La vue d'ensemble d'un problème quel qu'il soit, est le premier impératif de l'Efficacité.
Elle permet grâce à un examen objectif effectué par les responsables de rechercher les diverses solutions possibles et de préparer les choix.
Ce sera alors grâce à une information ascendante, de la base au sommet, que chacun de nos responsables, dans n'importe quel domaine que ce soit, politique, économique, industriel, agricole, commercial, financier, culturel ou autre, pourra recevoir les éléments d'information nécessaires.
Mais cette information ne sera vraiment utilisable que si elle trouve son complément dans la diffusion simultanée d'une information descendante, pour que chacun sente l'intérêt de son rôle qui est de fournir des renseignements objectifs, clairs, exacts et complets, rôle qu'il ne pourra remplir que s'il participe avec enthousiasme à l'action commune et dans une juste mesure au choix final.
La Participation aux décisions, ainsi définie, est souhaitable ; pourtant elle doit revêtir certaines formes si l'on veut qu'elle soit valable. En effet, c'est au fur et à mesure de leur élaboration que les avis doivent être recueillis, le choix définitif restant réservé à la décision du responsable au sommet.
Si donc la vue d'ensemble est indispensable, la décentralisation de l'action aux divers échelons doit aussi en découler, pour que la décision prise puisse s'adapter aux circonstances particulières et aux individus, que différencient défauts et qualités inhérents à la qualité d'homme : égoïsme, individualisme, sensibilité, sociabilité, degré d'instruction, niveau d'éducation etc...
La décentralisation des structures est alors la première des conditions de la participation à la société économique.
En résumé, si la solution complète d'un problème demande des études très poussées, fondées sur une information objective dans les deux sens, ascendant et descendant, elle réclame aussi non seulement la compétence technique, mais également l'accord réfléchi de ceux qui participent par leurs discussions à la décision finale.
C'est tout cet ensemble de conceptions qu'englobe l'expression "Centralisation de la pensée et décentralisation de l'action" qui s'applique à tous les organismes privés ou publics nécessaires à la vie collective.
L'homme a besoin d'une action créatrice qui le purifie et l'arrache à ses mauvais instincts en le faisant sortir de ses habitudes mesquines.
Notre pays en particulier réclame cette action pour orienter sa jeunesse vers l'effort, pour lui donner confiance en elle-même et pour la dégager progressivement d'une critique négative qui souvent le paralyse. Qu'est-il de plus décourageant, en effet, de plus désespérant même, que de reparler, à des dizaines d'années d'écart, des mêmes études ou projets, sans que jamais l'ombre d'une réalisation ne vienne récompenser le travail et encourager sa poursuite ?
Il faut que le volume des richesses produites, qui est en rapport direct avec les moyens techniques et le travail, soit suffisant pour que la part de chacun soit convenable.
Si le travail est bien organisé, sa durée pourra être réduite et l'expérience des décennies écoulées montre l'influence des méthodes modernes sur le rendement, qui, seules, permettent d'accroître les effets de celui-ci, tout en réduisant le temps qui lui est consacré.
Chez nous cependant, et même en Europe, et malgré l'attrait de semblables mesures, on peut observer qu'il serait encore très imprudent de réduire encore la durée du travail sauf si le chômage atteignait un taux trop élevé, car trop lourdes seront demain les charges nécessitées par l'entretien des personnes âgées et celles entraînées par un chômage important.
Il est donc particulièrement utile que nos responsables politiques informent objectivement tous les citoyens des conséquences économiques inévitables de telles mesures, puisque leurs conséquences découlent d'un simple examen de données démographiques élémentaires.
Enfin on ne dira jamais assez, qu'en raison de son influence sur le sort matériel et moral des individus, le droit au Travail est sacré. Il relève donc de l'Equité.
La formule "Centralisation de la pensée et décentralisation de l'action" évoquée plus haut s'applique fort bien au travail d'équipe.
En effet, si le premier terme est en rapport avec la vue d'ensemble et par là avec l'Efficacité, le second qui a trait à l'exécution permettra de conserver au réalisateur la responsabilité de son travail.
