La sécurité contre l'adversité, surtout chez l'Occidental, est un besoin que la société doit s'efforcer de satisfaire au même titre qu'elle le fait pour l'instruction, le logement, la nourriture, le vêtement ou les loisirs, afin de rendre acceptable pour chaque citoyen, le sort qui lui est échu.
C'est ce besoin de sécurité qui l'a d'abord conduit à recourir à l'épargne pour assurer ses vieux jours, puis à l'assurance pour couvrir certains risques comme les accidents ou la maladie. C'est encore lui qui a galvanisé les masses laborieuses, terrorisées par les menaces de la maladie ou du chômage pour obtenir de la société, la sécurité indispensable au déroulement paisible de la vie à une époque où chacun ne devait compter que sur lui .
C'est la Prévoyance sous ses diverses formes qui va répondre aujourd'hui au besoin inné de sécurité de chacun dans le déroulement de la vie quotidienne. Son but est donc de protéger l'individu contre les risques de la maladie, des accidents ou du chômage et de lui fournir également des moyens d'existence quand il ne peut plus travailler du fait des faiblesses dues à l'âge.
En plus, dans le cas particulier de notre Pays, il convenait d'essayer de remédier au déclin très grave de la natalité qui a débuté chez nous il y a deux siècles, bien avant nos voisins germaniques et anglo-saxons et qui s'il se renouvelait, rendrait illusoire l'action de notre peuple dans tous les domaines, par sa disparition complète. Dans ces conditions, l'aide actuelle, accordée chez nous aux familles nombreuses, vise surtout à favoriser l'Efficacité prochaine de notre pays. Elle doit donc être poursuivie sans relâche et même accentuée, du fait des difficultés actuelles, occasionnées notamment par le travail féminin que complique sérieusement la présence au foyer familial de jeunes enfants, et qui doivent retenir l'attention de nos responsables politiques au niveau le plus élevé de l'Etat, car les lois dans ce domaine ont une importance capitale sur l'avenir du pays.
La Prévoyance reposait, tout récemment encore, presque exclusivement sur la charité, l'épargne ou l'entraide familiale ; depuis quelques décennies, elle fait appel surtout à l'assistance privée ou publique, et mieux encore à l'assurance.
Au sujet de ces divers modes possibles de financement, on peut observer :
- que la longue période d'inflation qu'ont connue le monde en général et notre pays, en particulier, n'est pas spécialement propice à l'épargne ;
- que la modification accélérée des conditions de vie due au développement de la Société Industrielle et à l'urbanisation croissante n'est pas en faveur de l'entraide familiale ;
- que l'épargne a constitué pendant de longs siècles le fondement essentiel de la prévoyance, mais que l'inflation à la suite des deux guerres planétaires a rendu aléatoire le domaine de la prévoyance car il exige une constance presqu'absolue du pouvoir d'achat de la monnaie pendant une longue période nécessaire (20 ou 30 ans) ;
- que l'assistance privée qui a revêtu longtemps une forme religieuse faisant appel à la charité, forme de solidarité vieille comme le monde et obligation morale fondée sur l'amour du prochain et l'aide que chacun doit porter à son semblable plus malheureux, est de moins en moins acceptée par ses bénéficiaires, n'étant pas en accord complet avec la Dignité de l'homme.
Plus tard, l'assistance est devenue laïque et collective, les ressources nécessaires provenant alors soit de dons, soit de subventions de l'Etat ou de collectivités locales ;
- quant à l'assurance, elle est une forme de solidarité de groupe qui s'appuie sur la loi des grands nombres pour la répartition des risques.
Cette forme se révèle supérieure à l'épargne surtout si l'on tient compte des conséquences de l'inflation monétaire, la tendance naturelle à l'épargne se trouvant fortement contrariée par l'anxiété des hommes devant l'érosion du pouvoir d'achat de leur monnaie. Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant aujourd'hui si c'est principalement à l'assurance que fait appel la société du siècle pour assurer le financement de la Prévoyance.
On doit alors observer que l'association intime entre l'assurance et l'épargne ne doit pas être négligée à un moment où l'érosion monétaire est justement supportable, car à partir de ce moment la confiance dans le pouvoir d'achat de la monnaie, renforce les possibilités de l'assurance et aide dans le même temps à la conservation du pouvoir d'échange de la monnaie.
Si ces diverses formes de solidarité humaine ont été mises sur pied après bien des siècles de lutte sociale et s'il ne sert à rien de formuler des regrets inutiles, superflus et inefficaces en raison de l'égoïsme de chacun, on peut observer toutefois que c'est l'avènement de la Société Industrielle qui a permis à la solidarité humaine de se manifester par des actes et non pas seulement par des discours.
L'effort intellectuel des pays occidentaux depuis plus d'un siècle a permis un accroissement considérable du volume des richesses distribuables si bien que l'idée même de Prévoyance a été profondément modifiée.
C'est ainsi que la sécurité contre les divers risques de la vie est de plus en plus considérée comme un droit de l'individu, au même titre que le boire ou le manger et le recours à la charité convient de moins en moins à une collectivité moderne pour remédier aux aléas de l'existence.
Aussi n'est-il pas étonnant, dans ces conditions, que dès l'achèvement de la Seconde Guerre mondiale, ait été adopté, dans la plupart des pays industriels, le principe d'une Sécurité Sociale obligatoire alimentée par des cotisations à la charge des employeurs et des salariés, c'est-à-dire, finalement, à la charge du citoyen consommateur, et dont le rôle est de remédier aux inévitables risques de la vie (1).
(1) C'est l'Allemagne notre voisine de l'Est qui a appliqué la première dès 1884 le principe moderne de l'assurance pour les salariés.
Mais aujourd'hui les citoyens de ces pays ne réclament plus seulement d'être soulagés de leurs souffrances, ils veulent maintenant les éviter, si bien que la notion de prévention tend à son tour à se substituer progressivement à celle, plus classique mais insuffisante, de lutte contre la maladie. Cependant la protection contre la maladie n'est pas gratuite et le financement des régimes de retraite et de Sécurité Sociale deviendra très difficile dans tous les pays, car chaque assuré veut profiter au maximum des possibilités de la Sécurité Sociale qu'il considère comme son bien propre, qu'il convient d'exploiter au maximum.
La situation financière des organismes correspondants deviendra donc de plus en plus tendue avec les contraintes actuelles du chômage et celles plus agréables de l'allongement de la vie humaine.
Ce sont ces évolutions qui conduisent à repenser la Prévoyance dans le cadre de conceptions réalistes, c'est-à-dire économiques, pour que ces mesures de solidarité humaine puissent se perpétuer, puisque leur financement ne peut reposer, et c'est l'évidence que sur des prélèvements effectués sur la production de richesses, c'est-à-dire par des cotisations fondées sur les ressources personnelles de chacun, qu'elles proviennent du travail ou du capital.
Si l'on veut donc augmenter la part affectée à la Prévoyance dans son sens large de protection, il faut d'abord faire croître le volume de la production; le meilleur moyen pour parvenir à ce résultat est alors de faire appel à la notion de Profit qui, en chaque chose, guide l'action de l'homme et la rend Efficace.
Si dans le même temps, les biens et les richesses créés sont équitablement répartis et si les charges que supporte, en conséquence, la production ne sont pas trop importantes pour que la vente des produits n'en souffre pas trop du fait de la concurrence, alors l'Equité pourra ne pas être une vue de l'esprit mais sera une réalité.
Ces obligations entraînent nécessairement :
- de ne pas alourdir exagérément les charges de Prévoyance qui grèvent la production, surtout dans l'économie d'abondance, puisque aujourd'hui pour pouvoir produire il faut déjà avoir vendu. Ces charges ne doivent donc pas remettre en cause nos capacités de production ou d'exportation. Aussi faut-il déjà qu'elles soient comparables à celles en usage dans d'autres pays développés d'Europe ;
- d'admettre que en raison de la nature globale de l'économie d'une Nation, la totalité des charges correspondant à la Prévoyance doit pouvoir être supportée facilement par les générations en activité .
Dans le cas de notre pays, il importe encore que le montant total des charges correspondant à la garantie des risques de l'existence ne soit pas trop important, étant donné l'effectif actuel relativement réduit des générations actives, et les dépenses considérables d'investissement qu'il convient d'effectuer en priorité pour rattraper encore un certain retard sur les autres nations industrielles.
La couverture des différents risques de la vie a, en plus, certains effets opposés les uns aux autres, c'est ainsi qu'elle entraîne, par exemple, une réduction importante de l'inclination naturelle de l'homme à l'épargne qui est, avec le Profit, le seul support sain, parce que non inflationniste de la croissance, en revanche elle est un des piliers de ce que l'on appelle la Civilisation de surconsommation puisque, n'ayant plus besoin d'épargner, les individus peuvent dépenser tous les fruits de leur travail.
Si la protection sociale et en particulier l'assurance-maladie permet, du point de vue de l'économie de conserver en bon état l'homme dispensateur du travail, on peut néanmoins observer que le sentiment humain de sécurité qui en résulte, entraîne presque obligatoirement chez le salarié un certain relâchement de l'ardeur et un affaiblissement de l'effort.
Il faut alors s'efforcer de rendre ces effets peu sensibles pour que le niveau et la qualité de la production n'en soient pas trop affectés.
Pour qu'il en soit ainsi, deux choses sont nécessaires :
- d'abord, faire participer le monde du travail à la gestion de l'Entreprise par l'intermédiaire de représentants qualifiés et surtout pénétrés de leurs devoirs vis-à-vis de la communauté tout entière et faire aussi prendre conscience au salarié de l'importance du problème de l'équilibre financier, pour que chacun cesse de penser : " cela ne fait rien, c'est l'Etat qui paye ", puisque l'Etat, dans ce domaine, c'est lui, en tant que citoyen contribuable, qui réglera la note.
