Conclusion générale

1. La situation actuelle de notre pays

L'angoisse qu'éprouvent l'homme contemporain et le citoyen quelconque devant les formidables conquêtes de la Technique, qui ne cessent d'accroître le péril qui menace son destin, impose à l'époque de la Société Industrielle de le réconcilier avec ses semblables et avec son milieu économique et technique par le recours aux simples principes de l'Humanisme traditionnel.

La trinité de notre devise nationale : Liberté - Egalité - Fraternité, correspondant au temps passé des revendications politiques, paraît maintenant anachronique et inopérante à susciter l'enthousiasme des masses laborieuses et il a été proposé de la remplacer pour la foule des citoyens, par une devise "quadrifoliée" Dignité - Equité -Urbanité - Efficacité qui semble mieux adaptée à notre Société technique que celle léguée par l'Histoire et nos Révolutions de 1789 et 1848.

Le rappel de principes élémentaires d'action dans les différents domaines d'activité humaine a familiarisé le lecteur avec les problèmes pratiques posés à l'homme, pour qu'il puisse s'adapter à un univers où prédomine la Technique. Il se trouve alors amené à une certaine conception rationaliste du monde moderne qui est due, à n'en pas douter, aux applications techniques des connaissances scientifiques, en dépit de la diversité des peuples, de leur histoire, de leurs coutumes ou de leurs croyances, en un mot de leurs cultures particulières qui apparaissaient encore à chacun, il y a tout juste quelques années, comme autant de murs infranchissables dressés autour d'eux par un passé qui nous marquait toujours de son influence.

Dans l'Avant-Propos, l'auteur a indiqué que chacun de ses compatriotes, s'il avait eu assez de persévérance, aurait pu traiter un aussi vaste sujet et il a signalé en plus que les solutions suggérées dans les différents chapitres pourront satisfaire la plupart du temps les idées personnelles, c'est-à-dire les conceptions politiques des lecteurs, pour la simple raison que la vie courante, aujourd'hui, découle plus des techniques que des conceptions idéologiques.

L'auteur espère aussi que les mots simples qu'il a toujours employés dans le texte pourront jouer le rôle de verres grossissants pour que chacun puisse juger la Société Industrielle à sa valeur. Après la lecture de ces pages, le lecteur doit être convaincu de l'urgente nécessité d'adapter, dans des délais rapprochés les structures de la Société actuelle pour la mettre, par une évolution humaniste et pacifique, en harmonie avec l'évolution du temps, c'est-à-dire la hausser au niveau des Sciences et des Techniques de l'époque. Il pourra cependant objecter que le schéma tracé d'une société faite pour l'homme peut paraître entaché d'utopie, donc irréalisable, mais le mode de vie préconisé s'inspire seulement de principes anciens et généraux et notre pays, en particulier, pour assurer sa survie, n'a d'autres possibilités que de se conformer à une formule rajeunie.

Ce pays qui n'a jamais été placé devant une aussi grave décision, devant un tel devoir impérieux, a l'obligation de s'adapter à l'évolution des idées et des faits sous peine de disparaître. Grâce au renouveau juvénile de notre peuple, notre Nation, ranimée par des forces jeunes, pourra se reconnaître dans une collectivité active et enthousiaste, reflet encourageant de son passé, en mettant son idéal au service de la communauté humaine tout entière et en orientant son activité vers l'Efficacité, dans le cadre d'une application sincère des quelques principes simples rappelés ici.

Pour commencer, notre économie doit disposer d'un étalon monétaire véritable qui ne trouble pas la santé morale de notre peuple par la diminution continuelle de sa valeur au fil des mois ou même des jours, comme ce fut souvent le cas dans les années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale. Si notre jeunesse ne peut que constater, avec regret, les folies et l'imprévoyance des générations passées, elle se rend compte aussi de l'ampleur des tâches qui l'attendent à une époque où justement nos ressources humaines et matérielles sont relativement réduites, alors que, en revanche, les tâches à accomplir et les dépenses correspondantes, elles, sont encore importantes.

Etant donné la somme des travaux restant à exécuter, dans certains domaines, pour élever notre pays au niveau du progrès technique le plus récent, tout en améliorant les conditions d'existence des plus défavorisés, il serait anormal, pour ne pas dire scandaleux, de réduire ou d'amoindrir, dès maintenant, les possibilités et les ressources de notre communauté solidaire par une réduction brusquée de la durée du travail effectif, quel que soit l'intérêt pour les individus, qui est attaché à une semblable mesure.

De plus, les lourdes dépenses d'investissement nécessitées par l'emploi des jeunes générations ou par l'ouverture de notre économie à la concurrence internationale ou encore par l'inévitable accroissement des services collectifs, ou les nécessités de la Défense Nationale ne pourront être assurées que si notre communauté est active, et si les dépenses de consommation laissent disponibles des sommes importantes, pour les équipements de toute nature, dont nous avons encore un urgent besoin.

Après la lecture de cet essai et en particulier des chapitres où l'attention est attirée sur les graves questions de la démographie des pays pauvres, il est de la plus haute importance que les responsables de l'Occident européen, à l'échelon le plus élevé, se penchent avec réalisme sur l'accroissement extravagant de la population de certaines contrées d'Amérique du Sud, d'Afrique Centrale, ou des Indes ou sur celle des pays musulmans d'Afrique du Nord et du Moyen Orient et d'ailleurs, en raison des dangers évidents que recèle l'augmentation fantastique de la population dans ces contrées. Cette augmentation va poser, avant dix ans, des problèmes presque insolubles et pour y répondre, il faudrait d'abord mettre un frein efficace à un nouvel accroissement du nombre des bouches à nourrir et attirer ensuite, l'attention des responsables des Etats concernés, sur les "Volontés de Puissance et de Domination" chères aux hommes, qui sont aujourd'hui périmées, surtout quand elles sont sous l'influence directe d'un intégrisme religieux s'appuyant, par exemple, sur le djihad Islamique (Guerre Sainte) ou sur le racisme anti-blanc de ces populations qui y est consécutif.

Le racisme en effet concerne malheureusement toutes les populations du globe, quelle que soit la couleur de leur peau, quand elles n'ont pas reçu un minimum d'éducation et d'instruction, ce qui les amène, le plus souvent, à rejeter la civilisation libérale et démocratique d'un Occident européen, détesté et jalousé à la fois par ces mêmes populations. Là réside le plus grave problème de l'an 2000 et il conviendrait d'urgence, car il y va du sort de toute la Terre, que les organisations internationales se penchent sur ce problème pour essayer de le résoudre dans une optique à la fois économique et humaine

2. Suggestions d'ensemble pour les responsables

Dans ces conditions, si notre pays veut s'adapter sans trop de difficultés, aux nouvelles conditions de vie imposées par la Société Industrielle, il faudra qu'il s'habitue à modifier son comportement intellectuel pour raisonner économiquement, car l'argent dont a besoin la Société qui naît, ne peut être que le fruit d'un travail rentable, exécuté par tous.

Face à cette situation, notre peuple dans sa majorité devra exiger d'abord que nos responsables politiques, économiques ou sociaux, se préoccupent avant tout des solutions pour lesquelles la connaissance des problèmes démographiques, liée à la durée du travail, est primordiale. Il faut aujourd'hui que les responsables de nos pays occidentaux rejettent de la façon la plus catégorique, une politique économique, démographique et sociale appelée malthusienne par les spécialistes, et que les jeunes hommes traitent seulement d'endormie, car celle-ci a peur de l'activité et du nombre pour tous nos pays de l'Occident.

C'est sur cette observation élémentaire que doit être fondée l'action prochaine de notre pays et c'est elle qui doit conduire les dirigeants des partis politiques actuels à acquérir ou à renforcer leurs connaissances des problèmes démographiques, car ceux-ci sont à l'origine non seulement de la survie de ce pays et de l'Europe entière, mais encore de leur vie de tous les jours, parce qu'ils sont les fondements d'une politique économique et sociale adaptée à l'époque. On pourrait, semble-t-il, affirmer que n'importe quelle forme de pouvoir serait déjà valable si ses structures n'étaient pas malthusiennes. Mais une politique rétrograde de ce genre ne pourra être rejetée que si les partis politiques, corps intermédiaires indispensables à la manifestation de la pensée, renoncent à défendre, par souci de plaire, des conceptions périmées, des intérêts immédiats ou des illusions, puisque les solutions constructives dépendent aujourd'hui, des techniques et non de critiques systématiques et dissolvantes.

Jusqu'à présent, dans notre pays, ces partis politiques ont été à l'origine de tant de désillusions que le citoyen quelconque, qui est le premier intéressé, pourra souhaiter que leurs leaders renoncent dorénavant à des méthodes démagogiques qui les déconsidèrent aux yeux de la majorité, car elles n'aboutissent à aucun résultat valable, si ce n'est qu'à l'établissement d'une société permissive, qui marquerait le début de la fin de la civilisation de l'Occident européen. C'est parce que nos compatriotes ont trop souvent souffert de ces méthodes, depuis le début de la démocratie dans notre pays, même s'ils ne le disaient pas, qu'ils ne veulent plus maintenant de ces procédés simplistes et stupides de démagogie électorale dont les protagonistes sont, le plus souvent, de hauts responsables de partis politiques non conscients de leur devoir d'Etat, vis-à-vis de tous les citoyens.

Aujourd'hui, tous nos problèmes relèvent le plus souvent du simple bon sens, lié par ailleurs à l'économie et à ses lois. Le refus de l'effort, du sacrifice, de la loi et même de l'enfant, qui semble prévaloir dans de nombreux milieux, ne sont que les signes avant-coureurs de la destruction de la loi morale, par l'anarchie qui est à la base de cette société permissive qui ne connaît que la jouissance et que nous devons rejeter avec force, sans pour autant tomber dans l'excès inverse et dans l'autoritarisme, dont nos pays évolués de l'Occident n'ont que faire, mais qui pourrait être malheureusement la conséquence du résultat des excès constatés. Actuellement la revendication n'est plus qu'un moyen qui vise à paralyser, par une action syndicale démesurée, toute l'activité nationale, dans tous les domaines. (Prolifération des manifestations de rues, batailles avec la police, manifestations diverses, blocage des grandes routes, arrêts des trains, des avions, coupures d'électricité, etc.)

