La lecture de cet essai va réclamer une certaine persévérance, car la considération de thèmes d'apparence facile recèle néanmoins des difficultés de réflexion qu'il n'est pas moins difficile à la langue de formuler, ce qui tendrait à infirmer la célèbre phrase de Boileau : " Ce qui se conçoit bien s'exprime clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ".
De plus, l'ampleur du sujet impose pour la lecture de cet ouvrage une persévérance certaine, facilitée néanmoins par la distribution de la pensée en un grand nombre de chapitres, indépendants les uns des autres, cette distribution entraîne malheureusement d'inévitables redites puisque chacune de ces parties doit former un tout cohérent pour être compréhensible facilement.
Au sujet des activités économiques, l'auteur, marqué par une formation d'ingénieur et par le contact affectif avec la matière qui en résulte, s'efforce de montrer que la Société Industrielle, création de l'homme et fruit international des techniques, est aussi capable de résoudre tous les problèmes actuels, à condition de se référer en permanence aux fondements de l'humanisme, qui conduisent en particulier :
- à respecter l'indépendance nationale de chacun,
- à faire appel à l'intérêt personnel et à son attrait, sous réserve que cet attrait découle aussi d'une répartition équitable des fruits de la production, entre les moyens techniques que symbolisent le capital et le travail, qu'il soit manuel ou intellectuel, dans une économie qui pourrait se définir comme un "Capitalisme à accession communautaire".
L'Humanité tout entière est en effet arrivée à une phase de son histoire où elle est capable de résoudre, grâce au développement économique, toute une série de problèmes restés insolubles jusqu'à maintenant.
Mais il faudra dans le même temps admettre, que si la Société Industrielle peut donner beaucoup de satisfactions matérielles, elle ne pourra pas le faire pour tous et au même moment, non seulement pour de simples questions de volume de production, mais aussi du fait des rejets auxquels conduit cette production. C'est justement ce volume de production qui est d'abord générateur d'inflation, c'est-à-dire de mensonge, de malhonnêteté et d'escroquerie, et puis de destruction de la nature et d'un cadre de vie que nous devons aussi conserver pour nos enfants, nouveau devoir important pour les générations adultes actuelles.
On espère cependant que, en appliquant effectivement les idées sur lesquelles est fondé cet essai et qui sont simplement celles de l'humanisme et du bon sens, la lutte des classes, si chère à certains, pourra s'atténuer et peut-être même disparaître progressivement dans les souvenirs désagréables et embrumés d'une époque récente, et ce ne serait pas là le moindre résultat des solutions suggérées que de mettre fin à des affrontements périmés par le progrès technique.
Que celui qui, à la veille de la seconde conflagration générale avait comme l'auteur vingt ans, veuille bien se remémorer la période qui s'était écoulée dans la décennie précédente !
Que retirera-t-il de ce retour sur le passé, sinon le souvenir d'une époque de renoncement à la vie, de lassitude, de découragement, de désarroi, de pessimisme où tout notre peuple, en constatant que l'idéal d'Equité par l'Efficacité était foulé aux pieds, s'abandonnait, presque comme aujourd'hui, aux délectations morbides de querelles idéologiques, génératrices de discordes internes et par là, par manque d'action et par léthargie, d'inefficacité collective ?
Qu'il s'agisse en effet de l'activité générale de la Nation, de son économie industrielle, agricole ou commerciale, de ses équipements collectifs, tout était réglé à la petite semaine d'après le système D.
Alors qu'il y avait tant et tant de choses à faire, le chômage était fréquent et ses conséquences désastreuses, à la fois pour le Citoyen et la Nation, ne serait-ce que dans le domaine du logement dont les jeunes générations font encore souvent les frais cinquante ans après.
Ensuite vint la Seconde Guerre mondiale, qui est encore présente à l'esprit des générations sur le point de quitter la vie. Puis se succédèrent presque cinq années d'occupation pendant lesquelles la pensée et la vie des générations actives, qui sont maintenant à la retraite depuis quelques années, furent soumises à de dures épreuves.
