Les rapports qui existent entre la Société Politique et la Société Economique, sociétés qui coexistent nécessairement, sont analysés ci-après.
On a déjà indiqué ci-dessus, pour voir les choses comme elles sont, que l'action de l'homme découle directement de son intérêt personnel si bien que la structure de l'Entreprise a eu très longtemps une forme dite capitaliste, dans laquelle la propriété des moyens matériels appartenait à un individu ou à plusieurs qui se partageaient entre eux le Profit, tiré de l'action des moyens techniques animés par un travail salarial.
Si cette structure était particulièrement Efficace et donnait satisfaction aux êtres forts et bien armés pour la lutte, en raison justement de l'influence de l'intérêt personnel, elle entraînait malheureusement de telles iniquités dans la condition humaine qu'il convient aujourd'hui d'améliorer cette structure, étant entendu cependant qu'il devra être tenu compte, avant tout, des efforts personnels, sinon l'aboutissement d'une telle formule ne pourrait être que la sclérose et l'inaction, c'est-à-dire finalement des difficultés accrues pour un grand nombre.
Il y a déjà très longtemps d'ailleurs que les hommes s'étaient rendu compte des erreurs du système économique des premiers âges de l'humanité, système qui avait recours d'une part à l'esclavage ou au servage, en raison principalement de l'absence de sources d'énergie autres que le travail humain et d'autre part à l'attrait unique du Profit.
Dès le septième siècle avant J.C., les gouvernements de la Grèce antique, s'ils font un usage permanent de l'esclavage, mettent aussi en usage certaines règles relatives d'abord à la répartition des fruits de la production, puis aussi à un certain partage du pouvoir dans la cité et qui sont déjà à l'origine de la démocratie.
Ce sont ces méthodes de pensée qui ont donné naissance dès ce moment à l'économie libérale et capitaliste, mais on doit observer cependant qu'elle était alors tempérée par une organisation sociale hiérarchisée soumise à l'intérêt public.
Plus tard Socrate (470-399), Platon (428-348) et Aristote (384-322) préconisent une économie fondée sur une morale où l'Etat joue un grand rôle et où les hauts responsables n'ont pas le droit de propriété.
Quant au servage ou à l'esclavage, il a fallu attendre, en Europe et en Amérique du Nord, le dix-neuvième siècle pour les voir disparaître (en France pendant la Révolution française, aux Etats-Unis d'Amérique en 1865, en Russie en 1861).
Si les exemples fournis par la Grèce antique (comme en bien d'autres domaines) ont servi de base à la manière de penser de l'Occident européen et à la Démocratie, il ne faut pas oublier non plus que les civilisations de l'Orient, ont été soumises elles aussi à ces problèmes qu'elles ont résolus à leur façon : d'abord comme l'Occident d'une manière féodale avec des serfs, ensuite beaucoup plus tard et presque sans transition, au moyen d'un mode de travail collectif (Russie, Chine) inadapté en général à notre système occidental dont la caractéristique essentielle est l'individualisme.
On doit alors remarquer que si la Société Industrielle a affranchi tous les hommes des servitudes du froid, de la faim et des contraintes dues à la distance, elle amené également dans les pays évolués et industrialisés une certaine Equité dans la répartition des biens.
Comme il est difficile de demander à ceux qui ont le nécessaire et le superflu de partager, il faut, et c'est une simple évidence, que la Société Industrielle produise encore davantage pour accroître la part distribuable dans ces derniers pays et surtout pour espérer arracher ceux qui sont encore peu développés à leur misère.
Pour qu'un système économique puisse alors convenir à l'esprit des citoyens de l'Occident il faut qu'il conserve un certain caractère libéral et individualiste tout en attribuant une certaine part du Profit au travail.
Pour moraliser la notion de Profit, moteur essentiel de l'action, il faut le répartir, comme déjà dit, entre les propriétaires des moyens techniques et le travail tout en prenant des mesures pour que les salariés deviennent eux aussi propriétaires des moyens techniques, étant entendu qu'il sera tenu compte seulement, dans la répartition de ces moyens, des qualités personnelles de chacun.
Une Société Industrielle souhaitable, fondée sur un Capitalisme à accession communautaire qui dérive de ces principes, favoriserait l'expansion d'une Economie visant à l'Equité par l'Efficacité du travail.
Une telle formule associe en effet la responsabilité du travail salarial par l'intéressement direct du travailleur au Profit, au fonctionnement rentable de l'Entreprise à une époque où l'emploi du machinisme et des automatismes imprime justement au travail un caractère communautaire.
Pour atteindre ce stade économique, donc politique, la part du Profit de l'Entreprise attribuée au salarié devra être transformée en actions particulières qui seront appelées, plus loin, actions développement et intégrées au capital de l'Entreprise pour participer ensuite aux résultats de celle-ci.
