1ère partie : Principes et Perspectives pour la Société Moderne
Idéal ou Vérité / Réalité ou Illusion

XI. Autres conceptions nécessaires

Après avoir évoqué les principales conditions qui doivent permettre une application loyale de la devise Dignité, Equité, Urbanité, Efficacité devant présider à l'épanouissement de la Société Technique, il faut encore citer quelques conceptions qu'il conviendra que chaque citoyen, responsable ou exécutant, ait toujours présentes à l'esprit car elles s'intègrent parfaitement à une vision réaliste, adaptée à la période de transformation accélérée que toute l'humanité traverse.

Les voici énumérées simplement, sans ordre préférentiel :

- Le choix politique étant à l'origine du développement d'une communauté, il faut qu'il se réfère aux perspectives futures et non pas seulement aux souvenirs du passé, puisque la vie ne revient jamais en arrière, ce qui n'empêche nullement de se reporter aux expériences vécues et aux exemples. Dans l'état actuel, c'est le choix entre la facilité future et la satisfaction immédiate, quel que soit son intérêt, qui doit séparer les grands courants de pensée. Il faut renoncer dorénavant aux oppositions d'ordre idéologique préjudiciables à l'Efficacité, gage du progrès social.

- Les grandes idées qui enthousiasment les hommes et les font agir, jaillissent souvent d'idées simples. Si les connaissances techniques ou autres sont nécessaires à ceux qui ont une responsabilité collective, le simple bon sens est toujours indispensable à leur action.

- Tous les métiers sont nécessaires et la vie courante exige que chaque individu soit persuadé de la nécessité des plus humbles.

- Il convient donc de remettre à l'honneur l'exécution du travail. Sans elle, les plus belles constructions de l'esprit ne peuvent se concrétiser dans le monde réel ou nous vivons et il est de la plus haute importance que le travail manuel soit aussi bien considéré que le travail intellectuel. La simple exécution a toujours été capitale dans le devenir de l'homme. Aujourd'hui elle l'est encore davantage avec les applications techniques de la Science, car si l'exécutant ne fait pas le travail demandé, c'est l'arrêt immédiat de toute production ou de tout service quelle qu'en soit la nature.

- Si le fonctionnement de la Société Industrielle peut être encore perfectionné et la répartition des richesses encore plus équitablement assurée, il va sans dire que ce n'est pas dans l'anarchie que ce résultat pourra être atteint.

- Il est alors de la plus haute importance pour l'avenir que le Syndicalisme salarial qui encadre le travail, bien plus que ne le fait aujourd'hui l'employeur, se réfère aux notions économiques et à la rentabilité. Un Syndicalisme salarial qui refuserait, pour préserver la douceur de vivre, d'améliorer la productivité du travail et resterait, en ronronnant doucement, à l'époque passée des corporations, serait, dans ces conditions, incapable de remplir sa mission à l'époque de la Société Industrielle puisqu'il doit être justement, comme elle, en perpétuel devenir.

- Le droit de propriété est logiquement la récompense du travail, c'est un droit sacré pour l'individu, à la société de veiller cependant à ce que ce droit ne se transforme pas, dans l'application pratique, en un privilège exagéré, donc immoral ; à la collectivité également de prévoir les mesures indispensables pour le limiter éventuellement s'il s'oppose à ses intérêts vitaux. A ce sujet, on peut d'ailleurs remarquer que la production globale d'une collectivité, à un moment donné, forme un tout. Si la part de certains est trop élevée, la part des autres est obligatoirement réduite. Comme la liberté doit s'arrêter, pour un individu, à la frontière délimitant celle du voisin, le droit au Profit personnel ne doit, en aucun cas, empiéter sur celui des autres. Si la société accepte de bon coeur une Equité effective, la notion de Profit retrouvera un sens acceptable en combattant l'égoïsme qui l'accompagne souvent.

- Le droit de l'homme au travail est aussi sacré que celui de la propriété personnelle. Il incombe aux pouvoirs publics de poursuivre une politique visant au plein emploi, en prenant en même temps les indispensables mesures de formation professionnelle, permettant éventuellement au salarié de se reconvertir, afin de suivre et même de précéder les transformations incessantes des activités économiques modernes.

