Jusqu'à ces dernières années dans notre pays, le problème du simple logement des hommes était crucial; il n'est nul besoin d'insister sur les immenses et malsaines conséquences de la crise du logement que les pays occidentaux ont traversées et que certains subissent encore.
Si, pour une large part, elle est imputable à la Seconde Guerre mondiale, il est hors de doute que la cause principale, en ce qui concerne notre pays, réside dans la stagnation de la construction et dans l'insuffisance d'entretien des immeubles pendant les cinquante premières années de ce siècle, en raison des politiques menées entre les deux guerres mondiales.
Aujourd'hui, si le logement est encore à placer en tête des préoccupations des pouvoirs publics pour que notre jeunesse puisse satisfaire ce besoin élémentaire, il est surtout indispensable d'implanter les habitations de telle sorte que la collectivité en retire le maximum de satisfaction, puisque logement et activités économiques sont étroitement liés.
En effet, s'il s'agit de construire, il ne peut plus être question, aujourd'hui, de bâtir n'importe quoi, n'importe où et n'importe comment, car s'il faut construire pour que le logement ne constitue plus une faveur, il est tout aussi indispensable, pour réduire les transports, calamité inhumaine de la civilisation moderne, que l'implantation proprement dite des logements soit située au voisinage des bâtiments nécessaires à l'exercice des activités professionnelles et on ne peut pas dire que ce désir légitime et élémentaire ait été complètement satisfait depuis l'achèvement de la Seconde Guerre mondiale.
Dans le domaine du logement qui intéresse plus de quinze millions de familles, qui fait travailler directement ou indirectement plus de cinq millions de personnes actives, qui loge chaque année un demi-million de familles et qui utilise une grande partie des crédits de l'Etat à l'économie, il n'est donc pas étonnant dans ces conditions qu'un tel secteur par sa masse et sa diversité ne soit doté que d'une forte inertie.
L'examen qui suit amène à examiner deux grandes questions, d'abord le problème de l'habitation proprement dite et ensuite celle qui conduira à un certain Urbanisme qu'il sera nécessaire de bien définir, car il doit être adapté actuellement à une qualité de vie suffisante.
En effet, si l'Urbanisme selon sa définition est l'art d'aménager et d'organiser les agglomérations urbaines, il est aussi celui de disposer dans l'espace urbain ou rural les établissements nécessaires au sens le plus large (habitations, lieux de travail ou de loisirs, réseaux de circulation et de transport, etc...) et de la façon la plus commode, la plus économique, la plus harmonieuse et surtout la plus Efficace possible, car la qualité de vie va avoir désormais une grande influence sur la construction effective (1).
(1) L'Urbanisme citadin va être inévitablement l'organisme responsable d'aménagements qui vont ordonner le cadre dans lequel l'homme devra vivre et si possible s'épanouir pendant de nombreuses décennies. Cet Urbanisme devra donc être lié aux différents organismes qui ordonnent les diverses activités humaines et en particulier à ceux qui s'intéressent à l'aménagement du territoire.
Celle-ci dorénavant devra aussi s'intégrer au mieux à l'environnement existant, ce qui va conférer à l'Urbanisme une responsabilité majeure.
Au sujet de cette demande on peut observer que notre pays vient enfin de parvenir à la fin d'une période caractérisée par une pénurie généralisée, qui, en simplifiant les choix possibles, mettait seulement l'accent sur le seul nombre d'appartements construits.
Aujourd'hui, le problème est modifié ; si ce nombre est encore important, c'est en revanche la qualité qui va devenir l'élément essentiel, car les générations montantes, qui n'ont pas souffert directement des conditions difficiles de l'après-guerre, seront beaucoup plus exigeantes.
Cette simple constatation, en raison de l'accroissement sensible du montant des charges et du chauffage des immeubles, va amener tous ceux qui participent à la construction effective à faire aussi très attention au bilan d'exploitation des logements, qui doit devenir une de leurs préoccupations essentielles qui masquera peu à peu les réflexes de pénurie consécutifs à la seconde conflagration mondiale.
D'ailleurs, l'expérience acquise chez nous après la Grande Guerre avait largement prouvé, devant les résultats souvent repoussants d'une reconstruction anarchique, qu'il était indispensable de mettre l'Urbanisme au premier plan des préoccupations, dans la reconstruction des cités.
Mais il faudra surtout ne plus recommencer les mêmes erreurs que par le passé dans le domaine locatif.
C'est ainsi, par exemple, que si l'on a vu très longtemps, il y a deux ou trois décennies environ, des logements anciens, habités par des personnes âgées, fréquemment au faîte de leur carrière et n'ayant plus de charges familiales importantes, bénéficier, de par la loi, de loyers ridiculement bas par rapport aux logements récents occupés, le plus souvent, par des jeunes adultes, au début de leur vie professionnelle et qui avaient de lourdes charges de famille (1).
(1) On peut aussi rappeler que de nombreux occupants d'appartements anciens ont payé longtemps leur loyer, à l'insu ou avec la bénédiction des pouvoirs publics, avec le produit de la location d'une chambre d'employé en général sans confort, au 7ème étage sans ascenseur, à un locataire étudiant par exemple.
Aujourd'hui ces situations ne doivent plus se reproduire. Elles constituaient en effet des rentes de situation au bénéfice du locataire et au détriment des propriétaires, responsables de l'entretien et de la conservation des immeubles.
Cet exemple est une bonne illustration de l'incapacité des responsables de nos multiples partis politiques qui n'ont pas voulu adapter, au moment opportun, une législation sensée aux nécessités du logement ni surtout la faire évoluer en même temps que les autres caractéristiques de l'économie ; ce qui reflète l'anarchie mise au service de la démagogie électorale immédiate, alors que nos représentants auraient dû légiférer à l'époque, en fonction de l'intérêt à long terme de la Nation.
Ils ont ainsi prouvé leur incapacité à mettre sur pied dans ce domaine crucial une politique qui soit équitable, et justifié l'un des plus gros reproches à notre démocratie multiforme qui a favorisé certains privilégiés (2).
(2) Certains affirment même que ce serait l'intérêt de personnalités importantes et bien logées dans des appartements anciens qui a guidé leur action, pour que cette anomalie se soit poursuivie même très longtemps après l'achèvement du second conflit mondial.