Le schéma proposé dans la quatrième partie de ce livre devrait pouvoir affranchir le pouvoir politique de l'Etat des désirs égoïstes, des risques de concussion ou des "Volontés de Puissance et de Domination" de responsables, qui ne seraient pas animés par le désir de servir l'ensemble de la population ou qui seraient insuffisamment imprégnés du sens de l'Etat ou du bien commun, alors qu'ils doivent régler leur action sur un civisme tel qu'il a été défini dans la première partie de cet essai.

Ce schéma devrait en plus permettre à nos concitoyens de retrouver l'ordre, auquel la grande majorité aspire, sans pour autant tomber dans un gouvernement autoritaire de dictature qui est souvent l'aboutissement d'une Démocratie, qui ne peut être qualifiée d'Intelligente comme il a été dit, dans cet essai, à propos de l'Organisation de l'Etat. Le premier souhait qui peut être alors formulé est que nos représentants politiques se mettent à l'heure de l'évolution récente de notre peuple ; le second, plus cher encore, est d'être entendu par les générations nouvelles, avenir de notre Nation, de l'Europe et du Monde, de ces jeunes qui risquent d'être précocement blasés, non seulement par le confort et le bien-être, mais aussi par l'absence d'idéal, l'imprévoyance et peut-être l'égoïsme de certains de leurs aînés et qui de toutes façons doivent vivre en bonne harmonie, s'ils veulent adapter plus facilement leur mode de vie aux formes particulières de la civilisation technique.

Aujourd'hui, tous les problèmes pratiques qui se rapportent à la vie moderne relèvent de techniques diverses, industrielles, agricoles, financières, etc. Celles-ci sont de plus en plus compliquées, si bien que leur application demande, chaque fois, des hommes instruits, réfléchis et compétents.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que la hiérarchie des individus dans la société actuelle soit le reflet des capacités intellectuelles et des vastes connaissances que ces hommes ont acquises par leurs efforts personnels. C'est pour ces motifs que le seul moyen qu'il nous reste de ne pas sombrer dans une technocratie inhumaine réside dans une conversion générale des esprits aux principes simples rappelés dans cet essai, principes qui sont déjà anciens et qui sont ceux simplement de l'humanisme. Il faut donc que les élites privilégiées du siècle, par les connaissances et la culture, cadres à tous les niveaux d'une société de plus en plus complexe, les appliquent effectivement. C'est pourquoi, toutes ces élites et en particulier celles qui sont en contact avec les réalités courantes et pratiques de la vie quotidienne doivent être conviées à s'intéresser enfin à la vie politique. Si leur devoir civique est en effet de remplir leur rôle professionnel, il leur incombe encore de participer à la vie publique, puisqu'elles sont au service de la collectivité dont elles sont issues.

Si ces conceptions entraient véritablement dans le domaine de la pratique, il est probable que la Société Industrielle verrait son fonctionnement notablement amélioré, et, pour que cette situation se maintienne, le rôle de notre jeunesse va être examiné plus en détail.

3. Rôle de la Jeunesse dans le renouveau nécessaire

Aujourd'hui, la jeunesse pousse et bouscule quelquefois les adultes, ses parents. Ardente et exubérante, elle n'a pas fait l'expérience des malheurs du demi-siècle précédent et n'a que faire des erreurs et des disputes des pères ou grands-pères, des guerres et des querelles d'antan. Comment ne pas lui donner raison, elle qui réclame, quoi qu'il en paraisse et malgré ses grands mots et ses vaines palabres, un monde des réalités pratiques et pacifiques. Certains de ses parents et grands-parents qui en ont tant vu et tant supporté dans le dernier conflit sont pris de lassitude et de scepticisme et se bornent à quérir un petit bonheur individuel qui en général ne donne pas satisfaction à la jeunesse. Certains jeunes avaient rejeté alors purement et simplement, il y a quelques décennies dans une contestation souvent désordonnée, une société périmée, inadéquate, qui avait été bâtie lentement pour des structures et un mode de pensée d'un autre âge, et qui évoluaient trop lentement. Descendante d'un peuple dont les origines paysannes et la culture gréco-latine lui valent d'être sensible au verbe, à l'amour de la loi, à la poésie, à l'idéal, mais aussi d'être portée aux discussions sans fin, aux querelles intestines et stériles, voici actuellement, toute notre jeunesse jetée, avec ses aînés, dans le tourbillon du monde moderne, de la Société Industrielle contemporaine, et dans l'économie concurrentielle fondée sur l'Efficacité. Ce bouleversement d'un mode de vie traditionnel contraint notre pays à procéder à une modification profonde de ses vieilles structures, car il doit se préparer à l'activité réfléchie de toutes les couches sociales, pour aboutir à l'Efficacité technique et scientifique de l'ensemble de notre population.

A son insu, peut-être, ou tout au moins sans s'en douter, la jeunesse actuelle révèle les désirs intimes de notre peuple, toujours grand par sa pensée, quelle que soit sa puissance matérielle du moment. Ces jeunes savent aussi que, après les cinquante ans de semi léthargie du début de ce siècle, après les misères des Première et Seconde guerres mondiales, après les malheureux conflits des deux dernières décennies, conséquences de l'absence d'une large pensée humaniste, les premiers gouvernements, dont nous avons disposé après la seconde conflagration, n'ont pu effectivement combattre le laisser-aller et l'anarchie à un moment où, justement, les idéologies commençaient à s'effacer devant les réalités.

En plus, nos jeunes concitoyens, majeurs à dix-huit ans nourrissent un désir d'action, bien qu'ils n'aient pas encore accès aux postes de responsabilité et qu'ils ne puissent de ce fait œuvrer à sa satisfaction, ils s'y préparent cependant et là, c'est de l'action. Cette aspiration, encore confuse peut-être, est tout simplement le goût de l'activité effective et du progrès économique et social, c'est-à-dire tout simplement celui de la vie. Aussi n'était-il pas étonnant de voir certains de nos jeunes, il y a quelques années, contester et se faire les propagandistes zélés du refus de la croissance et des bienfaits de la civilisation de consommation ou même de celle de tentation et de surconsommation. Beaucoup de nos jeunes souffrent également de ces oppositions violentes et par là stériles de la pensée politique, de ce nouveau genre de guerres de religion que chacun mène contre chacun ou contre le pouvoir de l'Etat, quand il n'est ni bénéficiaire ni placé aux postes de commande. Ils ont conscience en effet que ces luttes sont des motifs particulièrement efficaces de l'inefficacité collective, par l'anarchie introduite dans l'action. Cette jeunesse veut aussi accomplir de grandes choses, mais, pourvue cependant, quoiqu'on puisse en penser, de réalisme, elle est persuadée que ces actions ne pourront être valablement accomplies que par un travail sérieux fondé sur l'Equité et sur l'Urbanité des relations entre les hommes.

Pour que ce travail soit plus facile, il faut qu'il s'accomplisse dans la joie et suivant un plan qui l'ordonne et remédie, si possible, à une inaptitude originelle de notre peuple à l'organisation, puisque le Système D, qui était de mode chez nous, n'est plus applicable à la vie si complexe de la Société Industrielle.

Héritière de la pensée occidentale et de cette Société Industrielle qui a remédié à la misère matérielle dans les Etats développés, malgré les points sombres qui peuvent encore subsister, fille de la prospérité, la jeunesse de ce pays et de notre Europe éprouve aussi de graves inquiétudes devant l'avenir. Que fera-t-elle demain si les assises de la société nouvelle ne sont pas assurées et si les connaissances qui lui sont inculquées ne débouchent que sur des spéculations intellectuelles, sans utilisations pratiques, c'est-à-dire finalement sur le chômage ? Dans ces conditions, il n'était pas étonnant de voir la jeunesse, il y a près de 25 ans, manifester, parfois avec violence, et remettre en cause la civilisation dorée que la Technique et l'effort des générations antérieures leur avaient léguée. Si leur apparence extérieure et leur comportement n'était pas sans rappeler, quelquefois ceux des périodes agitées des dernières années du dix-huitième siècle dans notre pays, avec ses "Incoyables" et ses "Méveilleuses", le mal que dissimule leur agitation est beaucoup plus profond, puisqu'il s'agit d'assurer d'abord leur avenir matériel.

En effet, les idéaux qui servaient jusqu'à maintenant de moteur à l'action et à l'enthousiasme de l'homme, et de la jeunesse en particulier, sont actuellement, dévalorisés par la Technique, suivant en cela, l'exemple de la monnaie. Ces motifs se sont évanouis sous les assauts répétés des réalités actuelles et surtout du matérialisme, conséquence directe du progrès matériel. Ainsi avec l'arme atomique et l'équilibre de la terreur qu'elle a établi entre ceux qui la possèdent, la volonté d'expansion territoriale et la gloire militaire qui lui était attachée sont reléguées actuellement à l'état de vieux souvenirs. Privé d'ennemis héréditaires ou récents, avec l'indépendance pratiquement réalisée pour tous les peuples, le nationalisme outrancier, générateur de guerres, voit son influence belliqueuse réduite et la notion de Patrie exclusive a perdu de sa force dans un monde où la rapidité des communications a ramené les différents pays aux dimensions d'une province de l'époque passée.

Quant à la conquête de l'Espace ou de la lune qui recèlait en elle-même un intérêt intellectuel et passionnel capable d'apporter à l'homme un renouveau d'esprit d'aventure et de création, il faut bien reconnaître que celui-ci est limité, sauf découverte exceptionnelle, en raison des distances et d'un environnement incompatible avec la vie humaine, environnement qui semble prévaloir sur les planètes proches de notre globe.

La foi même des partisans des systèmes économiques collectivistes disparaît, en raison des restrictions à la liberté personnelle que ces systèmes imposaient, mais surtout parce que le niveau matériel de vie auquel ils ont conduit se révèlait incapable, de faire accéder ces pays au niveau de celui généralement atteint ailleurs par d'autres méthodes. Celles-ci font appel, pour tirer le meilleur parti des individus, à l'intérêt personnel et non pas à la contrainte, voire à la peur, et l'exemple récent des pays de l'Europe de l'Est après 1990 et de l'ex-U.R.S.S. après 1991 est bien là pour justifier ce raisonnement.

