1ère partie : Principes et Perspectives pour la Société Moderne
Idéal ou Vérité / Réalité ou Illusion

VIII. Conditions indispensables au bon fonctionnement de la Société Industrielle

Si la devise suggérée dans les pages précédentes paraît susceptible de présider au fonctionnement de cette forme de société et conduire à une nouvelle amélioration du sort matériel de chacun, il faut donc satisfaire à trois conditions :

1 - que la Dignité de chaque peuple ou de chaque ethnie soit respectée, ce qui implique qu'en toutes circonstances le respect de l'indépendance de chaque pays le soit par tous, y compris surtout par les puissants, compte tenu de leurs caractéristiques historiques et de leurs traditions.

2 - que l'Equité soit assurée, par une répartition équitable mais non égalitaire des fruits de la Production entre le travail et les moyens matériels qui le permettent et le facilitent.

3 - que la Vie Politique soit paisible et que le pouvoir exécutif de l'Etat applique dans le calme une politique économique bien adaptée.

Chacun de ces impératifs va être examiné successivement.

1. Respect de la Dignité

Avec les conceptions humanistes de cet essai, l'Indépendance Nationale apparaît comme indispensable au respect de la Dignité, premier terme de la devise suggérée pour notre société technique.

Elle est donc à placer en tête des conditions nécessaires à l'application effective de cette devise. Si l'Indépendance Nationale pour tous les peuples est à l'origine du respect de la Dignité elle devra entraîner le renoncement définitif des Etats aux Volontés de Puissance et de Domination puisque celles-ci risqueraient aujourd'hui d'entraîner des destructions sans précédent en raison de la puissance des armes modernes.

Pour montrer à tous les habitants du globe que le respect des indépendances nationales ou éventuellement des ethnies quand elles sont importantes, tout en restant minoritaires dans le cadre de l'Etat, est nécessaire, voire indispensable à l'époque de la Société Industrielle, il suffit d'abord d'utiliser les expériences de l'Europe dans ce domaine et préciser le sens que l'on peut attribuer aujourd'hui aux concepts de Nation et d'Etat hérités du passé.

a) La Nation et l'Etat

Si l'on se réfère à l'étymologie, Nation dérive du latin natio qui signifie peuplade, tribu, espèce, nom lui-même en rapport avec le verbe nascor qui implique la naissance. Le mot Nation désigne ainsi une parenté ou une origine commune. Ainsi, à l'Université médiévale de Paris par exemple, les étudiants étaient groupés en Nations : France, Picardie, Normandie, Germanie.

Quant au mot Etat, il découle lui aussi du latin status qui signifie, entre autres choses, la forme du gouvernement nécessaire à l'organisation de la vie en commun dans une société humaine.

Les faits importants qui ont présidé à la naissance des diverses formes d'Etat

L'homme en effet - être politique, c'est-à-dire vivant en société - se voit obligé de cohabiter avec ses semblables et c'est l'Etat qui est chargé d'établir les règles assurant cette cohabitation ; c'est ce qui amène à rappeler les faits qui ont présidé à la naissance des diverses formes d'Etat.

Celles-ci vont se définir peu à peu, simplement en fonction de la plus ou moins grande facilité de transports, c'est-à-dire de la géographie physique qui influencera rapidement les mentalités des populations et par là leur organisation politique. En effet, si une population dispose de moyens de transport faciles, comme ceux qui résultent de la présence d'une voie d'eau qu'elle soit maritime ou fluviale, les échanges de produits ou d'idées seront facilités ; si, en revanche, les transports sont difficiles comme ce fut le cas pendant des centaines et des centaines d'années, avant l'invention du chemin de fer quand les populations ne disposaient, au mieux, que de voitures à chevaux, les échanges étaient presque inexistants et les habitants vivaient en cercles fermés repliés sur eux-mêmes donc en autarcie.

Il est alors résulté de la présence ou de l'absence de la voie d'eau, seul moyen commode à l'époque où débutait la vie collective sur le globe, deux types de sociétés :

- le premier correspond à la société marchande des grandes villes,

- le second est celui du monde agricole et des bourgs ruraux.

Au premier mode correspondent, dès le début de notre ère, les cités commerçantes de la Grèce antique, puis plus près de nous, celles des rivages de l'Europe du Nord organisées dès le onzième siècle sous l'égide de la Ligue Hanséatique de la Manche à la Baltique, puis celles de l'Angleterre, des côtes de France ou d'Italie du Nord, de l'Europe Rhénane et Rhodanienne. Les citoyens des Etats riverains de voies de communication fluviales ou maritimes disposent alors de bateaux qui permettent des échanges faciles et il en résulte à la fois, une spécialisation pour les activités les plus rentables (déjà), monoculture dans les campagnes, artisanat spécialisé, début d'industrie dans les villes (construction de bateaux par exemple) et surtout la création d'un système bancaire et monétaire nécessaire à des échanges qui exigent, par ailleurs, des déplacements fréquents, des contacts avec des étrangers, des négociations, des compromis qui ouvrent l'esprit et qui amènent les individus au dialogue et au compromis c'est-à-dire à la Démocratie (1).