Aujourd'hui il faut arriver dans de brefs délais à l'unicité du marché locatif, condition absolue de l'Equité, en alignant les prix des logements anciens et nouveaux, et le meilleur moyen pour y arriver est le recours à la liberté et à la concurrence avec, dans les grandes villes, des programmes importants de construction locative, et surtout de construction sociale, à l'intérieur du tissu urbain, en raison des possibilités d'emploi que génère la ville et qui facilite le mélange des populations.
Quant au logement social, il faut éviter de répartir les constructions correspondantes dans de lointaines banlieues, sans possibilité d'emplois. Dans l'esprit de ce livre il est préférable d'aider financièrement les familles à se loger au prix du marché plutôt que d'entretenir un vaste secteur de construction, dite sociale, qui marginalise une population disposant de ressources plus modestes.
La modicité du loyer ne doit plus être la règle, car cette modicité entraîne la médiocrité du logement qui accoutume les humbles aux habitations insalubres et aux taudis, habitude que doit extirper un Etat digne de ce nom, c'est-à-dire conscient de ses devoirs collectifs.
Dans le même esprit cet Etat devra aussi favoriser l'accession de chacun à la propriété de son logement personnel car celle-ci est un élément prépondérant dans la compréhension réaliste et objective de l'époque actuelle et un facteur important d'Urbanité dans les relations humaines.
Aussi paraît-il indispensable que chacun consacre au logement une part au moins comprise entre 15 et 25% du montant total de ses ressources, selon le confort ou l'importance de son habitation, et il semble que la vérité économique dans le domaine du logement réside dans un raisonnement de ce genre, et nulle part ailleurs.
Dans une économie qui tient compte de la nature personnelle de l'homme, l'Efficacité dans le domaine du logement, qui est concrétisée par sa rentabilité, n'empêche nullement les pouvoirs publics de veiller à ce que l'Equité soit aussi assurée, comme on le verra plus loin, au moyen d'une aide personnalisée de l'Etat aux personnes qui en ont besoin.
Pour l'homme amené à vivre dans le tissu urbain, l'Urbanisme citadin va être aussi le responsable direct de la qualité de vie; il convient donc que les pouvoirs publics accordent à cet Urbanisme la plus grande attention en lui conférant aussi une grande part de la responsabilité dans l'organisation de la construction ou de la reconstruction.
Pour prouver d'ailleurs, s'il en était besoin, que l'histoire n'est qu'un éternel recommencement, il suffit de rappeler que déjà au Moyen-Age nos aïeux élevaient leurs maisons autour des installations générales nécessaires à la vie collective de l'époque, par exemple : château fort, abbaye ou église, école.
Aujourd'hui il en est encore de même et on doit grouper les habitations autour des installations dorénavant indispensables à la vie contemporaine.
Les besoins collectifs, certes, ont évolué; s'ils s'appellent encore : service de protection, écoles, églises, d'autres sont apparus progressivement et il est inconcevable aujourd'hui, dans des cités cubiques et tirées au cordeau, de penser seulement à la viabilité dans le sens étymologique de voie (via) alors qu'il conviendrait de l'interpréter dans celui de vie possible (vitae habilis).
En même temps que les logements, il faut donc créer à leur proximité immédiate non seulement des possibilités d'emploi, mais aussi des structures collectives permettant de donner à ces nouvelles zones urbaines une autonomie et une vie personnelle afin qu'elles puissent constituer un milieu favorable à la qualité de vie de leurs habitants.
Ces derniers équipements collectifs : hôpitaux, commerces, écoles et facultés, terrains de sports, conservatoires de musique et bibliothèques, théâtres, locaux administratifs, commerces, stations d'alimentation en eau, en énergie, réseaux d'égouts, centres d'épuration des eaux usées, moyens de transport, routes, parcs de stationnement, espaces verts réservés à la décennie future, etc ...,soulèvent un ensemble de questions simples dont il convient de se préoccuper, avant même de procéder à la construction des habitations elles-mêmes.
Mais il conviendra surtout que l'implantation des nouvelles cités concoure à un développement équilibré de la communauté nationale, c'est-à-dire à la décentralisation industrielle et à la déconcentration administrative qui favorise l'Efficacité de l'action et le respect de la personne humaine, tout en facilitant la venue d'une Equité applicable à tous, grâce à un niveau économique plus homogène des différentes régions de notre pays.
Compte tenu de ces observations préliminaires, il n'est pas étonnant de constater que l'Urbanisme, qui découle des observations faites ci-dessus, soit devenu une technique compliquée, essentiellement globale, puisqu'elle doit prendre en considération et influencer tous les éléments qui définissent, de nos jours, une vie quotidienne devenue essentiellement collective, alors que jadis elle était surtout individuelle.
La création de villes nouvelles implique alors l'intervention de l'Urbanisme dans de multiples domaines qui se rapportent à l'équipement matériel (transports, communications etc ...) et aussi à ce que les spécialistes appellent les éléments de rencontre avec un certain souci de mélanger, dans les nouvelles constructions, les différentes familles de notre population pour que ces villes n'aboutissent pas à une nouvelle ségrégation sociale par l'habitat. Un des buts essentiels de l'urbanisme citadin est alors d'essayer de parvenir à un mélange équilibré des différentes familles sociales pour éviter une telle ségrégation et l'ennui des grandes concentrations où les mêmes populations se retrouvent aux mêmes heures. Il devra aussi résoudre dans cet esprit le problème du logement des personnes âgées, car celles-ci ont besoin de la présence d'éléments jeunes ; un habitat ainsi mélangé permettrait l'aide des grands-parents aux jeunes enfants.
Les éléments de rencontre faciliteront les contacts humains entre des hommes qui hier encore n'étaient que des étrangers les uns pour les autres et qui le resteraient encore, si ces éléments n'étaient pas mis en place. Constitués de squares, de bibliothèques, de salles de réunions ou de lecture, de maisons de la culture, de cafés, de restaurants, de cinémas, de petites maisons de retraite, de petites cliniques etc ..., ces installations permettront aux habitants de se considérer peu à peu non pas comme des inconnus mais peut-être quelque fois comme des amis, quand le temps aura fait son oeuvre.
En appliquant ces différentes idées, l'Urbanisme citadin pourra répondre à une mission qui ne consiste pas seulement à loger les hommes, mais à les faire vivre ensemble et si possible harmonieusement, en s'efforçant de donner aux nouvelles cités une âme, en quelques années, alors que les bâtisseurs de jadis disposaient de longs siècles.