Dans le même temps, peu à peu, les hommes se persuadent enfin de la solidarité qui les unit tous ici-bas et il n'est pas jusqu'aux religions qui ne subissent l'influence unificatrice d'une pensée œcuménique, conséquence elle-même d'une vie matérielle considérablement facilitée par le progrès technique. L'isolement est désormais condamné, avec l'Internationale des techniques et des connaissances, tout ce qui se passe à un bout du globe se répercute à l'autre bout, dans les moindres délais et les solutions adoptées, ici ou là, servent souvent d'exemple.

Quant à la famille, cellule de base de la Société Occidentale, elle subit aussi les assauts répétés des formes modernes de l'activité et souvent la mère travaille maintenant hors de chez elle. Dès son plus jeune âge, l'enfant occidental est scolarisé et entre en contact avec un milieu collectif, les parents ne sont plus des modèles, le modèle pour l'enfant est son camarade de classe ou de jeu, quand ce n'est pas l'enfant étranger qu'il fréquente lors d'un séjour à l'extérieur des frontières nationales.

Peu à peu, à côté de l'Internationale des techniques s'en crée une autre, celle de la jeunesse, d'une nouvelle jeunesse qui n'a que faire de nos vieilles routines, de nos nationalismes outranciers et obtus, de nos chauvinismes, de nos querelles politiques ou religieuses, mais on souhaitera seulement, que cette jeunesse conserve nos traditions de respect de la personne.

Actuellement, la civilisation du bien-être pour tous, entraînée par la Société Industrielle tend malheureusement à devenir une civilisation de surconsommation avec ses gaspillages insensés qu'il convient d'urgence de freiner. Il faudrait donc que ce mode de vie, qui risquerait de devenir le but suprême de la jeunesse, s'accompagne du respect de l'homme, de sa Dignité permise à la fois par l'indépendance nationale et par une participation mesurée de chacun aux décisions, conséquences d'une concertation équilibrée entre responsables et exécutants.

Dignité pour celui qui obéit, Dignité des jeunes nations vis-à-vis de celles qui leur ont fait prendre conscience de leur personnalité propre, Dignité des vieilles nations de ce continent vis-à-vis des puissants de ce monde, ..Dignité toujours. Dans ces conditions, n'est-il pas étonnant de constater quelque fois le trouble d'une grande partie de la jeunesse dans tous les pays évolués ? Si celle-ci est angoissée, apeurée, si elle se révolte, c'est parce que les aînés, leurs parents, ne lui ont donné aucun but digne de leur action dans une société matérialiste où seuls ne comptent maintenant que le confort, l'argent la jouissance au détriment de l'idéal.

Nous autres parents sommes responsables à l'égard de nos enfants, jusqu'à un âge où ils peuvent être considérés comme comptables de leurs actes. Ayant eu une jeunesse plus difficile matériellement, parce que les facilités de l'existence n'avaient pas encore atteint le niveau actuel, et surtout moralement, parce que les signes avant-coureurs de la Seconde Guerre mondiale étaient chaque jour mieux perçus, les générations, aujourd'hui retraitées, ont eu, vis-à-vis de leurs enfants une conduite particulièrement libérale. Elle sait cependant notre jeunesse, malgré ses outrances, que le pays auquel elle se félicite quand même d'appartenir vient, peut-être, de se réveiller de sa torpeur, peut-être grâce à elle. Et si un demi-siècle de paix a déjà été indispensable pour que notre pays retrouve en partie ses forces matérielles et sa santé morale, il n'en est pas moins vrai qu'il a encore besoin d'une très longue période de paix, pour conforter son renouveau, surtout dans le domaine démographique.

La jeunesse réclame d'abord la Paix et la Concorde entre tous les peuples, car elle est convaincue que si le progrès technique est mis au service de l'homme pour faciliter ses efforts, en assurant la collaboration amicale de toutes les activités, il impose, dès aujourd'hui, l'association pacifique et amicale des différents Etats, pour éviter que les alliances qui découlaient dans le passé d'ententes intéressées, ne soient pas à nouveau à l'origine de cataclysmes qui seraient cette fois, sans précédent, du fait de la puissance des armes nouvelles. Dans quelques lustres, c'est de toute la jeunesse de ce pays, de notre Europe et du monde que va dépendre la destinée du monde. A elle donc d'appliquer ces préceptes de Concorde, de Travail et de Paix, puisque cette jeunesse n'a pas été encore marquée par les querelles et les folies des générations précédentes et que, brutalement, elle se trouve placée devant les applications des techniques, sans en avoir pu suivre la lente progression, tout en restant astreinte de continuer, au stade où elle l'a reçue, l'œuvre civilisatrice de ses prédécesseurs.

Mais, pour construire un avenir qui est aussi le sien et celui de ses successeurs, elle devra tenir compte de l'expérience du passé en se tournant vers ceux qui, à travers les siècles, ont toujours ajouté quelques pierres au patrimoine millénaire des hommes qui constitue un trésor impérissable enrichi à chaque génération. Ce dernier se transmet de siècle en siècle, Idéal d'Athènes, fondé sur les principes du beau, du bien, du vrai, Droit romain qui règle les rapports entre les citoyens et qui a servi de moule à notre civilisation occidentale, Christianisme qui a déposé, au début de notre ère, le ferment d'une solidarité que le Christ aurait voulu rendre fraternelle. Qu'elle puise encore les raisons d'espérer dans notre histoire nationale, qui est l'œuvre de tous les habitants et de toutes ses familles intellectuelles, spirituelles, sociales, sans aucune restriction ! Que la foi dans un idéal humaniste lui apporte encore la confiance et, grâce à elle, la persévérance dans l'action et dans l'effort ! Fille d'un peuple patiemment et quelquefois durement rassemblé au cours de longs siècles, unifié dans la diversité de ses origines particulières, elle doit enfin être persuadée que notre époque troublée mais passionnante, peut cependant trouver des solutions équitables à la grande majorité des problèmes humains, en faisant appel simplement aux principes généraux et élémentaires de l'humanisme, rappelés ici. Qu'elle fasse donc fi de toutes ces querelles insensées, aux buts le plus souvent égoïstes, dont les motifs internes ou externes à ce pays ont entravé souvent son développement. C'est pour ces raisons que dans tous les chapitres consacrés à l'examen des principaux problèmes auxquels sont confrontés tous les hommes et les citoyens de ce pays, on s'est efforcé de montrer qu'il suffit, chaque fois, de se référer et de faire appel aux principes simples cités dans la première partie de cet essai.

D'un autre côté, cette jeunesse devra cependant admettre, malgré l'intransigeance propre à son âge, que la Tolérance sous toutes ses formes, symbolisée par le terme de Dignité, est la condition absolue du déroulement harmonieux et équilibré de la vie en société qui ne peut, elle, relever que de la discussion amicale et du compromis loyal inhérent à l'Urbanité des relations humaines.

Aujourd'hui, tous les problèmes pratiques qui se rapportent à la vie moderne relèvent de techniques diverses, industrielles, agricoles, financières ou d'autre nature. Ces procédés sont de plus en plus compliqués, si bien que leur application demande chaque fois des hommes instruits et compétents. En conséquence, elle admet volontiers l'indispensable hiérarchie des individus qui découle de leur valeur personnelle, de leurs efforts, de leurs connaissances, et quelquefois de leur intuition.

Malgré son jeune âge, elle sait que si l'ère des génies est achevée dans les domaines élémentaires de la physique, de la chimie, des mathématiques ou de l'astronomie à un moment où il y avait tout à découvrir et où les ignorants l'emportaient par le nombre, aujourd'hui, cette jeunesse sait aussi que l'ère des génies n'est pas encore achevée, en particulier dans les secteurs de l'électronique ou de la biologie. Et si cette dénomination de génie a moins de sens actuellement, la Société Industrielle, en revanche, a besoin de l'effort associé de nombreux spécialistes réclamant une bonne dose de génie et même de génie créateur.

Si la jeunesse demande que l'instruction et la culture soient accessibles au plus grand nombre pour utiliser toutes les intelligences, et permettre au profit de tous l'expansion et les progrès matériels d'une collectivité dans l'Equité, elle souhaite aussi que dans le même temps, l'éducation soit assurée, pour que le comportement moral et civique des responsables et des élites soit au niveau de leurs connaissances et de leurs responsabilités. Dans ces conditions, la création systématique de castes, de catégories, de chapelles, qui accordent des droits plus ou moins justifiés à telle ou telle partie de la population, ne peut être admise, puisque ces droits vont à l'encontre de l'expansion collective et même de la réussite individuelle.

C'est ce qui amène à formuler, en raison du rôle que joue la jeunesse dans la vie collective, quelques observations pour ceux qui sont chargés de la préparer à la vie.

4. Formation de la Jeunesse

Si l'acquisition des connaissances techniques coule de source à la fois pour l'enseignant et pour l'enseigné, et ne donne plus lieu aujourd'hui à contestation, en revanche, la mutation complète de notre pays est probablement encore incomprise de la part de certains responsables qui ne sont pas en rapports intimes avec l'application directe des Techniques, si bien que le manque de formations directement applicables amène le chômage et la révolte dans des banlieues surpeuplées, en particulier d'éléments mal intégrés.

Il y a deux décennies certains contestaient à gauche ou à l'extrême gauche mais aujourd'hui d'autres contestent à droite ou à l'extrême droite au lieu de s'attacher à résoudre les difficiles problèmes de l'emploi, si bien que ces questions difficiles qui s'y rapportent sont encore négligées et occultées par des considérations politiciennes partisanes qui donnent la preuve de l'incapaciré de ces partis politiques à remédier à une situation de sous-emploi qui maintenant dure depuis dix ans. Certains essayaient d'imaginer une société où l'indispensable mécanisme du Profit serait proscrit, alors qu'il suffit de bien le répartir en fonction de l'effort, effort qui est la condition première de l'action et d'un progrès social qui se réalise par des actes et non par des phrases. La meilleure preuve de la nécessité du Profit dans l'activité humaine est de constater l'état pitoyable de délabrement des économies communistes de l'ex-U.R.S.S. et des pays de l'Europe de l'Est après un demi-siécle ou moins, d'une paresse organisée, conséquence de l'absence de profit pour l'exécutant et qui entraîne dans le même temps la création de castes privilégiées de rénumération et de facilité de vie. Connues sous le nom de "nomenklatura" elles caractérisent bien l'absence d'Equité, d'Efficacité et d'Urbanité d'un régime qui s'est maintenu par la terreur pendant plus d'un demi-siècle en perturbant, par ailleurs, la conscience de millions d'hommes dans le monde entier. La crise qui secouait toute la jeunesse des pays occidentaux il y a deux décennies était aussi une crise de l'esprit, car en refusant les lois élémentaires de l'économie qui disent qu'il n'est possible de distribuer que ce que l'on a créé ou produit, ces évidentes banalités sont maintenant admises par toute la jeunesse, depuis l'expérience désastreuse des économies collectivistes vues, par tous à la télévision.

