1ère partie : Principes et Perspectives pour la Société Moderne
Idéal ou Vérité / Réalité ou Illusion

X. Conditions propres aux relations humaines

La première de celles-ci se rapporte au respect de la loi, garante de la paix intérieure de l'Etat, la seconde a trait à l'Autorité et à la Contestation dans les divers domaines de la vie collective.

1. Le Respect de la Loi

Etablie par le législateur, la loi est la garantie de la Dignité, c'est-à-dire de la liberté de chacun, dans le respect de celle du voisin.

Il y a deux façons de faire appliquer la loi, on peut soit surveiller son fonctionnement a posteriori, en constatant les infractions et en les sanctionnant ou encore soumettre l'individu au régime de ce que l'on appelle l'autorisation préalable pour exercer sa liberté.

Le premier système caractérise un régime libéral, le second un système qui l'est beaucoup moins.

Ce sont d'ailleurs les exagérations propres au premier système qui amènent à songer au second.

Il n'est que de voir par exemple le rôle de l'Information dans les déchaînements et les déchirements actuels de l'opinion, pour s'interroger sur la fonction de l'Etat, qui le plus souvent ne peut que laisser faire.

De la façon dont l'Information comprendra son rôle moderne, découlera dorénavant le fonctionnement de la Société.

2. Autorité et Contestation

Depuis très longtemps, mais surtout depuis la Seconde Guerre mondiale, tous les pays du monde, et particulièrement le nôtre, souffrent d'une crise d'autorité, de contestation générale, voire d'anarchie. Elle se manifeste dans tous les secteurs de l'activité humaine, qu'il s'agisse des administrations, des entreprises ou du pouvoir politique, même si le principe majoritaire est accepté pour le gouvernement de l'Etat.

Il est évident en effet qu'avec les complications inhérentes à une Société Industrielle aux mécanismes de plus en plus délicats, la contestation permanente à tous les échelons ne pourrait conduire qu'à la paralysie générale de l'activité qui risquerait d'entraîner par réaction la dictature politique.

Le fonctionnement correct de la Société démocratique actuelle, dans un régime qui se réfère à la Liberté, présuppose le libre consentement de tous les citoyens, à tous les niveaux : étudiants devant leurs maîtres, exécutants devant leurs responsables.

Mais actuellement, à chaque occasion, de nombreux citoyens par la voix de leurs représentants politiques ou syndicaux sont en rébellion chronique et permanente contre n'importe quelle décision de l'autorité compétente.

Cette crise se rencontre partout : un jour les agriculteurs mécontents barrent les routes, le lendemain les camions font l'escargot pour paralyser la circulation, d'autres jours ce sont les salariés des grands services publics, comme les transports, la poste ou la distribution d'électricité ou de gaz, ou même les enseignants qui s'abstiennent de travailler, d'autres fois ce sont les représentants de l'administration fiscale qui font les frais du mauvais vouloir des commerçants et, en tout temps, les représentants de la force publique, salariés eux aussi, qui sont l'objet de manifestations désagréables, voire hostiles.

Il résulte de ces procédés des pertes de temps telles qu'elles compromettent non seulement le fonctionnement des Entreprises, mais aussi celui des Services Publics et même celui des Institutions.

Les hauts responsables passent alors une grande partie de leur temps à discuter pour un oui ou pour un non, soit avec leurs administrés, soit avec leurs salariés, au lieu de s'occuper des véritables problèmes techniques qui sont de leur compétence.

Jusqu'à présent l'antagonisme latent entre responsables et exécutants était passé sous silence car la filière autoritaire maintenait la cohésion nécessaire au fonctionnement de la société. Mais aujourd'hui il n'en est plus de même et le remède dans ce pays latin est difficile. Il faut pourtant que l'individualisme outrancier de notre peuple se tempère et qu'il consente à réduire sa tendance naturelle à l'anarchie et à l'indiscipline.

La participation devrait permettre de remédier à certains de ces excès, sous réserve qu'elle soit mesurée, sinon le remède serait pire que le mal.

Il reste que l'autorité librement consentie est sans doute la meilleure médication.

Mais, en plus de ces contestations actuelles, il s'en manifeste d'autres même dans la cellule familiale et celles-ci sont probablement la conséquence de l'éducation très libérale donnée par les adultes dans tous les pays du monde, après la Seconde Guerre mondiale, et de l'action des divers moyens audiovisuels, les médias comme l'on dit aujourd'hui.

En raison de l'importance de la formation de notre jeunesse, c'est dans la conclusion de cet essai que l'on précisera son rôle dans le renouveau nécessaire.

Toutefois on peut observer, dès maintenant, que ce sont surtout nos enfants qui subissent davantage l'influence des changements de vie apportés par la Société Industrielle, et en particulier par l'urbanisation anarchique qui éloigne les grands-parents des adultes et surtout par le travail féminin qui contraint les parents à des déplacements épuisants, qui les obligent à revenir trop tard, le soir, vers leurs enfants et ne permet plus de longs contacts affectifs avec eux.

