Aujourd'hui, les libertés d'expression, de diffusion des idées et de réunion, sont des droits fondamentaux et sacrés attachés à la personne, et par là, la condition même du respect de la Dignité nécessaire à chaque être humain, respect si indispensable que c'est le mot de Dignité qui a été retenu comme premier terme d'une devise pouvant servir de symbole à la Société Industrielle de notre pays et de l'Europe et au nouvel Art de Vivre qu'elle entraîne et qui est préconisé ici.
C'est pourquoi ces libertés sont choyées par tous les peuples évolués et en particulier par le nôtre, d'autant plus qu'elles deviennent en même temps un puissant moyen d'épanouissement.
Cependant, pour se conformer toujours aux conceptions pragmatiques qui sont à la base de cet essai, il est nécessaire d'examiner les rapports de ces diverses libertés avec la vie courante, car les moyens techniques de l'heure mettent à la disposition de tous les hommes, quels qu'ils soient et quel que soit le niveau de leur Education et de leur Instruction, une masse d'informations telle qu'elle risque d'apporter, si l'on n'y prend garde, des troubles certains dans le déroulement de la vie quotidienne.
Il est commun de constater que le régime politique de démocratie dont bénéficient tous les pays occidentaux, en autorisant l'impression et la diffusion de n'importe quelle pensée ou de n'importe quel fait, facilite à la fois la liberté et l'anarchie dans l'action.
Si par exemple les problèmes de conscience doivent être traités cas par cas en revanche, les valeurs fondamentales et intangibles comme l'honneur dans les affaires de justice, ou la sécurité dans les situations susceptibles de mettre en péril la vie humaine, doivent faire refuser aux journalistes le voyeurisme sordide et morbide qui risque d'entraîner l'émulation, par exemple dans les suicide ou les crimes ignobles ou crapuleux.
C'est précisément l'apparition, puis le développement accéléré aujourd'hui, de la Société Industrielle qui poussent à réfléchir, en particulier, sur le rôle actuel des moyens audiovisuels en raison de leur influence sur le comportement des hommes.
En effet la lente imprégnation, qui est indispensable à l'être humain pour aller, dans chaque domaine, au fond des choses, est parvenue à un stade suffisant pour que chacun puisse en analyser objectivement les effets et c'est ce qui amènera nécessairement les pouvoirs publics à réagir pour que l'excès de tolérance n'aboutisse pas à l'intolérance.
L'impact de la presse d'opinion et surtout des moyens audiovisuels qui permettent de porter à domicile l'image et le verbe est tel qu'il paraît indispensable, si l'on ne veut pas rabaisser l'homme au rang d'esclave en l'abêtissant définitivement, de repenser l'Information collective, non pas dans son principe même qui aujourd'hui est admis par tous les pays évolués, mais seulement dans certaines de ses applications pratiques.
Il résulte de ces observations qu'il est nécessaire, aujourd'hui, d'apporter au pouvoir de l'Information certaines limites, car elle peut faire le bien ou le mal, élever ou réduire à néant la personne humaine, provoquer des dérèglements de la vie politique, économique ou sociale d'une ampleur telle que ce pouvoir extraordinaire peut mettre en danger les fondements mêmes de n'importe quelle société humaine.
C'est parce que la Société Industrielle insère aujourd'hui chaque être humain dans les limites d'un cadre de plus en plus rigide qu'il importe de concilier entre eux, les différents principes cités ici comme fondements de cette forme moderne d'existence, et de repenser aujourd'hui la fonction de l'Information.
Toutefois, avant de réfléchir sur les problèmes posés par l'influence des Techniques sur l'Information en général et sur les moyens modernes du conditionnement de la pensée des populations, qui sont malheureusement aujourd'hui une simple constatation des faits, il faut faire un bref retour sur le passé en rappelant l'évolution des libertés d'expression.
Après les obscurités du Moyen-âge, après le seizième siècle secoué violemment par la liberté religieuse réclamée par la Réforme, après Bacon et Descartes qui posent le principe de l'expérience et de l'observation des phénomènes naturels qui constituent les premiers fondements de la science moderne et qui s'opposent au dogmatisme défendu par la scolastique médiévale, la pensée occidentale va s'attaquer à l'absolutisme des pouvoirs politiques d'alors.
En Angleterre dès le dix-huitième siècle, la presse naissante critique le souverain ; en France c'est le courant des philosophes avec ses salons, son Encyclopédie (1) et ses écrivains comme d'Alembert, Diderot, Jaucourt, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, qui fait prendre conscience aux hommes de leurs droits sociaux grâce aux progrès de l'instruction et de la science, mais avec le recul cette évolution se révèle aujourd'hui défavorable pour la puissance de notre pays.
Dans notre pays placé au centre de gravité du siècle des lumières, les nouvelles idées reçoivent bon accueil et comme on l'a déjà dit dans un chapitre précédent consacré aux problèmes de Population, les questions de mariage, de sexualité, de procréation font partie d'un débat public ou feutré et partout, même dans les villages, on cherche à tromper la nature si bien que la France démarre, dés cette époque, une crise de la natalité qui devait lui être particulièrement dommageable au cours des deux siècles suivants et comme on s'en aperçoit aujourd'hui. Notre pays s'est enfoncé alors tout doucement dans le confort médiocre de la France égoïste de l'enfant unique et l'évolution intellectuelle des masses, sans s'en douter, marque la fin de notre suprématie démographique, linguistique, militaire et par là politique, même si elle fut masquée par la période Napoléonienne qui à son achèvement scella cette fin.(1)
(1) (1) En 1750 ce pays était le plus peuplé d'Europe avec 22 millions d'habitants, dés 1750 la fécondité commence à diminuer alors que l'explosion démographique démarre chez tous nos voisins Anglo-Saxons, Germaniques ou Italiens et notre langue qui était parlée au dix-neuvième siècle dans toute l'Europe se voit contestée et remplacée progressivement par l'Anglais dés l'achèvement de la Première Guerre mondiale. En émigrant massivement en Amérique du Nord, nos voisins Anglais fondent une nouvelle nation blanche, comme nos compatriotes avaient essayé de le faire au Canada, mais hélas nous ne sommes plus assez nombreux et nous devons les abandonner à la dure vindicte de l'Angleterre.
Ainsi ont démarré les difficultés de notre vieille Nation car nos gouvernants royalistes ou républicains ont ignoré, probablement par manque d'informations et de jugement, les conséquences inéluctables d'une démographie insuffisante. Ces données démographiques régissent aujourd'hui le monde entier, comme on le constate actuellement avec les conflits récents qui dépendent le plus souvent d'une surpopulation. Il résulte de ces observations que nos représentants politiques actuels doivent alors être dorénavant imprégnés des conséquences inévitables de l'espace vital, avec comme exemple immédiat, la surpopulation actuelle des pays de la rive sud de la Méditerranée par rapport à celle de la rive nord, sans même parler des différences religieuses, déséquilibre qui ne peut amener que des conflits violents pour l'espace vital, s'il n'y est pas porté rapidement remède.Il importe donc que tous les responsables politiques au plus haut niveau, attribuent à la démographie l'importance majeure qu'elle mérite, car elle est la clef du devenir non seulement de notre pays et de l'Europe mais aussi du Monde entier.
Peu de temps après le début de notre déclin démographique, la Révolution Française proclame le 26 Août 1789 la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen inspirée de la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis du 4 Juillet 1776 qui précise dans son article 11 : "la libre communication des pensées et des opinions est un des droits le plus précieux de l'homme", tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi .
Dès lors, le principe de la libre expression des idées, donc celui de la liberté de la presse est posé. Son rôle sera double, d'abord créer une opinion publique puis, ensuite, examiner et critiquer les actes du gouvernement de l'Etat.
Mais il faut bien convenir que ces deux missions vont supposer une longue initiation. Aussi n'est-il pas étonnant que, après la longue période de troubles qui a suivi la flambée révolutionnaire de 1789, cette liberté ait été soumise à de multiples restrictions et fut même abolie dans maints pays européens, dont le nôtre.
De nombreux auteurs, parmi eux des "pamphlétaires", dont les idées n'étaient pas conformes aux pensées des détenteurs des pouvoirs politiques de l'époque furent arrêtés, persécutés, exilés, déportés. C'était le moment où, aux prises avec l'événement grâce aux journalistes qui le portaient à la connaissance du public, la conscience politique de chacun se formait. Comme cette prise de conscience est toujours le résultat, comme on l'a dit plus haut d'une longue initiation au contact des faits, c'est-à-dire d'une lente imprégnation des réalités, il était normal que la publication et la diffusion de pensées plus ou moins conformistes ou subversives provoquât des réactions plus ou moins violentes de la part des nantis ou de ceux qui, tout simplement, n'étaient pas d'accord avec les visées des pouvoirs politiques du moment .
Ainsi peu à peu, au cours du dix-neuvième siècle et de la première moitié du siècle suivant, et malgré de nombreuses restrictions, les libertés d'expression des idées et de réunion s'acclimatent peu à peu à la mentalité des pays modernes, en raison des progrès d'une instruction étendue maintenant aux couches populaires et du haut niveau de culture déjà atteint dans certains milieux cultivés d'Europe.
Aujourd'hui, dans la plupart des pays évolués, ces libertés ne connaissent pratiquement plus de limites et comme les moyens matériels sont devenus de plus en plus puissants, il paraît actuellement indispensable de réexaminer leur usage.
L'exercice de ces libertés, en effet, ne doit pas aboutir, en fin de compte, à la complète aliénation de la personnalité par l'endoctrinement ou le conditionnement de la pensée, si bien que la Dignité et la liberté individuelle ne seraient plus qu'un vain mot.
C'est ce qui amène à examiner, pour rester toujours dans les conceptions pragmatiques de cet essai, les conséquences du progrès technique sur l'Information et par là sur le conditionnement collectif de la pensée des citoyens, c'est-à-dire sur le déroulement de la vie quotidienne.
Avec la complexité et le volume des moyens matériels actuels, la libre communication des idées ou des opinions est problématique dans tous les domaines, qu'il s'agisse de l'Information écrite, journaux, revues et livres, ou moyens audiovisuels : radio, télévision ou médias divers.
En effet, elle met en oeuvre des équipements considérables et la collaboration de dizaines, voire de centaines de spécialistes compétents indispensables au fonctionnement correct des installations techniques.
De ce fait, l'exercice absolu qu'a l'individu des droits d'expression et de diffusion des idées est une vue de l'esprit puisqu'il dépend, en fait, du bon vouloir de ceux qui détiennent ces moyens spécialisés, aussi puissants et coûteux que diversifiés.
Les libertés d'expression et de communication des idées se trouvent ainsi sensiblement limitées et seul un petit nombre d'hommes, c'est-à-dire une infime minorité du corps social, a la possibilité matérielle de jouer un rôle d'informateur.