Maintenant la jeunesse se rend compte que si l'économie ne fait pas appel au rendement et à l'Efficacité du travail, il est inutile d'espérer une vie plus facile et c'est pourquoi notre jeunesse qui pense à l'avenir, craint par dessus tout, l'inactivité économique et le chômage.

5. Caractéristiques particulières de ce pays

On peut aussi constater, dans notre pays, la joie d'un dénigrement national souvent poussé à l'extrême et ces sentiment se rencontrent surtout parmi certaines de nos élites intellectuelles. De tout temps, au cours de notre histoire, ces élites ont toujours été suivies par certains citoyens qui disposaient de moyens matériels élevés. Ces faits se sont passés chez nous, aussi bien sous la monarchie que sous nos républiques successives. Aujourd'hui, ces élites se complaisent seulement dans ces actions dissolvantes et stériles, peu adaptées à la réalité matérialiste de l'époque. Elles se plaisaient par leurs frondes fréquentes à saper le devenir du pays, en minant l'intérêt de l'Etat qu'elles trahissaient intellectuellement, ou tout au moins qu'elles ignoraient. Dans leur conduite il y avait aussi de la démagogie, de la générosité, du défoulement, de la jalousie et un certain goût de l'exhibition et ces mêmes citoyens prenaient toujours un malin plaisir à nous persuader, soit de notre incompétence, soit de notre veulerie.

Grâce à une Information, dont la mission déformée consistait à être, pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour, ou mieux encore à semer le doute ou à verser de l'huile sur le feu, alors que son rôle normal aurait dû être plutôt de nous encourager à un devenir meilleur, en se transformant en une sorte d'ennemi intérieur, souvent la Presse mais aussi la Radio et la Télévision ne remplissent pas leur mission, car actuellement, dans une vie matérielle aussi compliquée, c'est le découragement qui est le plus grand ennemi.

Le renoncement de ce pays à l'effort ne pourrait que le conduire à l'effacement pour la plus grande joie de ceux à qui cet effacement profiterait. Il n'y a malheureusement chez nous qu'une partie de l'élite qui participe mais, si celle-ci a la foi, elle pourra compenser la dispersion idéologique de la grande masse de la population qui se contente le plus souvent de petites satisfactions matérielles, défaut majeur pour ce pays.

Dans le même esprit on peut d'ailleurs observer que ce dénigrement national chez nous est difficile à combattre, car il revêt diverses formes, inflation, laisser-aller, laisser-faire, grèves diverses, démission collective des élites, extrémisme syndical qui voudrait en revenir au temps des féodalités, dans un corporatisme dangereux pour nos libertés, car si le travail salarial, quelle que soit sa nature, est toujours à l'origine de la création des richesses, il n'est cependant plus le seul élément nécessaire, puisque les moyens matériels et surtout l'innovation technique ont de nos jours, une influence de plus en plus marquée.

Pour voir cependant les choses comme elles sont, les générations âgées, à la veille de passer la main, peuvent avoir, malgré tout, quelques motifs de satisfaction de leur conduite pendant leur vie d'hommes responsables. Sans tirer une gloire particulière pour ces générations, on peut porter à leur crédit certains atouts qu'il est possible de mettre maintenant au service et au bénéfice des générations futures.

6. Les motifs d'espérer

- Le premier réside justement dans l'importance numérique de notre jeunesse, d'une jeunesse ardente qui empêche les adultes actifs de s'endormir dans une douce béatitude et les pousse à tirer de leur réflexion le meilleur de leurs ressources intellectuelles et matérielles.

- Le deuxième, paradoxalement, provient d'un certain retard de notre industrie qui a pu, en se modernisant, utiliser les dernières techniques et équipements lui permettant maintenant de supporter la concurrence d'autres pays modernes.

- Le troisième est considérable et son action dépasse encore l'influence des deux premiers ; il se situe dans la transformation progressive et souhaitable du climat social dans notre pays. En remplaçant les conflits sociaux, traditionnels mais néfastes pour l'économie générale du pays par suite des interruptions de production, par une résolution contractuelle des problèmes posés, grâce à des Syndicats patronaux ou salariaux plus conscients de leurs responsabilités vis-à-vis de tous les citoyens, la société matérialiste ne pourra que mieux fonctionner.

En effet l'arrêt d'une production dans un domaine quelconque ne peut que favoriser l'arrivée sur le marché des concurrents étrangers qui pourront ultérieurement réduire le niveau de l'emploi national, étant entendu que la concurrence est cependant le meilleur moyen de maintenir l'activité sous réserve que l'esprit d'Entreprise et les équipements techniques soient à la hauteur du Progrès, ce qui implique de favoriser l'investissement au détriment de la consommation.

Si les solutions suggérées ici pour la Participation du Travail à l'activité de l'Entreprise deviennent effectives, grâce à un partage du Profit plus équitable entre les moyens techniques, c'est-à-dire entre le Capital et le Travail, alors les arrêts habituels de production occasionnés par les grèves pourront être la plupart du temps évités si le syndicalisme salarial a conscience de ses devoirs vis-à-vis de toute la population et non pas des seuls salariés.

Une orientation de ce genre permettra, en plus, de maintenir à notre pays une position compétitive pour nos productions dans le concert des Nations, tout en assurant à nos travailleurs un progrès social étendu. Il est donc du plus grand intérêt que les responsables, au niveau le plus élevé des organisations syndicales de salariés, soient particulièrement convaincus que la Paix sociale est l'atout principal du meilleur devenir de chacun .

Le pourrissement de notre économie, soit par des grèves répétées, ou par un absentéisme trop marqué des salariés, soit même encore et surtout par une réduction trop rapide de la durée du travail effectif, sans progrès correspondant de la productivité, ne serait ni plus ni moins qu'une forfaiture sciemment organisée par des responsables, non conscients du devoir civique qu'ils ont à remplir vis-à-vis de la population, dans son ensemble et non pas seulement vis-à-vis des salariés. Comme on l'a déjà dit, notre pays a encore besoin actuellement de cinquante années de paix sociale pour effacer complètement les traces de trois guerres et pour refaire ses forces matérielles, sans oublier qu'une longue période de tranquillité morale lui est nécessaire pour que, tous ensemble, intellectuels ou manuels, salariés de l'industrie et du commerce, agriculteurs, syndicalistes, responsables politiques ou économiques, nous puissions définir une nouvelle forme de vie pouvant convenir à notre pays, dans les circonstances nouvelles entraînées par la Société Industrielle.

Si nous avons aussi, comme tout le monde en général, quelques motifs d'être mécontents, nous ne sommes pas fondés, en général, à nous sentir aussi mal que cela dans notre peau, malgré les difficultés qui résultent des bouleversements de la vie matérialiste de l'époque. Mais tout comme le médecin-tant-mieux, qui est, pour le malade, souvent préférable au médecin tant-pis, il vaut mieux opter pour une conception joyeuse et enthousiaste de la vie, par l'optimisme qui donne des ailes, car notre adaptation à la Société Industrielle s'effectuera plus facilement en raison des atouts qui sont à notre disposition.

Aux trois motifs d'espérance qui viennent d'être cités, d'autres encore s'ajoutent, par exemple :

- Notre terre natale qui est à la mesure de l'homme puisque, dans un espace restreint tous les paysages se serrent dans notre hexagone et qu'il suffit de cent kilomètres au plus pour passer d'un paysage à un autre tout différent.

- La richesse de notre histoire, de nos vieilles pierres, qui tout en constituant le fondement de nos traditions, doit être aujourd'hui le fondement du nouvel Art de Vivre adapté à l'époque, que cet ouvrage essaie de montrer.

Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que nos compatriotes n'aient jamais aimé s'expatrier puisqu'ils se trouvaient bien chez eux et qu'ils disposaient de suffisamment de nourriture.

Notre pays appartient aussi au groupe des pays qui ont façonné le monde moderne, mais notre apport est tourné vers des créations plus littéraires que scientifiques, plus philosophiques que pratiques, plus individuelles que collectives, malgré l'importance de certains de nos apports scientifiques et techniques dans la vie moderne.

C'est de cette tournure d'esprit que sans doute proviennent nos difficultés actuelles à nous soumettre aux exigences de la vie moderne et de la Société Industrielle et c'est ce qui amène à évoquer notre rôle présent et celui de nos enfants.

7. Rôle actuel des adultes et de nos jeunes

La vraie mission des adultes est de donner, malgré les difficultés rencontrées, et elles sont nombreuses, quelques motifs d'enthousiasme pour la jeunesse de notre pays et pour celle, aussi, de nos voisins européens. Il pourrait s'agir d'abord de l'unité de notre continent, d'un continent formé d'un ensemble de régions, humainement semblables et économiquement homogènes pour être viables, et que l'on a défini dans ce livre comme l'Europe de l'Economie Moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacité et de l'Equité.

L'Européen, en effet, rivé à son passé, à sa longue histoire, ne peut plus placer complètement sa foi, ni dans un niveau de vie élevé, ni dans un nombre de voitures fabriquées, ni dans le nombre de kilomètres d'autoroutes construits, ni tomber amoureux de son revenu national. Il ne doit pas, non plus, être considéré comme une machine à produire et à consommer mais comme un être sensible et raisonnable. Sans doute, toute notre jeunesse s'intégrera tôt ou tard à cette forme de civilisation, car son âge n'est qu'un stade, hélas, transitoire dans la vie de l'homme - il faut bien que jeunesse se passe -, dit le proverbe, mais l'inévitable intégration ne doit pas empêcher les adultes d'insuffler à la jeunesse des motifs d'espoir que seul un Humanisme adapté à l'époque peut lui apporter.