Si donc le budget de l'assurance-maladie est trop important, en plus des charges qui se répercuteront inévitablement sur le prix des produits vendus aux consommateurs et qui équivaudront finalement à une réduction du pouvoir d'achat de la monnaie, le même Etat sera obligé d'imprimer des billets ou d'accroître le montant des impôts pour régler un déficit qui inévitablement ne pourra être épongé que par lui, Etat, ce qui ne manquera pas d'accroître les motifs d'inflation ;
- ensuite, faire appel en raison de la nature personnelle de l'individu, à un procédé de financement tel que son intérêt propre soit opposé aux effets de mesures de protection sociale, puisqu'elles tendent nécessairement au relâchement de l'effort de production.
C'est en effet chaque individu qui est le seul et le véritable régulateur de la consommation médicale dans son sens le plus large.
Une fois que l'on a admis que la Prévoyance sous ses diverses formes, est une nécessité pour l'homme, il faut prévoir en conséquence des moyens financiers suffisants permettant de couvrir ces dépenses, sinon la Prévoyance relèverait du voeu pieux.
C'est alors dans un esprit d'obligatoires nécessités économiques que vont être examinés successivement les différents points permettant de soustraire l'individu aux vicissitudes de la vie, tout en rendant financièrement supportables par la collectivité ces dépenses de Prévoyance collective et de solidarité humaine.
Il existe en effet des limites financières pour les générations actives, car la Prévoyance ne peut assurer, d'une seule fois et pour tous en même temps, une protection égale, même si ce désir peut être justifié par les conceptions de l'époque, car en fin de compte c'est l'ensemble de la population qui réglera la note si les dépenses dépassent les recettes de la Prévoyance.
On peut toutefois remarquer que le financement de la Prévoyance ne devra pas trop réduire les revenus du travail, qu'il soit assuré par un prélèvement sur la production ou par l'impôt, sinon les salariés qui sont des hommes, et par là des êtres sensibles à l'intérêt personnel, auraient tendance à moins travailler, surtout si les cotisations prélevées sur les salaires étaient trop lourdes.
C'est pour cette raison banale que les cadres des Entreprises privées ou publiques qui sont, en général, des salariés assez favorisés seront surtout soucieux d'éviter les gaspillages ou le manque de scrupules de certains, au lieu d'accroître fortement les prélèvements directs sur les salaires, puisque ces prélèvements les touchent immédiatement.
On peut alors remarquer que si la Société Moderne accepte et applique véritablement les principes cités au début de cet essai, où l'Equité est la conséquence directe de la participation effective et affective du travail au fonctionnement de l'Entreprise, celle-ci ne manquera pas d'aboutir à une répartition plus Equitable du Profit.
Ainsi, avec la formule suggérée de "Capitalisme à accession communautaire", la couverture des risques de la vie découlera alors logiquement du seul principe de l'assurance, puisque le salarié reçoit déjà sa part équitable du Profit, et non pas d'une quelconque formule démagogique de répartition des richesses ou de transfert social chère à certaines composantes politiques du corps social dont la démagogie électorale est l'objectif suprême.
Au sujet des risques divers de l'existence, on peut observer que ceux-ci peuvent se répartir en deux grands ensembles, d'abord les risques probables de la maladie et ensuite les certitudes de la vieillesse, quand, du fait de l'âge, l'être humain ne peut plus travailler.
Les risques probables de la maladie ne peuvent relever encore, et c'est seulement le bon sens, que du principe de l'assurance qui permet d'inclure la responsabilité personnelle du citoyen, alors que le financement des retraites et de l'aide à la famille vont découler d'un principe différent qui se rattachera à l'investissement, comme on le verra plus loin à propos de la conservation de la santé de l'homme, producteur de richesses.
Dans ce qui suit vont être examinés successivement, dans l'optique générale de cet essai, où la Dignité de l'être humain et l'Equité sont aussi les conséquences de l'Efficacité et de l'Urbanité des rapports humains, d'abord le problème de l'assurance du risque probable de maladie dont le bon fonctionnement conditionne une grande partie de la Prévoyance, puis le problème des retraites, puis ceux qui se rapportent aux accidents du travail, à l'aide aux familles nombreuses, aux handicapés et à la lutte contre le chômage. Seul le problème du logement qui fait partie de l'aide à la famille ne sera pas traité ici puisque des solutions ont déjà été suggérées dans le chapitre consacré au Logement et à l'Urbanisme Dans notre pays, la Prévoyance doit alors en particulier :
- favoriser le renouveau démographique de notre pays, non seulement pour que notre cher pays se perpétue mais aussi pour que ses enfants puissent plus tard participer effectivement et affectivement au troisième et au quatrième âges de leurs parents ;
- subvenir aux besoins des handicapés jeunes ou vieux car il s'agit de la solidarité humaine ;
- assurer des ressources suffisantes aux générations actives quand l'heure de l'inactivité professionnelle aura sonné pour elles ;
- participer aux dépenses maladie des générations actives et inactives suivant des méthodes faisant entrer la responsabilité personnelle de chacun, car c'est la seule façon de remédier à l'anonymat générateur de gaspillage et de gabegie propres aux organisations qui dépassent la taille humaine. Le recours à la fiscalisation, qui dissout la responsabilité personnelle des individus dans la masse anonyme des citoyens contribuables, ne peut être également de ce point de vue qu'une mauvaise solution.
Il revient à un choix de société. En effet, on peut considérer l'homme de deux façons différentes :
- soit comme un être responsable capable de penser seul et de définir lui-même ses besoins de protection sociale,
- soit comme un être incapable de le faire en remettant cette responsabilité à la collectivité.
La première forme convient mieux aux citoyens doués, la seconde aux hommes moins bien armés pour la vie.
La première paraît cependant être mieux adaptée au mode de vie de l'Européen, dont l'initiative lui a permis d'accéder dans un temps relativement court à une large généralisation des facilités de l'existence apportées par la Société Industrielle.
Le choix de ce principe d'assurance suppose de définir pour chacun le niveau du risque à couvrir, ce qui permettra de limiter ces dépenses à une valeur acceptable (1).
(1) L'assurance-maladie devrait se rapprocher de l'assurance-automobile aux tiers qui tient compte de la responsabilité personnelle des conducteurs et non pas de l'assurance tous risques où le conducteur se moque de sa responsabilité personnelle.
La couverture financière du risque maladie dans les conditions de l'Equité définies ici devra donc relever du seul principe de l'assurance qui permet d'intégrer dans le fonctionnement des organismes de prévoyance la responsabilité directe du citoyen, ce qui implique aussi que chacun soit économe et refuse de gaspiller par exemple les médicaments ou de recourir trop souvent aux visites de médecin.
Chacun recevant avec la formule économique générale suggérée ici sa juste part, il paraît alors logique que chacun participe aux dépenses, en fonction du risque qu'il aura accepté de garantir.
Ce système correspond, en résumé, à l'association d'une assurance obligatoire qui dilue la responsabilité individuelle et d'une assurance volontaire qui permet à chaque citoyen de manifester qu'il est encore un individu doué d'intelligence et capable de prendre lui-même ses responsabilités, car le but de l'assurance-maladie est de garantir le citoyen et sa famille contre les effets de la maladie et de les soigner.
Dans tous les pays industrialisés, on constate que les dépenses de santé croissent très rapidement, plus rapidement même que ne le fait le produit national de ces pays.
Mais heureusement le principe d'assurance permet de maintenir, à un certain niveau, la responsabilité personnelle du salarié. En effet avec cette formule, le nécessaire équilibre des dépenses et des recettes doit être impérativement assuré et cette obligation implique, en raison de la nature égoïste des hommes, que chaque individu ait le sentiment profond de sa participation personnelle au financement nécessaire, pour éviter de dissoudre la responsabilité personnelle dans la démesure et l'anonymat propres aux organisations collectives.
La primauté donnée au financier rejoint la morale et l'Equité puisque celles-ci ne peuvent qu'exclure le gaspillage qui est une des caractéristiques de cet anonymat .
Dans ce pays, sans nier les résultats déjà obtenus, on ne peut que constater, pour rester dans le cadre de conceptions réalistes donc économiques, que devant l'accroissement actuel des charges de l'assurance-maladie, cette mesure de solidarité humaine risque d'être remise en cause pour des questions de simple financement. En effet, si le budget de l'assurance-maladie était par trop déséquilibré, c'est forcément l'Etat qui devrait couvrir la différence, c'est-à-dire le citoyen contribuable, malade ou bien portant, comme il le fait d'ailleurs dans certains cas pour remédier à certaines difficultés économiques, par exemple pour les chemins de fer ou l'agriculture avec la politique des subventions (2) .
(2) ce qui n'est pas d'ailleurs particulièrement favorable à la lutte contre l'inflation.
Ce sont ces dernières conceptions qui conduisent à un transfert social au bénéfice de l'assuré, riche ou pauvre.
Si ce transfert social est normal pour l'instruction publique ou la défense nationale, s'il est compréhensible avec la mutation actuelle de l'agriculture ou des transports, dans le cas de l'assurance-maladie, il ne l'est pas, puisque chacun doit recevoir, avec la structure nouvelle de l'Entreprise suggérée ici, sa juste part du revenu national.
Dans l'esprit des conceptions décrites ici, la prévoyance du risque maladie est seulement une conséquence de l'interdépendance des hommes au moyen de l'assurance et non pas un motif de transfert social ou de redistribution des richesses, comme certains penseurs démagogiques propres à une partie non négligeable de notre population semblent le souhaiter.
Le financement de l'assurance-maladie ne peut s'appuyer, donc s'effectuer, qu'au moyen d'un prélèvement sur différentes ressources des individus et en particulier sur les salaires et les revenus du capital .
Il pourrait tout aussi bien, dans une société parfaite, reposer sur l'impôt.
Mais, comme celle-ci n'a pas atteint un niveau de perfection suffisant et ne peut l'atteindre, il est nécessaire que l'individu, sauf pour certaines dépenses de solidarité nationale (1) soit à la base du financement directement, et non par l'intermédiaire de l'impôt qui dissout inévitablement la responsabilité personnelle, d'autant plus que l'indemnité compensatrice de salaire en cas de maladie doit être normalement fonction de son montant.