La bonne gestion qui est au fond la ligne directrice de cet essai va alors demander la Participation affective et effective du groupe d'hommes qui œuvrent ensemble pour la production et c'est la complexité des questions à résoudre qui fait, aujourd'hui, que la contestation systématique par le Syndicalisme salarial n'est plus un motif de progrès mais de régression sociale, par la réduction de la quantité de biens produits, du fait d'une opposition systématique et négative et du refus du travail comme c'est souvent malheureusement le cas.
En raison de la difficulté accrue des différents problèmes techniques posés d'une part, et des limites de l'intelligence humaine d'autre part, le pouvoir dans l'Entreprise ne peut que faire appel aux différents spécialistes, c'est-à-dire, à une forme de démocratie compétente.
Comme le développement de l'instruction permet aujourd'hui aux exécutants de mieux comprendre les mobiles de l'Entreprise, cette connaissance pourra même favoriser l'action du personnel salarié chargé d'animer les moyens techniques à condition de faire participer le travail sous ses diverses formes (conception et exécution) à la marche de l'Entreprise puisqu'il est bien connu que, aujourd'hui comme de tout temps, on ne fait bien les choses que si l'on en connaît les raisons.
Mais cette participation, et ce point est très important, devra s'effectuer par l'intermédiaire de représentants qualifiés conscients de leurs responsabilités vis-à-vis, non seulement des salariés, mais aussi de la collectivité tout entière.
Ce sont ces diverses raisons qui justifient une application particulière de la Démocratie dans la Participation.
En effet la décision finale de gestion ne peut être prise que par le représentant des moyens matériels, car les salariés n'ont pas à subir directement les conséquences d'erreurs de gestion qui risqueraient d'entraîner l'Entreprise à la faillite et les salariés au chômage. De plus, en minimisant, de la sorte, les erreurs de gestion, le salarié n'aurait à subir éventuellement que des conséquences de second ordre quand le Profit sera nul ou négligeable (réduction des accroissements de salaire, par exemple).
C'est pourquoi la formule dite d'autogestion de l'Entreprise (sous-entendu, par les seuls salariés) ne peut convenir à la gestion car celle-ci découle de l'application réfléchie de techniques financières, commerciales ou industrielles difficiles à acquérir sans oublier surtout l'influence du flair et de l'intérêt personnel du dirigeant qui sont très important.
En devenant ainsi Capitaliste, le salarié comprendra bien mieux la nécessité absolue d'un travail assidu, qui est à la source d'une distribution d'une part du Profit au salarié.
Pour la Société Politique qui réagit nécessairement et directement sur l'économie, il est banal de dire que l'action sera plus Efficace si le déroulement de la vie collective est plus harmonieux et comme ce déroulement est fonction des règles en usage dans le domaine économique, il n'aura certainement cette qualité que si les idées ci-dessus sont appliquées effectivement.
La cordialité ou l'Urbanité des rapports humains aura alors une influence prépondérante sur l'Efficacité de l'action. Depuis très longtemps, il est d'usage dans les sociétés occidentales de faire appel à la Participation de tous les citoyens pour établir les règles du fonctionnement de la Société Politique.
C'est cette participation qui caractérise d'ailleurs le régime démocratique mais qui risque aussi d'entacher le fonctionnement de cette société d'inefficacité, en raison des inévitables conflits d'idéologie ou d'intérêts qui peuvent dégénérer en anarchie ou en faiblesse.
Aussi il est certain que l'on ne pourra remédier aux dangers de ce système qu'en revenant au principe majoritaire, à condition toutefois que les nuances diverses de la pensée soient, si possible, limitées à deux ou à trois et que le vote des citoyens soit rendu obligatoire.
Si ces conditions sont remplies, le pouvoir démocratique pourra être Efficace, mais encore faudra-t-il qu'il respecte la minorité pour des raisons qui relèvent, cette fois, de la Dignité et de l'Urbanité, ce qui constitue, à n'en pas douter, un problème difficile mais non insoluble puisqu'il s'agit de doser à la fois l'efficience de l'action collective et la liberté individuelle de chacun.
Voici donc les trois principes essentiels : Dignité, Equité, Urbanité qui, associés à l'Efficacité peuvent servir de fondements à un nouvel Art de Vivre devenu, du fait de l'application des techniques, la seule philosophie pratique valable.
Le but à atteindre est d'obtenir un fonctionnement harmonieux et équilibré de la vie collective qui est la conséquence de l'application technique des connaissances scientifiques, elles-mêmes issues de l'effort humain qui s'est affirmé depuis des millénaires. La devise suggérée ici paraît alors capable d'ordonner l'immense effort nécessaire mais, pour qu'elle puisse être mise effectivement en application pratique, un certain nombre de conditions devront être respectées.
Elles vont être examinées en les répartissant en plusieurs grandes familles : la première a trait aux conditions indispensables au bon fonctionnement de la société technique ; la seconde, se rapporte à la bonne organisation de cette société ; la troisième concerne les relations humaines ; la quatrième englobe tout un ensemble de conceptions encore nécessaires ; la cinquième enfin traite du Responsable.
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