Avant-propos : Idées pour notre temps

II. Objet de l'essai

Le but de cet essai est d'inciter le lecteur à réfléchir sur le déroulement des faits actuels qui se passent souvent à son insu, à une époque où il ne perçoit encore qu'obscurément les innovations et les bouleversements consécutifs au progrès. Il va être ainsi invité à prendre petit à petit conscience de l'obligation, ou mieux, de la nécessité qui s'impose à lui, comme à tous ses semblables, de réviser son comportement amarré à d'anciennes habitudes désormais périmées.

On va alors lui demander sa contribution personnelle, modeste mais déterminante, pour collaborer à l'entreprise gigantesque à laquelle la technique le convie à coopérer.

Dans ces conditions, cet ouvrage veut être seulement un état d'esprit et il n'a nullement la prétention d'être un ouvrage scientifique, encore moins philosophique. En aucun cas, il ne veut accroître des connaissances dont les spécialistes sont maîtres et, s'il confie à l'esprit une place privilégiée, il laisse aux philosophes, sociologues, moralistes et théologiens, le soin d'étudier avec compétence ces graves problèmes.

Aussi, délibérément, s'abstiendra-t-il de toute référence à tout système ou à toute théorie quelle qu'elle soit. Les thèmes qu'il exposera ressembleront souvent à des évidences, voire à des banalités dites et redites par beaucoup d'autres et les réflexions qu'il contient pourraient être formulées par n'importe quel membre d'une société évoluée.

Cet essai visera à regrouper des pensées dont le fonds original peut appartenir à certains, mais qui, le plus souvent, sont devenues le patrimoine de tout le monde. Il est bien certain en effet que tout ce qui peut se penser est tombé dans le domaine du public et l'a déjà été par d'autres puisque la Terre a été et est peuplée de millions d'individus réfléchis.

Comme il n'est pas interdit de s'associer à ce qui a été dit et trouvé par autrui, c'est dans une synthèse effectuée dans une direction homogène de réflexions que cet essai va prendre tout son sens, par l'idée générale qui l'inspire et qui se rattache à l'humanisme respectueux de la personne et de sa dignité.

Au delà donc de querelles idéologiques jugées inefficaces par le plus grand nombre, cette idée trouvera son point d'application dans le terrain pratique de la vie quotidienne qui doit avant tout rester une chose simple pour chacun. Tous les problèmes posés de nos jours par l'expansion de la Société Industrielle doivent donc être abordés par une intelligence généreuse et avertie qui pourra, par exemple, s'inspirer des principes élémentaires et des modèles donnés ici, afin de remplacer des méthodes périmées.

En définitive, cet ouvrage se propose de rappeler sur la base d'un certain pragmatisme, les règles élémentaires d'une morale simple, accessible au plus grand nombre et qui devront inspirer désormais notre conduite individuelle au sein d'une vie collective née, elle-même, des applications pratiques des connaissances humaines et de l'évolution des idées qui en est la conséquence directe.

Les problèmes que l'auteur envisage sont ceux qui lui paraissent essentiels, ils seront traités à titre d'exemples et les solutions proposées ne seront pas les seules possibles. L'auteur veut simplement amener le lecteur à se faire une opinion personnelle fondée sur des données précises, qui lui montreront que les principes retenus sont seulement des principes moraux qui doivent d'abord être respectés, pour que les solutions proposées soient valables.

D'ailleurs, si les solutions suggérées ne lui paraissent pas les meilleures, il pourra toujours en envisager d'autres, sans oublier cependant que, seules, seront possibles celles qui s'inspireront toujours des principes rappelés ici, tout en satisfaisant aux lois inexorables de l'économie.

En démythifiant les problèmes posés par la technique et en évitant l'emploi de mots obscurs ou savants, cet ouvrage veut persuader tout homme de bonne volonté de sa capacité d'en comprendre les grandes lignes dans tous les secteurs de la vie quotidienne, et prouver par là que la Démocratie à laquelle chacun doit participer consciencieusement, peut s'affirmer comme le seul régime digne d'un pays évolué, respectueux de l'homme.

On verra dans les pages qui suivent que les diverses solutions possibles qui se rapportent au gouvernement des hommes, c'est-à-dire à la politique au sens noble du terme, se déduisent le plus souvent du simple bon sens et sont, en conséquence, accessibles à tous, du moins pour l'essentiel, et non pas seulement aux élites et aux divers spécialistes, même quand il s'agit de questions particulières comme celles qui se rapportent aux questions financières ou fiscales, ou à celles qui concernent la défense de la Nation.