Les responsables des moyens matériels sont soit l'Etat, soit des groupes économiques, financiers, politiques ou philosophiques, le plus souvent il s'agit de groupes de pression pour lesquels seuls comptent l'argent ou la propagande.
Ces deux motifs, qui tiennent à la Volonté de Puissance et de Domination inhérente à chaque individu, sont les ressorts principaux du comportement de l'informateur.
- L'argent : comme en chaque chose, il est un stimulant puissant, ne s'agirait-il que d'assurer la rentabilité des publications. Il faut alors, pour avoir un grand nombre de lecteurs, se contenter d'une qualité quelconque voire médiocre ou faire un appel exagéré à la publicité.
- La propagande : elle constitue un des motifs principaux du conditionnement intellectuel et moral des lecteurs, surtout quand l'Information est insidieuse, sectaire ou fanatique.
Il convient donc pour rester fidèle aux idées exprimées ici de rechercher les moyens de mettre l'Information au service de l'individu et de sa Dignité, en raison de l'imbrication de plus en plus complète de l'homme dans le réseau communautaire et solidaire de la Société Industrielle et c'est ce qui amène à exposer quelques unes des conséquences de l'audience étendue des moyens modernes d'information.
En assurant la transmission instantanée et simultanée de faits ou d'idées à des millions voire à des centaines de millions d'individus de toutes races, de toutes religions et de toutes conditions, l'Information risque d'aboutir à des conséquences insoupçonnées sur le comportement de ces foules. Cette transmission peut en effet fanatiser des populations peu évoluées et conduire au déchaînement aveugle de foules qui, alarmées ou surexcitées par des questions de races, de religions ou de patrie feront courir alors aux autres de graves dangers. L'histoire récente en montre d'ailleurs de nombreux exemples, et ce n'est pas là le moindre danger entraîné par le pouvoir multiplicateur et déstabilisateur de l'image associée au son et à la parole dans l'information moderne.
Le remède à cette situation ne peut donc, dans ces conditions, résider d'abord que dans une certaine limitation de la liberté d'Information du fait des dangers liés à la propagation de fausses nouvelles par exemple. Celle-ci ne doit donc diffuser déjà que des faits dont l'exactitude a été dûment contrôlée et qui peuvent se passer d'un démenti ultérieur.
D'un autre côté, la communication des idées s'accompagne très souvent de campagnes d'excitation visant à dresser des groupes humains les uns contre les autres, ce qui ne peut manquer d'avoir comme effet, de provoquer de grands troubles dans le fonctionnement des mécanismes d'une société de plus en plus complexe.
Il résulte alors de ces observations une autre et grave préoccupation : l'intolérance qui est malheureusement la conséquence directe de la politisation exagérée de l'Information écrite ou audiovisuelle.
Chacune des tendances voulant imposer son point de vue, la réaction des autres est immédiate et passionnée, l'esprit critique, le bon sens, la mesure disparaissent et le lecteur, ne disposant plus d'un temps suffisant avec l'agitation de la Société actuelle, s'indigne ou adhère sans réserve ; l'Information devenue par trop tendancieuse ou même sectaire est source d'intolérance.
A partir de ce moment peut prendre naissance l'espionnage politique ; tous les moyens sont bons, la fin seule les justifie suivant certains. Quelques journaux vont même jusqu'à installer dans les services de l'Etat des antennes de renseignements, qui n'hésitent pas à faire transgresser par leurs informateurs, les règles élémentaires de la discrétion vis-à-vis de leur employeur, l'Etat.
Ces informateurs agissent alors soit par conviction dans le large domaine de l'idéologie, soit tout simplement et généralement plus sûrement pour de l'argent.
Quand l'Information fait appel à ces procédés ou encourage une conduite de ce genre, elle amène alors inévitablement le pouvoir exécutif de l'Etat à essayer de parer les coups, à savoir ce qui se trame et qui joue le rôle d'informateur dans ses services, si bien que l'espionnage politique découle directement des procédés utilisés par l'Information.
Pour que la Société Industrielle fonctionne correctement, elle doit alors se réclamer non seulement de la Dignité mais aussi de l'Urbanité des rapports humains qui doit exclure tout ce qui porte atteinte à la Dignité c'est à dire à la Liberté de l'homme, à son intelligence et à sa raison.
En résumé, l'Information devrait aider seulement les hommes à s'éveiller aux problèmes des autres, en leur permettant de se mieux connaître et de mieux s'apprécier, souhait qui pourrait sembler banal mais qui pourtant est à l'origine d'une vie calme, souhaitée sans doute par l'immense majorité.
On exposera d'abord les problèmes qui se rapportent à la presse écrite car ils sont délicats en raison de leur portée. Seul le cas des livres ne sera cependant pas abordé car il n'intéresse qu'un public plus cultivé, donc plus restreint. C'est seulement après ce rapide examen que les problèmes posés par les moyens audiovisuels seront exposés et des solutions suggérées, pour que leur action à l'époque de la Société Industrielle soit en accord avec tous les principes généraux sur lesquels repose cet essai.
Jusqu'à maintenant on ne peut dire que la Presse s'est mise au service d'une forme de vie adaptée à la Société Industrielle, qu'elle soit d'opinion ou de simple information, et plus encore lorsqu'elle s'adresse aux enfants.
C'est sa lecture qui permet de formuler les quelques observations suivantes sur ses différentes expressions.
Si celle-ci est nécessaire pour créer une opinion politique et si c'est son rôle de faire oeuvre partisane en se contentant d'affirmer et en ne démontrant que rarement, on constate malheureusement qu'elle n'a souvent qu'un seul but : faire triompher, le cas échéant par la force, la ruse, le découragement ou la critique permanente et dissolvante, tel ou tel système philosophique, économique ou politique pour satisfaire la Volonté de Puissance et de Domination de telle ou telle portion de la société, de tel ou tel leader politique beau parleur, de tel ou tel directeur de journal.
Conscient de sa Dignité et de celle de son voisin, le citoyen quelconque constate très souvent que pour arriver à ses fins et comme cela s'est toujours passé, la Presse d'opinion ne néglige aucun moyen : calomnies, contrevérités flagrantes (le papier se laisse écrire), retards dans la diffusion de certaines nouvelles, refus de démentis ou démentis suivis de réflexions équivoques, campagnes d'incitation à la violence, persuasion déloyale, présentation des informations sous des jours particuliers et à des fins partisanes, critiques systématiques et dissolvantes, abaissement du niveau intellectuel du lecteur.
Ces méthodes, qui visent déjà à dresser les hommes les uns contre les autres, sont la négation absolue de l'Efficacité collective, et, pendant ce temps, les meneurs troublent le jeu de la libre discussion et alimentent le brandon de la haine ou règlent le ballet de la discorde au mieux de leurs intérêts ou de leur plus grande soif de puissance.
Si la Presse d'opinion est nécessaire pour satisfaire aux diverses nuances de l'opinion, il ne faut cependant pas qu'elle aboutisse directement au conditionnement de la pensée.
Le remède à cette situation, c'est la diversité qui permet l'accès des citoyens à l'expression d'opinions divergentes ou opposées.
Toutefois, en raison de l'expérience, puisque dans tous les pays évolués cette presse existe déjà, il semblerait utile, eu égard aux résultats obtenus, que la presse d'opinion, en étant consciente de son rôle important, consente à transformer des conceptions idéologiques en des propositions concrètes et raisonnables, susceptibles de provoquer des discussions et de déboucher sur des réalisations valables, pour intéresser le raisonnement de libres citoyens et de la jeunesse en particulier, à des suggestions constructives.
On peut d'ailleurs observer que si la Société économique actuelle acceptait, sans trop de réticence, la répartition Equitable des fruits de la production entre les différents participants, travail intellectuel ou manuel et moyens techniques, comme il est suggéré dans cet essai, de nombreux motifs de discorde seraient éliminés automatiquement et, pour les autres, propres à la nature humaine, on peut penser qu'aujourd'hui ils ne devraient pas susciter d'injures.
Il est aussi des journaux ou des revues qui se donnent comme but suprême de répandre, le plus souvent possible sous un aspect d'objectivité mensongère, des nouvelles déplaisantes, propres à créer chez les lecteurs un sentiment permanent de doute, de soupçon négatif, de défiance systématique et de dénigrement envers les personnes et les institutions. Ce travers se rencontre souvent chez nous, même dans la presse dite sérieuse, de bonne tenue littéraire, où l'esprit français de la critique systématique voire du dénigrement ou du discrédit, en trouvant un terrain propice à son épanouissement, donne libre cours à ces débordements.
Cette attitude, malheureusement fréquente, donne à penser que la Presse ne remplit pas sa mission, qu'elle encourage un autodénigrement exagéré, alors que notre pays n'a déjà que trop tendance à douter de lui.
Dans d'autres cas, certains journaux d'opinion aveuglés par la passion n'hésitent pas à se transformer en inquisiteurs ou en supporters de la médisance, voire de la calomnie, et on peut alors se demander quelles seraient les conséquences de semblables pratiques sur la vie sociale d'une communauté quelconque, si la presse était le tremplin de la dénonciation ou de la délation.
On constate aussi qu'il est possible à la presse écrite de dire n'importe quoi de n'importe qui, et de déshonorer qui elle veut, puisque les sanctions pénales sont si bénignes que ce risque est pris allégrement.
Mais ces réflexions ne veulent pas dire que la Presse doive se transformer en un concert de louanges et de flatteries, surtout quand il s'agit de celle qui défend l'action gouvernementale, pour épargner aux lecteurs les déceptions quand les résultats ne correspondent pas aux promesses.
Le juste milieu, en toutes choses, surtout dans ce domaine, est la meilleure formule, puisque la critique permanente et stérile ne laisse pas de mener au désordre général des esprits, comme ce fait est journellement constaté dans tous les pays qui jouissent d'une entière liberté d'informer.
On pourrait alors conseiller à ces journaux, aux articles documentés et remarquables par leur qualité, qui sont, de ce fait, l'honneur d'une Presse libre, de ne plus distiller à longueur de jours le doute, l'incertitude, la critique négative, la confusion, l'indétermination, voire le sophisme, le scepticisme(1) que sécrètent les ferments pernicieux du doute, et qui dénaturent lentement mais sûrement le jugement de la grande masse des lecteurs qui "admettent", ne pouvant pas toujours réfuter immédiatement, faute d'informations différentes ou d'une culture suffisante.
(1) Ou comme l'on dit quelquefois "être pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour", image populaire de l'esprit qui nie tout.
Ce mélange de fausses vérités et de vérités faussées et dénaturées est propre à engendrer par réaction des désirs de restrictions à la liberté de la Presse.
Ces procédés incitent alors une grande partie de la population à s'affranchir du respect et du sens de solidarité qui doit animer tout citoyen vis-à-vis des différents membres de la collectivité, dont lui-même fait aussi partie.