(1) C'est par exemple le rôle de l'impôt de remédier à l'insuffisance des recettes due au déclin de certaines activités qui étaient, il y a quelques décennies, les piliers sur lesquels reposait l'activité du monde moderne. (mines de fer ou de charbon, chemin de fer classique.....etc )
Le financement par prélèvement direct sur les salaires présente cependant certains inconvénients d'ordre économique, puisque les industries qui utilisent une main-d'oeuvre importante sont pénalisées par rapport à celles qui en emploient moins, pour une production égale en valeur.
Le seul remède réside dans l'application d'une certaine péréquation entre les divers types d'activités au moyen peut-être de subventions différenciées et directes, afin de permettre aux pouvoirs publics d'en connaître le montant global, par secteur.
Il est nécessaire aussi que chacune des diverses catégories de travailleurs participe équitablement aux recettes, c'est-à-dire en proportion des ressources véritables de chacune des diverses catégories socio-professionnelles et que les produits de la fortune de chacun participent eux aussi à ce financement mais seulement dans une proportion très raisonnable en raison des autres charges déjà imposées au capital.
Si la société actuelle veut donc être effectivement Equitable dans ce domaine, elle sera conduite à établir un cadastre des fortunes pour chaque citoyen, pour que l'administration chargée du contrôle puisse vérifier éventuellement les participations de chacun aux recettes des diverses formes de prévoyance, comme il sera suggéré plus loin dans le chapitre consacré aux problèmes fiscaux.
Le financement des dépenses d'assurance-maladie pose aussi le problème de la Participation des salaires plus élevés, sans doute la notion du plafond va de soi avec le principe de l'assurance, cependant si le salaire est plus élevé les dépenses de l'assurance-maladie de ce type d'assurés sont en général assez importantes, puisqu'ils sont le plus souvent mieux informés des possibilités des soins modernes.
Si c'est alors l'Equité qui pourrait justifier, en raison de la solidarité humaine de demander à ces salariés une participation plus importante, celle-ci cependant devra rester très faible pour ne pas remettre en cause la créativité de ces citoyens, en général supérieure à la moyenne, car l'activité économique des autres salariés est aussi fonction de cette créativité.
On peut encore observer que dans l'état présent de l'équipement sanitaire de notre pays, il faut s'efforcer de restreindre les charges de l'assurance-maladie qui sont des dépenses de consommation (indemnités de salaires, frais médicaux et pharmaceutiques etc) pour les reporter plutôt sur des investissements hospitaliers encore nécessaires (2).
(2) Par exemple pour s'occuper de l'accueil des personnes très âgées.
En effet, en raison de la nature globale de l'économie moderne, tout ce qui est consacré à la consommation est immanquablement prélevé sur l'investissement, de quelque nature soit-il. Ainsi convient-il de choisir, par exemple, entre l'équipement sanitaire ou certains équipements collectifs qui ne peuvent être financés que par l'Etat et la couverture complète des dépenses maladies.
La bonne organisation dans ce domaine est aussi indispensable ; si par exemple nos hôpitaux sont souvent surchargés de personnes âgées qui rendent leur fonctionnement difficile et coûteux, c'est parce que nos générations et celles qui les ont précédées n'ont pas su développer les soins à domicile ou mettre sur pied, en temps utile, les petites maisons de retraite et de soins nécessaires à leur accueil.
Il convient donc déjà de remédier à cette carence le plus rapidement possible.
De toute façon, s'il est indispensable de pallier l'état présent et s'il ne sert à rien de se rejeter mutuellement les uns sur les autres des responsabilités dans ce sous-équipement, il vaut mieux voir le problème en face, en essayant de remédier pour l'avenir, dans l'Urbanité, à cette situation anormale et déplorable.
De ce qui précède et en raison en particulier du caractère global de l'économie, il résulte que les dépenses d'équipement sanitaire doivent probablement déjà relever du budget d'équipement de la Nation au même titre que les autres investissements collectifs financés par l'impôt ou l'épargne.
Mais si ce n'est pas à l'assurance-maladie de supporter des charges d'équipement, elle ne doit surtout pas fermer les yeux sur un gaspillage qui alourdirait les prix de revient et réduirait la compétitivité de nos produits dans une situation nationale et internationale de concurrence de plus en plus âpre et bénéfique pour le citoyen consommateur.
Certains domaines particuliers devront faire cependant l'objet de mesures contraignantes car ils sont à l'origine de dépenses collectives anormalement élevées.
C'est par exemple les conséquences de l'alcoolisme et du tabagisme, ou celles qui découlent soit d'une prévention insuffisante de maladies dont le dépistage est simple, soit aussi de l'accueil mal organisé de travailleurs étrangers.
Les pouvoirs publics doivent faire connaître à tous, le montant exorbitant des dépenses occasionnées par ces fléaux, qui entraîneraient au moins cent mille décès par an.
En 1945, par suite de l'absence complète de boissons alcoolisées et de vin en particulier (1), notre pays était pratiquement guéri de cette intoxication mais, depuis, ce mal ne fait qu'empirer. Le montant des dépenses collectives occasionnées par cette déviation funeste et ses conséquences (hospitalisation, accidents de voiture ou de travail, manque à gagner en résultant etc ...) est très élevé , d'après certains il serait voisin annuellement de dix milliards de francs.
(1) C'est la surconsommation de vin qui est probablement à l'origine de la surmortalité de l'homme par rapport à celle de la femme ; ainsi cette surmortalité n'a baissé en France qu'à deux époques, au moment de la destruction du vignoble par le phylloxéra à la fin du dix-neuvième siècle et pendant la Seconde Guerre mondiale, par suite des réquisitions militaires effectuées par nos voisins Allemands après notre défaite. On peut noter avec satisfaction que maintenant la consommation du vin ordinaire a fortement diminué depuis quelques années
Avec de telles sommes, on pourrait construire un nombre appréciable d'hôpitaux, d'écoles, de kilomètres d'autoroutes ou d'autres investissements collectifs utiles, ne pouvant être financés que par l'Etat.
Il serait donc particulièrement intéressant que les pouvoirs publics informent largement la population des graves conséquences des exagérations de ce genre, puisque sans alcoolisme ou sans tabagisme, l'assurance-maladie ne serait probablement pas en déficit.
L'information du public sur les conséquences de ces fléaux devra être particulièrement convaincante car la liberté individuelle de chacun risque d'être rapidement concernée, mais que faire d'autre pour éviter ces dangers évidents ?
Quelles que soient alors les réactions des citoyens de ce pays et plus encore celles des groupes de pression intéressés par le Profit qu'ils tirent de la commercialisation des boissons alcoolisées (2) ou du tabac, il faut reprendre la lutte contre ces fléaux.
(2) Il y avait en 1980, en France 230 000 débits de boisson (1 pour 220 habitants) auxquels il faut ajouter environ 20 000 restaurants, 130 000 magasins, 120 000 buvettes et 20 000 marchands de boisson en gros. Comme la diffusion des boissons alcoolisées ou du tabac est facile, leurs effets collectifs sont probablement beaucoup plus sensibles, vu le nombre important de personnes intéressées, que l'usage de certaines drogues limité à un nombre restreint d'individus et il convient d'y remédier d'urgence.
Mais les mesures nécessaires n'ont rien à voir avec ce que nos responsables politiques ou économiques essaient d'ordinaire pour accorder les deux inconciliables que sont, d'une part, la santé de la population et, d'autre part, l'intérêt des producteurs d'alcool ou de tabac, des transformateurs, des distributeurs d'alcool ou des bouilleurs de crus dont le privilège, il est vrai ne se transmet plus par héritage, depuis quelques années déjà.
C'est probablement parce que nous vivons, nous autres Français, dans le pays du vin que le problème de l'alcoolisme est difficile à régler, et pourtant il faudrait bien s'en occuper avant qu'il ne soit trop tard et c'est encore un nouveau devoir collectif à remplir pour la survie de ce cher pays. Il existe d'ailleurs une gamme bien connue de mesures contre l'alcoolisme, par exemple l'augmentation des taxes sur l'alcool, mais il y en a d'autres comme l'interdiction de la publicité sur les alcools ou celle de la vente avant dix heures du matin, puisqu'il n'y a pas pire effet que la consommation à jeun.
L'interdiction de la vente en fin de semaine aurait aussi probablement une influence heureuse, avec la limitation de vitesse, sur les accidents de voiture, mais là il est à craindre que cela ne soit qu'un voeu pieux si la législation répressive n'était pas aggravée. A ce sujet par exemple, la fonction de l'alcootest devrait être renforcée et les contrôles devraient être étendus ! même sans accident, à des parcours classiques car la teneur en alcool influe rapidement sur la sécurité de la conduite, et la peur d'un contrôle inopiné donnerait certainement à réfléchir aux conducteurs.
Mais le plus important serait que nos représentants politiques se refusent à suggérer par démagogie et intérêt électoral, des mesures contraires à cette lutte, puisqu'étant instruits en général, ils devraient en connaître les effets nocifs sur notre population.
Ne serait-ce pas la meilleure preuve de civisme qu'ils pourraient donner à leur conscience professionnelle de représentants soucieux de l'avenir et conscients du coût économique de l'accident de voiture ?
Pour certaines maladies dont le dépistage est simple, on peut se demander pourquoi la vaccination préventive n'est pas encore complètement organisée, ce qui tendrait à montrer encore le manque d'organisation de nos élites ou l'indiscipline congénitale de nos compatriotes. Tous les vaccins doivent être pris en charge par l'assurance-maladie et non pas seulement certains, car le moindre arrêt de travail d'une journée coûte davantage à l'assurance-maladie qu'un simple vaccin et il convient que la législation actuelle soit revue dans ce domaine. C'est ainsi, par exemple, que la gratuité du vaccin grippal devrait être étendue à tous les salariés et non pas seulement réservée aux personnes âgées ; huit jours d'arrêt de travail sont plus onéreux que le vaccin.
Pour les graves maladies comme la poliomyélite ou la tuberculose, les pouvoirs publics doivent faciliter comme ils le font déjà, les vaccinations correspondantes, car les frais entraînés par les patients concernés sont très importants, d'autant plus que ces maladies conduisent à de longues interruptions de travail à la charge des organismes de prévoyance.