Enfants d'une société de tentation, les jeunes actuellement pensent que le monde économique actuel peut tout supporter, et ils posent aujourd'hui les problèmes économiques en termes différents, en termes de qualité de vie d'abord, et, en cela, ils n'ont pas tort puisque la Société Industrielle ayant déjà transformé, du tout au tout, le sort matériel de la grande majorité des citoyens des Etats développés, il faut maintenant qu'elle résolve un problème nouveau : comment vivre ?

Il va sans dire que ce nouveau style ne sera pas défini par le divorce intellectuel des jeunes et des anciens. Si nos jeunes arrivent déjà sur le marché du travail nantis d'une formation adaptée aux besoins, ils pourront alors s'insérer dans un mode de vie qui est l'aboutissement de siècles d'efforts et dont leurs parents ne sont responsables qu'en partie.

Il résulte alors de ces remarques que notre système éducatif doit agir en accord avec l'économie pour que nos enfants, qui ont besoin de se dévouer, ne se réfugient pas dans une protestation permanente qui ne serait justifiée que si notre système éducatif n'était capable que de fabriquer des chômeurs par manque de formation professionnelle, comme ce fut malheureusement le cas dans la décennie 80-90. La roue du temps a tourné et il faut maintenant à notre jeunesse de l'Efficacité, c'est-à-dire des actes et des preuves de l'action, car elle sait que ce n'est pas en formulant d'amères critiques sur tous les sujets que se construit quelque chose, elle veut avant tout du travail, de l'organisation et de la prévision, pour que le progrès technique reste au service des hommes et non d'une seule classe de citoyens.

Elle ne doit donc plus se complaire, maintenant, dans la contemplation de malheurs possibles ou dans la critique stérile, comme ses aînés l'ont fait sous l'influence d'une information déformée, répandant à longueur de plume le doute, la critique superficielle donc inutile, voire l'agressivité ou l'immoralité. Sans tomber dans l'excès inverse de satisfaction exagérée, l'Information ne doit surtout pas, à longueur d'articles s'appesantir sur nos échecs, mais mettre quelquefois en valeur quelques unes de nos réussites dans ce monde en changement rapide. Il revient donc, aux adultes, de montrer encore à notre jeunesse l'infinie supériorité de la fertilité de l'action sur le chaos déconcertant et dissolvant de la critique permanente, en lui prouvant que les adultes sont toujours capables d'ordonner la vie collective pour les années qui viennent ; après ce sera son tour de prendre la relève.

C'est encore aux générations âgées et qui ont fait beaucoup pour cette jeunesse, quoi qu'elle en pense, de regarder la situation en face et avec sang-froid. Si nous devons renoncer à un certain esprit vieillot ou à une certaine routine, nous ne devons cependant pas faire fi de la raison, mais admettre que la participation mesurée de chacun à une démocratie, qui ne tomberait pas dans l'anarchie, sera le plus sûr moyen d'échapper aux tristes sirènes de la démission collective. En plus, dans le cas de notre pays, on peut ajouter que celui-ci est particulièrement féru de politique, et d'autant plus que celle-ci s'intéresse à des idées abstraites, généreuses et inapplicables dans la pratique. Il n'est alors pas surprenant que la démocratie dans ce pays soit une démocratie de clans, de partis, de syndicats, beaucoup plus que celle de citoyens, car le rôle actuel des partis politiques est surtout d'user le pouvoir de l'Etat, quel qu'il soit, pour prendre la suite et être replacé dans la même situation quelque temps après.

A une situation de ce genre, il n'y a rien d'étonnant car, en chacun de nous, il y a deux êtres, le premier veut que tout se transforme à condition que ses intérêts personnels ne soient pas lésés, le second que rien ne change, si bien que depuis qu'il existe, ce pays, comme le balancier d'une pendule, penche alternativement d'un côté ou de l'autre et, dès qu'il a trop penché d'un côté, il repart vite dans l'autre sens. Notre pouvoir politique ressemble plutôt à un conservatisme anarchisant qui malheureusement ne peut plus s'adapter à la vie réglée entraînée par la Société Industrielle.

Après au moins un demi-siècle durant lequel les générations anciennes, alors actives, n'ont eu qu'à subir la guerre, la défaite, la faim et la misère, conséquences de politiques qu'elles ne veulent plus, nos compatriotes constatent aujourd'hui avec une certaine satisfaction où les a menés un demi-siècle à peine de paix, entre tous les pays de notre chère Europe, même si cette concorde dissimule encore certaines "Volontés de Puissance et de Domination" qui ont du mal à disparaître.

Il faut alors que la jeunesse prenne conscience, non seulement de tout ce que les générations précédentes ont accompli dans le domaine industriel et dans celui de la productivité, mais aussi des efforts faits pour améliorer, grâce à une création de plus en plus importante de richesses matérielles, le sort des personnes âgées ou des déshérités.

Toute notre jeunesse devra admettre aussi :

- que les adultes âgés n'ont peut-être pas démérité, puisqu'ils sont, avec leurs devanciers, les créateurs de la Société Industrielle qui a permis ces progrès,

- ensuite que notre pays vient seulement d'accéder à une Révolution industrielle qui datait chez ses voisins de plus d'un siècle et que grâce à ce retard relatif, il doit mieux l'étreindre et la dominer, puisqu'il peut mieux en peser les abus.

D'endormie ou d'assommée entre les deux conflagrations mondiales du vingtième siècle, notre économie était encore, il y a quelques années, une économie de croissance et certains spécialistes, en extrapolant les résultats obtenus depuis un quart de siècle, en arrivaient même à placer notre pays en très bonne place parmi les nations modernes et développées. Un résultat de ce genre était alors seulement la conséquence d'une gestion cohérente et la démonstration irréfutable que l'anarchie est le plus grand danger qui menace l'Etat.

Sans doute, la jeunesse pourrait-elle encore reprocher aux générations d'après guerre, un certain égoïsme dans le domaine du logement puisqu'elles ont trop longtemps bénéficié de loyers ridiculement bas, et n'ont pas fait construire un nombre suffisant de logements, sans oublier une certaine insouciance, camouflée sous un certain libéralisme intellectuel, notamment dans les domaines de l'Information et de la Publicité. Elle pourrait encore reprocher à ces générations leur attachement à des conceptions anciennes de l'économie et du profit, ainsi que nos difficultés à adapter notre enseignement ou notre agriculture aux réalités du monde des techniques. Malheureusement, il y a tant d'intérêts en jeu dans tous ces domaines que la jeunesse, dans quelques années, pourra s'apercevoir qu'il n'est pas toujours facile de résoudre ces difficiles problèmes, quand le sectarisme, l'intolérance ou l'argent se donnent libre cours et quand l'Etat se révèle impuissant et laisse faire.

Qu'elle soit donc persuadée, notre jeunesse, que si ces résultats sont encore insuffisants dans de nombreux domaines, elle pourra, demain, quand son tour sera venu, faire mieux encore, en appliquant seulement les principes généraux définis ici.

Il faut donc que les générations actives actuelles, en pleine possession de leurs moyens intellectuels, adoptent, en particulier, les lois du travail en commun et de l'organisation, car la société actuelle n'est plus seulement le résultat de la rencontre heureuse de données qui relèvent de la géographie ou du hasard, elle est aujourd'hui la récompense de l'effort coordonné de toutes les familles de notre peuple, qu'elles soient intellectuelles ou manuelles. En s'appuyant sur les legs du passé, elles pourront donner à la Société Industrielle un caractère humain et ce sera là une participation majeure de ce peuple à l'action du monde moderne.

Que nos enfants, veuillent bien, par exemple, observer un peu autour d'eux !

Que verront-ils ? des usines modernes qui produisent, des bâtiments de plus en plus nombreux qui sortent de terre partout dans l'Hexagone, des équipement collectifs comme le train à grande vitesse ou un réseau d'autoroutes dont la mise en place s'achève ou encore les nouveaux quartiers comme celui de la Défense à Paris, avec ses immeubles de verre et d'acier ou toutes ces banlieues reconstruites après avoir détruit les taudis.Tout cela en trente ans à peine ! La jeunesse doit aussi prendre conscience des progrès accomplis dans le domaine social, ne serait-ce que dans le domaine des soins, de l'aide aux vieillards et aux handicapés, ou même dans celui de l'aide au chômage ; tout cela grâce à la productivité accrue permise par l'accés de notre Pays à la Société Industrielle.

C'est alors pour les générations qui étaient actives, il y a encore une ou deux décennies, une certaine satisfaction de voir où les ont menés cinquante ans de paix entre tous les pays de notre chère Europe, même si la concorde qui y règne dissimule encore certaines "Volontés de Puissance et de Domination" qui ont du mal à disparaître. Il est un fait que les générations qui avaient tout juste vingt ans à la veille de la Seconde Guerre mondiale sont tentées de nier la réalité quotidienne qu'elles ont créée, certaines ont souvent démissionné devant les pressions politiques ou économiques et ont laissé se développer en particulier une publicité, même si elle les choquait, sous prétexte de respecter la liberté d'informer, liberté qui se traduit seulement par de meilleurs chiffres de vente, par l'attrait de la sexualité qui est la caractéristique essentielle de la Société permissive, dont il convient aujourd'hui, devant l'expérience, d'essayer d'en réduire l'influence .

Certains croient déceler dans les difficultés qui affectent tous les Etats développés du globe, et même ceux qui ne le sont pas encore complètement, une crise de civilisation, comparable à celle qui s'est produite après l'écroulement de l'Empire Romain, aux premiers siècles de notre ère. A cette époque en effet, le christianisme ne brillait que d'une bien faible lueur et il n'avait pas encore donné naissance aux monarchies chrétiennes, fondées sur une civilisation artisanale et agraire, qui allait ordonner toutes les sociétés humaines jusqu'en 1789. D'autres comparent cet actuel bouleversement à la période qui a suivi la Révolution française de 1789, à l'aube de la Société Industrielle au moment où l'Etat, en libérant l'individu, a fait appel aux principes de la Démocratie, et où le fonctionnement de cette Société Industrielle naissante dépendait, chez nous, presque uniquement du seul travail manuel, qui à l'époque était sans rendement, puisque le machinisme n'en était qu'à ses premiers balbutiements.