On peut même se demander, lors des campagnes électorales si la façon outrancière utilisée par la presse en général pour parler d'adversaires politiques ne caractérise pas bien l'incapacité pour ces hommes, aveuglés par la passion, de tenir les rênes de l'Etat.
Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner du malaise général qui règne dans tous les pays du monde, et particulièrement dans ceux qui sont parvenus à un stade avancé du confort et de l'aisance matérielle, malaise dont ce genre d'Information est sans aucun doute responsable en grande partie, et c'est ce qui suggère de créer dans les meilleurs délais un Ordre des Journalistes et de l'Audiovisuel dont le rôle serait de faire respecter une certaine éthique dans les domaines concernés, à savoir Presse d'une part et Radio et Télévision d'autre part.
Pour celle, à grand tirage, organisée en consortiums puissants liés à des groupements financiers, économiques ou même politiques, il s'agit de vendre, de vendre le plus grand nombre possible d'exemplaires en sacrifiant au Dieu-Argent générateur de la Puissance et de la Domination, les principes fondamentaux de la morale humaine.
Sous des formes plus cachées et d'apparence moins violentes, elle est tout aussi pernicieuse pour la collectivité, en étant en particulier le meilleur support de cette société permissive qui ne manquerait pas d'entraîner l'ensemble de notre mode de vie à la ruine, ce dont chacun de nous ferait les frais.
Souvent cette Presse, et même la Télévision et la Radio, utilisent aussi une langue vulgaire qui n'est pas sans influencer l'évolution culturelle de la grande masse de ses lecteurs ou auditeurs, sans même parler de sa méconnaissance de notre langue maternelle, ce qui est un comble pour cette activité.
Avide de faits divers et de sensationnel, la Presse d'information monte en épingle, pour écouler sa prose malsaine, des crimes de toutes sortes, meurtres, enlèvements, séquestrations etc, en donnant force détails dont le scandale est rarement exclu et qui peuvent ultérieurement servir de modèle à des esprits simples, ou même nuire à l'action de la justice.
C'est pour faire vendre que, souvent, elle expose tout ce qui risque de pervertir le jugement.Très souvent avide de scandales, elle n'hésite pas non plus à intervenir dans la vie personnelle des citoyens en vue ou même de simples particuliers, en faisant un étalage scandaleux des renseignements qu'elle a pu obtenir.
Il va sans dire que ces incursions dans la vie privée des citoyens sont intolérables, chacun ayant droit au respect de son intimité.
Pour accroître encore ses ventes, elle n'hésite pas non plus à faire appel à d'autres moyens. Il n'est même pas besoin d'insister par exemple sur son rôle dans le développement actuel de la drogue, dont l'usage récent dans notre pays est lié directement à la place importante que des journaux, même sérieux, lui accordent alors que serait plutôt justifiée une certaine retenue voire une censure car toutes les choses ne sont pas bonnes à dire. Sur ce point particulier, la fonction de la Presse doit être non seulement de ne pas nuire, mais surtout d'attirer l'attention des adultes et de la jeunesse sur les effets et les conséquences ultérieures de l'usage de ces toxiques, ainsi que sur les possibilités de traitement que les pouvoirs publics sont en mesure de donner.
Elle contribuera alors, comme ce devrait être son rôle normal, à combattre l'autodestruction de nos enfants, dont tous les pays évolués ressentent les effets pervers déjà depuis quelques années.
Cette vulgarisation influence les adultes et plus encore les enfants qui ont besoin d'être guidés et non pas obligés de choisir tout seuls. Choisir, en effet, suppose un minimum de volonté et d'expérience, sans parler des connaissances nécessaires, toutes choses qu'un adulte normal devrait posséder.
L'amour des moins de vingt ans fait aussi les délices d'une certaine presse pour laquelle seul compte l'attrait de l'argent, d'un argent très facile à gagner, surtout quand il s'agit comme le fait également la Publicité de traiter de l'érotisme ou de la pornographie, fondements de la Société dite permissive, dont le résultat le plus sûr serait de jeter bas notre mode de vie, tout en constituant souvent, une véritable agression vis-à-vis de notre jeunesse.
Pourchassé par une publicité, ou par des illustrés lascifs, écrasé par un cinéma où l'influence anglo-saxonne ou nordique fait du sexe la motivation principale, l'enfant, dès son plus jeune âge, a ses sens troublés, et les parents ne savent plus que faire, puisque depuis peu de temps le pouvoir politique laisse faire, ce qui le déconsidère encore davantage aux yeux de la grande majorité des citoyens clairvoyants.
Pour les producteurs et les publicistes, l'attrait de l'argent est tel, qu'il n'y a plus de limites et la sexualité, nouvel opium du peuple, nouvelle drogue à bon marché, n'est plus une vogue pour quelques libertins désoeuvrés, mais, en devenant un phénomène de masse, elle crée de sérieux dangers pour l'ensemble de la population, car elle fait des relations entre homme et femme un acte froid et glacé dépourvu de tout sentiment, où toute tendresse est exclue et où la femme n'est plus qu'un partenaire-objet qui se déclare maîtresse de son corps et de son plaisir, et la pornographie apparaît alors comme la meilleure condamnation d'un capitalisme classique, que l'on pourrait qualifier de sauvage et d'immoral.
Dans ce pays latin de tradition libérale et chrétienne, il est du devoir des pouvoirs publics de combattre la pornographie, car elle dissout la morale collective sans laquelle la vie en société n'est plus possible(1). La réprimer n'est pas s'immiscer dans la vie privée des citoyens, chacun reste libre de son comportement secret à l'intérieur de lieux privés, c'est seulement respecter la liberté des autres, puisque la liberté de chacun s'arrête où commence celle d'autrui.
(1) On voit même certaines revues d'information générale se vautrer, pour doubler ou tripler le chiffre de leur tirage, dans une publicité pornographique qui voudrait se qualifier de littéraire sous prétexte que ces revues d'information à grande diffusion ne peuvent ignorer la sexualité comme un phénomène sociologique, ce qui est le comble de l'hypocrisie, car il s'agit seulement d'argent.
On peut être sûr aussi que de telles conceptions de l'amour ne manqueraient pas d'amener des débordements tels que la permanence et le maintien de la cellule familiale, absolument indispensable à l'évolution de l'enfance, ne tarderaient pas à poser de graves problèmes pour l'avenir démographique de ce pays déjà sous-peuplé, et à toute l'Europe d'ailleurs
Aussi une grande partie de la population, sinon l'immense majorité, serait-elle satisfaite, si les pouvoirs publics actuels remettaient en usage certains règlements anciens, malgré les publicistes, les annonceurs et autres responsables de la presse qui tirent, avec l'Etat d'ailleurs, de confortables bénéfices ou des taxes importantes des activités qui ne manqueraient pas, s'il n'y était pas mis un frein, de mener notre pays à la ruine, pour le seul profit de quelques uns.
Chaque jour, des magazines stupides, des revues, des bandes dessinées au contenu inepte et pernicieux sont exhibés à tous les kiosques, à toutes les vitrines, étalant aux yeux de tous la honte d'un législateur indifférent, inconscient et coupable. Et pourtant l'établissement de contacts intellectuels avec la jeunesse est de première importance et mérite, à elle seule, une attention particulière, mais heureusement il existe d'excellentes revues pour la jeunesse.
L'attitude actuelle de la Presse vis-à-vis de la jeunesse doit donc être, elle aussi, repensée, puisque c'est la nécessité économique qui entraîne en partie dans cette voie les entreprises, la presse et les journalistes.
Il nous faut donc revenir sur un libéralisme qui serait la meilleure condamnation du système économique actuel qui fait de nos enfants les victimes innocentes d'une Presse inconsciente de son rôle.
Liberté de l'Information certes, mais certainement pas pour des garçons et des filles qui ne savent pas encore penser par eux-mêmes et qui, à leur insu, sont exploités par de vils intérêts mercantiles, contre la volonté de leurs parents, ou tout au moins du fait de la négligence ou de l'impuissance de ces parents.
Les difficultés rencontrées aujourd'hui dans de nombreux pays et qui se manifestent par une contestation générale de la population quels que soient ses origines sociales et son niveau culturel, trouvent sans doute leur origine dans l'influence dissolvante et l'étalage quotidien de la violence(1), dans l'apologie de cette société permissive ou anarchique et dans le mépris de la personne dont se rendent complices, même sous l'apparence de l'objectivité, de nombreuses publications.
(1) Au sujet de la violence, on peut remarquer que celle-ci a un effet voisin de la pornographie pour déséquilibrer un mode de vie qui est l'aboutissement de milliers d'années d'efforts, visant à rendre l'homme plus respectueux de son voisin.
C'est aux adultes, lecteurs de cette presse, de ne pas tolérer toutes ces atteintes à la Dignité de l'homme, sous prétexte d'une liberté mal comprise et appliquée, et de prouver ainsi que nous ne voulons plus tolérer ces exagérations qui nous feraient considérer par les générations suivantes comme les assassins ou les fossoyeurs de la civilisation occidentale.
La Presse pourrait alors s'efforcer de remettre à l'honneur une hospitalité nationale qui tend à disparaître sous les assauts répétés de la jouissance, de l'égoïsme et de l'accroissement inquiétant de l'intolérance, dont ces excès sont grandement responsables.
Ces quelques remarques amènent maintenant à préciser le rôle et la mission d'une information consciente de ses immenses responsabilités dans le vaste domaine des relations humaines et dans la vie collective de l'époque.
Son rôle actuel est ingrat et difficile, car il consiste à expliquer, d'abord, puis à démêler les échevaux de la pensée au lieu de les embrouiller, ensuite à cerner les problèmes et à les préciser dans leur hiérarchie.
Pour ce faire, il ne faut être ni de droite ni de gauche car tous les problèmes ne sont ni de gauche ni de droite, ils sont tout simplement des problèmes, le plus souvent techniques, et qu'il suffit d'examiner calmement, sans s'enferrer dans des dogmes, dont la Société moderne n'a que faire.
Si l'on voulait définir le but ou l'objet de l'Information parlée ou écrite à l'époque de la Société Industrielle, il suffirait d'ailleurs de se rapporter à l'étymologie du terme qui découle du verbe" former " dérivant lui-même du latin formare qui signifie donner forme et au figuré créer ou encore façonner, c'est à dire éduquer la pensée; l'Information renferme donc l'idée de formation intellectuelle jointe à la connaissance des faits.
Elle devrait alors être capable non seulement de mettre au courant des faits un très grand nombre d'hommes, mais aussi de les former, en particulier ceux qui n'ont pas eu la possibilité de bénéficier d'une instruction poussée, ou de renseigner tous ceux qui, spécialisés dans certains domaines, demandent à être instruits dans ceux qu'ils ignorent.
Au sujet de la connaissance des faits, on pourrait croire que son rôle est facile mais en raison du manque d'objectivité dû aux passions ou à l'attitude idéologique, quelle soit politique ou religieuse, il existe de multiples façons de les présenter et souvent l'Information devient fréquemment déformation, et mieux encore intoxication, constatations que peuvent faire chaque jour les citoyens de tous les pays évolués.