Pour les maladies aux conséquences à la fois sociale et infectieuse comme le sida dont les répercussions sont très graves pour la jeunesse, espoir de notre pays et des autres, et pour les relations affectives entre les humains tant au point de vue amical que du point de vue sexuel, le problème est difficile et délicat et pose de nombreuses questions. Certains pensent également qu'il s'agit d'un phénomène ancien qui n'avait pu être mis en évidence, car les signes de la maladie n'étaient pas connus et le nombre des malades restreint. De toute façon, il convient de poursuivre sans relâche les recherches nécessaires dans ce domaine crucial qui touche si profondément les relations humaines en tout genre.
Quant à la prévention généralisée de certaines maladies, elle est encore malheureusement une vue de l'esprit, elle entraînerait en effet la mise entière de la population sur ordinateur, ce qui amènerait des dépenses colossales sans assurer, d'ailleurs, la fiabilité d'un diagnostic étendu à des millions d'individus, avec les risques d'une fausse sécurité, à laquelle conduirait cette prévention.
On peut aussi constater, au-delà du choc des cultures et de la qualité des travaux qui leur sont confiés, que nés en général sous des cieux plus cléments et venant travailler dans des contrées européennes soumises au froid et aux brumes de l'hiver, il n'est pas étonnant de les voir peupler nos hôpitaux puisque nous ne savons ni ne pouvons les loger correctement s'ils sont en bonne santé, ni les refouler à leur arrivée s'ils sont malades. Cette dernière solution malgré son apparente brutalité n'est cependant pas le contraire de l'Urbanité mais simplement le bon sens puisque ces immigrants, sous des climats plus doux, n'auraient probablement pas besoin d'être hospitalisés, ce qui permettrait, dans le même temps, d'accroître les places disponibles pour les malades.
La seule et vraie réponse à ce problème est plutôt d'aider leurs pays respectifs à créer chez eux des moyens de travail suffisants, afin d'éviter des départs qui coupent ces hommes de leur milieu, de leurs habitudes et de leurs traditions religieuses sans même parler d'autres risques faciles à imaginer pour les pays d'accueil en raison du nombre de ces immigrés et de leur refus actuel de s'intégrer du fait de la résurgence du nationalisme arabe et de l'Islamisme. De cette façon pourront être limitées les conséquences désastreuses pour certaines banlieues de l'Europe, dont les populations existantes en supporteront malheureusement les effets, pendant de nombreuses années, jusqu'à ce qu'un développement économique suffisant, puisse dans ces contrées, donner du travail et des moyens d'existence à tous ces travailleurs.
Dans le même esprit il conviendra aussi que les dettes contractées par les pays étrangers vis-à-vis de nos établissements hospitaliers (Assistance Publique à Paris, Hospices de Lyon etc ...) représentant des prestations médicales effectuées dans ces hôpitaux pour leurs ressortissants non affiliés à la Sécurité Sociale française et qui représentent de fortes sommes, soient remboursées par ces pays, car elles représentent une cause importante de déficit dans notre système de Sécurité Sociale dont le rôle n'est pas, malgré tout, de secourir gratuitement tout l'univers au détriment de nos concitoyens défavorisés.
Pour le financement des retraites, on peut observer que les personnes actives financent à la fois la génération montante, c'est-à-dire le potentiel humain en formation et l'entretien des personnes du 3ème et du 4ème âges, c'est-à-dire la génération qui a investi quand elle était jeune.
Quand ces actifs seront à leur tour retraités, ils seront entretenus par ceux auxquels ils donnent actuellement les moyens de devenir des producteurs, ce qui correspond tout simplement à un investissement rentable.
C'est ce qui amène à penser que les retraites doivent être fondées sur les contributions de chacun. C'est l'investissement humain que chaque personne supporte dans la période active de sa vie professionnelle et qui doit être séparé en conséquence de l'assurance-maladie dont la couverture ne correspond pas complètement à un investissement mais plutôt à des dépenses de consommation. Ces retraites sont donc la conséquence du principe d'Urbanité et on peut encore remarquer, en plus, qu'elles permettent de remédier partiellement à la diminution du pouvoir d'achat de la monnaie qui ampute l'épargne et favorise l'imprévoyance.
On peut noter dés l'abord, que, de toute façon, les sommes considérables nécessaires ne peuvent être fournies que par ceux qui travaillent et produisent.
Pour le financement des retraites, on peut utiliser soit le principe de répartition, soit celui de capitalisation, soit même ce qui paraît encore préférable une combinaison des deux comme on va le voir maintenant.
Un régime de retraite fondé sur le premier principe ne permet pas à l'individu de rester propriétaire de ses apports, puisqu'ils servent à régler les retraites des autres ayants droit. Quand au second principe fondé sur la capitalisation, s'il permet à l'individu de rester propriétaire d'une partie de ses apports au moment de son départ à la retraite, il nécessite, en revanche, à la fois une stabilité presque parfaite de la monnaie et une rentabilité assurée des placements effectués par les organismes collecteurs des cotisations. Comme la capitalisation est liée au système monétaire, il faut que la monnaie conserve une valeur aussi constante que possible et l'on peut constater, avec regret, que celle-ci n'est que rarement préservée sur la longue période nécessaire qui est voisine de trente ans.
Il paraît alors particulièrement intéressant d'adopter pour le salarié l'association de ces deux principes pour le financement de son régime de retraite car, en même temps, ce système encourage l'épargne, c'est à dire l'investissement futur.
Ce dernier système devrait donc être particulièrement encouragé par les pouvoirs publics car il permet à la fois de garantir le salarié, par la répartition, contre la variation du pouvoir d'achat de la monnaie et qu'en plus il lui permet aussi de se constituer, s'il le désire, un capital disponible au moment de son départ à la retraite, ce qui encourage par ailleurs le sens de l'épargne avec tous les bienfaits de l'investissement qu'il permet.
Dans ces deux systèmes, une part des cotisations est à la charge des employeurs, l'autre est du ressort des salariés. Il faut alors que le taux à la charge de l'employeur soit raisonnable pour ne pas alourdir exagérément les prix de revient, qui réduiraient la compétitivité des Entreprises sur le marché national et international.
Il faut ensuite que le nombre de cotisants soit le plus élevé possible pour que la charge revenant à chaque individu soit, elle, la plus faible possible.
La participation des salariés sous forme d'une cotisation proportionnelle à leur rétribution est justifiée par l'indispensable rapport qui doit relier l'effort personnel pendant la période de vie active au salaire d'inactivité ou retraite.
Comme le nombre des retraités est fonction essentiellement de l'âge de l'inactivité professionnelle, il sera très facilement déterminé par la simple comparaison mathématique des effectifs des classes actives et inactives de la population.
Cette simple observation doit aussi persuader nos compatriotes de la nécessité de l'expansion démographique dans ce pays déjà sous-peuplé puisque, sans enfants aujourd'hui, il n'y aurait pas de retraites décentes demain .
C'est donc dans l'accroissement de la population de notre pays que réside la meilleure forme de Prévoyance.
La prolongation générale de la vie humaine et la faiblesse numérique actuelle des générations actives dans notre pays amènent aussi à penser qu'il est souhaitable, pour réduire la charge financière reposant sur celles-ci, que l'âge de la retraite ne soit pas dès maintenant par trop avancé quand les forces physiques et intellectuelles des individus le permettent, sans pour autant porter préjudice à la nécessaire évolution professionnelle des jeunes générations.
Ce souhait est d'autant plus important à réaliser que, très souvent, le retraité a du mal à retrouver son équilibre moral, fait qui entraîne un cortège de maladies dont le coût social doit être très élevé.
Pour que le système par répartition fonctionne correctement, il faut aussi que le taux des cotisations soit suffisant (1).
(1) c'est le montant des cotisations versées qui fixe le montant de la retraite
En situation d'expansion économique et démographique, ce taux peut être assez faible ; dans le cas contraire, il devra être majoré sans retard. Il peut d'ailleurs être déterminé mathématiquement par les courbes de mortalité humaine et on peut alors se demander s'il ne serait pas utile, dès maintenant, de relever les taux actuellement en vigueur afin de dégager des ressources supplémentaires. Ces dernières ressources, cette fois, seraient utilisées, par capitalisation, à des investissements particulièrement utiles et rentables comme ceux qui concernent, par exemple, la production d'électricité ou qui devraient l'être comme le logement ou les autoroutes et même, comme cela se fait aux Etats-Unis ou en Allemagne, à des participations de caisses de retraite, à l'achat d'actions d'Entreprises industrielles et commerciales.Cette dernière éventualité, qui pourrait d'ailleurs facilement s'adapter à la nouvelle structure de l'Entreprise caractérisée par la formule "Capitalisme à accession communautaire" précisée ci-après, donnerait aux caisses de retraite des intérêts considérables d'investisseurs et par là une nouvelle légitimité de la participation du travail au Profit de l'Entreprise.
Ces prêts procureraient aux caisses des ressources importantes qui permettraient par exemple de pallier partiellement les insuffisances de recettes résultant d'une récession économique ou de l'arrêt de l'expansion démographique qui réduirait le montant des cotisations versées par les générations actives.
Accessoirement, ces revenus industriels favoriseraient la lutte contre l'inflation puisqu'ils font appel à de la monnaie existante, gagée par une production.
Certes, le but essentiel d'un régime de retraite est d'assurer déjà le financement correct du salaire d'inactivité mais s'il peut, dans le même temps, faciliter la croissance de l'économie par une participation plus importante à des investissements rentables et indispensables, on ne voit pas quel argument moral ou économique pourrait s'opposer à ce dernier rôle bénéfique, à la fois pour ces organismes et pour la collectivité.
La combinaison d'un système de répartition et de capitalisation permettant des investissements rentables est une formule à développer, car les revenus tirés par capitalisation pourront réduire la charge globale nécessaire au financement de n'importe quel régime de retraite.