Il découle des remarques faites ci-dessus que si l'Urbanisme doit d'abord être ordonné puisqu'il est à la source de la vie collective, il est simplement, dans ce domaine, la transposition de la formule "Centralisation de la pensée et Décentralisation de l'action", indiquée, ci-dessus, comme la condition d'origine, indispensable au bon fonctionnement de la Société Industrielle.
Un Urbanisme ainsi défini permettra de guider l'action des pouvoirs publics dans le domaine du logement, et on peut affirmer dès l'abord que, dans les grandes villes, le logement ne peut plus être assuré au moyen de ce que l'on a appelé les cités dortoirs.
En effet, ces cités, sans âme, sans passé, sans vie personnelle ne pourront disposer avant longtemps, des possibilités industrielles, commerciales, administratives ou intellectuelles, éléments de rencontre nécessaires à une vie complète.
C'est sans doute une politique de ce genre qui, en conduisant inutilement à la concentration urbaine, amène le citoyen à fuir la cité.
Une conséquence immédiate de ces cités dortoirs est de perpétuer, pendant de longues années, le spectacle navrant et révoltant de foules prenant d'assaut chaque matin des trains ou des autobus bondés, sans même parler ni des voitures personnelles dont le trafic encombre les voies anciennes d'accès, qu'il n'est pas possible en général d'élargir sans travaux énormes, ni même de la vie fatigante que cette organisation inflige dès à présent aux adultes et aux enfants, obligés de se déplacer pour se rendre à leur travail, à l'université ou pour apprendre un métier.
Pour éviter cet inconvénient majeur, il n'est qu'un remède, construire des logements en nombre suffisant au voisinage des locaux utilisés pour l'activité professionnelle.
C'est en appliquant cette méthode que l'inéluctable processus d'Urbanisation pourra être supporté plus facilement à condition qu'il soit diffus et ordonné, c'est-à-dire planifié, pour que la grande majorité puisse choisir son type d'habitat préféré, individuel ou collectif, et que surtout le lieu de travail ne soit pas trop éloigné du domicile familial.
Ce sont ces diverses réflexions qui conduisent maintenant à examiner successivement les faits principaux qui conditionnent l'Urbanisme et en particulier celui que l'on pourrait qualifier de citadin.
On examinera alors les problèmes liés à l'énergie et à la déconcentration industrielle, aux déplacements et à la rénovation urbaine, aux logements collectifs et à la maison individuelle, au logement des personnes âgées, à la construction et à l'aménagement du territoire, au recensement des terrains à construire, à l'environnement.
Dans la conclusion enfin, on rappellera l'importance de cet Urbanisme citadin en évoquant les points principaux à résoudre : terrain et financement.
Au début de la révolution industrielle, quand l'énergie indispensable aux activités humaines était distribuée sous une forme moins élaborée que ne l'est l'électricité, fille chérie, puis mère du progrès technique, on pouvait comprendre le rassemblement en un même lieu de milliers de personnes venant s'agglutiner par exemple autour de machines à vapeur. Aujourd'hui grâce à la puissance, à la propreté et à la souplesse de la distribution de l'énergie électrique, les activités industrielles ne nécessitant pas techniquement une concentration importante de moyens matériels peuvent, sans inconvénient et dans certains cas, se juxtaposer ou même s'imbriquer à des zones d'habitation.
La distribution de l'énergie électrique est ainsi non seulement un facteur de progrès technique, mais aussi de progrès social puisqu'elle peut être mise facilement au service de la Décentralisation de l'action qui constitue une des conditions fondamentales d'un nouvel Art de Vivre en l'an 2000.
Comme elle favorise un meilleur équilibre entre les grandes et petites villes ou entre celles-ci et la campagne, elle contribue ainsi à la Dignité de la personne humaine et il convient de ne rien négliger pour favoriser partout son utilisation, même industrielle, à condition cependant que les installations correspondantes respectent les paysages et l'environnement, comme l'on dit aujourd'hui.
La rénovation de l'habitat, nécessité impérieuse pour une société, qui accorde une grande importance au confort du logement personnel, est liée étroitement au problème des déplacements quotidiens des habitants si bien que rénovation et réduction des temps de trajets sont des problèmes connexes.
La rénovation urbaine doit en outre :
- faire disparaître les quartiers lépreux et misérables élevés à l'aube de la Société Industrielle et qui sont aujourd'hui la honte des grandes villes ;
- rajeunir les vieux quartiers en leur conservant autant que possible leur caractère pittoresque et personnel, reflet d'un art du passé et d'une société disparue, en ménageant chaque fois qu'il sera possible une architecture de transition.
Ces deux conditions entraînent quelques réflexions élémentaires.
Ainsi, pour certains quartiers délabrés des grandes villes, il n'y a pas d'inconvénients majeurs, quand l'environnement s'y prête, à effectuer la rénovation urbaine par surélévation des immeubles ; la seule difficulté importante relève du relogement préalable des habitants pendant la période des travaux ; la solution partielle de surélévation sans démolition peut être développée dans certains cas très rares puisqu'elle évite dans une certaine mesure les difficultés de relogement préalable, mais en général il est préférable de démolir.
Sans méconnaître ces inconvénients, il convient que notre collectivité s'engage dans la voie d'un accroissement modéré de la taille des immeubles. Une hauteur raisonnable ne dépassant pas trente mètres par exemple peut apporter un début de solution aux problèmes des terrains de plus en plus chers (1) et à celui des transports quotidiens des habitants, sans déboucher pour autant sur la civilisation inhumaine des gratte-ciel, ou sur celle des tours qui d'après certains est en train de bouleverser, si l'on n'y prend garde, l'esprit et l'aspect des cités de notre vieille Europe.
(1) Les terrains en général ne sont très chers que si la hauteur autorisée par le plan d'occupation des sols pour les constructions est élevée.
On peut toutefois observer que la hauteur n'est pas forcément laideur, quand les façades sont traitées de telle sorte qu'elles s'intègrent dans le ciel assez vaporeux de la grande ville comme c'est le cas, par exemple, quand l'architecture englobe l'ensemble d'un quartier entier à condition toutefois qu'elle s'applique surtout à des bureaux, comme l'illustre la Défense à Paris.
Il en sera donc probablement de même pour les quartiers nouveaux qui semblent aujourd'hui braver l'opinion de beaucoup, quand ils sont traités de cette façon (1).