Sans doute, il est souvent difficile, même dans la présentation de simples événements de faire preuve toujours d'objectivité.
Un journaliste ne peut en effet, même s'il le voulait, renoncer complètement ni au milieu dans lequel il a d'abord vécu, et qui l'a imprégné, et où il vit, ni à la forme d'éducation qu'il a reçue dont on trouve le reflet dans ses articles. Là comme partout, en effet, c'est l'inconscient qui souvent règle l'attitude.
Une des missions essentielles de l'Information consiste aujourd'hui à coopérer à l'Education et à l'Instruction permanente de la population, puisqu'elle est le seul moyen pratique qui permette à une société respectueuse de la pensée de ses membres de remédier, pour ceux qui en ont besoin, à certaines lacunes.
Pour employer un terme à la mode, l'Information doit alors remplir une sorte de mission de Service Public, comme le font déjà la Justice, l'Enseignement, la Médecine, la Défense Nationale, ou même les Services qui distribuent l'eau, le gaz ou l'électricité, le courrier ou assurent les transports.
Actuellement, avec notre régime démocratique, le rôle de la Presse d'information écrite, à un moment où elle en a perdu le monopole et où elle n'est plus de taille à lutter pour la rapidité et les images avec la Radio et la Télévision, est d'insister sur l'intelligence des faits, en revenant sur l'information brutale, souvent à l'emporte-pièce, des moyens audiovisuels, pour s'adresser au jugement d'un lecteur qui aura eu le temps de réfléchir.
Ce désir d'analyse ou d'interprétation des faits ou des idées ne peut être assuré que si la Presse consent, elle-même, à élever son niveau intellectuel et à favoriser ainsi la culture de l'ensemble de la population.
Dans cette première période d'épuration éliminant la vulgarité et la banalité, elle perdra certainement des lecteurs. Pourtant, c'est dans cette voie qu'elle doit s'engager et l'expérience de certains journaux, dont l'audience ne fait que croître malgré le temps que demande une lecture sérieuse et avertie, est bien là pour confirmer le bien-fondé de cette remarque. Dans ces conditions, si la Presse d'information veut encore remplir une mission importante, il faut qu'elle persévère dans cette direction afin que la qualité intellectuelle des publications soit cette fois l'atout essentiel qui lui permette de survivre.
Quant à celle dite d'opinion, au lieu de se livrer à des combats idéologiques inutiles et à des critiques souvent mal fondées, son rôle actuel pourrait être de contrôler sérieusement les actes du pouvoir exécutif et surtout ceux d'une administration qui prend obligatoirement une foule de décisions d'ordre technique, sans en référer le plus souvent au pouvoir politique, dont ce n'est d'ailleurs pas le rôle. Comme celles prises par l'administration sont le plus souvent très spécialisées, le pouvoir législatif chargé dans un régime démocratique du contrôle du pouvoir exécutif n'a pas non plus, et c'est normal, toutes les compétences nécessaires, pour juger équitablement dans tous les domaines.
Dans ces conditions il paraîtrait alors logique que la presse d'opposition par exemple puisse tenir ce rôle technique difficile, mais pour qu'elle puisse le faire, il faudrait qu'elle dispose de tout le personnel spécialisé indispensable. Elle pourrait alors examiner certaines décisions des Administrations techniques et faire modifier, si un besoin justifié s'en faisait sentir, les décisions prises par le pouvoir technique, cinquième pouvoir de l'Etat moderne, avant que les équipements et travaux correspondants qui vont être payés par le citoyen contribuable soient effectivement réalisés et qui pourraient se révéler plus tard insuffisants ou inutiles (1).
(1) C'est ainsi, par exemple que la Presse aurait fait oeuvre utile en attirant par exemple l'attention du Pouvoir Politique sur la construction des abattoirs à la Villette qui ont dû être démolis quelques temps après aux frais du citoyen contribuable, ou sur l'implantation des Halles à Rungis avec la desserte simultanée de l'Aéroport d'Orly où la liaison ferroviaire n'était même pas prévue à la conception même des ouvrages et qui a été à l'origine d'embouteillages importants de véhicules compromettant l'efficacité des investissements consentis et financés par le même citoyen contribuable.
Avec une disposition de ce genre la presse d'opposition contribuerait dans une grande mesure à améliorer le fonctionnement de notre système démocratique, à condition toutefois que les observations faites ne relèvent plus de la critique systématique voire démagogique, sinon on pourrait douter qu'un jour la Démocratie puisse être qualifiée d'intelligente en assurant ainsi un meilleur fonctionnement à ce régime, essentiel pourtant à la Dignité de l'homme.
Un autre but pour cette presse, dans notre pays enclin à un individualisme excessif serait d'encourager l'acquisition ou le développement d'un certain esprit critique qui souvent fait défaut à notre peuple frondeur, dont l'indiscipline était déjà notoire au temps lointain de la conquête de la Gaule par les Romains, il y a deux mille ans. Le vieux démon Gaulois de la dispute et de la contradiction de principe se retrouve à tous les échelons de notre société et pas seulement dans les assemblées représentatives.Tous nos compatriotes ont un malin plaisir à discuter, à disserter, à proposer, à condamner dans un tel brouhaha que personne n'écoute personne. Chaque jour, les contrevérités les plus grossières deviennent, par passion idéologique, des données évidentes par les effets d'un martèlement ininterrompu des esprits, et notre Démocratie en devenant un bavardage incessant est dénaturée, d'autant plus que certains Syndicalismes salariaux, en confondant gestion et politique, amènent à transformer le débat démocratique en un combat sans merci.
La démocratie majoritaire comme celle suggérée dans cet essai permettra de remédier, en partie, à ces anomalies, sous réserve cependant que d'une part l'opposition ne soit pas reléguée à un silence qui l'amènerait à s'adresser par dépit à la rue, ou à pratiquer une contradiction négative et systématique, et que d'autre part les pouvoirs publics remédient à l'abstentionnisme des citoyens en rendant le vote obligatoire, alors qu'actuellement les abstentionnismes permettent aux minorités de gouverner, mais cette réforme ne ferait sans doute pas l'affaire d'une certaine classe politique en général sectaire.
Le manque d'esprit civique, esprit qui fait souvent défaut à notre peuple, provient aussi probablement de la confusion qui s'est établie dans les esprits entre la propagande politique qu'elle soit gouvernementale ou d'opposition et la formation civique des citoyens.
Ce serait alors un but intéressant pour une presse d'opinion consciente de ses immenses responsabilités de remédier à la confusion dangereuse qui consiste à séparer le domaine politique de celui qui se rapporte à l'organisation rationnelle, dans un pays qui en est encore, malgré tout, à l'aube de la Société Industrielle, facteur qui n'est nullement défavorable bien au contraire, car il peut nous entraîner à l'action puisque maintenant nous pouvons profiter des dernières découvertes des techniques.
En résumé on peut alors affirmer que si la Presse d'opinion a encore beaucoup de travail à faire, son rôle n'est nullement achevé car il devrait justement permettre à la Démocratie de devenir Intelligente, but essentiel d'un régime politique qui serait conscient de ses très lourdes responsabilités.
Maintenant, on peut préciser les conditions pratiques essentielles nécessaires à l'indépendance intellectuelle de la presse écrite, actuellement durement menacée dans sa gestion par l'accroissement de ses charges.
Si les observations faites ci-dessus sont le résultat de la longue expérience que connaissent tous les peuples évolués, il n'empêche qu'il convient d'examiner les conditions essentielles que requiert la Liberté d'expression, pour se conformer toujours aux conceptions réalistes exposées ici.
La première réside dans l'indépendance financière des entreprises de presse ou de moyens audiovisuels, la seconde dans l'honnêteté intellectuelle des rédactions qui découle pratiquement de la première.
Au sujet de la première condition, il est bien connu que leur situation financière n'est pas en général florissante par suite, d'une part, du coût du papier et d'un prix insuffisant des journaux, prix qui est imposé par les pouvoirs publics et, d'autre part, du fait de l'action malthusienne d'un Syndicalisme salarial qui empêche très souvent les entreprises de presse d'utiliser au maximum les possibilités offertes par les nouveaux procédés techniques, ou par les nouvelles méthodes de gestion, et qui est déjà de ce fait, peu conscient de ses responsabilités importantes dans ce domaine, à l'époque actuelle.
On peut d'ailleurs aussi se demander si la relative désaffection du public pour la presse écrite n'est pas aussi la conséquence directe non seulement des moyens audiovisuels, mais encore de la lassitude qu'entraîne la lecture de papiers, dont le but est de monter les hommes les uns contre les autres, alors que devant l'importance de plus en plus marquée des moyens techniques, beaucoup de lecteurs pensent que ces procédés sont périmés, si bien que, quand la Presse se met en grève, beaucoup de citoyens en arrivent à penser qu'au moins, pendant ce temps, elle ne fait pas de mal !!..
C'est la désaffection du public qui amène alors les journaux à accepter, presque obligatoirement des appuis financiers qui eux, cette fois, ne sont jamais désintéressés. Si la presse écrite trouve dans la publicité des ressources honnêtes souvent très importantes permettant d'accroître la partie purement rédactionnelle, ce qui est d'autre part favorable au développement de l'économie générale malgré son influence néfaste sur l'accentuation d'une consommation inutile, il n'empêche que, en cas de diminution sensible de ces ressources publicitaires du fait de la grande audience des moyens audiovisuels, elle sera conduite à chercher d'autres moyens financiers qui risqueront d'influencer défavorablement son comportement.
Pour que l'équilibre financier soit atteint, il faut surtout que le prix de vente soit suffisamment élevé. Une presse à bas prix est non seulement une erreur économique, puisque la gestion des journaux est rendue difficile, mais aussi une erreur psychologique, car, dans ces conditions, la Presse est contrainte à se prostituer, à se vendre, à employer en somme des moyens qui la condamnent à la dépendance. Cette dépendance fausse obligatoirement l'honnêteté intellectuelle des rédacteurs puisque les journaux sont amenés à accepter par exemple des capitaux étrangers à l'Entreprise et à subir l'influence de pouvoirs extérieurs ou étrangers, voulant manipuler l'opinion publique de notre pays. Ce phénomène d'ailleurs n'est pas nouveau et, pour y remédier, il faut que les pouvoirs publics ordonnent la publication des bilans, des comptes d'exploitation, de la répartition du capital et établissent une législation qui permettrait d'éviter la pratique des prête-noms dans la direction des journaux ou périodiques.