Comme le montant des cotisations versées par l'employeur et le salarié se retrouvent obligatoirement dans le prix de vente des produits, on peut alors observer qu'en raison de la nature globale de l'économie c'est encore le consommateur, comme pour tout service collectif, qui en supportera les frais.
Comme le montant des retraites atteint maintenant son plein régime, le total des versements correspondants va devenir encore beaucoup plus important puisque dans la décennie qui vient la proportion de personnes âgées, de plus de soixante ans, va passer chez nous de 18,1% en 1985 à environ 20,4% en 2000 et comme les pensions de retraite constituent presque leur seul moyen d'existence, en raison de la dévalorisation de la monnaie en termes réels dans la décennie précédente, leur règlement est alors une obligation morale pour les générations actives.
Le financement nécessaire doit donc être assuré, coûte que coûte, malgré un nombre de cotisants qui ne va pas croître aussi rapidement.
Cette remarque montre déjà le danger d'une réduction généralisée démagogique et précipitée de la durée du travail effectif ou de l'avancement de l'âge de la retraite malgré leur attrait électoral, et c'est ce qui condamne, dés maintenant, les mesures qui ont été mises en pratique récemment dans notre pays et qui font mal juger l'action d'un pouvoir politique gaspilleur et inconscient de ses devoirs d'Etat.
Ces deux derniers points doivent recevoir l'attention réfléchie à la fois des pouvoirs publics et des Syndicalismes patronaux et salariaux en tant que participants éclairés du pouvoir économique, et il n'y a aucune raison qu'ils ne le fassent pas sérieusement s'ils ont reçu une formation économique suffisante et s'ils participent à l'action de la Société Industrielle comme il est suggéré dans cet essai.
La protection contre les risques d'accidents du travail relève avant tout de l'Entreprise qui doit d'abord chercher à les prévenir et à remédier à leurs effets. Un point important à évoquer se rapporte encore malheureusement à l'usage de l'alcool qui provoque souvent des accidents de travail et plus sûrement encore des accidents de trajet.
L'assurance correspondante doit être séparée du risque maladie et recourir à des organismes particuliers alimentés sur le plan financier par le seul employeur. Quant à sa gestion proprement dite, elle doit être tripartite : Employeurs - Salariés - Pouvoirs publics.
Les allocations familiales visent à une répartition plus équitable du revenu national en apportant une légitime compensation des charges permettant à l'enfant de devenir un adulte producteur, c'est ce que l'on pourrait appeler la conservation de l'espèce.
Dans le cas particulier de notre pays, elles sont absolument indispensables, si celui-ci veut effectivement remédier à son sous-peuplement actuel.
Leur rôle est donc très important puisqu'il doit s'étendre non seulement au soutien direct aux familles mais aussi à l'aide indirecte (crèches, jardins d'enfants, écoles maternelles, foyers de jeunes, colonies de vacances, enfance inadaptée, etc).
Leur attribution est actuellement égalitaire en caractérisant ainsi l'attrait que représente chez nous la conception démagogique de l'égalité, alors que cette attribution devrait être seulement Equitable.
Pour permettre cette transformation indispensable, il suffirait d'inclure leur montant dans les revenus soumis à l'impôt direct, étant entendu, dans le même temps, que l'aide familiale indispensable quand père et mère travaillent serait, elle, déduite des ressources imposables.
Le financement des allocations familiales peut être assuré de deux façons différentes, soit par des cotisations sur les salaires à la charge des employeurs, soit par une fiscalité particulière fondée sur le produit national.
Un prélèvement sur le produit national semble d'ailleurs bien adapté puisque celui-ci est déjà utilisé comme base de l'établissement des impôts indirects et on peut se demander si cette méthode ne serait pas préférable à celle qui est actuellement en vigueur et qui est fondée sur les salaires, car elle est une charge directe sur l'Entreprise qui ne favorise pas sa compétitivité.
Finalement et globalement, c'est d'ailleurs, encore et toujours, le citoyen consommateur qui en supporte la charge.
On peut remarquer que les allocations familiales devant être affectées aux enfants, c'est-à-dire versées à leurs tuteurs légaux et non aux salariés en tant que tels, la gestion des organismes correspondants doit donc être séparée de celle des autres risques. Elle devrait s'effectuer dans un domaine géographique restreint, comme les grandes régions définies dans la troisième partie de cet essai, pour rester à la portée de l'homme.
Les organismes nécessaires doivent être le reflet des diverses activités économiques (employeurs, salariés), des associations familiales et comporter aussi des représentants de la puissance publique chargés plus spécialement du contrôle et de la répartition des allocations aux bénéficiaires.
En relevant directement de la Solidarité Humaine, elle demande à être financée par le budget de l'Etat et gérée par les pouvoirs publics qui pourront examiner, plus sereinement, en liaison avec les organisations caritatives, les possibilités qui pourront leur être réservées.
Comme les allocations familiales, l'assurance contre le chômage vise à une répartition plus équitable du revenu national et s'il est inutile de s'étendre sur le non-sens moral et économique du chômage et sur ses conséquences matérielles pour les salariés et leur famille dans une société civilisée, il est indispensable de réfléchir aux moyens permettant de couvrir et surtout de remédier à ce genre de risque.
Dans le cas particulier de notre pays, jusqu'alors assez bien équilibré dans ses ressources et dans ses activités, le chômage n'avait pas constitué jusqu'aux années 80, un problème fondamental mais il l'est aujourd'hui, car il est une cause essentielle du déficit budgétaire.
En effet, en raison du développement rapide de nos industries légères et de leur modernisation accélérée (dans l'industrie automobile par exemple où les robots remplacent la main d'oeuvre), de la concurrence étrangère et de l'évolution rapide des techniques dans certaines branches, le risque de chômage n'est plus négligeable et les menaces de sous-emploi sont sensibles dans des secteurs particuliers, soit par une demande insuffisante de la clientèle, soit par l'inadaptation des connaissances professionnelles des exécutants (chômage dit technologique) .
Ce risque est encore aggravé, par l'arrivée sur le marché du travail de générations plus nombreuses, par le développement du travail féminin, par le départ vers la ville des agriculteurs chassés par la modernisation des cultures et par la présence des populations immigrées venues dans notre pays participer à la reconstruction maintenant achevée des dégâts de la Seconde Guerre mondiale.
Ces populations qui sont restées sur place avec des enfants, maintenant des adultes et en âge de travailler, posent alors le nouveau problème des banlieues défavorisées et des désordres ou même des violences destructrices devant lesquelles nos compatriotes sont désorientés devant les problèmes complexes de l'immigration nord-africaine et africaine qui déstabilisent leurs réactions et sont à la source d'un comportement raciste qui était encore inconnu dans notre pays il y a quelques décennies.
Il faut donc que les pouvoirs publics mettent sur pied des moyens permettant de pallier les conséquences morales et matérielles du chômage, pour cette jeunesse, mal intégrée, mais il faut bien reconnaître que les solutions à retenir ne seront pas faciles d'abord à définir, puis à mettre au point et surtout à appliquer.
Elles nécessiteront surtout un développement de petites entreprises seules capables de remédier à des situations de ce genre, grâce à leur souplesse et à leur diffusion dans le corps social. On peut remarquer malheureusement qu'il a fallu aussi très longtemps au pouvoir politique de notre pays pour s'apercevoir enfin de ces évidences dans la lutte contre le chômage puisque c'est chez nous que le taux de chômage est le plus élevé et sa durée la plus longue, comparativement à notre voisine l'Allemagne.
L'assurance contre les risques de chômage doit faire appel à un mode de financement prenant appui sur l'ensemble du produit national.
Comme les pouvoirs publics sont à l'origine des mesures pouvant être prises pour remédier au chômage, la gestion des organismes correspondants doit être confiée à des organisations étatiques, alimentées par le budget de l'Etat, c'est-à-dire par l'impôt, étant entendu que les différentes organisations économiques de la société (Syndicats d'employeurs et de salariés, assemblées économiques, etc ...) auront été préalablement consultées.
Pour rester toujours dans le cadre de la philosophie pratique sur laquelle repose cet essai, on dira d'abord que de nos jours la médecine plus ou moins gratuite (sauf pour les indigents) est une erreur pour plusieurs raisons; elle amène d'abord une surcharge des cabinets médicaux chargés de ce travail, des diagnostics trop rapides, insuffisamment justifiés par manque de temps et qui amènent en conséquence les médecins à demander aux laboratoires d'analyses médicales des examens trop nombreux, qu'ils pourraient éviter si les diagnostics étaient faits plus lentement donc plus sérieusement.
Il résulte de ces quelques observations que la médecine entièrement gratuite, comme c'est le cas d'ailleurs pour toutes les prestations nécessaires à la vie quotidienne, est une erreur économique car elle est alors le symbole de la médiocrité (les exemples du logement dans notre pays en sont un exemple particulièrement parlant puisque c'est dans notre pays que la crise du logement a été la plus sévère et la plus longue).
Elle doit donc toujours rester une charge financière, même très faible au malade, comme il va être suggéré ci-dessous, charge qui lui fera comprendre l'importance et le sens de l'économie.
La surcharge des cabinets médicaux où le traitement rapide des malades se rapproche du travail à la chaîne, rend insuffisant voire inutile, voire même dangereux un diagnostic fait de cette façon.
Ce souhait entraîne la création d'un mécanisme régulateur pour une consommation médicale dont l'origine de la décision revient à un médecin, souvent peu sensible au facteur prix, et une réflexion dans les domaines des produits pharmaceutiques et de l'organisation de la médecine moderne, points qui ont une influence notable dans la dépense totale de l'assurance-maladie. On peut d'ailleurs signaler à ce sujet que les organismes qui gèrent la prévoyance ont mis au point des fiches de transparence sur lesquelles sont représentées les médicaments appartenant à une même classe pharmacologique avec leur coût par journée de traitement.
Le mécanisme à créer pour réduire la consommation médicale ne pouvant agir que sur le malade ou sur le médecin, il faut alors faire intervenir à la fois la responsabilité financière et personnelle du malade et un contrôle de l'organisme payeur étant entendu, comme on l'a déjà dit ci-dessus que le malade doit être l'élément fondamental de la régulation des dépenses de l'assurance-maladie.