(1) A ce sujet on peut noter cependant que la construction à Paris de la Tour Eiffel en 1889 a bien donné lieu à l'époque à des controverses semblables alors, qu'aujourd'hui elle fait intimement partie du patrimoine de notre capitale et qu'il ne conviendrait pas de la critiquer aujourd'hui.
Jadis nos rois ou les Grands de l'époque passée, étaient aussi des promoteurs amoureux d'un prestige raffiné, leurs constructions le prouvent aujourd'hui, alors que maintenant l'habitat urbain est livré à des aménageurs qui ne rêvent souvent que de béton et de profit.
Dans ces conditions les pouvoirs publics devront donner à leurs entreprises de rénovation de l'habitat une inspiration telle qu'elle évite de défigurer, pour de longs siècles, l'héritage artistique et culturel que nous ont légués nos aïeux et nos régimes politiques précédents, car ces destructions de l'harmonie en viendraient à faire douter des capacités d'un régime démocratique où prévaudraient seulement l'utilitaire, le nombre et un argent trop facile à gagner.
D'un autre côté il faut bien reconnaître aussi que la rénovation des cités pose des problèmes délicats.
En effet, l'apparition des moyens modernes de circulation ne peut s'accommoder de la trame des voies anciennes qui étaient conçues pour la circulation des piétons ou des voitures à chevaux et le problème de l'infrastructure des voies de circulation ne pourra recevoir de solution valable que si un plan d'Urbanisme citadin est dressé pour l'ensemble de chaque cité, comme c'est d'ailleurs aujourd'hui le cas, avec les réglementations des pouvoirs publics.
C'est la logique en effet d'établir ce plan avant de penser à l'architecture des maisons ou aux problèmes de construction, étant entendu surtout qu'une saine proportion des différents types de locaux (logements, bureaux, petits commerces ou ateliers, installations sociales diverses) devra être soigneusement étudiée pour être équilibrée et réduire dans la mesure du possible les transports massifs des habitants, qui sont en général aujourd'hui, des salariés. C'est ainsi, par exemple, qu'il ne faut pas renouveler l'erreur faite à Paris où l'on a construit de nombreux bureaux à l'Ouest de la capitale et des logements à l'Est. Il en est résulté dans les réseaux de transport collectif (métro, autobus) une surcharge qui complique, en raison aussi des horaires rigides du travail, l'écoulement du trafic et rend la sécurité des métros ou lignes de chemin de fer plus difficile, et les accidents récemment survenus sont bien là pour justifier ces observations.
Ce sont ces problèmes difficiles et pratiques qui font de l'Urbanisme citadin contemporain une science difficile et simple à la fois, puisqu'il s'agit de nous faire vivre ensemble et paisiblement en l'an 2000.
Un autre problème se pose dans le choix du type d'habitation ; les uns n'envisagent que la maison individuelle, les autres ne peuvent concevoir que l'habitation collective.
Dans ce domaine la solution intermédiaire consiste à renforcer d'abord l'isolation phonique, puis l'isolation thermique qui entraîne une diminution très importante de l'énergie nécessaire au chauffage et permet de mieux rentabiliser les frais supplémentaires entraînés par cette isolation thermique. Des techniques de ce genre appliquées aux immeubles collectifs permettent de conférer à chacun des appartements construits un caractère d'intimité, au sens où les habitants des maisons de construction ancienne l'entendent. Grâce à cette insonorisation renforcée, l'immeuble collectif des grandes villes, seule solution économiquement possible, eu égard à la rareté des terrains disponibles, sera humainement habitable pour l'amateur de la maison individuelle.
Pour cette dernière, la vie actuelle impose que ses habitants puissent bénéficier des facilités que procure l'équipement collectif. Il ne servirait pas à grand chose en effet de construire de nouvelles banlieues si celles-ci ne disposaient pas des équipements collectifs actuellement indispensables : téléphone, postes, écoles, hôpitaux et en particulier d'un réseau de transport rapide et massif ce qui implique cependant de regrouper les locaux nécessaires au logement avec ceux utilisés à des fins professionnelles afin d'éviter autant que faire se peut, comme on vient de le dire, les inconvénients, dus à la surcharge des réseaux de transport.
Ce sont tous ces souhaits que l'on peut formuler simplement de la manière suivante : Individualiser le collectif et collectiviser l'individuel
On peut alors se demander s'il ne serait pas opportun, même obligatoire, quand les conditions s'y prêtent, de mélanger ces deux types de logements qui pourraient permettre d'atteindre plus facilement un meilleur équilibre dans le fonctionnement des cités correspondantes, surtout si les équipements de rencontre dont il a déjà été question plus haut n'étaient pas omis.
Il ne faut pas oublier en effet que les concentrations urbaines sont cause de profonds désagréments, elles ruinent la santé mentale des habitants, provoquent des affrontements entre voisins, sont à l'origine d'une délinquance juvénile qu'il conviendrait d'essayer de maîtriser avant qu'elle n'ait fait de trop grands dommages à notre jeunesse.
Avec l'accroissement des connaissances médicales, le nombre de ces personnes, dans les prochaines décennies, va s'accroître considérablement, ce qui entraîne le nouveau et difficile problème de leur relogement puisque ces personnes, très souvent, souhaitent demeurer là où elles ont toujours vécu, alors que leurs enfants, eux, ont justement besoin d'habiter à proximité de leur lieu de travail.
Comme ces personnes ont aussi besoin de la présence d'éléments jeunes et que dans le même temps, leurs enfants sont placés devant d'épineux problèmes de garde des petits-enfants, on souhaitera qu'il soit prévu, dans les cités ou dans ces zones urbaines en réaménagement, un nombre suffisant de petits appartements, qui pourraient être utilisés par ces personnes âgées à proximité de leurs enfants.
Compte tenu des remarques précédentes, il est possible maintenant d'examiner :
La construction de nouvelles cités implique aussi une indispensable harmonisation entre la politique d'implantation de logements et celle de l'aménagement du territoire et plus généralement des locaux nécessaires à l'activité professionnelle des habitants.
On a déjà vu que si le développement industriel paraissait seul capable, aujourd'hui, de fournir à chaque citoyen un moyen d'existence et un niveau matériel de vie suffisant, la vie actuelle, morale, intellectuelle, sociale, disons individuelle, serait grandement facilitée si l'usine, en étant de taille réduite, allait s'installer à la campagne étant entendu qu'un soin particulier aura été apporté aux problèmes variés relatifs à la dégradation des sites.