- La vie collective exige que les responsables chargés de son organisation soient munis non seulement des connaissances scientifiques ou techniques, mais aussi et surtout des qualités morales qui s'appellent honnêteté, sincérité, sens de la justice, cordialité. Pour ces élites, le service de la collectivité doit être, avant tout, source de profits collectifs et non seulement prébendes personnelles.

- L'Etat, juge et arbitre des intérêts supérieurs de la collectivité, doit se faire obéir et mettre un terme aux coalitions d'intérêts particuliers et à l'anarchie éventuelle de ses services. Il lui faut donc être efficacement renseigné sur leur fonctionnement ; et le civisme, la morale et l'honnêteté intellectuelle de ses représentants responsables sont les qualités les plus appréciées.

- Quant à l'Administration avec un A majuscule, elle est non seulement le pilier sur lequel repose la vie quotidienne de chaque citoyen, mais aussi le fondement de l'action permanente de l'Etat, considéré comme le gérant des intérêts supérieurs d'une collectivité nationale. Une fois définis des règlements faciles à comprendre et d'application aisée, l'Administration devra s'efforcer de les adapter aux nécessités de la géographie humaine, de l'histoire ou des traditions dans l'optique d'une décentralisation mesurée, pour respecter toujours la Dignité des citoyens. L'Administration n'est pas non plus une fin en soi, elle est au service de tous et doit donc être acceptée et soutenue par tous.

Dans les organismes en contact direct avec le public, les rapports humains doivent être empreints d'humanité et de cordialité, c'est à dire d'Urbanité ; n'est-ce pas là une bonne façon de rendre plus agréable la vie courante ? Une bonne méthode pour humaniser les contacts entre des Administrations de plus en plus tentaculaires et le public serait de désigner dans chacune d'elles une personne compétente chargée de recevoir les doléances des administrés et d'y répondre, étant entendu que des sanctions effectivement appliquées soient prévues pour remédier au manque de courtoisie, constaté quelquefois, du personnel administratif.

- Les solutions à un problème humain doivent être mises sur pied avant que les passions ne le rendent inextricable, et si les solutions correspondantes résident souvent dans un juste milieu, elles ne devront jamais être prises ni dans le déchaînement des passions, ni dans l'espoir de l'indifférence et de l'oubli.

- Les abus provoquent toujours une réaction en sens inverse, d'autant plus violente qu'elle est inévitablement à la mesure de l'abus qui lui a donné naissance.

- La confiance entre exécutants et responsables, conséquence de l'Urbanité des relations humaines, est indispensable à l'exécution enthousiaste du travail, c'est-à-dire finalement à l'Efficacité.

- Tout service ou travail doit être rémunéré à sa juste valeur sinon la pénurie, la routine et la vétusté s'installeraient, entraînant des conséquences sociales ou économiques inévitables (ex. la crise du logement dans notre pays dans l'après-guerre). Sauf cas très particuliers, un prix trop bas, dit social par les politiciens à courte vue, est antisocial au plus haut point, puisqu'il engendre le plus souvent une pénurie, pénurie qui affecte surtout les moins favorisés.

- Dans un ordre d'idées voisin, il convient d'insister sur la nocivité des déficits considérables de certaines entreprises à caractère industriel et commercial, propriété de la Nation, et qui proviennent très souvent d'insuffisances des tarifs et de l'emploi d'un personnel trop nombreux. Ces déséquilibres financiers, au bénéfice des citoyens usagers, ne peuvent être comblés que par le budget de l'Etat, c'est-à-dire au moyen des impôts payés par ces citoyens en tant que contribuables. Génératrice d'inflation, cette méthode est d'autant plus condamnable qu'elle retarde ou annule certains travaux collectifs ne pouvant être financés que par le budget de l'Etat.

- Les phénomènes en dents de scie sont néfastes et coûteux. Il convient de les remplacer, chaque fois qu'il est possible, par des mouvements continus ou de faible amplitude (par ex: l'étalement des congés annuels ou des pointes d'activité dans une journée).