Avec les conceptions développées ici, il convient vis-à-vis du malade de faire un choix entre l'universalité de prestations incontrôlables et démagogiques dans le cas de l'assurance de certains petits risques et l'obligation de faire le maximum pour les assurés atteints par exemple de graves maladies ou d'accidents du travail, ce qui est d'ailleurs la règle dans notre pays (maladies de longue durée).
On pourrait également prévoir des taux d'assurance différents suivant la nature des risques couverts mais il est probable que cette solution ne serait pas acceptée par nos compatriotes car elle serait contraire à l'égalité devant les risques.
De toute façon, il sera nécessaire de laisser toujours à la charge des individus, pour les inciter à l'économie, une partie des dépenses de santé, à l'exception des cas graves dont il vient d'être question, tout en prévoyant des mesures d'assouplissement pour les familles nombreuses et les économiquement faibles.
Pour appliquer ces mesures dont le seul but est de remédier à certains excès et permettre au mécanisme régulateur de jouer pleinement son rôle en personnalisant la dépense maladie, il faut créer, pour chaque assuré, un dossier qui serait seulement à la disposition de l'organisme chargé de la gestion afin que cette administration puisse suivre à la fois, les consommations médicales individuelles et les arrêts de travail, arrêts qui devront être surveillés par des médecins contrôleurs assermentés.
Quand ce dossier personnel sera établi, on pourrait même suggérer, pour renforcer encore le rôle régulateur joué par la personnalisation de la dépense médicale, de comptabiliser également les versements d'assurance-maladie effectués par l'assuré et lui attribuer en fin d'année, en mettant en balance les recettes et les dépenses annuelles remboursées, un intérêt non négligeable sur les sommes économisées qui lui serait reversé directement pour l'encourager à ne pas gaspiller.
Si cette mesure était insuffisante il ne resterait plus qu'une seule solution, celle de relever le montant des cotisations car il est indispensable que les recettes couvrent toujours les dépenses, puisque l'Equité sociale étant atteinte dans le système suggéré de "Capitalisme à accession communautaire" on ne doit plus admettre que l'équilibre indispensable relève de la redistribution des richesses mais seulement de la bonne gestion.
Ce sont ces réflexions qui doivent inciter chacun de nos compatriotes à refuser le gaspillage car chacun aura intérêt dans ce système à restreindre, lui -même, sa consommation médicale.
Si l'on veut encore la réduire davantage, pour qu'elle ne surcharge pas trop notre économie générale, on pourrait suggérer, en plus des mesures préconisées ci-dessus, de limiter le montant de la prestation automatique à un chiffre voisin de 70% de la dépense totale et de faire couvrir la moitié du solde par un autre système d'assurance obligatoire, impliquant la participation personnelle de l'individu, qui pourrait être fonction d'un pourcentage garanti des dépenses médicales. Sauf pour les cas graves, les économiquement faibles et les familles nombreuses, les 30 % du solde des frais de maladie pourraient être couverts par une assurance complémentaire limitée à 80 % (il resterait donc toujours 6 % des frais médicaux à la charge de l'assuré).
De cette façon, chaque citoyen serait sensibilisé à l'économie médicale et la personnalisation de la dépense maladie permettrait probablement une meilleure gestion de l'assurance-maladie, car cette disposition constitue probablement le seul moyen actuel d'aller contre un gaspillage qui va de pair avec l'anonymat d'organismes dépassant l'échelle humaine.
C'est parce que le véritable but de l'assurance-maladie est de garantir le gros risque ou le drame : opération, maladie coûteuse, hospitalisation et non pas de couvrir l'achat de médicaments de confort que ces suggestions sont faites, puisque les hommes sont des êtres essentiellement égoïstes et individualistes.
D'ailleurs, avec les conceptions développées ici, où le Profit de l'entreprise est équitablement partagé entre les moyens techniques et le travail, il n'y a aucune raison de dire que ce système, opposé au gâchis, conduirait à abandonner le principe de l'assurance pour revenir à celui de l'assistance.
Le médecin est évidemment le second point d'application d'un mécanisme régulateur, puisqu'il est l'ordonnateur des traitements, c'est-à-dire de la dépense tout en étant relativement insensible au coût, puisque ce n'est même pas son client qui paye, mais un organisme payeur qui règle la note et qui dépasse l'échelle humaine en groupant une multitude d'assurés inconnus.
A la décharge du médecin, il faut constater que récemment encore les études médicales ne comportaient pas d'enseignement des connaissances économiques mais heureusement ce dernier est maintenant donné dans notre pays.
Quant aux prescriptions médicales, il faut aussi reconnaître que le diagnostic n'est pas toujours facile, surtout quand le nombre des patients est élevé en raison du manque de temps consacré aux visites et à leur coût en général modéré. Comme le rôle du médecin est de faire un choix entre divers médicaments, il risque d'en ordonner trop, plutôt que pas assez. De plus il faut bien admettre malheureusement que, pour le patient, la qualité et la compétence du médecin sont aussi jugées, souvent à tort, sur la longueur de l'ordonnance. Ces excès de prescriptions ont évidemment d'autres inconvénients que d'obérer, plus qu'il ne faudrait, le budget de l'assurance-maladie. Ils risquent aussi de créer une accoutumance aux médicaments en multipliant les risques de toxicité, car certains de ces produits sont dangereux.
Quant aux arrêts de travail, ce sera un des rôles majeurs d'un Syndicalisme salarial rénové et participant, c'est-à-dire adapté à l'époque de la Société Industrielle, d'attirer par exemple l'attention des salariés sur la nocivité, pour la collectivité, d'arrêts de travail insuffisamment justifiés du point de vue médical car ces derniers sont très coûteux pour l'assurance- maladie.
Et l'on peut affirmer que ces diverses mesures devront s'accompagner surtout d'un revirement moral, non seulement des malades mais aussi de la profession médicale, à qui il convient de faire prendre conscience, non seulement de son rôle économique majeur dans notre société, mais aussi de son action d'Equité globale, car ce qui est dépensé par les uns ne peut l'être pour les autres, peut-être tout aussi intéressants à soulager.
Il est logique que l'organisme qui assure les règlements puisse contrôler les dépenses.
L'établissement d'un profil médical des soins devra être fait par type de maladie, ce qui impliquera un code lettre à la disposition du seul organisme de contrôle qui pourra, si besoin, faire intervenir le Conseil de l'Ordre.
De toute façon, il conviendra surtout que les arrêts de travail soient comptabilisés et reportés à la fois sur le compte personnel du médecin et sur celui des assurés pour que l'organisme de contrôle puisse apprécier leur importance et leur fréquence et adresser des remarques justifiées si besoin aux intéressés, ce qui implique aussi que ces renseignements soient communiqués aux médecins contrôleurs .
Il faudra enfin organiser l'assurance-maladie dans le cadre des grandes régions suggérées dans la troisième partie de cet essai, puis la décentraliser, par exemple au niveau des occupations professionnelles ou locales pour réduire, dans une juste mesure, l'étendue de la zone d'action, pour que la personnalisation des dépenses puisse rester efficace.
On peut encore observer que certaines dépenses de l'assurance-maladie se rapportant aux enfants permettent de constituer un capital humain de qualité, fondement de l'action et du progrès. Pour parfaire l'étude des problèmes démographiques dans notre pays, il serait donc intéressant d'affecter ce genre de dépense à un compte spécial.
Chaque citoyen, bénéficiaire de ces mesures de sécurité collective, doit savoir que son développement est uniquement fonction du seul progrès économique et ne peut croître que de la même façon, ce qui entraîne encore nécessairement un renouveau de moralité et une lutte de tous les instants contre le gaspillage.
Aussi serait-il utile que chaque assuré ne cherche pas d'abord à récupérer coûte que coûte ses cotisations puisque ce serait là la négation même du principe de l'assurance et ensuite que le plus petit bobo ou la moindre douleur fugitive ne conduise pas l'assuré à exiger de son médecin quelques jours d'arrêt de travail et une ordonnance sérieuse pour le justifier.
Comme celui-ci, par conscience professionnelle, ne peut en général considérer normalement son malade comme un resquilleur, et que les hommes sont des hommes, le praticien ne refusera pas toujours cette ordonnance peu sérieuse, puisque sa clientèle, c'est-à-dire ses ressources, risquerait de passer à un confrère plus compréhensif ou moins scrupuleux.
Quant à la gestion proprement dite de l'assurance-maladie, il n'y a aucun inconvénient, bien au contraire, à ce qu'elle soit assurée par les représentants des cotisants, les pouvoirs publics n'intervenant que pour le contrôle de l'application des principes cités.
Pour poursuivre l'examen des questions liées à l'assurance-maladie, il faut examiner maintenant deux grands chapitres.
Le premier a trait aux produits pharmaceutiques, le second à l'organisation générale des soins qui tous les deux ont une influence marquante sur les dépenses de l'assurance-maladie.
Au sujet de son développement très important ces dernières années, on a déjà dit qu'il paraissait utile d'en réduire la charge financière supportée par la collectivité, puisqu'elle ne peut être prélevée que sur la production des biens par le jeu des cotisations patronales ou salariales ou même reportée directement, en partie, par le biais de l'impôt sur le citoyen contribuable quand le budget correspondant est en déficit, ce qui est cependant à proscrire.
Ami lecteur, pour vous convaincre de l'excès de la consommation des produits pharmaceutiques, jetez donc un regard sur les produits inutilisés de votre armoire à pharmacie, vous serez édifiés; demandez aussi aux éboueurs ce qu'ils en pensent quand ils voient dans les poubelles des boîtes intactes de médicaments desquelles la vignette a été soigneusement enlevée.
On pourrait donc déjà rappeler que les produits pharmaceutiques inutilisés doivent être remis aux pharmaciens qui sont équipés pour les détruire tout en recommandant aux parents de surveiller particulièrement leurs enfants pour leur éviter des risques d'empoisonnement par absorption de produits conservés dans des placards ou ramassés dans des poubelles.