De cette façon, non seulement l'organisateur trouvera, dans l'idéal de son oeuvre, l'enthousiasme de pensée indispensable aux créations de l'esprit, mais l'exécutant retirera du contact avec la matière la foi qui lui permettra de prolonger et de soutenir son effort.
Toutes les grandes réalisations de l'humanité sont d'ailleurs le résultat de l'action en équipe et de la pensée idéaliste des maîtres d'œuvre. Jadis, les réalisations collectives reposaient sur l'esclavage et le travail forcé. Les Pyramides d'Egypte en sont un lointain exemple. Plus tard, quand la foi religieuse anima les hommes en Europe, les cathédrales surgirent, grâce aux travaux coordonnés de milliers de travailleurs, elles apportent encore à notre époque la preuve tangible de ce labeur collectif. Plus près de nous, la recherche scientifique et technique moderne qui fouille les détails, où chacun apporte sa petite et modeste pierre à l'édifice à construire, n'en est-elle pas aussi un exemple probant ?
Avec la Société Industrielle, l'action humaine est aujourd'hui bouleversée par le développement des moyens techniques qui conduit au travail à la chaîne ou en série, et concourt à l'accroissement des biens de consommation et, par là, à l'élévation des niveaux de vie.
Les méthodes modernes de travail facilitent la tâche de l'individu et réduisent souvent sa fatigue musculaire, mais elles entraînent en même temps une dépersonnalisation et une dégradation de ce travail.
Le découpage fréquent des tâches en opérations élémentaires ne présente plus guère d'intérêt pour celui qui l'exerce, et il tend à réduire souvent, en attendant l'emploi poussé de l'automatisation, le rôle de l'exécutant à celui d'un simple robot.
Pour remédier à cette dépersonnalisation inquiétante du travail, il importe que notre société s'efforce d'imprimer à l'action collective des sentiments s'inspirant d'un certain concept spirituel associant, par des liens affectifs réciproques, les travailleurs salariés au centre d'intérêt de leur travail pour qu'ils puissent échapper, autant que faire se peut, à la contrainte morale imposée par le travail en série.
Le seul moyen, pour atteindre ce but, est encore que l'homme participe raisonnablement aux décisions, pour que le travail collectif soit ce qu'il doit être, c'est-à-dire une source d'épanouissement
Appliquée aux activités industrielles, cette forme de travail peut s'appeler Travail d'Equipe. Lorsqu'elle est appliquée aux activités agricoles, il semble préférable de lui conserver le terme d'Association, plus en rapport avec la mentalité du monde des campagnes et avec la nature de ses occupations.
Dans le travail moderne, l'homme n'est souvent qu'un rouage mais c'est l'indispensable conscience de sa nécessaire présence qui doit lui donner la preuve de son utilité.
Après l'action et le travail en commun, le sort matériel des individus dépend encore d'un mode d'organisation qui, lui, implique le Devoir de Croissance.
Le travail, pour être productif, doit donc s'appuyer, non seulement sur des moyens matériels choisis d'une façon rationnelle, mais aussi sur une volonté de croissance permise par le dynamisme créateur de l'homme.
Jusqu'à ces dernières années, la croissance était considérée par les générations adultes comme un devoir qui s'imposait à tous les membres de la Société économique et de ce fait elle était collective. Depuis peu de temps, la nécessité de la croissance est contestée, dans les pays riches et évolués, par la jeunesse, ce qui est normal puisque celle-ci n'a jamais connu ni les misères de la guerre, ni celles de la pénurie des biens qui a été supprimée, justement, par la croissance.
Dans les pays déjà industrialisés, la croissance a aussi d'autres inconvénients en raison des rejets auxquels elle conduit, car ceux-ci, quand ils sont trop importants, amènent la détérioration de l'environnement et de la nature. Dans les pays encore peu développés économiquement, la croissance industrielle paraît être cependant le seul remède à une situation misérable sous réserve qu'elle ne s'applique qu'à des industries légères susceptibles de créer de nombreux emplois pour remédier au chômage.
Aussi paraît-il indispensable de persévérer dans cette seule voie, à condition cependant que ces pays limitent eux-mêmes la croissance de leur population, qu'ils ne pourront obtenir d'ailleurs qu'avec l'accroissement du niveau de vie.