(1) il n'est pas étonnant dans ces conditions, que la démocratie soit née en Grèce, pays maritime, et que la première application de ce système se soit effectuée en Angleterre, autre pays maritime.

Avec cette structure marchande, le pouvoir politique appartiendra aux représentants des corporations professionnelles, après harmonisation des intérêts de celles qui sont prédominantes et l'habitude vient peu à peu de prendre les décisions à la majorité, forme qui convient particulièrement bien à la vie industrielle qui requiert à la fois la persévérance et l'Efficacité de l'action et qui mène directement au régime de démocratie parlementaire comportant un nombre de tendances politiques réduit pour éviter les surenchères démagogiques.

Quand la population ne dispose cette fois que de transports terrestres, longtemps impraticables à grande distance, elle est amenée à s'organiser dans un espace réduit, à la portée de la marche à pied ou à cheval ; elle vit alors en autarcie et pratique la polyculture qui lui permet de vivre en circuit fermé, en échangeant seulement, dans des bourgs, ses produits contre d'autres ou contre des articles manufacturés.

Il résulte de cette absence de transports une juxtaposition d'unités territoriales qui peu à peu s'unissent grâce à des idiomes communs et aux impératifs de la défense contre les voisins.

C'est cette nécessité qui a fait naître le système féodal et la chaîne de dépendance hiérarchique de la gent militaire qui va d'abord du paysan au seigneur, puis du seigneur au roi et qui aboutit directement à l'Etat centralisé où l'autorité descend du pouvoir au citoyen.

Toutefois il convient de remarquer que dans ce système la dépendance hiérarchique était, à ses débuts, assez lâche, et laissait beaucoup d'indépendance aux diverses féodalités qui avaient pris naissance à cette époque.

Ce n'est cependant qu'à une date très récente que les idées de Nation et d'Etat se sont précisées, et malgré la complexité qui obscurcit leur définition, on peut essayer d'en suivre la lente variation.

Ainsi en Europe occidentale dans la région où se situe notre pays, tel ou tel seigneur maître de tel ou tel territoire, pouvait se mettre au service de tel ou tel autre seigneur plus puissant, sans que ses domaines ne passent sous l'autorité de celui qu'il venait d'aider et sans que cette aide ait une influence quelconque sur le comportement des habitants vu l'ignorance du peuple à cette époque.

Toutefois, en raison des Volontés de Puissance et de Domination, le plus fort et le plus entreprenant de ces seigneurs, devenu le roi, a rassemblé progressivement autour de son trône, par voie de conquête ou de mariage, les divers territoires qui entouraient le sien en créant peu à peu dans les couches supérieures de la population un sentiment encore confus d'appartenance à une même communauté et qui ne se développera que très lentement.

Cas de notre pays

Ainsi, toujours pour notre pays, c'est seulement au moment de la guerre de Cent Ans, en réaction contre les exactions anglaises vis-à-vis des paysans de nos campagnes, que naquit le sentiment d'appartenir à une même Nation, et qui explique la longue inimitié franco-anglaise qui date de cette lointaine époque.

Dans notre pays, les deux modèles de structures, cités marchandes, pays de l'intérieur dépourvus de voies de communications faciles, ont coexisté et se sont développés pour aboutir à notre régime actuel.

Jusqu'à ces dernières années, la seconde structure, celle des pays de l'intérieur, était majoritaire, la population y était organisée fortement, d'abord autour de la Monarchie puis de l'Empire et de nos Républiques successives, et la centralisation à outrance qui en est la caractéristique essentielle, marque le caractère de chaque citoyen d'un caractère indélébile qui fait du Centralisme une seconde nature.

Certains croient voir dans l'existence simultanée dans notre pays de ces deux structures différentes fondées sur la présence ou sur l'absence de communications, l'origine de nos divisions internes et qui font que notre pays se mine, depuis son accès à la Démocratie dans des contradictions, par ailleurs superficielles, alors que la Société Industrielle à laquelle nous venons tout juste d'aboutir, presque à contrecœur, exige d'abord une bonne organisation qui découle, elle, du compromis loyal et du juste milieu, fondements de la Démocratie.

Il apparaît alors plus logique d'attribuer ces divisions d'abord à l'individualisme de chacun de nous, qui résulte probablement de notre longue ascendance paysanne, et ensuite à l'application défectueuse du principe majoritaire dans notre Démocratie.

En effet, la séparation politique de citoyens très individualistes ne peut qu'aboutir à un trop grand nombre de partis politiques dont l'association ne peut être qu'intéressée, donc éphémère, dans le soutien ou le refus de telle ou telle politique de l'Etat, alors qu'aujourd'hui la Société Industrielle demande surtout la persévérance dans l'action et dans l'effort.

Cette exigence entraîne que le principe majoritaire soit correctement appliqué pour que la Démocratie reste efficace, et cette nécessité implique une limitation des tendances politiques des citoyens à deux ou trois nuances, à condition de rendre le vote obligatoire pour éviter une trop longue durée du gouvernement de l'Etat par des minorités électorales sectaires et agissantes.

L'Etat Fédéral

Une dernière forme d'Etat s'est enfin développée quand l'évolution a conduit à la juxtaposition, puis à l'association et à la cohabitation d'ethnies différentes, rapprochées par certaines affinités dues aux circonstances.