Pour essayer de remédier à cette situation, on pourrait aussi souhaiter que la presse et l'édition aient plutôt un rôle modérateur au lieu d'encourager un public consentant, en le bourrant de notions médicales superficielles qui par ailleurs entraînent également le médecin dans une voie qu'il n'a déjà que trop tendance à suivre.
On pourrait alors suggérer que des campagnes d'information fréquentes et répétées par la radio ou la télévision soient entreprises par les pouvoirs publics pour essayer de remédier aux gaspillages actuels et on peut regretter qu'un nouveau Molière n'y vienne apporter son appui, grâce au bon sens, aux sarcasmes et à l'humour.
Dans le même esprit, il conviendrait de faire intervenir le Conseil de l'Ordre des médecins dans l'observance d'une certaine éthique économique par les médecins, tout en lui permettant d'intervenir dans les publications visant à mettre le grand public au courant de la santé.
Le commerce des produits pharmaceutiques conduit aussi en général à des bénéfices importants, tant pour les fabricants que pour les officines, ce qui en soi n'est pas un mal, puisque, pour se référer encore aux conceptions pragmatiques de ce livre, toute activité humaine doit être d'abord rentable pour être Efficace et améliorer le sort de chacun.
En raison de la surconsommation pharmaceutique, le bénéfice s'accroît, si bien que les officines, dont le prix de vente est fondé sur le chiffre d'affaires de l'année précédente, atteint des montants très importants.
Une bonne preuve des bénéfices de l'industrie pharmaceutique est le développement des assises financières des laboratoires de spécialités pharmaceutiques, bien que les valeurs boursières correspondantes ne reflètent pas toujours cette croissance. Ce développement, justifié par la nécessité d'accroître les investissements de recherche, conduit ces laboratoires à rentabiliser exagérément et rapidement, tel ou tel produit de peur qu'il ne soit trop vite dépassé. On doit alors remarquer à ce sujet que la mise sur le marché de spécialités particulières demande de très longs délais, de l'ordre de cinq à dix ans, si bien que la mise à disposition du public entraîne des frais financiers importants susceptibles d'être rendus inutiles par l'effet de la concurrence acharnée d'autres laboratoires, ce qui conduit la profession presque obligatoirement aux ententes commerciales sur lesquelles les pouvoirs publics dans un régime de liberté ont peu de prise.
D'un autre côté, la publicité effrénée donc coûteuse, à laquelle se livrent les laboratoires des spécialités et qui exerce une influence considérable sur le choix des médecins et sur l'autoconsommation du public, est une autre preuve des bénéfices considérables réalisés. Si le corps médical reconnaît, en général, le rôle utile de certaines publicités relatives aux produits nouveaux et juge aussi intéressant celui des représentants médicaux des laboratoires de spécialités médicales, il considère comme un gaspillage la publicité pléthorique et souvent luxueuse qui lui est adressée.
Les dépenses correspondantes seraient mieux utilisées si elles étaient, par exemple, affectées à un fond de recherche commun à plusieurs laboratoires et il est utile que les pouvoirs publics prennent des initiatives dans ce sens.
Aujourd'hui, elles dépendent essentiellement de la recherche et les laboratoires doivent dégager des moyens financiers permis par un autofinancement suffisant, au moyen du Profit (1) laissé par la vente des produits.
(1) Certains posent même le principe de la légitimité du Profit pour cette industrie en raison de l'aspect moral du problème. Sans aller jusque là, car ce serait refuser sciemment de mettre l'intérêt personnel au service de l'homme, on pourrait se contenter de faciliter le rôle des laboratoires de recherches biologique et médicale qui tiennent une place importante, justement grâce à des frais de publicité épargnés qui pourraient y être affectés.
Si la rentabilité de l'Entreprise en général est indispensable, dans l'industrie pharmaceutique elle est, en plus, à l'origine de l'effort de recherche, aussi est-il nécessaire que la recherche soit à l'honneur puisque la santé de chacun dépend aussi des produits mis au point.
De plus l'industrie pharmaceutique utilise les services de nombreux salariés et comme nos voisins ont une industrie au moins aussi développée si ce n'est plus, il est nécessaire que la nôtre, de par son dynamisme, ait aussi une rentabilité suffisante qui lui permette de résister à la concurrence étrangère et de maintenir le plein emploi des personnels.
Dans ces conditions la politique des prix des spécialités pharmaceutiques ne peut être conçue seulement, aujourd'hui, en termes économiques et sociaux puisqu'elle doit encore tenir compte de la stratégie d'ensemble de l'industrie pharmaceutique de notre pays vis-à-vis des géants chimiques d'Outre-Rhin, d'Outre-Manche ou d'Outre-Atlantique.
Le problème du prix des spécialités pharmaceutiques n'est pas simple car il ne revient donc pas seulement à une question d'équilibre des budgets de l'assurance-maladie comme on a trop souvent tendance à le faire croire.
Pour essayer cependant de réduire les lourdes charges pharmaceutiques des organismes d'assurance, il n'est qu'un moyen et un seul, celui qui a déjà été cité plus haut et qui consiste à laisser à la charge de l'assuré une part non négligeable des dépenses maladies et pharmaceutiques étant entendu que les familles nombreuses et les économiquement faibles en seraient dispensés raisonnablement.
C'est d'ailleurs la Participation équitable du travail salarial aux fruits de la production, retenue ici comme un des fondements d'une Société adaptée à l'époque actuelle, qui justifie, du point de vue de l'Equité, de limiter les remboursements puisque ceux-ci ne pourraient manquer d'entraîner, en raison du nombre d'assurés, un déficit tel qu'il conduirait l'économie de la Nation à une dégradation, dont les salariés ne tarderaient pas à faire les frais, sans même parler des dangers que présente pour l'organisme humain, l'absorption d'une quantité trop importante de produits médicamenteux.
Les procédés restrictifs comme la mise en place de vignettes dont le prix de revient n'est pas négligeable, les timbres à date ou la durée de validité des ordonnances sont sources de complications, donc d'un faible rendement et, par là, inefficaces dans ce domaine.
Mais l'application de ces diverses mesures ne doit pas non plus empêcher d'améliorer par exemple le conditionnement des spécialités. La réduction de la taille des emballages permet déjà, dans le cas de médicaments coûteux, la délivrance aux malades de quantités mieux adaptées de produits et irait aussi contre un gaspillage qui se situe surtout au niveau de l'assuré, sous réserve que le conditionnement puisse être compatible avec les durées habituelles de traitement.
Simultanément d'autres dispositions devront être envisagées, c'est ainsi qu'on pourrait par exemple, et cela est déjà fait en partie :
- Etablir une différenciation marquée pour les remboursements des spécialités, en fonction de leur efficacité reconnue par une large commission médicale. Cette disposition risque cependant d'entraîner des contestations de la part des fabricants car il est difficile, dans ce domaine, de définir équitablement l'Efficacité d'un produit ;
- limiter aussi dans toute la mesure du possible le nombre des spécialités remboursables voisines, dont beaucoup probablement n'ont que des effets peu différenciés, abstraction faite de celles qui peuvent présenter un intérêt psychothérapeutique, laissé au jugement du médecin traitant ;
- s'efforcer de réduire les prix de vente des produits pharmaceutiques par les laboratoires.
A ce propos, on peut observer que le prix des médicaments étant actuellement soumis à l'agrément des pouvoirs publics, ces derniers normalement, étant informés, ont la possibilité, s'ils le veulent, d'empêcher des exagérations, par exemple sur des produits dont le prix de revient est bien défini.
Dans le même esprit, on pourrait s'appliquer à prolonger le plus possible l'utilisation de médicaments à l'Efficacité bien connue et dont le prix de revient est, en général, assez réduit et éviter, autant que possible, leur remplacement par d'autres d'efficacité analogue mais dont le prix de vente est beaucoup plus élevé. Pour éviter alors la multiplication de produits voisins, il suffirait d'autoriser les fabricants à inclure dans les prix des médicaments anciens les hausses justifiées des matières premières ou des charges de main-d'oeuvre.
Au sujet de la profession de pharmacien on peut observer que le diplôme de docteur en pharmacie nécessite 6 années d'études difficiles justifiant une rétribution correcte (1).
(1) La pharmacie d'officine est à la limite de la rentabilité quand le pharmacien jeune émoulu de l'école a emprunté des sommes considérables pur acheter son officine.
La présence du pharmacien d'officine est en effet la dernière protection contre l'erreur du médecin. Il n'est donc pas un simple distributeur de produits, mais très souvent aussi malgré la multiplicité des spécialités, conduit à délivrer certaines préparations délicates, tout en étant très proche de son client, le malade, grâce à un contact amical .
Ce contact est aussi favorisé chez nous par le statut, un peu particulier, de la pharmacie d'officine régi par le numerus clausus qui limite le nombre des pharmacies en fonction de la population .Numerus clausus : une officine pour 2000 habitants.
C'est pourquoi l'attitude des magasins dits de grande surface qui bataillent pour mettre certains produits de l'industrie pharmaceutique en vente libre sur leurs étalages ne doit pas être encouragée mais au contraire rendue plus difficile, car ce serait d'abord mettre un doigt puis toute la main dans le gigantisme de la distribution qui ramène le citoyen au rang d'un pion. Ces tentatives d'appropriation du chiffre d'affaires des pharmacies d'officine paraissent être justifiées aux yeux du public par le fait qu'il existe des médicaments peu dangereux et d'usage courant, comme par exemple l'aspirine, alors que en réalité cette dernière peut être très dangereuse pour un malade dans certaines conditions, ce que n'ignore pas le pharmacien diplômé.
Quand les grandes surfaces veulent commercialiser des produits médicamenteux sur leurs étalages, en profitant de la présence d'un public important, elles doivent alors disposer d'endroits spécialisés, tenus par un pharmacien diplômé, tout en respectant la règle du numerus clausus fixée par la loi.
C'est seulement le bon sens pour protéger l'ensemble des consommateurs.