Une surpopulation affamée risque en effet, de tout submerger et de conduire à une situation qui amènerait la guerre pour l'espace vital, ce qu'il faut à tout prix éviter .
L'évolution de la démographie dans certains pays arabes d'Afrique du Nord en particulier apparaît, par exemple, comme un des plus grands dangers de l'époque moderne, si ces pays ne mettaient pas rapidement un frein à une natalité explosive qui pourrait se révéler rapidement comme très dangereuse pour tout l'univers, en raison du prosélytisme de la religion musulmane et de l'Intégrisme sectaire et intransigeant qui souvent l'accompagne. D'un autre coté, on peut remarquer que l'accroissement des productions et, dans le même temps, celui des consommations ne peuvent se poursuivre longtemps à la même cadence (1) en raison, pour les premières, des dimensions finies et non extensibles de notre globe et, pour les secondes, de l'accroissement exponentiel d'une demande qui sature trop rapidement les équipements collectifs nécessaires, en étant cause notamment de dépenses trop importantes et d'inflation.
(1) C'est cet accroissement exceptionnel qui peut se caractériser par la formule : Avoir les yeux plus grands que le ventre.
Les limites de la croissance impliquent alors d'évoquer le problème du gaspillage et du pillage de la nature qui vont de pair avec une satisfaction exagérée de besoins superflus.
Les richesses du globe étant limitées et ne pouvant se reproduire, il importe de freiner un accroissement inconsidéré de la demande qui ne pourrait que conduire à la pénurie des matières premières, si les besoins croissaient, comme le fait actuellement la population mondiale.
Il convient donc de mettre sur pied sans trop attendre une politique de récupération, de chasse au gaspillage, et de durabilité des produits fabriqués, en nous souvenant des trésors d'imagination que la dernière guerre avait alors sécrétés, dans le domaine de l'économie.
Pour remédier enfin à une certaine aliénation à la matière, nos responsables devront dorénavant recourir, bien plus qu'aujourd'hui, à la notion de service, qui leur permettra de définir plus facilement les rapports nouveaux que les hommes devront entretenir pour définir ce nouvel et indispensable Art de Vivre pour l'an 2000.
Mais en attendant, et pour rester encore dans les mêmes conceptions pragmatiques, on doit remarquer qu'au devoir, encore actuel, de croître doit se rattacher celui d'investir et par là, celui d'épargner, et que l'épargne doit bien être considérée comme un devoir civique puisqu'elle est la condition de la croissance par l'investissement.
Aucun argument moral ne s'oppose en effet à ce que l'épargne soit volontaire, mais elle ne pourra l'être et c'est le simple bon sens, que si les épargnants sont persuadés de retrouver ultèrieurement la valeur de leur prêts, ce qui conduit à rejeter formellement l'inflation systématique.
En conséquence, des choix économiques adaptés devront limiter, dans toute la mesure du possible, le chômage et, en particulier, le chômage dit technologique qui accompagne le progrès technique et qui conduit à certaines transformations inévitables dans la société économique moderne.
La simple équité exige en effet, que le salarié ne fasse pas dans sa personne, c'est-à-dire dans ses ressources, les frais des mutations nécessaires.
En d'autres termes, l'orientation choisie pour l'économie doit :
- créer de nouveaux emplois surtout dans les régions insuffisamment actives,
- adapter la formation professionnelle aux besoins,
- résoudre le problème du logement dans l'optique actuelle, essentiellement collective, pour faciliter dans une juste mesure, la mobilité géographique de la main d'œuvre,
- satisfaire enfin, aux délicates questions relatives à la protection de la nature ou à la pollution.
On doit alors évoquer maintenant les questions liées aux investissements, c'est-à-dire la modernisation et la planification.
La modernisation des méthodes et des moyens de production est indispensable pour suivre un progrès matériel qui va très vite, trop vite peut-être, mais que de toute façon il est impossible d'arrêter ou de freiner si une collectivité veut conserver sa compétitivité, c'est-à-dire aussi son indépendance.