Ce fut d'abord une horrible débâcle militaire en 1940, dont la France n'avait jamais connu pareil exemple au cours de sa longue histoire et où on la vit, lancée par ses gouvernements sur tous les chemins, dans une misère et dans un désarroi total, à la quête d'on ne sait quoi et nos compatriotes furent soumis aux plus cruelles épreuves et aux privations de toute sorte. Ce sont probablement ces souvenirs, associés surtout aux expériences malencontreuses de l'après-guerre, qui ont guidé la rédaction de cet essai .
Mais ce ne sont pas les seuls motifs qui ont présidé à sa rédaction : il y a surtout l'expérience d'une longue période d'une paix précaire, caractérisée à la fois par l'apparition d'armes de destruction massive et par les oppositions idéologiques de deux Etats devenus les plus puissants du monde et qui ne cessaient de s'affronter sans relâche par jeunes Nations interposées, mais qui viennent heureusement de se terminer, en nous laissant à peine le temps de réfléchir à la suite.
Dans le même temps, l'affaiblissement politique de notre continent faisait aussi comprendre aux peuples qui le composent l'importance de leur déclin et la nécessité d'y remédier dans les meilleurs délais par une véritable politique européenne de survie.
C'est justement ce déclin relatif qui doit être à l'origine du renouveau de la pensée des habitants de ce continent et qui les amènera progressivement à abandonner de faux complexes d'infériorité vis-à-vis des superpuissances actuelles, parce qu'ils ont été non seulement à l'origine, mais aussi en grande partie les artisans de la civilisation technique et de la Société Industrielle ainsi que les promoteurs d'une civilisation qui respecte l'homme en tant qu'individu pensant.
Au sujet des activités politiques, l'auteur suggère seulement d'appliquer aux principaux domaines de la vie courante une certaine politique, à la fois réaliste et surtout humaine ; il propose en effet à tous les citoyens du monde, et à ceux de ce pays en particulier, de sortir des chemins battus et des ornières de conflits idéologiques traditionnels motivés par des différences surannées de pensées que l'on classe encore sous des rubriques de droite, de centre ou de gauche ; il s'agit, à notre époque, de s'engager résolument vers la conciliation de l'économie, de la gestion et de la liberté pour aboutir enfin à un idéal pratique de vie, en somme dans un nouvel Art de Vivre, et pour empêcher que l'anarchie ne ruine une société au fonctionnement délicat.
C'est en appliquant des méthodes de ce genre que les générations actuelles, qui ont assuré en grande partie l'épanouissement de la civilisation scientifique et technique, échapperont aux reproches de leurs enfants en ce qui concerne l'inadaptation des esprits aux nouvelles conditions d'existence imposées par les Techniques.
C'est aussi parce que le désordre actuel trouble les esprits, et semble présider au comportement de nombre d'hommes en amenant inévitablement une altération, voire une dégradation irréversible dans le fonctionnement de notre société technique, que cet essai a été composé.
Dans le même esprit, cet ouvrage veut encore s'efforcer de prouver que les conflits d'intérêt ne sont plus aujourd'hui, contrairement à ce que pensent de nombreux sociologues, générateurs de progrès et il veut établir simplement que l'opposition pour l'opposition ne peut plus être dorénavant que conservatisme par critique négative.
On peut également observer que dans n'importe quelle communauté humaine, pour que l'Equité soit assurée, il est d'abord indispensable que le volume des biens créés soit suffisant puisqu'il ne servirait à rien de répartir, même de façon égalitaire, ce qui n'a pas été créé ou fabriqué.
Il faut donc s'efforcer de rechercher, pour les éliminer, les causes qui peuvent s'opposer à l'Efficacité de la Société Industrielle, puisque tous les hommes en sont les bénéficiaires et, ensuite, appliquer les règles qui seront rappelées dans ce livre.
C'est en le faisant effectivement que le pouvoir technique, ou cinquième pouvoir de l'Etat moderne, et qui est aujourd'hui dans tous les domaines le véritable pouvoir, à la fois de l'Etat et des Entreprises, pourra rester au service de tous, en évitant ainsi de tourner à une technocratie impersonnelle et inhumaine.