Il semble qu'une disposition de ce genre doive être rendue obligatoire, ce qui par ailleurs, permettrait l'embauche des nombreux jeunes pharmaciens qui arrivent sur le marché du travail.
Pour examiner brièvement son rôle fondamental, puisque la santé pour chaque individu est un bien d'une valeur inestimable, on peut remarquer que la médecine, dès l'abord, relève à la fois de la notion individuelle pour le médecin et pour le malade et de la notion collective à la fois pour les moyens techniques et le savoir.
Ce sont ces caractères qui confèrent aujourd'hui à la médecine un caractère très différent de celui qu'elle avait il y a seulement un demi-siècle, avant la découverte des antibiotiques, de la pénicilline et des appareillages variés auxquels elle fait appel aujourd'hui. En effet jusqu'à cette époque, le médecin se contentait d'essayer de soigner les effets des maladies et non d'en rechercher scientifiquement les causes. Il manquait aussi de moyens techniques d'investigation et ne disposait pas non plus des puissants moyens chimiques lui permettant de lutter avec succès contre les infections. Sans antibiotiques en effet, il en était réduit le plus souvent à laisser faire la maladie, ne pouvant enrayer rapidement ses progrès.
C'était l'époque où la vocation et le dévouement étaient les qualités indispensables à cette profession, car son influence psychique sur le malade avait une grande importance, ce qui exigeait une vocation de dévouement suffisante pour le médecin.
Mais de nos jours, le problème est bouleversé de fond en comble, la médecine tend à devenir une science exacte du fait des progrès de la physique, de la chimie et plus encore de la biologie, si bien que la vocation habituelle nécessaire à cette profession est différente aujourd'hui. Si elle est toujours nécessaire au niveau du médecin de quartier ou des petites villes qui reste, lui, le plus souvent, en contact direct avec le malade, la vocation n'est plus la seule qualité à prendre en compte puisque ce médecin est obligé de recourir aux analyses et à des spécialistes qui doivent, eux, posséder des connaissances de plus en plus difficiles à acquérir.
A présent, le médecin en plus des qualités habituelles de compréhension affective vis-à-vis du patient, doit faire appel, non seulement à la rigueur scientifique, mais aussi à un esprit de synthèse qui exige un temps de réflexion suffisant qui exclut la médecine à la chaîne, c'est-à-dire la médecine gratuite.
La médecine actuelle est alors Entreprise individuelle dans ses contacts avec l'homme qui souffre et Entreprise collective dès qu'elle fait appel aux moyens techniques et scientifiques et aux connaissances des spécialistes de telle ou telle discipline.
C'est cette double dépendance qui confère à la médecine contemporaine ce caractère à la fois individuel et collectif.
Du fait du montant des dépenses à envisager pour certains soins, les individus, si fortunés soient-ils, ne peuvent y satisfaire, si bien que le recours à la collectivité, c'est-à-dire à l'Etat, est la seule solution.
L'Etat devient alors le responsable de la lutte contre la maladie, comme il l'est déjà, depuis toujours, pour la Défense du territoire et depuis un siècle environ pour l'Instruction des hommes.
On peut observer que certains traitements ou certaines opérations entraînent des dépenses si importantes qu'elles rendent impossible leur généralisation et conduisent nécessairement à un choix, qui sera d'ordre économique et moral. Dans ces nouvelles conditions, le choix du malade susceptible de bénéficier d'une intervention coûteuse, au détriment de celui qui n'en bénéficiera pas, est alors particulièrement difficile et devient un cas de conscience pour celui qui décide !
Sera-ce alors la valeur personnelle du malade concerné, quelle qu'elle soit, sociale ou intellectuelle, qui aidera le spécialiste dans un choix délicat, choix que la vocation lui interdisait de faire jusqu'alors ? Il y a grande chance pour que cela se passe ainsi et cette obligation du choix va poser aux responsables d'interventions hors série des problèmes moraux particulièrement délicats qu'ils auront bien du mal à résoudre.
L'économie médicale amène aussi quelques remarques sur un problème voisin qui est celui de la prévention médicale qui paraît pourtant susceptible, comme on l'a déjà signalé plus haut, de réduire la dépense de l'assurance-maladie, mais qui n'est pas, malgré tout, pour des raisons de volume des dépenses, une solution qui peut s'étendre à des millions d'individus quand il s'agit de la prévention de maladies qui ne sont pas microbiennes et dont les soins ne relèvent pas seulement d'une meilleure hygiène ou de vaccinations pourtant déjà coûteuses.
Compte tenu de ces dernières observations, on doit alors constater que le rôle moderne de la médecine ne pourra être précisé que grâce à une éthique susceptible de convenir à la vie en l'an 2000, donc adaptée à la Société Industrielle.
Pour imaginer des solutions susceptibles de répondre à ces préoccupations, il suffit de recourir simplement aux méthodes mises au point pour le développement de la Société Industrielle, c'est-à-dire au travail collectif et à l'association des moyens techniques et humains.
Ce sont en effet ces méthodes qui ont permis aux peuples de l'Occident en moins de deux siècles, de passer de la civilisation de pénurie du dix-huitième siècle à celle de subsistance du dix-neuvième, puis à celle d'abondance et même à celle de surconsommation comme on l'appelle aujourd'hui, grâce à une production considérable mise à la disposition d'un nombre de plus en plus grand d'individus, à des prix accessibles.
Le but des propositions décrites ci-après et qui sont déjà partiellement en voie d'application est alors de préciser une certaine organisation qui soit fondée sur les principes généraux cités ici, où l'Efficacité de l'action est le résultat conjugué des autres principes cités dans la première partie de cet essai.
Les solutions à retenir devront cependant satisfaire à certaines caractéristiques.
Elles doivent en effet, dans toute la mesure du possible, et pour des motifs qui se rapportent surtout à la Dignité des individus et à notre civilisation libérale et humaniste, assurer à chacun d'abord les meilleurs soins possibles, et ensuite permettre le libre choix du médecin. A ce sujet on doit cependant observer que, avec le développement prodigieux des spécialités de toute nature, le libre choix ne sera souvent qu'une vue de l'esprit, puisque telle ou telle maladie relèvera seulement de tel ou tel praticien et non pas de tel autre, si bien que le critère du libre choix n'est plus déterminant aujourd'hui.
Le problème des honoraires médicaux est particulièrement délicat puisque la difficulté du travail, la compétence et l'usure physique des médecins doivent être compensées par des gains suffisants ; il s'agit là aussi de la Dignité.
En effet quand on voit les tarifs demandés, par exemple, par les plombiers ou les divers artisans, ces honoraires médicaux ne paraissent plus exagérés.Toutefois ces gains doivent être raisonnables, d'une part parce que c'est la collectivité qui a permis à ses enfants d'acquérir gratuitement quand ils sont intellectuellement doués, les connaissances nécessaires et que, d'autre part, les coûteux matériels indispensables aux examens et aux interventions sont souvent propriété de l'Etat, c'est-à-dire de tous ; cependant ils ont à tenir compte des lourds investissements souvent consentis pour équiper le cabinet médical privé.
Aujourd'hui tous les habitants de ce pays savent aussi que les études de spécialité sont particulièrement ardues pour l'élite professorale et hospitalière, mais n'est-ce pas aussi le cas de spécialités techniques de toutes sortes, auxquelles fait appel la vie du siècle ? Dans n'importe quel domaine, ces études sont de plus en plus longues, de plus en plus difficiles, donc coûteuses, mais il faut bien reconnaître que c'est surtout l'Etat dans notre pays, c'est-à-dire l'ensemble des contribuables, qui fait des efforts importants, pour une instruction actuellement encore gratuite de nos enfants, afin qu'ils deviennent plus tard : professeurs, chercheurs, médecins généralistes, chirurgiens, ingénieurs, etc ...
On suggérera dans le chapitre "Défense Nationale" au niveau des Suggestions pour un nouveau service national universel et obligatoire, que chaque citoyen de notre pays donne six mois de son temps à la collectivité, pour rembourser à l'Etat les facilités qu'il lui a procurées, pour son éducation et son instruction, afin de constituer une sorte de réservoir, dans lequel puiseraient les différents éléments nécessaires à cette Défense nationale. Dans le cas de notre système de Sécurité Sociale, étant donné le coût très élevé des études médicales, on pourrait suggérer une solution voisine qui consisterait à soumettre la délivrance des différents diplômes d'études médicales, à la fourniture par les lauréats d'une entraide bénévole aux établissements publics, pendant une période qui serait déterminée apès une étude économique sérieuse, en accord avec les intéressés, étude qui ferait intervenir également les services rendus aux hopitaux, par les étudiants en médecine pendant leur formation.
Il ne se révèle pas équitable que les conditions matérielles de certains secteurs de la profession médicale soient très sensiblement différentes, tout au moins à Paris, de celles d'autres secteurs de l'activité humaine tout aussi nécessaires à la vie collective.
On constate qu'il existe dans notre pays de très grandes différences entre le secteur dit libre et celui dit conventionné. Certains secteurs, comme les dispensaires, la médecine préventive, etc ..font même appel à des médecins salariés et sont particulièrement défavorisés. En toutes choses il y a juste milieu et ce juste milieu est actuellement souvent dépassé, en particulier dans notre capitale. Il convient donc de revenir à une vue plus réaliste des choses, sans aller cependant aux solutions extrêmes de certains pays lesquels risquent de réduire le médecin au rôle d'un véritable fonctionnaire au sens péjoratif du terme.
Au sujet des honoraires élevés réclamés par certains spécialistes, on peut remarquer, à juste titre d'ailleurs, que le travail d'un chirurgien par exemple est fait, non seulement d'habileté manuelle, mais aussi de connaissances, d'expérience et de dévouement, que ce chirurgien ne peut, en conséquence, opérer à longueur de journée et que la sélection par les honoraires reste le seul moyen pratique de laisser à ces spécialistes quelques libertés personnelles.
A part certains individus qui vont au fond des choses, c'est probablement la grande différence des coûts unitaires des visites qui conduit un nombre de plus en plus grand d'étudiants à négliger la médecine générale et à faire une spécialité qui leur rapporte autant mais qui leur l