Dans une économie de progrès, ouverte à la concurrence nationale ou internationale, l'Entreprise, pour faire face, doit alors repenser ses anciennes méthodes de gestion.
En effet, l'organisation commerciale, la recherche de nouveaux débouchés, la capacité d'innovation et de diffusion des produits, la structure financière, les services après vente, etc. sont, pour l'Entreprise, beaucoup plus utiles même que la modernisation des moyens de production puisque sans client, elle serait conduite à fermer ses portes.
C'est le passage de l'économie de subsistance à celle de consommation puis à celle de surconsommation qui fait que la vente des produits prime la fabrication.
Ces conditions nouvelles de production entraînent le développement des connaissances dans le domaine de la gestion où l'informatique joue maintenant un rôle prépondérant.
On peut alors observer que si l'interdépendance économique des Etats modernes est entrée depuis quelques décennies dans les faits, il importe cependant d'assurer à chacun des pays et en particulier au nôtre, l'indépendance des idées, gage permanent de la Dignité et garantie du patrimoine légué par le passé et les générations précédentes.
C'est pourquoi la Recherche fondamentale et appliquée, base perpétuellement renouvelée du progrès, doit être assurée de manière continue pour être efficace. L'Etat qui la négligerait serait voué sans tarder à la domination technique des autres.
Il importe donc qu'elle soit encouragée et organisée de la meilleure manière possible, car l'industrie du savoir est la plus nécessaire à l'époque actuelle. Il convient donc que notre Pays ne néglige aucun effort dans ce domaine et que nos jeunes élites universitaires, dans leurs spécialités respectives, n'hésitent pas non plus à se rendre à l'étranger, en particulier aux Etats-Unis d'Amérique, pour acquérir la connaissance de ce qui pourrait leur manquer.
Il faudra également qu'elles collaborent avec les entreprises de haut niveau technique en se hissant au niveau des spécialités particulières de ces entreprises, qui pourraient d'ailleurs les aider matériellement à parachever cet approfondissement.
Quant aux jeunes élites des pays dont le développement économique est en cours, il conviendra que, une fois achevées leurs études générales et de spécialité dans les états modernes, elles rentrent dans leurs pays respectifs car elles sont d'abord au service de leurs peuples d'origine.
Dans le même temps, ces dernières élites pourront aussi rapporter une connaissance plus approfondie de nos pays d'accueil, en particulier, une meilleure connaissance des langues et surtout des impressions et souvenirs qui en feront, espérons-le, de fervents défenseurs et artisans d'une collaboration féconde entre les différents peuples.
On pourra cependant espérer qu'elles ne ramèneront pas chez eux les sentiments élémentaires de jalousie ou de haine, comme cela se passe souvent devant la richesse et le développement économique de l'Occident, résultat de mille ans, et plus, d'efforts de ses travailleurs, qu'ils soient intellectuels ou manuels.
S'il n'en était pas ainsi, l'aide intellectuelle des pays occidentaux pourrait être remise en cause.
Pour les peuples occidentaux, héritiers d'un long passé, la modernisation, sous toutes ses formes, doit être le levain de l'action dont tout découle : force, respect, équilibre social, progrès matériel, santé morale.
Le regret romantique du temps passé, du prétendu bon vieux temps est définitivement révolu. Il faut vivre avec l'aujourd'hui, qui implique le demain, et cela ne sera possible qu'en adaptant, en permanence, les méthodes, et en modernisant sans cesse les moyens.
A son tour, la planification impose une certaine sélection pour délimiter les besoins et fixer un ordre d'urgence.
Mode d'organisation de l'action en vue du rendement optimum, elle vise à l'Efficacité et ne peut, en conséquence, que s'appliquer avec succès à une économie valable dans laquelle le Profit, résultant de la rentabilité trouve sa répartition équitable. La planification entraîne la mise au point d'un Plan Prospectif d'Action qui demande une connaissance aussi exacte que possible de ce qui existe, et si celle-ci relève directement de services de statistiques au niveau de l'Etat, celui-ci devra cependant se borner à définir seulement dans leurs grandes lignes les besoins supposés, tout en s'efforçant de ménager l'avenir entrevu, but d'une prospective particulièrement difficile à établir.