Si actuellement la Presse ne fait pas de profit, c'est souvent parce qu'elle ne fait pas de progrès et si elle n'en fait pas suffisamment, c'est parce qu'elle ne fait pas suffisamment de profit et qu'elle est conduite pour vivre à tendre la main.En s'adressant alors encore davantage à la formule suggérée dans cet essai pour une nouvelle structure de l'Entreprise fondée sur l'accession de tous à la propriété capitaliste, y compris des salariés, il sera possible, cette fois, d'améliorer la gestion et d'assurer la pérennité du travail.
Dans le domaine particulier de la Presse, il conviendrait que le Syndicalisme salarial correspondant soit persuadé de ces vérités d'évidence, car avec la concurrence de la Radio et surtout de la Télévision, il ne manquerait pas d'en résulter une trop grande concentration des Entreprises de presse ce qui remettrait en question le principe même de la liberté d'information. En effet, la pluralité des opinions étant le pilier sur lequel repose la Démocratie, une concentration par trop poussée des moyens ne manquerait pas de nuire à la variété des idées, c'est-à-dire à la liberté de l'esprit puisque l'indépendance des rédactions ne pourrait être maintenue, en raison même des volontés de puissance propres à chacun.
On proposera plus loin pour remédier à certaines exagérations de la Presse, un Ordre de journalistes et on peut dès maintenant suggérer que sa mission essentielle consisterait aussi à préserver l'indépendance des rédactions puisque celle-ci risquerait d'être un simple voeu pieux en raison des pressions financières des groupes concentrés. Dans ces conditions, il ne serait alors possible que de faire appel à l'aide collective de la Nation, c'est-à-dire de l'Etat.
Si la Presse n'arrivait pas à surmonter ses difficultés, cette solution serait la seule possible malgré ses inconvénients évidents de sujétion au pouvoir politique.
Mais avant d'en arriver là, il serait désirable que les différents syndicalismes professionnels et salariaux prennent conscience que, dans ce domaine, l'évolution des techniques pose des problèmes inédits qu'il convient de résoudre en des termes adaptés à la Société Industrielle.Même si les pouvoirs publics consentaient par exemple à subventionner le papier de presse destiné à la partie rédactionnelle, ou à favoriser la diffusion par des tarifs postaux préférentiels encore plus réduits, il faudrait surtout que cette aide soit modulée pour qu'elle ne profite pas, en premier lieu, à ceux qui en ont le moins besoin, suivant en cela une habitude d'égalitarisme, chère à notre pays, et qu'il convient maintenant de rejeter avec force.
La concertation de tous ceux qui participent à l'action de la diffusion des idées ira aussi dans le sens d'une bonne gestion si la Presse comprend enfin que son rôle n'est pas de concurrencer les moyens audiovisuels, mais de les compléter par des commentaires, des enquêtes appuyées sur les événements fugitifs et fragmentaires déversés sans relâche par ces moyens. La complémentarité de la presse et des moyens audiovisuels apparaît alors nécessaire ; il ne peut manquer d'en être de même dans le domaine de la publicité, et un fond commun pourrait être l'amorce d'une solution qui permettrait à chacun de vivre, étant entendu cependant que les moyens audiovisuels ont encore une autre fonction, celle de distraire qui s'ajoute à celle d'informer, fonction qui va être examinée maintenant dans l'optique de cet essai.
L'exposé ci-dessus a permis au lecteur de se rendre compte et de juger les principaux problèmes auxquels est confrontée la presse écrite, maintenant il faut aborder ceux qui se rapportent aux autres procédés techniques qui permettent de mieux conditionner encore, la pensée de l'homme de notre temps.
Il s'agit alors de la Radio et surtout de la Télévision. Cet examen débute par celui de la Radio, le premier né des moyens techniques permettant une audience universelle, il se poursuivra par celui de la Télévision dont l'influence est particulièrement importante à l'heure présente.
Sa mission essentielle à notre époque doit être, d'une part de porter à la connaissance du public des informations et d'autre part, de lui donner un moyen de culture et de distraction(1).
(1) De même que la culture n'est pas le monopole de l'école, l'information n'est plus celui de la presse écrite.
Au sujet des informations diffusées, on peut dire qu'en raison des difficultés qu'il y aurait à rattraper des fausses nouvelles par l'émission de démentis qui ne touchent pas tous les auditeurs puisqu'ils sont émis ultèrieurement, il importe que les stations de radio soient particulièrement conscientes de leurs responsabilités écrasantes dans ce domaine et ne transmettent que des informations strictement contrôlées.
D'un autre point de vue, on ne voit pas l'intérêt, à part le désir de monter les gens les uns contre les autres, de la retransmission, sous prétexte d'information, de violentes manifestations entraînant l'intervention des forces de maintien de l'ordre, qui ne peuvent que conduire à un échauffement général des esprits, propre à créer un climat de guerre civile (2).
(2) Ce fut par exemple le cas chez nous, en mai 1968, lors de notre tourbillon juvénile ou celle des lycées de 1990 avec des destructions sans mesure de biens matériels par des éléments étrangers, qui font regretter à nos compatriotes d'avoir fourni à cette jeunesse mal intégrée, des moyens lui donnant seulement l'occasion de détruire des biens publics ou privés, tout en lui laissant entrevoir de futurs et probables conflits ethniques ou religieux qu'il convient par dessus tout d'éviter.
Aussi des émissions de ce genre sont elles à déconseiller.
On peut cependant observer à propos de l'information événementielle que cette derniére est divisée en plusieurs rubriques.
Les premiéres se rapportent par exemple à des événements scientifiques exceptionnels comme le débarquement d'un terrien sur la lune ou l'envoi d'un satellite en direction de Mars ou de Jupiter, les secondes s'intérssent généralement aux faits exceptionnels de la politique mondiale comme par exemple : la destruction du mur de la honte à Berlin, le renversement du régime communiste à Bucarest, ou encore ceux qui étaient en relation avec la réunification de nos voisins Allemands, de la guerre du Golfe ou mieux encore tous les événements consécutifs à l'évanouissement de l'Empire Soviétique. Il va sans dire que ces divers reportages sont très appréciés d'auditeurs inquiets de conflits par trop médiatisés, car cette médiatisation à outrance accentue le sentiment d'inquiètude générale qui prévaut actuellement dans tous nos pays occidentaux.
Quand le régime politique de l'Etat se réfère comme chez nous à la démocratie, le rôle d'une Radio est délicat en ce qui concerne la diffusion d'informations de nature politique. On pourrait souhaiter qu'elles soient présentées avec loyauté et que l'informateur reste impartial pour ne pas provoquer, à l'intérieur du pays, des oppositions ou des menaces nuisibles à la paix intérieure, condition impérative de la prospérité de chacun, mais malheureusement, il y a aussi le conformisme ce qui n'est pas fait pour simplifier le problème à une époque où le sectarisme se donne libre cours.
Dans de nombreux pays, les installations techniques nécessaires à la Radio et à la Télévision appartiennent à des groupes d'intérêts très puissants qui font appel à une publicité excessive et contestable qui leur permet de répandre, à longueur d'année, des émissions dont certaines, autant qu'on puisse en juger, ne vont pas dans la direction d'une éducation correcte.Chez nous, les installations nécessaires étaient propriété de l'Etat et on aurait pu penser que le statut de monopole aurait permis de limiter au strict minimum les appels publicitaires mais il n'en est rien, car, avec une certaine libéralisation des ondes avec la refonte récente des statuts des organismes qui assurent cette fonction, et pour rester dans le vent, ces stations se mettent, aujourd'hui, à l'unisson des émetteurs privés pour accroître leurs ressources.
Quant à la télévision, qui est probablement, une des plus belles applications de la science et des techniques créées par l'Occident elle est, avec le téléphone automatique pour chacun de nous, citoyens d'Europe, d'Amérique et même du monde, la plus formidable des innovations dues à l'Occident. En effet si la télévision apporte au foyer les images variées de la vie, le téléphone automatique, lui, autorise des contacts immédiats et affectueux à des milliers de kilomètres. Qu'y a t'il en effet de plus extraordinaire que d'appeler, depuis chez soi, directement sans intermédiaires, son fils, sa fille, ses parents, ses amis ou ses relations professionnelles en Amérique, en Australie, au Japon ou même en d'autres lieux et de les entendre clairement, comme s'ils étaient à coté.Toutes ces possibilités sont seulement les fruits de l'Occident, de son travail, de sa technique, de son intelligence, aussi est-il satisfaisant, pour l'esprit, de constater que tout cela date seulement de deux ou trois décennies.
Mais la possibilité pour la télévision de transmettre l'image et le son jusqu'au domicile, présente à la fois le meilleur et le pire, la paix ou la guerre, la concorde ou la dissolution des moeurs, et si des responsables de certains pays le voulaient, l'endoctrinement sectaire ou religieux de masses humaines, encore peu évoluées, serait diffusé, avec toutes les conséquences bonnes ou mauvaises liées à facilité des transports de masse.
Ce sont ces simples constatations de bon sens, qui doivent aujourd'hui appeler toute l'humanité à la perception exacte de ce pouvoir démentiel. On ne peut alors que souhaiter qu'un ensemble de régles susceptibles de répondre aux différents problèmes posés soit établi, en particulier du fait de la liberté totale de l'information, telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui en Occident.
Pour notre pays, après quelques années d'expérience, il n'est tout simplement que de voir, avec la multiplication récente des chaînes de télévision, la bêtise des programmes aux heures de grande écoute, sans même parler des projections de bandes dessinées ou de dessins animés à destination du public enfantin, qui plus tard en fera les frais, dans son comportement d'adulte, en raison de la culture qu'il aura reçue dans sa jeunesse. Si la mission de la télévision est de la plus grande importance pour les adultes, pour les enfants cette fois elle est capitale, car l'image a beaucoup plus d'influence que le son et marque profondément le cerveau et l'intelligence de l'enfant. Faudra-t-il aussi s'étonner longtemps du retard scolaire d'une grande partie de nos enfants avant d'essayer d'y remédier car ceux ci passent beaucoup plus de temps devant le poste familial qu'à l'école, surtout depuis le développement récent des dessins animés qui occupent trop longtemps les antennes, ce qui est la seule responsabilité des parents. Aussi, les stations doivent-elles être soucieuses de la qualité et conscientes de la nature des programmes qui leur sont réservés.
Il est probable d'ailleurs que dans la définition des programmes à tous les niveaux, la déontologie nécessaire demandera encore de longs tâtonnements pour remédier à certaines exagérations. Par exemple on doit attirer l'attention sur les émissions sarcastiques concernant le pouvoir de l'Etat par exemple, dont le but est de dénigrer de façon amusante le pouvoir politique en place ou même les institutions. Malgré le succés chez nous de semblabes émissions, il semble cependant indispensable que celles ci soient de bonne qualité et de tenue correcte.
On peut enfin observer que, souvent et malheureusement, les émissions de bon niveau intellectuel et il en est heureusement de très nombreuses, sont souvent tardivement programmées et que la multiplication des chaînes n'a pas qu'une influence bénéfique sur le comportement des citoyens, car la Télévision a de par l'image un pouvoir extraordinaire sur l'homme, et notre société doit attribuer à cette technique une attention soutenue. Il n'est besoin que de rappeler, par exemple, les événements de l'année 1990 pour se persuader des possibilités étonnantes de ce moyen d'information.
