Les années troubles du dernier demi-siècle ont fait passer les générations âgées de vingt ans au début de la seconde conflagration générale par bien des alternatives de misères et de paix, de déceptions et d'espoirs, mais, marquées par ces fluctuations, elles pourront, grâce à elles mieux apprécier l'influence qu'a exercée le progrès sur la vie de l'homme et constater beaucoup mieux que les générations précédentes l'évolution qui pousse l'humanité vers un nouvel Art de Vivre.
En outre, selon les historiens du XIXème siècle, l'expérience transmise par les civilisations disparues, dont la déchéance est due, comme celle des Grecs, aux querelles entre les cités d'Athènes et de Sparte, et celle des Romains à de multiples causes (empire trop étendu, anarchie politique, grandes invasions, influence du christianisme, etc.), nous apprend aussi qu'un autre motif de leur effacement réside dans l'affaiblissement de l'effort, dans l'anarchie et dans l'atrophie des qualités morales.
La jouissance effrénée des biens et des plaisirs dans l'Empire Romain doit être cependant considérée, de nos jours, non pas comme le motif de cette décadence ou disparition, mais comme la caractéristique d'une société où le corps social dans sa totalité était malade.
Aussi paraît-il indispensable que les habitants de notre Europe prennent garde, eux aussi, à leur avenir car les caractéristiques de la société actuelle, anarchie, laisser faire, laisser-aller, semblent de mieux en mieux rappeler celles qui existaient au moment du délabrement de l'Empire Romain.
C'est pour ces motifs d'autodéfense que notre société ne doit pas basculer dans un monde anarchique où chacun ferait ce qu'il voudrait, sans se préoccuper des conséquences de ses actes sur ses voisins et où seule compterait la jouissance exagérée de tous les biens de ce monde, sous l'action conjuguée d'une information démesurée et du pouvoir dégradant d'un argent que la Société Industrielle permet à chacun de gagner plus facilement.
C'est pourquoi les nations de l'Europe doivent refuser une société permissive, comme certains l'appellent, car celle-ci entraînerait la dégradation intellectuelle et morale de tous les pays de ce continent, dans une anarchie où sombrerait notre mode de vie.
Grâce aux facilités de contact favorisées par le développement des communications, on peut se féliciter à juste titre de l'amélioration de la situation matérielle des hommes et du rapprochement des peuples mais, malheureusement, on peut regretter aussi que ces progrès contribuent dès maintenant, sinon à la disparition, du moins au nivellement général et à l'atténuation des différences et des caractéristiques spécifiques des cultures nationales, charme et grandeur qui sont le propre de toute civilisation ; leurs particularités risquent d'être finalement ramenées par une érosion progressive, si l'on n'y prend pas garde, à une médiocre et inculte uniformité.
Mais il y a plus grave encore, car la matière aujourd'hui semble subjuguer l'esprit ; presque seuls comptent, à notre stade des révolutions techniques, nombre, puissance, vitesse, argent et, d'une façon générale, tous les concepts d'ordre économique.
Désormais la Technique tend à vaincre le spirituel par la division du travail, le rendement et l'Efficacité, aux dépens du respect de la personne humaine. De plus en plus, la hiérarchie sociale se calque sur celle qu'imposent les techniques. Le monde du travail industriel voit, sur l'ensemble du globe, sa condition matérielle s'améliorer et celui de la Terre, grâce à la machine, se transformer de fond en comble.
Notre vie technique recèle alors le danger de nous réduire au rang d'esclaves de la machine, préoccupés uniquement de produire et de consommer tout en demeurant assujettis de plus en plus à un pouvoir lointain et centralisateur.
Si un très grand nombre de participants à ce type de civilisation dans les pays développés voit très souvent son niveau de vie s'accroître, il n'empêche que certaines couches sociales n'en demeurent pas moins défavorisées et ce qui est vrai pour les pays développés l'est bien plus encore pour les pays pauvres, quand le travail ne peut s'exercer dans les meilleures conditions faute d'un outillage approprié.
Tous les progrès techniques débouchent aujourd'hui sur deux objectifs antagonistes : l'amélioration de la condition humaine ou la destruction de ce qui a constitué la valeur de l'espèce et, circonstance aggravante, les différents moyens mis en oeuvre sont trop souvent utilisés comme instruments d'hégémonie politique.
Ainsi naît une attitude contradictoire qui est la tragédie de notre époque.
L'homme du XXème siècle, et avec lui le citoyen quelconque, constate aussi que les conditions matérielles de l'existence sont actuellement, et de plus en plus, sous la dépendance directe de techniques diverses qui l'enferment dans un réseau de plus en plus serré de nécessités matérielles et d'exigences réglementaires.
Pour que sa vie quotidienne s'écoule de la meilleure façon possible, les rapports qu'il entretient avec ses proches, doivent être empreints de cordialité et de franchise, en raison du caractère collectif de plus en plus marqué de la vie moderne.
En effet, la vie courante qui intéresse, elle, l'homme de ce siècle au plus haut point, doit être une affaire facile, presque terre à terre, malgré l'apparente complexité des techniques qui masque souvent, aux yeux des responsables chargés d'ordonner les rapports humains, les solutions simples.
Que veulent donc aujourd'hui tous les hommes, ceux de notre pays et des autres, si ce n'est d'abord vivre, c'est-à-dire donner satisfaction à leurs besoins matériels, moraux et intellectuels, et bénéficier de loisirs leur permettant de penser librement ?
Ces prétentions ne sont nullement excessives, de plus elles sont aussi à la mesure d'une Société Industrielle rénovée, mais une telle forme de vie ne pourra reposer, et c'est l'évidence, que sur la compréhension, la tolérance et le dialogue amical et sympathique entre responsables et exécutants.
C'est pour ces raisons que l'on va proposer une structure nouvelle d'abord pour l'Entreprise, maillon élémentaire de toute l'activité humaine, puis, ensuite, pour l'organisation politique de la Société.
Une réalisation Midi moins une | BouticOrama