Pour Descartes qui avait écrit : je pense donc je suis, la pensée était l'essence de l'être, elle ne s'en dissociait pas, car elle était l'être lui même, mais pour nous, aujourd'hui, on pourrait dire, puisque l'action, qui est le gage du devenir, est la conséquence d'une pensée réfléchie : je pense donc je deviens.
Cette dernière formulation pourrait alors symboliser tout ce qui se rapporte à la modernisation et à la planification considérées comme les moyens de l'action et de la croissance.
De même, aux échelons d'exécution et de conception des détails, l'organisation rationnelle doit intervenir puisque, au fur et à mesure que la technique évolue et se complique, l'organisation devient payante, notamment par la réduction ou la simplification du travail qu'elle entraîne. Ce sont d'ailleurs les nécessités du développement rapide, mais équilibré de l'économie, condition du mieux-être matériel, qui conduisent à une économie concertée et coordonnée dont le plan est le cadre directeur, et l'adhésion enthousiaste aux options retenues, le moteur.
Si la planification, dans ses grandes lignes, et, en particulier, la planification industrielle, est indispensable au fonctionnement interne d'une nation, elle peut dès maintenant, pour la production de masse, s'étendre à un ensemble d'Etats d'un niveau économique similaire, en vue de la réduction des prix.
Il leur faudra simplement prendre les mesures indispensables de protection pour empêcher, autant que faire se peut, que les Volontés de Puissance et de Domination n'annihilent pas la Dignité des différentes communautés qui participent aux efforts demandés.
Plus tard quand l'homme aura encore suffisamment évolué et que la libre circulation des biens et des personnes sera effective et universelle, alors la planification pourra se généraliser et s'adapter à l'ensemble du monde en vue de la seule réduction des prix de revient et de la répartition du travail.
Qui dit aujourd'hui niveau de vie élevé pour la population dit aussi : Etat moderne, c'est-à-dire : industrie évoluée, agriculture prospère, administration efficace, monnaie solide, population active, bref : action réfléchie, investissement judicieux et coordonné, débouchés suffisants.
Tout s'enchaîne : l'action appelle l'expansion et celle-ci présuppose l'action qui est à l'origine de l'Esprit d'Entreprise et on en arrive toujours à cette même obligation : créer par l'effort, par le travail, obligation impérieuse pour que la condition humaine, finalité de la Société Industrielle, devienne toujours meilleure grâce à l'Efficacité de l'action.
Si la production des biens matériels est le but de l'Entreprise et le travail pour la plupart des hommes une nécessité afin de se procurer les moyens de subvenir à leurs besoins, la production n'est pas une fin en soi, puisque ses fruits doivent être consommés ou investis.
Elle doit donc être au service de l'homme parce que c'est lui qui est le bénéficiaire de la production et en quelque sorte la finalité de la Société Industrielle. Sans doute une part importante du bonheur individuel dépend des richesses matérielles mises à sa disposition, mais le bonheur lui-même n'est pas en soi ni une marchandise ni un objet, il requiert en conséquence d'autres conditions plus personnelles qui relèvent de la culture et de l'éducation.
Développer alors de façon anarchique la consommation sans utilité économique est donc une erreur, car l'homme et la femme de nos sociétés ne doivent à aucun prix être réduits en machines à consommer.
La civilisation de surconsommation est une civilisation qui ne correspond pas au passé et à la culture séculaire de l'Europe.
Le consommateur de ces Etats ne doit donc pas être le jouet d'un producteur inconscient qui dénature ses désirs en pervertissant son jugement par une publicité mensongère destinée à fausser le jeu de la concurrence et à favoriser une consommation inutile fondée sur la dépravation des goûts et la satisfaction de désirs inutiles.
Ainsi, peut être, la civilisation européenne ne sera pas réduite uniquement aux objets inutiles : voitures luxueuses ou bandes dessinées, caractéristiques évidentes d'un mode de vie décadent et symbole de cette économie de surconsommation.
Ils sont à l'origine du commerce et par là de la Société Industrielle et la monnaie est alors l'expression de la santé de la vie économique et sociale d'un pays.