Ce rapprochement a su sauvegarder à chacun de ces groupes ethnique leur propre Dignité. Il a rendu possible une collaboration pacifique, peut-être même affective comme nous le montre la Suisse en Europe ; la Yougoslavie n'est-elle pas en train en 1991 de nous prouver l'absolue nécessité de garantir les indépendances des composants sans lesquelles la fédération éclate ?

Mais dans ce cas, la Nation n'a plus la même signification que l'Etat, car le pouvoir fédéral n'a pas les mêmes attributs que dans l'Etat unitaire et centralisé, chacune des collectivités humaines particulières conservant, constitutionnellement, son libre arbitre dans certains domaines particuliers.

Compte tenu de ces observations, c'est bien vers cette dernière direction à structure fédérale que doivent se diriger, s'ils veulent s'unir, les divers peuples de notre Europe, qui ont, chacun, de vieilles traditions et habitudes qu'il convient de conserver comme éléments de culture, de diversité et de liberté .

Evolution des idées d'Etat et de Nation

Dans le cas de notre pays, ce sont les critères du sol, de la vie en commun, les expériences vécues ensemble, les victoires et les défaites et surtout la seule volonté d'un pouvoir centralisateur fort qui ont amené nos compatriotes à se sentir progressivement membres d'une collectivité particulière, c'est-à-dire d'une Nation.

La bourgeoisie française, instruite, qui s'était, grâce à la Révolution de 1789, hissée au niveau des responsabilités de l'Etat, participe ensuite à la création d'une collectivité économique et culturelle derrière laquelle se sont forgés les armes et les arguments du nationalisme.

La Nation devient nationaliste, la Patrie devient le bien commun, le règne du roi disparaît et celui du peuple lui succède.

Quand la lente évolution nécessaire à la formation d'un Etat ne s'est pas produite, contrecarrée par des circonstances historiques variées, par exemple les pressions des pouvoirs politiques locaux ou religieux qui ont empêché l'unification, il a fallu trouver d'autres valeurs que le sol ou la vie en commun.

On a donc fait appel à une même origine raciale, à une langue, à une culture commune qui groupaient des régions placées sous la dépendance de pouvoirs politiques différents. Alors fatalement naquit la conscience d'une supériorité raciale inconnue chez les nations qui avaient lentement uniformisé leurs diversités comme la France.

Dans celle en revanche, où la Nation, en tant que groupe ethnique, se trouve morcelée sur le territoire de plusieurs Etats elle diffère profondément des Etats unitaires et centralisés. Quels exemples plus frappants à donner que ceux des peuples germaniques de l'Europe centrale où la Nation en tant qu'ethnie homogène est répartie sur le territoire de plusieurs Etats : Allemagne, Autriche et Suisse alémanique ? Elle a gardé beaucoup plus que les Etats centralisés le goût des particularismes régionaux et des libertés locales et acquiert souvent un sentiment exagéré de sa propre supériorité, sentiment moins sensible dans l'Etat Nation.

Dans ce dernier par contre, le respect de la dignité de l'homme sous toutes ses formes est un dogme essentiel qui pousse par exemple la liberté individuelle à son paroxysme.

Après ces retours sur le passé on peut préciser maintenant ce que l'on peut entendre aujourd'hui par l'amour de la Patrie, à l'époque de la Société Industrielle.

b) L'amour de la Patrie.

Toute forme d'Etat engendre un sentiment national dont il convient de préciser la nature. Aujourd'hui encore la notion de collectivité nationale ou de Patrie, communauté d'esprit et d'intérêt née d'un long passé de vie, dans le même bain intellectuel et matériel de difficultés, d'espoirs, de misères ou de succès, est plus précieuse que jamais, devant l'uniformité qui menace aujourd'hui l'ensemble de la Terre.

Elle est donc indispensable à la nature de l'homme, être social, qui ne peut se passer de rapports affectifs avec ses voisins. A l'époque de la marche à pied ou à cheval, les contacts entre les hommes s'effectuaient dans des domaines géographiques restreints, là où un dialecte commun leur permettait l'échange des idées et des sentiments, voire l'harmonisation des intérêts.

C'est ainsi que prit naissance pour un Occidental, la Patrie ou terre des Pères. Progressivement les habitants de ces régions adoptèrent des formes de pensées voisines et il n'est pas étonnant dans ces conditions que l'idiome ou le dialecte commun ait été à l'origine des divers groupements nationaux.

On pourrait croire de nos jours, qu'en raison des communications plus rapides l'idée de Patrie n'est plus, ni adaptée ni conforme à l'esprit de notre époque, pourtant rien n'est plus inexact.

En effet, si l'ensemble du globe est mis à la portée de l'homme moderne, ce rétrécissement n'est qu'apparent puisque les traditions, les habitudes de vie, les religions et surtout les langues constituent autant de barrières plus ou moins insurmontables et l'homme, même doté de ces moyens de contact rapides, reste malgré tout ce qu'il a toujours été, c'est-à-dire un être isolé.

Il ne s'épanouira donc vraiment que grâce aux contacts humains qu'il pourra établir avec des voisins immédiats parlant la même langue, dans son entourage ou son environnement intellectuel et sentimental, pour se réfugier ensuite dans la solitude où plongent les racines de sa force personnelle.