En exposant alors un mode d'organisation politique de l'Etat fondé sur les mêmes principes que ceux indiqués dans la première partie de ce livre, l'auteur démontrera qu'il est possible d'organiser, dans notre pays, un régime politique de Démocratie Intelligente qui soit, dans ces conditions, à la fois efficace et humaine à condition de se référer d'abord à l'Urbanité.
Nul doute en effet que la concorde et la confiance offriront des solutions mieux adaptées aux problèmes de l'heure que la mésentente, la désunion, la violence idéologique ou l'opposition systématique. Celles-ci ne pouvant qu'entraîner l'inefficacité de l'action, il est préférable de renoncer à ces attitudes pour que la Société Industrielle - création humaine - puisse mieux encore remplir son véritable rôle qui est d'améliorer équitablement, et non de façon égalitaire, le sort de chacun de nous.
C'est pour ces diverses raisons que la politique qui organise tous les aspects de l'activité humaine doit, dans ses choix, oeuvrer dans cette direction générale de pensée, mais elle ne pourra le faire - et c'est l'évidence - que si l'Information ne répand pas dans la population, à longueur des jours qui passent, le doute et l'inquiétude.
Nos compatriotes, en particulier, qui sont férus de politique en étant par ailleurs, complètement perturbés par elle, car elle est souvent partisane, n'ont donc plus besoin, aujourd'hui, de penseurs professionnels de droite, de gauche ou du centre qui compliquent à plaisir pour justifier leur présence, enfermés comme ils sont dans leurs habituelles conceptions mélancoliques, voire neurasthéniques.
Trop souvent leurs critiques sont systématiques et négatives et motivées seulement par une soif du pouvoir fondée sur une pensée qui n'est progressiste qu'en parole alors que toute conception politique de la vie doit, d'abord, être économiquement possible pour être valable.
Les habitants de l'Europe et surtout ceux de ce pays n'ont donc plus que faire de ces prophètes de malheur à l'esprit étroit ou sectaire, de ces semeurs de discorde qui répandent leur prose malsaine à longueur de temps et de plume alors que la vie mérite d'être vécue.
Pour que le pouvoir politique puisse organiser correctement le fonctionnement de l'Etat moderne, il est encore indispensable que la représentation politique, fondement de la Démocratie et source irremplaçable du contrôle du pouvoir politique, soit aussi composée d'hommes compétents qui se répartiraient toujours entre les deux grandes tendances dont il sera question dans la quatrième partie du livre.
C'est de cette façon qu'un dialogue constructif pourra s'établir entre le pouvoir technique et une représentation politique qui résultera d'élections libres, mettant en relief, grâce à un mode de scrutin bien adapté, la tendance majoritaire de la population.
Ces deux grands courants de pensée pourraient alors faire appel à des motifs qui ont fait leurs preuves et qui seraient constitués, par exemple, par le choix entre la facilité immédiate et la satisfaction de l'avenir.
La période que nous vivons, caractérisée par la transformation accélérée de la société, requiert, par conséquent, une conversion générale des esprits pour que l'avènement d'un monde nouveau, bien aménagé dans ses structures et organisations, s'effectue dans la paix et la concorde, le progrès technique n'autorisant plus, sous peine d'une déchéance totale, les brutales "Volontés de Puissance et de Domination", qu'elles soient d'ordres politique, linguistique, technique, économique, idéologique ou même religieux.
En voulant s'adresser à tous, et en particulier au citoyen quelconque, cet essai met en évidence des vérités élémentaires et par conséquent accessibles à tous. Il veut convaincre que l'Urbanité permettra à notre pays, et aux autres, de se hisser dans un délai rapide au niveau du monde moderne et de la Société Industrielle, tout en conservant leurs caractères propres dus à un long passé, car la tradition en toute chose est toujours nécessaire au comportement des hommes, quelles que soient leurs origines.