Ce sont ces faits qui amènent la Société permissive dont les adultes commencent à percevoir les dangers.

Mais il est probable que cette forme de Société est aussi la conséquence de l'influence de certaines élites, par trop éloignées des choses pratiques et qui répandent à longueur de jours et de plume le doute et la critique négative, conséquences d'une éducation éloignée de la pratique de la vie courante.

Il n'est pas étonnant qu'il en résulte une crise de l'esprit dont nous n'aurions pas fini de supporter les conséquences si les adultes ne réagissaient pas, car l'anarchie en serait la conséquence fatale, qui ne manquerait pas d'amener, à la fois la paralysie de la vie courante, puis, plus tard par réaction, la dictature politique avec la suppression de la Liberté.

On peut enfin indiquer que les études auxquelles se livreront les différents responsables de nos collectivités seront plus profitables si elles s'effectuent en même temps sous l'égide de l'Urbanité et c'est pour obtenir la bonne marche de tout le réseau hiérarchisé des rapports humains qu'il convient désormais d'honorer la franchise, la loyauté et le respect des engagements pris.

3. Franchise, Loyauté, Respect des engagements

Rien n'est plus néfaste aux relations humaines que la mauvaise foi et le mensonge, rien de solide ne peut être construit sur la tromperie ou l'équivoque. Si l'Information joue un rôle majeur dans le développement des qualités mentionnées, encore faudrait-il qu'elle soit à la fois complète et aussi objective que possible, et que les individus auxquels elle s'adresse soient suffisamment formés et évolués pour connaître les sujets ou les thèmes sur lesquels ils sont appelés à émettre un jugement.

En fait ces conditions ne sont jamais complètement remplies et sont alors des vues de l'esprit. En particulier si une certaine discrétion se conçoit fort bien, dans l'état présent de division du monde, à l'échelle des hauts responsables qui doivent gouverner avec des informations généralement ignorées de la plupart des citoyens et où l'exposé de ces informations, sur la place publique, relèverait de la démagogie, il n'en est pas moins vrai que les relations dans la vie quotidienne doivent s'inspirer aujourd'hui de franchise, de loyauté et tendre à une vérité quasi absolue.

C'est pourquoi la rédaction de Chartes de Loyauté réglant tous les rapports professionnels ou humains doit être entreprise.

Le monde a évolué, les hommes se sont instruits, leur intelligence s'est développée, et c'est à juste titre qu'ils ne peuvent plus concevoir d'être bafoués, ou trompés, et leur conscience leur interdit d'accepter des procédés de cette nature.

A la loyauté et à la fidélité aux engagements pris s'ajoutent :

4. Simplicité et Clarté.

Si les conditions de la vie technique et scientifique du siècle sont complexes et requièrent de plus en plus d'hommes munis de connaissances approfondies et étendues en mathématiques, en sciences et en techniques diverses, et si elles imposent aussi l'emploi d'un langage spécial qui risque d'être mal compris ou mal interprété par les non initiés et, en particulier par les vulgarisateurs, on peut souhaiter cependant que la complication s'arrête là! Il convient donc déjà que les diverses organisations administratives qui vont de pair avec le fonctionnement de la vie moderne se mettent aussi à la portée de l'homme en promulguant des règlements clairs et d'application aisée.

Ce sera là le meilleur moyen de les rendre Efficaces.

C'est d'ailleurs cet amour exagéré de la complication propre aux élites de notre pays et des autres, qui, probablement, a donné naissance à ce dicton populaire : Pourquoi faire simple alors qu'il est si simple de faire compliqué?

Quant au sens de la simplicité et de l'idée générale, il est de la plus haute importance que tous les responsables et en particulier ceux du Pouvoir Politique et du Pouvoir Technique, quatrième pouvoir de l'Etat moderne, les possèdent à un niveau élevé car les solutions qui engagent la vie des êtres humains doivent être simples pour être à leur portée.

Malheureusement on ne peut pas toujours dire que les réponses faites par nos élites responsables soient en accord avec ce souci. Bien souvent ces élites ne tiennent pas suffisamment compte, ni des réalités dans l'exécution de desseins ambitieux, ni de la puissance relativement limitée de notre pays.

Le sens de la simplicité et celui de l'idée générale qui découlent l'un et l'autre du principe de "Centralisation de la pensée et de Décentralisation de l'action" sont souvent, l'expression du simple bon sens (1).

(1) On est malheureusement obligé de constater que certaines décisions des pouvoirs publics défient très souvent le simple bon sens. Le citoyen contribuable se souvient par exemple des abattoirs de la Villette, de la desserte de l'aéroport d'Orly et des Halles de Rungis, ou du fait d'avoir fondé en 1960 notre développement industriel, en grande partie, sur un pétrole dont nous n'étions pas maître. Et ce citoyen contribuable n'a même pas la satisfaction de voir ces erreurs économiques sanctionnées, car elles sont reprises par des partis politiques, qui en dissolvant l'idée de bonne gestion, s'en servent surtout comme un motif de hargne au mieux de leurs intérêts électoraux.