La Patrie n'est donc nullement dépassée dans les conceptions développées ici, bien au contraire, elle en est un élément fondamental.

Ce qui est dépassé, par contre, c'est un amour exclusif d'une certaine Patrie qui risquerait d'entraîner, en raison d'un nationalisme stupide des attitudes belliqueuses visant à imposer à d'autres Patries la domination d'une Patrie particulière.

On peut ainsi observer que sans le cadre affectif et solidaire de la Patrie, l'homme moderne ne serait plus alors qu'un déraciné, une âme en peine, en devenant comme le dit le langage administratif, un "apatride" ou une personne déplacée, termes qui montrent bien ce que peut signifier pour un homme l'absence de Patrie.

La Patrie pose aussi le principe des nationalités ou droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, il fut formulé pour la première fois par la Révolution française de 1789. Si l'usage commun d'une langue était, à cette époque, le critère principal qui présidait à la naissance de la Patrie il n'était cependant pas le seul, et l'amour de la liberté a constitué par exemple pour toutes nos provinces un attrait tout aussi affectif.

La brutale annexion, en 1871, de notre chère Alsace et d'une partie de la non moins chère Lorraine par la Prusse, avec son cortège de milliers d'exilés volontaires vers les territoires français d'outre-mer d'une population de langue germanique, prouvait si besoin que la langue ne constituait déjà plus à cette époque l'unique cause d'appartenance à la Patrie.

De nos jours, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes réapparaît sous le vocable d'autodétermination.

Il implique alors que chaque peuple particulier doit pouvoir disposer comme la personne, du droit essentiel de rejeter toute contrainte venue de l'extérieur pour n'accepter, que celle qu'il se donne à lui-même, par un acte de souveraine volonté, libre développement de sa personnalité intime et de sa culture particulière.

L'autodétermination pose le problème des minorités nationales, groupements ethniques particuliers dont l'effectif est en général réduit. De par leur situation géographique ces minorités sont contraintes à vivre sous la tutelle administrative et politique d'un Etat dont l'histoire et la culture lui sont étrangères mais cette vie ne sera possible à notre époque que si la fédération assure aux minorités un réel statut particulier, ce qui malheureusement est rarement le cas.

Mais comme l'unité nationale de ces Etats est maintenant formée et que vouloir la démanteler par la force conduirait inévitablement à des cataclysmes sans précédent, il importe de recourir au fédéralisme associatif qui peut assurer, à chaque population particulière, l'exercice de sa propre personnalité grâce à une décentralisation et à une autonomie mesurées qui, par ailleurs, sont des caractéristiques essentielles de la démocratie.

Toutefois cette solution fédérale, où le mot frontière n'aurait plus le sens de barrière infranchissable entachée de douleur et de sang, ne doit pas conduire non plus à créer des super-Etats dont la puissance économique et politique risquerait à brève échéance de compromettre, en raison des habituelles Volontés de Puissance et de Domination propres aux puissants, un certain équilibre indispensable à la paix du monde.

Cette association d'Etats indépendants peut coexister avec le sentiment élevé de l'amour raisonné de la Patrie, à condition seulement que chacun des associés ne cherche pas à dominer l'autre, fût-ce par des moyens détournés au moyen d'un nationalisme étriqué.

Ainsi conçue, une union de ce genre devrait permettre aux minorités même nombreuses, de garder leur personnalité, en leur donnant des moyens d'agir beaucoup plus efficaces et en créant les conditions nécessaires à l'action de contractants qui ont, chacun pris séparément, une surface et un poids insuffisants.

Cette situation se rencontre encore malheureusement dans de nombreux pays d'Europe centrale ou cohabitent de nombreuses ethnies jalouses de leurs spécificités et qui n'ont pas été assimilées aux populations majoritaires, comme ce fut le cas chez nous au cours de notre longue histoire sous l'effet unificateur de la Révolution Française de 1789 et de l'enseignement généralisé du français, dés cette époque, comme langue véhiculaire.

Dans le cas de ces pays d'Europe centrale par exemple, successeurs de l'Empire Austro- Hongrois (1) où les fédéralismes et la démocratie avaient été mal appliqués, il en est résulté des oppositions qui vont actuellement dans le sens de la déstabilisation de ces pays, ce qui n'est certainement pas une solution à conseiller et pour y remédier il suffit simplement de réaliser une autonomie respectueuse des autres constituants d'une fédération associative, ce qui devrait être le cas, notamment, pour la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Bulgarie ou la Roumanie avec l'importante minorité hongroise.

(1) Disloqué en 1919 après la Grande Guerre, l'Empire Austro-Hongrois avait maintenu une certaine cohésion entre les nombreuses ethnies de l'Europe centrale. Aujourd'hui on peut considérer que ce démantèlement a été très nocif, car il s'appuyait malheureusement sur le sentiment normal et humain de vengeance après une guerre terrible qui avait duré 4 ans. Quant à la Seconde Guerre mondiale elle s'est terminée heureusement sans idée de vengeance entre la France rt l'Allemagne.