8. Suggestions pour notre pays

Le lecteur doit être maintenant convaincu de l'importance des nouveaux conditionnements matériels de l'existence apportés par la Société Industrielle, sur les plans individuel, national, européen et mondial, et il doit être aussi persuadé de la nécessité de recourir, toujours aux principes de base sur lesquels repose cet essai.

Ces principes de base que constituent la Dignité, au sens large qui a été donné à ce terme, l'Equité, l'Urbanité et l'Efficacité doivent être associés également à toutes les autres conditions énumérées comme fondements essentiels d'un humanisme moderne ou d'un nouvel art de vivre et, en particulier, à l'enthousiasme et au civisme, pour que, à chaque échelon de responsabilité, l'individu renonce à l'égoïsme, à la volonté de puissance et ne se laisse aller ni à la routine ni à l'euphorie du confort. S'il était possible en effet de faire le décompte des anomalies afférentes à chacun des grands secteurs de l'activité humaine, chacun serait très étonné, voire scandalisé, de leurs conséquences financières sur la collectivité. La présente période est révolutionnaire en ce sens qu'elle exige un changement profond des règles de fonctionnement habituelles, pour les adapter aux nouvelles situations créées par le progrès technique, dans l'optique d'un progrès moral sur lequel repose l'évolution future du monde. C'est pourquoi il faut que la Société Industrielle en revienne déjà aux principes permanents et élémentaires évoqués au début de cet essai, et établisse un nouveau cadre adapté à l'époque.

Notre problème à nous Français consistera alors, et il n'est pas facile, à adapter nos institutions et nos structures à l'époque, pour que notre passage à l'ère industrielle ne soit pas entravé. Si ce pays réussit à définir de nouvelles formes de vie, l'évolution pacifique qui découle de l'application des techniques sera bénéfique pour tous.

Ce sera alors le devoir de la jeunesse de promouvoir cette évolution puisque, de par sa nature, elle est enthousiaste et ce sera aussi le rôle de notre peuple, idéaliste de tradition, de la réaliser en se laissant guider par les principes et conditions retenus comme indispensables. Ceux-ci, en faisant appel à l'honnêteté, à la justice et à la cordialité, permettront de rendre l'homme maître de la matière par la Technique qui en est issue et non de se laisser asservir par elle, au fur et à mesure des inimaginables conquêtes scientifiques, de plus en plus nombreuses, réalisées dans le monde des hommes grâce à l'esprit, à l'intelligence et à l'effort individuel et collectif. Si ces méthodes sont appliquées sincèrement, les techniques retrouveront alors le sens humain qu'elles n'auraient jamais dû perdre, si bien que l'Urbanité pourra de nouveau régner et présider aux rapports humains.

La structure économique suggérée dans cet essai et symbolisée par l'expression "Capitalisme à accession communautaire", en étant fondée sur l'application mesurée des principes de concertation et de répartition cités, devrait permettre à notre Société moderne de mettre fin à la lutte des classes chére à certains, car elle était génératrice d'inefficacité collective et qu'elle ne facilitait pas les rapports entre les hommes. Dans le même temps, elle pourra aussi mettre un point final à un siècle d'incompréhension, en apportant au problème du droit de propriété, inséparable de la Liberté de l'homme, une solution valable, qui résidera dans un partage équitable fondé sur le travail, la valeur professionnelle et l'Efficacité personnelle.

Si ces diverses conceptions sont admises et effectivement appliquées, l'Equité par l'éducation et la culture sera non seulement au service du progrès technique et de l'Efficacité, mais aussi du progrès intellectuel et moral indispensable lui, à l'Urbanité des relations entre les hommes.

Les diverses réflexions émises dans cet essai, évidences certes, n'expriment souvent que des banalités dans les différents domaines de l'activité économique, mais encore convient-il de les prendre au sérieux pour qu'elles ne constituent pas seulement un catalogue de désirs insatisfaits ou de voeux pieux. Au lieu de ne souhaiter que des satisfactions immédiates, pensons surtout à l'équipement, à la modernisation, bref à l'intérêt à long terme de la collectivité et par là à celui des individus!

N'est-ce pas finalement le simple bon sens, puisque ce sont eux qui en supportent les conséquences ?

Si l'économie moderne est aussi collective, elle est encore de plus en plus globale, ce qui signifie que, à partir d'un produit national déterminé, la collectivité ne peut attribuer à tel ou tel besoin, qu'une part bien précise de ce produit et que, en conséquence, il faut opérer un choix. C'est ce choix qui est politique et qui relève du gouvernement, après l'accord et les conseils des Assemblées politiques et économiques représentant la collectivité nationale.

C'est alors à la Nation d'exiger de ses représentants et responsables un fonctionnement harmonieux de tous les secteurs nécessaires. A elle aussi de faire définir, en dehors des intérêts propres et des préoccupations particularistes de chacun des secteurs indispensables à la vie économique, les inévitables mesures permettant d'établir entre eux une coordination efficace et rentable. Ainsi, le maintien des avantages acquis ne constituera pas un obstacle insurmontable à la marche du progrès, puisque le but recherché est de créer, dans les meilleures conditions de rentabilité pour la collectivité, les moyens techniques permettant de faire face aux besoins.

Quant au gouvernement de l'Etat, malgré la complexité technique de la vie actuelle il devra être imaginatif, pour essayer de concevoir, compte tenu du présent, ce que sera demain, le futur. Avec l'évolution technologique, l'expérience acquise par les générations passées pourrait sembler inutile, mais, heureusement, il n'en est rien car les hommes, même s'ils se sont instruits, ne changent pas et ils veulent aujourd'hui être gouvernés non seulement avec Efficacité, mais aussi en se référant à tous les principes rappelés ici parmi lesquels, et n'ayons pas peur de nous répéter, l'Urbanité des rapports humains n'est pas le moindre.

Les diverses et multiples observations faites dans cet essai à propos de tous les problèmes pratiques de la vie, qui sont le plus souvent la simple observation des faits et du bon sens, doivent entraîner une adaptation aussi rapide que possible des mentalités des citoyens, mais cela est difficile, car les hommes ne peuvent évoluer que lentement, du fait de l'enracinement dans de vieilles habitudes routinières et de leur nature intime, généralement égoïste, qui résiste au changement.

Mais, devant des questions aussi vastes et aussi complexes, il faut que chaque individu consente d'abord à prendre conscience de leur gravité et qu'ensuite il soit animé d'une volonté de réforme profonde dépassant son intérêt personnel. Il nous faudra déjà appliquer réellement la première des conditions visant à la bonne organisation de la Société Industrielle qu'est la "Centralisation de la pensée et la Décentralisation de l'action", gage du progrès et de la liberté des hommes, car elle seule permet de soupeser et d'estimer les besoins présents et futurs des différents secteurs de l'activité humaine. Si chaque citoyen doit être pénétré de la valeur de ces méthodes, ce sera le devoir des élites et des responsables de promouvoir leur application. Dans une société qui change aussi rapidement que la nôtre, et où, depuis vingt-cinq ans, toutes les contraintes traditionnelles auxquelles les pays de l'Occident étaient habitués se sont effondrées, qu'elles soient religieuses, familiales ou sociales, avec le vent de tempête que souffle l'Information, s'édifie, dans le même temps, une machinerie technique, prodigieusement compliquée où chaque individu se voit enfermé dans un carcan qui menace de le réduire à l'état de pion. Ces contraintes refusées amènent de nombreuses tensions entre les hommes et il est fatal qu'elles soient accentuées, puisque ces hommes doivent vivre dans un environnement qui se modifie chaque jour, tout en étant de moins en moins soumis aux règles habituelles qui régissaient jusqu'à présent notre mode de vie.

Ces réflexions laissent percevoir l'importance majeure de ceux qui, aux échelons les plus élevés de l'Etat, vont tenir les leviers de commande. Il est alors de la plus haute importance, pour que notre Société occidentale conserve une forme démocratique, gage de la liberté individuelle, et de la Dignité de l'homme, que chacun de nous soit aussi persuadé des périls qu'apporte l'anarchie. Celle-ci en effet est un mal implacable qu'une société développée a le devoir de refuser, car la démagogie au sommet de l'Etat descend inévitablement, par l'exemple donné, aux échelons intermédiaires et à l'exécution, en se traduisant par exemple par des mouvements de grève inconsidérés qui perturbent la vie journalière de milliers, voire de millions de citoyens. Les difficultés rencontrées dans tous les domaines, sont probablement la rançon d'une politique trop libérale qui tolère la société permissive dont la motivation essentielle est l'argent, que l'attrait de la sexualité permet d'obtenir sans difficulté et qui, de ce fait, est la meilleure condamnation d'une économie capitaliste que l'on pourrait qualifier de sauvage.

A cela s'ajoute encore l'influence dissolvante d'une Presse, dont le rôle principal aujourd'hui, est surtout de monter les hommes les uns contre les autres, sans oublier l'action dévastatrice de l'inflation sur la conscience individuelle. Dans ces conditions l'ensemble du monde développé doit, avant qu'il ne soit trop tard, lutter vigoureusement contre l'inflation monétaire et la société permissive qui ne manqueraient pas d'amener, à terme rapproché la dictature, par la décomposition des valeurs morales du corps social dans son ensemble comme l'exemple nous en a été récemment donné par nos voisins Allemands et Italiens, avec le nazisme et le fascisme.

Dans le chapitre consacré à l'examen rapide des Problèmes Financiers et Monétaires, on a montré que la première des causes psychologiques de l'inflation était la division idéologique de la société. En effet, une partie importante de celle-ci, constituée par le personnel d'exécution, qui considérait que la répartition des fruits de la production n'était pas équitable, maintenait des revendications salariales qui ne manquaient pas de renforcer l'inflation ; cependant elle ne se sentait pas impliquée dans une lutte qui impose la participation de tous pour que cette inflation soit maîtrisée.

Dans ces conditions, la structure nouvelle de "Capitalisme à accession communautaire", suggérée pour la répartition correcte du Profit, à laquelle elle conduit, sera un bon moyen de lutter contre la détérioration de la valeur de la monnaie puisque, à partir de ce moment, chacun saura ce que l'Entreprise pourra faire, pour ne pas affaiblir la valeur d'échange de la monnaie, première des conditions à l'équilibre de la vie de tous les jours.