L'amélioration des conditions du milieu est alors un des instruments essentiels à une politique intelligente de déconcentration. Cette harmonisation implique une organisation rationnelle et des vues à long terme découlant toujours du principe général de Centralisation de la pensée, dont dérive un Plan prospectif d'action à longue échéance prenant en considération tous les impératifs de la vie moderne.
Si dans de nombreux cas, la rénovation urbaine entraîne la reconstruction sur place de quartiers délabrés ne présentant aucun intérêt architectural ou artistique, il faudra encore, et comme cela se fait déjà, persévérer dans le recensement de tous les terrains inoccupés ou insuffisamment occupés. Ces terrains n'ayant pas d'affectation précise devront être mis à la disposition des services de l'Urbanisme citadin, qu'ils soient propriété de l'Etat, des collectivités locales ou même encore de sociétés d'Etat ou nationalisées, comme par exemple les chemins de fer qui possèdent souvent des terrains encore inutilisés, et acquis il y a très longtemps au moment du développement des réseaux ferrés.
Il faut aussi aujourd'hui que, dans l'établissement des plans de masse, les Urbanistes tiennent compte du site ou plus généralement de l'environnement.
Il s'agit en effet de ne pas le détruire par des constructions, aussi belles soient-elles, mais au contraire de protéger ces sites pour que nos descendants puissent encore profiter de leurs caractères particuliers.
Aussi convient-il de mettre un terme à la laideur, à l'uniformité des façades, à l'érosion de l'environnement, à la pollution de nos rivières, à la salissure de nos sous-bois par les détritus déposés par des inconscients.
Si les mesures de protection nécessaires ne sont pas définies d'urgence, nos enfants pourront nous reprocher amèrement notre indifférence vis-à-vis de la beauté et de la variété de nos paysages et de l'élégance de notre héritage architectural dépareillé par la profanation que leur font subir l'indifférence et l'égoïsme de négligents, renforcés comme ils sont par un matérialisme qui va de pair avec une Société Industrielle, qui n'aurait plus ni âme ni sens du beau.
C'est ainsi qu'il conviendra encore que les réalisations actuelles des architectes ne soient pas des réalisations en rupture d'harmonie avec les constructions de nos ancêtres et que la notion intellectuelle de témoignage de notre temps, suivant l'expression de certains, ne soit pas préférée à celle d'harmonie des lieux (exemple, les colonnes de Buren au Palais Royal à Paris).
Pour pallier les divers inconvénients cités, les services chargés de l'Urbanisme en général doivent assurer l'harmonisation d'une multitude de décisions privées et publiques, techniques et financières et ils ne pourront y parvenir valablement que s'ils sont persuadés de leur haute mission, qui est une sorte de Service Public, puisque leurs décisions devront être aussi acceptées par tous les intérêts en présence.
L'immense effort à accomplir dans le domaine du logement, s'il exige déjà du travail, de l'organisation et de l'enthousiasme pour rattraper le retard dû à la guerre, à l'incurie ou à l'imprévoyance des générations antérieures et s'il doit satisfaire, en plus, des besoins nouveaux et urgents, qui découleront d'un renouvellement démographique indispensable à notre pays, réclame aussi que le problème de financement soit résolu et que les capitaux considérables nécessaires soient d'abord rassemblés et ensuite utilisés au mieux.
Pour fournir un logement décent à chaque citoyen il faut que notre Pays résolve deux problèmes essentiels :
- le premier se rapporte aux terrains
- le second au financement de la construction proprement dite, étant entendu que, celui-ci jouant le rôle principal, il convient de lui attribuer une importance essentielle.
Ces deux problèmes délicats vont être examinés successivement dans leurs grandes lignes et dans la même direction de pensée alliant l'Efficacité aux autres principes retenus ici comme fondements de la Société Industrielle.
Aujourd'hui le prix des terrains à bâtir ne fait que croître et atteint des montants de plus en plus importants, surtout dans les zones où vient d'être décidée l'urbanisation, acte administratif, qui ne dépend pas de l'action de l'individu propriétaire du terrain, mais qui dépend surtout de la loi éternelle de l'offre et de la demande.
Beaucoup de causes favorisent la spéculation foncière et immobilière : l'ignorance du public en ce qui concerne la nécessaire rentabilité du logement, l'afflux de la population dans les centres urbains qui provoque immanquablement la cherté du logement (toujours la même loi éternelle de l'offre et de la demande), l'accroissement général des besoins de confort qui entraînent des logements plus vastes, et tout récemment l'ouverture de nos frontières, tous ces faits font le jeu de la spéculation foncière et immobilière.
Tous nos responsables et représentants politiques nous en décrivent les méfaits que nous autres citoyens subissons du fait de l'incapacité où ils sont de mettre sur pied une politique économique globale permettant un volume suffisant de construction adapté aux besoins et aux caractéristiques de l'époque.
Mais c'est surtout le manque de confiance d'une grande partie de la population dans la valeur d'échange de la monnaie qui entraîne et accompagne cette spéculation ; chaque citoyen en effet souhaite, ce qui est simplement normal, retrouver le pouvoir d'achat d'un argent qui a été, très souvent, difficilement économisé.
En transformant ainsi les disponibilités monétaires en biens réels, conservant sûrement leur valeur et mieux encore l'améliorant, ces manières de procéder provoquent un nouvel accroissement d'une demande de nature spéculative, génératrice d'augmentation du prix des logements.
Pour remédier aux hausses constatées depuis longtemps sur les terrains, il serait théoriquement possible de municipaliser ou de nationaliser (1) ces terrains, mais ces solutions sont contraires au droit de propriété, indispensable garantie de la liberté individuelle, d'autant plus que la dépréciation monétaire, dont la hausse des terrains n'est que le signe le plus évident, relève en partie de la conduite de l'Etat.
(1) Il y a plus d'un siècle quand cela était possible, la puissance publique en France n'a pas constitué de réserves foncières contrairement à la Grande-Bretagne ou à la Suède. La cause initiale de cette situation remonte à notre Grande Révolution qui a sacralisé et parcellisé à l'excès la propriété foncière et cette tendance n'a été que renforcée par l'inflation qui sévit chez nous à l'état latent déjà depuis très longtemps, au moins depuis la Première Guerre mondiale. Il n'est donc pas souhaitable de renforcer ces procédés de collectivisation, bien que semblable méthode rencontre généralement des appuis parmi une certaine partie de la population, en raison des sentiments humains de jalousie, qui se rencontrent assez fréquemment dans notre population.