Ainsi pour la Yougoslavie qui est le théâtre actuellement d'une guerre civile sanglante, celle-ci justifierait la création puis l'intervention d'une force européenne car il serait déraisonnable que l'Europe laisse se briser une Fédération associative qui ultérieurement pourrait servir de modèle pour définir ce qu'il ne faut pas faire, c'est-à-dire : éviter la suprématie d'une ethnie sur une autre .

C'est alors le devoir de l'Europe, d'une Europe Unie et plus particulièrement celui de l'Allemagne et de la France car ils sont les deux premiers Etats intéressés à la stabilité des pays de l'Europe Centrale, de veiller à une application sincère du principe de l'association fédérative ce qui ne justifie nullement la rupture avec le pouvoir central du fédérateur, s'il respecte les droits essentiels des minorités car la liberté n'est pas toujours l'indépendance. Cette dernière en effet ne doit pas viser à remplacer une tyrannie par une autre.

Pour les pays du Moyen-Orient qui ont succédé à l'Empire Ottoman (2), qui avait joué le rôle du fédérateur, les différentes ethnies, même en disposant d'une religion commune l'Islam, en sont restées au stade de l'état unitaire et se sont organisées en asservissant leurs minorités, même de religion musulmane. C'est ainsi le cas des populations Arméniennes établies dans un espace géographique dépendant actuellement de l'ex-U.R.S.S., de la Turquie et de l'Iran, et chaque citoyen de l'Europe n'ignore pas le génocide appliqué à cette population en 1915 par la Turquie, ni l'émigration d'une grande partie de ces populations notamment en Europe occidentale et en Amérique du Nord. Il en est encore de même aujourd'hui pour la minorité kurde (3), qui, malheureusement pour elle, est aussi répartie dans cinq Etats : Turquie, Irak, Iran, Syrie, et un peu dans l'ex-U.R.S.S. (Turquie : 52%, Iran : 24 %, Irak : 18 %, Syrie : 5 %, ex-U.R.S.S.: 1 % ), et qui malgré son écartèlement entre ces pays conserve une forte identité culturelle qui lui a permis de résister au cours des siècles, aussi bien contre les Turcs, les Perses ou les Arabes. Le mouvement de résistance des "Peshmerga" (celui qui affronte la mort ) est d'ailleurs une bonne preuve de la lutte du peuple kurde contre la domination arabe de l'Irak pendant la guerre du Golfe Persique. En effet les différents Etats concernés défendaient eux aussi, non seulement leur existence propre d'Etat, mais aussi le précieux pétrole. Cette situation a donné lieu, depuis très longtemps, en raison des régimes politiques autoritaires qui prévalent en général dans les pays arabes et de la richesse en pétrole de cette région, à des exactions particulièrement épouvantables du fait de l'Irak par exemple. C'est ainsi que ce pays arabe ne pourrait accepter facilement d'abandonner une région qui lui assure une grande partie de ses ressources et pourtant que faire d'autre pour redonner aussi à ce peuple martyr de prés de vingt millions d'âmes une terre et un Etat ? son sort est au moins aussi estimable que celui des Palestiniens des territoires occupés par Israël, farouchement défendus par toutes les puissances arabes, et il conviendrait que la communauté internationale se penche à nouveau sur cette question.

(2) l'Empire Ottoman avait conquis Constantinople en 1453 et une grande partie de l'Europe orientale. La marche de conquête vers l'Occident se termine devant Vienne en 1629 et le déclin de l'Empire Turc se concrétisait dés 1571 à la bataille navale de Lépante où les Occidentaux ont stoppé un expansionnisme Turc qui s'est progressivement dégradé pour aboutir progressivement à son propre démembrement par les mêmes Occidentaux. C'est probablement la longue occupation turque, donc musulmane, des diverses contrées de l'Europe orientale qui a conduit leurs populations à rester dans le cadre étroit de l'ethnie, malheureusement inadaptée au monde moderne.

(3) Avant la Première Guerre mondiale la population kurde était répartie entre la Perse et l'Empire Ottoman. Le traité de Sèvres en 1920 avait même promis la création d'un Etat unifié et indépendant, mais cette promesse ne fut jamais tenue et la partie du Kurdistan, riche en pétrole, fut attribuée à l'Irak par l'Angleterre. Ce peuple de vingt millions d'habitants environ est écartelé, depuis cette époque, entre cinq Etats qui se partagent un Kurdistan dont la superficie 530.000 km2 est voisine de celle de la France 580.000 km2. Il parait alors indispensable que la Communauté internationale se penche à nouveau sur un problème qui révolte la conscience humaine et il est particulièrement regrettable que cette question n'ait pas reçu l'appui des Etats-Unis à la fin de l'affaire du Golfe , alors qu'ils en avaient largement la possibilité.

Les divers affrontements entre l'Irak et l'Iran ont même conduit l'Irak, pays arabe à utiliser des gaz asphyxiants contre des populations civiles kurdes pendant la guerre qui les opposait, avec l'indifférence générale de l'Occident, en faisant au moins 5000 victimes. Récemment enfin, après l'achèvement de la guerre du Golfe, les populations kurdes viennent de fuir à nouveau, devant les exactions d'une armée irakienne vaincue, pour se réfugier dans leurs montagnes et dans les pays voisins, ce qui n'est vraiment pas à l'honneur de ce dernier pays arabe.