Ce sont ces conceptions qui justifient aux yeux de l'auteur la valeur de la forme démocratique du pouvoir de l'Etat et qui doivent amener ce régime à faire siens les principes simples de l'humanisme exposés dans la première partie de cet essai, pour que la Démocratie ait une forme Intelligente.

C'est d'ailleurs l'accès progressif d'un nombre de plus en plus important d'hommes à la connaissance, grâce à l'enseignement, qui justifie pour l'auteur l'exposé de solutions conformes aux principes préconisés comme fondements d'un nouvel Art de Vivre.

Si la grande majorité des hommes voulait bien fonder sur eux la Société adaptée aux techniques, en les mettant effectivement en pratique, la prétendue déshumanisation de la Société Industrielle disparaîtrait et le mode de vie des XXème et XXIème siècles pourrait tenir compte, lui aussi, de tous les caractères propres, intellectuels ou moraux, des habitants de notre Terre.

L'auteur veut alors démontrer que la Démocratie est inscrite dans les faits et qu'elle est capable, si elle reçoit une forme Intelligente, de satisfaire les besoins intellectuels et matériels de tous, à condition toutefois de refuser l'anarchie, qui immanquablement appellerait la dictature, quelle que soit d'ailleurs son inspiration idéologique.

Parmi les idées qui seront exprimées dans la suite de cet ouvrage consacré à l'organisation pratique, certaines sont déjà en voie d'application, mais d'autres, pourtant bien connues, ne sont pas mises à l'épreuve des faits, elles sont peut-être négligées volontairement car elles se heurtent à la résistance de puissants intérêts.

La politique d'un certain juste milieu, ainsi définie dans cet essai, devrait permettre, à notre pays en particulier, de rejeter définitivement les méthodes du passé, où un trop grand nombre de partis politiques ont entretenu des divisions, voire des factions et des querelles de détail, incompatibles avec la vraie mission d'une organisation de ce genre.

La réduction du nombre des tendances politiques, qui était un motif essentiel de l'inefficacité collective observée chez nous depuis plus d'un siècle, doit s'inscrire en tête de nos préoccupations et être suivie en même temps d'un changement d'attitude de la représentation syndicale dont l'action, il faut bien le reconnaître, conditionne aujourd'hui le devenir de notre peuple et en général du monde entier à l'époque de la Société Industrielle.

Les conceptions définies ici pourraient alors servir de fondements à l'action de ceux qui ne se reconnaissent plus dans les disputes idéologiques ou dans l'acceptation résignée de méthodes qui amènent à séparer la société en clans opposés, voire en tribus ennemies.

L'intention de l'auteur, qui n'est pas un penseur professionnel mais un simple citoyen, se borne, en dernière analyse, à suggérer, dans le foisonnement actuel des conceptions, quelques idées et des méthodes simples, pour tenter de résoudre les problèmes difficiles du monde contemporain. Il veut donc montrer que les idées et méthodes suggérées découlent toutes des principes généraux et élémentaires rappelés dans la première partie de cet essai, comme fondements de l'adaptation à un humanisme moderne.

Le but de cet ouvrage est encore de prouver que si les techniques dans tous les domaines sont neutres, en revanche, la manière dont on les applique ne l'est pas et que, en conséquence, cette manière débouche immédiatement et inévitablement sur l'idée de plan, plan qui sera conçu comme la stratégie du possible et du raisonnable.

Chacun de nos compatriotes, doué d'assez de persévérance pour traiter un aussi vaste sujet, aurait pu le faire également, car la vie quotidienne, comme on le montrera ici, doit se référer, pour être plus facile et plus agréable, aux règles simples rappelées, règles qui sont d'ailleurs le fondement de notre civilisation occidentale.

Les principaux problèmes pratiques qui se posent à tous ont été très rapidement brossés ; le nombre limité des pages ne permet pas de présenter des solutions complètes, supposant en plus l'intervention de multiples spécialistes et la rédaction de nombreux ouvrages.

Le lecteur constatera, assez souvent peut-être, une certaine coïncidence de ses idées personnelles avec les solutions rappelées ou suggérées. Qu'il veuille bien ne pas s'en étonner : l'objet principal de ce livre est en effet de prouver que les choix à faire par les responsables découlent le plus souvent des nécessités imposées par les techniques qui rendent caduques aujourd'hui les oppositions de pure idéologie, qui ont divisé notre peuple dans le passé et le divisent encore de nos jours.

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