On peut donc affirmer que l'inflation, et c'est l'histoire qui nous le rappelle, est, avec les excès de la propagande et de l'information audiovisuelle, la meilleure façon de jeter bas la civilisation libérale et humaniste qui a amené toute l'Europe, en un millénaire, au stade actuel de bien-être pour une très grande majorité des habitants du continent.
Il est bien admis par tous aujourd'hui, rappelons-le, que l'on ne fait bien les choses que si l'on en connaît les raisons, ce qui est simplement la conséquence de l'accroissement des connaissances et de l'esprit critique qui y fait suite.
Si l'on veut donc accroître l'Efficacité de l'Entreprise, il faut que le travail salarial participe non seulement à son fonctionnement, c'est à dire non seulement à son Profit, mais encore à sa vie propre, donc à son développement. Cela ne pourra se faire, répétons-le, que si l'intervention des salariés s'effectue au moyen de représentants spécialisés compétents et capables de s'intéresser affectivement et effectivement à son devenir.
C'est pour ces motifs que la Concertation et la Participation du salarié sont les fondements de l'Efficacité de l'Entreprise moderne et aussi une condition d'une Démocratie intelligente.
L'économie concertée et participante est alors une économie dans laquelle les différents acteurs (direction, propriétaires, salariés représentés par des hommes compétents, éventuellement puissance publique) se réunissent pour confronter leurs idées, leurs espoirs, dans une participation qui ne soit pas un bavardage, pour que cette économie atteigne son but qui est de satisfaire au mieux tous les besoins des hommes.
La sécurité matérielle de tous nos concitoyens dépend aujourd'hui surtout de l'activité industrielle et de la prospérité de l'Entreprise. Mais à ce sujet il convient de dissiper des illusions sur les possibilités de répartition du Profit, thème démagogique cher à une phraséologie égalitaire, car celui-ci, attribué actuellement au seul Capital, est considérablement inférieur à la fois aux salaires versés et aux investissements en partie financés par ce Profit, investissements qui se traduisent beaucoup plus par des améliorations de salaires ou des créations d'emploi que par une valorisation du Capital.
D'ailleurs on développera plus loin la structure nouvelle de l'Entreprise caractérisée par la formule "Capitalisme à accession communautaire", dans laquelle les intérêts du Travail et du Capital seront très voisins, sinon confondus grâce à la création des actions développement, qui rendront le salarié propriétaire partiel de l'Entreprise à l'image des actionnaires capitalistes habituels.
En devenant capitaliste au moyen du règlement du salaire, selon la méthode dite productive, avec le salaire en trois parties, l'Efficacité grâce à cette formule sera maintenue et il sera plus plus facile de s'opposer aux aspirations anarchiques et démagogiques des participants, entretenues par une forme de pensée qui est pour tout ce qui est contre, et contre tout ce qui est pour. Avec cette dernière forme de pensée en effet, on ne peut aboutir qu'à la dégradation de la situation matérielle des individus et c'est l'intérêt à long terme des sociétés de l'Europe que de refuser de semblables méthodes.
Dans l'esprit de ce livre, il ne faut pas hésiter à répéter que les deux termes de Concertation et de Participation sont à l'origine de l'action de l'Entreprise, cellule élémentaire de la Société Industrielle, car ils découlent tous les deux de l'accroissement des connaissances, dans une portion de plus en plus importante de la population.
Si Labourage et Pâturage étaient, d'après Sully, les deux mamelles d'une France agricole et artisanale, Concertation et Participation doivent être les concepts intellectuels de base de la Nouvelle Société Industrielle et d'une France Industrielle, Efficace, et Européenne, telle celle qui est souhaitée ici, tout en conservant ses propres caractéristiques de vieille Nation qui respecte les autres.
L'examen des diverses conditions d'organisation nécessaires à l'application effective de la devise suggérée pour une Société à dominante matérielle en entraîne encore d'autres, qui se rapportent cette fois aux relations entre les hommes aux divers niveaux d'une hiérarchie qui découle de la Société Industrielle et dont il va être question maintenant.
Une réalisation Midi moins une | BouticOrama