De même dans l'Etat Nation, la régionalisation des structures pourra apporter une solution qui sera à l'image de l'association des Etats, elle permettra en effet de tenir compte des différences humaines existant entre les diverses populations qui vivent sur le territoire d'un Etat centralisé, tout en sauvegardant leur propre personnalité mais à condition expresse que la démocratie s'applique véritablement dans ce pays et ne soit pas une Démocratie de façade.

Ce devrait être alors notamment le cas pour les diverses et multiples nationalités de l'ex-U.R.S.S. qui aspirent aujourd'hui, alors que la rigueur communiste se fait plus légère ou même s'évanouit, à retrouver une certaine forme de la patrie qui habite dans chaque homme et que même un régime de dictature ne peut faire disparaître.

c) Pouvoir politique et Pouvoir spirituel

Les hommes étant obligés de vivre ensemble dans une société organisée, il importe aussi, puisque la croyance religieuse est un fait nécessaire à beaucoup, que cette société soit tolérante à l'égard des confessions de tous ses membres, sinon il en résulterait des luttes religieuses qui pourraient rapidement tourner au massacre.

Si celles qui ont eu lieu entre catholiques et protestants, ne sont plus actuellement qu'un très mauvais souvenir et apparaissent aujourd'hui dans la plupart des pays occidentaux comme périmées (4), il est indispensable dans les autres pays où prédominent d'autres religions monothéistes que les rapports entre communautés religieuses différentes soient dorénavant fondés, comme aujourd'hui en Europe, d'abord sur la Tolérance et ensuite sur la séparation des pouvoirs politiques et religieux qui en découle directement.

(4) A part le cas de la malheureuse Irlande où les motifs sont aussi d'ordre économique et ethnique.

Il paraît donc inutile que ces pays refassent l'expérience de l'Occident qui prouve, lorsque les populations ont atteint un niveau suffisant d'instruction et d'éducation, que l'imbrication intime du pouvoir politique et du pouvoir religieux sont des conceptions dépassées qui mènent tout droit à la Guerre Sainte des Musulmans en revenant ainsi au quatorze ou au quinzième siècle.

Dans l'esprit de ce livre on peut d'ailleurs constater que toutes les religions des pays évolués étant monothéistes, on aboutira prochainement pour des raisons évidentes et logiques à une sorte d'œcuménisme. En effet, puisque pour ces religions il n'y a qu'un Dieu, il n'y a pas de raisons valables pour qu'il y ait des Dieux différents les uns des autres et dans ces conditions, les différences de ces religions se rapportent seulement à des détails caractérisant la mentalité des peuples eux-mêmes, influencés par les conditions climatiques et géographiques dans lesquelles ils vivent, ou même par des motifs historiques comme ce fut le cas entre catholiques et protestants ou entre les différentes variantes de la religion musulmane.

Aussi serait-il particulièrement souhaitable que les nouveaux Etats qui font aujourd'hui connaissance avec l'Indépendance Nationale grâce, il faut bien le reconnaître à la pensée libérale, féconde et humaniste de l'Occident, qui a apporté au monde entier le sens de la Dignité, ne refassent pas, eux aussi, les mêmes expériences désastreuses que les peuples de ce continent, avec leurs guerres de religion et leurs Volontés de Puissance et de Domination.`

Il ne serait pas moins utile que les responsables de ces derniers Etats renoncent à recourir aussi à un racisme anti-européen camouflé ou non derrière des idéologies politiques ou religieuses, puisque c'est justement la civilisation européenne en luttant contre le racisme qui a permis à tous les peuples du monde de retrouver leur Dignité.

Ce serait l'honneur des jeunes élites formées à un mode de pensée fait de Dignité et de liberté d'inviter leurs peuples à ne pas se complaire dans un état d'esprit chauvin et raciste, dépassé puisque, aujourd'hui, tous les hommes sont solidaires, en les incitant au travail coordonné et productif et non pas à la haine comme certains le font souvent, en s'appuyant par exemple sur le sectarisme religieux propre à l'Islam intégriste, avec la Guerre Sainte, les prises d'otages, les attentats en avion ou les massacres terroristes divers.

On peut alors remarquer que la structure fédérale et associative de l'Etat étant la seule à permettre la cohabitation de populations différentes, il importe pour les jeunes pays en voie de développement de tout faire pour appliquer chez eux des solutions de ce genre qui devront être garanties sur un plan international par les pays évolués pour qu'aucune population ne domine l'autre.

Ce sont ces diverses observations qui justifient le choix du mot Dignité comme premier terme d'une devise adaptée à la Société Technique, et les diverses solutions suggérées dans les différents chapitres viseront toujours à concilier les exigences de la Dignité avec les autres principes retenus pour que l'Efficacité de l'action, ne soit ni entravée ni même affaiblie.

2. Le Profit et sa répartition à l'époque de la Société Industrielle

a) Qu'est-ce que le Profit ?

Si l'on se rapporte à l'économie, le Profit, schématiquement, est la différence entre un prix de vente et un prix de revient qui inclut les salaires, les frais d'amortissement du matériel, ainsi que les frais financiers et les impôts.