Pour sauvegarder cette Liberté individuelle, une des conditions de la Dignité de l'homme, il nous faut donc rechercher d'autres moyens puisqu'il paraît bien difficile d'éviter l'inflation et que les placements fonciers sont de bons moyens pour que chacun puisse conserver la valeur de ses biens
Quant à la spéculation foncière dans les grandes villes et en particulier à Paris on peut observer que l'attrait de notre capitale est tel que c'est lui qui sous-tend l'accroissement du prix des appartements libres. Tout ce qui est rare est cher ; en plus, avec la facilité des transports, l'ouverture des frontières et l'imbrication des entreprises européennes, il est probable que la hausse se poursuivra encore pendant un certain temps dans notre capitale, relativement moins chère que les autres et recherchée par un bon nombre d'Entreprises étrangères qui tiennent à avoir, sur leur carte de visite, à l'heure prochaine d'ouverture des frontières de notre vieille Europe, l'adresse d'un bureau à Paris.
C'est l'influence de ces différents facteurs qui sont les véritables causes de l'augmentation permanente des loyers à Paris et là, il n'y a qu'un remède, celui de développer encore la construction, le reste n'est que démagogie à une époque où la France tend à s'aligner sur le marché mondial avec l'ouverture sur l'Europe.
Pour tenter, dans les conditions actuelles, de lutter contre la spéculation, il faut s'efforcer d'élargir son champ d'application, puisque celle-ci résulte de la rareté des offres, de la pression de la demande et aussi de l'expérience passée qui confirme la hausse continue du prix des terrains, les propriétaires pris dans le tourbillon de la montée des besoins et des prix ne voyant plus qu'un seul objectif : vendre le plus cher possible, fait contre lequel il est difficile de lutter sans spolier l'individu. Le remède à cette situation par la formule du bail à la construction qui permet au propriétaire de mettre son bien, sans l'aliéner, au service de la construction, tout en lui assurant un revenu, est probablement intéressant et devrait permettre une certaine détente sur ce marché des terrains à bâtir à condition que ce revenu évolue en fonction du coût de la vie simplement par l'accroissement du coût des loyers.
Aussi conviendrait-il que les pouvoirs publics favorisent l'usage de cette formule, par une fiscalité adaptée qui permettrait aux individus de ne pas être spoliés du fait de l'inflation au cours des décennies suivantes, mais ce serait admettre que l'inflation ne peut être maîtrisée sur une longue période.
On pourrait, dans le même esprit d'Equité, suggérer d'autres mesures comme celle qui consisterait à mettre sur pied, dans chacune des régions dont il est question ci-après à propos de l'organisation de notre Etat (1), un Office régional de la Propriété foncière.
(1) 3ème Partie : "Organisation de l'Etat".
La structure de cet organisme pourrait être celle d'une Société d'économie mixte, industrielle et commerciale, et dont l'objectif essentiel serait d'acquérir pour son propre compte, les terrains disponibles dans certaines conditions (2): droit de préemption à un prix d'achat correspondant à la valeur vénale du terrain, valeur qui pourrait être déterminée par l'administration compétente en fonction des transactions voisines déjà effectuées et dont la transparence serait facilitée si un faible impôt sur le capital était institué dans notre pays comme il est indiqué dans le chapitre consacré à l'examen des problèmes fiscaux.
(2) Comme cela existe déjà chez nous avec les S.A.F.E.R. en milieu rural.
Cet Office régional aurait alors la faculté d'émettre, en même temps et en permanence, pour se procurer les moyens financiers nécessaires, des titres fonciers, ou des parts de terrain au mètre carré, qu'il céderait immédiatement à tous les citoyens qui le désireraient, moyennant une faible majoration pour tenir compte des frais de fonctionnement.
Ces parts négociables pourraient être nominatives ; il ne devrait en être attribué qu'un nombre limité à chaque souscripteur. Cette formule aurait le mérite d'intéresser un grand nombre de citoyens à la propriété foncière et par là de lutter contre la spéculation correspondante.
Dans le même temps, l'épargne serait encouragée par la répartition dans le public des titres fonciers, et la lutte contre une détérioration trop sensible du pouvoir d'achat de la monnaie en serait facilitée, puisqu'il serait fait seulement appel à de la monnaie existante.
On peut signaler d'ailleurs que la formule du bail à la construction pourrait, elle aussi, s'accorder avec la création des Offices régionaux de la Propriété foncière dont il vient d'être question.
Quand la décision de construire aura été prise dans telle ou telle zone, l'Office régional de la Propriété foncière correspondant affectera aux divers propriétaire des lots de terrains correspondant au montant de leurs titres fonciers en tenant compte, cette fois, des frais d'équipement collectif. Il va sans dire qu'une cession de ces parts serait soumise à cette même obligation de remboursement des frais d'équipement.
Pour les terrains qui sont actuellement en cours d'aménagement, on peut aussi observer que, s'il est normal que la collectivité assure la mise en place des équipements collectifs et de l'infrastructure nécessaire à la vie du siècle (égouts, voirie, alimentation en eau, gaz, électricité, téléphone, écoles, hôpitaux, parkings, etc ...) créant ainsi le noyau matériel nécessaire, il est surtout moral que la totalité de ces dépenses soit mise à la charge des divers propriétaires, comme cela se fait d'ailleurs, qui voient croître la valeur de leurs biens (les recettes correspondantes devront être utilisées ultérieurement à la construction de nouveaux logements selon le processus indiqué ci-après).
Dès l'abord on peut affirmer que ce problème du financement ne sera vraiment résolu que si la rentabilité du logement est suffisante, ce qui implique déjà que la construction elle-même soit effectuée à des prix raisonnables permettant le paiement de loyers susceptibles d'être réglés sans difficulté exceptionnelle par l'utilisateur. On peut alors observer que le problème du financement serait considérablement facilité si la rentabilité était garantie par les pouvoirs publics, à un taux raisonnable, qui pourrait s'appliquer aussi bien au loyer locatif qu'à l'achat du domicile.
Le financement du logement individuel ne devrait relever, dans une situation économique normale, que de l'emprunt à long terme (20 à 30 ans) et à faible taux d'intérêt (de l'ordre de 5%) pour que celui qui veut construire supporte des charges d'emprunt modérées.