5. Morale et Civisme

A notre époque, face à tant de civilisations et de cultures, il serait aventureux de définir la morale dont le but est de tracer une frontière entre le bien et le mal, et d'établir une échelle de valeurs.

La morale joue dans les relations humaines un rôle aussi important que le bon sens, la logique, la franchise ou la simplicité, mais il existe plusieurs morales qui, issues de doctrines religieuses ou philosophiques et transmises par l'éducation, dépendent du milieu spirituel et même du climat dans lesquels grandit et vit l'individu, aussi s'abstiendra-t-on de définitions précises dans ce domaine.

En revanche, le civisme peut être défini comme la forme moderne du devoir et de la conscience professionnelle de tous les responsables, à tous les niveaux, car l'action de ceux-ci détermine à la fois la vie matérielle et les relations humaines.

Servir la collectivité, c'est pour tous les responsables faire passer l'intérêt général avant l'intérêt personnel, et même aussi avant celui d'administrations tentaculaires privées ou publiques quand il s'oppose à l'intérêt commun.

Il semble donc aisé dans ces conditions de définir le civisme pour ceux qui sont responsables du fonctionnement des services aujourd'hui indispensables à la vie collective.

Malheureusement on est obligé de constater que la satisfaction des besoins du public, but évident de certains services, subit actuellement un certain nombre de dégradations dans de nombreux secteurs. Il n'est que de rappeler par exemple, les difficultés qu'éprouvent les familles devant les arrêts de travail du personnel enseignant ou celles de toute la population quand la grève entrave les transports ou la distribution du courrier ou de l'électricité.

Or il n'est ni normal, ni moral en effet, que l'ensemble de la population subisse à tout moment directement les contrecoups de revendications salariales et il conviendrait à cet égard que les responsables du Syndicalisme salarial aient une conception élevée du civisme, d'autant plus importante que la Société Industrielle ne peut plus s'accommoder de l'arrêt de services indispensables à la vie collective, quel que soit le bien fondé des revendications en cause.

C'est surtout au moment des périodes troubles de notre histoire que cette absence de civisme se fait le mieux sentir ; il n'est que de rappeler par exemple la conduite anarchique des Gaulois devant César au début de notre ère, les combats entre Bourguignons et Armagnacs pendant la guerre de Cent Ans, les guerres de religion, la Fronde, faits déjà anciens, et ceux plus récents, mutineries de l'armée en 1917, collaborateurs de 1942, spéculateurs de 1968-69-73-74 pour mieux prouver que le civisme de nous autres, Français, se heurte rapidement à des limites dont l'exemple vient souvent d'en haut.

Il serait donc particulièrement désirable que ces citoyens membres de partis politiques règlent leur action au-delà de leurs intérêts personnels et au-delà de leur soif de puissance, en participant simplement à l'établissement d'un régime de justice dans lequel les droits et les devoirs seront répartis dans un même esprit d'équité, en évitant ainsi les contraintes exagérées d'une société trop réglementée et l'anarchie d'une société trop indulgente, comme ne manquerait d'être celle que certains qualifient de permissive.

Le civisme conduit aussi à évoquer les relations qui ne manquent pas d'exister entre le pouvoir politique de l'Etat et l'argent, puisque la structure de notre société repose, d'une part sur l'Efficacité de l'action, c'est-à-dire sur le Profit, et, d'autre part, sur la Démocratie, c'est-à-dire sur l'élection et le libre choix politique.

Récemment encore, le capitalisme classique avait une puissance limitée du fait du grand nombre d'entreprises petites et moyennes, aucune ne pouvant dominer ; le pouvoir de l'argent était réduit.

Il en était aussi de même pour l'élection ; le caractère limité de l'information restreignait le pouvoir de l'argent et l'organisation de partis politiques fondés sur les cotisations de nombreux adhérents allait dans le même sens et permettait une meilleure indépendance du régime démocratique par rapport à l'argent.

Aujourd'hui il n'en est plus de même ; le plus souvent, l'absence de civisme pose en termes nouveaux les relations entre le pouvoir politique et l'argent. Les grandes firmes ont une telle puissance qu'elles contrebalancent, le dépassant même, le pouvoir de l'Etat, et le développement des moyens d'information exige de telles sommes que les partis politiques, fondements de la démocratie, sont naturellement tentés de s'appuyer sur des ressources financières provenant soit d'entreprises, soit même de pays étrangers, moyennant certaines compréhensions, compréhensions qui ne manquent pas de rendre ces partis politiques encore plus dépendants de l'argent.

Pour éviter de tels risques il n'est encore besoin que de recourir au civisme qui permet de définir la frontière entre le légal et l'illégal, entre l'honnêteté et la concussion, tout en prévoyant des sanctions exemplaires et immédiates pour des contrevenants, qui ne devraient jamais avoir le droit de s'auto-amnistier, comme cela se passe malheureusement depuis de trop nombreuses années par des votes de complaisance d'assemblées politiques, qui cacheraient seulement leurs malversations et qui les déconsidèrent vis-à-vis de l'ensemble des citoyens honnêtes.

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