Que le lecteur ne s'attende pas à trouver dans cet essai les théories avancées chères à la philosophie moderne, où le libre jeu de tous les instincts pourrait s'accommoder d'un ordre social avancé, où chacun pourrait travailler suivant ses goûts et où les fonctions répressives de la société, et par là, de l'Etat, n'auraient plus de raison d'être puisque l'administration des hommes, devenant inutile, découlerait de celle des choses. Cet ouvrage est beaucoup plus terre à terre. Il se contente de rappeler des moyens déjà connus permettant d'envisager une certaine réduction des contraintes sociales par la simple application des principes élémentaires de l'humanisme, puisque l'homme est encore, actuellement et comme il l'a toujours été, un être pensant, essentiellement personnel et égoïste, mais doté pourtant de raison, d'intelligence, de sensibilité et quelquefois de bonté.
Au risque d'être taxé d'utopie, cet essai se veut cependant plus pratique, en rappelant des moyens connus qui permettront de réduire progressivement les différentes tensions nées de la croissance de la Société Industrielle.
Alors que le fonctionnement des cités dépendait, jusqu'alors, de la séparation des trois pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire, préconisée par Montesquieu, puis d'un quatrième pouvoir ou pouvoir économique constitué par les diverses associations professionnelles liées au développement de cette forme d'activité humaine, aujourd'hui un nouveau pouvoir, le pouvoir technique, cinquième et véritable pouvoir de l'Etat moderne et des Entreprises, se hisse et s'établit sûrement et durablement au niveau de la responsabilité.
En se référant alors aux seuls principes de l'Humanisme et en faisant fi de toute théorie ou doctrine particulière, cet essai s'efforcera seulement d'adapter les nécessités techniques de la Société Industrielle à la vie pratique de l'homme.
Dans ces conditions, l'auteur a voulu montrer que les techniques dans tous les domaines étant ce qu'elles sont, il faut que les responsables les appliquent dans un climat intellectuel fondé sur la compréhension et la tolérance, en un mot, qu'ils règlent leur conduite sur l'Urbanité.
Il s'agit en effet, aujourd'hui, de concilier l'Efficacité collective avec la Liberté individuelle, deux données à la fois complémentaires et opposées, et les solutions à appliquer découleront des principes retenus ici comme fondements d'un Art de Vivre qui s'adapte à la Société Industrielle.
Devant de tels problèmes, notre tempérament national nous fait rechercher la solution dans des idées cohérentes fondées sur un raisonnement simple ; celles exposées ici le sont.
Elles montrent qu'il s'agit surtout, dans l'application, de se conformer à leur esprit.
Si tous les hommes arrivent aussi à admettre qu'ils ne sont pas des adversaires mais des partenaires, alors les réponses couleront de source.
En conséquence, on pourrait suggérer que cet ouvrage puisse servir de règle générale de conduite à une nuance de la pensée intime, donc politique, des habitants de ce pays, et de canevas à l'action des représentants de cette nuance, puisqu'il permettra d'avoir sur les problèmes actuels la vue générale et simplificatrice indispensable à la résolution des problèmes du monde moderne en vue d'un travail fécond.
Aujourd'hui, à l'époque de la Société Industrielle, l'Etat doit être d'abord un gérant compétent de notre communauté nationale et non pas le protecteur éternel des droits acquis puisque ceux-ci ne peuvent que s'opposer au progrès.
Dans ces conditions, et comme le lecteur pourra le constater, les diverses solutions aux multiples problèmes posés ne pourront résider que dans un dépassement du conflit traditionnel propriétaire / travailleur ou dirigeant / dirigé et dans une participation qui ne soit pas seulement un bavardage.
L'auteur veut enfin prouver que le recours permanent de la Société Industrielle aux trois principes de Dignité, d'Equité, et d'Urbanité est l'une des conditions majeures de son Efficacité et que réciproquement l'Efficacité n'est nullement incompatible ni avec la devise proposée pour la Société Industrielle, ni avec la vie communautaire imposée par elle et en particulier avec l'Urbanité des relations humaines qui la régit et qui nous permettra de vivre ensemble en l'an 2000 dans une France Industrielle Efficace et Européenne dans l'Europe de l'Economie Moderne, de l'Esprit, de la Tolérance, de l'Efficacité et de l'Equité qui est souhaitée ici.
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