur fonctionnement serait assuré au moyen de la première partie du crédit d'étude attribuée à la naissance de chaque enfant.
Les bâtiments actuels seraient tous affectés à ce Service régional d'enseignement, gratuitement s'il s'agit d'écoles publiques, contre un loyer s'il s'agit d'établissements privés.
Quant aux maîtres ils seraient tous rétribués de la même façon à égalité de connaissances ou de diplômes et on peut espérer que, sur une décennie, un amalgame suffisant aura pu faire disparaître une méfiance injustifiée à l'époque de la Société Industrielle.
C'est dans cette tranche d'âge que l'orientation des enfants devra être effectuée en relation étroite avec les organismes de l'Etat chargés de définir les besoins à satisfaire dans les différents secteurs de l'activité. Ce travail délicat entraînera la consultation des Entreprises de chaque région à la définition des besoins pour que le chômage ne soit pas la suite de connaissances mal adaptées. En particulier, de douze à dix-huit ans, l'élève devra être orienté fermement vers des connaissances plus pratiques, auxquelles serait associée une adéquation harmonieuse des programmes scientifiques aux besoins de la Société Industrielle, en accroissant surtout le temps consacré à leur étude et en évitant, autant que faire se peut, le barrage absolu des mathématiques qui n'est pas toujours indispensable. De cette façon il sera possible d'obtenir un nombre suffisant d'élèves capables de suivre ultérieurement un enseignement scientifique plus directement utilisable, quand avec l'âge, les dons personnels se seront affirmés ou affermis. Ainsi les vocations scientifiques encore latentes à cet âge pourront être utilisées au mieux tout en facilitant la satisfaction des besoins matériels de la Société ce qui n'empêche nullement de fournir aussi aux enfants une culture au sens large du terme telle qu'elle a été définie au début de ce chapitre. Il ne faut pas non plus oublier que le véritable but de l'enseignement jusqu'à dix-huit ans est de développer les aptitudes, les instincts ou les goûts des enfants et que, pour ne pas faire de nos enfants des chiens savants qui oublieront tout à la fin de leurs études, on se gardera de la démence des programmes.
C'est aussi dans ces régions que pourra être mise sur pied jusqu'à l'àge de douze ou treize ans la formation religieuse souhaitée par les parents. Ainsi dans une même localité, si un nombre suffisant de parents demande pour leurs enfants, une forme d'enseignement qui tienne compte d'une tradition religieuse, la première partie du Crédit d'études donnerait satisfaction à cette famille de parents. Dans les localités où le nombre des enfants est insuffisant, le système actuel serait maintenu en réservant un certain nombre d'heures à la disposition des ministres des différents cultes.
On doit cependant remarquer que si une décentralisation de ce genre paraît pouvoir répondre aux principes défendus ici, elle ne pourra cependant pas s'appliquer à tous les domaines et en particulier à la définition des programmes et à celle des examens, afin que les diplômes délivrés soient partout d'égale valeur.
Il devra en être de même pour l'administration du personnel enseignant afin de le soustraire aux influences néfastes, dues à un cadre trop étroit et par là trop directement influencé par la Politique ou le Syndicalisme enseignant.
Le choix à faire doit être placé en tête des préoccupations de tous nos responsables politiques et économiques qui sont aussi chargés d'accorder, autant que faire se peut, les besoins économiques aux souhaits de nos enfants et des parents pour que le chômage ne soit pas la conséquence inéluctable d'études qui ne donneraient pas de possibilités d'emploi.
Il paraît donc utile de freiner les études à dominante purement littéraire.
Nous devrons aussi recourir à la spécialisation régionale, non seulement pour réduire les frais d'un enseignement de spécialités coûteux pour la collectivité, mais surtout pour équilibrer les ressources et les possibilités de ces régions tout en permettant de trouver un nombre suffisant de candidats capables de suivre cet enseignement.
Dans ces conditions, la satisfaction des besoins économiques va exiger trois grandes familles d'enseignements au delà de dix-huit ans :
- la première devra satisfaire les besoins de l'exécution,
- la seconde visera à la préparation des enseignements de niveau un peu plus élevé et plus théorique,
- la troisième se rapportera à des études d'un niveau plus élevé encore, pour lesquelles la compétence des étudiants doit être à la mesure de celle des professeurs et qui relèvera cette fois de ce que l'on appellera plus loin "les spécialités approfondies ". Il faudra aussi donner à tous les étudiants au-delà de dix-huit ans un respect suffisant du travail technique sur lequel repose toute civilisation humaine et, pour qu'il en soit ainsi, les divers enseignements cités ci-dessus imbriqueront certaines périodes, où chaque étudiant sera tenu de participer à un travail salarié qui impliquerait la création de stages dans l'Entreprise.