Quant à l'Information, on a montré également combien son influence risquait d'être pernicieuse pour la vie collective, si elle-même ne respectait pas une certaine éthique.

Compte tenu de toutes les observations faites, on pourra souhaiter que la forme de pensée proposée se substitue à celles qui, dans le passé, furent génératrices de tant et tant de désillusions et de malheurs. Il va sans dire que l'accoutumance à un style de vie nouveau, différent de celui dont nous avions tous l'habitude, va réclamer une application loyale et complète des principes rappelés ici, principes particulièrement simples et accessibles à l'immense majorité, puisqu'ils sont simplement le fondement d'une morale élémentaire susceptible d'ordonner les rapports humains.

Qu'on ne vienne pas objecter que les solutions suggérées bousculent la tradition ou les habitudes car, objectivement, en existe-t-il d'autres réellement Efficaces, à notre époque ? Et puis, surtout, ces propositions ne s'inspirent-elles pas de la vraie Démocratie qui en aucune manière ne peut se passer ni de civisme, ni d'organisation, ni d'Efficacité et qui exige aussi un refus de l'anarchie, du laisser-faire et du bavardage.

On peut encore observer que l'ensemble des conceptions pratiques et terre à terre, fondées sur l'expérience du passé et exposées dans ces pages, a été conçu dans le cadre d'une civilisation analogue à la nôtre, pour des régions où le climat est tempéré et où la Société économique est en pleine expansion. Qu'en sera-t-il demain dans ces conditions si celle-ci se ralentit ?

Qu'en sera-t-il aussi dans des zones climatiques différentes quand la civilisation technique aura assuré une production suffisante et que l'évolution des idées aura peut-être conduit, dans tous ces pays, à un partage équitable des fruits de la Société économique moderne ? Certaines conceptions, notamment celles qui se rapportent actuellement à l'organisation de l'activité humaine, devront alors probablement être révisées et de nouveaux courants de pensée élaborés en vue de conceptions économiques adéquates. L'important sera toutefois qu'elles le soient dans la ligne générale des principes humanistes retenus ici, afin que l'objectif de la future Société ne soit pas dénaturé, reste au service de l'homme, être pensant sensible et doué de volonté.

D'emblée, il n'était pas question d'écrire cet essai à l'usage des seuls spécialistes technocrates, économistes ou moralistes, il est destiné surtout à ceux qui doivent vivre et d'abord vivre. Aussi faut-il que les esprits éclairés et compétents sur tel ou tel problème orientent leurs pensées, études et investigations dans la direction générale de ces suggestions d'ordre pratique, pour certains peut-être évidentes, terre à terre et banales, afin de mettre leur idéal et leurs connaissances à la portée de nous tous. Ce sera aux diverses élites spécialisées dans chaque domaine des activités de la Société moderne de préciser les différentes règles assurant l'application pratique d'une philosophie réaliste et à nous autres de vivre suivant l'antique formule "Primum vivere, deinde philosophare".

9. Conclusion finale

Epoque extraordinaire s'il en était, celle que nous vivons en ce moment ; jamais l'humanité ne s'est trouvée placée devant une telle situation. Ainsi, notre Patrie a été confrontée, en moins d'un siècle, à trois guerres, dont les deux dernières ont mis en œuvre des combattants par dizaine de millions chez les différents belligérants. Aujourd'hui, d'autres conflits continuent leurs massacres, et chacun envisage avec effroi l'éventualité d'une conflagration finale, nucléaire cette fois, à moins qu'elle ne soit chimique ou même bactériologique. L'Etat lui-même, bien commun des citoyens d'une même communauté, et avec lui la Politique s'appuient sur le progrès technique, et seuls les compétents peuvent maintenant, chacun dans des domaines spécialisés, dominer l'énorme complexité des problèmes.

Quant aux jeunes Etats libérés du joug léger du colonialisme européen, ils reconstruisent le plus souvent leur système de castes et cherchent, eux aussi, à imposer leur loi à des plus faibles et les Etats Arabes producteurs privilégiés du précieux pétrole menacent l'Occident à la fois de le priver d'énergie et de lui imposer l'intégrisme religieux au moyen d'une immigration non contrôlée de populations arabes, si le pouvoir politique de tous les Etats européens n'y prêtait pas une attention suffisante. Il convient donc déjà que tous nos pays occidentaux prennent enfin à bras le corps le probléme de l'énergie pour les libérer d'une contrainte insupportable.

De tous les côtés, un humanisme adapté à la Société Industrielle sollicite nos efforts. Il nous faut donc raisonner aujourd'hui, non seulement en termes économiques, comme il a été déjà souhaité, mais aussi et surtout en termes humains en s'appuyant sur toutes les idées que résume cet essai et qui sont aussi celles que les Grecs avaient mises en valeur il y a bientôt trois millénaires. Souvenons-nous alors de l'histoire de la Grèce antique, elle n'est pas sans présenter de nombreuses analogies avec celle de notre temps. Le dirigisme exagéré de l'économie grecque a entraîné, dans la dernière époque de la Grèce décadente, avec une réduction sensible des activités économiques, les mêmes ingérences de l'Etat. En se faisant lui-même marchand au lieu de se contenter d'encourager le commerce et de protéger les citoyens contre les excès des vendeurs, l'Etat encourageait la décadence économique et la précipitait, en créant des corporations à l'esprit étroit qui étaient source de sclérose.

Dans ces conditions, nos générations devraient se garder d'imiter cet exemple, puisque les mêmes causes produisent toujours chez les hommes les mêmes effets.

Il conviendra enfin et finalement que tous les peuples et tous les Etats évolués de l'Europe, de l'Asie, de l'Amérique, de l'Afrique ou de l'Australie, et surtout ceux auxquels le pétrole vient de donner une puissance économique exceptionnelle, ne se replient plus sur leurs richesses en en retirant des profits anormalement exagérés, mais consentent enfin à les faire servir au bien public de tout l'Univers.

Mais ce souhait implique aussi que les bénéficiaires de l'aide qui sera accordée consentent d'abord aux efforts nécessaires et ne se réfugient pas, soit dans une nouvelle lutte de classe à l'échelle internationale qui découlerait seulement de la paresse, soit dans un racisme élémentaire vis-à-vis des pays occidentaux qui, par leur travail et leur intelligence, ont créé la civilisation moderne, conséquence immédiate du progrès technique, puisque le résultat ne pourrait être que la violence, la guerre et les massacres.

Ensuite il faudra, indispensable nécessité, qu'ils limitent d'urgence une natalité explosive qui les amènerait inévitablement à se lancer à la conquête des pays devenus riches surtout par leur travail et là c'est le plus grave problème que le monde entier va avoir sous peu à résoudre, sans plus tarder, car la surpopulation de pays déjà pauvres ne peut encore que favoriser cette pauvreté. Il conviendrait donc que la formule Chacun chez soi déjà citée, soit considérée maintenant dans l'ensemble du monde comme la seule possible. La crise du pétrole pourrait être, en effet, considérée par un esprit lucide, comme un avant-goût du renversement de la situation actuelle et d'un asservissement futur des pays occidentaux, s'il n'était porté remède à cette situation.

Il nous faut donc déjà, nous autres humains, abandonner nos divers chauvinismes et les "Volontés de Puissance et de Domination" qui y sont attachées, puisque le progrès des techniques militaires peut même effacer la présence de l'homme de notre globe.

On peut enfin observer, d'un autre côté, que le nombre des personnes âgées augmentant sensiblement, celles-ci ne pourront subsister que grâce au travail des personnes actives. Il conviendra donc, que l'âge de la retraite ne soit pas trop rapidement avancé pour que les charges sur les générations actives ne soient pas trop élevées. On pourra alors souhaiter que les responsables du Syndicalisme salarial soient pénétrés de leurs hautes responsabilités, car si leur devoir civique est de défendre les conditions de travail, il est surtout de ne pas tuer, par démagogie, comme certains le font trop souvent, la Société Industrielle, nouvelle poule aux œufs d'or des temps modernes.

La conduite d'ensemble de la planète relève alors de règles simples de nature économique et, s'il est indispensable de réduire les gaspillages, il est cependant non moins utile que les pays modernes aient une natalité suffisante qui leur permettra de répondre à des besoins croissants. Comment faire, dans les nouvelles perspectives démographiques du monde entier, alors que les organismes internationaux ne sont le plus souvent qu'une enceinte où se livrent les prémices d'un combat qui pourrait être fatal ? Dans ce désarroi général, dans ce pessimisme qui obscurcit la pensée de chacun, quel autre moyen pour l'homme d'assurer sa survie, que celui de se raccrocher aux règles permanentes de l'Humanisme, qui, en servant de fondement à un nouvel Art de Vivre adapté à la Société Industrielle, apporteront des réponses valables !

Il n'y a donc plus maintenant qu'une solution, c'est que chaque membre de la collectivité humaine en revienne à ces conceptions anciennes, legs bienfaisant d'une pensée respectueuse de l'homme. Il ne faudra surtout pas remettre la solution des problèmes correspondants aux auteurs du progrès technique, puisque, déformés par cette Technique même, ils ne pourraient dégager la vue d'ensemble permettant à l'homme de vivre en harmonie avec son voisin, dans une nouvelle société où la décentralisation de l'action jouera un rôle prépondérant permettant à l'individu de rester un citoyen respectueux des autres.

Si toutes les civilisations ont leurs caractéristiques, il ne faut pas oublier aussi qu'elles sont mortelles. L'exemple de la Grèce antique et celui de Rome sont là, en effet, pour nous le rappeler et la nôtre a d'autant plus de chances de s'évanouir que les moyens de destruction sont aujourd'hui quasiment illimités.

L'achèvement de la Seconde Guerre mondiale dans la foudre atomique d'Hiroshima a marqué aussi la fin d'une première Société Industrielle, société qui avait été déterminée, il y a presque deux siècles dans notre pays, par la Révolution de 1789 et Napoléon 1er, et qui s'est poursuivie par des régimes successifs, jusqu'à nos diverses républiques . Actuellement une nouvelle mutation est indispensable, cette fois, à toute l'humanité puisqu'il s'agira de lui faire aborder, très prochainement, ce que l'on appelle déjà la Nouvelle Société Industrielle.