On doit alors noter à ce sujet que les journalistes de télévision, à cette occasion, ont créé au profit de ceux qui disposaient du poste clé de la télévision, avec l'information instantanée et orientée, un nouveau pouvoir qui ne pouvait qu'être violent et révolutionnaire.
C'est la manifestation possible de ce nouveau pouvoir qui doit retenir l'attention des hauts responsables des Etats modernes et développés devant l'arrivée prochaine des satellites qui appelle dès maintenant une législation internationale afin d'éviter les complications certaines et futures entre les riches et les pauvres de notre planète.
C'est aussi pour ces différents motifs évoqués ci dessus que notre pays et les autres doivent attacher une importance exceptionnelle à la formule du monopole qui va être examinée maintenant.
Après la Seconde Guerre mondiale, notre pays avait eu recours à la formule du monopole, car il lui avait paru dangereux, à l'époque de confier à d'autres qu'à l'Etat le soin d'utiliser tous les puissants moyens d'information qu'il possédait, et qui étaient les fruits du progrès scientifique et de ses applications techniques par le biais des impôts des citoyens.
Malheureusement le monopole entraîne trois inconvénients majeurs :
- d'abord il engage la responsabilité directe du pouvoir politique de l'Etat dans la diffusion de l'Information,
- ensuite il supporte l'irresponsabilité de ceux qui sont chargés d'établir les programmes qui ne sont pas soumis à la dure loi de la concurrence,
- enfin il subit les influences néfastes de l'argent dans le domaine de la publicité, comme certains scandales l'ont montré, alors qu'une économie libérale connaissant l'attrait de l'argent sur l'homme prend les mesures nécessaires pour qu'aux échelons d'exécution ce pouvoir soit rendu, dans toute la mesure du possible, inopérant.
Au sujet du premier inconvénient, on ne peut que constater que, avec le monopole, la diffusion ou même la moindre allusion à des faits concernant la conduite de pays étrangers ne peut manquer d'entraîner des tensions internationales, justement à un moment où le nationalisme, voire le chauvinisme, n'ont pas besoin d'être encouragés par des émissions étrangères désagréables, tendancieuses ou même tout simplement véridiques.
Quant au second inconvénient dû à l'absence de concurrence, cause évidente de sclérose, il entraîne à la fois une certaine médiocrité par manque de stimulation intellectuelle et un manque de débouchés pour les journalistes non spécialisés pour des émissions qui se rapprochent du spectacle, sans parler d'une certaine dépendance au pouvoir politique, puisque l'Etat est le propriétaire des moyens techniques, c'est-à-dire du capital (1).
(1) Dans le chapitre "Problèmes Industriels" on dira en particulier : "l'Etat doit inciter ses citoyens à faire, mais ne pas faire lui-même". En effet, n'étant pas influencés par la notion de Profit, ses représentants qui sont des hommes et non pas des surhommes ne tireront que plus rarement le maximum de leurs possibilités.
Quel que soit alors le statut de la Télévision, le pouvoir politique de l'Etat ne manquera pas de mettre la télévision à contribution, pour affirmer le bien-fondé de sa politique aux yeux des citoyens spectateurs et électeurs, quelle que soit d'ailleurs la nature de la philosophie qui l'anime. Dans ces conditions, on ne voit pas très bien ce que pourrait gagner notre Pays, à voir transformer la télévision en une tribune à grande audience, où nos multiples leaders qui aiment bien parler et surtout s'écouter, et Dieu sait s'il y en a dans ce pays latin, exposeraient des conceptions différentes, voire diamétralement opposées. Ne serait-ce pas créer un état d'agitation permanente et provoquer l'inefficacité collective et le désordre ?
Dans cette situation, le rôle des dirigeants responsables est fort délicat du fait des clivages idéologiques, mais heureusement en raison de la dissémination des postes de télévision dans les familles et aussi du niveau culturel déjà atteint, ce risque semble assez réduit d'autant plus que la lassitude et l'habitude ne manqueraient pas de désarmer une forme sectaire de violences verbales. Peut-être, une confrontation d'opinions opposées entre personnes compétentes pourrait-elle contribuer à mettre en relief la part de Vérité de chacune, mais elle aurait l'inconvénient majeur de souligner des désaccords, parfois superficiels, devant des auditoires souvent peu avertis et qui réussissent déjà, à grand peine, à réaliser une synthèse entre des jugements opposés, que l'image rend beaucoup plus frappants.
Toutefois, il n'y a que des avantages à ce que cette Télévision présente à la population les grands débats politiques ou économiques qui ont lieu entre les membres du gouvernement et les représentants politiques ou économiques et il faut noter que ces derniers débats sont particuliérement appréciés de nos compatriotes. Il en est de même pour la retransmission des débats dans nos assemblées politiques car en étant placés devant le jugement direct de leurs concitoyens, les membres de ces assemblées seraient probablement conduits à mettre dans leurs interventions un peu de tenue et d'Urbanité, tout en évitant les attitudes grand-guignolesques ou injurieuses dont ils sont souvent malheureusement coutumiers et qui, en étant indignes d'une telle fonction, en arrivent à renforcer un antiparlementarisme déjà latent dans notre pays.
Si chez nous la formule du monopole a été remise en question et si ce qui la remplace donne certaines satisfactions, à la fois aux professionnels et à un nombre important d'auditeurs, il n'empêche que la multiplication des chaînes de télévision est une erreur non seulement économique, en raison du coût des émissions et des installations, mais aussi de par la lassitude des auditeurs et de l'inconvénient qui résulte de la sujétion du citoyen quelconque au pouvoir quelquefois destructeur de l'image, et à l'abrutissement collectif auquel il conduit le plus souvent, sans même parler de son influence sur le comportement de nos enfants.
Cependant il faut se féliciter de certaines émissions remarquables qui ont trait aux grands débats de politique sociale, économique, littéraire ou culturelle, qui mettent en jeu, non seulement les meilleurs des présentateurs, mais aussi des personnalité de premier plan propres à intéresser à la fois la jeunesse et les adultes(1). En montrant aussi à notre jeunesse par exemple des exploits de toutes sortes qui sont exceptionnels, la Télévision suscite en elle parmi l'ambition d'égaler les héros.
(1) Pour n'en citer que quelqes uns: "La Marche du Siécle" ,"Sept sur sept", "Cartes sur table", "Les absents ont toujours tort", "L'heure de vérité ", l'inoubliable "Apostrophe" etc.
En définitive, il est certain qu'un Etat digne de ce nom ne peut laisser un tel moyen disposer d'une liberté totale, et qu'il convient de lui assigner certaines restrictions. C'est parce que son influence est sans cesse croissante depuis ces dernières années qu'il importe de réfléchir d'urgence sur sa mission d'autant plus que, comme on vient de le signaler, la mise en orbite, autour de la Terre, de satellites permettant des retransmissions instantanées, d'une région à l'autre du globe, va poser à lui seul des problèmes particulièrement délicats à résoudre. Les propagandes idéologiques ou religieuses ne vont-elles pas trouver là un nouveau moyen leur permettant, grâce à une publicité facile, de satisfaire la Volonté de Puissance et de Domination de leurs protagonistes ?
Aussi conviendrait-il qu'un accord international intervienne rapidement, d'abord entre les pays modernes avant de s'étendre à l'ensemble du monde.
C'est pour l'ensemble de toutes ces raisons que le Monopole a été remis en question dans notre Etat, car il ne pouvait donner satisfaction à la fois aux professionnels et à la grande masse des auditeurs, insatisfaction dont personne n'était responsable. Qu'en serait-il, par exemple, de l'édition, du cinéma ou de la presse, si ce devait être un représentant de l'Etat qui décidait des livres à écrire où des films à tourner ? Quel citoyen occidental admettrait encore que la Presse soit régie par un statut de ce genre, que les rédacteurs en chef soient des représentants du pouvoir politique et que les journalistes soient des fonctionnaires ?
Une telle formule ne tarderait pas à faire disparaître rapidement la liberté de l'Information.
Le Monopole entraîne aussi le risque accru de concussion ; en effet, la Radio et la Télévision se révélant comme des moyens remarquables de publicité, les différents fabricants seront alors tentés de profiter de la structure du monopole et d'utiliser, moyennant d'intéressants cachets personnels, quelques uns des présentateurs pour diffuser, en bonne place, quelques bonnes images ou quelques bonnes paroles sur leurs produits, en dehors des circuits normaux de publicité. Ce phénomène, en raison de la nature individualiste de l'homme, paraissant probable en raison du gigantisme des organismes chargés de la Radio et de la Télévision, il vaut mieux éviter une structure trop concentrée, qu'elle soit publique ou privée.
Quant à la publicité au petit écran on souhaitera qu'elle soit de durée réduite et convenablement disposée dans les programmes pour ne pas indisposer ou dégoûter le téléspectateur, comme cela se passe souvent maintenant, ce qui ne répond probablement pas aux souhaits profonds de nos compatriotes, mais à ceux seulement des annonceurs et des publicistes.
Comme la presse écrite s'élève violemment contre cette forme de publicité bien plus frappante, et qui de ce fait enlève à la Presse une source de recettes importantes, on peut se demander si la création d'un fond commun de publicité ne permettrait pas de satisfaire les différents moyens d'expression, quant au partage des recettes.
L'organisation et l'établissement des programmes de radio et de télévision présentent des difficultés considérables, et il est probable qu'il faudra encore beaucoup d'années pour que les règles et la déontologie nécessaire puissent être mises complètement au point.
Compte tenu de ces diverses remarques on peut dire que l'organisation des services chargés des émissions devrait découler simplement de la première des conditions qui a été reconnue ci-dessus comme indispensable au fonctionnement de la Société Industrielle et que représente la formule "Centralisation de la pensée et Décentralisation de l'action".
En effet, si l'importance des moyens matériels de diffusion justifie l'unité de direction technique et des moyens financiers suffisants pour accompagner le progrès technique, en revanche la conception des programmes ne peut pas relever d'organismes centralisés car la création est essentiellement liée aux qualités personnelles des producteurs.
Comme de plus ces programmes s'adressent à des hommes essentiellement différents les uns des autres, ne serait-ce par exemple que parce qu'ils sont natifs de régions diverses (1) il paraît utile, pour éviter les inconvénients cités, de conserver seulement le principe d'une centralisation et d'une direction unique pour les moyens techniques et de décentraliser les programmes, à la fois au niveau national en spécialisant les grandes chaînes existantes dans des domaines qui leur seraient propres (variétés, grands reportages, émissions culturelles ...etc ), tout en les régionalisant. De cette manière, les programmes pourront être variés puisque ce sont eux et eux seuls qui intéressent le public.