- La stabilité de la monnaie est souhaitable, d'abord pour l'économie puisqu'elle joue le rôle d'instrument de mesure, et ensuite et surtout parce qu'elle a une influence prépondérante sur le civisme et le comportement moral des citoyens. Jusqu'à présent, en raison de ses énormes dépenses, l'Etat a été souvent à l'origine de l'inflation. Aujourd'hui le développement d'une économie de surconsommation entraîne une inflation due, à la fois, à la distribution du crédit et à la pression salariale. En raison des dangers moraux que comporte une altération par trop rapide du pouvoir d'achat de la monnaie, il serait particulièrement utile que le Syndicalisme salarial mette au service de la défense de la monnaie son immense pouvoir de persuasion.

- Si l'accroissement du pouvoir d'achat du salarié est nécessaire, en revanche, l'amenuisement du pouvoir d'achat de la monnaie, qui est aussi la conséquence d'une inflation de nature salariale, n'est que ruine pour l'immense majorité des citoyens. On peut d'ailleurs noter à ce sujet que l'investissement productif permet de lutter contre l'inflation puisqu'il autorise la réduction des coûts de production et facilite ainsi la stabilité du pouvoir d'achat de la monnaie. Il conviendrait donc que le Syndicalisme salarial, composante prépondérante du pouvoir économique ou quatrième pouvoir de l'Etat à l'époque de la Société Industrielle, soit pénétré de la justesse de cette observation et qu'il oeuvre dans ce sens.

- L'amour raisonné du pays natal ou de la collectivité ethnique d'origine élève les sentiments de l'individu, le nationalisme excessif ou chauvinisme les réduit aux brutalités d'un animal malfaisant.

Il convient d'indiquer à ce propos que le développement des relations, à l'intérieur comme à l'extérieur d'un pays, grâce aux meilleurs moyens de transports et à la diffusion des langues étrangères, enrichit beaucoup nos connaissances. Mais ce phénomène implique aussi une ouverture d'esprit telle qu'elle facilite l'adaptation aux circonstances et aux coutumes étrangères.

Malheureusement on peut constater, avec regret, que le racisme et le chauvinisme, expressions étroites des Volontés de Puissance et de Domination, existent encore dans tous les pays, évolués ou non, en perpétuant leurs ravages. C'est sans aucun doute le devoir des nations les plus éduquées et cultivées d'enseigner la malfaisance et la vanité de ces conceptions, et la simple morale exige qu'il soit mis un frein à ces excès d'un autre âge et on peut noter que ces sentiments deviennent aigus dès qu'il existe à l'intérieur d'un Etat une minorité ethnique importante.

- Le seul remède à ces difficiles problèmes réside, d'une part, dans une large tolérance des populations majoritaires et, d'autre part, pour la population minoritaire, dans un abandon de certaines conceptions qui sont le plus souvent de nature politico-religieuses qui leur font refuser volontairement leur intégration, tout en profitant des avantages matériels du pays d'accueil (1).

(1) C'est ce qui se passe maintenant chez nous dans les populations musulmanes immigrées avec la pression morale de l'Islam intégriste sur ces populations.

Ce qui justifie encore la formule chacun chez soi à l'époque de la Société Industrielle.

- L'ensemble de l'appareil juridique, mis en place au cours des siècles pour tenter de résoudre les inévitables conflits d'intérêt ou les différends entre les hommes, doit être adapté aux conditions actuelles. Si l'ensemble des institutions judiciaires a été ridiculisé par nos auteurs classiques, c'est parce que, déjà, au dix-septième siècle, les procédures et le jargon utilisés par les magistrats, avocats, huissiers ou autres auxiliaires de justice, étaient désuets. A une époque où l'Efficacité doit être le souci majeur de l'homme, il faut remédier à la lenteur de procédés archaïques, par ailleurs incompréhensibles au citoyen quelconque pour redonner à la justice le rôle important qu'elle doit jouer dans la vie collective.

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