Mais celle-ci, de toute évidence, ne pourra que reposer sur les quatre principes fondamentaux retenus ici comme fondements du nouvel Art de Vivre, étant entendu également que celui de Dignité devra amener le renoncement définitif des Etats aux "Volontés de Puissance et de Domination" puisque l'ensemble des pays qui constituent notre Terre peut disparaître et se volatiliser dans les forces que la Technique a mises au point.

Le modèle économique proposé dans cet essai et qui est caractérisé par la formule "Capitalisme à accession communautaire" paraît répondre déjà aux problèmes de la Société Industrielle et même à ceux de la Nouvelle Société Industrielle dont il vient d'être question, grâce à une participation effective et mesurée du Travail au fonctionnement de l'activité économique. Quant au système politique suggéré, il doit aboutir, lui aussi, à un résultat analogue, condition essentielle de l'Efficacité collective, si bien que l'épanouissement de la Dignité de chaque être humain ne manquera pas d'en être la conséquence directe.

Ces modèles pourront permettre à notre économie de revêtir les caractères d'une économie d'essor et non de déclin, grâce à l'influence de l'intérêt personnel qui est conservé. Cette économie exigera encore des responsables, d'avoir une conception élevée de l'Etat, et d'être animés par un idéal humaniste. S'il n'en était pas ainsi en effet, en fait d'économie d'essor, il ne s'agirait que de ruine, de déclin, de dépérissement, car cette économie porterait en elle les instruments de sa décadence : dépopulation, inflation des signes monétaires entraînant l'inefficacité des lois et des règlements coercitifs.

Quant au système de nature politique proposé, il semble également capable de répondre aux problèmes du jour, puisqu'il essaie d'associer le culte romain de l'Etat au pragmatisme anglo-saxon, la mentalité latine au sens protestant du négoce, le mode de vie des pays méditerranéens, avec ses arts, à celui à la fois austère et confortable des Nordiques ou des Germains, et, avec comme trait commun à tous, le respect de l'être humain.

En repoussant à la fois une liberté qui s'apparente à l'anarchie et un collectivisme qui est synonyme de dictature, notre Europe devrait pouvoir aujourd'hui accepter, sans contrainte, un système qui associerait la Liberté individuelle à l'Efficacité collective dans un humanisme adapté au siècle des techniques, humanisme fondé sur la Dignité de chacun et sur l'équitable répartition des produits de la Terre et du savoir humain.

On peut alors affirmer que si tous les Etats et tous les peuples de ce continent acceptaient ces idées, on aboutirait, dans des délais peut-être moins longs que l'on pourrait croire, à une Europe du juste milieu, du bon sens, de la générosité, et du refus du gaspillage, qui permettra, seule, de répondre aux multiples problèmes de l'heure ; en somme à celle de l'Europe de l'Economie Moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacité et de l'Equité qui est souhaitée dans ce livre.

Si notre communauté nationale est enfin entrée dans une époque de renouveau, la poursuite de cette expansion ne peut se faire qu'aux dépens de structures périmées, de monopoles, de coalitions d'intérêts opposés à ceux de cette communauté. Depuis déjà de nombreuses années, notamment dans notre pays, les pouvoirs publics ont fait procéder à de multiples études sur les obstacles à l'expansion et les connaissent pour la plupart. Pourtant devant les intérêts particuliers, y compris ceux des administrations, et devant l'ampleur et la complexité des réformes à entreprendre, compte tenu de leur action mutuelle, ces études minutieuses, permettant de remédier à la déficience de certains secteurs, ont été en partie négligées jusqu'alors. Dans presque toutes les branches de l'activité, les règles de fonctionnement et les statuts, qui sont le suprême bonheur des salariés de chez nous, ont été établis, jusqu'à présent, pour d'autres buts que ceux de l'expansion, tels que : confort, sécurité, facilité de la vie. Dans une société évoluée ces derniers objectifs sont importants et attirent davantage les libres citoyens que nous sommes. Mais on peut se demander, dans le monde dangereux où nous vivons, si ce choix est raisonnable et s'il relève d'une politique d'avenir, car tous ces motifs constituent très souvent des freins puissants, qui ralentissent les progrès collectifs de notre peuple.

Pour appuyer cette thèse il n'est, par exemple, que de rappeler encore une fois la politique insensée du logement qui s'est maintenue chez nous jusqu'à ces dernières années, et cela depuis le début de la Première Guerre mondiale, c'est-à-dire depuis plus de soixante-dix ans et qui avait amené, d'une part une détérioration prononcée de notre patrimoine immobilier et d'autre part, une pénurie de logements telle qu'elle a posé et pose encore de graves problèmes aux jeunes générations. Mais le logement ne constitue pas le seul exemple d'une politique économique irréaliste. C'est ainsi que chez nous, on pourrait critiquer, à juste titre, le régime des retraites prématurées, les règles d'avancement à l'ancienneté ou le mandarinat de certaines fonctions administratives ou privées, et regretter aussi bien l'insuffisance de l'enseignement professionnel que critiquer le régime des vacances scolaires ou celui du rythme des activités quotidiennes.

On pourrait encore s'étonner des pratiques restrictives à la liberté du commerce, du monopole des charges vénales, d'une politique agricole qui favorise plutôt la culture du blé par des prix insuffisamment différenciés, ou encore la mauvaise coordination des transport et déplorer cette fois la large tolérance que pratiquent les pouvoirs publics, pour des raisons électorales, à l'égard de l'alcoolisme ou du tabagisme, sans oublier une Sécurité Sociale gigantesque où des organismes insuffisamment décentralisés empêchent toute idée de bonne gestion, si bien que finalement c'est la compétitivité de nos productions qui en subira les conséquences.

Si la liste des obstacles à l'expansion est longue à établir, elle est, néanmoins, bien connue des pouvoirs publics et pour remédier à cet état de fait il faut déjà avoir la volonté de vouloir y remédier. Si notre pays veut donc survivre dans un monde où celui qui n'avance plus recule, il faut rejeter au loin des conceptions et des procédés qui amènent un gaspillage incompatible avec la Société Industrielle. Sans doute, dans les divers domaines cités, des progrès importants, ont déjà été réalisés, mais il ne faut pas nous endormir, car la vie est action efficace de tous les jours. Actuellement, avec l'ouverture des frontières économiques, avec le renchérissement des produits pétroliers et des matières premières, avec l'influence de la concurrence extérieure, avec l'évolution accélérée des techniques, enfin avec l'ouverture sur l'Europe, notre Pays doit s'adapter à un changement profond de ses habitudes, quand ce n'est pas un revirement complet qui lui est nécessaire.

Urbanisation accélérée, concentrations fréquentes des entreprises, mutations d'emplois, exode des campagnes, en sont les marques extérieures les plus visibles. S'il veut vivre, notre peuple ne peut plus rester enfermé dans la mesure et dans l'équilibre de sa terre privilégiée, célébrée par ses poètes au cours de son histoire. Peuple des révolutions d'idées, mais peuple du conservatisme des habitudes, le voici brutalement placé par la Société Industrielle devant la nécessité de modifier ses conceptions de vie. Il lui faut aussi accepter des changements d'emploi et de résidence et réapprendre un nouveau métier à l'âge adulte, quelquefois même plus tard encore. Le culte traditionnel de la stabilité au détriment de l'expansion, les avantages acquis au détriment du dynamisme, la douce somnolence intellectuelle de certaines élites au détriment de l'instruction permanente, débouchent sur le marasme intellectuel et matériel. En revanche, l'activité, le travail, le plein emploi, l'avenir, sont les gages d'une reconversion économique associée à une reconversion mentale et morale. Grâce à l'expansion démographique de l'après dernière guerre et pour la première fois de son histoire, voici ce peuple placé devant une autre jeunesse devenue adulte et souvent formée d'hommes actifs et ambitieux !

Que va-t-il leur offrir aujourd'hui ?

- L'espoir d'une vie active ou la contemplation béate d'un long passé agraire et artisanal avec ses querelles de clocher ?

-Les réalités d'une France industrielle du vingt-et-unième siècle dont l'action serait fondée sur les termes de Concertation et Participation qui encouragent l'Esprit d'Entreprise ou les souvenirs de la France agricole d'Henri IV et de son ministre Sully qui s'appuyait sur la formule "Labourage et Pâturage sont les deux mamelles de la France" ?

- La confiance dans l'action réfléchie et ordonnée au moyen d'une planification incitative qui se bornerait à définir les objectifs en laissant à l'exécution les détails ou l'anarchie qui ne manquerait pas d'être le résultat d'un libéralisme exagéré et inadapté à une société de plus en plus complexe et avide d'Equité ?

- Le souhait d'une société économique où la croissance serait d'abord utilisée pour améliorer le sort de ceux qui ne sont pas encore favorisés par le bien être ou l'inefficacité d'une action entretenue par une opposition politique dont la seule raison d'être est : " être pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour", et dont l'unique et véritable objet est la soif du pouvoir et d'honneurs, et non pas le vrai dévouement à la vie publique où le sens de l'Etat ou du bien public doit jouer le rôle essentiel ?

- La perspective éclatante d'une nation active oeuvrant avec confiance dans une société technique au bénéfice du plus grand nombre ou la léthargie et le sommeil intellectuel ?

Il faut encore que nos compatriotes n'aient plus peur chez eux aujourd'hui du nombre, car tous nos problèmes économiques et sociaux peuvent et doivent recevoir des solutions, mais celles-ci pour être efficaces ne pourront être mises sur pied que sous trois conditions : - Avoir d'abord la volonté ferme d'en trouver de valables et celle, non moins ferme, de les appliquer, ce qui implique nécessairement l'adhésion du corps social aux changements.

- Chercher ensuite dans l'amitié, disons avec Urbanité, l'adhésion du corps social dans sa grande majorité aux adaptations nécessaires qui devront être obtenues de bon coeur.

- Résoudre les problèmes dans l'optique de la "Centralisation de la pensée et de Décentralisation de l'action", qui permet, seule, de prendre en considération tous les impératifs techniques nécessaires à la vie du siècle.

Ces obligations nécessitent encore une cohésion