(1) Malgré mille ans de centralisme qui n'ont heureusement pas réussi à uniformiser complètement nos compatriotes qui restent encore marqués par le pays natal.
Cette nécessité entraîne plusieurs pouvoirs de décision pour que la concurrence entre eux, dans le domaine de la créativité amène la qualité.
En mettant alors en location les moyens techniques de diffusion existants, à la disposition des organismes publics ou privés de programme, cette solution éviterait à la fois : - la responsabilité directe des pouvoirs publics dans la nature de l'information diffusée; - la prolifération d'organismes administratifs de contrôle propres à la centralisation excessive.
Les organismes chargés de la diffusion, remplissent alors une sorte de mission de Service public et le niveau intellectuel des émissions doit en conséquence satisfaire un public de plus en plus difficile composé, à la fois de retraités, d'adultes et même d'enfants dont la présence complique sérieusement le problème.
C'est cette difficulté de promotion de la culture et la diversité des auditoires qui font que la Télévision ne peut être ni une administration classique, ni une Entreprise commerciale ordinaire, ni une Entreprise de presse, ni un journal et encore moins un journal d'opinion car son but n'est pas d'imposer des idées et des programmes ou de faire seulement des bénéfices, mais de participer au bien commun.
Il semble que ce résultat pourrait être plus facilement atteint en séparant comme il vient d'être suggéré la fonction technique qui demande la centralisation et celle de la conception des programmes qui exige la décentralisation.(2)
(2) Rien n'empêcherait d'ailleurs, avec cette formule, les pouvoirs publics de veiller à ce que les émissions ne servent pas à transmettre une culture subversive ou destructrice, car l'Etat ne peut se désintéresser de la loyauté des émissions.
Si la structure des nouveaux organismes s'inspirait, en plus, des suggestions faites dans cet essai pour l'organisation de l'Entreprise à l'époque de la Société Industrielle, suggestions dont le but est d'associer dans le fonctionnement de l'Entreprise le travail aux moyens techniques dans un Capitalisme à accession communautaire, il est probable que cette formule permettrait à la fois de satisfaire le goût du public et d'entraîner l'adhésion du Syndicalisme salarial. Peut-être, une confrontation d'opinions opposées entre personnes compétentes pourrait-elle contribuer à mettre en relief la part de Vérité de chacune, mais elle aurait l'inconvénient majeur de souligner des désaccords, parfois superficiels, devant des auditoires, souvent peu avertis, et qui réussissent, à grand peine, à réaliser une synthèse entre des jugements opposés, que l'image rend beaucoup plus frappants.
D'ailleurs cette dernière formule permettrait d'apporter une réponse concrète aux problèmes qui découlent de l'emploi simultané de moyens matériels particulièrement importants et d'activités humaines délicates. Et le Syndicalisme salarial pourra mettre son immense pouvoir de persuasion au service de l'intérêt général et vraisemblablement être persuadé, dans ces conditions, que la défense des intérêts corporatifs ne doit pas s'effectuer au détriment de l'intérêt général.
Dans une Information audiovisuelle décuplée par la technique et à l'audience presque illimitée, l'intérêt collectif se rapporte d'abord à la diffusion de la vérité, puis ensuite à la qualité et à la variété des émissions qui découlent, elles, directement de l'imagination, c'est-à-dire de la concurrence et c'est pour ces raisons que le Syndicalisme salarial ne doit pas s'opposer à une évolution qui est seulement la conséquence des progrès des techniques.
Compte tenu de ces observations diverses, il paraît utile que notre Etat revienne sur la formule adoptée il y a quelques années car celle-ci conduit à une trop grande multiplication des chaînes de télévision. Il doit le faire d'autant plus rapidement que les pouvoirs publics peuvent établir, facilement, un ensemble de règles permettant d'éviter les dangers qui pourraient résulter d'une mauvaise utilisation des moyens techniques par des organismes soumis au libre jeu de la concurrence. La notion de service public n'est en effet nullement incompatible avec elle, puisque l'Etat a tous les moyens de faire respecter tous les intérêts supérieurs de la Nation.
Toute réforme entraîne inévitablement des moyens financiers.
Dans le cas de notre radio et de notre télévision jusqu'à présent, les installations, les bâtiments, les émetteurs ont été financés par l'impôt c'est-à-dire par chacun de nous.
Si donc notre collectivité faisait appel aux idées suggérées plus loin pour l'organisation de l'Entreprise, rien ne l'empêcherait de répartir, contre espèces, la propriété actuelle des moyens techniques et matériels parmi le public et les salariés de l'Entreprise à l'aide de ce qui sera appelé, dans le chapitre "Problèmes Industriels", les actions contributives et développement, à condition que notre Etat prenne aussi les indispensables mesures pour éviter l'accaparement de ces actions par des groupes puissants.
Avec cette formule il pourra, à la fois intéresser directement les citoyens au fonctionnement de leur Télévision ou de leur Radio et récupérer des sommes importantes qui pourront être utilisées soit dans le domaine des équipements nécessaires soit même dans d'autres domaines collectifs indispensables.
La location des moyens techniques aux organismes chargés de l'élaboration des programmes et de la diffusion, permettra de servir aux nouveaux propriétaires des moyens techniques (public et salariés) un intérêt, tout en payant raisonnablement le personnel salarié nécessaire.
Quant à la redevance, elle serait affectée, avec les recettes publicitaires, aux organismes chargés de confectionner les programmes et à ceux dont le rôle est de faire fonctionner les installations techniques pour lesquelles l'unité de direction est nécessaire.
Pour serrer de plus près la réalité des choses, c'est-à-dire pour limiter l'effet des passions et protéger la liberté des individus, il paraît indispensable de créer pour l'exercice de l'activité d'Information par voie de presse ou par moyens audiovisuels, et comme cela a déjà été maintes fois proposé, un Ordre à l'image de ce qui existe déjà dans d'autres pays et dans d'autres professions quand le comportement personnel de l'individu exerce une action directe, immédiate et primordiale sur la vie propre d'autres hommes, comme c'est le cas pour la médecine par exemple.
Cet Ordre serait chargé de contrôler et de faire respecter, par les différents participants à l'Information, l'éthique digne d'un corps respectable, conscient de ses responsabilités écrasantes et de sa mission vis-à-vis de la collectivité, sinon ce serait justifier, pour les pouvoirs publics, l'établissement d'une censure inadmissible, car trop limitative de la liberté d'expression. En plus il veillerait à l'indépendance des rédactions, mais ce désir semble être cependant d'une réalisation délicate, puisque la presse est déjà l'émanation de telle ou telle nuance de la pensée ou de tel ou tel intérêt particulier ou partisan.
Ce sont les atermoiements de la Justice, la lenteur des procédures, la banalité des peines, les amendes passées en frais généraux, les réponses des personnes attaquées dans la presse et suivies de commentaires significatifs qui exigent ou appellent des remèdes aux abus que chaque citoyen constate presque journellement.
La protection de l'honneur et de la vie privée méritent en effet une autre vigueur, et la liberté d'information et de diffusion devraient avoir comme corollaire une responsabilité pleinement assumée.
Mais l'éthique nécessaire à l'Information, sous toutes ses formes, ne doit pas être définie par les hauts responsables de l'Etat, car il en résulterait certainement la fin de la liberté d'informer, c'est-à-dire la fin d'une certaine forme de Dignité indispensable à la vie de l'homme évolué.
La législation nécessaire devra alors être définie par les représentants élus de nos collectivités, en harmonie et en collaboration avec les journalistes ou les auteurs, détenteurs de la pensée, et les responsables des moyens matériels, étant entendu que la voix de représentants qualifiés des lecteurs, des auditeurs, des associations familiales ou d'autres groupements indispensables au fonctionnement équilibré d'une Société moderne devra être également entendue.
On peut remarquer que ces journalistes ou auteurs, qui constituent l'armature du pouvoir technique de l'Information écrite ou visuelle détiennent un pouvoir exorbitant, pouvoir politique le plus souvent, qui est pratiquement sans contrôle.
Ainsi seule une petite poignée d'hommes, émanation des différents groupes de pression, décide jusqu'à présent sans aucune surveillance, des propos, voire des images qui vont être présentés à des millions de lecteurs ou de spectateurs et la manipulation de l'Information apparaît alors plus dangereuse que la censure pourtant redoutable pour la liberté tout court.
Il s'en suit que l'une des missions de l'Ordre suggéré ci-dessus pourrait être aussi de surveiller les Informations diffusées. Composé en partie, comme il vient d'être dit, de représentants politiques élus, il donnerait à cette surveillance une forme telle que la Démocratie pourrait devenir plus facilement Intelligente, du moins peut-on l'espérer.
On doit enfin observer que récemment s'est développé chez nous le sondage d'opinion, né outre-atlantique, ainsi que la technique des images subliminales dans des émissions de publicité de nature commerciale qui tendent à violer l'inconscient du citoyen pour lui faire acheter tel ou tel produit. Si la connaissance des désirs des consommateurs dans le domaine du commerce permet d'ajuster l'innovation des producteurs à leurs souhaits, ce qui est sans aucun doute un bien pour l'Efficacité des Entreprises, on peut néanmoins se poser des questions, quand il s'agit de l'opinion des citoyens, car des techniques de ce genre auraient même été utilisées dans notre pays lors d'une élection particulièrement importante.
Il conviendrait donc que ces procédés soient strictement réglementés par le législateur car ils risquent de constituer dans des mains partisanes de nouveaux moyens de pression politique, économique, ou sociale, permettant de fracturer la conscience de chaque citoyen.
C'est parce que le fonctionnement de la Société Industrielle est devenu très délicat et l'Information trop amplificatrice qu'il est indispensable de repenser le rôle du journaliste puisqu'il peut entraîner la civilisation actuelle vers l'anarchie et la désorganisation complète, c'est-à-dire vers sa fin. L'impact des moyens audiovisuels, par exemple, est tel que leur emploi devrait être interdit pour aggraver les tensions, car leurs conséquences peuvent être extrêmes.
Si l'Information est nécessaire et même indispensable pour une connaissance objective des faits, pour la propagation des idées, pour la diffusion la plus large possible de l'instruction, de la culture et de l'éducation, en réprimer les abus qui portent atteinte à la Dignité humaine est de nos jours une indispensable nécessité, puisque la vie communautaire imposée par les techniques sera plus agréable si elle s'appuie sur l'Urbanité des relations humaines qui découle, elle, de la manière dont est présentée quotidiennement l'Information.
Mais si la Société moderne se doit de refréner les excès constatés, elle doit le faire dans certaines conditions, qui découlent de la philosophie pragmatique proposée ici, afin de créer les conditions mêmes de la liberté de l'Information.