Mais aujourd'hui, en raison de l'ampleur des besoins, ampleur qui est la conséquence à la fois de l'imprévoyance des générations passées, des destructions de guerre, du renouvellement démographique, de l'afflux de la population dans les villes, les pouvoirs publics sont obligés d'intervenir en injectant dans le domaine de la construction des sommes considérables qui ne manquent pas d'avoir un effet inflationniste marqué.
Il serait donc préférable de faire appel aux ressources monétaires existantes, c'est-à-dire à l'épargne puisque celle-ci peut assurer sainement, pour l'ensemble de la population, c'est-à-dire sans inflation, la couverture de ces lourdes dépenses. C'est ainsi que les lois de 1964 qui ont brisé l'initiative individuelle dans la construction d'immeubles confortables destinés à la vente devraient être révisées si elles ne le sont pas encore.
Avant le premier conflit mondial, la rentabilité de la construction étant assurée, la crise du logement locatif était inexistante ; après ce conflit et pendant près d'un demi-siècle, des loyers ridiculement bas ont conduit à une dégradation profonde du patrimoine immobilier de notre pays et à la pénurie de logements dont les jeunes générations ont fait et font encore largement les frais.
Pour remédier à une situation de ce genre, au cas où la situation du budget collectif ne permettrait pas d'attribuer à la construction locative un volume de crédits suffisant, on pourrait suggérer que les pouvoirs publics se contentent de garantir simplement aux investissements privés dans ce secteur une équitable rentabilité en aidant financièrement le locataire au paiement du loyer, par une aide à la personne, pour ceux qui justifieraient de certaines conditions familiales ou sociales.
Quant à l'aide à la propriété du logement personnel, elle pourrait relever d'une procédure analogue, étant entendu que cet accès à la propriété du logement personnel doit être fiscalement encouragé, car celle-ci est la condition fondamentale à la qualité des rapports sociaux.
Le loyer réglé par le locataire d'un immeuble comprend normalement trois parties distinctes :
- la première concerne les frais d'amortissement, c'est-à-dire les frais ultérieurs de reconstruction ;
- la seconde, la rémunération des capitaux investis ;
- la troisième, le règlement des frais d'entretien.
S'il est logique que le propriétaire conserve pour son usage personnel les sommes correspondant à la rémunération des capitaux investis, il n'est pas absolument évident que l'annuité d'amortissement lui soit immédiatement versée puisque, et c'est l'évidence, la durée de vie d'un immeuble étant en général supérieure au demi-siècle, ce seront les successeurs de l'actuel propriétaire qui, bien plus tard, auront la charge de le reconstruire.
On pourrait alors suggérer, en raison des immenses besoins de la construction locative, que les annuités d'amortissement de ces immeubles ne soient pas versées directement au propriétaire actuel mais le soient sur des comptes d'épargne personnalisés, dont les intérêts lui seront directement versés.
Ce sont alors ces comptes d'épargne personnalisés et organisés dans le même cadre régional que les Offices régionaux de la Propriété foncière dont il a été question ci-dessus, qui seraient affectés, moyennant redevance, à des Sociétés régionales de construction locative à créer. Ainsi, sans spolier le propriétaire légal, puisqu'il en recevrait intérêt par une rémunération légitime, cette charge d'amortissement serait mise au service de la construction.
Vu l'urgence qu'il y a à résoudre la crise actuelle, on ne voit pas, là encore, quel argument économique ou moral pourrait s'opposer à une semblable mesure.
Ces Sociétés régionales de construction locative pourraient alors jouer non seulement un grand rôle dans la collecte de l'épargne, mais aussi dans la lutte contre la spéculation immobilière si les pouvoirs publics leur donnaient un statut tel qu'elles puissent, en même temps, émettre des parts immobilières de construction au mètre carré, parts qui seraient aussi négociables en bourse et qui donneraient aux souscripteurs la possibilité d'un revenu garanti, joint à celle de transformer leurs apports en appartements dans la région où ils auraient souscrit.
Pour affermir encore le potentiel financier des Sociétés régionales suggérées, on pourrait leur affecter les prélèvements effectués actuellement sur les plus-values foncières par l'administration fiscale ainsi que les participations des propriétaires de terrains aux investissements collectifs réalisés sur ces terrains.
Il va sans dire que ces organismes de construction devront être surveillés, techniquement et financièrement par les services compétents. Si les pouvoirs publics le veulent, ils ont les moyens de le faire effectivement et ce sera aux spécialistes, à ce moment, de mettre sur pied les mesures juridiques nécessaires pour que ces organismes constituent le pôle d'attraction que réclament la confiance du public et la sécurité de l'épargne.
De cette façon, et progressivement, la collectivité pourra consacrer davantage de ressources provenant de l'impôt à des logements sociaux pour personnes disposant de faibles moyens ou maintenir certaines mesures pour l'accession à la propriété du logement personnel.
Ces sociétés autonomes permettront, en plus, de réduire les prélèvements des intermédiaires existant actuellement entre le constructeur et l'occupant et dont le nombre est probablement une cause non négligeable du coût de la construction.
Etant donné les immenses besoins qui doivent encore être satisfaits dans ce domaine et qui normalement doivent se maintenir encore pendant plusieurs décennies, il importe que notre pays ne néglige aucun effort et c'est pour ces raisons que l'aide au logement social va être examinée, toujours dans la même optique d' Efficacité et d'Equité.
Aujourd'hui les pouvoirs publics doivent s'efforcer d'améliorer non seulement la qualité des nouveaux logements mais aussi celle de ceux qui sont de construction ancienne. Ce sera en effet une bonne politique que d'améliorer le sort des classes laborieuses qui considéreront peut-être, à partir de ce moment, le confort, non comme un luxe mais comme une nécessité qui mérite "effort", ce qui permettrait, par ailleurs, de remédier au délabrement des immeubles modestes.
Pour aboutir à un tel résultat, il n'est possible que d'accroître le montant des loyers, mais pour que ceux-ci puissent être supportés sans difficulté, il faut d'abord que notre pays soit actif, que le salarié soit rémunéré suffisamment et qu'ensuite l'Etat consente une aide personnalisée pour les revenus modestes afin que le loyer assure la rémunération des capitaux investis.
C'est donc le choix d'une politique économique qui visera à l'Efficacité qui apportera la meilleure réponse dans ce domaine du logement locatif social.