Il faudra encore que la troisième famille des enseignements cités ci-dessus soit décentralisée pour assurer un équilibre suffisant entre les différentes régions de notre pays et comme, de plus, l'enseignement des spécialités approfondies est très coûteux il ne serait pas économiquement souhaitable de créer dans chacune des régions de notre pays tout l'éventail des spécialités, d'autant plus que le nombre des candidats capables de le suivre serait forcément limité dans chacune d'elles et probablement insuffisant.
Cette vérité d'évidence implique, comme cela se fait déjà, de choisir les régions qui se prêtent le mieux à tel ou tel genre de spécialisation.
Là est la seule voie intelligente pour briser un vieux monopole, celui de Paris, qui ne répond plus complètement aux immenses besoins de la Société Industrielle.
Toutefois il conviendra que chacune de ces régions soit munie des établissements nécessaires chargés de la préparation aux examens prévus pour suivre des études spécialisées dans telle ou telle région.
Après ce tour d'horizon on peut maintenant examiner plus en détails la formation des élites et des responsables de la vie collective de l'époque.
Jusqu'à présent cette formation s'effectuait chez nous, soit dans les Universités, soit dans les Grandes Ecoles où se rassemblait l'aristocratie de l'intelligence scolaire.
Ces dernières étaient plus spécialement destinées à la formation des responsables d'autorité. Leurs élèves étaient assez souvent internes car leurs familles étaient souvent originaires de la province. Un tel internat constituait d'ailleurs un excellent apprentissage de la vie en société.
Quant à la formation universitaire, elle renforçait par son manque de contraintes l'individualisme des étudiants, en leur donnant une culture et une forme d'instruction apparemment différente de celles des Grandes Ecoles. Elle conduisait aussi pour les étudiants à une moindre grande chance de succès, car celui des Grandes Ecoles durement sélectionné vit, tout au long de ses études, dans une communauté de travail.
De plus elles orientaient leur enseignement vers les besoins directs des Entreprises ou des Administrations, tout en organisant des stages pratiques pour leurs élèves qui se voyaient confrontés ainsi avec leur prochaine vie pratique. Ces établissements avaient généralement d'excellentes relations avec ces Administrations ou avec les Entreprises et il existait aussi pour chacune d'eux, des associations d'anciens élèves très actives pour le placement de leurs élèves.
L'élève des Grandes Ecoles était alors très bien disposé à assurer les responsabilités considérables exigées par le travail collectif du siècle, alors que la formation universitaire conduisait l'étudiant à compter seulement sur sa volonté et sur son ardeur personnelle au travail, ce qui n'est pas un mal, bien au contraire si l'étudiant a ces qualités.
Enfin et surtout, ces Grandes Ecoles n'étaient pas dépassées par le nombre des élèves du fait de la sélection sévère qui présidait au recrutement. Ce nombre pourrait probablement être légèrement accru en raison des besoins importants de l'économie mais il faudra être très prudent dans cet accroissement et refuser toute démagogie dans ce domaine .
La gestion de ces établissements était plus facile que pour l'Université car elles pouvaient facilement individualiser leurs actions en particulier pour le placement des élèves.
Notre Université nous donnait jadis un grand nombre de littéraires élevés quelquefois dans l'ignorance et peut être aussi dans le mépris de la technique, de l'économie, de l'industrie, de l'effort manuel et du travail rentable, mais maintenant certaines de celles-ci se sont récemment adaptées aux nouveaux besoins de la Société Industrielle.
Autrefois l'Université était aussi une véritable citadelle des belles lettres ce qui convenait parfaitement à la vie sans heurts qu'ont connue nos ancêtres et on est obligé de constater qu'aujourd'hui encore, et malgré l'appel de la Technique, le goût de nos enfants pour des études à résonance littéraire n'a pas diminué.
Mais aujourd'hui nous sommes à l'époque des sciences et de leurs applications techniques, résultats de la pensée industrieuse et de l'oeuvre commune et féconde de tous les peuples occidentaux et de leurs descendants, en tant que créateurs d'une forme de vie fondée sur le progrès matériel.
La Société Industrielle a cependant besoin, elle aussi de penseurs et de littéraires qui manient avec dextérité notre langue, de nombreux emplois existent pour eux, mais elle a surtout besoin d'hommes qui voient les choses comme elles sont, et qui acceptent de s'intégrer dans le monde de la vie pratique, d'hommes aussi qui aient confiance dans l'avenir et qui n'aient pas peur du monde moderne et réel qui est surtout celui de la Science, de la Technique et de leurs applications pratiques.
Pour insister encore sur l'importance des formations scientifiques et techniques, on est conduit à observer que la séparation de l'enseignement en deux grandes familles fondées sur l'âge ne sera pas cependant absolue, car l'étendue des connaissances est telle qu'elle amène à diriger ou à orienter les formations, bien avant l'âge de dix-huit ans, c'est à dire vers treize ou quatorze ans. C'est alors à cette époque de la vie scolaire qu'il faut rendre l'étude des sciences