Il représente ainsi le bénéfice et est l'objet même de l'Entreprise, maillon élémentaire de la Société Industrielle.

On peut alors considérer le Profit comme la récompense des qualités de travail, d'organisation ou d'intelligence, des efforts de modernisation de l'entreprise et on peut observer que la concurrence sera le seul moyen efficace pour le limiter à sa juste mesure.

Il suscite aussi le goût du risque, motif essentiel de progrès. Si une société refuse de prendre des risques elle ne tardera pas à passer à plus ou moins longue échéance sous la domination économique puis politique de l'étranger plus apte à affronter la concurrence et à désirer le risque.

Il convient donc de réagir aujourd'hui contre la confusion qui s'est glissée dans les esprits, dans notre pays en particulier, au sujet du mot Profit. Si ce terme a donné lieu à des interprétations erronées, c'est parce qu'il prenait un sens péjoratif de gain exagéré, excessif, voire illicite, résultant d'une répartition non équitable des fruits de la production. Normalement le Profit caractérise la plus-value économique consécutive à n'importe quelle activité humaine, sans laquelle aucune entreprise ne peut vivre et prospérer.

Chacune doit retirer un Profit de son activité, même si elle est propriété de la Nation. Il n'y a aucune raison pour que son fonctionnement ne lui laisse pas un certain Profit qui lui permettra déjà de se moderniser. Le Profit n'est donc pas seulement un bien, il est surtout une nécessité pour l'Entreprise qui peut grâce à lui se développer et prospérer.

Dans chaque entreprise le niveau du Profit est soumis seulement à la concurrence, qui doit le limiter à une juste valeur. Il est alors lié, à la fois, à une politique des revenus alloués au travail salarial et à une politique de vente des produits aux consommateurs.

C'est cette constatation élémentaire qui justifie une politique des prix, des salaires et des profits, puisqu'il n'y a pas de réglage des salaires sans régulation du Profit de l'entreprise.

Sauf cas très particuliers, comme l'Enseignement ou la Défense Nationale qui n'ont pas de rentabilité au sens classique, il faut donc que toutes les entreprises fassent du Profit car il est la loi du progrès et de la vie de l'entreprise et par là de toute la société.

Il est donc nécessaire que chaque citoyen rejette toute formule économique qui admettrait que le Profit aille aux individus et le déficit aux contribuables.

b) Influence des principes religieux

Un regard jeté sur l'histoire des quatre derniers siècles révèle aussi, en Europe occidentale, une certaine influence de la pensée religieuse sur le développement économique des sociétés. On a d'ailleurs déjà indiqué plus haut à propos de la Société Industrielle et de notre Pays, que nous étions aussi probablement influencés par des conceptions religieuses qui reportaient les désirs des croyants d'ici-bas vers l'au-delà futur, inaccessible. Ainsi le catholicisme romain pratiqué chez nous par la majorité était-il hostile au Profit du commerçant et au prêt à intérêt, tandis que le protestantisme calviniste, tout aussi méfiant à l'égard de la richesse acquise, savait réconcilier l'esprit d'Entreprise avec les fondements moraux de la religion chrétienne (5).

(5) Aristote avait aussi condamné le prêt à intérêt, c'est-à-dire la fécondation de l'argent par l'argent sans apport de travail par son propriétaire. Cette condamnation est reprise par l'Eglise Catholique aux environs du quatrième siècle avec St Augustin. Au Moyen-âge, cette doctrine apparaît comme le moyen d'interdire le gain sans travail. Cette thèse est maintenue jusqu'au dix-neuvième siècle par l'Eglise Catholique. Ainsi était jeté dans notre pays l'anathème sur la création d'entreprises fondées en commun. L'interdit religieux dans notre France catholique a entraîné, en contrepartie, la passion du patrimoine familial, des valeurs sûres, des pierres, de l'or et un certain refus du risque, si bien que notre développement industriel a été retardé.

Selon le calvinisme en effet le Profit, loin de rester un moyen égoïste de jouissance, ou même une occasion de charité, doit être réemployé en biens de production et non de consommation, ce qui a influencé favorablement l'économie dans les pays anglo-saxons et germaniques. C'est probablement cette conception qui, dans des pays de climats et de richesses naturelles semblables, explique certaines différences sensibles, dans le niveau des activités économiques, entre les pays latins et les pays anglo-saxons ou germaniques.

c) La répartition du Profit

Si le Profit doit être maintenu comme élément fondamental et stimulant de l'action humaine, il est non moins utile d'associer sa répartition à des mesures capables d'assurer l'indispensable coordination des différentes productions. En d'autres termes, il faut empêcher qu'un secteur particulier ne se développe exclusivement au détriment d'autres plus utiles à la collectivité, et cette coordination exige de recourir à une forme d'organisation et de planification qui permettra d'ordonner l'action, seulement dans ses grandes lignes, car l'homme peut difficilement prévoir tous les détails en même temps.

Il faudra aussi que la concentration des entreprises, nécessité technique de l'époque, soit judicieusement mesurée pour ne pas conduire à la domination technique de quelques firmes, ce qui ne manquerait pas d'affaiblir la concurrence, avec les habituelles pratiques restrictives qui résulteraient d'une concentration excessive.