Si les représentants des journalistes et des moyens techniques, dans l'Ordre suggéré, ne peuvent être souvent que les représentants des différents groupes de pression, idéologiques ou économiques, il convient simplement, dans la mise au point de l'éthique nécessaire, qu'ils se réfèrent seulement aux principes élémentaires cités dans cet essai comme fondements d'un certain Art de vivre.
Cette éthique doit être fondée avant tout sur la recherche de la Vérité et, pour y parvenir, c'est à l'honnêteté intellectuelle des rédacteurs qu'il convient de s'adresser pour que l'Information devenue démesurée reste effectivement au service de la liberté et de l'Efficacité grâce à la cordialité des relations entre responsables et exécutants qu'elle permet de raffermir et qui dépend de la façon dont elle est présentée au public.
Pour respecter la franchise et l'honnêteté, l'Ordre proposé doit être habilité à établir certaines règles permettant d'accorder, autant que faire se peut, la vérité et la cordialité de l'Information à l'exactitude des faits ; ce désir sera difficile à réaliser car il y a simultanéité presque absolue entre les faits et leur connaissance. Mais il devra aussi surveiller les ressources financières de ce pouvoir extraordinaire, capable aussi bien de souffler la paix sociale que la dissolution des moeurs et ce sera sans doute une des missions les plus utiles et les plus délicates à remplir.
C'est alors à la Presse de se réformer elle-même, de ne plus faire appel au scandale pour provoquer la vente, à la vulgarité, à la haine ou même à une certaine complaisance dissimulée sous le masque d'insinuations tendancieuses ou contestables qui font que certaines feuilles et non des moindres, n'ont de l'impartialité que l'apparence et de l'honnêteté intellectuelle ou de l'objectivité que la dépouille.
De nos jours, la Presse doit s'adapter à cette forme nouvelle qu'est la vie collective, fille majeure des techniques et qui demande avant tout autre chose, la cordialité des relations humaines.
La meilleure façon de parvenir à ce résultat sera que l'Information sous ses diverses formes applique elle-même l'autodiscipline permise par l'Ordre suggéré, Ordre qui devra être conscient de ses très hautes responsabilités car il y va de la vie courante de chaque citoyen.
Ce sera la seule méthode pour mettre sur pied l'éthique nécessaire à une Information moderne et à la Dignité de ceux qui la diffusent et que devra faire respecter l'Ordre suggéré ci-dessus.
Devant le malaise général qui se fait jour dans toutes les couches de la population en angoissant et en désorientant surtout la jeunesse, dans tous les pays du monde, on peut se demander si l'information, la publicité et plus généralement les médias et les différents moyens de communication n'en sont pas actuellement les causes essentielles.
En effet, aucune vie collective n'est possible dans un tel flot de paroles, d'écrits, de chansons ou d'images qui harcèlent chaque citoyen, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, dans un bric-à-brac de nouvelles où tout se mêle : politique, religion, économie, troubles raciaux, exploits de la médecine ou de l'astronautique, vie privée des vedettes de la politique ou de l'écran, scènes de violence, érotisme, tout est matière à diffusion, et ces messages peuvent tomber, il ne faut pas l'oublier, indifféremment, dans toutes les oreilles ou sous les yeux de tous, adultes ou enfants.
Sans doute chacun est libre de ses opinions et de leur expression mais la liberté, qui doit toujours s'arrêter à l'endroit où commence celle du voisin, ne doit pas non plus consister à verser de l'huile sur le feu comme trop souvent cela se passe dans tous les pays, qu'ils soient riches ou pauvres, évolués ou non. Si ces opinions ont trait à la santé, à la vie, ou à l'avenir de nos enfants, personne n'a le droit de se servir de sa liberté pour exposer sa perversité, son désespoir, sa neurasthénie, son immoralité, son dégoût de la vie ou son agressivité, sinon on aboutirait inévitablement au dérèglement général des esprits et au dysfonctionnement de la Société dans son ensemble.
Avec une conduite de ce genre utilisée aujourd'hui par tous les moyens d'information, il n'y a pas lieu de s'étonner du trouble de l'opinion qui passe alternativement d'un état dépressif à l'euphorie, puisque le sang-froid et le juste milieu paraissent maintenant la chose la moins bien partagée du monde.
Actuellement tous les moyens utilisés n'ont plus qu'un but, attirer l'attention en forçant le plus possible la dose et l'exagération des commentaires. Pour faire passer un message suivant l'expression consacrée, il faut dramatiser, renchérir, noircir ici, blanchir là, en jouant sur les mots pour déclencher de la part des lecteurs ou des auditeurs des réflexions élémentaires de peur ou de passion, puisque la nuance qui devrait être la qualité essentielle des moyens d'information, n'est plus considérée comme telle par une Information où tout est conduit par la politique de passion dont la seule fonction actuelle paraît être seulement, de monter les gens, les uns contre les autres.
Ne paraît-il pas alors urgent, sans tomber dans un moralisme abusif de réviser les limites du licite et de l'interdit ? Ne serait-ce pas dans ces conditions, la fonction de l'Ordre préconisé ci-dessus, de définir des règles précises fondées sur cette autodiscipline ? mais il conviendrait surtout que chaque citoyen qu'il soit lecteur, auditeur ou téléspectateur se réforme lui même dans le sens général de cet essai et ne se prête pas aux exagérations de l'Information, ce qui constituerait, sans aucun doute, le meilleur antidote à une action nocive.
Si ces relations se rapportent aux rapports entre membres de communautés culturelles différentes, il importe qu'elles se réfèrent surtout à l'Urbanité des rapports humains, sinon le racisme, avec l'impact de la Radio et surtout de la Télévision dans des pays peu évolués, aurait vite fait de conduire aux violences et aux massacres.
Si ces réflexions s'adressent aussi et surtout aux pays modernes dont le mode de vie technique arrive avec difficulté à s'accommoder de la violence et des passions idéologiques, elles doivent s'appliquer partout, surtout là où interviennent le racisme et le chauvinisme, c'est-à-dire dans les pays qui n'ont pas encore fait connaissance avec la Société Industrielle.
Quant au rôle de la presse dans la connaissance de scandales, il est très utile ; et s'il paraît nécessaire que les différents responsables du pouvoir politique possèdent déjà les diverses qualités indiquées dans la Troisième partie de ce livre à propos de l'Organisation de l'Etat, il faudra surtout que les responsables politiques aient un sens civique suffisant et qu'ils aient conscience de la valeur de la simple honnêteté.
C'est aussi de cette façon que la Démocratie manifestera là encore son intelligence et que notre Pays pourra s'adapter, sans heurts, à la vie collective imposée par la Société Industrielle, car la Dignité, condition de l'Efficacité, n'est ni le désordre, ni la licence, ni la malhonnêteté. Il est en effet évident que les affairistes se trouvent partout et que leurs manoeuvres s'adressent en premier lieu à tous ceux qui peuvent décider, en particulier, dans le domaine économique, ce qui ne les empêche nullement de faire preuve, vis-à-vis des opposants politiques, des mêmes démarches afin de prendre des ouvertures sur l'avenir.
Ce sera un rôle important d'une Presse respectueuse d'une conduite morale, de signaler les différents abus et de refuser la haine, l'intolérance, le sectarisme tout en renonçant à l'apologie de la violence ou du crime et en adoptant la majorité des principes simples sur lesquels repose cet essai et qui sont ceux simplement de l'humanisme.
Et que faut-il pour atteindre ce résultat ? Peu de choses en vérité, il importe seulement que l'Information soit honnête, surtout dans le cas de la Télévision, en raison d'une influence dont on ne soupçonne peut-être pas encore tous les effets. Il faudra encore que la relation de l'actualité ne soit pas réduite à la présentation d'événements désagréables ou catastrophiques et que ce monde ne soit plus seulement un chapelet de noires difficultés où chacun aurait l'impression de vivre en enfer, alors que pour les individus normaux, la vie mérite d'être vécue. Quand l'Information prêtera à la discussion ou à la confrontation des idées il faudra qu'elle le fasse avec mesure, pour éviter des discussions sans fin.
Il nous faut donc trouver de justes limites au pouvoir inquiétant de l'Information puisqu'elle peut souffler le froid et le chaud, la concorde ou la haine, la paix ou la guerre, la morale ou la dissolution des moeurs, et qu'elle est capable ainsi de faire sombrer nos civilisations techniques et matérialistes aux mécanismes compliqués, soit dans l'anarchie qui signifierait leur fin, soit dans l'autoritarisme qui transformerait les habitants de nos pays évolués et libéraux en serfs ou en esclaves incapables de penser seuls.
On peut se demander pourquoi les mots et les images ont sur chacun de nous un effet que n'ont pas très souvent les faits eux-mêmes. Le système des médias focalise l'attention de la masse des auditeurs sur une image ou un mot, détaché du contexte, et cette mise en relief ponctuelle permet d'entraîner la masse des auditeurs vers des positions extrémistes ou partisanes qui n'ont rien à voir avec l'examen objectif de la situation qui est à l'origine de ce conditionnement médiatique. Le remède à cette situation est de combattre l'endormissement de l'esprit critique, surtout quand celui qui parle, détient un droit institutionnel à la parole, (media, gouvernement, partis politiques, etc). Si les mots recèlent un pouvoir quand ils émanent d'une autorité, cela tient à la structure même de la conscience, qui ne peut à la fois réfléchir et suivre la réflexion d'autrui.
Ecouter empêche de penser, c'est la raison pour laquelle les foules sont plus facilement galvanisées par le discours que par l'écrit (exemple l'ascension de Hitler). Dans un débat, le plus souvent, personne n'écoute personne et chacun suit seulement son idée, et l'image télévisée provoque une sorte d'assoupissement intellectuel dont profitent seuls les beaux parleurs.
Il ne faudrait surtout pas aujourd'hui que la presse soit aussi accusée par ses articles sur la drogue, la pornographie, les scandales ou l'emploi d'une langue de bas étage, de détruire, de concert avec l'inflation, notre civilisation Occidentale, aboutissement de vingt siècles d'efforts, et qui amènerait par réaction la dictature comme ce fut le cas chez nos voisins Transalpins ou d'Outre-Rhin entre les deux guerres mondiales !
Pour éviter les inconvénients cités, il faut seulement que l'Information rendue dangereuse, par la Technique même, cesse de semer le doute de par le Monde, d'énerver les esprits et de décourager l'action, car aucune société humaine ne peut vivre et encore moins prospérer dans un climat constant d'angoisse ou de lendemains incertains, de désordre intellectuel dans la réflexion, ou d'anarchie dans l'action.
Si la presse remédie elle-même à des procédés qui la déconsidèrent, elle annoncera que l'ère de la Concorde entre tous les humains est arrivée, car l'application des techniques exige la collaboration amicale des hommes, qui est fonction directe de la manière dont est présentée l'Information et la condition de toute vie en l'an 2000, en particulier dans notre France Industrielle, Efficace et Européenne dans cette Europe de l'Economie moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacité et de l'Equité, telle celle souhaitée ici.
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