Dans le chapitre "Syndicalisme", on suggérera de tenir compte dans la rétribution du salarié, de son Efficacité personnelle au moyen du salaire en trois parties qui doit permettre de relever surtout les bas salaires. Cette méthode serait probablement la plus efficace pour accroître le budget logement des citoyens et en améliorer aussi la qualité.
L'aide locative personnalisée, qui pourrait par exemple être versée directement à l'organisme gestionnaire, permettra aussi de remédier à la ségrégation sociale que l'on rencontre maintenant dans les grandes concentrations urbaines où les mêmes familles sociales se retrouvent chaque jour avec leurs préoccupations, alors qu'autrefois cette ségrégation, en étant moins apparente, nuisait moins aux relations.
Le but de l'aide personnalisée doit être aussi de permettre à des personnes de condition plus modeste, de cohabiter avec d'autres dont les conditions matérielles sont plus élevées. D'ailleurs, pour simplifier l'aide sociale au logement, ne pourrait-on pas, tout simplement, autoriser chaque citoyen à déduire de son revenu imposable une certaine somme qui serait à la fois fonction de son revenu et de ses charges familiales ? Il y a là semble-t-il matière à réflexion et à calculs pour tous nos spécialistes et l'on pourrait suggérer qu'ils se penchent sur une solution de ce genre.
Dans le même temps, il faudra aussi s'efforcer de définir, même approximativement, le pourcentage des ressources à affecter au logement, comparativement à celui nécessité par l'automobile, les vêtements ou la nourriture (1).
(1) Le choix entre ces biens de consommation est aussi un des critères de la Dignité de l'homme, mais celui du logement également et ce n'est pas aller contre la manifestation de la liberté que d'attribuer une valeur approximative au logement.
Sous prétexte de ne pas aggraver le budget des individus et leur permettre de consacrer à l'automobile et à la nourriture une part importante de leurs ressources, on en arrive aux suites inévitables : augmentation inimaginable du prix des logements libres d'occupation du fait de la demande, de la rareté des offres et du manque de confiance du public dans la monnaie.
C'est pourquoi la lutte contre la spéculation immobilière demandera d'abord le rétablissement de la notion de concurrence par un accroissement sensible de la construction dans le secteur locatif, ensuite une moralisation du prix des terrains qui pourra probablement être obtenue en appliquant des formules du genre de celles suggérées ci-dessus, à condition cependant que la gestion de l'Etat soit équilibrée pour ne pas mettre en cause le pouvoir d'achat de la monnaie. Car c'est en effet la détérioration de la valeur de la monnaie qui est une des causes principales de l'accroissement sensible et trop rapide du prix des terrains disponibles.
C'est de cette façon et de cette façon seulement que le public ne se précipitera pas sur des appartements, soit pour éviter de tout perdre, soit pour gagner beaucoup, sans ne rien faire d'utile.
On peut enfin observer que si une politique de rentabilité de la construction est adoptée et mise effectivement en vigueur, l'Etat pourra imposer normalement la propriété foncière et retrouver, en imposant les individus, une source de revenus non négligeables, dont il a toujours besoin.
Quelles que soient finalement les mesures qui seront adoptées dans le secteur du logement, il faudra que les pouvoirs publics persuadent tous les citoyens de ce pays que le logement est un service coûteux et qu'ils doivent en conséquence payer ce service à sa valeur (contrôlée par les pouvoirs publics pour les logements sociaux ou ordinaires, résultant de la loi de l'offre et la demande pour les autres), s'ils ne veulent pas faire supporter à leurs enfants des conditions de vie anormales.
Il sera aussi souhaitable que l'aide des pouvoirs publics soit personnalisée pour que les individus prennent conscience, petit à petit, des efforts et de l'action de l'Etat, c'est-à-dire de leurs voisins, contribuables inconnus.
On peut alors affirmer que, dans notre pays, et après tant d'années remplies de discours et de promesses, nos responsables politiques ou économiques n'ont pas encore été capables de mettre sur pied une politique cohérente, courageuse et globale du logement, puisque c'est chez nous que la hausse des terrains a été la plus forte, que les coûts de construction sont les plus élevés, que les loyers libres sont les plus chers, et que le moment où l'équilibre entre les besoins et les disponibilités de logements est probablement le plus éloigné. On peut cependant observer qu'en 1992, apparaissent sur les murs des beaux quartiers de Paris les premiers panneaux annonçant des locaux à louer ou à vendre.
Pour résoudre le difficile problème du logement, il faut s'efforcer d'abord de mettre l'intérêt individuel au service de la collectivité au moyen d'une législation qui respecte et encourage l'effort. Une attitude de ce genre est préférable à celle qui consiste à confectionner une législation complexe et coercitive qui a peu de prise sur les habitants de ce pays évolué et individualiste, lesquels utilisent toutes les ressources et les subtilités du droit, de la procédure et de l'astuce pour passer à travers des règlements qui ne peuvent être qu'incomplets.
Il faudra aussi simplifier les règlements administratifs et faciliter les échanges d'appartements pour réduire les transports journaliers et tout cela demande beaucoup d'efforts, de capitaux, de travail, de technique, mais tout cela ne l'avons-nous pas ?
Il faudra ensuite nous mettre effectivement à la tâche en réhabilitant nos immeubles et surtout en en construisant beaucoup d'autres. Pour que ces derniers objectifs soient plus facilement atteints, il est nécessaire que l'Urbanisme citadin, qui va marquer, pendant un siècle au moins, la physionomie de nos villes, soit en quelque sorte le maître d'oeuvre d'une politique d'ensemble qui, en s'appuyant sur toutes les ressources de la technique moderne, ne négligera pas pour autant l'apport culturel et le goût du passé qui s'est souvent exercé chez nous de façon harmonieuse.
Et, puisque la rentabilité même du logement est la condition d'origine de l'effort de construction qui mettra fin à la pénurie et aux injustices, il faudra aussi que la monnaie conserve un pouvoir d'achat aussi stable que possible, pour que chaque citoyen soit disposé à prêter ses disponibilités.
Alors, il nous faut seulement de l'organisation et de la méthode et celles-ci ne pourront être obtenues que dans la bonne humeur, la cordialité, c'est-à-dire dans l'Urbanité de l'action qui nous permettra de vivre en harmonie tous ensemble en l'an 2000, dans une France Industrielle, Efficace et Européenne dans cette l'Europe de l'Economie Moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacité et de l'Equité, qui est souhaitée ici.
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