Comme le Profit est le résultat combiné de l'action du travail et des moyens matériels et si la Société Economique actuelle accepte, de bon coeur, son équitable répartition entre ces deux éléments, il retrouvera son sens exact en assurant la juste rémunération des efforts de l'épargne et du travail, étant entendu que les investissements nécessaires auront pu être assurés en priorité puisqu'ils sont d'abord la condition du niveau du Profit et par là celle également du montant de la rétribution du travail.

Le problème d'aujourd'hui est donc de mieux répartir le Profit, entre tous les éléments qui participent à la création de richesses, c'est-à-dire d'une part aux moyens matériels symbolisés par le capital et d'autre part au travail, puisque c'est de leur association que résulte la production des richesses.

De là, découle la participation de chacun au Profit de l'Entreprise.

Part du capital

Il n'y a rien d'anormal à ce que l'argent investi dans les équipements ou dans les bâtiments indispensables à l'activité de l'Entreprise soit justement rémunéré.

L'argent investi, provenant de toute façon de l'épargne, est aussi le résultat d'une sous-consommation volontaire, c'est-à-dire d'un pouvoir d'achat différé qui correspond à un sacrifice digne d'être rétribué à sa juste valeur, puisque les prêteurs voient leur consommation immédiate réduite.

Part du travail

Quant à la participation du travail au Profit, elle est non moins justifiée puisque le travail représente en lui-même l'agent moteur intelligent de l'action des moyens techniques et que cette participation constitue, de plus, une des conditions importantes à remplir pour que l'Urbanité des relations entre les hommes ne reste pas un vain mot étant entendu que le montant du salaire est aussi une des conditions essentielles à la Dignité de l'être humain.

La répartition équitable du Profit, ayant une grande influence sur le comportement des hommes en raison de leur nature intime, personnelle et généralement égoïste, est alors la seconde des conditions, après celle de l'Indépendance Nationale, à une application véritable de la devise suggérée pour notre Société technique moderne et en particulier pour chacun de ces trois derniers termes : Equité, Urbanité, Efficacité.

Mais si l'Equité demande une répartition équitable et non égalitaire des fruits de la production, il faut bien admettre qu'elle est d'abord fonction, en premier lieu, du volume des biens produits et des modes de répartition adoptés. Comme ce volume dépend à la fois des moyens techniques mis à la disposition du travail et de l'Efficacité de ceux qui sont chargés de les animer, on peut comprendre facilement que le Profit doit déjà être attribué, partie à l'investissement, partie au travail .

La partie attribuée à l'investissement améliorera l'efficacité des moyens techniques utilisés, la partie attribuée au travail favorise à la fois l'efficacité individuelle et l'Urbanité des relations humaines qui, par ricochet, renforcera à nouveau l'Efficacité du travail.

L'Equité, en permettant à tous les salariés de devenir aussi propriétaires d'une certaine part des moyens de production, grâce à leur travail, permettra de rapprocher le moment où tous les hommes, n'étant plus classés en exploiteurs et en exploités, pourraient œuvrer tous ensemble aux progrès du monde.

En suggérant ici une forme nouvelle de société, en somme une nouvelle bourgeoisie Efficace, libérale et Equitable, l'auteur veut alors montrer qu'elle est la conséquence logique des progrès de la science et de l'influence marquante de la Société Industrielle.

3. Nécessité d'une vie politique paisible et sensée

Celle-ci est, en effet, la seule façon d'aboutir à l'amélioration progressive de la situation matérielle des hommes grâce à un partage plus équitable des fruits de la Société Industrielle, dont le volume ne peut être augmenté que si elle est Efficace.

Comme les pays de l'Occident sont aussi le fruit d'une lente évolution politique qui a amené, peu à peu, la Participation des citoyens à la conduite des affaires publiques, il convient que le Pouvoir Politique, qui est leur émanation pour la direction de l'Etat, puisse être, malgré tout, soustrait aux oppositions violentes de certains clans de citoyens, oppositions qui paralysent souvent les efforts, quand les conditions d'une répartition équitable des fruits de la production par exemple ne sont pas assurées, ce qui ne serait plus le cas avec les autres conceptions défendues ici.

On doit alors remarquer que dans l'Occident où la liberté ne connaît plus de limites, l'opinion est soumise journellement à l'influence divergente de nombreuses idéologies. Aussi il paraît indispensable que celles-ci restent paisibles pour que la gestion de la collectivité reste Efficace, sinon la Démocratie dite pluraliste qui y correspond ne conduirait qu'à l'anarchie de l'action.

Dans la troisième partie de cet essai, à propos du gouvernement de l'Etat, on décrira les moyens permettant d'aboutir à une forme de Démocratie Intelligente, c'est-à-dire valable pour des populations intellectuellement développées comme le sont celles de l'Occident, tout en restant Efficace grâce au bipartisme et au système majoritaire.

Etant entendu que, lors de l'élection des représentants de la population, le vote sera rendu obligatoire pour que la voix de la majorité silencieuse puisse être entendue et que le gouvernement de l'Etat ne soit pas le fait de minorités sectaires et agissantes

Une réalisation Midi moins une | BouticOrama